Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 1er janvier 2013
Chapitre 59
Le point de rupture
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Finalement, Meinmet et Dryden organisèrent enfin leur petite réunion, heureux de se retrouver. Leur première rencontre avait posé les prémices de ce qui était devenu un commerce aussi lucratif qu'incongru : les pizzas.
Depuis lors, le marchand étant toujours très accaparé par ses affaires, ils ne faisaient que communiquer par courrier interposé.
Dans un premier temps, au cours d'une longue conversation dans la forêt, à l'abri des regards et des oreilles indiscrets, les deux hommes échangèrent leurs points de vue sur les récents événements.
Et, peu à peu, en croisant leurs informations, ils réalisèrent l'existence d'une étrange coïncidence qui était passée inaperçue jusque là.
En effet, Dieter En Vilgok, le représentant de Basram assassiné lors de la conférence à Asturia deux ans auparavant, était connu pour être en désaccord avec le pouvoir principal.
Bien qu'issu de la petite oligarchie dirigeante de la République depuis des siècles, il reprochait à ses pairs une certaine opacité dans la gestion des affaires.
Au fil du temps, le différent avait pris une telle ampleur qu'il fut connu au-delà des frontières du pays.
C'est d'ailleurs afin d'éviter de donner trop d'importance à cela que le Président de Basram avait tenu à venir accompagné du dissident, histoire de montrer qu'il gérait parfaitement la situation.
Ainsi, le choix d'une cible, elle-même considérée comme paria en sa nation, semblait pour le coup une manœuvre stupide venant des rusés voleurs d'energist.
Cependant, cela pouvait être aussi le fait d'une simple hasard : l'homme était juste au mauvais endroit, au mauvais moment, une cible facile, idéale…
Cela dit, à ce stade, on ne pouvait plus se permettre de laisser passer le moindre détail. La piste d'observation qui menait aux abords de Basram, cet assassinat opportun…
Et si tout cela n'était qu'une mise en scène pour mieux se faire passer pour victime et continuer ainsi à œuvrer tranquillement dans l'ombre ?
Après Zaibach, la République était connue pour être le deuxième état militaire le plus puissant de Gaea. Et lors du démantèlement de l'Empire, les dirigeants de Basram s'étaient plus que largement servis en armes.
Les technologies créées par les scientifiques de Dornkirk demandaient des infrastructures lourdes.
Seul un pays puissant pouvait se permettre ce genre d'excentricités.
Tous les ambassadeurs et voyageurs ayant visité Basram avait évoqué un pays où discipline et loi du silence régnaient en maître et où une ambiance évidente de secret flottait.
Depuis la fondation de la République, le pouvoir était tenu par un groupe d'oligarques. Ceux-ci élisaient entre eux leur Président, dont le mandat durait sept ans.
Tout ce qui venait de Basram semblait infiniment réfléchi et calculé… Certaines caricatures dépeignaient même les habitants du pays pareils à des machines.
La République… Elle tentait toujours d'imposer ses vues en servant de son ombre inquiétante…
Cette fois, c'en était trop ! On ne pouvait plus croire au hasard.
Il fallait discuter de cela avec d'autres personnes susceptibles de partager les mêmes doutes dans un cadre propice au secret.
Et sur ce point, Meinmet avait une idée…
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Un cauchemar de plus éveilla en sursaut. A ses côtés, Hitomi, elle-même sortit brusquement de son sommeil.
— Van, ça va aller…
— Oui, oui, je vais juste un peu marcher…
Le jeune homme se leva pour se rapprocher de la fenêtre. Malgré la fraîcheur de la fin d'automne, il ressentit le besoin vital d'ouvrir la vitre quelques instants pour respirer l'air du dehors.
La jeune femme ne dit rien. Les réveils en sursaut étaient tellement fréquents. Elle avait bien compris que, depuis son retour, Van avait développé une sorte de claustrophobie.
Cela semblait logique au vu de ces deux années de détention dans des conditions sordides cependant Hitomi avait très peur que cela ne devienne trop envahissant…
Son état l'inquiétait chaque jour davantage, le mal qui lui avait été fait était plus sournois qu'elle ne l'avait estimé.
Quelques instants, elle le laissa seul, le temps d'aller voir Balgus. Le petit garçon avait désormais sa propre chambre attenante et non plus un petit bout de pièce rajouté à l'appartement d'Hitomi.
