Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 8 janvier 2013

Chapitre 60

Le troisième grand guerrier

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Pour ceux qui tiraient les ficelles de l'Utopie, le constat du suicide de Yiris fut fort déplaisant. En soit, la réaction de rejet ne les étonnaient pas, ils avaient déjà observé que la jeune femme avait du mal à supporter le contrôle.
Mais là, le principal problème résidait dans le fait qu'il ne s'agissait pas d'une entité secondaire qui venait de disparaître.

Pour le coup, l'homme à lunettes était encore plus nerveux qu'à l'ordinaire. Le barbu tenta de tempérer son inquiétude.

— Elle s'est suicidée certes… C'est embarrassant… Cependant, même si son corps a disparu, son âme a persisté et, aspect positif, elle a enfin été intégrée au système. Cela signifie que nous aurons le contrôle absolu dessus et que l'illusion sera parfaite.
— Dois-je te rappeler que jusqu'à présent, la meilleure persistance d'âme post-mortem que nous avons eu n'a pas excédé les six semaines ?
— Oui, je sais, mais nous allons y travailler. Ce sera notre priorité ! Il faut impérativement que Folken continue à s'intégrer, nous pourrons ainsi l'inciter à faire des recherches sur la continuité d'énergie pour nous permettre de gagner du temps… Si cette fille disparaît, nous aurons du mal à contourner le problème. On ne peut pas porter atteinte à la mémoire de Folken sans risquer de compromettre ses capacités à nous aider !
— Jusqu'à présent, je t'ai fait confiance pour résoudre les incidents, cependant, là…
— Rassure-toi, j'en suis bien conscient ! Ce qui s'est produit à Zaibach ne doit en aucun cas recommencer ici ! Je sais que les commanditaires s'impatientent. En même temps, sans nous, ils n'auraient rien du tout !

Exaspéré par la situation précaire, le chauve à lunettes rétorqua :

— Oui ! Mais nous aussi, nous nous faisons vieux ! Je refuse d'avoir voué ma vie à une recherche qui ne me profite même pas un minimum ! Nous vivons là, sous terre, comme des rats ! Au rythme où vont les choses, je…

Alors, le barbu se rapprocha. L'éclat de son regard glacial devint visible dans la pénombre rosée. Intimidé, l'individu à lunettes recula de quelques pas et finit par trébucher et tomber sur une chaise.
A peine à quelques centimètres de lui, son collègue s'adressa à lui.

— Allons, cher ami, rappelle-toi que nous sommes proches de découvrir le secret de l'immortalité !

OoO

A Fanelia, en recouchant Chioni dans son berceau, Mila eut l'impression que l'enfant avait eu un petit clignement des paupières.
Alors, quand soudain, elle vit les grands yeux vitreux s'ouvrirent, elle crut à un miracle.

Rapidement mise au courant, Hitomi se rendit au chevet de la petite fille. Non, ce n'était pas un rêve, l'enfant avait repris conscience.
Après des semaines de coma, elle était très affaiblie. La récupération serait probablement longue.

Les jours qui suivirent ce réveil inespéré, Hitomi se montra particulièrement présente auprès de la fillette.
Passant parfois de longs moments à prendre soin d'elle, notamment en l'aidant à réapprendre à bouger.

— Tu veilles sur elle avec beaucoup de soin… Lui fit remarquer Van, venu la rejoindre.
— Je suis tellement triste pour elle… Aucun de ses parents n'est auprès d'elle, donc, je me dois de faire quelque chose pour l'aider. Folken a toujours été là pour me soutenir quand j'étais seule avec Balgus, c'est mon devoir de veiller sur sa fille.
— Je comprends…
— Ne t'en fais pas, pendant ton absence, beaucoup de gens étaient aux petits soins pour moi… Et maintenant, je fais de mon mieux pour remercier l'un d'entre eux… Surtout sachant l'amour qu'il voue à sa fille.
— Moi, j'en suis encore à réaliser que mon frère et Yiris ait eu un enfant… S'amusa le jeune homme.
— Ils s'aiment à leur façon, et il est vrai que le lien qui les unit est spécial, à l'image de leur enfant…

Et tandis qu'elle prononçait ses mots, Hitomi vit le regard de Chioni changer. Elle la fixait, lui sondant quasi l'âme.
Tout se fit noir et elle apparut à nouveau sous forme adulte. Ainsi, elle arborait la croix orthodoxe de sa mère.
La prenant entre ses doigts, elle sembla lutter pour communiquer un sentiment à son interlocutrice.

