Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 25 septembre 2012

Chapitre 50

Mensonges par ommission

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Le moral revenu, Meinmet suivait de loin son affaire de pizza. Dryden lui envoyait directement les cuisiniers à former.

Jusqu'à présent, les fameuses préparations étaient surtout les vedettes des foires.
Cependant, l'idée d'en créer des restaurants faisait l'objet de nombreuses correspondances entre le marchand et le vieux Prince.

Inspiré, ce dernier commençait à esquisser des croquis d'ambiance, où les couleurs italiennes avaient la part belle.
Il croisait les doigts pour que ces idées plaisent à nouveau à son associé.

Et l'argent gagné dans cette affaire, à quoi servait-il ? Ayant toujours aspiré à être indépendant, Meinmet s'en servait en premier lieu pour financer son propre personnel, avec des petites primes pour les domestiques chargés de ranger sa pagaille, car le reste des bénéfices était investi dans l'achat d'objets venant de la Lune des Illusions.

La plus belle trouvaille du Prince était, sans conteste, un vieux tourne-disque à manivelle.
Ainsi, Meinmet allait enfin pouvoir à nouveau profiter d'un fond sonore musical, qui plus est varié car il avait acquis une jolie collection de vinyls…

Cela dit, rien n'était jamais totalement simple, l'engin était en très mauvais état.

Après avoir retourné une centaine de fois le problème dans sa tête, le vieux Prince décida de porter l'engin à son neveu, plutôt que de risquer de tout casser avec des tentatives de réparations hasardeuses.

Son trésor sous le bras, il se rendit donc auprès du Roi, dans l'endroit où il passait la majorité de son temps : son bureau.

— Folken, je vais avoir besoin de tes talents d'ingénieurs ! J'ai quelque chose à réparer.

Levant la tête de son habituelle pile de dossiers, le Souverain fit un petit signe intimant à son visiteur de bien vouloir baisser d'un ton.
Tournant la tête de côté, Meinmet constata la présence de sa petite nièce endormie dans le berceau qu'il lui avait fabriqué.

Alors que le printemps approchait, Chioni allait sur ses trois mois. Il ne faisait aucun doute qu'elle avait hérité du caractère de son père, tant elle était paisible.

Toujours aussi fine et grande pour son âge, elle était néanmoins depuis peu capable de garder sa chaleur.
Ainsi, elle pouvait dormir seule et non plus toujours dans les bras d'un de ses parents.

— Oups, désolé, fit le vieillard en chuchotant. Je ne m'attendais pas à la trouver ici. Tu n'as donc pas assez de serviteurs pour t'en occuper ? Et sa mère ?
— Tu connais Yiris, elle estime s'être assez reposée… Maintenant que mon petit poisson va mieux, elle la laisse de temps en temps pour aller s'entraîner… Répondit le Souverain à voix basse.
— Toi et ton « petit poisson », quel surnom pour une fillette ! J'ai beau connaître l'histoire, je reste dubitatif… Mais dis-moi, Mila et sa bande ne pourrait pas s'en charger ?
— Sache, cher oncle, que je suis ravi de la surveiller ! J'ai déjà tellement de travail que je la vois peu. Là, au moins, je peux profiter de sa présence. Rien que de la savoir à côté de moi me comble de bonheur !

Face à cela, Meinmet ne pouvait que sourire. Il était heureux de voir son nouveau épanoui dans son rôle de père.
Dommage que ce ne fut pas le cas de Yiris.

Certes, elle avait fait des efforts, notamment en gardant son nourrisson quasi en permanence contre elle avec un système d'écharpe durant ses premières semaines et en l'allaitant, cependant on la sentait quand même distante avec sa fille.

Sans doute se sentait-elle responsable de sa cécité, ou peut-être le malaise était plus profond…

La nouvelle Reine de Fanelia n'avait jamais été une grande bavarde et continuait de garder tout son ressenti profond pour elle seule.

— Et sinon, reprit Folken, je présume que ta venue est motivée par l'étrange objet que tu tiens sous le bras. De quoi s'agit-il ?
— D'un tourne-disque portatif qui fonctionne sur manivelle !
— Soit, encore une de tes trouvailles venues de la Lune des Illusions, qui, bien évidemment, ne fonctionne pas !
— Tu as deviné ! Acquiesça le vieux Prince en posant son bien sur un recoin libre du bureau de son neveu.

Alors, le Roi, délaissant son travail, commença à examiner minutieusement l'appareil d'un air perplexe.

