Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 18 décembre 2012

Chapitre 58

Révélations surprenantes

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Dans son bureau qu'il avait réinvesti au sein du palais d'Asturia, Dryden gérait quelques menues affaires, de façon à soulager Millerna du poids du quotidien.
Au cours d'une brève conversation où elle avait gardé ses distances, la jeune femme lui avait avoué avoir apprécié sa présence en ces moments douloureux.

L'air faussement insouciant, il avait dit que tout cela était de l'ordre du naturel et qu'il ne voulait en aucun cas s'imposer.
Inutile de dire que dans son esprit, c'était bien plus ambigu…

Cependant, la nuit tombée, tous ces soucis banals s'évaporaient. Il passait des heures entières à rassembler le mystérieux puzzle de l'affaire des voleurs d'energist.
Avec Exclior, qui s'était évaporé dans la nature, il avait perdu son principal informateur.

Maintenant, il ne pouvait guère compter que sur son intendant. En effet, Monsieur Souris avait l'art de laisser traîner ses oreilles partout.
Malgré tout, les informations qu'il obtenait restaient plus que limitées…

Mais, à force de tourner et retourner ses schémas dans sa tête, Dryden finit par se rendre à l'évidence : il devait discuter de ses théories avec quelqu'un…

OoO

Comme chaque matin, aidé de Kaza, le Duc Chid examinait son courrier.
Un premier tri avait déjà été effectué par de petits bureaucrates, qui avaient directement séparé les requêtes officielles et autres missives sérieuses des simples requêtes de sujet qui parfois relevaient simplement de la petite querelles de voisinage.

Au milieu du tas conséquent qui lui restait encore, Chid découvrit avec joie une lettre de sa tante Millerna. Elle portait un sceau caractéristique du courrier purement informel, il la lirait donc tranquillement le soir venu.
En attendant, il s'affairait du mieux qu'il pouvait à organiser la résolution de ses affaires courantes.

Kaza n'osait pas le dire, mais il n'en revenait pas. Depuis la rencontre entre le Duc et le mystérieux fausse-personne, le jeune homme avait gagné de façon évidente en assurance.
Bien évidemment, cela n'avait pas empêché Chid de revenir de la vallée avec une bonne bronchite qui l'avait alité plusieurs jours durant, cependant, son rétablissement avait été bien plus rapide que d'ordinaire, surprenant tout le monde.

Déterminé à devenir un homme, le Duc se sentait comme galvanisé. S'il continuait à réfléchir et à peser longuement ses décisions, une fois ces dernières prises, il savait les imposer à ses conseillers.

Ce jour-là, aucune affaire particulière ne retint son attention plus que ça. Ainsi, assez tôt dans la journée, après l'exécution de quelques rites religieux, l'adolescent se trouva au calme dans sa bibliothèque.

A force d'être alité, Chid avait développé au fil des années un grand intérêt pour la lecture.
Et c'est donc avec seulement des livres pour témoins qu'il ouvrit la lettre de la Reine d'Asturia, faisant tomber un autre pli.

Après l'avoir ramassé et constaté qu'il lui était destiné, le jeune homme décida néanmoins en premier lieu de se concentrer sur la missive de sa tante.

« Mon cher Chid,

J'espère que tu te portes pour le mieux et que la campagne récemment menée ne t'a pas trop fatigué.

Je te remercie pour les nombreux messages affectueux que tu m'as fait parvenir. Ne t'en fais pas pour moi, la vie continue, je saurai me montrer forte.

Si je t'écris aujourd'hui, c'est non seulement pour prendre de tes nouvelles, mais avant tout pour te faire parvenir une lettre qui, je me doute, va te surprendre.
J'eu préféré te la remettre en mains propres, cependant, mes obligations actuelles ne me le permettent pas actuellement.

Or, je crois que la vérité a assez attendu et qu'il est temps pour toi de la connaître !

Je ne sais pas trop comment t'expliquer le contenu de la lettre ci-jointe. Tout ce que je peux te dire, c'est que moi-même, j'étais dans la confidence depuis des années. Cela dit, tout autant que je réprouve le mensonge, ce n'était pas à moi de te livrer ce secret.

J'espère que tu me pardonneras ma lâcheté,

Affectueusement,

Ta tante Millerna »

A lire ces mots, l'adolescent se sentit complètement déconcerté. Avec une certaine hésitation, il se saisit de l'autre missive.