Un bref étourdissement, Hitomi revint à elle sous le regard inquiet de Van. Chioni resta encore quelques secondes les yeux fixes avant de clore ses paupières.

Dans un premier temps, la jeune femme redouta qu'elle eut replongé dans le coma. Heureusement, les réactions de la fillette montrèrent qu'elle ne faisait que dormir profondément, sans doute épuisée.

Et cela était compréhensible. Dans cet effort, la petite médium avait communiqué sa détresse, qui était en fait celle des milliers de fausses personnes, ainsi qu'un indice.
Hitomi ne savait pas comment interpréter le message.

Un moment, elle resta silencieuse, prenant soin de recoucher l'enfant.

Soudain, à la grande surprise de Van, elle eut comme un éclair de lucidité et se dirigea en courant vers sa chambre

Quand il la rejoint, le jeune homme la trouva en grande méditation devant la carte de Gaea.

— Hitomi, qu'est-ce qu'il se passe ?
— Je sens que je suis proche de la vérité… Chioni… Elle s'est réveillée parce qu'elle a perçu brièvement sa mère… Il faut que j'insiste sur elle, je sens qu'elle est à portée de mon pouvoir, mais il reste une entrave…
— Laquelle ?
— Je l'ignore… Cependant, je suis certaine d'une chose : toutes les fausses-personnes de Gaea convergent vers Yiris. Aussi, j'ai l'étrange conviction que l'on va toucher la racine du mal…

OoO

Le regard trouble, les yeux à peine ouverts, Yiris dodelina la tête. Elle était couverte d'une sorte de peau de bête sauvage et allongée sur une petite natte à même le sol, elle-même posée sur une grosse natte qui servait de tapis à la petite tente où elle se trouvait.

Près du feu qui se trouvait au centre de l'endroit, un énorme individu se dessinait.

— Où suis-je ? Bredouilla-t-elle.

A l'entendre, celui qui lui tenait compagnie se releva. Il était immense, limite gigantesque, mais cela n'émut pas le moins du monde Yiris.

— Hors de ce qu'ils appellent l'Utopie ! Je t'ai ramassé dans la rivière qui en sort, avant que tu ne gèles dedans étant donné que ta part d'inhumanité t'a empêché de t'y noyer dans un premier temps!

Les traits de la personne se dessinèrent mieux aux yeux de Yiris.

Son interlocuteur était un homme-lion, mais là encore, cela ne suscita pas davantage d'émotion chez elle.

Fataliste, le géant s'assit en tailleur près de la jeune femme.

— Objectivement, j'ai cru dans un premier temps que je n'allais récupérer qu'un corps comateux à jamais… Apparemment, la véritable âme occupante a usé involontairement d'une ruse intéressante ! Constata-t-il en souriant.

Presque incapable de se mouvoir, Yiris se tourna vers lui.

— Qui suis-je ?

L'homme-lion attrapa une simple gamelle métallique et lui montra son reflet. De nouveau, Yiris était totalement défigurée, comme avant.

Mais l'émotion provoquée était particulière, cela allait bien plus loin qu'un simple retour à l'état antérieur.
On aurait plutôt dit une grande surprise suivie d'une sorte de fatalisme.

— J'en déduis donc que tu ne sais pas qui tu es ? Demanda l'hybride.
— Parce que vous le savez, vous ?
— Je sais à qui appartient ce corps, mais pas l'âme qui l'habite et le maintient en vie, même si j'ai une petite idée.
— Ah ?
— J'ai vu que tu avais légèrement plissé les sourcils en voyant le reflet, je présume donc que tu en connais la propriétaire.
— Peut-être…

Peu à peu, l'expression du visage changea pour se faire plus sournoise.
Aucun doute, son étonnant invité remettait ses idées en ordre, l'homme-lion remarqua directement ce trait.

