Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 28 août 2012

Chapitre 46

La lueur dans les ténèbres

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Habituée à des geôliers totalement muets, à l'exception bien évidemment de son frère, Yiris crut à une hallucination quand, lors d'une relève, elle entendit une voix autre que celle de Constantin s'adresser à elle.

— Je constate que tu as l'esprit réellement fort. A ta place, beaucoup se mettraient à faire la conversation à eux-mêmes.

Allongée sur le sol de pierres, la prisonnière tourna la tête vers son visiteur.

Ses yeux s'écarquillèrent et elle semblait humer une odeur qui flottait dans l'air.

— Le fausse-personne… Encore toi !

L'individu avança dans la lumière. Il avait apparence humaine, celle d'un beau jeune homme aux cheveux châtain court et yeux verts, et souriait amusé.

— Bonne réponse, encore moi, toujours moi ! Je suis déçu, cette fois, tu ne m'as pas senti venir ! Cependant, je crois comprendre pourquoi ?
— Ah ? Répondit Yiris, cynique. Parce que je suis en train de crever ?
— Certes, tes pouvoirs ont diminués. Cela fait un moment que je t'observe. Déjà rien qu'en ne percevant ma présence ici qu'au dernier moment, alors que tu l'avais senti facilement lorsque j'avais apporté le message à Fanelia, je vois bien que tu as perdu tes capacités habituelles.
A côté de cela, ton ancrage faiblit, j'ai perçu que tu étais parvenue à faire échapper ton âme, cela fait un moment que tu essayais, et tu y es arrivée…
— Ne vas pas t'inquiéter, je…
— Tu ne sauras plus le faire ! Je sais, j'ai senti ta force d'esprit se vider dans cet effort désespéré…

La prisonnière soupira et retourna la tête vers son petit soupirail grillagé.
Le fausse-personne haussa les épaules, blasé.

— En théorie, je n'ai pas le droit de venir ici. Cependant, Constantin s'est absenté. Après plusieurs jours, j'ai réussi à convaincre les gardes contre rétribution de me laisser avec toi. Personne ne peut nous entendre.
— Et alors ? Tu vas me libérer ? Demanda Yiris avant de lâcher un ricanement. Encore mieux, me dire ce qu'il est advenu de Maître Van ?
— Sur ce dernier point, tu sais que je resterais silencieux. Cependant je suis seulement là pour comprendre…

Lentement, il s'approcha pour se trouver contre la grille, la jeune femme le regarda à nouveau, perplexe.

— Comprendre quoi ?
— Si ce que j'ai senti pouvait être réel !
— Si tu parles de l'évasion de l'esprit, on vient d'en discuter, je l'ai fait ! Point ! Fin de la discussion !
— Je ne parle pas de ça, je parle de l'autre présence.

Etonnée, la prisonnière s'assit et dévisagea son interlocuteur. L'expression de ce dernier demeurait impénétrable.

— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Tu t'en doutes, je suis un sorcier fausse-personne accompli. Tout comme toi, en temps normal, je ressens si un des miens se trouve à proximité. Bien évidemment, je perçois que tu es là, mais il y a… une autre entité.
— Tu délires complètement ! Je suis seule ici !
— J'en suis moins sûr que toi ! Quand je suis allé t'apporter le message à Fanelia, il y avait une onde étrange, tellement anecdotique, que je ne m'en suis pas soucié. Là, je reviens et cette sensation s'est nettement amplifiée. Alors, soit tu mens, soit tu n'es plus capable de la percevoir, soit tu refuses de te l'avouer !

Cette fois, Yiris en eut assez, elle se leva et se colla à la grille juste face au visiteur.
Il avait beau être bien plus grand, comme d'ordinaire, cela ne lui faisait pas peur.

— Quelle est l'utilité de ce petit jeu ? Va aux faits !
— J'ai longuement réfléchi et je pense que tu as perdu une grande partie de tes pouvoirs car ton aspect fausse-personne s'est mis en sommeil au profit de ton humanité.
— Hypothèse intéressante, déjà vérifiée ! J'ai bien vu moi-même que j'étais diminuée. Aurais-tu une théorie sur la cause ?
— La présence !