En examinant le sceau, il comprit immédiatement qu'il s'agissait une lettre de dernière volonté du chevalier Allen. Que pouvait-elle bien contenir ?

La main légèrement tremblante, il décacheta le pli et entama sa lecture. A chaque mot qui défilait sous ses yeux, c'était comme s'il sentait un morceau de son monde s'écrouler sous ses pieds.
Au terme de cette lecture qu'il perçut quasi comme éprouvante, il s'effondra sur le dossier de sa chaise, ses yeux bleus rivés sur le plafond.

Ainsi, sa vie était bâtie sur un mensonge… Découvrir sa véritable filiation fut un véritable choc, en même temps, cela expliquait tant de choses…
Maintenant, il savait qu'il ne ressemblerait jamais à celui qu'il appelait « Père »… Du moins physiquement…

Reprenant son souffle, il leva la main et observa longuement la bague que sa mère lui avait laissée.

Faisant quelques pas vers le foyer qui illuminait la pièce où il se trouvait, il jeta au feu les deux lettres qu'il venait de recevoir et les laissa lentement se consumer.

Maintenant, c'était certain, il était devenu un homme…

Pour la première fois, une lueur de colère anima ses yeux bleus. Il venait de prendre une résolution.

— De la même façon que la mort de mon Père a été vengée, Allen, je vous rendrai justice !

OoO

A Fanelia, Hitomi avait appris avec une immense tristesse le décès d'Allen.
Ce tragique événement l'avait profondément touchée et apprendre les affreuses circonstances dans lesquelles il s'était déroulé n'avait fait qu'en rajouter à sa peine.

Cependant, il lui fallait tenir bon. Passé le cap de la légitime émotion, elle rédigea une lettre de réconfort à l'attention de Millerna.
Bien qu'elle eut déjà affronté un terrible épreuve avec les deux ans sans nouvelle de Van, elle n'osait imaginer comment elle aurait pu vivre une telle annonce.
Une fois de plus, elle n'avait rien vu venir. Quelque chose semblait bloquer ses pouvoirs de médium…
Et face à l'état léthargique de Chioni, cet aspect la préoccupait de plus en plus.

Mais elle n'avait pas le temps pour cela, elle se devait de se montrer la plus enjouée possible afin de gérer au mieux les tracas de la vie quotidienne, le premier d'entre eux concernant Van.
Son rétablissement suivait son cours. Cela faisait maintenant un peu plus d'un mois qu'il avait regagné sa patrie, cependant, il restait encore très fatigué, ne se déplaçant qu'avec l'aide de sa canne.

Et surtout, il avait sombré dans une interminable mélancolie. La mort de Merle était une ombre omniprésente.
Ainsi, il pouvait passer des heures à se recueillir devant sa sépulture.

Avec le temps, Hitomi espérait que le chagrin de celui qu'elle aimait se ferait plus léger, surtout grâce aux rires de son fils.
En effet, Van adorait Balgus et se montrait assez présent auprès de lui, désireux de tenter de rattraper le temps perdu.

Cela dit, à l'observer avec attention, Hitomi sentait surtout que Van avait été touché dans ce qui faisait de lui un homme. Il ne se plaignait jamais de rien, mais dans ses gestes, dans son regard triste, elle percevait bien à quel point il avait été ébranlé.

Avec toute la tendresse dont elle était capable, la jeune femme le serrait simplement dans ses bras, histoire de lui montrer qu'en cas de besoin, elle serait là.
Parfois, elle le voyait s'agiter de violents soubresauts dans son sommeil. Alors, elle s'asseyait et commençait à lui caresser tendrement le visage et, peu à peu, il retrouvait son calme.

Van essayait de participer aux décisions du pays, prise pour l'instant par le Conseil. Il sentait que le poids ne tarderait pas de retomber sur ses épaules, qu'on le ménageait juste en attendait qu'il ait recouvré toutes ses forces…

C'était simplement une fatalité…
Une fatalité… Hitomi n'arrivait pas à s'y résigner non plus en ce qui concernait la petite Chioni, toujours inconsciente.

Lorsqu'elle avait été mise au courant de la situation, Millerna avait immédiatement fait envoyer un grand spécialiste des problèmes neurologiques chez les enfants.