— Je pense donc avoir afffaire au fameux Constantin dont on a tant parlé ! Ta sœur devait beaucoup t'aimer pour sceller ton âme sur elle… Paradoxalement, c'est en faisant cela qu'elle a réussi à empêcher cette Utopie maudite d'étendre son emprise sur elle…
— Si vous le dites ! Et qu'est-ce donc que cette « Utopie » ?
— Etonnant que vous ne saviez même pas pourquoi œuvraient vos commanditaires… Constata l'homme-lion, surpris. Il s'agit d'une sorte de monde idéal qui n'est en fait qu'une mascarade dont la mise en place a coûté bien des vies.
— Soit… Mais dites-moi, vous avez trouvé qui je suis, puis-je au moins savoir qui vous êtes ?

Le rire qui accompagna la question ne laissait plus aucun doute.

— Je me nomme Adama Ish, je suis le dernier des trois plus grands guerriers de Gaea !
— Quel honneur ! Répondit Constantin sur un ton cynique dont on sentait bien que ce n'était pas une intonation habituelle de Yiris.
— Je ne dirais pas la même chose vous concernant… Vos agissements sont parvenus jusqu'au lieu reculé de ma retraite…
— J'aime votre façon de parler ! Mais vous savez, j'avais mes propres motivations… Enfin, je me pensais mort, qu'est-ce qui me vaut d'occuper le corps de Yiris ?
— Vous êtes dans le corps de votre sœur car son âme à elle est restée prisonnière de l'Utopie. Peu après votre mort, elle a scellé votre âme sur son corps. J'ai remarqué une marque de magie des fausses-personnes sur le mollet, maintenant que l'âme principale n'est plus là, vous occupez le corps et le maintenez en vie…
— Quelle joie… Vous avez raison sur cette « Utopie », c'est plus nocif qu'autre chose pour que je me sois retrouvé dans cette situation écœurante…
— Rassurez-vous, cela ne durera pas longtemps… Il vous faudra du temps pour contrôler ce corps qui n'est pas le vôtre, et par la suite, vous serrez rapidement victime d'un rejet.
— Autant me suicider dès maintenant alors !
— Vous êtes parti pour plusieurs jours dans l'incapacité même de bouger un minimum, je suis certain que la réflexion qui en sortira vous sera particulièrement profitable !

De part sa mimique, Constantin afficha son profond déplaisir face à la perspective qui l'attendait.

OoO

Dans un premier temps, Hitomi tenta sa chance avec la tresse d'or de Yiris, que cette dernière n'avait pas emporté dans sa récente bataille.
Malheureusement, ce fut en vain.

Mis au courant de ce qu'elle tentait de faire, les complices de Meinmet et Dryden préférèrent garder le silence de peur de l'influencer.
Pour sa part, Van affichait une grande inquiétude. Il redoutait de la voir replonger dans les cauchemars qu'elle avait vécus lors de son premier voyage sur Gaea.

Au bout d'un moment, Hitomi commença à s'interroger sur le besoin de posséder un objet plus fort, plus précieux pour Yiris.
Et c'est en discutant avec Mila qu'une piste intéressante sembla se dessiner à ses yeux.

Ainsi, quand, venu d'Irini, l'étrange Lekan, accompagné de la vieille Maya, arriva au palais de Fanelia, Hitomi mit tous ses espoirs dans la vieille boite métallique qu'il apportait.

La femme-chat expliqua que, dans ce vieux réceptacle qu'elle venait tout juste de déterrer, Yiris et Constantin avaient placé leurs vêtements de la Lune des Illusions des années auparavant.
Ainsi, ils avaient estimé protéger les dernières reliques de leur vie passée, comme on le fait d'un trésor.

En présence de Van, Meinmet, Dryden, Mila, Haymlar, Lekan et Maya, Hitomi ouvrit donc la boîte. Le temps avait plutôt bien préservé les affaires.
Certes, elles dégageaient une incommodante odeur de renfermé, mais à les voir, on les aurait juste cru sorties d'un grenier.

