Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 4 septembre 2012

Chapitre 47

La perception d'un miracle

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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La neige avait commencé à tomber tôt le matin. Cela faisait longtemps qu'il n'y en avait pas eu à Fanelia, et surtout, très longtemps qu'il n'y en avait pas eu autant !
Les habitants qui en possédaient se félicitaient du système de vitres dégondables, qu'ils ajoutaient à leurs volets en hiver pour se protéger du froid et pouvaient retirer le reste du temps pour profiter des courants d'air.

L'ingénieux système était encore l'œuvre de Folken. Voyant, l'hiver précédent, les gens se débattre avec les grandes toiles qui fermaient les balcons en cas de froid, il avait réfléchi à quelque chose de plus simple qui avait l'avantage de ne pas obscurcir les logements.
L'idée était tout simple et facile à mettre en œuvre : il suffisait de retirer les volets de bois, de mettre les vitres et de remettre les volets que l'on pouvait fermer par dessus.
Le seul inconvénient demeurait le coût. Cependant, ceux qui avaient investi ne le regrettaient pas, en particulier cette année.

Vêtue chaudement, Hitomi se baladait sur l'esplanade du palais avec Balgus, lui aussi bien emmitouflé, et s'amusait à lui faire découvrir les flocons avec un certain enchantement.

Histoire de distraire le petit garçon, Meinmet profita de la neige qui tenait au sol pour commencer la laborieuse construction d'un bonhomme de neige.
Cette étrange statue attirait la curiosité du personnel du palais, même si le vieux Prince n'en était plus à excentricité près.

Merle observait tout cela d'un balcon et encourageait Meinmet, tout en se gardant bien de trop se pencher.
En effet, la féline, comme tout chat qui se respecte, n'aimait pas du tout l'humidité.
Rien que l'idée d'avoir de la neige glacée qui collait à son pelage la rendait malade.

Prenant une petite pause sur son travail, Folken aussi s'attarda sur le temps étrange. Les flocons lui inspiraient une certaine mélancolie, sa mère lui avait dit qu'il était lui-même né un jour de neige.

Se perdant dans ses pensées, il se demandait si Yiris avait déjà vu des flocons. Elle lui avait dit être née dans une ville du nord du nord de la Grèce, mais avoir passer l'essentiel de son enfance dans la capitale, bien plus au sud, il était fort probable que le phénomène lui soit inconnu…

Enfin, il fallait retourner travailler, et plus précisément assisté au Conseil.
Depuis la disparition de la Reine, les réunions se faisaient sans Meinmet qui n'osait plus trop paraître devant son neveu, et tous les dossiers étaient passés en revue au plus vite et les décisions tranchées et rapides.
Le Souverain ne supportait pas les pinaillages, ainsi chacun était prié de régler ses comptes avant ou après le Conseil.

Reconstituant le duo de choc Mayek/Yiris, Ezgas et Haymlar avaient l'art d'être en perpétuel désaccord, et évidemment, leurs querelles ne volaient pas plus haut que celles de leurs prédécesseurs.
Suivant les directives, ils s'écharpaient verbalement toujours dans les couloirs à l'écart du Souverain, et, au final, passaient encore plus de temps à se disputer que les anciens généraux.

Sachant toute interposition vaine, Luyren préférait en rire, surtout que l'hiver rigoureux ne réussissait pas à ses rhumatismes.

Secrètement, il préparait sa retraite, ne sachant pas trop quand présenter la chose à un Roi qui vivait reclus dans son bureau avec un fantôme.

Le souvenir de Yiris pesait aussi sur Hylden. Elle l'avait rejetée, cependant cela n'avait pas pu l'empêcher de l'aimer, maintenant, il n'avait même plus droit au simple bonheur de la voir.

Dans une boîte, bien cachée dans ses appartements, il avait gardé une minuscule mèche de cheveux blonds, une de celles qui restait près d'elle après que le reste fut mystérieux coupé à la suite de la bataille de la forêt des brumes.
Sa relique était maigre, cependant il aimait la savoir près de lui.

Pour une fois, il n'avait pas le loisir de se perdre dans ses regrets, une dépêche étonnante venait d'arriver et il allait présenter le cas au Conseil.

Avançant dans les couloirs, il prit le temps de lire les faits, assez inattendus.
En effet, au sud du pays, une violente explosion avait retenti.

