Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 13 novembre 2012

Chapitre 53

Etres vivants

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Le message d'annonce avait beau être clair, Hitomi voulait voir le miracle de ses yeux. Le fait que l'arrivée soit prévue de nuit n'y changeait rien.
Les nouveaux petits vaisseaux de Fanelia étant exceptionnellement rapides, le doute serait bientôt levé.

Sans cesse, la jeune femme retournait dans son esprit le contenu de la missive, pourtant sans équivoque : Van avait été retrouvé vivant et libéré.

Sur le coup, tout le monde avait sauté de joie. Hitomi s'était jetée dans les bras de Meinmet, des tonnerres d'applaudissements avaient retenti.
Malheureusement, l'euphorie avait été tempérée par la suite de la missive : en sauvant celui qu'elle aimait tant, Merle avait perdu la vie.

La jeune femme-chat était connue de tous. Ainsi, sa disparition dans de telles circonstances souleva une certaine émotion, même ses détracteurs durent reconnaître qu'elle avait été héroïque.
Les sentiments d'Hitomi étaient contrastés. D'un côté ce bonheur incroyable de bientôt voir revenir celui qu'elle aimait tant, de l'autre, l'immense tristesse d'avoir perdu une amie si précieuse.

Après des larmes mêlant joie et tristesse, la jeune femme attendait dans la cour du château.
Attentionné, Meinmet lui avait fait apporter un châle et une chaise sur laquelle elle ne s'asseyait jamais plus de quelques minutes, préférant marcher nerveusement en rond.
Conscient que rien ne changerait cette attitude, le vieux Prince se contentait de patienter, assis pour sa part, auprès d'elle.
A l'étage, Mila veillait sur Balgus, auprès duquel on avait installé sa cousine. Les deux bambins dormaient tranquillement, indifférents à l'agitation.

Hitomi avait parlé un peu à son fils. Du haut de ses dix-huit mois, il ne semblait pas avoir saisi l'importance de l'évènement. Il avait par contre parût triste à l'idée de ne plus revoir Merle, même s'il ne saisissait pas encore l'aspect définitif de la situation.

Soit, la rencontre entre le père et son enfant concrétiserait les choses. Néanmoins, la jeune maman gardait une certaine inquiétude.

De plus, le courrier avait été très succinct concernant l'état de Van. Aussi elle redoutait de voir les conséquences de sa détention.

Si elle s'était écoutée, Hitomi serait allée attendre directement au port aérien, mais Meinmet avait réussi à l'en dissuader. Rester longtemps dans cet endroit fortement venteux n'était pas une bonne idée.
Chaque lumière au loin, chaque bruit qui pouvait ne serait-ce que vaguement évoquer une hélice faisait battre son cœur à la limite de sa résistance. L'impatience la rongeait.

Ainsi maintenue éveillée, elle vit soudain apparaître une sorte de guirlandes lumineuses, bientôt trois silhouettes de vaisseaux se détachèrent du ciel nocturne, enfin !
Après avoir survolé la cité, les engins se posèrent.

Très vite, la nouvelle se rependit et une grande majorité des habitants se levèrent pour assister à l'événement. On attendait des clameurs qui se rapprochaient.

Hitomi était fébrile, les minutes d'attente lui semblaient alors plus longues que les quasi deux ans à espérer.

Et soudain, il apparut sur la grande terrasse du palais. Difficilement debout, soutenu par des soldats.

Immobile, comme si ses pieds étaient collés au sol, elle le regardait. Peu à peu, ses traits se détaillaient.
Sa maigreur, ses quelques cicatrices sur le visage, Hitomi était effrayée de voir tout cela.
Cependant, quand il leva les yeux vers elle, la jeune femme se sentit comme libérée et courut lui sauter au cou.

Bien trop faible, il serait tombé à la renverse sans l'intervention de ses aides qui l'empêchèrent de basculer.

Puisant dans le peu de force qui lui restait, Van enlaça sa compagne. Quelques larmes coulèrent sur ses joues, tandis qu'elle s'effondrait en sanglot.
Sentir sa chaleur, l'odeur de sa peau, non ce n'était pas un rêve, c'était bien lui.

Aucun mot ne lui venait, elle était simplement heureuse.