La prisonnière resta interdite, cette histoire commençait sérieusement à l'agacer.

— Et ce serait quoi ? Une possession ? Enfin, cela ne serait pas possible, je n'ai jamais absorbé d'être humain…

Croisant les bras, le fausse-personne ne répondit pas immédiatement, continuant de ne pas quitter la jeune femme des yeux, comme s'il s'étonnait de son manque de perspicacité.

— Une âme, une petite âme, celle de l'enfant qui grandit en toi, malgré le fait que tu l'ignores.

Bouche bée, regard perdu, Yiris recula de quelques pas pour se retrouver adosser au mur du fond, portant la main à son ventre, qui n'avait nullement grossi, au contraire…
Elle secoua la tête négativement.

— Tu es fou, cela ne se peut pas… Je m'en serais quand même rendue compte, tu es délirant !
— A mon avis, tu t'es juste voilée la face. Sans doute ne te sentais-tu pas prête, et maintenant, en danger, mais je suis sûr de moi.
— Ah bon Tu as déjà vu ça ? Interrogea la jeune femme avec une certaine arrogance.
— Non, cependant je n'ai jamais vu un hybride préserver son âme comme toi. Au bout d'un moment, tous basculent, pas toi !
Tu as gardé un corps d'humaine, il reste logique que tu puisses porter un enfant.

Yiris ne savait pas quoi dire, à nouveau, elle posa sa paume sur son abdomen, mais de façon plus douce, presque caressante.

— Tu dis que tu avais senti cela à Fanelia… Alors, cela devrait se voir non ?
— Ton esprit a réussi à persuader ton corps du contraire. La volonté fait parfois des choses impressionnantes !

Soudain, un petit coup, très léger se fit sentir sous la main de la jeune femme, comme un petit signal.
Emue, quelques larmes perlèrent au coin de ses yeux.

— Mon mari voulait tant un enfant… Nous y étions arrivé… Et moi, j'ai tout gâché…

Essuyant les gouttes sur ses joues, elle redressa la tête vers le fausse-personne, fataliste.

— Je présume que tu vas tout balancer à Constantin…

Se déplaçant légèrement de côté, l'individu se trouva le visage en pleine lumière, son expression demeura indéchiffrable.

— Non !
— Pourquoi ?
— Il existe des principes sacrés entre fausses-personnes ! Nous ne pouvons nous attaquer directement une fois que nous connaissons notre lien. Si je raconte cela à Constantin, tu ne réchapperas pas à ce qu'il te réserve et moi, je n'ai rien à y gagner, uniquement à perdre le peu d'honneur que me permet ma race.
— Certes, mais un jour où l'autre, cet enfant devra naître, je ne pourrais pas le cacher… Et il ne doit plus me rester énormément de temps non plus, au maximum deux mois, même pas trois, et peut-être bien moins… Donc, je suis fichue…

Le visiteur tourna les talons et se dirigea vers la sortie, Yiris ne s'abaisserait pas à le supplier.

— Je croyais que les mères étaient prêtes à tout pour leur enfant… Si tu restes ainsi, tu n'es pas digne de la bénédiction qui t'a été offerte !

Et il s'en alla.

Un moment, Yiris fixa la porte, furieuse. Puis, elle s'assit sur le plancher, la tête entre ses mains, réfléchissant à la situation improbable dans laquelle elle se trouvait.

Son nouveau gardien arriva rapidement, elle se ressaisit aussitôt.

Les yeux sur son monde natal dans le ciel, elle s'interrogeait sur ce qu'elle pouvait bien faire désormais.

OoO

Après plusieurs jours d'absence, un soir, Constantin regagna son repère passablement énervé.
Le fausse-personne sous son apparence humaine l'attendait.

Lançant un regard dédaigneux à celui-ci, le renégat commença à regagner sa chambre.

Habituée à son manque total de respect, le fausse-personne le suivit.

