Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18]

Publié pour la première fois le 15 janvier 2013

Chapitre 61

Stratégie audacieuse

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Toujours enfermée dans l'enveloppe charnelle de Yiris, Constantin avait maintenant la force de faire quelques pas.
Copieusement enveloppé, il s'était même aventuré dehors et observait au loin, la cité de Basram et l'étrange halo rosé émis par la montagne de l'Utopie…

Venant de rejoindre, Adama Ish lui offrit une boisson chaude.

— Alors, à quoi pensez-vous ?
— En ce moment-même ? Au fait que les citadins de Basram sont des crétins de ne pas voir la lumière étrange qui enveloppe la montagne…
— Pour votre gouverne, la capitale bénéficie d'un éclairage nocturne important, notamment composé de lanternes à energist, ainsi cela passe inaperçu… Et sinon, que se passe-t-il dans votre esprit ?
— Tellement de choses que je me demande comment ma tête n'a pas encore implosé…
— Rassurez-moi, vous percevez la force particulière qui, chaque jour, devient de plus en plus fort en ces lieux ?
— Oui, et cela ne me plaît pas plus que ça… C'est très désagréable de sentir ses individus s'agglutiner ici par centaines… A moins qu'ils ne soient déjà des milliers… Parfois, j'en entrevois. On dirait qu'ils ont compris qu'ils n'avaient pas vraiment affaire à ma sœur et j'ai comme l'impression qu'ils attendent un signe de ma part…
— C'est tout à fait cela ! Mais de toute façon, la décision vous revient à vous seul…

Sur ces paroles, l'homme-lion s'apprêtait à s'en retourner à sa tente, Constantin l'interrompit.

— La femme dont vous avez parlé, je crois savoir qui c'est…

Pour une fois, Adama sembla ébranlé. Il ne s'attendait absolument pas à cela.

— Vu l'époque, reprit le frère de Yiris, calme et posé, il est possible que ce soit la mère du frères Fanel, enfin « des Rois » de Fanelia… Vous dites que ceux qui vivaient dans ce petit massif montagneux près de la capitale ne la connaissaient pas… Cela peut être une coïncidence… Cependant, je ne crois plus au hasard, surtout pas dans cet étrange monde…

Son interlocuteur fit quelques pas vers lui, attendant qu'il en dise en davantage. Un long moment, Constantin ne dit rien.

— Cette femme a traversé une grande partie du continent pour ses fils... C'est impressionnant ce que peux faire une mère pour ses enfants… Le minimum est qu'il y ait un nom sur sa sépulture…

Le ton était presque mélancolique tandis que le regard s'élevait vers la Lune des Illusions et, à nouveau, aucune parole ne troubla le calme de la montagne.
Puis, dans la neige, le jeune homme s'amusa à tracer des noms dans la neige, dans les lettres de son grec natal.

L'air circonspect, le grand guerrier l'observa avant d'ajouter :

— Une sœur aussi peut faire énormément pour son frère…

Et, après cette remarque, il s'en alla, tandis que Constantin écrivait les cinq lettres qui composaient le prénom de sa sœur.

OoO

Ouvrir les yeux dans le noir et se rendre compte en voulant étendre les bras que l'on est dans un espace clos, cela constitue une expérience particulièrement stressante.

Inquiet, Adelfos donna des coups dans la paroi en face de lui.

— Ouvrez-moi !

Il allait crier encore plus fort, cependant un petit trou s'ouvrir sur le côté et une voix chuchotante se fit entendre.

— Je comprends votre panique, mais restez tranquille. Il y a assez de trous dans cette boite pour vous permettre de respirer, je vous prie d'être quelque peu patient. Pour Zaibach, vous êtes mort et il vaut mieux que vous le restiez jusqu'à nous vous mettions en sécurité à Asturia.

L'ancien militaire reconnut la voix facétieuse de l'un de ses derniers visiteurs, Meinmet Fanel.
Ainsi donc, on l'avait fait évader, perspective intéressante, bien que les conditions de voyage ne soient pas optimales… Loin de là !

OoO

Le Président de Basram, Wenceslas Von Koingder, s'apprêtait à terminer ses derniers travaux en suspens. Cheveux blonds impeccablement coupés, vêtu d'une traditionnelle tenue masculine, pantalon noir, veste tout aussi sombre à col montant fermée par des agrafes, juste quelques médailles, il se tenait incroyablement droit.
On sentait dans chacun de ses gestes la rigidité de son éducation, entièrement vouée au service des intérêts de sa famille, qu'il faisait partie de l'élite et de la République.