Au bout de quelques instants, sentant que le soutien ne serait bientôt plus suffisant, Van murmura doucement à sa bien-aimée.

— Hitomi, je suis fatigué, je crois que j'ai besoin de m'asseoir…
— Oui, oui… Je suis désolée…
— Ce n'est rien ! Répondit-il avec un sourire, lui caressant la joue.

Lentement, le jeune homme avança. Il eut droit au passage à une sincère accolade de Meinmet ainsi qu'à toutes sortes de petites tapes amicales dont la familiarité aurait pu paraître déplacée d'ordinaire, mais qui trahissaient l'émotion ambiante.

Quand il franchit le seuil du palais, quelques personnes se mirent à applaudir et très vite, tout Fanelia ne fut qu'une acclamation.

Van avait du mal à réaliser que, cette fois, il entrait pour de bon dans la légende ! Après la grande guerre de Gaea, il était devenu le « Roi Prodigue ».
Nul doute que, bientôt, les enfants écouteraient les conteurs leur narrer, avec quelques arrangements pour donner plus de magie au récit, les aventures de ce grand Souverain !

Se reposant un instant sur un fauteuil qu'on lui avait apporté dans le hall, il but un peu d'eau.
Derrière lui, les mains posées sur ses épaules, les yeux bouffis par les larmes, Hitomi affichait un large sourire, se retenant de ne pas couvrir son amant de baisers en public.

Le personnel du palais, ainsi que leurs proches, avaient envahi les lieux. L'atmosphère en devenait presque étouffante.
Attentionnés, les serviteurs avaient proposés une collation au jeune homme qui leur avait juste demandé un peu de pain. Celui arriva rapidement et Van le savoura, silencieux, avec une joie certaine.

Pendant sa détention, il ne mangeait que la nourriture à moitié moisie et depuis sa libération, il n'avait eu droit qu'à des rations d'armées, fades au possible.
Là, il s'agissait d'un simple pain, cependant, il lui apparut comme le plus délicieux des mets qu'il avait mangé.

Son étrange méditation fit l'objet d'un grand respect. Nul n'osa le déranger avant qu'il eut fini.

Une fois ceci fait, Van observa amusé les regards emprunts de curiosité autour de lui.
Il savait qu'il était temps pour lui de dire quelques mots à tous ceux qui s'étaient déplacés pour l'accueillir.

— Merci à tous d'être présents ! Vous vous doutez que pour moi, c'est un immense bonheur d'être de retour chez moi. Ces deux années ont été terribles, je vois enfin la lumière au bout du tunnel.
J'ai discuté avec mon frère de la situation particulière dans laquelle se trouve notre pays. En attendant de pouvoir nous réunir au calme, nous avons convenu que Folken continuerait à remplir son rôle, assurant notamment la campagne militaire en cours, pendant que moi, je me reposerai, ce dont vous vous doutez, j'ai bien besoin !

Les dernières paroles avaient été prononcées avec ironie, et l'assemblée se fendit de nombreux rires.

— Sachez, reprit le jeune homme, que je suis bien évidemment disposé à aider à la gestion des affaires courantes. Mais là, je me permets l'égoïste ambition de profiter du confort de mon lit et de la qualité de la cuisine locale !
Sur ce, je crois que je vais aller me coucher ! Tout le monde a besoin de repos, je crois ! Alors, bonne nuit à tous !

Enthousiastes face à la bonne humeur de Van, les gens applaudirent.
Puis, toujours soutenu par des soldats, Van regagna ses appartements qui avaient été mis soigneusement dépoussiérés avant son arrivée.

Là, il demanda à prendre un bon bain chaud. Et s'assit dedans avec un bonheur évident.

Amusée par la façon béate dont il prenait ces choses si simples du quotidien, Hitomi, restée auprès de lui, se contenta de le regarder.

Soudain, il rompit le silence ambiant avec une remarque ironique :

— Yiris est folle, mais sans elle, je ne m'en serais pas sorti… Le pire, c'est que quand j'ai voulu la remercier, elle m'a répondu « C'était mon devoir de soldat ! ». Décidément, elle m'étonnera toujours avec ses histoires d'honneur… Franchement, pour ce qu'elle vient de faire, j'oublie toutes ses incartades passées, et je garde une dette envers elle…
— Elle a toujours fait de choses folles… Tu sais ce qui s'est passé en ton absence ? Demanda Hitomi.
— Oui, j'avoue que je suis débordé. Tant de choses me semblent improbables…

Il s'interrompit brutalement. La jeune femme comprit immédiatement pourquoi.