— Je vous informe qu'aucun incident n'a eu lieu en votre absence.
— Bien… Aleph… Enfin, cela ne doit même pas être ton nom… Comme quoi même des merdes comme toi peuvent travailler correctement ! Répondit Constantin avec mépris.

L'intéressé ne réagit pas. Il ne s'agissait que d'une remarque désagréable de plus dans l'océan des précédentes…

— Les nouveaux ordres sont de préparer l'évacuation de la cargaison… Et de la trimballer au relais… Là, ce seront d'autres qui s'occuperont de la suite… Soupira Constantin.
— Soit, je vais commencer à organiser cela !
— Je parie que toi, le détritus, tu en sais plus que moi…

Aleph resta silencieux.

— Bon… J'avais bien besoin que l'on me colle un type comme toi… Enfin, je vais me débarrasser de ta sale tronche, il est dit que tu dois accompagner le convoi et que je reste ici !
— Entendu ! Acquiesça l'individu sur un ton monocorde.

Laissant Constantin finir de regagner son appartement, le fausse-personne resta un moment à méditer.

OoO

Trop préoccupé par les nouvelles consignes qu'il avait reçues et qui l'avaient passablement énervé, le frère de Yiris n'avait pas pris le temps d'aller la voir, préférant cuver un bon coup.
Celle-ci avait bien compris qu'il était rentré et ressentait un certain soulagement à ne pas l'avoir vu débarquer.

Oubliant quelques instants ses tracas, la prisonnière se concentra sur un soudain vacarme, accompagné de nombreux invectivassions.
A l'évidence, quelque chose de fragile, cependant assez lourd, était trimballé avec difficulté.

Perplexe, elle se demandait de quoi il pouvait bien s'agir. Depuis qu'elle était captive, elle n'avait jamais entendu une pareille agitation, surtout la nuit.
Sa principale angoisse était que Constantin et ses sbires aient décidé de quitter les lieux.
La perspective d'un nouveau voyage l'angoissait et, depuis sa discussion avec le fausse-personne, l'idée d'être exécutée ne lui était plus si indifférente.

Par moment, il lui était arrivé de toucher son ventre, s'interrogeant sur la fameuse petite présence qui grandissait en elle, cependant pas trop souvent, de peur d'éveiller les soupçons, étant épiée en permanence.

Soudain, un fracas violent se fit ressentir, suivi de plusieurs cris, Yiris n'eut pas le temps de comprendre qu'une violente explosion retentit.
Par réflexe de survie, la jeune femme alla se mettre en boule dans un coin de sa cellule, les mains sur la tête.

Le bâtiment fut fortement ébranlé, des bouts de plafond se détachèrent et de grosses fissures apparurent sur les murs.
Quand les secousses s'arrêtèrent, la prisonnière ouvrit un œil : la pièce baignait dans un halo de poussière.
Coup de chance, elle n'avait que des légères écorchures sur les bras dues à la chute de quelques pierres du plafond.

Son gardien n'avait pas eu la même chance, une poutre s'était fendue et lui était tombée dessus. Il n'en avait pas réchappé.
La grille était broyée, mais pas moyen de la passer.

Au silence succéda une bruyante panique, des hurlements se faisaient entendre.
Perplexe, Yiris regardait l'état de sa cellule, la seconde poutre qui maintenait le toit était fendue de façon importante.
Par sécurité, la jeune femme risquait de voir le plafond s'effondrer sur elle d'un moment à l'autre. Trébuchant parmi les débris, elle alla se mettre dans la partie la moins abîmée de sa cellule, près du soupirail.

C'est alors qu'elle remarqua que l'un des barreaux ne tenait plus que pas miracle. Sautant à plusieurs reprises, elle arriva à le toucher et il tomba à terre.
Personne n'était là, l'ouverture s'était un peu dégagée…

Brièvement, elle réfléchit, elle n'avait sur elle que sa tunique juste serrée d'un minuscule bout de lacet de même que son pantalon.
Constantin avait pris soin de lui retirer tout bout de tissu ou de corde trop long avec lequel elle aurait pu vouloir se pendre, il avait même fait déchiré son pantalon pour qu'il lui arrive ras des genoux.
Sans doute juste pour l'embêter, il lui avait même confisqué ses ballerines qui ne faisaient pourtant que s'enfiler.

