Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 27 novembre 2012
Chapitre 55
Frères et soeurs
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Le jour de la bataille était arrivé et, en ce matin, grâce à un couloir de vent, l'air dans la zone du campement était à peu près respirable.
Cela dit, chacun n'avait qu'une hâte : en finir.
Tandis que les troupes se mettaient en ordre, les différents chefs observaient une dernière fois leur cible avant de se rendre auprès de leurs hommes.
Yiris se tenait au centre et, à ses côtés, il y avait Folken et Allen. Tous trois avaient un compte personnel à régler.
Deux devraient affronter leur parent, l'autre était persuadé que sa résurrection et les récents évènements dans lesquels étaient impliqués les voleurs d'energist étaient liés.
Tout allait se régler ce jour, à cet endroit. Du moins en théorie, beaucoup disaient qu'avec les quantités volées, l'ennemi avait largement moyen d'envoyer un puissant bombardement sur le camp, or rien de tel ne s'était produit…
Une autre possibilité avait traversé l'esprit des états-majors : celle du la mission suicide, à savoir être attiré par l'ennemi qui ferait ensuite tout exploser…
Pour éviter cela, l'hypothèse d'un siège avait été envisagée, mais le fort possédait à coup sûr plusieurs puits de montagne et surtout, l'hiver aurait vite raison des assiégeants…
Alors, malgré les risques évidents, l'attaque fut maintenue.
Hylden et Haymlar, chacun sur un flan, partirent les premiers, les troupes de Freid et d'Asturia se concentraient au centre avec en première ligne Yiris et les fausses-personnes.
Folken faisait aussi partie de ce groupe qui était le plus exposé, mais son rôle était de s'assurer de la coordination de l'ensemble des troupes.
Avant que l'assaut ne soit lancé, il observa longuement sa femme, vêtue de son armure, son bâton à la main, le visage glacial.
Une chose était certaine, à cet instant, une seule volonté l'animait : combattre.
Les cornes de brume commencèrent à se faire entendre et les armées se mirent en branle. Si les soldats humains avançaient au pas, les fausses-personnes se déplacèrent tels une nuée d'insectes affamés.
A coups de bombardements de rochers, les troupes de la forteresse tentèrent de les ralentir, en vain. Rapides, vifs, ils esquivaient sans la moindre difficulté.
Alors que la partie centrale des troupes avait à peine commencé à remonter le fossé au pied de la montagne, ils étaient en train d'escalader les murailles à mains nues, rien ne semblait pouvoir les arrêter.
Rapidement, les bombardements cessèrent. Une certaine perplexité régna puis les portes du fortin s'ouvrirent et des fausses-personnes se massèrent sur le chemin de ronde.
Alors, dans un élan enthousiaste, les armées convergèrent vers la cible.
Même si d'énormes dégâts avaient été faits dans les rangs ennemis, l'affrontement faisait néanmoins rage dans la cour de la forteresse.
Les troupes massées étaient assez conséquentes, et depuis le donjon où ils s'étaient repliés, certains ennemis lançaient pierres et huile bouillante sur les assaillants.
Lorsque Folken se trouva juste devant l'entrée du fort, Hylden et Haymlar lui firent signe qu'ils avaient réussi à encercler les lieux.
Et là, un énorme fracas secoua la montagne.
Le sol de la cour du fort commença à se fendiller, des lueurs rosées apparurent par les fissures.
— Une bombe à energist ! Hurla Folken. Fuyez !
Ceux qui l'entendirent eurent le temps de faire quelques pas en arrière, avant que la puissance de l'explosion ne se libère.
Le choc fut particulièrement violent. Tels de simples petits débris, les hommes proches du lieu de la détonation furent projetés en l'air.
Le souffle chaud occasionna de graves brulures à ceux qui l'affrontèrent de front.
Cela n'avait rien à voir en terme de violence avec les dégâts apocalyptiques de la bombe de Basram lors de la bataille finale de la grande guerre de Gaea.
Cependant, à l'échelle d'une forteresse, la secousse avait été immense, comme pour le petit fortin où Van avait été détenu.
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Quand Folken reprit conscience, il était à plus d'une centaine de mètres en contrebas de ce qui restait de l'enceinte fortifiée.
Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre ses esprits et se rendre compte que son avant-bras droit était brisé.
Regardant alentour, il ne put que constater une panique générale.