— Je suis désolée pour Merle. Quand j'ai appris sa mort, j'ai été bouleversée. C'était mon amie, elle m'a tellement soutenue… Alors toi…
— Je n'ai réalisé qu'une fois que nous étions à l'abri. Yiris l'a portée sans rien dire et moi, je n'avais pas conscience de ce qui m'arrivait. Je croyais rêver tellement recouvrer la liberté me semblait tenir du miracle. Mais au lieu de me serrer dans ses bras, elle était inerte, à terre… J'étais tellement fatigué que je me suis endormi sur place. Quand j'ai ouvert les yeux et réalisé que oui, j'étais libre, j'ai tout de suite demandé de ses nouvelles à Folken qui a confirmé ce que j'aurais tant aimé être un mauvais rêve…

Van soupira. Et à nouveau, le silence se fit quelques minutes avant qu'il ne reprenne.

— Yiris m'a dit que ces dernières paroles étaient pour moi, c'était « Bonne route ! »… Merle a toujours pensé à moi avant elle… Quand je l'ai revue, elle souriait comme si elle dormait en songeant à une chose joyeuse… Me dire qu'elle ne sera plus là sera…

Sachant qu'il n'y avait rien à dire, Hitomi se contenta de prendre la main de Van et de la serrer fort.

Puis, tandis que lui s'apaisait, elle sentait, peu à peu, une angoisse l'envahit, elle devait absolument aborder le sujet, mais ne savait pas comment l'amener.

Elle aurait pensé que Van lui en aurait parlé directement. Cependant, de toute évidence, celui-ci reprenait progressivement ses esprits et semblait débordé par tous les événements qui s'étaient déroulés en son absence et surtout par le décès de Merle.

Prenant une grande inspiration, elle commença à s'expliquer d'un ton hésitant.

— On t'a parlé de…

Comme s'il avait directement compris de quoi il était question, Van posa sa main sur celle d'Hitomi.

— Balgus, c'est ça ? Bien sûr que l'on m'a parlé de lui. Ne m'en veux pas, j'ai du mal à réaliser qu'il existe…
— Je comprends… Tu veux le voir pour réaliser par toi-même ?
— Oui, mais là…
— Si tu sens assez tes jambes, je te soutiendrais, il n'y a que quelques pas à faire.
— Je vais le réveiller…
— Ne t'en fais pas pour ça, il a un sommeil de plomb ! Et si tu le réveilles, quelle importance ?

Difficilement, le jeune homme sortit de son bain et s'habilla. Chaque effort, aussi simple soit-il, lui demandait du temps.
Après deux ans à tourner dans une pièce humide, il allait avoir du mal à se remettre, tout descendant du peuple du Dieu Dragon qu'il soit.

Une fois vêtu de sa tenue habituelle d'avant, pantalon beige, veste mauve et chemise blanche, il resta un petit moment assis à se préparer à ce moment, celui où il allait enfin rencontrer son enfant.
Pendant sa captivité, il avait parfois songer à lui, mais ayant perdu la notion du temps, il avait du mal à savoir quel âge il pouvait avoir ? Et encore, en admettant que tout se soit bien passé pour lui et Hitomi ?

Quand Van avait discuté avec son frère, il avait redouté d'en parler de peur d'apprendre une mauvaise nouvelle.
Quand Folken souriant lui avait parlé d'une « jolie surprise » qui l'attendait, il avait comprit que c'était bien de son enfant qu'il s'agissait.

Durant le voyage de retour, les soldats lui avaient parlé du petit garçon.
Les choses devenaient de plus en plus concrètes, et là, c'était la réalité qui l'attendait.

Avec difficulté, le jeune homme se leva. Hitomi passa immédiatement son bras par dessus son épaule.

— Suis-moi !

Dans les appartements de la jeune femme tout proches, Mila veillait.
En voyant le revenant, elle versa des larmes d'émotions, puis s'inclina et proposa de prendre congé quelques instants pour laisser les parents seuls.

Lentement, Van s'approcha de la petite pièce attenante à la chambre.
Il constata avec étonnement que la configuration des lieux avaient changé, une cloison avait été abattue pour donner accès à cette salle.

