Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 20 novembre 2012

Chapitre 54

L'instant avant la bataille

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

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Après avoir dormi une bonne partie de la matinée, Van s'éveilla seul dans son lit. Non, cette fois, il en était sûr, ce n'était pas un rêve, il était bien chez lui !
Il entendant l'agitation ordinaire du palais régner, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur.
Ces petits bruits, qui parfois l'agaçaient au réveil, lui apparurent étrangement agréables car ils étaient témoins d'une certaine joie de vivre.
Avec la liberté, c'était tous ces petits bonheurs du quotidien qu'il redécouvrait.

Certes, il aurait préféré découvrir Hitomi auprès de lui en ouvrant les yeux. Cependant, se rendant compte que la journée était bien avancée, il ne pouvait lui reprocher d'avoir préféré se lever, le laissant se reposer tranquillement.

Toujours chancelant, il se rafraîchit brièvement et s'habilla. Rien que ces petits gestes lui apparurent encore difficiles. Sur ce point, pas de miracle, il allait devoir s'armer de patience.
S'appuyant aux murs ou sur les meubles, il avançait. Là encore, amer constat, il se disait qu'en plus de la patience, il aurait aussi besoin d'une canne quelques temps pour marcher plus de quelques pas.

Perdu, dans ses pensées, il rejoint le couloir et se trouva face à un petit garçon.

Aucun doute possible, à l'observer cette fois en pleine lumière, Van avait l'impression de se voir enfant dans un miroir tant la ressemblance était impressionnante.
A l'exception de ses magnifiques yeux verts hérités de sa mère, son fils était son portrait craché.

Ayant lui aussi compris qu'il avait à faire à quelqu'un de particulier, Balgus s'arrêta net et demeura silencieux.

Un peu plus loin, Hitomi assistait à la scène sans un mot. Maintes fois, elle avait imaginé ce moment, mais ne s'attendait pas à ce qu'il déroule de façon si impromptue.
Cependant, le hasard ayant décidé que la rencontre se déroule ainsi, elle s'était faite discrète, laissant les choses suivre leur cours.

Incapable de rester trop longtemps debout, Van finit par s'asseoir en tailleur au sol, se trouvant ainsi à hauteur de l'enfant.
Etonné, ce dernier s'approcha de lui.

— Tu es malade, Monsieur ?

En entendant sa petite voix, le jeune homme ne put s'empêcher de laisser couler quelques larmes, ce qui inquiéta l'enfant.

— Tu pleures ? Tu as mal ?

Van soupira et leva la tête pour fixer son regard dans celui de Balgus.

— Non, je pleure parce que je suis heureux !
— Tu es heureux et tu pleures… C'est bizarre…
— Peut-être… Mais dis-donc, tu parles bien alors que tu n'as pas l'air bien grand…
— Ben… J'ai un an et demi et Maman dit que je suis « ecep… lionel »…

Il s'exprimait déjà bien pour un enfant de dix-huit mois à peine. Van n'en fut pas plus surpris que ça, sa mère lui avait dit que du fait de leur appartenance aux descendants du peuple du Dieu Dragon, lui et son frère avaient été particulièrement précoces.

En effet, ils avaient commencé à marcher et parler peu avant la fin de leur première année, là où les enfants normaux se concentraient davantage sur un apprentissage que sur l'autre ou simplement prenaient leur temps.

— Tu ne te doutes pas à quel point… Reprit le jeune homme. Comment t'appelles-tu ?
— Balgus ! Répondit fièrement l'intéressé, fièrement.
— Et tu sais qu'avant toi, il y avait un guerrier nommé Balgus qui possédait une force et une sagesse immense ?
— Ah bon ?
— Tu es encore petit pour comprendre... Dis-moi, sais-tu qui je suis ?
— Non, je te connais pas, mais…
— Mais ?
— Tu es comme le Roi du tableau en bas ! Mais tu as une grande barbe et tu es tout maigre !

La façon assurée dont l'enfant avait avancé son explication fit que Van laissa échapper un petit rire.
Aucun doute, son fils était vraiment précoce du fait du sang particulier qui coulait dans ses veines.