Même s'ils attendaient à ce genre de phénomène après ce qui s'était produit dans la vallée, les soldats avaient énormément de mal à se coordonner.
Le nombre de blessés incalculable n'aidait pas. Cependant, peu à peu, sous la houlette d'Haymlar qui n'avait rien perdu de sa combativité malgré son visage en sang, les troupes valides commencèrent à s'organiser.
La fumée de l'explosion se dispersant, Folken découvrit, horrifié, qu'il ne restait plus rien du bâtiment.
— Yiris…
Avançant au milieu des gravats et des blessés, son chemin finit par croiser celui de Hylden.
Ce dernier, en dépit d'une épaule visiblement démise compensée par une écharpe faite à la hâte, coordonnait les soins aux blessés.
— Ah, Votre Majesté ! Soupira-t-il. Vous vous en êtes sorti, c'est une bonne chose… L'ennemi a été vaincu, mais à quel prix… Ils ont préféré sacrifier leurs troupes afin de faire un maximum de dégâts chez nous…
— Malheureusement, je crois que l'on n'en a pas fini avec eux… La puissance de cette explosion est minuscule comparée à ce dont les quantités d'energist volées les rendaient capables… Comme pour le petit fortin de la vallée…
— En effet… mais en attendant… quel gâchis… Soupira le général en regardant les ruines.
Folken fixait aussi ce qu'il restait du bâtiment, perdu. C'est alors que Hylden remarqua l'état de son bras.
— Vous avez une fracture du bras ! Il faut immédiatement que vous repartiez à l'arrière !
— Non ! Répondit sèchement l'intéressé. Je dois retrouver Yiris !
— Yiris… Bredouilla le général, avec une inquiétude perceptible dans la voix. C'est vrai qu'elle n'a pas donné signe de vie… Il faut aller voir… Elle peut-être sous les décombres…
— Il me semble que vous n'êtes pas en état vous non plus avec votre épaule… Remarqua Folken avec un certain cynisme.
— Je vois l'idée… Soupira Hylden.
Sur ces paroles, faisant fi de leurs blessures respectives, les deux hommes convergèrent vers ce qui restait de la position ennemie.
OoO
— Hé, hé, petit, on se réveille !
Chid Zar Freid émergea difficilement, il avait la tête qui tournait. Ouvrant les yeux, il découvrit avec effroi qu'il était dans le noir complet.
— Qu'est-ce qui s'est passé ?
— Pas de panique, jeune homme ! C'est Yiris. Ces salauds avaient une bombe à energist, ils l'ont fait péter. Vos hommes vous ont protégé du souffle qui vous a projeté à l'intérieur du bâtiment…
— Nous sommes ensevelis sous les décombres alors ?
— Non, en fait, nous avons été projetés à l'entrée d'un souterrain. Vous devez être trop sonné pour vous vous en rendre encore compte, mais vous vous êtes cassé la jambe au passage. J'ai remis la fracture à la va-vite pendant que vous étiez dans les vapes… Enfin, assez discuté, on va avancer ! L'avantage d'avoir du sang fausse-personne, c'est que j'arrive à me repérer dans l'obscurité.
— Merci…
— Vous me remercierez si on s'en sort vivants !
Sur ces paroles, la jeune femme souleva l'adolescent et commença à avancer avec lui sur le dos au sein du dédale plongé dans le noir.
— Vous avancez d'après quoi ? Interrogea le blessé. Vous voyez vraiment dans le noir ?
— Non, quand même pas, il me faut un peu de lumière… On va dire que dans le cas présent, j'utilise la perception des courants d'air…
— C'est surprenant ces… instincts que vous avez…
— Hé oui… J'ai troqué mon humanité contre ça… Enfin…
Soudain, Yiris s'arrêta, elle percevait une présence en face d'elle. Un premier temps, elle envisagea de déposer Chid pour se mettre en position de combat.
Cependant, finalement, son instinct la rassura.
La personne en face, par contre, se mit sur la défensive.
— Qui va là ?
— Je parie que cette belle voix appartient à Messire Allen ! Ironisa la jeune femme. Rangez votre couteau à viande et suivez-moi, j'ai le Duc Chid sur le dos.
— Chid ? Qu'est-ce que… S'inquiéta le chevalier.
— Ne vous en faites pas Allen ! Expliqua l'adolescent. Je vais bien, j'ai une jambe cassée, mais grâce à Yiris, je m'en suis sorti !