Basram devait absolument rester, aux yeux de tous, un exemple de prestige et de discipline.
L'affaire du général qui avait lâché la bombe sur le champ de bataille avait sérieusement entaché la réputation de la nation.

Pour tenter de laver l'affront, le général avait été déclaré fou et la République avait été plutôt généreuse sur le plan des indemnisations auprès des alliés.
En théorie, une fois sa mission remplie, le Président regagnait son foyer. Là, ce cinquantenaire qui ne faisait pas son âge, retrouvait son épouse âgée de dix ans de moins que lui et leur progéniture, deux garçons, de quinze et douze ans, ainsi qu'une fille de neuf ans.

Les familles de la noblesse de Basram étaient rarement étendues. Le schéma de celle de Wenceslas Von Koingder figurait parmi les plus prisés : deux enfants mâles, donc une quasi assurance de préserver la lignée et une fille, outil essentiel pour renforcer l'alliance avec ses pairs.

Une fois la descendance assurée, les épouses ne recevaient plus guère les visites de leurs maris.
Si dans leur jeunesse, on leur tolérait un léger décolleté en V, un peu de couleur, et quelques rubans dans les cheveux car il fallait bien apparaître plaisantes, elles tendaient une fois leur rôle d'épouse accompli à enserrer leurs cheveux dans des chignons stricts et à porter les cols de leurs robes aussi montants que ceux des vestes de leurs maris.

Gersende Von Koingder attachait donc strictement ses cheveux blonds et ne portait que du bleu marine. Ses principales occupations étaient celles d'une maîtresse de maison.
Elle supervisait les tâches des domestiques et des gouvernantes. L'éducation de ses fils, désormais grands, ne relevait plus d'elle, par contre, elle s'occupait avec attention de sa fille.

Peu démonstrative envers elle, la dame se prenait pourtant à rêvasser en peignant ses longs cheveux blonds, repensant à sa propre jeunesse.
Elle, comme toute femme de Basram, était bridée, sa mère était bridée, sa grand-mère aussi. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'est se promener dans son jardin, lire un roman jugé « moral » et broder avec ses « amies » ou plutôt avec celles dont on lui avait imposé la compagnie depuis l'enfance.

Ceci dit, elle pensait son sort enviable par rapport à celui des hommes… Son frère y avait même laissé sa vie.
Il avait été victime de la machination des voleurs d'energist et avait fini égorgé dans les jardins d'Asturia.

Ainsi, la noble dame croyait que tous les politiciens de Basram étaient d'une grande rigueur. Elle n'imaginait pas à quel point elle se trompait…

En effet, dans ses souterrains, la République abritait un secret particulier. Dès sa fondation, ses premiers hommes forts savaient que tout humain a ses faiblesses et que tôt ou tard, il finit par y céder.

A leurs yeux, les femmes pouvaient tout supporter, et il fallait brider cette force en les entravant dès l'enfance.
Quand aux hommes, oui, il fallait les discipliner, pour les rendre efficace, mais savoir aussi leur laisser un espace pour s'adonner à leurs vices...

Ainsi, sans le savoir, chaque jour, des centaines de citoyens de Basram parcouraient la grande place carrée au centre du palais présidentiel en ignorant que sa surface vitrée aux reflets changeants dissimulait un endroit particulier.
Situé une dizaine de mètres plus bas, ce lieu était éclairé par un ingénieux jeu de miroirs qui sublimait la lumière du jour pour la restituer au mieux.

Ceux qui en connaissaient l'existence étaient peu nombreux. Il n'existait qu'un seul accès, gardé par un homme surnommé avec élégance « le ministre du Grand Secret ».

Les élus qui pouvaient accéder à cet endroit étaient tous membres de l'aristocratie de la République.
Enfin, il y avait aussi quelques serviteurs, souvent des infirmes, raflés dans les villages, auxquels étaient offerts gîte et couverts en échange de leurs obéissance et d'un secret absolu.
Enfreindre les règles raccourcissait de façon significative l'espérance de vie.

Le nom qui était donné à cet endroit secret était « le sérail ». Et le moins que l'on puisse dire était que l'ambiance qui y régnait était des plus surprenantes.