L'espace de quelques secondes, il se revoyait enfant. Toutes sortes de petits souvenirs et anecdotes défilaient dans son esprit.
Il avait très vite compris qu'il était plus doué que la moyenne pour certaines choses, notamment le tir à l'arc, alors que son frère se noyait dans les études grâce à sa mémoire exceptionnelle.
Surtout, il se souvenait à quel point son père lui avait manqué…

Fixant les petits yeux verts mutins de son fils, Van pria intérieurement pour pouvoir être auprès de lui le plus longtemps possible, d'autant plus qu'il n'avait été là ni pour sa naissance, ni pour ses premiers mois.

— Et tu penses que si on a de la barbe ou si on perd du poids, on n'est plus la même personne ? Reprit-il.

La remarque laissa l'enfant perplexe. Et puis, s'approchant de Van, il le regarda plus attentivement.

— Maman dit que le Roi du tableau, c'est Papa !
— Oui, mais selon toi, je ne peux pas être ton papa à cause de ma barbe et de ma maigreur.

En disant cela, Van avait lancé un sourire amusé à Balgus qui ne savait plus trop quoi penser.

— Je m'appelle Van !
— C'est… Bredouilla l'enfant.
— Le nom de ton papa ! Logique, puisque je suis ton papa !

Surpris, le petit garçon avança doucement sa main et la posa sur la joue de Van et détaillant longuement les traits de son visage.

Le contact de cette petite main chaude le caressant émut le père aux larmes.
Cette sensation était l'une des plus douces qui lui avaient été données de connaître.

Toujours dissimulée dans un recoin, Hitomi retenait son souffle. Espérant de tout cœur que tout se passe bien, elle triturait nerveusement le tissu de sa robe.

Au terme de quelques secondes de réflexion, l'enfant posa sa grande question.

— Alors, c'est toi Papa ?

Van acquiesça d'un signe de tête, alors Balgus vint poser son front contre le sien. Puis dans une grande accolade, le petit garçon essaya de le serrer dans ses bras, cependant, son envergure était loin d'être suffisante.
Ce fut son père qui le blottit contre lui et fondit en sanglot.

Son fils… c'était tellement surréaliste… Maintenant, il savait qu'il n'avait pas rêvé, que cet enfant existait bel et bien.
L'amour qui l'unissait à Hitomi s'était concrétisé de la plus belle façon qui soit…
Etre père, un rôle dans l'ordre des choses mais qui, à ses yeux, était une responsabilité plus importante que celle d'un Royaume.

L'idée de mal agir l'obsédait, lui qui avait à peine connu son père espérait pouvoir rattraper son absence des débuts et veiller sur son fils pour l'aider à devenir un homme.

Heureuse de la tournure prise par les événements, Hitomi sortit de sa cachette et s'approcha des deux hommes de sa vie avec émotion.
S'accroupissant auprès d'eux, elle caressa les cheveux de son fils.

— Tu vois, je t'avais dit que ton papa reviendrait…
— Balgus est content ! Répondit le petit garçon.

Souriante, elle passa un bras autour de chacun d'eux. C'était la première qu'ils étaient réunis, ils formaient enfin une famille.

Puis, enthousiaste, Balgus pris son père par la main. Il tenait à lui montrer sa chambre, ses jouets, tout ce qui faisait son univers.
Amusé, Van découvrit les petits ballons en cuir coloré, des animaux sculptés dans le bois et la petite voiture fabriquée par Yiris, qui ne manqua pas de l'intriguer.

Après avoir bien joué, le petit exigea son repas qu'il dévora tout en voulant parler.
Une fois repu, il s'endormit en quelques minutes sur sa chaise, sous le regard amusé de ses parents.

Lorsqu'il fut couché, Van le regarda un moment avant de le laisser à sa sieste, sous la bonne garde Mila qui amenait avec Chioni dans son habituel petit panier.

Il lui restait une tâche à accomplir.

OoO

Allongée sur une table, habillée d'une simple robe blanche, Merle gisait, toujours figée dans son expression souriante, entre ses mains, repliées sur son cœur un bouquet de fleurs d'un rose rappelant la couleur de ses cheveux.
Auprès d'elle, assis sur une chaise Van se recueillait en silence. Les fleurs, c'était lui-même qui les avait choisies.

Il s'agissait d'isolias, des plantes poussant en massif au sein des forêts de Fanelia.
Particulièrement résistantes, leur floraison commençaient à la fin des gelées pour ne s'interrompre qu'à l'automne.

