Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 4 décembre 2012

Chapitre 56

Une précieuse confession

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Après la mort de son frère, Yiris resta un long moment, prostrée, le regard perdu.
Dans son délire, elle s'était rapproché du corps du défunt et avait posé sa tête à la va-vite sur son tronc, tenant à lui rendre un semblant d'intégrité.

Et là, comme on le fait avec un petit enfant qui refuse de dormir, elle berçait doucement ce qu'il restait de son cadet, repensant à tous les moments heureux qu'ils avaient vécu ensemble.

Témoins de ce triste spectacle, Folken, Hylden et Haymlar restèrent un moment, immobiles, ne sachant que faire.

Puis, après avoir pris soin de rengainer son épée sanguinolente, Folken s'approcha d'elle et s'accroupit à sa hauteur.

Il n'eut pas le temps de dire le moindre mot que, se tournant dans sa direction, Yiris le repoussa violemment avec son bâton en s'adressant à lui dans un grec incompréhensible, avec une voix de petite fille affolée.
Désemparé, le Roi se releva et fit quelques pas en arrière.

Un court moment, les trois hommes se consultèrent du regard, cherchant une solution.

Après ces quelques instants de réflexion, Hylden tenta sa chance. Il avait déjà eu affaire à des soldats en état de choc, donc il pensait pouvoir maîtriser la situation.

Dans un premier temps, il s'assit auprès d'elle, sans un mot et, quand elle sembla s'habituer à sa présence, il lui toucha l'épaule, puis la joue et, enfin, quand elle cessa de trembler, il la prit dans ses bras.
Peu à peu, elle s'apaisa. Lorsque quand les renforts arrivèrent, le général posa une couverture sur elle et, enfin, parvint à lui faire lâcher le corps de son frère.

Utilisant une civière, les soldats évacuèrent les restes de Constantin. Sans prononcer un mot, Yiris se leva, les épaules enveloppées dans sa couverture, et suivit le convoi.

Quand elle passa près de Folken, elle s'arrêté. D'abord, elle ne lui adressa même pas un regard, puis, elle se tourna sèchement et lui asséna juste un mot, « dolofónos », terme dont ce dernier, connaissait le sens, « assassin », en grec.
Elle se retourna aussi net et repartit. Folken regardait le sol… A quoi bon…

Haymlar fit signe au Roi et à son collègue qu'il allait veiller sur elle le temps de retourner au campement.

Heureusement, Yiris, même si elle restait secouée de tressautes nerveuses, toléra la présence de son ancien subordonné.

Ainsi, Folken et Hylden se retrouvèrent seuls, sur cette étrange esplanade noyée dans la brume.

— Vous savez, fit le général, je crois qu'il fallait que l'un de nous deux ait le courage de mettre fin à ce cauchemar. Le seul moyen d'arrêter ce fou était de le tuer… Vous avez fait ce qu'il fallait pour Yiris… Là, elle est encore sous le choc. Cependant elle devrait finir par recouvrer ses esprits assez vite je pense. De toute façon, elle sera surveillée en permanence.
— Tu dis cela parce que tu tires ton épingle du jeu ? Remarqua le Roi d'un ton cynique. Tu ne comprends pas le grec, mais elle m'a dit que j'étais un « assassin », et je ne pense pas que c'est l'état de choc ait influencé sa pensée !

Ne souhaitant nullement engager davantage la conversation, le Souverain regagna le souterrain.
Après quelques instants à méditer, Hylden fit de même.

OoO

Au sein des troupes d'Asturia, c'était aussi l'état de choc. Les soldats en deuil se préparaient à rapatrier leur chef au pays, et, même temps, le corps de sa sœur.

Gaddes était anéanti. Après la macabre découverte, il avait passé un long moment auprès des dépouilles de son épouse et de son commandant.

Avec précaution, Katz, Teo, Pyle et Kio avaient emmené la corps de leur commandant tandis que Reeden et Ort étaient restés auprès de leur sergent dévasté.
Quand les deux soldats lui avaient demandé comment il allait, Gaddes avait juste eu un haussement d'épaule avant de fermer délicatement les jolis yeux bleus de sa défunte épouse.