Délicatement, Hitomi sortit la robe de communion de Yiris. C'était vraiment du bel ouvrage, le tissu blanc bordé de broderies au crochet avait un peu jauni, mais l'ensemble n'en restait pas moins superbe.
Songeuse, la jeune femme blonde se remémora la confession de Yiris. Cette robe symbolisait beaucoup de choses pour elle.

Emue, Hitomi se souvint avoir alors aussi considéré son uniforme comme précieux lors de son premier voyage sur Gaea

En finissant de sortir la robe de la boîte, la main de la jeune femme effleura les vêtements de Constantin.
Un frisson la parcourut et elle fut prise d'un étourdissement qui se transforma en vision.

Il s'agissait d'une zone montagneuse enneigée, aux abords de laquelle, tandis que le regard d'Hitomi semblait comme prendre de la hauteur, on distinguait ce qui semblait être les lumières d'une ville.

En transe, vacillante, les pupilles dilatées, Hitomi se tourna vers la carte étendue sur la table et posa net son doigt à un endroit précis : la capitale de Basram.

Meinmet et Dryden se regardèrent. Cette fois, leur hypothèse devenait plus que tangible. Se retirant dans le couloir, ils commencèrent à discuter avec Haymlar.

Quand à Hitomi, elle ressentit rapidement une envie irrépressible de dormir. Van la veilla un long moment.
Puis, ayant repéré le manège de son oncle et de ses acolytes avant de raccompagner la jeune femme, il alla les rejoindre.

— Je crois que maintenant, il est plus que temps que vous m'expliquiez ce que vous êtes en train de comploter… J'ai appris que vous aviez organisé une petite fête au bordel, j'ai du mal à croire que c'était uniquement dans le but de vous divertir…

Le vieux Prince afficha un petit sourire embarrassé et s'approcha de son neveu.

— Ecoutes Van, étant donné que tu es encore en pleine convalescence, et surtout parce que nous n'étions pas du tout sûrs de nous, nous avons préféré attendre avant de te mettre dans la confidence… J'espère que tu nous pardonneras…

Meinmet et ses deux complices s'inclinèrent en signe de bonne volonté. Les voyant ainsi gênés, Van ne put s'empêcher de sourire.

— Allons, ne vous en faites pas, je ne vais pas vous en tenir rigueur… à condition que vous me racontiez tout ce que vous savez dès maintenant !

Alors, Meinmet, Dryden et Haymlar commencèrent à expliquer leur théorie. Durant un long moment, Van les écouta en silence.
Il n'avait jamais eu l'occasion de voir vraiment ses ravisseurs qui s'étaient hâtés de l'isoler, donc il ne pouvait leur être d'aucune aide pour identifier les responsables.

Cela dit, le puzzle monté par ses proches était très cohérent, et certainement juste. Malheureusement, cette découverte posait en soit un grave problème.

— En admettant que vous ayez raison, expliqua le jeune homme, vous savez tous pertinemment que Basram est l'état le plus puissant de Gaea. De plus, à l'heure actuelle, il est sans doute plus fort que ne le fut Zaibach à son apogée. Surtout si on vous écoute, et donc que l'on envisage qu'il dispose d'une réserve d'energist purement et simplement colossale…

Des hochements de tête et des haussements d'épaules acquiescèrent à cette remarque pertinente. Et le silence se fit.
Soudain, une idée traversa l'esprit de Dryden.

— Déjà avant la grande guerre de Gaea, il y avait de fortes tensions entre Basram et Zaibach. Ainsi, j'aurais tendance à imaginer que chacun, de son côté, avait du envisagé l'hypothèse de neutraliser l'autre… En cas de besoin…
— Certes, c'est probable, mais en quoi ça pourrait nous…

En même temps qu'il parlait, Haymlar commença à saisir le propos, à l'image des autres présents.

— En effet, conclut le marchand, il existe une personne qui pourra confirmer ou infirmer cette hypothèse ! Et dans le cas positif, nous être très utile !