Merle les adorait. Au début, les bourgeons arboraient une éclatante couleur fuschia, puis en s'ouvrant les pétales devenaient d'un rose éclatant avant de se faner sur une note plus pastelle.

En se rendant, auprès de la défunte, Van avait tenu à faire un petit détour et malgré l'effort énorme demandé par le fait de s'accroupir et de relever, il avait cueilli quelques fleurs et confectionné un petit bouquet.
Et dire que jamais en vingt ans, il ne lui avait jamais offert un bouquet… Il avait fallu qu'elle soit morte pour qu'il lui donne ce modeste témoignage d'affection.

Tout ce temps passe ensemble… Tout s'achevait là… Il avait quasi toujours vécu avec elle… Son absence… définitive… Cela semblait irréaliste…

Que de sentiments contrastés se bousculaient en lui. Il avait retrouvé sa liberté, son pays, Hitomi, rencontrer son fils…

D'un autre côté, il avait perdu une personne incroyablement chère à ses yeux.

Van n'avait jamais été du genre démonstratif, mais là, sa peine était tellement grande qu'elle dépassait le stade des larmes.

En retrait, Hitomi le laissait se recueillir. Après un long moment, un soupir se fit entendre et redressant la tête, Van commença à parler.

— Merle est née à Irini, mais n'y a quasi pas vécu. Sa maison, c'était ici… avec moi… Alors, elle reposera ici… Dans la forêt… Je sais que la tradition veut que seuls les Roi et parfois les Princes puissent avoir leurs sépultures ici, les corps des Reines étant renvoyés dans leurs contrées natales, il y aura une exception pour elle !
A quelques pas du kiosque du jardin, il y a un grand arbre, qui avait pris la foudre il y a bien longtemps. Merle a toujours adoré y grimper car il possède peu de branches sur le côté brûlé et donc représentait un défi intéressant. Je veux qu'elle repose là, au pied de cet arbre…

Le souhait fut respecté et avant que le soleil ne soit couché, la jeune femme-chat avait été inhumée. Sur sa tombe, simplement marquée par un monticule de terre, Van demanda à ce que soit planté un massif d'isolias.

Et lorsque que tout fut achevé, il resta seul, recueilli, tandis que les bois sombrait dans l'obscurité.

Plus jamais il n'entendrait le rire de Merle…

Plus jamais elle ne passerait ses bras autour de lui pour lui rappeler qu'il n'était pas seul…

Jamais il n'oublierait le petit chaton intimidé dont il avait caressé la joue, et qui, spontanément, l'avait enlacé pour ne plus le lâcher pendant vingt-ans…

OoO

Sur le front, l'ambiance était tendue. Rapidement, les armées de Freid et de Fanelia avaient encerclé la position ennemie, une forteresse située à flanc de montagne.
Asturia avait envoyé quelques renforts, les autres nations avaient invoqué la distance…
Les états-majors mirent plutôt ces défections sur le compte du scepticisme, ou peut-être de la couardise…
Le moins que l'on pouvait dire, c'était que les discussions étaient animées. Yiris et Allen ne se supportaient pas, les désaccords devinrent rapidement systématiques.
Principal problème : le cas de Celena. Allen refusait de croire ce qu'était devenu sa sœur, même s'il avait appris que Van lui-même avait confirmé cette version.

Habitué aux coups de sang de son épouse, Folken ne disait rien, Hylden et Haymlar, eux aussi restaient silencieux, sachant que toute parole était vaine dans ce cas de figure.
Dryden, là à titre d'informateur, n'avait pas osé prononcer le moindre son sans requête préalable, ne sentant que trop l'hostilité générale à son égard.

Le Duc Chid était, pour sa part, assez effrayé : voir une femme soldat, c'était une chose, mais avec un caractère pareil… Et sans parler d'Allen qui se montrait colérique au possible, bien loin de sa célèbre attitude chevaleresque.

Ensuite, la discussion avait dérapé sur le cas de Constantin. Enfin, aux termes d'heures de disputes incessantes, qui avaient failli plusieurs fois dégénérer en bagarres, chacun était tombé d'accord pour s'occuper lui-même du cas de son parent respectif.

L'aspect particulier de cette réunion au sommet avait attiré nombre de curieux intéressés par le fait d'assister à ce qui s'apparentait davantage à un spectacle qu'à une préparation de bataille.