— Je vais sans doute te décevoir, c'est la première fois que je vois un tel engin. En Russie, un des amis de l'homme qui m'avait recueilli avait bien une machine de ce type. Cela dit, il fonctionnait avec le courant électrique… Le mécanisme de manivelle n'est probablement pas compliqué, cependant…
— Cependant ? S'inquiéta Meinmet
— Que je m'y connaisse en mécanique ne veut pas dire que je sache tout réparer… La base de mon savoir, ce sont quand même les technologies de Gaea. Là, je pense qu'avant de faire quoique ce soit, il serait judicieux de demander l'avis d'une personne qui a utilisé ce genre d'engin ! Conclut Folken avec un petit sourire malicieux

Quelqu'un qui s'y connaissait en tourne-disque, le vieux Prince n'eut aucun mal à comprendre de qui il s'agissait.

OoO

Ragaillardi par les propos de son neveu, Meinmet s'en alla donc à la recherche de Yiris.
Bien évidemment, il commença par la salle d'entraînement, mais surprise, il trouva juste Ezgas et quelques recrues qui travaillaient leur escrime.
Dubitatif, il s'adressa à quelques serviteurs qui lui expliquèrent qu'en fait, cela faisait plusieurs jours que la Reine ne venait plus en ce lieu.

Soit, il partit alors en quête de Mila ou d'une des filles. Ces dernières avaient jeté leur dévolu sur un tournoi de luttes à mains nues, organisé dehors malgré la fraîcheur du temps.

Chaudement enveloppées, chacune assise sur une chaise longue, elles appréciaient le spectacle des beaux éphèbes en action.
Malheureusement pour Meinmet, leurs propos ne l'avancèrent pas davantage. Mila parut même inquiète.
Le vieux Prince tempéra son angoisse, il avait bien une dernière idée derrière la tête.

En effet, son instinct l'amenait à aller interroger une personne qui en dépit de tout restait proche de Yiris : Hylden.
Ce dernier, toujours barbu, l'air perdu dans ses pensées, était en train de contrôler l'état des écuries royales.

Voyant le vieux Prince s'approcher, le général ne douta pas une minute de ses attentions.

— Laissez-moi deviner, vous cherchez Sa Majesté la Reine ?
— Tu parles d'elle ainsi maintenant ?

Le jeune homme soupira et, d'un signe de tête, invita Meinmet à le suivre dans un endroit plus calme.

— Cela fait juste deux semaines que Yiris a recommencé à s'entraîner et ce n'est pas évident. Elle a besoin de calme…
— Il me semble l'avoir pourtant vu par le passé s'entraîner sans aucun souci dans la grande salle d'armes. Elle s'en réservait l'usage privatif sans souci… Allez, dis-moi la vérité Hylden, qu'est-ce que Yiris veut cacher ?

Le général se savait piégé. Maintenant que le vieux Prince avait flairé la piste, il ne le lâcherait pas. Aucune alternative, il fallait avouer.

— Il est possible que cela vous paraisse choquant, cependant j'estime que le serment d'amitié qui m'unit à Yiris prime sur mon serment de loyauté à mon Roi, surtout qu'en ce cas, je ne pense pas lui nuire.
— Soit, je saisis l'idée, que caches-tu quoi à mon neveu ? Demanda Meinmet avec une certaine appréhension.

Agacé, Hylden détourna le regard. Puis, inspirant profondément, il reprit la conversation.

— A vous voir si soupçonneux, je suis surpris, je croyais que vous connaissiez mieux Yiris. Vous devriez savoir qu'elle fait de son mieux pour se tenir correctement, pour sauver les apparences. Rassurez-vous, elle ne trompe pas son mari avec moi, au cas où l'idée vous aurait traversé l'esprit !
— Arrête de faire des mystères et va aux faits !
— Depuis ses blessures, Yiris a estimé avoir perdu une grande partie de ses capacités. Certes, avant de se livrer à Constantin, elle a eu l'occasion de regagner en force et en habileté, mais…
— Mais… Insista le vieux Prince passablement agacé.
— Elle veut travailler sur des aspects plus complexes de son art, à savoir ses techniques de fausse-personne. Pour cela, elle a besoin d'une réelle solitude, et surtout, elle veut reste discrète, histoire d'éviter rappeler sa vraie nature aux gens.
— Soit… Où est-elle ?
— Le dernier entrepôt au fond de la zone nord, un de ceux qui ne sont pas encore affectés…
— L'endroit idéal pour être isolée en effet…
Ceci dit, Meinmet, furieux, s'en alla sans. Hylden ne put que repartir travailler, lui aussi de mauvaise humeur.