— Ah…
— Bon, fermez- là, et avancez, il faut sortir de ce trou !
Le trio continua son avancée. Plus elle progressait, plus Yiris percevait une présence. Et puis, une infime clarté apparut et se dirigeant dans sa direction, les rescapés découvrirent un homme tenant une lanterne…
Voyant ceux qui approchaient, l'individu soupira.
— Nous sommes là où tout doit finir… Je suis content de vous voir, Allen Schezar et surtout vous, Yiris…
— Qui êtes-vous ? Demanda le chevalier. Comment me connaissez-vous ?
— Yiris me connaît, elle est venue vers moi… Le nom que je me suis donné à mon éveil est Aleph, je suis fausse-personne, et là, j'occupe le corps d'un des innombrables individus que j'ai tué…
— Laissez tomber Schezar, je vous raconterai… Sinon, Aleph, même si je t'en dois une, tu espères m'émouvoir avec ton histoire ! Pesta Yiris. Assez discuté, où est Constantin ?
Aleph releva la tête et leva un peu sa lanterne pour mieux voir ses interlocuteurs.
— Derrière moi, il y a deux couloirs, Constantin est parti par celui de droite, Dilandau est allé de l'autre côté… Ils m'ont laissé ici pour donner l'information.
La voix était très essoufflée. Yiris s'avança vers le fausse-personne et le détailla avec soin.
Il avait les traits creusés et un teint blafard sur lequel les marques propres à sa race apparaissaient comme par transparence.
— Empoisonnement ? Demanda-t-elle.
— Effectivement, j'aurais dû me méfier du fait d'être invité à trinquer avec eux… Répondit Aleph avec une certaine ironie. Cela fait un moment que cela dure, je présume qu'ils ont cherché de quoi me faire agoniser pendant longtemps.
Sans aucune émotion, Yiris examina plus attentivement l'état de l'individu, constatant au passage qu'il était pratiquement paralysé.
— A vue de nez, je pencherais pour l'herbe de brume violette… Long à agir, destruction progressive du système nerveux… Aucun antidote, l'une des morts les plus sordides qui soit…
— Je suis d'accord avec ce diagnostic… Soupira le fausse-personne. La paralysie a commencé par les jambes, et remonte progressivement…
— Par contre, je suis désolée, fit la jeune femme, je ne peux pas t'achever, vieille histoire de principe ! Demande toujours à Schezar s'il est d'humeur à faire une bonne action.
— L'offre est intéressante. Cependant, je veux vivre chaque seconde de mon agonie, je veux avoir le temps de me repentir pour mes crimes…
— C'est comme tu veux… Nous, on a quelque chose à faire…
Allen, Chid et Yiris s'apprêtaient à repartir, mais Aleph les interrompit.
— Laissez le jeune Duc ici… Ne vous en faites pas, je ne lui ferais rien… Il est plus en sécurité avec moi qu'en présence d'un des ces deux malades…
— Hors de question ! Fit Allen, indigné. Tu nous prends pour des imbéciles.
— Pour une fois, je suis d'accord avec le chevalier ! Renchérit Yiris. Je sais pertinemment que tu ne peux plus bouger. Malgré tout, je ne pense pas que ce soit une raison suffisante pour te confier la vie du gamin !
— Vous oubliez que je vous ai laissée fuir…
La remarque fit réfléchir la jeune femme. Il est vrai que le fausse-personne avait eu sa vie entre ses mains. Leur conversation alors qu'elle était emprisonnée lui revint à l'esprit.
Peut-être cet individu n'était-il pas mauvais… De toute façon, dans l'état, Yiris percevait effectivement la vie qui s'écoulait lentement d'Aleph. Il ne survivrait pas longtemps et ses possibilités de nuire à Chid étaient quand même limitées, il suffirait de placer ce dernier à l'écart.
Pour ce qui était de Constantin, son sentiment était effectivement qu'il était proche, et qu'il l'attendait. Elle voulait en finir, c'était l'occasion…
— De toute façon, il ne va pas tarder à claquer… Expliqua-t-elle en se tournant vers Allen. Pour se rassurer, on l'attache et pas de souci à se faire pour le petit. Comme ça, on va chacun de notre côté régler nos comptes tranquillement, je ne pense pas que l'on aura de plus belle occasion !
Le chevalier eut une brève hésitation. Le sort de Chid était sa principale préoccupation. L'endroit n'était pas de plus surs.