Bref, si elle voulait voir si un autre barreau était sur le point de tomber, elle devrait sauter.
Prenant un peu d'élan, elle se lança sur une autre tige de métal qui semblait un peu penchée, plusieurs essais et sa main s'y accrocha.

Pieds aux murs, l'autre main venue agripper la prise, elle tira tout ce qu'elle put. Cet espoir était mince, mais elle voulait y croire.
Sa force n'était plus que celle du simple humaine, cependant sa ténacité était revenue. Alors, elle s'acharna sur le barreau.
Ses yeux le fixaient, si elle l'enlevait, elle pourrait peut-être passer. Et si ça ne suffisait pas, elle ferait subir le même sort aux deux autres bouts de métal.

Brusquement, la cible se détacha du mur, emportant une pierre avec elle. Yiris retomba lourdement sur le dos.
Un peu sonnée, les lombaires en miettes, elle resta un petit moment à terre. Alors qu'elle se relevait, une douleur violente la prit à l'abdomen, une sensation d'être broyée de l'intérieur.

— Non, non, non… Tiens-toi tranquille ! Si tu veux avoir une chance de vivre, il faut me laisser faire ! Accroche-toi !

Ces mots dits, elle réalisa qu'elle avait parlé à son ventre, enfin plutôt à l'enfant qui y grandissait.
Cela-dit, pas le temps de se répandre en états d'âme, la fuite était la priorité.

Le vide n'était pas bien grand, cela risquait d'être juste et les barreaux restants semblaient encore bien ancrés, sans doute ne bougeraient-ils pas davantage.
Du moins, cela prendrait du temps, chose dont elle manquait cruellement.
Vaille que vaille, elle se lança et s'accrocha à un barreau et s'y tracta.
Lentement, elle passa la tête par le soupirail, d'un côté, il y avait un tonneau, de l'autre un buisson, ajoutés à l'obscurité nocturne, c'était situation assez opportune pour sortir.
L'agitation était vraisemblablement d'un autre côté du fortin, la zone sous son regard semblait déserte.

En fait, le vrai problème était la muraille d'enceinte face à elle qui devait largement culminer à quatre ou cinq mètres, il allait être dur de grimper dessus.
Une idée germa dans la tête de Yiris, elle se laissa retomber et ramassa les deux barreaux qu'elle avait arraché pour les glisser dans son décolleté avant de se hisser à nouveau par l'ouverture.

Difficilement, se tortillant comme un serpent, elle arriva à sortir. Un coup d'œil de chaque côté, voie libre, elle se jeta sur le mur d'enceinte les barreaux à la main.
L'un se figea dans un interstice entre deux pierres, Tractant son poids dessus, elle planta l'autre, tentant aussi d'accrocher ses pieds nus à la muraille.

L'effort était violent après des mois à ne quasi pas bouger, des centaines de coups reçus… Ses capacités de fausse-personne lui faisaient défaut, tout cela ajouté au temps froid.
L'exercice était éprouvant, mais cela lui importait peu, l'instinct de survie primait.

A force d'acharnement, elle arriva au sommet. De nouveau un regard alentour et là, stupeur, quelqu'un était là, juste à quelques mètres d'elle.

Ainsi donc, tout allait s'arrêter là.

Etrangement, l'individu restait immobile. Le détaillant, elle reconnut avec stupeur le fausse-personne sous son aspect humain.

Aucun parole, aucun mouvement, pourquoi ?

Yiris le fixa encore quelques secondes, puis prit le parti de l'ignorer et sauta.
Elle n'avait pas estimé la hauteur et se trouva à faire une chute importante qu'elle amortit au dernier moment avec une roulade.
Elle se releva avec une importante gêne au bras, elle avait dû se le démettre.
Observant la muraille, l'humaine qu'elle était quasi redevenue avait somme toute eut de la chance.