Si à la base, Le vieux Prince voulait juste voir Yiris pour lui demander un petit truc pratique, au final, il avait la ferme intention de la sermonner un bon coup.
A chaque fois qu'elle avait agi en solo, cela avait mal tourné… Et cette aspiration à avoir recours à ses talents obscurs ne lui inspirait rien de bon.

Il se disait qu'il se comportait de façon un peu trop paternaliste. En même temps, Yiris avait souvent la façon de faire d'une adolescente en quête de sensations fortes.
Puisque qu'elle n'avait plus de parents pour la remettre dans le droit chemin, c'était à lui de le faire.

Ses pas le conduisirent donc au bâtiment en question. Ce dernier n'avait été restauré que le minimum, les murs épais avaient bien résisté à l'incendie, seule la toiture avait eu besoin d'être refaite.
Quand à l'intérieur, il avait été laissé vide, en attendant d'être aménagé en fonction de sa future éventuelle utilité.

A l'approche, Meinmet eut le sentiment d'entendre Yiris chuchoter et que de mystérieuses voix à l'étrange résonnance lui répondaient.
Après s'être resté brièvement figé, il secoua la tête se pensant devenu sénile, avança d'un pas et soudain, tout bruit cessa.

Quand il entra dans l'entrepôt, il eut même la nette impression que Yiris l'attendait.

Debout, vêtue d'une tunique à manches au coude noire, d'un pantalon de la même nuance, sa tenue était agrémentée d'une ceinture colorée, comme au bon vieux temps.

Songeuse, elle faisait tournoyer son bâton autour d'elle, passant d'une main à l'autre avec une habilité qui rappelait son glorieux passé.

— Mon secret dévoilé… Hylden a parlé… Soupira-t-elle
— Et oui ! Répondit le vieux Prince avec fermeté. Et sache que je ne suis pas content du tout de savoir que tu livres en cachette à un entrainement que je qualifierais de particulier ! Pourquoi n'en as-tu pas au moins parlé à Folken alors que Hylden est au courant ?

Les bras croisés, Yiris était allée s'appuyer contre un mur.

— Je connais Folken, je sais qu'il pourrait s'inquiéter. Et puis, il est assez occupé pour ne pas l'accaparer avec ça… Après, il me fallait quelqu'un de confiance, Hylden s'est bien évidemment imposé.
Ce que je fais est particulier. Ce sont des techniques qui demandent une concentration extrême. Vaille que vaille, j'ai besoin de retrouver mon niveau d'antan !
— Ne me dis pas que tu comptes te battre ? Genre aller affronter Constantin seule ?

Piquée au vif, la jeune femme plongea son regard vers le sol.

— Il faut que vous compreniez une chose, ni vous, ni Folken, ni personne ne pourra m'empêcher de faire ce que j'ai à faire. Je suis en grande partie responsable de ce qu'est devenu mon frère, c'est donc à moi d'y mettre bon ordre !
— Y mettre bon ordre en allant te faire tuer ! Grande idée ! Je te rappelle que tu as un mari qui t'aime, et qui a passé des semaines rongé par l'inquiétude à ne quasi plus manger et dormir quand tu as eu la bonne idée de te livrer, et aussi, pense à ta fille, bon sang !
Elle n'a que quelques mois et a besoin de toi ! J'ai grandi dans une famille qui n'en était pas une, avec une mère rendue folle par la vengeance au point de se prendre pour un homme, une pseudo-mère dépressive, quand à mon père, je ne peux émettre qu'une hypothèse concernant son identité ! Alors, je ne souhaite à aucun enfant de vivre comme cela, ton enfant a la possibilité d'avoir une vraie famille, avec un père et une mère ! Tu n'as pas le droit de l'en priver pour satisfaire ton égoïsme ! Cette petite est déjà aveugle, elle n'a pas besoin d'être orpheline !

Yiris avait écouté le réquisitoire sans lever la tête, c'était bien la première fois qu'elle avait à faire à un Meinmet aussi vindicatif.
Sur un angle, il n'avait pas tort, aussi évita-t-elle de piquer une des crises de colère dont elle avait le secret.

— Je ne suis pas stupide ! Bien sûr que je pense à Folken et Chioni. En dépit de tout, je ne peux pas ignorer Constantin ! Vous me traitez d'égoïste, soit, mais ne serait-ce pas tout aussi égoïste de ne pas me soucier d'un type qui a fait massacrer toute une ville ?

Se redressant, elle s'approcha de son visiteur et plongea son regard dans le sien.