Malgré sa science, le médecin n'était pas parvenu à établir un diagnostic sérieux.
Face au cas inédit qui se présentait à lui, il était totalement incapable de dire combien de temps durerait cet état léthargique et quand la petite se réveillerait… Si elle se réveillait un jour…

Ainsi, un système d'alimentation par sonde gastrique avait été mis en place. Désemparée, Mila veillait avec un immense dévouement sur la petite Princesse.
L'ancienne tenancière était soutenue dans sa tâche par les filles qui se relayaient en continu.

L'absence de Yiris, Folken et Hylden se faisait chaque jour de plus en plus lourde.

Pour sa part, Meinmet se montrait bienveillant à l'égard de tous, aidait son neveu présent à reprendre confiance en lui, réconfortait Hitomi et passait des heures à veiller Chioni, lui racontant ses aventures de jeunesse et lui parlant aussi de ses parents.

Mais quoiqu'on lui dise, jamais la fillette ne serait la main qui s'accrochait à la sienne et demeurait les yeux clos.

Face à cet état de fait, le vieux Prince avait aussi commencé sa petite enquête. Il voulait à tout prix retrouver Folken et Yiris, refusant de croire qu'ils avaient pu abandonner volontairement leur enfant.

Le cas d'une colonne de lumière avait été clairement évoqué.
Qu'est-ce qui l'avait provoquée ? Où avait-elle conduit ses passagers ?
Répondre à ces questions était quasi impossible. Alors, Meinmet se recentrait sur les énigmes à sa portée.
La façon brutale dont s'arrêtait la piste des voleurs d'energist lui laissait un amer goût d'inachevé.
Aussi, fut-il très satisfait en recevant, un jour, une missive de Dryden au contenu fort intéressant.

OoO

Au sein de la mystérieuse Utopie, Yiris avait choisi de continuer à demeurer à part de Folken et Hylden. Chacun des voyageurs disposait d'un luxueux appartement.
La jeune femme se demandait bien ce qui motivait un tel traitement de faveur, d'autant plus que chaque matin, c'était une vraie cour de suivantes qui venait l'aider à s'habiller, se coiffer, purement délirant…

Depuis qu'elle était Reine de Fanelia, elle avait aussi droit à un cirque approchant. Cependant, là, les choses étaient menées son amie par son amie Mila et sa joyeuse cohorte et, finalement, c'était surtout l'occasion de papoter avec légèreté.

Dans l'Utopie, Yiris voyait surtout une déplaisante et tenace impression de faux.
La beauté des lieux, la politesse, tout semblait tellement surfait…

Dire qu'elle s'ennuyait royalement était largement en dessous de la réalité. Si Folken s'était investi dans les avancées techniques de la cité, Hylden s'intéressait de près à la pratique locale de l'équitation, particulièrement développée en cette contrée.

Quand à Yiris, elle n'avait absolument rien à faire de la journée entière…
Et cela lui faisait peine à constater, la vacuité de son existence la fatiguait presque davantage que les journées épuisantes qu'elle avait pu connaître du temps de sa carrière militaire.

Elle avait bien fini par trouver une bibliothèque, assez hétéroclite, des ouvrages dans de nombreuses langues, y compris de la Lune des Illusions, malgré tout, c'était un maigre loisir.
En effet, les ouvrages en grec, elle les connaissait tous. Elle s'était amusée à déchiffrer certains en anglais ou en français, langues qu'elle comprenait un peu, mais lire une histoire de cette façon était finalement désagréable, ses bons vieux catalogues automobiles seuls motivaient son appétit pour l'apprentissage des langues quand elle était jeune…
Quand aux livres dans la langue de Gaea, vu qu'elle n'avait guère dépasser le niveau des histoires pour enfants, difficile !

En fait, elle n'avait rien de particulier à s'intéresser. La technique n'était pas son domaine. Les seules choses dont elle connaissait le fonctionnement, c'était les systèmes présents dans une voiture : moteur, freinage, direction… Le reste lui semblait trop complexe et l'ennuyait prodigieusement.

Pour ce qui était des chevaux, à part son bon vieil Hannibal avec lequel elle entretenait une affinité particulière, elle trouvait ses bêtes particulièrement indisciplinées et pénibles, sans parler que monter dessus était un vrai défi quand on était aussi petite qu'elle.
C'est là que le sang de fausse-personne révélait toute son utilité en améliorant les capacités.