Puis, se relevant, il l'avait prise dans ses bras pour la ramener lui-même au campement.
Après une nuit, seul à la veiller, il décida d'aller de l'avant, ne serait-ce que pour éviter à son esprit de se noyer dans la tristesse.

Bien qu'il ne soit jamais resté qu'un simple sergent du fait d'un obscur passé de repris de justice, Gaddes était connu pour son grand sens pratique et assurait depuis des années la gestion du port aérien de Palas.

Ainsi, dépassant sa peine, il faisait preuve d'une étonnante force en s'impliquant dans la logistique de l'armée d'Asturia, même si les soldats et officiers, admiratifs devant tant de courage, essayaient de lui dire de se reposer sous peine de finir par s'effondrer, d'épuisement cette fois…

Heureusement, l'ensemble du Crusade Crew veillait au grain, et s'assurerait que le sergent mange un minimum et prenne un peu de temps de se reposer.

Soigneusement, Gaddes décida personnellement de ranger les affaires de son commandant pour les rapatrier auprès de Millerna.

En effet, après la Reine et Celena, il pouvait se considérer comme celui qui était le plus proche d'Allen.

Soudain, le médecin-chef de l'armée d'Asturia entra dans la tente du défunt.

— Sergent, en préparant le corps de Messire Allen, j'ai trouvé ceci, glissé dans ses vêtements.

Il s'agissait d'une enveloppe fermée par un sceau de cire. Ce dernier, aux armes de la famille Schezar, était d'une couleur violette caractéristique.

En Asturia, un vieil usage voulait qu'un soldat, en particulier un gradé, ait ses dernières volontés inscrites sur un papier de bonne facture, capable de résister au sang, et scellé de cire violet sombre, une des couleurs du deuil.

— On attend le retour à Palas pour le confier à la Reine ? Hasarda le praticien.

Gaddes acquiesça. Avant de retourner à sa tâche. Imaginant comment il allait bien pouvoir expliquer ce qui c'était passé à la Souveraine.

Et c'est là que Dryden fit son apparition.

— Vous vous en sortez, sergent ? Demanda-t-il, d'un ton calme et posé.
— Oui, ça va… De toute façon, il faut bien. Mais, je vous avoue, j'ai l'impression d'être dans un cauchemar…
— Ecoutez, je vais vous suivre à Palas ! Occupez-vous de tout le bazar militaire, moi, je veux que la Reine sache que je suis là pour la gestion courante. Cependant, je ne tiens pas pour autant à m'imposer…
— Merci Dryden ! Répondit Gaddes en relevant la tête.

Sur ce, le marchand quitta la tente et commença à arpenter le campement en voie de démantèlement. Il aurait cru que la mort d'Allen aurait au moins satisfait une partie de lui-même, ce n'était absolument pas le cas…

Il ne considérait pas avoir gagner la victoire. Plutôt se trouver dans une situation de forfait… Aucun honneur, aucune gloire…

La voie qui le menait vers Millerna était libre, il ne se sentait pas à l'aise pour l'emprunter. Cependant, comme il venait de le dire à Gaddes, il voulait qu'elle sache qu'il était là, si besoin…

OoO

Au soir, alors que les derniers rayons du soleil avaient totalement disparus derrière les hauteurs, le ciel de la vallée s'éclaira.

Après avoir posé sous sa langue une pièce destinée au passeur des Enfers souterrains des légendes grecques, Yiris embrassa une dernière fois le front de son frère avant de mettre le feu à son bûcher funéraire qu'elle avait passé la fin de journée à confectionner seule, refusant toute assistance.
Néanmoins, tout s'était déroulé sous la surveillance attentive d'Haymlar, auquel elle n'avait pas adressé un mot.

Juste pour éviter un conflit, elle avait accepté un peu d'eau et du pain, rien de plus… Thé et gâteaux, ce n'était pas le moment...

Durant tout le temps qu'il fallait au corps pour ne devenir que cendres, elle resta à réciter des prières orthodoxes en triturant sa croix.
Complètement perdue, elle ne savait plus trop à quelle foi se vouer, alors elle avait mélangé les traditions de son pays natal.

Quand le bûcher fût à l'apogée de sa puissance, elle se mit debout et récita le Credo de Nicée-Constantinople à voix haute.