Il faut dire que l'ambiance au campement était aussi assez particulière.
D'un côté les soldats humains, de l'autre la troupe de fausses personnes, chacun restant bien de son côté.

Effrayés, les militaires organisaient des tours de garde rien que pour surveiller leurs alliés du moment en permanence.
Insensibles à ce genre d'attitude qui faisait leur quotidien, les étranges créatures les ignoraient.

Exclior était le seul fausse-personne à s'aventurer parmi les humains, il se considérait comme le représentant de son espèce, même s'il s'inclinait toujours devant les décisions de Yiris, comportement qui avait le don d'exaspérer Allen.

Finalement, les bases du déroulement du combat à venir furent posées.
Il s'agirait d'un encerclement progressif : les armées avanceraient sous forme de croissant de lune pour bloquer toute fuite, sachant que partir vers les sommets était une stratégie risquée pour les ennemis car le relief atteignait de très hautes altitudes dans cette zone.

Aussi, cette méthode avait pour avantage d'éviter aux troupes centrales de subir directement les assauts car elles seraient longuement en contrebas de la forteresse au départ, l'existence d'un vallon aux pieds de la montagne n'aidant pas.

De son côté et afin d'éviter de se faire lyncher dans l'immédiat par Allen, Dryden avait proposé son soutien logistique aux combattants.
Monsieur Souris allait probablement faire un malaise quand il constaterait l'ampleur des dépenses engendrées.

La nuit était déjà largement tombée quand les protagonistes quittèrent la tente.
Nombres de soldats dormaient, épuisés, se reposant sans même savoir ce qui les attendait.

Si l'un d'eux était bien incapable ne serait-ce que de fermer l'œil, c'était Gaddes.
Quand Reeden, qui écoutait attentivement une oreille collée à la toile de tente, lui avait rapporté les propos concernant Celena, le sergent avait cru que le ciel lui tombait sur la tête.

Déjà qu'il avait toujours eu du mal à accepter que l'infâme Dilandau et son adorable épouse ne soit qu'une seule et même personne.
Là, il se croyait dans un mauvais rêve dont il espérait se réveiller au plus vite.

Malheureusement, Allen prit le temps de venir lui confirmer les faits, avec une certaine froideur qui donna au sergent un tenace sentiment de culpabilité.

OoO

Au matin, tandis que les troupes se préparaient pour la bataille prévue le lendemain, et que les derniers renforts prenaient place, à la pointe d'un rocher dominant le fossé qui précédait le début du massif montagneux, Yiris méditait. Elle avait revêtu son armure apportée par Haymlar qui, la connaissant bien, savait qu'elle allait vouloir se jeter dans la bataille.
Faisant danser son bâton entre ses mains, elle pensait à son frère. Selon les sources de Dryden, le jeune homme était là-bas. Cette fois, elle devrait se confronter à lui.
Pour le bien de tous, leur histoire commune devait s'arrêter là.

De loin, Folken l'observait depuis un bon moment. Il allait bien falloir qu'ils se parlent seul à seul.
Contrairement à sa promesse, elle le fuyait comme la peste, se servant de l'aide de ses acolytes fausses-personnes pour s'évaporer dans la nature dès que cela l'arrangeait.
Prenant sur lui, sachant que les choses risquaient de dégénérer, il s'approcha d'elle.

— Qu'est-ce qui nous attend là-bas d'après toi ? Demanda-t-il.
— Un bain de sang… Mais ça, tu t'en doutes…
— Soit… Concernant ce qui s'est passé, je…
— Je ne veux pas en parler ! Coupa net Yiris. Je fais ce que je veux, je n'ai aucun compte à te rendre ! Après tout, toi aussi, tu fais bien ce que tu veux !
— Comment ça ?
— Oui, la situation est ubuesque ! Fanelia est devenu le pays aux deux Rois. Et toi, après tout ce qui s'est passé, tu allais rendre son Trône à ton frère comme ça, sur le champ… Expliqua Yiris en faisant de grands gestes qui trahissaient son profond énervement.

A l'entendre, le jeune homme commençait à saisir le fond du problème.

— Tu as peur de perdre ton titre, et surtout les pouvoirs qui vont avec ? C'est cela ?

Prouvant qu'il avait touché juste, sa femme ronchonna en détournant la tête.