L'ombre du fausse-personne était là, il la regardait toujours impassible. Cela ne servait à rien de comprendre sa volonté, elle devait fuir, alors, elle se mit à courir.

Une cheville aussi la gênait, elle passa outre. Tenant son bras douloureux, elle dévala la petite colline du fortin, finissant parfois par rouler à terre, elle devait fuir, loin, très loin, le plus vite possible.

La douleur l'handicapait, cependant elle se souvenait que la ressentir était avant tout la preuve qu'elle était vivante.

OoO

Constantin était au comble de la rage, et son état d'alcoolisation avancée accentuait sa colère.
Ses hommes avaient été incompétents.
En trainant trop rapidement l'energist, ils en avaient apparemment fait tomber quelques cailloux sur des bonbonnes de gaz qui étaient utilisées comme source de feu dans le fortin pour éviter d'être repéré par la fumée.
Les pierres avaient fendu le métal, et le contact avec le gaz avait provoqué l'explosion.

Vu l'importance du fracas, il avait dû s'entendre de loin. Aussi, en plus d'évacuer la cargaison d'energist dissimulée, il allait falloir abandonner les lieux pour éviter d'être découvert.
Afin de gagner du temps, le renégat avait ordonné de ne pas secourir les blessés et d'incendier les lieux en partant, histoire de ne pas laisser de trace.
Puis, il alla voir ce qu'était devenu sa sœur, espérant qu'elle ne s'était pas fait tuer car il n'en avait pas encore fini avec.
Se rendre à la cellule ne fut pas des plus aisés, les couloirs étaient encombrés de rochers.

Quand il atteint son objectif, il constata hébété que Yiris n'était plus là. Détaillant les lieux, il remarqua le soupirail auquel manquaient des barreaux.
Haineux, il hurla et repartit à pas rapides à l'extérieur.

— La pute s'est barrée ! Il faut la retrouver !

Plusieurs soldats rappelèrent l'urgence de la fuite, mais aucun argument n'eut prise sur le fou-furieux.
Finalement, un détachement partit à la poursuite de Yiris, tandis que le reste des effectifs évacuait les quantités d'energist intactes.

Supervisant le chargement, Aleph se tourna dans la direction dans laquelle était partie la prisonnière.

— Montre que tu mérites de vivre ! Murmura-t-il.

OoO

Courant à travers les bois, Yiris ne tarda pas à comprendre que des hommes s'étaient lancés à sa poursuite.
Consciente d'avoir laissé des traces dans son empressement, elle accéléra le rythme autant qu'elle put.
Après tout ces efforts, hors de question d'être rattrapée.

Soudain, elle s'arrêta. Au beau milieu de la forêt, un énorme trou. Une grotte d'effondrement, visiblement récente car il subsistait une pente de terre sur les bords.
Celle-là avait l'air particulièrement profonde.

Contourner l'obstacle serait long et impossible de retourner en arrière, d'ailleurs, les voix des poursuivants se faisaient de plus en plus proches.
Pas le choix, la jeune femme avança un pied dans le gouffre, avec moult précaution, puis l'autre. Lentement, elle commença à suivre le dénivelé terreux.

Consciente qu'elle allait finir par être rattrapée, elle voulu accélérer. Un pas de travers, elle glissa.

Aucun moyen de se rattraper, plus elle descendait, moins elle voyait. Au bout d'un moment qui lui apparut une éternité, elle s'arrêta.

Levant la tête au ciel, elle vit la Lune des Illusions. S'attardant sur les bords de la cavité, elle constata qu'elle était très loin de la surface.

Tournant autour d'elle-même, elle lança un léger appel.

— Hé, ho !

Le son ne résonna presque pas, la grotte devait être immense. Elle aurait bien crié plus fort, mais c'était prendre le risque d'être repérée.
Se sachant encore visible de l'extérieur, elle décida d'avancer dans le noir le plus total.

OoO

Parvenus au gouffre, les hommes de Constantin étaient perplexes. Des empreintes dans la terre montraient que la prisonnière s'était engagée dedans.