Cela dit, faute de savoir ce qui les attendait ailleurs, c'était une position de repli raisonnable.
Et puis, Allen voulait voir Dilandau. Il voulait comprendre comment cet esprit démoniaque avait ressurgi au point de posséder à nouveau le corps de sa sœur…
— Soit ! Cela convient à Votre Majesté ? Dit-il en s'adressant au jeune Duc.
— Oui, Allen. Ne vous en faites pas pour moi. Je suis conscient d'être plus qu'un poids mort qu'autre chose.
Le chevalier aida l'adolescent à s'asseoir à terre. Un instant, Il eut la tentation de lui avouer son secret, mais ce n'était pas à l'ordre du jour.
La priorité du moment était de retrouver Dilandau.
Avec un sourire, il lança un dernier regard à son fils illégitime, lui souriant. Ce dernier lui renvoya une expression confiante.
A l'entrée des couloirs qui les mèneraient à leur parent respectifs, Allen et Yiris se lancèrent un petit signe d'encouragement.
Et chacun partit de son côté…
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Dégageant les décombres, les soldats s'entraidaient à la recherche de survivants.
De leur côté, les fausses-personnes n'étaient pas trop soucieuses de ce genre de choses. Assez souples et réactifs, ils n'avaient perdu que peu d'effectifs.
Pas le temps de s'inquiéter pour d'éventuels disparus, ils s'étaient hâtés de rassembler quelques ennemis encore vifs avant de les interroger vigoureusement, ne faisant aucun cas de leur état.
Les humains les laissaient faire sans trop sourciller. Chacun avait un camarade mort ou salement amoché, alors les responsables devaient payer.
Quand Folken et Hylden parvinrent à ce qui était quelques minutes auparavant le centre de la cour, Exclior s'approcha d'eux.
L'individu présentait plusieurs grosses blessures, cela ne le dérangeait pas le moins du monde, elles cicatrisaient d'ailleurs à vue d'oeil.
— Nous avons fait parler nos hôtes et nous avons obtenu des informations intéressantes !
— Soit, et maintenant, vous allez peut-être arrêter de les traiter ainsi et les faire soigner ? Soupira Hylden, agacé.
Le fausse-personne semblait loin de ce genre de d'idées. Son haussement d'épaules laissait plutôt à penser qu'il la trouvait presque pathétique de venir en aide à son adversaire.
— Si vous voulez perdre votre temps… Enfin, quoiqu'il en soit, ils nous ont avoué qu'il existait tout un réseau de galeries dans la montagne, conduisant notamment à de petits postes plus avancés sur les hauteurs. Il est fort probable qu'une fois l'entrée de ces souterrains dégagée, nous puissions encore trouver du monde…
— Et Yiris ? Interrogea Folken, perplexe.
— Avant la détonation, elle était très proche de l'entrée du donjon. Je sens sa présence, je pense qu'elle doit justement être quelque part dans ces galeries…
Un regain d'espoir anima les esprits du Roi et du général. On pouvait faire confiance à l'instinct des sorciers fausses-personnes.
Maintenant, restait à accéder à ce labyrinthe souterrain…
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Quand le cadet naît, on dit à l'aîné qu'il devra le protéger…
Cette responsabilité est d'autant plus importante que l'écart d'âge l'est, l'aîné a un rôle de parent de remplacement quand ceux-ci ne sont plus là…
Mais quand le cadet dérape, se retourne contre son aîné, qui protège ce dernier ?
Allen avançait vers son objectif, Yiris aussi. Chacun d'eux se doutait qu'il s'apprêtait à vivre un des moments les plus douloureux de leur existence.
Les souvenirs de l'époque heureuse où chacun veillait sur son petit frère ou sa petite sœur leur revenaient à l'esprit.
Comment avaient-ils pu en arriver là ?
Les pas du chevalier d'Asturia le menèrent vers ce qui était probablement une cavité naturelle aménagée en grande salle où des colonnes construites par l'homme soutenait la voûte.
Au centre du plafond, à plusieurs mètres du sol, il y avait un puits qui apportait une étrange luminosité.
Enfin… Finie la progression hasardeuse à travers les souterrains guidés par le toucher des murs et le sens des courants d'air…
Rapidement, Allen comprit qu'il n'était pas seul. Il s'avança encore un peu et soudain une silhouette se dessina dans la lumière venue du toit : Celena.