Un peu plus loin en arrière, mais sur le qui-vive en cas d'idée suicidaire de sa femme, Folken l'entendit.
Il était le seul à comprendre le sens ce texte, un texte orthodoxe ayant valeur de profession de Foi pour les croyants de cette religion.

Ceci dit, elle se recula, posa sa main droite pour toucher le sol pour faire son signe de croix, la main restant longuement posée sur le sternum.
Les crépitements du bûcher avaient dissimuler les sanglots de la sœur qui avait perdu son frère.

Enfin, elle se recula et s'assit en tailleur pour attendre la fin, rassurant ceux qui la surveillaient. Maintenant, ils étaient à bonne distance pour agir.

A plusieurs reprises, Haymlar essaya de communiquer, proposant à nouveau de l'eau vu l'air brûlant autour du bûcher.
Après n'avoir répondu que par gestes ou maugréer en grec, elle finit pas lâcher un « oui » normalement.
Un progrès clef selon Hylden.

Pour ce qui était des blessures, par contre, elle avait refusé tout soin. Seule, à l'aide de ses dents et de sa main valide, elle avait juste bandé sa grosse plaie à l'avant-bras, sachant pertinemment que celle-ci cicatriserait d'ici peu, tout comme les autres blessures, plus légères.

Un moment, sentant que l'observation attentive dont elle faisait l'objet tendait à relâcher un peu. Elle releva le bas de son pantalon.
Passant sa main sur son mollet gauche, elle fit apparaître d'étranges signes, proches de ceux que Lig Viete avait inscrit sur son cœur et qu'elle avait elle-même marqués sur Folken.
Ce constat lui arracha un soupir de soulagement, les dessins qu'elle avait tracés à la hâte pendant que Folken, Hylden et Haymlar ne l'avaient pas regardée sur le fortin des nuages avaient fonctionné correctement.

A l'écart, entre deux discussions avec les autorités de Freid et d'Asturia, Folken et Hylden continuaient de regarder, à distance, Yiris dire adieu à son frère.
Ils espéraient qu'elle surmonterait l'épreuve avec le moins de difficultés possibles, même s'ils savaient tous deux pertinemment que ce serait loin d'être simple.

Pour l'heure, ils étaient accaparés à gérer la suite des événements. Pour commencer, une fouille méticuleuse de la vallée allait être organisée.

Malheureusement, du fait de l'air difficilement respirable, celle-ci prendra un certain temps, laissant donc une possibilité à quelques derniers ennemis réfugiés de s'enfuir, même si Exclior avait offert des renforts fausses-personnes.
A cela succéderait le retrait des troupes avec, malgré tout, l'entretien d'une petite force de surveillance, au cas où…

Pour ce qui était de la piste des voleurs, elle s'arrêtait net ici. Qu'en était-il des énormes quantités des précieux rochers encore manquantes ? Mystère…
L'energist réagissant au phénomène de résonnance, toutes celles du fort avaient explosé.

Etant donné qu'aucune trace de convoi terrestre, hormis celles provenant de Fanelia, n'était visible, il devenait raisonnable de penser qu'il existait une galerie pour évacuer l'energist…

L'hypothèse folle qu'elle traverse les hautes montagnes pour rejoindre les terres du sud avait germé, et cela avait tendance à paniquer les états-majors qui se prenaient à imaginer des tribus indigènes disposés désormais de technologies proches des leurs.

Cela dit, une immense partie des voûtes souterraines s'étant effondrées, l'hiver arrivant, les recherches n'iraient pas plus loin…

Tout au plus, fut-il convenu d'envoyer quelques espions voir ce qui se tramait de l'autre côté des montagnes, sans grand espoir car le voyage serait long et les voleurs d'energist avaient toujours su se faire discrets.

OoO

Après un long émouvant hommage à Allen et avant de regagner sa capitale pour se rétablir de sa blessure à la jambe, Chid s'était rendu au chevet d'Aleph, dont l'agonie était interminable.

Désormais totalement paralysé des membres, mais toujours conscient, il attendait l'ultime étape : la paralysie pulmonaire.

De ses maigres forces, il avait discuté avec le Duc et l'échange s'était avéré long et enrichissant.
Le fausse-personne avait raconté sa vie et expliqué au jeune homme son quotidien de paria.