Les troupes, qui étaient arrivés plusieurs heures plus tard dans cet endroit reculé, avaient trouvé un petit fortin abandonné étrangement incendié et qui portait les traces de la dite-explosion dont la cause n'avait pas pu être clairement déterminée.

Néanmoins, fait étrange, il y avait d'importantes traces de mouvements, sabots de cheval et roues de chariots alentour.
Malheureusement, les pistes finissaient par disparaître du fait de la pluie ou de la neige qui s'alternaient au gré des heures.

Brigands qui avaient voulu jouer aux chimistes ? Possible, cela dit, ils devaient être nombreux à en croire les traces laissées…

Bref, cette affaire allait sans doute nécessiter l'envoi d'une garnison pour sécuriser la région afin de rassurer les marchands et peut-être l'envoi d'une dépêche d'information à Freid, tout proche.

C'était bien la première fois depuis longtemps qu'il y aurait des choses à dire, sans pour autant s'écharper sur des sujets tabou…

Ainsi, chacun allait prendre sa place et tout allait se passer vite et calmement.
Dernier arrivé dans la salle du Conseil, Hylden salua le Souverain et ses collègues, et s'apprêtait à s'asseoir.

Il n'en eut pas le temps.

Ne prenant même pas le temps de passer par le couloir, un soldat ouvrit violement une fenêtre de l'extérieur, surprenant les présents.
Prenant une inspiration, après la course démentielle qui l'avait conduite à destination, le visage incrédule, il parla :

— Yiris… La Reine… Elle est revenue…

Instant de flottement. Tous se figèrent. Hésitant, presque tremblant, Folken demanda :

— Co… comment ça ?

Le soldat prit à nouveau une grande bouffée d'air, avant de répondre.

— Elle… Elle vient d'arriver… Elle est sur le chemin vers la ville haute…

Le Roi se dirigea vers la fenêtre ouverte d'un pas pressé et l'enjamba, puis sa marche se transforma en course folle.

Dans la cité, un étrange silence régnait. Il provenait du fond de la vallée, quand un convoi de marchand avait vu arriver à sa hauteur, une étrange silhouette vacillante.

Ses lambeaux de vêtements noirs comme seuls habits par le temps froid, couverte d'écorchures récentes qui venaient s'ajouter aux vieilles cicatrices, ses cheveux en bataille sales à en cacher leur blondeur, Yiris avançait, chancelante.

Les premiers qui croisèrent son chemin crurent presque à un spectre ou alors à une hallucination créée par la danse des flocons.
Cependant, force de constater qu'elle était bien réelle, ne serait-ce que par les traces que ses pieds nus laissaient dans la neige.
Sans un regard autour d'elle, elle marchait. La force qui lui permettait de se mouvoir était, comme elle, vraiment irréaliste.

Sur le chemin de cette improbable apparition, personne n'osait bouger. En temps normal, à une personne en pareil état, on aurait proposé de l'aide, mais là, la stupéfaction rendait immobile.

C'est quand elle arriva à la grande porte que des militaires la reconnurent de façon certaine, et que la rumeur commença à parcourir les rues à la vitesse d'un éclair.

Indifférente aux regards, aux flocons, au froid, la jeune femme continuait, déterminée.

C'est dans une rue pavée nivelée en escalier à grandes marches que sa route croisa celle de son mari.
La voyant, le Roi crut à nouveau rêver, comme la nuit où il était certain de l'avoir sentie près de lui. Il s'arrêta net.

Elle était là, dans l'irréalité de ces petits flocons flottant dans le vent, mais elle était là, vivante !
Un pied sur terre, l'autre dans le vide, proche de tomber.

Ils avaient stoppé leurs avancées à une dizaine de mètres l'un de l'autre.

Relevant la tête, Yiris esquissa un sourire d'une grande douceur, avant qu'une petite larme ne lui coule sur la joue.
Tentant un autre pas, elle vacilla sur le côté. Avant qu'elle n'ait touché le sol, Folken la rattrapa.

Toujours souriante, elle leva sa main pour la poser sur la joue de son mari.

— Finalement, je suis revenue… Désolée de t'avoir causé du tracas…
— Tais-toi idiote… Lui demanda le Roi, bouleversé.