Dans la pénombre, il remarqua un petit lit à barreau. Oubliant un instant ses blessures et son épuisement, il fit quelques pas pour se pencher et observer celui qui y dormait.

— Il est… magnifique… Bredouilla-t-il d'une voix submergée par l'émotion.
— Tu verras au jour, il te ressemble énormément. Il a notamment tes cheveux sombres, cependant, ses yeux sont verts comme les miens. C'est un petit garçon joyeux et dynamique qui essaie déjà d'escalader tout ce qu'il trouve.

Doucement, Van tendit la main et effleura la joue de son fils qui sourit aux anges, ajoutant à l'émotion de son père.

— Merci Hitomi !
— Ne me remercies pas, c'est notre merveille à tous les deux !

S'appuyant sur l'armature du lit, le jeune homme se tourna vers elle et approcha ses lèvres des siennes.

Un baiser, le premier depuis si longtemps, juste un léger contact, quelques secondes de bonheur semblèrent alors effacer deux ans de tristesse.

Ils restèrent un instant dans les bras l'un de l'autre en silence, juste à profiter du fait d'être ensemble, puis Van commença à vaciller et Hitomi lui suggéra d'aller se reposer dans sa chambre.
Avant de partir, Van se retourna instinctivement. Près du lit son fils, il y avait une grande corbeille d'osier.
S'en approchant, il comprit que c'était un berceau de fortune. Son occupante ouvrait grand ses yeux blancs.

— Qui est cette petite ? Elle est aveugle ? Interrogea-t-il.
— Folken et Yiris ne t'en ont-ils pas parlé ?
— Avec Folken, nous avons surtout discuté de l'aspect pratique de la situation. Il m'a dit que quand il rentrerait, il aurait de nombreuses choses à m'expliquer, je présume qu'elle en fait partie… La pauvre, être née aveugle…
— Elle voit la différence entre le jour et la nuit… Peut-être davantage… Cette demoiselle se prénomme Chioni. Elle a dix mois, et c'est ta nièce !
— Tu as parlé de Yiris, donc cela veut dire que…

Hitomi acquiesça d'un signe de tête et Van dut se retenir pour ne pas éclater de rire tellement cette révélation lui semblait aberrante.
Décidément, il s'en était produit des événements étonnants pendant son absence.

Après un dernier regard sur son fils, il s'en alla, toujours soutenu par Hitomi. Dans le couloir, Mila, qui les attendait, les laissa passer avant de reprendre son poste.

Quelques mètres de marche toujours aussi difficiles et Van parvint à son lit où il se laissa tomber avec bonheur. Le lit de camp lui avait paru incroyablement confortable, là, il n'y avait pas de mots.

— Je crois que dans cinq minutes, je dors… Soupira-t-il avec un immense sourire.
— Et bien, profite, tu as bien besoin !
— Viens auprès de moi ! Demanda-t-il en tendant la main.

Hitomi acquiesça et vint s'allonger près du jeune homme qui s'était couché sans même prendre la peine de défaire les draps.
Allongée sur le flanc, elle se blottit contre le torse de Van. Ce dernier l'enlaça de son bras, rapidement, le sommeil s'empara d'eux.

OoO

L'aube approchait, la clarté du jour commençait à envahir la chambre.
Ce petit peu de lumière suffit à réveiller Van qui avait vécu deux ans dans l'obscurité.

Il était bien à Fanelia et, toujours près de lui, Hitomi dormait profondément.
Essayant de bouger son bras libre, Van réalisa qu'il faudra sans doute des semaines avant qu'il ne recouvre ses forces.

En dépit de son épuisement, une envie le tourmentait. Et, à lui seul, ce désir lui redonnait un peu d'énergie.
Doucement, il serra davantage son bras autour de la taille de sa compagne. Celle-ci frissonna légèrement. Constatant cela, il fit descendre lentement sa main sur ses hanches et le bas de son dos.

Ses gestes éveillèrent doucement la jeune femme qui sourit avant d'ouvrir les yeux. Son regard croisa immédiatement celui de Van et, sans un mot, ils se comprirent.