Afin d'évaluer la situation, ils lancèrent une torche. Le temps qu'elle mit pour atteindre le sol les amena à une conclusion sans appel.

— Elle a voulu descendre et s'est certainement cassée la gueule ! Expliqua l'un d'entre eux. Je parie que son cadavre est en bas.
— Sûr ! Acquiesça un autre. Mais on va dire quoi au chef ?
— On va lui expliquer ! Reprit le premier individu.

La perspective de revenir bredouilles sema la discorde au sein du détachement composé d'une vingtaine d'hommes.
Finalement, ils décidèrent de regagner le fortin, n'ayant de toute façon pas de cordage assez long pour leur permettre de confirmer leur hypothèse.

Comme prévu, cette annonce réussit à rendre Constantin encore plus furieux. Il exigea qu'une troupe équipée se rende sur place, Cependant Aleph le stoppa dans son élan.

— C'est une perte de temps inutile, la chute a dû être mortelle. Vous savez bien qu'elle était affaiblie. Et tant bien même, elle en aurait réchappé, elle est bloquée en bas sans possibilité de remonter, donc condamnée à périr par la faim, la soif ou le froid !
Il y a un village à peine à trois heures de route d'ici, il faut que nous ayons évacué avant que quiconque n'arrive, pas de temps à perdre !

Le renégat dut se rendre à l'évidence, il n'avait pas le temps de confirmer l'intuition de ses soldats et l'avis du fausse-personne répondait à une logique implacable…

— D'accord, alors, dépêchez-vous de quitter les lieux, bande de larves !

Tandis que son supérieur allait déchainer sa colère sur ses subordonnés, Aleph regarda le ciel avec un léger sourire de satisfaction.

OoO

Cette fois, elle s'était enfoncée dans les ténèbres. Un coup d'œil en arrière, elle ne distinguait plus un bout de ciel.
La grotte était d'une taille effrayante, pas étonnant qu'il ait fini par y avoir un effondrement de la voûte.

Seul réconfort, ses poursuivants avaient visiblement renoncé.
Malheureusement, dans l'obscurité quasi totale à l'exception d'une lueur venue du trou vers l'extérieur désormais loin derrière, impossible d'être sereine.

Marchant sur un sol caillouteux désagréable pour ses pieds nus, Yiris rencontra soudain de l'eau. Y mettant la main, elle sentit un léger courant, qui allait encore plus loin dans le noir.

Avec un peu de chance, cette rivière souterraine la mènerait vers une sortie… A moins qu'elle ne finisse par s'écouler par un orifice minuscule dans lequel la jeune femme serait bien incapable de passer.

Faute d'autre option envisageable, la fuyarde prit le parti de suivre le cours d'eau.
Celle-ci était particulièrement fraîche, mais y marcher restait moins douloureux que d'avancer sur le sol car les pierres du lit étaient polies par le courant.

Yiris savait bien que rester les pieds dans l'eau froide vu son état n'était pas recommandé, surtout que même fausse-personne, elle avait toujours été sensible au froid.
Cependant, elle voulait progresser au plus vite.

Et puis, une lumière apparût, très blanche, assez vive, Yiris tourna brusquement la tête et vit que cela venait de l'amont de la rivière.

Pas le temps d'anticiper que la lumière était arrivée à sa hauteur. En fait, il s'agissait d'un poisson.
Doté de belles écailles argentées et assez gros, il semblait avoir une sorte de lanterne tenue par une antenne qui tombait devant sa tête.

Intriguée, la jeune femme l'observa longuement. Elle n'avait jamais vu pareille créature.
Etrangement, le poisson restait près d'elle et sa présence réchauffait légèrement l'eau alentour.
Puis, l'animal reprit sa route. Cependant, au lieu d'aller vite comme il l'avait fait pour arriver, il progressa d'un mètre à peine pour s'arrêter.

La jeune femme eut l'étrange impression que le poisson l'attendait. Brièvement, elle se demanda si elle n'avait pas perdu la raison, cela ne l'empêcha pas de s'approcher.

Ainsi, profitant de la petite chaleur de la créature, Yiris la suivit au cœur de la grotte.