De toute façon, elle n'avait pas besoin de se chercher des excuses sur ces deux points. L'idée d'être en compagnie de Folken ou d'Hylden de façon prolongée la mettait profondément mal à l'aise.

Cela dit, elle s'amusait parfois à apparaître subrepticement à l'un d'eux et, à chaque fois, l'intéressé la regardait d'une façon déconcertante.
Elle savait qu'elle jouait à un petit jeu malsain, mais, sans savoir pourquoi, elle était incapable de s'en empêcher.

Et tout aussi tordu que ce soit, c'était toujours plus intéressant que de se balader dans les couloirs du palais, croisant par moment des femmes s'affairer à des tâches aussi niaises à ses yeux que la broderie ou le fait de jouer de la musique avec des espèces de petites lyres en chantant des mélopées sirupeuses.

Et puis, un jour, elle découvrit un groupe de danseuses et se prit à les regarder longuement.
Contrairement à ce qu'elle avait redouté dans un premier temps, elles étaient plutôt douées et ne renâclait pas à des exercices périlleux.

Au cours de certains dîners, Yiris avait eu déjà l'occasion d'observer leur art, et plus ça allait, plus elle s'y intéressait et devenait une spectatrice attentive des entraînements.

En fait, cela constituait pour elle une excellente échappatoire. Aucun risque de croiser ses compagnons de voyages et puis, étrangement, ça lui reposait l'esprit car il n'était pas rare qu'elle se réveille parfois en sursaut en pleine nuit sans comprendre pourquoi.
La lassitude était devenue son quotidien. Elle ne savait pas trop si elle devait mettre ça sur le compte des nuits agitées ou de l'ennui…

Et puis, un jour, un peu d'action se produisit. Observant une fois de plus les danseuses, elle assista à une sorte de débats entre les demoiselles.
Apparemment, un grand banquet devait avoir lieu sous peu et le choix de la danse qui y serait présentée faisait l'objet de discussions animées.

Après avoir longuement laissé débattre et s'être amusée de l'ampleur que prenait la petite querelle, Yiris ressentit l'envie irrésistible d'intervenir.

— Vous connaissez la Danse de l'Etoile ? Demanda-t-elle, adossée à une colonne.

Etonnées par cette interruption inopinée, les artistes se tournèrent vers Yiris et, alors que cette dernière s'attendait à se faire critiquer, ce fut l'exact contraire.
En effet, animées d'une certaine curiosité, les danseuses commencèrent à l'interroger.

L'attention dont elle fit soudain l'objet surprit l'ancienne général, néanmoins, elle était contente d'avoir enfin l'occasion de parler de quelque chose qui l'intéressait.

La danse était en effet quelque chose qui lui plaisait. Depuis son enfance, elle appréciait de bouger au rythme de la musique et quand elle avait regagné la civilisation après son apprentissage auprès de Lig Viete, elle s'y était remise avec enthousiasme en cachette, avant de devoir y renoncer une fois devenue générale.

Son dernier exploit avait donc eu lieu pour une Danse de l'Etoile, réalisée à l'occasion d'une fête pour la reconstruction de Fanelia.
Elle en expliqua donc le principe aux artistes de l'Utopie, ainsi bien les danseuses que les musiciens se montrèrent attentifs.

Il faut dire que cette danse était un exercice de style très ancien, typique de Fanelia. L'air était imposé, ainsi que quelques mouvements, le reste était laissé au choix des danseuses.

Le principal intérêt de l'exercice, ce qui le rendait si intéressant, était que la mise au point de la chorégraphie précise ne devait commencer qu'à l'aube du jour de la fête pour être présentée au crépuscule.

Le défi suscita très vite l'intérêt des danseuses qui convinrent de s'affairer le lendemain à l'exercice à l'occasion du banquet qui clôturerait la journée.

OoO

La nuit qui suivit. Profitant de sa solitude, Yiris s'amusa à répéter quelques pas. Cela faisait tant d'années qu'elle n'avait pas dansé…
Mais très vite un phénomène commença à l'agacer, elle avait une douleur, comme une sorte de brûlure au mollet gauche qui la lançait ponctuellement.