Consciente de l'état de son partenaire qui limitait sa mobilité, Hitomi s'assit et se pencha vers lui.
Elle déposa d'abord un baiser aérien sur ses lèvres, suivi d'une multitude d'autres sur le front, les joues…
Et elle revint vers sa bouche…

L'embrasser… Sentir son souffle se mêler au sien, elle revivait… Lui aussi…

Puisant dans ses quelques forces, Van enlaça sa compagne pour qu'elle s'allonge sur lui. Ils restèrent un moment à se redécouvrir par des caresses et de tendres baisers.
Pour celui qui avait connu l'enfermement, humer à nouveau le parfum de la peau de sa compagne, mêlé ses doigts à ses cheveux d'or et se perdre dans ses magnifiques yeux verts, c'était le plus cadeau que lui offrait sa liberté.

Quand il voulut lui caresser le visage, Hitomi remarqua que le jeune homme avait un problème avec sa main gauche.
Doucement, elle s'en saisit. Jusqu'à présent, il s'était arrangé pour la dissimuler, là, malgré le bandage, l'évidence sautait aux yeux.

— Qu'est-ce que… Bredouilla-t-elle.
— Ne t'en fais, il m'en reste trois autres sur la main, de quoi me débrouiller. Cela restera juste un mauvais souvenir…

La maigreur effrayante allait s'atténuer, les cicatrices se fondre avec les autres, mais cette marque de torture la resterait à jamais bien visible.
En touchant la main mutilée, les larmes montèrent aux yeux de la jeune femme.

— Je t'en prie, ne gâche pas ce moment en pleurant…

Tout en murmurant cela, il avait libéré cette main et, de ses doigts restants, essuyé les gouttes qui perlaient au coin des yeux verts.

Alors, la jeune femme esquissa un sourire tendre. A nouveau leurs lèvres se rencontrèrent.

Et les battements de leurs cœurs s'accélèrent. Les gestes de Van se firent plus audacieux, passant sous la robe pour redécouvrir la chair tendre des cuisses.
Quand ses doigts s'aventurèrent trop haut, Hitomi lui saisit le poignet et afficha un petit air mutin.

Se redressant, elle dénoua sa ceinture et le tissu de sa veste glissa de lui même sur ses épaules fines.
Celle-ci retirée, Hitomi défit le nœud qui fermait l'encolure de sa robe, puis l'ôta, pour ne plus se trouver qu'en sous-vêtements.
Van la regardait faire, savourant simplement cette vision sensuelle. Elle était tellement belle… Il se demandait comment il avait réussi à survivre sans elle.

Une fois dévêtue, la jeune femme s'allongea contre son amant et commença à faire glisser sa main sous sa chemise, dessinant les contours de son corps de ses doigts fins.
Parcouru de délicieuses petites décharges de plaisir, il soupirait. Il n'était pas d'un ordinaire passif, cependant là, l'épuisement le paralysant, il appréciait l'audace de sa compagne…

Voir qu'elle l'avait attendu… Qu'elle continuait de l'aimer… Malgré les deux années passées, malgré son état… Qu'un petit garçon était né de leur amour…

Les miracles existaient donc… Ou alors était-ce simplement le bonheur ?

Il avait rêvé de revivre cette sérénité un jour… Cet espoir l'avait maintenu en vie durant ces deux années de torture.
Enfin, ce jour était arrivé…

Au fil de ses caresses, Hitomi dénuda le jeune homme. Sentir par endroit la peau à même les os la désolait mais elle prenait sur elle et couvrait la chair blessée de baisers, comme si ces derniers possédaient le pouvoir de guérir.
Lui, toujours sur le dos, laissait ses mains divaguer au fil des courbes du corps gracile de sa compagne.

Malgré la tendresse dont elle faisait preuve, la jeune femme constatait avec peine que, bien qu'appréciant ses caresses, Van restait crispé par la douleur.

Elle aspirait tellement à soulager son corps et son esprit de tout ce qu'il avait vécu…
Alors, une pensée particulière la traversa. Elle voulait lui montrer tout son amour et lui prouver que quoiqu'il arrive, elle continuerait de le désirer comme lors de leurs premières étreintes.

Doucement, elle s'étendit sur le torse meurtri de son amant, posa son oreille contre son cœur et le fixa droit dans les yeux, tandis qu'elle glissait lentement sa main sur son bas-ventre.