La pièce donnait sur les jardins, ces mêmes jardins sur lesquels Van avait les yeux rivés, cherchant du réconfort…
Cet état de stagnation devenait insupportable pour Hitomi. Après un léger baiser sur la joue de son enfant, elle retourna auprès de Van, toujours à la fenêtre.
— Allez, ferme la vitre. Tu vas finir par prendre froid et moi aussi ! Dit-elle sur un ton qu'elle essaya de rendre léger.
— Je suis désolé… Je ne veux pas que tu tombes malade…
— Ce n'est rien… Allez, recouche-toi.
Le jeune homme s'exécuta et Hitomi se blottit contre son dos. Lorsque sa respiration lui fit comprendre qu'il s'était rendormi, elle se leva et s'en alla au rez-de-chaussée pour se rendre dans la bibliothèque.
Les gardes et serviteurs qu'elle croisa furent étonnés de la voir ainsi déambuler en pleine nuit. L'étrange détermination qu'elle affichait les laissa tout aussi circonspects.
Parvenue à destination, elle erra un temps dans la pièce. Effleurant la tranche des livres, elle songea aux centaines d'heures qu'elle avait passé là à essayer de se distraire, notamment pendant sa grossesse.
A force d'être restée dans cet endroit, elle se dirigea sans hésitation vers les atlas et prit l'un des plus lourd.
A l'intérieur, elle savait qu'elle allait trouver quantité de dépliants. L'un d'eux était une carte du grand continent de Gaea, couvrant une table entière.
Soigneusement, Hitomi l'ouvrit. Puis, elle la parcourut délicatement de ses doigts en l'observant attentivement à la lumière de nombreuses lampes qu'elle avait allumées.
Un indice, voilà ce qu'elle cherchait. Au plus profond d'elle-même, elle percevait le trouble et le doute qui perduraient.
Elle aurait aimé pouvoir fermé les yeux, utiliser son pendentif et son don…
Son pendentif… C'est à cet instant qu'elle venait de réaliser que Van ne l'avait plus… Elle avait du mal à croire que ce ne soit qu'une simple perte.
L'étrange sentiment que l'on avait tenté de la déposséder de sa capacité à voir l'invisible s'empara d'elle.
Quelqu'un s'était méfié d'elle, elle en était persuadée… Visiblement, là où les personnes derrière toutes ces tragédies, derrière le calvaire de Van, les disparitions de Folken, Yiris et Hylden et bien sûr les vols d'energist, on savait que son pendentif avait un pouvoir particulier.
D'un tempérament calme, tout sauf hargneux, Hitomi sentit une forme de haine la parcourir et c'est armée de cette colère qu'elle commença à méditer près de la carte, les yeux fermées et les mains croisées comme en prière.
Mais, les heures qu'elle y passa furent vaines. Un étrange halo de brume rosée recouvrait la carte, elle n'arrivait pas à distinguer quoique ce soit en dessous.
Les paupières closes, elle tendit la main vers le papier et quand elle le toucha, un petit choc au bruit cristallin se fit entendre, accompagné d'une légère vibration.
Ainsi, à la brume, un obstacle semblable à du verre lui cachait la vérité… Seul, son don ne semblait pas capable de le traverser…
Et pourtant, au stade actuel, elle pensait que débusquer les coupables avec ce talent qu'elle avait tant maudit était sa seule véritable piste.
Repliant la carte, elle emporta l'ouvrage avec elle. Se promettant de réessayer encore et encore…
Oui, il y avait toujours un risque qu'elle matérialise ses angoisses, mais peut-être que si elle avait insisté, elle aurait retrouvé Van plutôt…
Ce barrage qui l'avait empêché de sentir sa présence, maintenant, elle savait qu'il était pareil à celui qui se dressait désormais devant elle lui dissimulant l'ennemi tapi dans l'ombre.
Cette fois, elle le ferait s'effondrer à la seule force de sa volonté !
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Quand il avait évoqué le besoin d'un lieu tranquille avec des personnes de confiance, Dryden ne s'attendait pas à l'endroit qu'avait finalement choisi Meinmet : un bordel !
Les filles étaient toutes des anciennes, de confiance. Mila était venue pour l'occasion, laissant à deux de ses subalternes le soin de veiller Chioni.