Après un dernier coup d'œil à ses dossiers, le Président quitta son bureau et traversa les couloirs grandioses de son palais, où le marbre régnait en maître, pour se rendre devant une simple porte.

Là, un homme tiré à quatre épingles le salua d'un signe de tête distingué avant de lui ouvrir l'accès.

— Je vous souhaite une agréable fin de journée, Monsieur le Président ! Fit le gardien.

Wenceslas Von Koingder ne répondit pas, mais afficha un large sourire avant de s'engouffrer dans la salle sombre.
Ses premiers pas se firent dans le silence et l'obscurité, puis, peu à peu, une lointaine clarté apparut.
Descendant un escalier, il commença à entendre des rires.

En bas des marches, le sérail s'offrait à lui. Immense endroit dont la pièce principale était donc située sous la grande place.

Le niveau où il avait débouché était une terrasse qui dominait un bassin intérieur.

Autour de lui, sous des dais, vestes et chemises largement ouvertes, divers notables prenaient du bon temps en compagnies de superbes créatures aux cheveux lâchés et dont les robes affichaient des décolletés flatteurs mis en valeur par des vestes à peine fermées à la taille pour souligner les formes.

Ces jeunes femmes étaient souvent des bâtardes de la noblesse, les enfants des erreurs de jeunesse ou des hommes qui n'avaient pas été assez précautionneux envers leurs maîtresses.

Enlevés à leur mère dès la naissance, les enfants étaient confiés d'abord à des paysans.
Les garçons y étaient laissées et les filles, si elles s'avéraient jolies et dotées d'un intelligence correcte, retirées aux portes de l'adolescence pour recevoir une éducation soignée dans un temple aux prêtresses vêtues de robe blanches amples immaculées et aux couronnes de fleurs rouges sang recouvrant un fin voile dissimulant à peine leurs cheveux, les demoiselles, elles, arboraient des fleurs blanches.

Là, les prêtresses, supposées garantes de la vertu observaient les comportements.
Celles qui étaient de bons petits moutons deviendraient sans doute gouvernante dans une famille noble, celles qui avaient tendance à être plus libre, plus coquettes, et surtout plus habiles d'esprit connaîtraient un destin tout autre.

Vers leurs quinze ans, ces demoiselles étaient emmenées au serail où elles étaient formées au service et à la conversation, aucun retour en arrière, aucune échappatoire.
Quand elles atteignaient le niveau requis aux yeux des leurs aînées, leur virginité était mise aux enchères, parfois à pris d'or, argent que les aînées se répartissaient entre elles pour se commander quelques objets de luxe, bijoux ou robes, qui venaient s'ajouter à la collection des cadeaux que les meilleures recevaient des hommes politiques.

Après avoir été laissée en larmes, seule dans son coin, l'adolescente à peine violer passait la journée seule avec un poignard.
Soit elle mettait fin à ses jours à ce moment, soit elle acceptait cet esclavage et devait améliorer ces connaissances pour satisfaire ces messieurs sur ce nouveau plan.

Mais pour autant, la sécurité n'était pas assurée, dans la première année, une faute auprès d'un des privilégiés pouvait valoir à la jeune fille le verre de la mort, qui était toujours donné après accord du ministre du Grand Secret, seul apte à délivrer le poison.

On faisait mine de la réconforter, on lui donnait un verre et elle s'endormait à jamais.

Le soir même, son corps enveloppé d'un vieux drap était jeté dans un incinérateur de la ville.
Les anciennes, elles, habituées à tenir leur langue devenaient soient les fameuses prêtresses.

Ainsi s'expliquait le rouge des fleurs de leurs couronnes, celui du sang des jeunes filles qu'elles avaient toutes vues sur le sol d'une chambre.

D'autres, si elles avaient un ou plusieurs parrains pouvaient espérer une jolie demeure avec serviteur, parfois en bord de mer, comble du luxe.

Quelqu'elles soient, toutes restaient suspendues au silence, sinon, un verre fatale finirait tôt au tard dans leur main.

Le vrai visage de la République se voyait dans son sadisme jusque dans l'organisation de son lieu de débauche.

Habituée à sa condition, une de ses beautés, une magnifique brune d'une trentaine d'années vêtue d'une tenue d'un rouge écarlate s'approcha du Président, le salua d'une révérence étudiée avant de commencer lui ouvrir la veste avec une étonnante familiarité.