Cependant, ce n'était pas sa sœur telle qu'il la connaissait. L'aspect physique était presque identique, mais les yeux dégageaient une inquiétante lueur rouge.
Vêtue d'un pantalon sombre et d'une armure souple en cuir violet, elle tenait fièrement une épée.
De son autre main, Allen eut l'impression de la voir lancé dans l'air une sorte de poudre. L'atmosphère prit soudain une odeur aigre.
Brièvement, le chevalier redouta une autre explosion. Heureusement, quand Celena jeta en l'air une pierre à étincelles, l'effet se limita à l'allumage de torches.
La grotte en prit des airs de cathédrale. Amusée de son effet, la jeune femme éclata d'un rire qui résonna largement.
— Allons, Allen Schezar, personne ne trouverait amusant de se battre dans le noir…
— Celena, je…
— Dilandau ! Je sais que mon corps n'a pas totalement retrouvé son apparence. Mais, c'est bien moi qui gouverne… Ce qui promet d'être amusant
Le trouble s'empara d'Allen. Il devait arrêter son ennemi, même si cela signifiait aussi blesser Celena…
Sans parler du fait qu'il n'avait aucune idée de comment rendre le contrôle de sa propre enveloppe charnelle à sa sœur.
De toute façon, il n'eut pas le temps de réfléchir davantage que déjà la jeune femme s'élança vers lui.
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L'autre front qui voyait s'affronter frère et sœur était situé à l'extérieur à une altitude assez élevée.
La galerie empruntée par Yiris débouchait en plein extérieur, sur une sorte de plate-forme qui surplombait un petit fort balayé par un vent glacé.
Il se trouvait tellement haut que la jeune femme avait la surprise de croiser des nuages, vision irréaliste.
Ce genre de climat n'était pas de ceux qui plaisaient le plus à l'ancienne générale, mais cela ne la surprit nullement. Constantin était intelligent, il compensait sa force moindre par un terrain qui l'avantageait.
En effet, le jeune homme aimait les endroits à son image : froid et hostile.
Au milieu de cet lieu brumeux, Constantin finit par faire son apparition. Il n'avait nullement changé depuis la dernière fois.
Toujours impeccable, toujours glacial, paradoxalement charmeur, il était totalement vêtu de noir, assorti à sa chevelure et son armure de cuir brillant lui donnait une allure élégante, incongrue vu les circonstances.
— Ravi de t'accueillir ici, grande sœur… Enfin, créature ayant pris son apparence… Aujourd'hui sera un jour festif, nous allons solder nos comptes !
— En effet… Soupira l'intéressée.
Contrairement à Allen, Yiris ne pensait pas sauver son cadet. Elle savait Constantin totalement fou et qu'aucun remède ne le remettrait jamais sur le droit chemin…
Et pour autant, elle n'avait pas le droit de le tuer, conformément au serment fait à Lig Viete, alors que paradoxalement, elle devait l'arrêter.
Ces vaines réflexions la rendaient folle. Alors cessant de penser, la jeune femme se jeta sur Constantin qui s'élança avec ravissement dans le duel.
Le niveau technique déployé était probablement ce qui se faisait de mieux sur Gaea. Les deux combattants étaient d'une incroyable agilité et l'affrontement d'une épée et quelques petits couteaux de lance contre un simple bâton offrait un spectacle étonnant.
Au bout de quelques instants, l'esprit de Yiris se troubla. Elle revoyait son frère petit, du temps de la Terre.
Un instant de distraction et Constantin lui asséna une plaie à la cuisse.
Difficilement, elle empêcha quelques larmes de s'échapper. Ce n'était pas la douleur qui la faisait pleurer, mais la situation.
Essayant de faire le vide dans sa tête, elle parvint à se relancer dans le combat, même si la motivation commençait à lui faire défaut.
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Le dégagement des décombres avait confirmé les aveux des prisonniers.
Profitant du temps employé à cette tâche, Folken et Hylden avaient accepté des soins de fortune.
Ironie du sort, chacun se retrouvait avec un bras en écharpe.
Dès que l'entrée des galeries fut suffisamment grande pour y entrer, ils furent paradoxalement les premiers à s'y engouffrer, suivis d'un effectif restreint, composés notamment du Crusade Crew et d'Haymlar.
Avant d'y aventurer plus d'hommes, il fut convenu de sécuriser les lieux au préalable.