— Ecoutes, reprit-il, je sais que l'armée, c'est ta vie. Cependant, je te rappelle que le vrai Roi, c'est Van ! Je sais aussi que même si tu peux le revendiquer, tu ne prendras pas le poste que tu as donné à Haymlar, donc tu as peur de te trouver à ne plus avoir de fonction militaire car Van reprendra la gestion globale.
— Excellente déduction ! Pesta Yiris. Mais encore ?
— Je suis désolé de te voir ainsi… Je pensais que ce qui te donnait le sourire, c'était de nous avoir, Chioni et moi, malheureusement, je prends conscience que tu as finalement toujours visé plus haut…
— Et alors ? Chacun son ambition! Toi, tu aimes te mettre plus bas que terre, travailler à t'épuiser pour les autres, toujours avec ta sempiternelle notion de repentance ! Moi, je travaille pour moi ! Je suis égoïste et je l'assume !

Ceci dit, elle se leva et s'en alla. Bien que blessé par ses propos, Folken ne la retint pas, il savait que cela ne servait à rien. Au fond de lui, il ne savait plus quoi penser d'elle.
Il était temps de se rendre à l'évidence, ils s'éloignaient de plus en plus l'un de l'autre. La naissance de leur fille n'y avait rien changé. En fait, c'était même à se demander si cela n'avait pas fait empirer la situation.

Il gardait dans son esprit le souvenir de son premier mois de mariage, celui où elle était distante, mais, entre quelques sourires gênés, manifestait une certaine joie de vivre.

Des mois plus tard, après Evakan, elle apparaissait anéantie. Le couronnement semblait lui avoir redonné des forces. Cependant, finalement, elle s'était refermée sur elle-même…
On ne pouvait pas changer les gens, il devait l'accepter et continuer. Au moins, il lui restait Chioni.
Ne connaissant que trop bien Yiris, elle n'aurait probablement aucun scrupule à renoncer à son rôle d'épouse aussi bien que de mère pour assouvir cette envie malsaine qu'elle avait toujours de vouloir se battre.

OoO

Du haut des remparts du fortin, Constantin avait pris place sur une chaise et savourait un bon verre de vin en observant ce qui se passait plus bas avec un sourire narquois.

— Nous sommes finis ! Cela dit, nous allons bien les faire morfler avant de rendre l'âme !

A ses côtés, se tenait Dilandau, toujours sous l'aspect de Celena, qui profitait aussi du breuvage.

— Ces chiens vont me le payer cher ! Ils m'ont volé mon prisonnier !
— Il fallait être plus prudente, Mademoiselle ! Ironisa le frère de Yiris.
— Arrête de m'appeler Mademoiselle ! Je suis furieux d'être dans ce corps de femelle ! Sans parler que c'est une de ses maudites femmes qui m'a volé le Dragon ! Cette salope le paiera !
— Non, non ! Là, je t'arrête tout de suite, Yiris est à moi !
— Bien, bien… Mais à défaut de Dragon, laisse-moi Allen Schezar, ainsi que ce crétin de Folken…
— Alors, ma seconde requête concernera Hylden, je tiens personnellement à lui dire que c'est moi qui baisait sa femme avant de le tuer !
— Et bien, nous sommes d'accord ! Allons trinquons !

Les deux individus entrechoquèrent leurs verres avant de boire avec enthousiasme.

Un peu en retrait, Aleph lâcha un soupir de dépit, qui ne manqua pas d'amuser Constantin.

— Rabat-joie ! Quitte à mourir, je veux faire de ma mort un savoureux spectacle et surtout emporter la grande pouffiasse avec moi ! Allez, pour la peine, vu que je vais bientôt y passer et donc ne plus te voir pour de bon, je t'offre un coup.

L'éternel alcoolique lança la bouteille dont il ne restait qu'un fond au fausse-personne. Celui-ci regarda étrangement ce cadeau ubuesque et finit, dépité, par le boire à même le goulot sous les rires des deux fous.
Ceci fait, il s'exprima avec un profond dépit.

— Nous ne pourrons effectivement pas leur échapper et nous avons ordre de résister en faisant autant de dégâts que possible. Cependant, j'avoue que votre logique m'échappe. La mort n'a rien de drôle !
— Arrête de philosopher ! Je savais que cela risquait de finir ainsi ! Pour ma part, si j'arrive à mes fins, ça me suffit… Soupira le renégat avant de boire une nouvelle gorgée de sa boisson préférée, issue d'une nouvelle bouteille à peine ouverte, la énième.