— Très cher Président, c'est toujours pour moi une joie de vous voir ici ! Vous vous faites tellement rare ces derniers temps ! Je dois vous dire que les ministres Heinfer et Larkerck souhaitent s'entretenir avec vous !
— Bien, chère Emma, pouvez-vous m'indiquer où ils se trouvent ?
— Evidemment, ils sont au niveau inférieur à la table des paris. Je vous en prie, suivez-moi !

Bien plus détendu que d'ordinaire, l'homme d'état suivit la jeune femme à travers les lieux, saluant au passage certains de ses collègues qui s'adonnaient à la consommation d'alcool et autres drogues, tandis que, venant de petites pièces adjacentes, des soupirs rauques laissaient penser que d'autres privilégiaient la luxure.

Parvenu à destination, le Président vit donc ses deux collègues en train de jouer des sommes conséquentes à une sorte de jeu de cartes menés par une jolie croupière, auprès de laquelle se tenait une adolescente timide qui portait un bracelet de tulle blanche sur son bras gauche, symbole de son statut d'apprentie.

— Ah, fit un homme ventripotent proche de la soixantaine, vous voilà enfin mon cher !
— Je suis ravi de vous voir, Heinfer !

L'individu rigola tout en faisant signe à la petite servante de lui resservir de l'alcool, tâche à laquelle s'exécuta la petite en se retenant de trop trembler.

Son collègue, beaucoup plus jeune, brun et séduisant, salua le Président d'un poli signe de tête.
Ce dernier lui répondit l'air amusé.

— Et bien Larkerck, vous délaissez déjà votre épouse ?
— Ne m'en parlez pas… Jolie, mais ennuyeuse… Que ce soit par sa conversation ou dans le lit conjugal… J'ai souvent l'impression d'avoir affaire à une poupée de chiffon tant elle est molle ! Vivement qu'elle soit enceinte, je me dispenserais bien de la toucher pendant un bon moment ! Cette petite, là, m'apparaît déjà plus appétissante, cependant la vente n'aura lieu que dans un mois. Le mauvais moment passé, je pense que je vais me la réserver, j'ai envie de faire un peu d'initiation privée...
— Rha, fit le gros ministre Heinfer, si vous la gagner, ne la brusquez pas trop, sinon, ce sera une perte vraiment dommageable. J'adore son joli minois, il me manquerait, n'est-ce pas, petite Hylda…

Poussée d'un violent coup de coude dans les côtes par la croupière, la jeune fille s'inclina et répondit en posant chaque mot pour éviter de bégayer :

— Merci de vos compliments, messeigneurs !
— En plus, elle est polie et tient bien le coup, je serais bon avec vous, Larkerck, je ne vais pas enchérir. Après tout, j'ai eu la chance d'avoir un mariage plutôt réussi.
Ma chère Ludovica avait au moins le don de me faire rire ! Je n'aurais jamais cru qu'elle me manquerait autant… Cela fait trois ans qu'elle a rendu l'âme, mais je crois que je suis trop vieux pour me remarier !
Aucun goût pour les jouvencelles timides, même avec de belles dots, maintenant, je suis clairement porté sur les femmes d'expérience !

Et tout en disant cela, l'homme attarda une main sur les rondeurs d'une dame d'une bonne quarantaine d'années qui venait lui proposer quelques amuse-gueules.

Le Président le regarda faire amusé, sirotant lui-même une boisson avant de reprendre la conversation sur un autre sujet.