Chid avait soigneusement écouté et aux termes d'heures de discussion, Aleph avait conclu en disant :

— Votre Majesté a le potentiel pour faire de grande chose car elle possède le don de lire dans le cœur des gens et surtout de savoir les écouter.
— Je vous remercie… Vos paroles me touchent ! Répondit Chid. J'aspire de tout cœur à progresser et à devenir un grand Souverain qui saura protéger son peuple et gérer son pays.
— N'ayez aucun doute à ce sujet…

Les poumons d'Aleph commençaient à se crisper, les mouvements du diaphragme perdaient de leur amplitude.

Sentant qu'il ne pourrait plus parler très longtemps, il s'adressa au Duc :

— Votre Majesté, je vous serais éternellement reconnaissant de votre bonté à mon égard, mais je me permets de solliciter auprès de vous une dernière faveur.
— Je vous écoute.
— Il faut absolument que je vois Yiris avant de m'éteindre.

OoO

Quand le bûcher fut entièrement consumé, l'ancienne générale recueillit avec précaution les cendres de son frère dans une jarre qu'elle scella.
Elle était en train de terminer son étrange besogne quand un soldat de Freid vint l'avertir da la requête d'Aleph.

Elle su le dissimuler, cependant cette demande l'intéressait au plus haut point. Elle avait d'innombrables questions à poser au fausse-personne.

Alors, elle confia son précieux récipient aux bons soins d'Haymlar, lui demandant, d'une voix qui se voulait posée, de le mettre en sécurité.

Ceci fait, elle se rendit auprès d'Aleph.

Le fausse-personne avait retrouvé l'apprendre propre à son espèce. Sa respiration était plus que superficielle, son temps de vie restant ne se comptait plus qu'en minutes.

Sans un mot, Yiris vint s'asseoir sur un tabouret et observa l'individu. Au bout de quelques instants celui-ci ouvrit les yeux, souriant car son souhait s'exauçait.

— Ainsi, donc tu es finalement… venue !
— Oui, désolée du retard, j'avais plus important à faire !

Le cynisme de Yiris rencontra un petit sourire du mourant, totalement serein.

— Tu es là… Je peux encore parler… Pour moi, c'est… tout ce qui compte…
— Ah ? Et pourquoi donc ?
— A partir du moment où j'ai réalisé que… j'avais été empoisonné… j'ai eu le temps de réfléchir. Je dois reconnaître qu'en fait… je réfléchissais depuis un moment déjà…
— Si tu manques tant que ça de souffle, abrège !

Le visage du fausse-personne s'anima à nouveau d'un rictus amusé.

— Tu as raison ! Bien… Tout comme les autres… tu dois te demander où… se trouve le reste de l'energist volé ?

Pas de mot, Yiris afficha un air intéressé qui répondait clairement. Alors, Aleph reprit :

— Nous utilisions une salle en profondeur dans la montagne. Pour effectuer les transferts d'energist via un vieux système d'onde hérité de Zaibach… La brume des hauteurs dissimulait les colonnes de lumière et… un système de gestion des fréquences… entrait en résonnance avec le point de puissance de Freid, tout proche… rendant les colonnes générées en ce lieu difficilement perceptibles.
— Je présume que le système a dû être détruit ? Grogna la jeune femme.
— En effet, après l'envoi du dernier convoi… qui a suivi la destruction du fortin de la vallée… nous avons tout démonté pour créer la bombe avec laquelle nous vous avons piégé…
— Soit, j'ai compris… Et auras-tu la générosité de me dire qui sont tes commanditaires avant de trépasser ? Demanda l'ancienne général avec un air blasé.
— Mieux…

Cette fois, le regard de Yiris s'illumina. Une perspective intéressante se laissait entrevoir.

— Et qu'est-ce que tu appelles « mieux » ?
— A mon cou… il y a un collier… Veuillez le détacher… Je vous prie…

La jeune femme eut une brève hésitation, elle redoutait un piège, mais sans trop savoir pourquoi, l'individu lui inspirait une certaine confiance.
Alors, délicatement, elle retira la chaîne qui entourait le cou du mourant. Celle-ci soutenait un étrange pendentif.