Yrkas et Anna, enceinte jusqu'aux yeux, désormais gérants de l'affaire, avaient organiser la réunion en un temps record.
Haymlar et le mécanicien Amlek s'étaient aussi joints à cette fête d'un genre « particulier ».
Dans un premier temps, comme il était d'usage dans l'établissement, la détente fut de mise. On blaguait sur la naissance imminente de l'enfant de l'ex-prostituée rouquine.
Bien évidemment, tout le monde y allait de sa supputation sur la réelle paternité du nourrisson à venir. Amlek, qui avait toujours été connu pour son humour noir, dit que si le bébé naissait manchot, il y avait bien en effet des chances qu'il soit le fils d'Yrkas…
En dépit de son mauvais goût, la blague déclencha un fou rire général.
Dans la même lancée, on commença à plaisanter sur la brume. Van avait disparu dans la forêt marécageuse des brumes, Yiris dans la vallée de soufre, connue en premier pour son brouillard ambiant.
— On va finir par croire que la brume bouffe les gens ! Ironisa Haymlar.
Et là encore, tous éclatèrent de rire. Avant que l'alcool ne coule à flots et que l'ambiance ne tourne à la beuverie collective plutôt qu'à la discussion sérieuse, Meinmet calma les esprits.
— Allez les jeunes ! Arrêtez vos bêtises et écoutez-moi ! Nous sommes réunis ici pour parler de choses sérieuses ! Et tout cela est d'autant plus important qu'il est question d'une piste qui nous permettrait de retrouver nos trois disparus !
Bien que déjà largement imprégnés, la plupart des présents reprirent leurs esprits et suivirent les débats avec attention.
Les échanges sur l'hypothèse Basram débutèrent alors. Et comme, Meinmet et Dryden l'avaient espérés, ils suscitèrent l'intérêt.
Oui, la piste était plus que prometteuse, mais il manquait encore un petit quelque chose pour l'étayer…
En effet, on ne pouvait rentrer en conflit contre la plus grosse puissance de Gaea avec de simples présomptions.
Il fallait des certitudes !
OoO
La nuit était tombée depuis bien des heures sur l'Utopie. Nue, chancelante, Yiris venait de s'affaler aux pieds de la baignoire de sa salle d'eau.
Pupilles dilatées, démarche vacillante, à la limite de l'inconscience, elle apparaissait comme ivre.
D'un geste mal assuré, elle parvint à tourner suffisamment la manivelle d'approvisionnement pour faire couler l'eau et d'un bref appui sur ses jambes repliées se fit basculer dans le bain, indifférente au fait de se cogner la tête au passage.
Affalée, elle soupira. Un mal de tête atroce la tourmentait depuis un moment. Elle ne savait plus où elle en était.
Cette crise dépassait de loin les précédentes, cependant l'inconscience, qui d'ordinaire la soulageait, ne venait pas.
Au contraire, l'étau qui maintenait son crâne se faisait de plus en plus serré.
Cette fois, ce quelque chose dans l'Utopie qui la rendait malade était en passe de l'achever. Le paradis se muait en enfer.
Tant qu'elle en était encore capable, elle aurait dû en parler à Folken ou Hylden. Maintenant, il était sans doute trop tard...
Appuyant son crâne douloureux contre le rebord de la baignoire, elle inspira et expira lentement, dans l'espoir d'apaiser son tourment.
Au lieu de cela, son esprit bascula et s'emplit de multiples visions parfois nettes, parfois totalement floues.
— Qu'est-ce que j'ai fait ? Murmura-t-elle. Bon sang, qu'est-ce que j'ai fait ?
Les images se mirent un peu en ordre. Elle se voyait se baignant dans le grand bassin central du palais, nue.
Quelle idée avait-elle eu de faire cela ? N'importe qui aurait pu la voir et ce n'était pas son genre de s'adonner à ce type de spectacle…
Il lui semblait qu'à ce moment-là, elle avait chaud, mais elle n'en était pas pour autant sure… De toute façon, cet état de fait ne l'aurait, en aucun cas, poussée à une telle levée d'inhibition.
Combien de temps avait-elle nagé, seule, indifférente au monde ? Pourquoi était-elle sortie de l'eau pour enfin se rhabiller ? Etait-ce parce qu'elle était passée de la sensation de bouillir à celle de geler ?
A cet instant, elle ne devait être qu'une marionnette sans âme, elle avançait par automatisme.