— Dites-moi, Messieurs, je ne pense pas qu'à la base, vous vouliez me parler de femmes ?
— En effet, répondit Larkerck, je viens de m'entretenir avec les responsables de notre projet si délicat…
— Et ? Interrogea le Président.
— Comme je le disais à mon collègue avant que vous n'arriviez, les progrès restent stagnants. Le lieu offre des conditions de vies idéales, mais l'objectif de l'immortalité est loin d'être atteint… Les essais sur les cobayes ne sont pas fructueux sur le long terme…
Enfin, l'avantage, mon cher Von Koingder, c'est que depuis que votre beau-frère n'est plus de ce monde, l'œuvre avance sans craindre le pouvoir de nuisance d'un bavard…
— Maintenant, cela fait plus de deux ans que ce cas est réglé ! Coupa Heinfer. Je vais finir par croire que ces deux crétins de scientifiques à la manque se moquaient de nous ! Si tel est le cas, je les ferais écarteler par mes meilleurs experts en torture !
— Pour l'instant, je serais d'avis de les laisser encore travailler tranquillement. Ils ont emprisonné le Roi de Fanelia dans leur univers et sont persuadés qu'une fois bien conditionné, il sera très utile…
— Pourquoi pas… Grogna l'homme d'état ventripotent en faisait danser son verre. J'espère qu'ils nous brandiront bientôt du nouveau sous le nez ! A mon âge, je ne peux plus me permettre d'attendre encore dix ans ! Je veux être que ce soit prêt au plus vite !
— Nous verrons bien ce que donne leur nouvel assistant, puis nous aviserons ! Conclut Von Koingder. Sinon, je présume que vous connaissez tous la nouvelle du jour ?
— Et comment ! S'enthousiasma le jeune ministre. J'avoue que je suis plus tranquille maintenant que ce cher Adelfos n'est plus de ce monde. Il était le dernier membre de l'élite de Zaibach, et donc une source d'informations potentiellement dangereuse dans les mains de nos ennemis.
— Mon jeune ami, ironisa Heinfer, vous voyez le mal partout Déjà, personne n'osera nous défier connaissant la technologie de la bombe que nous possédons. Et puis, Adelfos était vieux et usé… Pendant toute sa détention, il a surtout montré une grande lassitude…
— En effet, reprit le Président, on m'a dit qu'on l'avait trouvé souriant. Comme quoi, il l'attendait cette mort… Enfin, je suis moi-même plus tranquille de savoir qu'il est parti, emmenant ses secrets avec lui…

Quelques instants encore, les trois hommes discutèrent de diverses affaires politiques.
Au vu des récents événements, les prochaines semaines s'annonçaient relativement tranquilles.

OoO

C'est avec une grande satisfaction qu'Adelfos vit le couvercle de sa fort étroite prison s'ouvrir. Il apprécia tout autant d'en sortir.

Dryden lui présenta ses appartements provisoires, situés dans des pièces secrètes du palais de Palas. Gaddes, bien décidé à venger Celena et son commandant, était aussi présent, ainsi que Meinmet.

En effet, la Souveraine d'Asturia était aussi complice, et elle avait également mis son neveu Chid dans la confidence.
Ainsi, les dirigeants d'Asturia, Freid et Fanelia, bien décidés à détruire de ceux qui les avaient dupés, détenaient désormais un avantage qui devrait leur permettre d'arrêter la montée en puissance de l'ennemi avant que celle-ci ne devienne incontrôlable…

Après s'être restauré et changé, l'ancien général de Zaibach commença une longue explication sur un plan établi par ses armées au cas où Basram, pays très puissant, se montre trop menaçant.

La stratégie consistait à passer par de très anciennes galeries. En effet, au départ, Basram avait basé sa puissance sur l'exploitation du gaz de charbon bleu.

Le charbon bleu était un combustible très lent à brûler, cependant, il ne fournissait qu'une faible lumière. Il fallait l'associer à du bois pour obtenir un vrai feu chauffant et éclairant.
Par contre, le gaz contenu dans les poches qui entouraient les veines était bien plus intéressant, même Zaibach en avait exploité.

L'accès aux gisements de charbon avait donc été l'occasion d'établir un immense réseau souterrain et par le plus grand des hasards, lors d'un effondrement, Zaibach avait découvert des galeries qui ne lui appartenaient pas.
Il était peu probable que celles-ci appartiennent à Egzardia, pays frontalier, mais dépendant de ses voisins pour beaucoup de denrées et qui compensait avec une production de plantes étranges et étonnantes aux diverses propriétés poussant sous d'immenses serres.

Et, en effet, l'exploration menée par l'Empire s'avéra plus qu'intéressante. Les souterrains menaient en fait jusqu'à Basram, passant même sous sa capitale !
Pendant des années, des soldats de les avaient parcourut discrètement pour en établir une cartographie détaillée.

La carte avait même montrée des débouchés vers Asturia…

Grâce à des fidèles, Adelfos avait réussi à sauver des brides de plans et en avalant un petit tube qui était rattaché à une dent via une fine corde, les gardaient discrètement avec lui.
L'utilisation de la bombe lors de la grande guerre l'ayant particulièrement choqué, il s'était dit que cela pouvait toujours être utile de connaître un de points faibles de Basram.