OoO

S'il y avait une vérité en ce bas monde, c'est que Constantin n'appréciait absolument pas le tour que le destin lui avait joué.

Après avoir senti une brève fraîcheur sur son cou, il avait sombré dans le néant. Puis, peu à peu, il s'était mis à percevoir des sensations, des pensées…
A force d'y réfléchir, il avait compris que son esprit partageait certaines des pensées de celui de Yiris, et voilà que, maintenant, il occupait son corps.

Passé la phase de dégoût, la paralysie aidant, il commença à réfléchir sur le sens de cette situation. Sa méditation, qu'aucun bruit ou élément extérieur ne gênait, se transforma en un profond sommeil.
Mais ce sommeil n'avait rien de paisible. Très vite, Constantin se retrouva à revivre les événements qui avaient traumatisés sa sœur avec son regard et ses sensations.

L'expérience était déroutante. Rien que les premiers mois passés avec les hommes-chats lui apparurent sous un autre angle.
Il vit, qu'alors que lui s'endormait paisiblement, elle passait des heures à pleurer à l'écart. Quand lui la voyait, elle souriait toujours.
Tout cela n'était donc qu'une façade…

Par la suite, il découvrit la tentative de viol dont sa sœur avait été la victime, la lente agonie qui s'en était suivie.
Il savait par les discussions des hommes du camp de Dirken que Yiris avait été payée son insolence avant de disparaître, il n'avait pas envisagé une telle version, aussi effroyable…

L'éveil à la conscience de fausse-personne apparut aussi comme une expérience affreuse. La sensation de brulure, mais celle aussi de démembrement, là encore, il ne s'était pas ainsi représenté les choses…
L'entrainement vécu avec Lig Viete ne fut pas non plus un moment plaisant avec ses contraintes innombrables et son niveau d'une difficulté inhumaine.

Au fil de cette étrange expérience, la vie de sa sœur sur Gaea prit aussi une autre dimension à ses yeux.

Brusquement, Constantin s'éveilla, éprouvé et en sueur. Le fait que Yiris puisse être une victime plutôt qu'un démon profiteur allait à l'encontre de tout ce qu'il avait pensé depuis ce jour où il avait été séparé d'elle.

Cela dit, lui aussi avait souffert, réduit à la condition d'esclave, il avait appris rapidement à se faire obéissant et discret.
Rarement, il avait eu l'occasion de rencontrer brièvement d'autres enfants soldats et la plupart lui avait dit qu'il faisait partie des chanceux car en plus des brimades et des coups, les faibles avaient souvent droit à des mauvais traitements d'une nature encore pire…

Pendant longtemps, caché dans un recoin, le plus souvent dissimulé par des caisses en bois, il répéta ses prières et peu à peu, il devint moins assidu et commença à chercher un responsable à son malheur.
Yiris, celle qui l'avait abandonné… Oui, c'était à cause d'elle qu'il souffrait ainsi…

Ainsi, il s'était peu à peu endurcit, fini les pleurnicheries de gamin en cachette.

Quand on l'estima assez grand, vers douze ou treize ans, on commença à lui mettre des armes dans les mains et très vite, il étonna les hommes du clan car il savait manier les couteaux avec talent.
Alors, on lui mit un sabre entre les mains et il se montra encore plus talentueux, pareil avec l'épée…

Il montra vite un talent pour une autre besogne : les exécutions. Il y prenait même du plaisir. A chaque fois, il aimait varier.
Aussi, il alternait, avec une morbide facétie, décapitation, pendaison, strangulation. Par là-même, il était également devenu un maître de la torture sachant toujours où s'arrêter pour ne pas tuer, tout en provoquant une douleur maximale.

Dirken finit même par reconnaître qu'il était un de ses meilleurs hommes. Et les soldats préférèrent même se tenir à l'écart de lui.
Il faut dire qu'en plus de ses activités particulières, il dégageait de part son physique décharné, ses yeux perçants et sa voix enjôleuse, d'où perçait un fond de manipulation, une apparence effrayante.