La foule s'était massée autour la scène, un habitant vint apporter une couverture. Folken enveloppa Yiris dedans avant de la prendre dans ses bras et de se relever.

Refusant toute autre aide, il la ramena au palais tandis que la foule murmurante s'écartait sur leur passage.

OoO

Depuis qu'il était monté sur le Trône, c'était le premier jour de congé que s'accordait le Souverain.
Il avait tenu personnellement à prendre soin de son épouse prodigue.

Quand ils étaient arrivés au palais, Mila était arrivé en courant et avait pris le visage de la Reine entre ses mains avec la familiarité d'une amie avant de déposer une bonne dizaines de baisers sur chaque joue, tout en pleurant de joie.

Meinmet non plus n'avait pas caché son émotion, mais là, une simple accolade avait suffit pour faire comprendre tout ce qu'il y avait à dire.

Après un bon bain chaud, quelques points de suture, soigneusement réalisés par Hylden qui n'avait pu retenir ses larmes de joies, et, enfin, un bon repas, Yiris savourait le simple bonheur d'être allongée sous une bonne couverture, dans un lit confortable au sein d'une chambre chauffée.

Par moment, elle était prise de petites quintes de toux. Ceci finit par étonner Folken.

— Je croyais que les fausses-personnes ne souffraient pas des miasmes humains.
— Oui, en effet… Balbutia la jeune femme qui prit brusquement conscience du terrain glissant où la conversation s'aventurait. Cependant, ça doit être… Un reste d'humanité justement… Après, tout, je tremble de froid, donc, après tout ça… Pieds nus dans la neige… Un petit rhume n'a rien d'étonnant, non ?
— Tu n'as pas tort… Acquiesça Folken. Je vais aller voir pour te trouver un remède !

Soulagée que son explication improvisée se soit avérée convaincante, Yiris profita enfin d'être brièvement seule quelques instants pour se rendre dans la salle d'eau.

Là, relevant, tendant le tissu de sa robe de nuit à l'extrême, elle détailla sa silhouette devant le miroir.
Perplexe, elle fit de même en relevant le vêtement.

Le reflet la rassura, il ne trahissait rien, elle n'avait pas l'air plus grosse que d'ordinaire.

Regagnant son lit, un petit coup la rappela à l'ordre : pourquoi cacher son état à son propre mari ?
Après tout, cet enfant, il le désirait, alors, ce serait une bonne nouvelle…

Yiris était consciente que vu sa captivité, certains allaient émettre des doutes sur la paternité. Cependant, tout trouverait issue favorable à la naissance car l'enfant naîtrait dans peu de temps.
Et sur ce peu de temps difficilement déterminable Yiris misait beaucoup.
Elle l'avait toujours gardé pour elle, mais depuis que son sang était mêlé à celui de fausse-personne, elle n'avait jamais eu de signes trahissant qu'elle pouvait avoir un enfant.

Avec le temps, elle pensait que l'hybridation l'avait rendu stérile, ce qui semblait logique.
Et puis bon, tant qu'elle vivait avec son maître, l'idée de fonder une famille ne lui avait jamais frôlé l'esprit.

C'est en vivant à nouveau au milieu des gens qu'elle avait une première fois pris conscience de cet état de fait.
Cependant, plutôt que de se poser des questions, elle trouvait très pratique de ne jamais être indisposée pour mener sa carrière.
Et pour un enfant, un autre élément indispensable, c'était quand même d'avoir un père, autre problème qui ne le tracassait aucunement.

Quand Folken lui avait demandé de rester son épouse, elle avait accepté sans réfléchir et s'en était rapidement voulu après.
N'étant pas du genre à nourrir de vains espoirs, elle s'était dit que d'ici une année, elle se résignerait à se faire répudier pour de bon, cette fois !
En attendant, même si c'était égoïste, elle voulait simplement profiter de l'homme qu'elle aimait.

Et voilà que l'impossible était arrivé. Depuis l'annonce, sa réflexion s'était avant tout portée sur une simple question de survie, il était maintenant temps de vraiment encaisser la nouvelle.