Récupérant son précieux trésor, il le présenta à ses hôtes. Le tube ne mesurait pas la taille d'un petit doigt de main de femme et pourtant, il contenait, soigneusement enroulée, une carte imprimée sur un papier d'une immense finesse.

Meinmet et Dryden, avant tout amateurs de curiosité, restèrent dans un premier temps simplement stupéfaits par la façon dont la carte elle-même était faite.
Puis, oubliant leur lubie, ils discutèrent avec l'ancien militaire, et il fallait dire que l'idée était captivante.
En passant par un simple souterrain, à l'aide de quelques explosifs, on pouvait détruire les défenses de la capitale de République.

Après, même s'il lui restait une bombe en stock, en la lançant sur sa principale cité, l'ennemi détruirait lui-même le cœur de la force et anéantirait une grande partie de sa population, autant dire lui-même.

En effet, Basram, comme beaucoup de pays de Gaea, s'articulait autour une énorme capitale, située à l'intérieur des terres.
Les seules autres cités importantes étaient côtières, le reste se composait de villages d'agriculteurs et surtout de forteresses.

Cette capitale, qui n'avait jamais porté d'autre nom que celui de son pays se situait au pied d'un petit massif montagneux particulièrement hostile, véritable rempart naturel.
Bâtie selon un plan circulaire proche de la perfection, la cité avait son centre occupé par les bâtiments administratifs et les résidences des nobles.
En contrebas de cette partie surélevée se trouvaient les quartiers marchands et les habitants plus modestes, puis les usines.
Entre chaque zone, une muraille bien gardée… la ville était à l'image du pays, imprenable.

Ainsi, pour les nouveaux alliés, il n'y avait pas vraiment le choix. Cette possibilité d'attaque souterraine était largement inespérée.
Maintenant, il restait encore de nombreuses questions pratiques à résoudre. Affaiblir les murailles de Basram en provoquant une secousse ne serait sans doute pas suffisant, il faudrait organiser une prise de la ville rapide et efficace.
Or, même si on pouvait espérer que l'explosion diminue en partie les effectifs militaires basés dans la capitale, il était connu que l'armée de la République était conséquente.
Personne n'avait d'ailleurs osé s'y confronter depuis très longtemps…

Ainsi, pour y faire face, il faudrait de forces tout aussi importantes. Les rassembler en soit était tout à fait de l'ordre du possible, même si les armées de seulement trois nations ne constituaient pas non plus une force gigantesque.

Cependant, le principal souci étant la discrétion de l'opération, il était hors de question de faire appel à Daedalus, Cesario ou Egzardia…

Sans compter que les premiers invoqueraient certainement leur éloignement pour ne pas s'en mêler et l'autre, frontalier avec Basram et très faible à côté de lui, aurait sans doute bien trop peur de représailles immédiates.

Tout ceci restait donc à peaufiner… Un véritable défi en perspective… Avec l'interdiction d'échouer…

OoO

Pour les meneurs de l'Utopie, la situation restait toujours précaire et ils ne s'accordaient plus de repos.

L'espoir de voir aboutir leur projet augmentait en même temps qu'ils voyaient celui-ci menacé.

Déambulant dans des couloirs toujours éclairés dans par un halo rosé, tous deux s'offraient un moment de pause.

— La bonne nouvelle, c'est que le système de contrôle fonctionne parfaitement… Les descendants du peuple du Dieu Dragon affectés à la tâche sont devenus assez performants pour gérer le système de façon autonome ! Après dix ans de labeur, notre conditionnement atteint son sommet.
Il ne reste donc qu'à résoudre notre problème d'approvisionnement… Constata l'homme à la barbe en pointe.
— Les fausses-personnes sont prêts… On sent bien qu'ils n'attendent qu'un signal… Et toi, tu vois ce qui va bien…
— Folken est mûr pour nous aider. Son intégration est parfaite… Notre Sophocle a veillé à peaufiner les détails.
Il croît que sa femme est auprès de lui chaque soir, alors qu'il rêve juste d'une âme persistée… Le plus ironique, c'est que l'autre individu récemment intégré, fait le même rêve chaque soir… Finalement, cet état de fait arrange tout le monde. J'ai décidé de garder cet homme, il a un certain talent pour l'équitation qui pourrait plaire à nos commanditaires qui viendront s'établir ici.