Finalement, se disait-elle en se regardant son miroir, elle avait beau être belle, elle ne se sentait pas mieux, malgré la magie de l'étoffe.
Entre le sommeil haché, l'ennui et maintenant cette douleur, il y avait quelque chose dans le monde soi-disant fabuleux qui ne lui réussissait pas.

Elle aurait bien aimé en parler à quelqu'un. Cependant, avoir une discussion que ce soit avec Folken ou Hylden, c'était hors de question.

Il faudrait bien un jour qu'elle mette la situation au clair. Cela dit, plus le temps passait, plus ses pensées devenaient contradictoires…

Son mari venait de tuer son frère, elle ne savait plus où elle en était. Elle était sure qu'elle l'avait aimé mais peu à peu, elle était devenue distante...
Et puis, il y avait ce qu'elle éprouvait pour Hylden. Il ne lui avait jamais été indifférent, là, les choses devenaient de plus en plus ambigües.

Plutôt que de continuer à s'énerver sur ce sujet délicat, elle préféra aller se coucher, d'autant plus qu'une fois de plus, elle était prise de migraine.

Alors quand le jour se leva, même si là encore, elle avait très mal dormi, son esprit était uniquement absorbé par la représentation du soir.

Et après des répétitions dont l'ambiance joyeuse lui rappela celle qui régnait au bordel de Mila. Elle se prépara à entrer en scène.

Pour l'occasion, elle portait une tenue comme il ne lui serait jamais venu à l'idée : un simple corsage blanc à la longue jupe en pans de tulle. Des rubans dans les cheveux accessoirisaient l'ensemble.

La tenue n'avait rien d'un tutu de petite fille, au contraire, le rendu était très élégant. Ainsi, malgré quelques légères réticences de prime abord, Yiris ne fit pas trop d'histoire pour s'assortir aux autres danseuses.

Surtout que son attention était retenue par un point bien plus intéressant, l'exercice s'avérait plus compliqué que d'ordinaire : il faudrait danser sur une table circulaire, certes immense, mais c'était toujours moins simple qu'une aire délimitée à terre.

Et quand le moment arriva, envolés les maux de tête, brûlure au mollet et autres tracas, Yiris se sentit incroyablement à l'aise.

Avant d'entrer en scène, elle s'amusa à repérer où se trouvaient Folken et Hylden.

Soudain, la musique joyeuse commença. Surgissant de cinq endroits différents, les danseuses s'avancèrent en suivant le rythme.
Tout était étudié, leur gestuelle, leurs déhanchés… La grande majorité des présents étant des hommes, le spectacle n'en était plus qu'apprécié.

Dans un premier temps, le Roi et le général de Fanelia, voisins de table à leur grand déplaisir respectif, ne prêtèrent pas plus attention que ça au numéro jusqu'à ce qu'ils réalisent… l'improbable…
Aucun doute, c'était bien et bien Yiris qui virevoltait à quelques pas d'eux.

Alors qu'elle exécutait une chorégraphie complexe avec les autres danseuses, Hylden se pencha vers son Souverain et lui murmura.

— C'est en la voyant danser ainsi à Fanelia que j'en suis tombé amoureux ! Toutes les autres étaient vêtues de jolies robes colorées, elle contrastait non seulement avec le fait de porter un pantalon, mais aussi en étant quasi toute de noire vêtue.
Sa souplesse était étonnante. Elle s'était d'ailleurs montrée si douée à l'exercice que dans un premier temps, personne ne s'était vraiment attardé sur son apparence…
Quel dommage qu'une fois devenue général, elle n'ait plus jamais dansé…

Aucune retenue dans le propos, un bref instant, Folken ressentit une irrépressible envie de répondre à la provocation, mais comme quand il essayait trop de réfléchir, il fut pris de migraine.
Voyant son malaise, Sophocle, tout proche, lui fit porter un breuvage sensé le soulager. A sa grande surprise, l'effet fut presque immédiat et sa douleur s'estompa… comme par magie.

Ainsi, oubliant jusqu'à même les désagréables paroles d'Hylden, il se concentra sur la soirée. Nourriture en abondance et divertissements originaux la rendait fort agréable, même aux yeux d'un homme qui d'ordinaire aspirait au calme.