Délicatement, Yiris examina l'objet. A première vue, hormis sa facture qui ne permettait pas d'en déterminer l'origine, il n'avait rien d'extraordinaire.
Certes, il était en or, en forme de losange, avec quelques pierres précieuses incrustées, après…

— En fait… soupira le fausse-personne, c'est une clef de transport… Il fallait tout un système d'onde… pour transporter de l'energist… mais pour une personne… peut-être plus… le pendentif seul… suffisait…

Quelques instants durant, d'une voix de plus en plus inaudible, l'individu expliqua le fonctionnement de l'engin.

Quand il eut fini, Yiris s'aventura à lui poser une question :

— Dites-moi, pourquoi m'avez-vous laissée m'enfuir quand j'étais prisonnière de mon frère ?
— Je crois… que j'ai vu en vous… la personne de la légende… Et je constate… que je ne suis pas le seul…

Sans trop savoir pourquoi, la jeune femme prit la main de l'agonisant, qui ferma les yeux dans une expression apaisée.

— Sachez une chose… je ne sais pas vraiment qui tire les ficelles… Ils m'ont toujours parlé à visages couverts… Je sais qu'ils ont créé… un endroit particulier… C'est là que… la clef vous conduira… Mais je ne saurai vous dire… où cet endroit se trouve… en ce monde…
— Merci pour l'information, je saurais me débrouiller !
— Une dernière chose, je ne me souviens pas vous avoir donné mon nom… Je me nomme Aleph…

Et dans cette politesse, ces poumons se figèrent. Cela en était fini de lui.

Etait-ce parce qu'elle partageait le sang de son espèce ? Parce qu'il lui avait donné la réponse à bien des questions ? Ou tout simplement parce qu'elle estimait qu'il méritait un certain respect ?

Quoiqu'il en soit, Yiris enveloppa son corps d'un linceul comme on le faisait de ceux des fausses-personnes et le veilla jusqu'au lever du jour.

Et au matin, la toile était tombée à plat. Comme le voulait leur malédiction, il ne subsistait rien du corps des fausses-personnes après leur mort.

OoO

Progressivement, les soldats regagnaient leurs patries respectives, tandis que les recherches dans le reste de la vallée se poursuivaient difficilement, sans résultat.

Le retour des troupes d'Asturia au pays fut le plus douloureux. Au port flottant de la cité lacunaire, en tenue de grand deuil, robe noire couverte d'un voile de même teinte, la Reine, tenant un de ses fils de chacune de ses mains, attendait aux premières loges.
En dépit des douloureuses circonstances, elle restait incroyablement digne.

Dans un silence respectueux, le convoi funéraire gagna la cour du palais de Palas où une émouvante cérémonie rendit hommage au défunt.
Comme il l'avait promis, Dryden se fit très discret.

La nuit suivante, Millerna, après avoir veillé ses fils, longs à s'endormir, se retrouva seule dans ses appartements.

Alors, elle décacheta la lettre énonçant les dernières volontés d'Allen.
Immédiatement, trois autres petits plis en tombèrent, un pour elle, un pour Celena, et pour Caspar et Henry.

En premier lieu, la Souveraine s'attarda sur le message principal. Il s'agissait comme le voulait l'usage d'un testament formel par lequel le défunt répartissait ses biens et énonçait ses dernières volontés quand au lieu de sa sépulture
Comme elle le pensait, Allen voulait simplement reposer auprès de sa mère.

Son testament léguait l'essentiel de ses biens à ses fils, en particulier la maison familiale qu'il était parvenu à racheter après en avoir été expulsé enfant faute de revenu.

Le reste était destiné à sa sœur. Il y avait une confortable rente ainsi que la petite maison qu'elle occupait.

Sans aucune hésitation, sachant que ses enfants ne manqueraient jamais de rien, Millerna décida que les biens prévus à l'attention de Celena reviendraient à son époux, Gaddes.

Ces tracas matériels résolus, Millerna se concentra sur la missive à son attention et l'ouvrit.

« Ma chère Millerna,

Si tu lis cette lettre, c'est donc que je ne serais plus là. J'espère tout de même avoir réussi à sauver Celena.
Je suis désolé de te laisser seule avec Caspar et Henry, mais j'ai confiance en tes capacités. Ce sont parfois des petits démons, mais ils sauront se montrer plus conciliants. Et plus tard, ce seront eux qui veilleront sur toi.