— La disparition de Maître Van, le massacre d'Evakan, les vols d'energist, dans tout cela, Constantin est impliqué. J'ignore son niveau dans la hiérarchie, cependant je suis certaine qu'en le neutralisant, ce ne sera pas difficile de remonter jusqu'aux vrais commanditaires ! Donc, oui, je prends en compte mon mari et ma fille, mais je n'oublie pas non plus le bien des autres, le souci, c'est que les deux sont difficiles à concilier !
J'ai le choix entre faire quelque chose et attendre, je ne resterai pas les bras croisés à regarder mon frère sombrer chaque jour un peu plus laissant derrière lui une traînée de sang !

Meinmet était bien obligé de reconnaître que Yiris était effectivement face à une situation inextricable.
Pour autant, il ne pouvait pas cautionner sa volonté de faire cavalier seul.

— Bien… Je ne te demanderai qu'une chose alors, soit au moins honnête avec Folken ! Je ne vais rien lui dire, à toi de le faire !

En quittant les lieux, le vieux Prince se retourna une dernière fois et posa son paquet sur une caisse en bois près de l'entrée.

— J'ai réussi à trouver un vieux tourne-disque à manivelle. Malheureusement il ne fonctionne pas. Si entre deux séances d'entraînement, tu avais la gentillesse d'y jeter un coup d'œil, je t'en serais fort reconnaissant.
— D'accord… Acquiesça Yiris en opinant de la tête.

Une fois que Meinmet fut parti, la jeune femme alla ramasser ce dont il avait parlé. Elle commença à examiner l'engin avec curiosité.
Se croyant revenue plus de vingt-cinq ans en arrière, elle ne pu s'empêcher de sourire.

S'adossant au mur en tenant la machine, elle ferma les yeux, songeant à son enfance bercée par les vinyls qu'elle avait tant écoutés.

Alors que le silence régnait en maître, un visage se dessina dans la cloison tout près d'elle.

— Nous avons pêché par imprudence ! Dit le fausse-personne.
— Maintenir ce système de barrière nous conduit à quelques failles. De plus, Exclior n'est pas là et son pouvoir nous fait défaut. Il est le plus fort d'entre nous… Remarqua Yiris, fataliste.

Alors d'autres fausses-personnes sortirent des murs et se rapprochèrent de la jeune femme. Ils étaient environ une trentaine.

— Ne vous en faites pas, reprit la Reine, la méthode développée par Exclior nous protège des médiums. Aussi, nous pouvons continuer à travailler tranquillement !

A ces propos, tous s'inclinèrent devant elle.

OoO

Quand le soir, Yiris quitta son lieu d'entraînement, elle fut surprise de voir Merle bondir d'un toit vers elle.

Visiblement furieuse, la jeune femme-chat se plaça devant elle et la toisa.

— Tu peux me dire ce que tu complotes ?

Agacée, la Reine resta muette et entreprit de la contourner. Merle la saisit sans ménagement par le bras.

— Ne joue pas à la plus fine avec moi ! Reine ou pas, je m'en fous ! Je veux savoir ce que tu es en train de mijoter avec tes petits copains fausses-personnes !

Yiris dégagea brutalement son bras et affronta du regard son interlocutrice.

— Où est-ce que tu vois des fausses-personnes, minette ? Tu n'as plus toute ta tête !

Cette fois, Merle se reteint pas et plaqua Yiris contre un mur. Cette dernière, qui ne s'attendait pas du tout à cela, n'eut pas le temps de parer.

— Et toi, tu mens mal ! Non, je ne vois pas ta petite bande, non, je ne perçois pas avec des pouvoirs de médium, par contre, leur sale odeur, je la reconnaîtrai entre mille !

Cette fois, la Souveraine se savait piégée. Elle avait eu la bêtise de négliger cet aspect, grave erreur !

Malgré tout, elle n'avait pas l'intention de se laisser faire, même si elle devait se montrer blessante.

— Laisse tomber Merle, tu n'as pas de preuve tangible contre moi. Ce sera du parole contre parole. Et je pense être plus crédible qu'une pauvre fille-chat dépressive.

Dans un réflexe, l'intéressée sortir ses griffes. In extremis, Yiris se protégea le visage avec son avant-bras.

Le bras en sang, elle repoussa Merle, qui riposta, et griffant profondément la main de son adversaire, la fit lâcher son bâton.

— Toi crédible, tu me fais rire ! Tu es une fausse-personne, tu as déjà menti tellement de fois ! Tout aussi Reine que tu sois devenue, cela ne te rend pas forcément honnête !

S'en suivit une bonne bagarre, coups de griffes contre coups de poing.
L'ancienne militaire fut étonnée par le ténacité de la fille-chat.
Elle qui pensait la mater en deux ou trois minutes se trouva copieusement griffée.