Sentant les doigts d'Hitomi venir frôler sa virilité, Van se sentit un peu déstabilisé.
Jusqu'à présent, c'était toujours lui qui prenait l'initiative lors de leurs ébats amoureux.

— Que… Que veux-tu faire ? Murmura-t-il.
— Laisse-toi aller, je veux seulement te faire du bien…

A cette réponse, son regard s'était fait plus passionné et elle poursuivit délicatement ses gestes, attentive aux réactions de son partenaire.
Sous l'effet de ces nouvelles sensations, ce dernier ne pouvait s'empêcher de sombrer peu à peu dans une délicieuse béatitude, qui lui faisait oublier à l'instant tout ce qu'il avait enduré durant ses deux années d'emprisonnement.

Voyant qu'il fermait les yeux et se relâchait, Hitomi effleura tendrement l'intérieur de ses cuisses avant de s'attarder vers l'objet de son désir.
Après une brève hésitation, elle y déposa un baiser qui fit tressaillir Van. Puis, s'enhardissant, elle continua.

D'abord, ce furent de douces caresses du bout de lèvres. Puis, s'enhardissant, elle vint égarer sa langue.
Pour le jeune homme, ce moment inédit fut déroutant. Dans les mœurs locales, ce geste était réputé comme une affaire de filles de joie.

Il comprit dans les regards tendres d'Hitomi que ses préjugés étaient idiots, elle agissait simplement guidé par son amour pour lui.
Dans un élan audacieux, elle fit glisser ses lèvres le long de son intimité, lui arrachant un profond soupir libérateur.

Et, pendant quelques instants, elle poursuivit sa caresse chaude et humide, avant qu'il ne l'attire vers lui et la serre fort dans ses bras.

— Merci… Si tu savais à quel point je t'aime… Lui dit-il en passant doucement sa main dans ses cheveux blonds.
— Je voulais tellement te détendre, te faire plaisir… que je n'ai pas réfléchi, je suis désolée si…
— Surtout ne soit désolée de rien ! Hitomi, j'ai vraiment apprécié… Lui souffla-t-il dans un tendre sourire

Mais contre deux ans de frustration, ces préliminaires, aussi intenses soient-ils, n'étaient pas suffisants.
Alors, dans un regard débordant de désir, Van appuya doucement sur les hanches d'Hitomi, qui comprit son souhait.

Lentement, elle glissa son bassin à hauteur du sien et le laissa s'engouffrer en elle. Cette sensation de ne faire qu'un, ils la savouraient enfin à nouveau ensemble…

Voulant profiter intensément de ce moment, elle donna un rythme lascif et doux à leur étreinte. Se couchant sur lui, elle lui donnait de nombreux baisers auxquels il répondait avec passion.
Au rythme de vas-et-viens langoureux de la jeune femme, Van s'abandonnait.

Enfin il la retrouvait… Il n'osait y croire, persuadé de s'être encore égaré dans un des rêves qui l'avait maintenu en vie dans cet enfer.
Des larmes coulèrent sur ses joues.

Voyant cela, Hitomi embrassa tendrement ses pleurs qui glissaient le long du visage meurtri de son compagnon.
Plongeant son regard dans le sien, elle lui répondit d'une voix douce.

— Van, j'avais tellement peur de t'avoir perdu à jamais… J'ai déjà gâché dix ans de ma vie avec mes doutes. Alors, imaginer que les moments que nous avions partagé se résumeraient à quelques semaines, c'était insupportable… Van…

Et elle éclata subitement en sanglot avant d'ajouter :

— Je ne te laisserai plus jamais…

Passant une main dans ses cheveux, Van plaqua ses lèvres contre les siennes. L'émotion, le plaisir, le bonheur… Tout était bien réel…

Leur étreinte continua dans cet étrange mélange de joie et des larmes. Des soubresauts nerveux les parcouraient, et malgré leurs respirations saccadées, ils ne cessaient de se répéter qu'ils s'aimaient.

Quand enfin leur délivrance arriva, ils restèrent longuement immobiles, épuisés par l'intensité aussi bien physiquement qu'émotionnellement.
Elle se blottit contre son torse, lui l'enserra de ses bras.

Indifférents à la lumière du jour qui s'était levé, ils se rendormirent paisiblement, bercés par la chaleur de leurs corps…