Pour tout ce qui est de la gestion du pays, je reconnais ne pas t'avoir laissé beaucoup de latitude et avoir eu tendance à vouloir tout faire à ta place.
Cependant, comme le disait ta sœur Eries du temps où c'était elle qui te conseillait, tu seras une grande Reine, je n'en ai jamais douté. Là encore, crois en toi !

Enfin, j'ai une dernière faveur à te demander. Dans ma maison, au salon, dans un tiroir secret situé derrière un portrait de ma tendre mère, tu trouveras un autre pli, il est pour Chid Zar Freid.
J'avais longtemps hésité avant de le rédiger, cependant tes arguments m'ont convaincu. Il a le droit de savoir et finalement, je préfère partir en sachant que je n'ai plus de secrets.

Sache que je t'ai aimée du fond de mon cœur. Je ne peux pas nier qu'à la base, je voyais Marlene en toi. Cela dit, j'ai appris à t'apprécier pour ce que tu étais, toi, notamment pour ton côté extraverti, qui te différenciait tant d'elle.
J'espère que tu sauras me pardonner mon comportement parfois indélicat.

Prends bien soin de toi, et surtout ne va pas gâcher ta vie en me pleurant. Grâce à toi, j'ai compris que l'on peut aimer sincèrement une deuxième fois dans sa vie et ainsi avoir une seconde chance.

Avec tout mon amour,

Allen »

Un long moment, la Reine resta à pleurer, serrant fort la missive contre son cœur.
Ce dernier mot d'amour la touchait profondément et elle avait au moins le réconfort de savoir qu'Allen avait accepté de ne pas emporter son secret avec lui.

Après toutes ces émotions, le besoin de s'aérer un peu se fit sentir. Alors, se couvrant d'un châle épais, elle partit arpenter les terrasses du palais.

Un instant, elle aperçut Dryden sur une terrasse. Ce dernier lui adressa un petit signe de main accompagné d'un sourire bienveillant avant de regagner ses appartements.
Elle en resta encore davantage songeuse…

Et quand le lendemain, par un temps nuageux, lors de la mise en terre d'Allen et de sa sœur, elle vit le marchand discret dans l'assistance, elle resta tout aussi perdue...

OoO

Dans la vallée de soufre de Freid, le Roi de Fanelia serait parmi les derniers à lever le camp. Supervisant les derniers soucis logistiques, Hylden était encore sur place, tandis que Haymlar avait déjà regagné le pays avec une bonne partie des troupes.

L'affrontement se terminait sur un goût amer d'inachevé. Le combat contre les voleurs d'energist en restant, pour le moment, là. Il était certain qu'en les personnes de Dilandau et Constantin, deux piliers du trafic venaient de disparaître.

Pensive, Yiris s'était mise à l'écart des militaires alors, qu'en temps ordinaire, elle se serait plu à donner des ordres.
Elle ne cessait de tourner entre ses doigts le cadeau d'Aleph. Normalement, elle aurait dû divulguer les renseignements en sa possession, cependant là, l'enjeu devenait trop personnel.

Dans son for intérieur, elle savait qu'elle devait aller au bout de son désir de comprendre le sens de son existence ? Cependant, elle se demandait sincèrement ce qui l'attendait.

Après de longues heures de tergiversation, elle s'apprêtait à mettre le système en fonctionnement. C'est alors que Hylden se dirigea vers elle et lui tendait sa main valide.

— Yiris, viens ! Il est temps de rentrer, d'accord ?
— Attends, encore quelques minutes… J'arrive…
Cette fois, il lui restait peu de temps pour agir. Elle s'éloigna du groupe. La voyant faire, Folken, l'avant-bras plâtré, se précipita à sa poursuite.

— Rattrape-la ! Hurla-t-il à l'attention de Hylden.

Ne réfléchissant pas, il s'exécuta et suivit lui aussi Yiris dans sa fuite.

Cette dernière comprit que là, elle était prise au piège. Usant de ses capacités de fausse-personne, elle s'apprêtait à semer les deux hommes, quand soudain, le pendentif lui échappa et tomba dans un petit cours d'eau trouble.