L'individu aux lunettes arrêta sa marche et se plaça devant son acolyte.

— Et les fausses-personnes ?
— Sans leur déesse, ils ne bougeront pas… Or, son âme est prisonnière ici, son corps pourri dans l'eau dehors… Ce ne sont rien de plus que des enfants perdus, ils ne pourront que mourir sur place faute de savoir quoi faire…
— Il existe quand même un risque qu'ils attaquent en désespoir de cause ? Ils ont clairement perçu l'existence de l'Utopie.
— Tu me connais, cher collègue, j'ai pensé à tout. J'ai fait une requête au système et nos soldats sont prêts à intervenir !
— Soit ! Tu nous assurais la même absence de risque pour le Dragon…

L'homme à la barbichette satanique esquissa un rictus pincé à l'évocation de cet échec.

— C'est un fait, au départ, j'ai sous-estimé les fausses-personnes et leur capacité de nuisance… La trahison d'Aleph a aussi été la clef de l'effondrement d'une partie de notre plan. Néanmoins, l'opération en elle-même fut porteuse. Le pendentif alimente la nouvelle onde et la rend plus puissante, elle gère bien plus de personnes avec efficacité…
— Nous aurions dû tuer les deux frères Fanel dès que nous avions l'occasion… Je suis sûr que cela en aurait endigué des problèmes…
— Quand nous avons eu l'occasion de nous débarrasser de Folken, cette créature hybride, Yiris, s'est mise en travers de notre chemin. Par la suite, il s'est avéré que notre vieil ennemi pouvait s'avérer utile.
Pour le cadet, étant donné que nous ne connaissons pas l'origine exacte du pouvoir du pendentif, tu sais bien que lui et la fille de la Lune des Illusions devaient rester en vie…
Enfin, continue à broyer du noir si cela te plaît, je m'en vais voir où en sont les réglages actuels de l'onde…

Seul, le chauve resta un moment immobile. Etait-ce l'âge qui l'amenait à se montrer si précautionneux ?

Soudain, dans la pénombre, une autre voix se fit entendre :

— Ayez confiance Monseigneur, mes hommes et moi-même vous sommes redevables. Si jamais les fausses-personnes entrent ici, je les détruis. Je me suis fait avoir une fois, pas deux ! Alors, allez rejoindre votre ami et continuez d'œuvrer, nous gérons les éventuels aléas.
— Merci à vous ! Répondit le scientifique à lunettes.

OoO

Une opération audacieuse, montée en un temps record, voilà comment on pouvait dépeindre l'invasion de Basram.

Millerna avait redouté un temps que Chid émette quelques réticences à se mêler à cela, étant donné les risques dus à sa frontière commune avec la République.
Malgré cela, le jeune Duc s'était vite rangé du côté de sa tante. Il était conscient du risque, mais il ne pouvait plus laisser faire ceux qui avaient tué Allen.
Il avait promis de les arrêter, il le ferait !

Officiellement, le rassemblement militaire qui se faisait dans l'océan, aux abords des côtes de Freid avait pour objet de pratiquer une offensive de nettoyage de masse contre une route de contrebande.
Les pays impliqués expliquaient penser que les energist avaient en fait transiter par là.

Répandre la fausse-rumeur fut en soit un exercice à soigner minutieusement. Dryden s'y montra redoutablement efficace.
Au final, apprendre les attentions d'Asturia, Freid et Fanelia fit plus rire les têtes pensantes de Basram, alanguies au sein de leur sérail, qu'autre chose…
Ils n'avaient aucune raison de se méfier… La « mort officielle » d'Adelfos avait même eu tendance à les rendre encore plus sûrs d'eux…

Après une mise au point auprès de leurs états-majors respectifs, les troupes convergèrent vers la position prévue.
Les effectifs officiels étaient largement inférieurs aux réels et les soldats avaient accepté de se serrer dans les vaisseaux pour maintenir l'illusion.

A Fanelia, toujours appuyé sur une béquille, Hitomi à ses côtés, Van regarda partir trois de ses quatre armées. Comme souvent, seule celle de Luyren restait sur place.
Il regrettait profondément de ne pas pouvoir prendre part au combat à cause de sa convalescence.

Et cet état de fait l'énervait d'autant plus qu'il sentait, au plus profond de lui-même, que ce ne serait pas une armée ordinaire qui triompherait de l'ennemi…