Pourquoi au lieu de regagner directement sa chambre avait-elle fait un petit détour ? Est-ce qu'elle sentait qu'il l'observait de la balustrade depuis un long moment ?
Là, par contre, le souvenir était net. Il était là et il l'attendait. Avait-elle fait un pas vers lui ? Ou était-ce lui qui s'était avancé ?
Elle l'avait senti de plus en plus proche… Et c'était là qu'elle avait franchi la limite.
Non, elle n'avait pas d'excuse, elle n'avait eu aucun mouvement de recul.
Elle l'avait laissé l'enlacer, sentir le parfum de sa peau avant de déposer un premier baiser si avide qu'il lui avait marqué une trace violacée à la base du cou.
Pouvoir enfin concrétiser son envie l'avait incité à s'assurer à ce que sa proie ne puisse pas reculer, alors il l'avait plaquée contre un mur…
Cet aspect chasseur de sa personnalité, elle ne le connaissait pas. Mais cela ne l'empêchait nullement d'apprécier ce détail, bien au contraire…
C'était à cet instant qu'étrangement, il était devenu plus délicat. Doucement, les doigts de sa main droite prirent le temps de dessiner ses traits, tandis que le bras gauche la maintenait fermement par la taille.
Ils s'étaient embrassés, d'abord tendrement puis l'envie revint mettre leur sang en feu et les choses reprirent une tournure plus bestiale.
La main du jeune homme vint remonter le tissu de sa robe pour profiter des rondeurs de la cuisse et des fesses.
Une telle sauvagerie l'habitait qu'il se servit de ses dents pour repousser les bretelles de la robe des épaules et, ainsi, dessiner avec sa langue chaque sillon de la clavicule.
Toutes les sensations lui revenaient… Ces traînées pareilles à des brûlures que laissaient les doigts de cet homme sur sa peau…
Yiris en avait la nausée… Son corps semblait comme la punir ne serait-ce que de penser à cela.
Désespérée, elle se donna un violent coup sur le crâne en se frappant contre le rebord en marbre blanc de la baignoire.
Juste la douleur encore plus forte, sa conscience n'en était nullement altérée…
Elle répéta le geste jusqu'à en avoir du sang qui coule le long des joues…
C'était sans issue…
Tandis qu'elle se mutilait, son esprit ne lui laissait aucun répit.
Le point critique était atteint.
Combien de temps s'était-il écoulé depuis la première fois qu'il avait voulu l'embrasser ? Douze ans… au moins…
Comment avait-il fait pour contenir cette avidité autant de temps ? Elle réalisait soudainement la torture qu'elle lui avait infligée tandis qu'il la soulevait du sol.
Elle sentait bien qu'une fraction de seconde, elle avait hésité, mais juste ce bref instant. Après, elle avait perdu pieds, l'enserrant de ses bras, soupirant d'aise…
Et dans ce délire sordide, il avait assouvi son désir. Enfin, il l'avait possédée, elle qui hantait ses nuits à le rendre fou.
Il avait savouré le fait de la sentir reposer de tout son poids sur lui, son souffle court… Et ils y avaient tous deux pris du plaisir.
A nouveau tout s'embrouillait, se recroquevillant sur elle-même, Yiris essayait désespérément de faire le tri dans son esprit, de séparer la réalité de l'hallucination, cela était vain…
Observant alentour, elle essaya à nouveau de s'ancrer dans le présent.
Cependant, rien n'y faisait, le visage de cet homme ne disparaissait pas. Il lui semblait même entendre sa voix, sentir le parfum de sa peau…
— Hylden…
Ce n'était pas possible, cela devait être un cauchemar, elle n'aurait jamais osé faire cela, jamais elle n'aurait trompé son mari…
Ses principes, elle s'y était toujours accrochée…
Nerveusement, elle secoua la tête, se donnant même des coups sur le crâne avec ses poings, pas moyen de sortir de ces visions, ni d'y échapper en perdant conscience.
Même en gardant les yeux ouverts, les images continuaient à s'enchaîner. Yiris avait beau supplier, rien n'arrêtait le torrent qui noyait son âme.
— Je ne veux pas voir ça… Arrêtez… Non, non…
Cette fois, c'était Folken qu'elle voyait. Il l'avait surprise avec Hylden. Normalement, il aurait dû s'énerver, s'emporter ou alors, partir avec dégoût…
Au lieu de cela, le regard brûlant de désir, elle lui avait tendu la main et il s'était approché d'eux.