En dépit d'innombrables tentatives, impossible pour Yiris de réussir à récupérer son arme, qui l'aurait pourtant bien aidé à prendre le dessus.

Au bout d'un moment, à terre et chacune bien amochée, elles se décidèrent à discuter.

— Merle, pourquoi tu te mêles de mes affaires ?
— Je suis désolée, mais te savoir comploter dans un coin avec une tripotée de fausses-personnes, cela n'inspirerait confiance à personne !
— Soit, alors pourquoi ne pas m'avoir simplement dénoncée ?
— Au début, c'est ce que j'avais l'intention de faire. Cela dit, je voulais être sûre d'avoir de réelles raisons de me méfier de toi. C'est là que j'ai entendu de quoi vous parliez, et ça m'a intéressée.
— Qu'est-ce qui t'as donc arrêtée dans ton élan ?
— J'ai entendu que vous parliez de Maître Van. Je veux vous aider à le sauver !

Yiris soupira, se releva et tendit la main à son adversaire.

— Viens avec moi !

Prenant garde à ne pas être vue, elle entraîna la fille-chat dans son ancien appartement de fonction de général. Haymlar avait déjà un logement qui lui convenait parfaitement et n'avait pas voulu le quitter.
Discrètement, Yiris ouvrit la porte. Les lieux étaient pratiquement vide, à l'exception de quelques rares meubles poussiéreux.

Soulevant une dalle de parquet, elle sorti du plancher un pot d'onguent.

— Tiens, passe-toi ça. Ce n'est pas une potion très académique, il y a de la drogue dedans. Cependant, cela va vite faire dégonfler les contusions. Par contre, prépare-toi à bien dormir cette nuit !

Merle eut une petite hésitation.

— Tu penses donc que je vais t'empoisonner, c'est ça ? Tu te souviens qu'il y a bien longtemps, je t'ai sauvé la vie alors que tu n'étais qu'un chaton de deux ans ! Allez, mets-moi ça, et vite !

D'un geste vif, Yiris s'empara du produit, l'ouvrir et s'en passa sur une plaie ouverte.

— Tu vois, ce n'est pas mortel !
— Je te rappelle que toi, tu es en partie fausse-personne ! Répondit Merle avec un petit sourire en coin.

Vexée, la jeune femme lui répondit par un puéril tirage de langue et toutes deux éclatèrent de rire.
S'en suivit un moment détendu d'échange de vieux souvenirs.

Tandis que Merle s'appliquait la mystérieuse pommade sur ses blessures, Yiris commençait à guérir spontanément des siennes.
Il lui resterait probablement quelques traces plus tenaces, mais rien qui ne puisse être dissimulé sous des vêtements le temps nécessaire à la cicatrisation finale.

Puis, la conversation se fit plus sérieuse. Yiris expliqua à Merle ce qui se tramait.

— Depuis que je suis revenue à Fanelia, je ressentais d'étranges présences lointaines. Cette impression n'a fait que se renforcer au fil du temps. Il y a peu, les choses se sont accélérées. Alors que je me promenais avec ma fille dans la forêt, j'entendais comme des voix qui l'appelaient. Après avoir longuement hésité, j'ai décidé de les suivre.
Là, j'ai fait une étonnante rencontre : autour de moi, des dizaines de fausses-personnes sont apparus et se sont prosternées.
Lorsque je leur ai demandé pourquoi ils agissaient ainsi, l'un d'eux, un certain Exclior, s'est détaché du groupe et m'a raconté la légende de la libération du Peuple des fausses-personnes.
— Etrange, je n'ai jamais entendu parler de cela… Tu peux m'en dire davantage ? Demanda Merle, perplexe.
— A vrai dire, c'était aussi une découverte pour moi. Mon Maître n'a jamais eu un mot à ce sujet. D'après ce mystérieux Exclior, un jour, un fausse-personne qui aura gardé son humanité libérera la race maudite. Comment ? Mystère. Et que signifie libération ? Je n'en suis pas certaine non plus. Quoiqu'il en soit, ils me prennent pour leur déesse. Toujours selon ce puissant sorcier, le chemin vers cette fameuse liberté passe par le fait de vaincre les voleurs d'energist. Il m'a dit les avoir longuement espionnés et était persuadé qu'il allait finir par découvrir l'endroit où Maître Van était retenu. Cependant l'entreprise risque de s'avérer plus que périlleuse...
— S'il s'agit de sauver Maître Van, dit la jeune femme-chat avec détermination, je suis décidée à être des vôtres !