Disposant de lanternes à energist qui émettaient une lumière rosée, ils trouvèrent rapidement Chid, assis aux côtés d'Aleph, désormais étendu à terre.
Voyant son Duc sauf, Kaja poussa un soupir de soulagement.
— Votre Majesté, je suis si heureux de vous retrouver !
— C'est grâce à nos hommes, ils m'ont protégé de la déflagration au prix de leurs vies, mais aussi grâce à Yiris qui m'a secouru.
— Et où est Yiris ? Interrogea Folken.
Chid allait répondre, Aleph le fit à sa place.
— Messeigneurs, pour répondre à vos questions légitimes, Allen Schezar est parti de ce côté, affronter Dilandau et Yiris, de l'autre, pour se confronter à Constantin.
Les questions allaient fuser, à nouveau, Aleph anticipa de sa faible voix.
— J'ai servi Constantin, puis Dilandau. Ne vous donnez pas la peine de m'achever, ils m'ont empoisonné et mon cas sera bientôt réglé. Je n'ai fait que délivrer mon message aux intéressés et soyez tranquille, je n'ai rien fait à Sa Majesté le Duc. Par ailleurs, je le suis infiniment reconnaissant du soin et du respect qu'il apporte à un agonisant comme moi en dépit de son espèce.
Le simple fait de lever le bras fut difficile pour l'individu. Il le laissa immédiatement retombé.
Peinant de plus en plus à garder son apparence d'emprunt, Aleph présentait un visage blafard couverts des lignes colorées caractéristiques des fausses-personnes.
Voyant cela, Kaja et Haymlar mirent la main sur leur fourreau. Chid leur fit signe de ne rien faire.
— Je confirme, ils sont en effet allés dans ces directions…
— Soit ! Acquiesça le Roi de Fanelia.
Les hommes se regardèrent. Chacun avait ses propres soucis, ainsi, sans discussion préalable, Folken, Hylden et Haymlar partirent d'un côté, Gaddes et le Crusade Crew, eux, s'engouffrèrent dans l'autre souterrain.
Le Duc aurait aimé pouvoir aider Allen, mais il s'en savait incapable du fait de ses blessures.
Alors, assisté par Kaja, il regagna l'arrière, exigeant qu'Aleph soit lui aussi emmener afin d'attendre la mort dans un endroit décent.
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Face au surprenant premier coup, Allen avait eut à peine le temps de parer en dégainant à la hâte.
Par la suite, la technique de combat de Dilandau s'avéra aussi violente et anarchique que par le passé, esquiver était délicat.
A plusieurs reprises, le fou furieux infligea quelques coups superficiels à son adversaire. Et enfin, quand les premiers gouttes de sang tombèrent à terre, Dilandau jubila.
— Et bien, Allen, pas assez sur tes gardes ?
Le chevalier prit le parti de ne pas répondre aux provocations, se contentant d'assurer sa protection sans pour autant laisser son adversaire gagner du terrain.
Pour sa part, fidèle à lui-même, Dilandau assurait l'ambiance. Insultes et remarques cyniques s'enchaînaient. Cependant, seul le silence leur faisait écho.
L'affrontement était intense. L'entrechoquement des lames s'alternait avec des parades acrobatiques. L'art de l'esquive déployé par Allen renforçait encore plus cet aspect.
— C'est quand même pas possible ? Tu ne vas pas rester silencieux jusqu'à ce que je te sorte les tripes du ventre ? Tu penses à quoi là ? Qu'est-ce que ça fait de se battre contre son pire ennemi qui pourtant à l'apparence de sa sœur adorée, dis-moi ?
Se reculant de quelques pas, cette fois, le chevalier ressentit le besoin de soulager sa colère.
Reprenant son souffle penché avant de chasser ses cheveux attachés en arrière en se redressant, il fixa la jeune femme.
— Ferme-la ! Ma sœur est quelque part en toi, et dis-toi bien que je ferais tout pour la sauver et t'anéantir une fois pour toute !
La vulgarité du propos et le ton surprirent et amusèrent en même temps Dilandau.
Cette fois, aucun doute, son adversaire était prêt à tout donner.
Et ce fut le cas !
Dans la sorte de cathédrale troglodyte formée par la pièce à la voute naturelle en coupole, les ombres dansaient au gré de la lumière des torches à une vitesse surprenante, rappelant le ballet des flammes dans un foyer.