Ce délire rendait la jeune femme folle. Mais pourquoi voyait-elle des choses pareilles ? Qu'est-ce qui avait conduit à cette crise sans précédent ?
Et les hallucinations se poursuivaient, devant leur impossibilité, Yiris tremblait. Comment son esprit pouvait-il imaginer pareilles choses ?
Les deux hommes qu'elle aimait et qui l'aimaient, chacun à leur manière, elle se voyait avec eux, partager un moment profondément torride…
Leurs mains la couvrant de caresses. Ces interminables instants de plaisir où ils l'avaient étreinte chacun leur tour, ces dizaines et ces dizaines de baisers qu'elle avait reçu…
Se sentir désirable à ce point, cela dépassait ses espérances les plus folles…
— N'importe quoi ! S'exclama-t-elle, rageuse.
Et pourtant, les images se faisaient de plus en plus nettes. Après l'épisode du couloir, elle leur avait pris à chacun la main et y avait déposé un baiser, avant de les entrainer à sa chambre.
Alors, c'était son idée…
Là, avec un petit air mutin, elle s'était immobilisée debout au pied du lit.
A cet instant, elle avait bien senti la rivalité entre les deux hommes, cependant, elle avait aussi perçu qu'ils étaient prêts à la laisser de côté pour elle.
Quel délectable sentiment de pouvoir…
Folken était à sa droite, Hylden à sa gauche. Complètement hors d'elle-même, elle avait donné le ton de la suite des événements en portant la main à son dos pour desserrer, avec une lenteur étudiée, le laçage de sa robe.
Se faisant, les bretelles de sa robe commencèrent légèrement à glisser sur ses épaules. Elle se tourna vers l'un, puis vers l'autre, ils comprirent le message.
Ainsi, chacun de leur côté, ils firent tomber les bouts de tissu, entrainant la robe à terre.
Nue, Yiris s'était alors laisser tomber sur le lit. Revoir l'expression de satisfaction qu'elle avait affichée à cet instant la dégoutait profondément.
La suite des événements lui apparut tout aussi sordide. Sans un mot, elle leur avait fait comprendre ses souhaits.
D'abord, c'était Hylden qui s'était allongé sur elle. Cette fois, il avait pris son temps pour la découvrir.
Calmement, délicatement, parfois avec de petites pointes de fougue difficilement tempérées. Ses gestes laissaient transparaître les années de frustration qu'il avait enduré.
Elle le découvrait différent de ce qu'elle avait imaginé. Certes, il était aussi séduisant qu'elle l'avait pensé : peau basanée parsemée de quelques cicatrices, regard bruns aux reflets dorés lumineux et un sourire incroyablement sensuel et charmeur, mais elle percevait plus guerrier, plus combatif qu'elle ne l'aurait cru.
Il était dans une logique de conquête, il voulait qu'elle succombe sous ses caresses et ses baisers brulants.
Et pendant qu'elle offrait à celui qui avait été jusque là son ami ce qu'il avait tant désiré, elle tenait fermement d'une main celle de Folken, assis au bord du lit.
Etrangement, elle avait besoin de garder un lien avec lui. Dans de telles circonstances, cela devait apparaître comme le comble du malsain, cependant c'était vital pour elle.
Un instant, elle se tourna vers lui. Il la regardait droit dans les yeux, faisant complètement abstraction de la présence de son rival, il ne voyait qu'elle.
Le général aussi semblait dans sa bulle, il concrétisait sa douce folie. Arrivé au bout de ses limites, il s'écroula dans un râle bestial et resta, quelques instants, allongé sur elle à reprendre son souffle, avant de s'asseoir sur l'autre bord de la couche.
Alors, Yiris avait lâché la main de Folken pour prendre la sienne. Les rôles s'étaient inversés.
Les gestes du Roi étaient plus posés, mais aussi plus précis. Au fil des mois, il avait appris à connaître le corps de sa femme et savait en jouer comme un musicien sait le faire d'un instrument.
Il faisait toujours preuve d'une infinie patience, se préoccupant toujours du plaisir de sa partenaire plutôt que du sien.