Quand les convives se dispersèrent. Folken commença à errer à travers le palais. Oui, l'endroit était merveilleux, mais il y manquait un petit quelque chose.

Peu à peu, l'étrange vision qu'il avait eu le soir de son couronnement lui revint en mémoire. A la nuit tombée, c'était les étranges plantes phosphorescentes qui éclairaient les lieux de leur jolie lueur bleutée.

Il erra encore un long moment. Une force inconnue le guidait, le ramenant en direction de ses appartements, mais au dernier moment, il se dirigea vers un balcon qui dominait la cité.
Et là, il la découvrit, magnifique dans sa robe de nuit, une étole scintillante sur les épaules: sa Yiris.

Oui, il y avait quelques différences avec son rêve, mais le plus important demeurait : le stade auquel sa femme était désirable à cet instant.
Lentement, il s'en approcha. Comme si elle avait perçu sa présence, elle se détourna de la ville pour le regarder, lui.

Là, il perdit tout contrôle pour enlacer son épouse par la taille d'un bras ferme tandis que, de sa main, il la força à relever la tête pour l'embrasser.

Pour sa part, en l'espace de quelques secondes, Yiris sentit toute forme de volonté ou de réflexion l'abandonner avant de totalement succomber au désir brûlant de son mari.

Des semaines qu'il ne l'avait pas touchée, certes, ils avaient déjà été bien plus longuement séparés, parfois des mois et des mois…
Mais à chaque fois, le manque demeurait le même, aussi bien pour lui que pour elle.
D'un geste spontané, il la souleva du sol et la porta vers sa chambre.

Ensemble, ils partagèrent un moment particulièrement torride, comme si plus rien n'existait autour d'eux.
Avec une grande sensualité, Yiris usa de toute la science qu'elle avait acquise en écoutant les conseils de Mila et des filles.
Folken savoura l'audace de sa femme et, tout aussi libéré qu'elle, s'évertua à la satisfaire.

Au fil de leur étreinte, ils sombraient peu à peu dans une sorte de transe, comme ivres. Et au terme de ce moment déroutant, ils ne purent que s'écrouler, épuisés

Et, quand bien plus tard dans la nuit, Yiris émergea brutalement de son sommeil comme c'était souvent le cas, la jeune femme constata qu'elle se trouvait dans les appartements de Folken.
C'était étrange, la dernière chose dont elle se souvenait était de s'être lavée et changée avant d'aller se coucher.
Une fois de plus, sa mémoire était confuse…

Allongée sur le flan, elle sentait la douce chaleur de son mari dans son dos. Un agréable petit plaisir dont elle se délecta en dépit les circonstances.
En effet, du temps où leur mariage était heureux, le Roi s'éveillait souvent plus tôt que son épouse et, quand cette dernière ouvrait les yeux, elle était seule.

Là, ce n'était pas le cas, alors, elle savoura la douceur de l'instant. Folken la tenait enlacée en posant une paume sur son bas-ventre.
Tendrement, Yiris posa sa propre main dessus et un souvenir lui revint en mémoire : les quelques jours où elle avait partagé sa grossesse avec son mari, il aimait s'endormir avec la main ainsi posée.

Soudain, une idée traversa l'esprit de la Reine. Malgré les importantes céphalées qui surgirent en même temps, elle essaya de la maintenir à son esprit.
Elle se leva, ramassa sa robe au sol. Elle voulut l'enfiler, mais la douleur se fit insoutenable lui provoquant vertige et nausées.

Alors, quittant la chambre nue, elle réussit à regagner la sienne. A peine parvenue dans la pièce, afin d'éviter de s'évanouir, elle se renversa une carafe d'eau sur le crâne avant de s'avancer vers son miroir.

Effectivement, son corps était désormais exempt de toutes cicatrices, y compris une qui lui tenait particulièrement à cœur : celle de sa césarienne.

Dessinant du bout d'un doigt le tracé en forme de sourire de cette balafre particulière, dorénavant invisible, elle compris que, même cela, on voulait lui faire oublier.
Alors, elle bredouilla en pleurant :

— Chioni…

Mais là, tout ce qu'elle pu faire, c'est faire quelques pas en arrière, vers son lit, et s'y écrouler, épuisée.

Une fois de plus, son esprit avait cédé sous les coups de cette force mystérieuse qui l'accablait.