Yiris se sentait un peu stupide. Avoir un enfant était une chose naturelle et elle s'apprêtait à en faire un grand problème existentiel, alors qu'elle avait un mari qui allait être heureux et les moyens d'élever ce petit être dans les meilleures conditions, et pourtant…

Même si elle avait été compliquée du fait de l'ombre de son frère et de sa sœur décédés avant sa naissance, son enfance avait été heureuse.
Certes, ses relations avec sa mère avaient été un peu chaotiques, cela dit rien de trop grave non plus…

En fait, Yiris éprouvait le perturbant sentiment d'être incomplète. Les années qui avaient suivis sa résurrection avaient été tellement étranges, en dehors du monde, à observer les autres, à travailler la nuit avec les cadavres.

Seuls contacts, les achats, son apparence humaine permettant à la protégée de Lig Viete de se procurer le nécessaire sans faire d'histoire, contrairement à son maître qui avait renoncé à voler l'aspect d'autrui.
Finalement, à trente-neuf ans, Yiris en avait plutôt vingt-cinq, avec ses graves blessures de bataille, elle avait enfin achevé une adolescence tardive.
Adulte donc, mais pour autant pas prête à être mère.

Quand Folken revint, elle fit à nouveau comme si de rien n'était.

OoO

Les jours suivants, tout en ne quittant presque pas sa chambre, à cause de sa toux tenace, Yiris avait fait le point sur sa détention, omettant volontairement certains aspects.

Le lien entre le lieu où elle état retenue et l'explosion fut immédiatement fait. Cependant, le peu de choses qu'elle avait pu voir ne fit pas grandement avancer les choses.
Néanmoins, cela aboutit à un renforcement de la surveillance à la frontière avec Freid.

De Godazim, les dépêches parvenues ne faisaient état d'aucun fait particulier observé depuis l'incident, mais là-bas aussi, les autorités étaient aux aguets.

A la tête du pays depuis la mort de son père, le Duc Chid, désormais âgé de seize ans, gouvernait avec l'aide de Kaja, le chef du clan Zekku protégeant le temple de Fortona.
Aussi blond que sa mère, avec de grands yeux bleus, l'adolescent était comme cette dernière de santé fragile et d'un tempérament dépressif.

Cela se traduisait notamment par une grande maigreur et une tendance à être malade. Bien évidemment, la saison hivernale ne faisait qu'accentuer le phénomène.

Alité pour cause d'une pneumonie qui avait énormément inquiété son entourage, le Duc lisait les dernières nouvelles avec attention.

— Et bien, il se passe des choses étranges à Fanelia. Observa-t-il. Par rapport à eux, nous avons beaucoup de chance : juste une attaque de convoi, et encore pas un gros… Cependant, je crains que, cette fois, nous ayons des problèmes sérieux.
— En effet, acquiesça Kaja, les traces des responsables de l'explosion mènent droit vers nous. Même si, à l'heure actuelle, ils n'ont donné aucun signe de vie, nous nous devons d'être vigilants. Je suggère à Votre Majesté le renforcement des garnisons locales et la mise en place de patrouilles.
— Excellente idée ! Je te confie la mise en place de tout cela !

Après cet ordre, Chid perdit son regard vers l'extérieur. Kaja comprit qu'il était tant de prendre congé et s'en alla.

Une fois seul, l'adolescent se leva et s'avança vers la fenêtre. Il n'en parlait pas parce qu'il avait promis d'être fort, cependant il était quand même triste pour les gens de Fanelia.

Van et Hitomi l'avaient aidé il y a bien longtemps. Il aurait aimé faire quelque chose pour eux.
Malheureusement, il n'avait pu qu'envoyer un message de compassion après la disparition de Van et un petit présent à l'occasion de la naissance de Balgus.

Trop jeune et surtout trop faible pour prendre des initiatives, il se sentait parfois indigne de son père. De temps en temps, il s'asseyait devant les portraits de ses parents.
Deux toiles avaient été trouvées dans les gravats de Godazim anéantie après le passage de Zaibach et il avait demandé à les faire restaurer.

Ainsi, dans une pièce, il avait fait accroché ces tableaux devant lesquels il pouvait rester des heures durant.
Autant il se reconnaissait dans les traits doux et mélancoliques de sa mère qu'il ne se trouvait rien de commun avec son père.