La façon dont il l'aimait reflétait tout cet art du contrôle dont il faisait preuve au quotidien. Et pourtant, derrière l'apparence froide renforcée par l'extrême pâleur et le regard perçant, elle le savait capable de se montrer passionné…
Elle était sa faiblesse… La seule à qui il montrait sa part d'impulsivité…
Elle était fière d'être aimée d'un homme aussi spécial qui partageait tout avec elle.
Quand Folken eut achevé son étreinte lui offrant un dernier baiser torride, Yiris se sentit sombrer dans une agréable plénitude, épuisée.
Un moment, la jeune femme se tourna vers Hylden, en dépit des circonstances au combien particulières, il la caressait du regard, serrant fort la main qu'elle lui avait offerte.
Alors, elle ressentit une impression étrange, comme si elle était la seule à avoir réaliser qu'ils étaient trois.
Eux semblaient simplement apprécier le fait de la voir épanouie, même si c'était alanguie dans les bras d'un autre homme. Chacun occultait la présence de son rival pour simplement profiter d'elle.
Prenant chacun de ses amants par une main pour les poser sur son cœur, elle ferma les yeux, tentant de reprendre son souffle.
Ce moment qu'elle venait de vivre avait été au-delà de tout ce qu'elle avait jamais pu rêver, emprunt de passion et de respect.
Elle avait compris quelque chose… Quelque chose que la morale réprouvait… Cependant, ce sentiment, il faisait partie d'elle…
Et à nouveau, tout devenait flou… Ce rêve insensé s'arrêtait, mais c'était déjà trop pour l'esprit de Yiris. Cette fois, elle n'en pouvait plus.
Profondément mal, elle sortit de la baignoire et se mit à grelotter. A la hâte, elle enfila un déshabillé et se frictionna, tentant de se réchauffer.
Elle finit par s'accroupir à terre. Sa souffrance ne disparaissait pas. Pour autant, elle était incapable d'appeler à l'aide. Et de toute façon, si ce qu'elle avait vu était réel, elle ne méritait aucun salut.
Puisant dans ses dernières ressources, elle fixa son regard sur son bâton.
Coïncidence, elle avait passé les derniers jours à le laisser de côté, là, il lui semblait son dernier salut. A quatre pattes, elle l'attrapa à la volée avant de se tracter dessus pour se relever.
Commença alors une marche désespérée dans les couloirs, Yiris s'appuya contre les murs pour ne pas tomber car l'appui qu'elle prenait sur son bâton ne lui suffisait pas.
Alors que sa conscience continuait à sombrer, elle se demandait comment elle pouvait encore avancer.
Et finalement, elle se trouva au bord du bassin au tourbillon, celui sensé servir à l'évacuation des eaux de l'Utopie.
Il lui semblait entendre une voix provenir de ce dernier, une voix qui s'adressait à elle. Son intonation lui était familière, mais elle n'arrivait pas à mettre un nom dessus.
— Alors, tu as eu ce que tu voulais ?
— Non, je ne voulais pas… Lâcha-t-elle dans un sanglot.
— Tu deviens belle et tu te crois tout permis !
— Faux, faux, faux !
— Ici, ce que les gens souhaitent prend forme, alors ne fais pas l'innocente !
— Je…
— Ne mens pas ! Hylden te convoitait, Folken voulait juste que soit heureuse, et toi, tu les voulais tous les deux ! Réaffirma l'inconnu.
Après ces paroles, Yiris se relâcha, laissant la folie la submerger. Dans son esprit, se juxtaposaient les visages des deux hommes et cela la fit sourire…
— Folken, réfléchit-elle à voix haute, toi, tu es la tendresse incarnée. Tu saurais apaiser n'importe quel feu… Tu m'as appris à m'aimer en même temps que j'apprenais à t'aimer…
Hylden, tu as été mon soutien de toujours, mais aussi le symbole de l'interdit. Notre complicité était tellement profonde que nous nous comprenions sans même un mot… J'aimais ton côté conquérant, cette force mêlée à la douceur…
Hagarde, elle leva les yeux vers le ciel du dôme où quelques étoiles étaient visibles… Etaient-elles réelles ? Se demandait-elle, le regard embrumé de larmes.
— Je vous aime tous les deux… mais je me déteste…
Et, légère comme une plume, elle fit quelques pas les quelques pas qui la séparaient du bassin avant de se laisser tomber dans l'eau du tourbillon…