Dans son élan de rage, Allen reprit rapidement le dessus. Il fallut peu de temps qu'il blesse la jeune femme.
D'abord superficielles, les entailles se firent de plus en plus profondes.
Mais vint le moment de l'hésitation, voir ce corps, qui était pour lui celui de Celena avant tout, couvert de sang, il en était ébranlé.
Cette faiblesse fut perçue par l'adversaire qui en profita.
Allen se trouva à terre, étendu sur le dos, dans l'axe exact du puits de lumière dont la clarté l'éblouissait.
Dilandau le tenait en joug faisant tout son poids sur son corps et la force déployée était étonnante.
— Alors, Messire Allen, notre affaire va bientôt se terminer ? Déclara son adversaire, satisfait, en levant son épée.
L'intéressé resta muet. Brusquement, une hésitation se fit sentir dans le regard, un bref instant, il changea pour devenir celui de Celena.
Saisissant ce moment d'inattention, Allen renversa la jeune femme pour se dégager. Dilandau était redevenu maître la situation.
Enfin, « maître » n'était pas le mot juste, les gestes étaient désordonnés, mêlés à des cris proches de la pure hystérie.
Face à cette gestuelle anarchique, le chevalier vit une simple riposte se transformer en coup subtilement placé à l'abdomen.
La jeune femme s'effondra à terre.
Stupéfait, Allen se dirigea vers elle. Ses yeux, ce regard doux, c'était redevenu Celena.
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A l'extérieur, la lutte continuait. Conscient qu'il serait le premier à fatiguer, Constantin se devait d'abréger les choses.
La faiblesse de Yiris, par rapport à autrefois, était évidente, il se devait de l'exploiter.
— Sache une chose ! Une fois que j'en aurai fini avec toi ! J'irais régler son compte à tes deux hommes : Hylden et Folken, mais surtout à la saleté que tu as engendrée !
— Ferme-la ! Cria la jeune femme.
— Ben, quoi, que je sache, tu ne peux pas me tuer, non ? Tu peux certes me mutiler, cependant, c'est moi, ton petit frère adoré, non ?
Les pupilles totalement dilatées renforçant son regard fou, Constantin ne laissait pas sa sœur indifférente.
Subir cette rengaine haineuse devenait insupportable, elle avait de plus en plus de mal à se concentrer.
Son sang coulait, certes, mais surtout ses larmes, encore et toujours.
Dans un geste d'une violence désespérée, elle envoya valser Constantin, dont la tête heurta violemment le sol, l'empêchant de se relever immédiatement.
Ce serait sans doute l'unique occasion de l'arrêter.
Yiris bondit sur lui afin de le mettre en joug, cependant la fraction de seconde où leurs regards se croisèrent, elle comprit qu'il l'avait piégée, il était pleinement conscient et avait parfaitement préparé sa parade.
Donnant un vif coup d'épée dans le flan de Yiris en plein vol, il la fit choir à terre avant de commencer à l'immobiliser en lui plantant un couteau de lance dans le bras droit.
Maintenant, c'était à la seule force de sa main gauche que la jeune femme retenait son frère à l'écart d'elle, même si en fait, il n'avait qu'à tendre son bras libre pour l'égorger d'un poignard.
Se penchant près d'elle, il changea d'expression :
— Avant de te faire partir Yiris, je dois te faire une confession…
OoO
— Je t'en prie… Prononça Celena avec difficulté. Laisse-moi, Dilandau est encore là, il peut revenir à tout moment…
Agenouillé, Allen tenait dans ses bras sa sœur. La blessure était sérieuse.
Sans soin rapide, la jeune femme était condamnée à brève échéance.
— Tais-toi, je vais comprimer ta plaie et ralentir l'hémorragie… Des secours vont arriver…
Un bref instant, afin de voir ce dont il pourrait se servir pour soigner sa sœur, le chevalier détourna son regard d'elle.
L'erreur…
Le regard changea, reprenant ce rouge angoissant. Alors d'une main, Dilandau, redevenu maître du corps, empoigna son épée et transperça Allen d'un coup au flanc gauche.
Ce dernier s'écroula à terre, rapidement baigné dans son sang, l'artère abdominale avait probablement dû être tranchée.
Ses yeux croisèrent ceux de la jeune femme, une lutte intense s'opérait dans l'esprit. Sans cesse, un sourire narquois succédait à un regard désespéré.