Quand Yiris était revenue, il avait senti la différence avec celle d'avant. Un bref instant, il avait pourtant ressenti une joie enfantine de la revoir, mais cela avait laissé place au doute, vite confirmé.

Sa sœur n'était donc plus humaine, alors pourquoi la traiter comme telle ? Elle qu'il l'avait abandonné…

Elle eut beau lui tendre la main des centaines de fois, il la refusa. Non, il ne pardonnerait pas, et quand on lui proposa l'opportunité de la faire souffrir autant qu'il lui plaisait, il accepta sans réfléchir.

Au dernier moment, sur la montagne, il avait eu un doute. Maintenant, il savait que ce doute était fondé.

Adama Ish pénétra dans la tente. Il retira l'épaisse cape qui le protégeait du froid et s'avança vers son invité.

— Je suis satisfait de constater que tu as commencé ta réflexion… Néanmoins, je dois t'avouer que tu n'auras pas non plus beaucoup de temps pour prendre ta décision. Les choses vont bientôt se mettre en branle…
— Vous attendez quoi ? L'apocalypse ?
— Non ! Répondit l'homme-lion en souriant. Je me fais plus que vieux… Quand j'ai senti l'âge arrivé, j'ai appris en même temps la mort de mes amis Lig Viete et Balgus Ganesha. Alors, puisque je n'avais nulle part où aller, que je n'avais jamais croisé une personne digne de devenir mon apprenti, j'ai décidé d'aider à achever une tâche que je savais cher à mon ami fausse-personne.
J'ai marché, marché… Et mes pas m'ont conduit à cet endroit, et là, j'attends que les choses changent. Lig Viete nourrissait de grandes espérances pour son peuple, il pensait qu'il allait être libéré de son fardeau des mille identités, mais aucune propre.
— Et vous vous fiez à vos seuls pieds pour trouver un lieu pertinent ? S'amusa Constantin.

Le regard d'Adama Ish s'assombrit soudain, laissant transparaître une certaine émotion.

— En fait, il y a plus de vingt ans, j'ai su que j'étais arrivé. En effet je marchais dans le froid et la neige et tout d'un coup, j'ai distingué au loin une silhouette dans la neige. Je me suis approché, il s'agissait d'une femme inconsciente, et plus précisément, à ma grande surprise, d'une descendante du peuple du Dieu Dragon.
A la hâte, j'ai monté ma tente et j'ai l'ai mise à l'abri. Lui retirant ses vêtements gelés, je remarquais qu'elle avait une importante blessure au ventre. De toute évidence, on avait dû la poignarder…
Brièvement, elle reprit conscience et prononça quelques mots confus, parlant de ses fils sur lesquels elle n'avait pas pu veiller, avant de s'éteindre.
Tout ce que j'ai pu faire fut de lui donner une sépulture, sur une crête alentour dont je sculptai la pierre afin de marquer l'endroit, me disant que peut-être, un jour, quelqu'un la ramènerait chez elle, reposer auprès des siens… Je continuais mon voyage alentour, cependant, à chaque fois, je ressentais le besoin de retourner auprès de la tombe de cette femme.
Je savais depuis bien longtemps que les coïncidences n'existaient pas, alors je choisis de rester en ce lieu…Je sentais le monde se troubler, la mort de mes pairs grands guerriers, mais je savais que ma place était là, dans ces montagnes…
Et puis, un nouvel horizon sembla s'éclaircir. Pour me nourrir, je commerçais quelques pierres que je trouvais dans de vieilles mines et je me rendis compte que des descendants du Peuple du Dieu Dragon étaient cachés dans des grottes des montagnes proches de moi. Eux-aussi ne vivaient que du commerce de minerai.
Leur état de parias les rendait peu loquaces. Ils redoutaient déjà que les commerçants ne les démasquent.
Néanmoins, voyant que moi-même, je n'étais pas humain, ils acceptèrent de me parler et m'assurèrent que la femme n'était pas de leur tribu… Pour autant, cette rencontre ne pouvait être à mes yeux le fruit du hasard…
Cela se confirma peu après, des soldats de Basram vinrent débusqués les descendants du Peuple du Dieu Dragon et les emmenèrent. Et des années plus tard, alors que je fouillais dans une grotte, je découvrais un homme de cette espèce agonisant dans une rivière. Avant de rendre son dernier soupir, il m'expliqua qu'il avait voulu fuir un piège. Les gens de Basram avaient promis une monde protégé à sa tribu, mais en fait, ils étaient tous devenus des marionnettes au sein d'un monde nommé Utopie.
— Ma foi, leur sort ne m'intéresse pas. Vous avez encore d'autres histoires émouvantes à me raconter, histoire de me faire larmoyer ?