Aleph ne répondit pas. Il s'étonnait de l'étrange fatalisme de Constantin à l'approche de sa mort, comme si cette imminente perspective l'apaisait. Dilandau était par contre surtout centré sur sa volonté de faire un maximum de victimes…

Le fausse-personne avait toujours eu des doutes sur les choix des chefs, en raison de leur immense instabilité, mais il s'était toujours soumis aux décisions de ses commanditaires.

Ce combat serait de toute façon son dernier.

Finalement, il n'avait pas obtenu ce qu'il souhaitait, sa lassitude était immense…

Car c'était bien évidemment le moment que sa conscience avait choisi pour le tourmenter. A l'aide d'une longue vue, il avait observé les forces en présence, particulièrement Yiris.
Sa présence lui posait question. Il lui avait offert le salut, elle revenait se jeter dans la bataille.
Etait-ce son aspect humain qui parlait ou sa part fausse-personne ?

Le doute le gagnait, mourir allait s'avérer difficile avec l'esprit empli d'interrogations sur le sens même de son existence…

OoO

A Fanelia, tous retenaient leur souffle. Avant d'entamer les hostilités, Folken avait fait transmettre à son frère un long message, relatant les décisions prises concernant le déroulement de l'assaut.

En lisant ses mots, Van sentit toute sa détresse et sa solitude. La lettre se concluait par une demande qui n'augurait rien de bon : l'aîné demandait à son cadet de prendre soin de sa fille s'il lui arrivait malheur.

Dans une telle ambiance, il était difficile pour Van de se réjouir de sa libération.
La perte de Merle, les risques encourus par son frère, même le sourire de Balgus et la douce présence d'Hitomi n'arrivaient pas à l'apaiser.

A cet instant, il se sentait coupable de ne pas pouvoir prêter main forte à ceux engagés sur le front.
Meinmet lui avait fait un copieux sermon rappelant qu'après tout ce qui s'était passé, il ferait mieux de se réjouir d'être vivant !

Même si elle le gardait pour elle pour ne pas ajouter à la morosité qui avait envahi le palais dès l'euphorie du retour du Roi prodigue retombée, Hitomi n'était pas mieux, son esprit se faisait lourd.

Pas de vision précise, mais une pensante impression de souffrance lui faisait pressentir le pire.

En fin de soirée, après qu'elle eut couché son fils et que Van se soit endormi, la jeune femme reçut une visite inattendue de Mila, visiblement mal à l'aise.

— Je suis désolée de vous déranger. Cependant, en l'absence de Maître Folken et de Yiris, je ne savais plus à qui m'adresser… Il s'agit de Chioni.
— Elle a un problème ? S'inquiéta Hitomi.
— Je ne saurais trop vous dire si c'est réellement un problème, elle est étrange. Je l'ai couchée depuis plusieurs heures, elle ne dort toujours pas, et reste le regard fixé vers l'extérieur. J'ai voulu fermer les volets, mais dès qu'elle n'a plus perçu la clarté, elle a commencé à paniquer, hurlant et se débattant…

Intriguée, la jeune femme se rendit auprès de la petite fille et la trouva dans l'état décrit par Mila, apathique, dans ses yeux vides se reflétaient la Terre et la lune.

Prenant un siège, Hitomi s'approcha d'elle et lui caressa doucement la joue.

— Tu es si petite et pourtant déjà si tourmentée. Toi aussi, tu ressens l'ombre qui plane, cela doit sans doute te faire très peur. Tu perçois des choses que tu ne comprends pas et tu n'as pas tes parents pour te réconforter… A ton âge, j'étais encore en paix, les tourments ne sont arrivés que bien plus tard…

Semblant la comprendre, Chioni se tourna vers elle et tendit sa main que la jeune femme saisit.

Alors, une profonde sensation de souffrance parcourut Hitomi, comme si la détresse de milliers de gens l'accablait.

L'image qui se joint à cette sensation était celle de nombreux fausses-personnes se lamentant de leur sort, de la vacuité de leur existence et de leur vaine quête d'identité.

Revenant à elle, la jeune femme comprit mieux la détresse de la petite fille, mais surtout, elle restait sans voix devant l'immensité de son pouvoir.

Un autre point l'inquiétait, que signifiait la présence massive des fausses-personnes dans les pensées de l'enfant ?