Le temps qu'elle passa à le retrouver à le ramasser suffit à Folken et Hylden pour la rattraper.

— Laissez-moi ! Cela ne vous concerne pas ! Déclara-t-elle en enclenchant le mécanisme.

Un cercle de lumière se forma autour d'elle, d'où émergea rapidement une colonne.
Se précipitant, le Roi et le général parvinrent à se faire emporter avec.

Et c'est incrédules que les soldats encore en poste virent le ciel brumeux s'illuminer de façon quasi aveuglante.

OoO

Comme souvent en fin de journée, Hitomi était assise dans son lit en train de lire. Balgus s'était endormi la tête posée sur ses genoux.
Elle resterait ainsi jusqu'à ce qu'elle entende Van revenir. En effet, ce dernier pouvait passer des heures entières à se recueillir sur la tombe de Merle.

A ces moments-là, Hitomi savait se faire discrète. Elle respectait son deuil et savait que celui-ci serait long.
Parfois, s'il se faisait vraiment tard, elle venait juste l'interrompre en s'asseyant à côté de lui en silence, posant sa joue sur épaule.

Ceci dit, Van faisait aussi des efforts pour aller mieux. Appuyé sur une canne, il essayait de marcher un peu chaque jour, prenait le temps de manger…
De plus, en dépit de son état de fatigue, il n'avait pas pu s'empêcher d'assister à certaines séances du Conseil.
Ce qu'il préférait, c'était avant tout passer du temps avec son fils.

Il fallait laisser le temps faire son œuvre… Au fil de ce dernier, Hitomi se demandait comment la situation de la double Royauté allait se résoudre.
Au fond d'elle, un souhait était apparu. Cependant, pour l'heure, elle le gardait pour elle.

Et en cette soirée qui devait être paisible, brusquement, son cœur se serra. Quelque chose de grave était en train de se produire…
Instinctivement, elle prit son fils dans ses bras pour aller le coucher et commença à arpenter les couloirs.

Son errance dans le palais la conduit rapidement auprès de Chioni.

Dans la pièce voisine de la chambre de la fillette, deux filles de Mila veillaient au grain, tout en se distrayant en consultant un catalogue présentant des échantillons de tissus de la meilleure facture qui soit.

Quand Hitomi les questionna sur la petite Princesse, les deux demoiselles répondirent que, comme on pouvait l'attendre d'un si petit enfant, elle dormait paisiblement.

En effet, passant la tête par la porte de la pièce voisine, la jeune femme blonde vit la petite assoupie dans son berceau.
Cependant, malgré les apparences rassurantes, Hitomi tint à s'approcher de la Princesse.

Tendant sa main vers elle, la petite respiration légère de la fillette se fit sentir, mais quand elle la toucha, elle ne la vit même pas frissonner.
D'un geste surprenant les filles, Hitomi frappa fortement ses mains l'une contre l'autre, provoquant un claquement. A nouveau, aucune réaction de la part de Chioni.

Quand la jeune femme lui souleva le bras, il retomba mollement. Il fallait se rendre à l'évidence, la petite fille avait sombré dans le coma…

OoO

Complètement sonnée comme si elle avait été ballotée des heures durant, Yiris ouvrit les yeux avec difficulté. Elle se souvenait avoir quitté Freid en fin d'après-midi et se retrouvait à présent sous le soleil aveuglant du temps de midi.

A plat ventre, elle releva la tête, et vit, tout près d'elle eux aussi à terre, Folken et Hylden. Ils étaient encore inconscients.

Puisant dans ses forces, la jeune femme réussit à se faire basculer sur le dos pour mieux voir autour d'elle.
Dans le ciel, aucune trace de la Lune des Illusions, juste cet astre diurne dont la lumière lui apparaissait encore plus éblouissante que d'ordinaire.

Regardant plus bas alentour, elle découvrit quelques bâtiments en parfait état, dont le style lui rappela étrangement les ruines grecques.
Le tout se trouvait au sein d'une végétation luxuriante.

Elle-même et ses deux compagnons de voyage semblaient étendus au centre d'une sorte de place décorée de mosaïques.