Et finalement, Celena sembla gagner le duel et des larmes envahirent son regard. Difficilement, elle tendit une main à son frère qui s'en saisit.
— Grand frère, je suis désolée… Je n'ai pas pu l'en empêcher…
— Oublie-ça… Répondit-il avec un léger sourire. C'est moi qui ai commis des err…
Les yeux bleus du chevalier se fermèrent et sa tête roula sur le côté.
— Allen… Ce n'est… Non, je ne pourrais plus vivre en ayant fait ça…
Dans un geste désespéré, la jeune femme se saisit de l'épée avec laquelle le démon qui l'habitait avait tué son frère.
Un moment, hébétée, elle la tourna entre ses mains tachées des sangs mêlés d'elle et de son frère.
Son regard se faisait comme fasciné.
Ce que lui racontait son aîné à propos de l'honneur des soldats lui revenait en mémoire.
Son geste alternait une évidente hésitation avec une surprenante assurance, et peu à peu, elle approcha la lame de sa gorge.
Sa main tremblait, tandis que des voix se faisaient entendre. Alors qu'elles s'approchaient, Celena reconnut celle de Gaddes.
Elle voulait tellement le revoir, mais…
Ignorant sa blessure, mordant sa lèvre inférieure pour se donner du courage, d'un coup sec et net, elle se trancha la carotide.
Gaddes, premier arrivé sur les lieux, vit un court instant le regard bleu de sa femme, encore animé de vie, devenir vitreux.
Le reste du Crusade Crew ne trouva rien à dire face à l'effroyable spectacle, tandis que le sergent resta un long moment, agenouillé, incapable ne serait-ce que de pleurer.
OoO
Constantin maintenait toujours sa sœur en joug. Si elle avait réellement forcé de sa main valide, elle aurait certainement réussit à se relever, tout comme lui aurait déjà pu l'achever.
— Tu sais, expliqua Constantin d'une façon étonnement posée, j'ai beaucoup réfléchi à ton cas, ces derniers mois… Après cette… mystérieuse évasion… j'ai repensé à ce que tu as chanté…
L'affreuse scène de sa tentative de viol revint à la mémoire de la jeune femme. Elle se demandait avec angoisse vers où la conversation allait se diriger.
— Tu sais, reprit-il, quand je t'ai entendu, j'ai compris que c'était toi…
Une brève lueur d'espoir traversa le regard de Yiris, mais elle resta silencieuse.
— Malheureusement, tu as été corrompue par une force démoniaque et je dois te purifier. Je suis désolé d'en arriver là. Cependant, je n'ai pas d'autre choix… Si je te laisse vivre, tu es vouée aux enfers…
— Constantin… Je…
Il avait retrouvé ce sourire, celui de son enfance, celui du bon vieux temps. En fait, il voulait son salut, et finalement, elle aussi aspirait simplement à ce que tout s'arrête.
L'épée du jeune homme tremblait, il semblait au bord de pleurer.
— Je… Yiyi, je te tue et après, je me suicide. On a assez souffert comme ça…
Elle commençait à relâcher le peu de force qu'elle exerçait de son bâton. Ainsi, la distance qui les séparait diminua dangereusement tandis que la lame de Constantin se rapprocha dangereusement du cœur de la jeune femme.
Les lèvres de Yiris esquissèrent un sourire, finalement, c'était bien que tout s'arrête ainsi… pour tous les
deux…
Alors, elle ferma ses paupières.
Soudain, elle sentit une légère coupure sur sa trachée comme une brise fraîche, furtive, accompagnée d'un bruit indéfinissable.
Ensuite, un lourd poids sembla retomber sur elle.
Déconcertée, elle rouvrit les yeux.
Dans la brume, il lui sembla distinguer Folken, essoufflé, tenant une épée couverte de sang.
Mais quand son regard s'abaissa, ce fut l'horreur.
Sur elle, gisait le corps décapité de son frère. Terrorisée par la vision du cou tranché sanguinolent, Yiris se dégagea avec des mouvements brusques en hurlant.
Impossible de se lever, elle rampa à quatre pattes vers la tête de son frère
Tremblante, elle la saisit. Les traits de Constantin s'étaient figés dans une expression tendre. Quelques secondes, elle le regarda avant de le blottir contre son cœur en lui fermant les yeux
D'une voix quasi inaudible, elle murmura dans son grec natal.
— Constantin, petit frère…