Au terme de ce récit, Constantin et Adama Ish restèrent silencieux. Agacé de voir que l'homme-lion attendait quelque chose de lui, l'humain sortit de son mutisme.

— Puisque vous savez qui je suis, vous devez aussi savoir que je ne suis pas sentimental ! Je me suis vendu pour l'argent et la vengeance !
— Effectivement, répondit son interlocuteur avec calme, cela dit, je me dois d'alimenter votre réflexion… D'ailleurs, j'ai une information à vous communiquer : je crois que j'avais eu une bonne intuition. Les fausses-personnes affluent en masse aux environs. Ils sentent la présence de votre sœur au travers de la vôtre…

A nouveau, l'expression du jeune homme exprima son déplaisir tandis que dans son esprit, de nouvelles questions fusaient…

OoO

Trouver un prétexte pour aller rendre visite à Adelfos sans attirer pour autant l'attention de Basram ne fut qu'une formalité pour Dryden et son côté beau parleur.
Tout comme pour justifier la présence de Meinmet, le marchand invoqua une curiosité concernant une technologie au sujet de laquelle le général déchu aurait peut-être quelques pistes.

Bref, Dryden servait le genre de banalités à but vénal qu'il affectionnait et se rendait ainsi crédible. Pour sa part, Meinmet avait quelques difficultés à avoir l'air innocent, mais il trouva une échappatoire dans l'humour.
Un point les confortait dans leur opinion à propos de la République, sa présence militaire d'occupation de Zaibach s'était nettement renforcée.

Ainsi, à coups de grands sourires et blagues peu réussies, les deux hommes parvinrent à la tour réservoir où était retenu l'ancien militaire.
A la sortie de l'ascenseur qui menait directement au lieu de détention, Meinmet et Dryden restèrent, dans un premier temps, immobiles.

Puis une voix chaleureuse se fit entendre :

— Ne vous formalisez pas, Messieurs, venez vous installer !

Comme à son habitude, Adelfos lisait, tranquillement installé sur son confortable fauteuil. Il fit signe à ses visiteurs de prendre place sur la banquette en face de lui.

— Comme je l'avais dit à Folken, je reçois peu, mais là, je suis d'autant plus surpris ! J'avoue que je ne m'attendais pas à des invités tels que vous !

Dryden redoutait d'être espionné par des hommes de la République, donc ses propos concernèrent des banalités.
A de multiples reprises, il évoqua une opportunité de s'implanter à Basram, présenté comme marché intéressant.

Meinmet questionna Adelfos sur les échanges économiques entretenus avec la République et, peu à peu, l'ancien général commerça à saisir le double sens avec un air satisfait.
Au terme de la conversation, pour saluer son hôte, Dryden demande si, à titre exceptionnel, il pouvait lui serrer la main, ce que le militaire déchu accepta.

Et quand il se trouva à nouveau seul, le prisonnier reprit sa lecture. Et avant de se coucher, percevant que la surveillance autour de lui s'était relâchée, il sortit de la poche de sa veste un petit bout de papier, remis par le marchand lors de la fameuse poignée de mains.

Soigneusement, il le déplia et constata la présence d'une étrange poudre bleutée. Concernant le message qui y était inscrit, il disait :

« Dites-moi, général Adelfos, savez-vous que le meilleur moyen de discuter tranquillement avec nous serait de mourir ? »

Avec un ironique sourire, l'ancien militaire versa la poudre dans un verre de son alcool préféré et partit se coucher.