Physiquement, il ne lui ressemblait absolument pas. Il n'avait pas non plus sa forte personnalité.
C'était à tel point qu'il en arrivait à se demander s'il était vraiment le fils de l'homme charismatique qu'il avait connu…

OoO

A Fanelia, la vie reprenait donc son cours, mais d'une façon plus optimiste.
Folken avait décidé de délaisser un peu ses innombrables tâches pour davantage s'occuper de sa femme, passant ainsi de longs moments avec elle, notamment en partageant ses repas.

Cela n'était pas pour déplaire à l'intéressée de prime abord, mais au final, cela en ajoutait à son malaise intérieur.

Petites vagues et légers coups, le petit être présent en elle ne ratait jamais une occasion de manifester sa présence, elle faisait toujours mine d'ignorer.

Et puis, une nuit, Yiris se réveilla, sans raison particulière, au contraire, pour une fois, elle ne toussait pas.
Après avoir regardé tendrement son mari qui dormait, elle se laissa hypnotiser par la danse des flammes dans l'âtre qui faisait face au lit.

Soudain, là encore, sans explication, elle tourna la tête vers la fenêtre. Il neigeait à nouveau à gros flocons.
Comme somnambule, elle se leva, enfila ses chaussons de façon mécanique et s'approcha des vitres aux petits carreaux carrés parfois colorés ou parsemés de jolies bulles, pour mieux observer l'extérieur.

Toujours sans réfléchir, elle ouvrit les battants et passa par dessus le rebord pour atteindre le balcon.

Juste vêtue de robe de nuit bleu pâle, simplement serrée d'un simple lien à l'encolure, qui lui arrivait un peu en dessous de genoux, elle avança jusqu'à la rambarde et tendit la main.
Lentement, des petits flocons venaient se poser dessus et fondaient un à un.
Indifférente à la brise fraîche qui les faisait voleter, Yiris ne lâchait pas sa main des yeux.

Au bout d'un moment, la fraîcheur du dehors, qui pénétrait à l'intérieur par la fenêtre ouverte, finit par réveiller Folken.
Celui-ci s'étonna de voir sa femme sur le balcon.

Conscient que le fait de rester par ce froid avec rien sur le dos n'allait pas arranger son problème de toux, il se leva rapidement et lui apporta sa veste de chambre.

Perdue dans ses pensées, son épouse ne l'entendit même pas venir, mais ne sursauta pas pour autant quand il s'adressa à elle.

— Tu devrais rentrer. Quelle idée d'aller dehors par ce temps ?

Elle ne répondit pas.

Sentant qu'il lui posait sa veste sur les épaules, elle inclina un peu la tête en signe de remerciement avant d'enfiler le vêtement bleu nuit, d'en attacher la ceinture, et finir par retendre sa paume sous la neige.

Ils restèrent tous deux longuement silencieux, puis sans se retourner, elle commença à parler.

— Le mot neige en grec, c'est « chioni ». J'en ai parfois vu, mais elle fondait en touchant le sol. Elle ne tenait guère que sur les hauteur des Monts Olympe et Parnasse... Ici aussi, c'est rare m'a-t-on dit... En voir autant tient presque du miracle... Donc des miracles se produisent parfois...
— Que veux-tu dire ? Interrogea Folken, intrigué.
— En fait, poursuivit son épouse toujours absorbée par la vision des flocons sur sa main, il y a quelque chose que je te cache…

Le ton employé était plus sombre. Adieu la voix chantante des premières phrases, le Roi avait peur de ce que la jeune femme s'apprêtait à lui confier et la serra doucement dans ses bras.

En réponse, Yiris s'appuya contre lui avant de reprendre.

— Ce que je ne t'ai pas encore dit est aussi incroyable que cette neige. Cela me paraissait tellement impossible que je me le suis caché à moi-même. En me livrant, j'ai d'ailleurs compromis ce miracle… Cependant il faut croire qu'il est solide… Enfin, il ou elle est solide…

Les tout derniers mots avaient été prononcés par une voix étonnement mutine. Folken avait l'impression de ne pas avoir saisi le propos.

— Je… Bredouilla-t-il.
— Tu vas me dire que tu ne comprends pas ! Reprit Yiris qui retira sa main de la neige pour saisir celle de son mari.

Se blottissant contre lui, elle amena la paume sur son ventre, et relevant la tête pour fixer Folken droit dans les yeux, lui annonçant avec un sourire ému.

— Notre enfant verra le jour avant la fin de l'hiver !