Leur dernier rêve

Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Publié pour la première fois le 22 janvier 2013

Chapitre 62

Baroud d'honneur

Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

L'équipe chargée de placer les explosifs sous la capitale de Basram pouvait être qualifiée d'hétéroclite.
En effet, il y en avait pour tous les goûts.

Meinmet s'était autoproclamé chef car il était le plus âgé, tandis que les autres se demandaient ce qu'un Prince ayant une formation militaire rudimentaire était venu faire là-dedans.
De part sa connaissance des subtilités de la stratégie de base, Adelfos était venu lui-aussi, malgré sa fatigue.

Gaddes, nouvellement promu général et homme de confiance pour l'armée de la Reine Millerna, avait, malgré ses obligations à l'état-major, choisi d'être présent avec ses fidèles amis du Crusade Crew en renfort !

Pour sa part, ayant conçu la potion explosive qui serait utilisée, avec l'aide du mécanicien de Fanelia, Amlek, Dryden s'était imposé.
Ce qui faisait aussi râler les militaires car Monsieur, fidèle à lui-même, ne cessait de ramener sa science, mais bon…

On trouvait également des membres de l'armée de Yiris, toujours en poste ou retraités.

Si Amlek était ravi de s'adonner à une secrète passion qu'il entretenait pour la pyrotechnie, Haymlar essayait de mettre un peu d'ordre et, malgré son bras manquant, Yrkas était aussi de la partie.

Officiellement, il faisait valoir son expérience.

Dans la réalité, le bon vieux temps lui manquait autant qu'il essayait d'échapper aux hurlements de sa fille nouvelle-née qui exigeait sa tétée toutes les deux heures, de jour comme de nuit, et réveillait tout le bordel au passage…
Entendant le genre de petite emmerdeuse précoce qu'était la fillette prénommée Lola, tous se mirent d'accord, qu'en effet, c'était peut-être bien Yrkas le père finalement !

A cette troupe qui avait pour tâche de marcher plusieurs jours sous terre et qui se distrayait à grands coups d'humour plus ou moins subtils, s'était joint un dernier invité encore plus improbable : Monsieur Taupe !

Celui-ci avait été recruté contre son gré par la Reine Millerna. Effectivement, cette dernière avait estimé qu'en tant que taupe, il devait s'y connaître en galerie et pourrait donc se montrer utile.
Surtout que Meiden avait un jour reconnu que c'était lui qui lui avait vendue Hitomi comme jeune fille de la Lune des Illusions, et pour cela, la Souveraine l'avait prévenu qu'il devrait s'acquitter un jour d'une contrepartie, et pas des moindres.

L'heure était venue !

Et finalement, malgré le scepticisme ambiant, l'odorant aiguisé de l'incorrigible pervers avait rendu plusieurs fois service.
Il avait perçu des poches de gaz toxiques et pressentit plusieurs petits effondrements.

Aussi, même si les membres de la mission ne devaient déclencher l'explosion qu'une fois largement éloignés de la capitale, en cas de besoin, un creuseur hors pair serait un allié efficace.

En attendant, ils devaient cependant tous supporter les complaintes permanentes d'un alcoolique privé de son breuvage favori afin de se montrer les plus sérieux possible.
Ils n'étaient tous que des individus, tout ce qu'il a de plus simples, sans capacité surhumaine, et pourtant, ils s'apprêtaient à réaliser l'impossible.

OoO

Les fausses-personnes avaient approché la montagne dissimulant l'Utopie par le massif hostile bordant l'est de la cité de Basram.
C'était tout un peuple, des milliers d'individus qui étaient venus dans un seul espoir : celui de la libération !
Tout cela ne reposait que sur une légende, mais tous éprouvaient le besoin viscéral d'y croire.

Après une longue réflexion, Constantin se leva. Juste vêtu de vêtements de fortune apporté par Adama Ish, une longue tunique rouge, un large pantalon de toile noire, et une ceinture du même coloris, il s'avançait pieds nus dans la neige, indifférent au froid, toujours sous les traits de Yiris.

Lentement, il parvint aux groupes de fausses-personnes dont les rangs se fendirent respectueusement sur son passage.

A peine à quelques lieux de lui, à peine gardée car ceux qui l'avaient créée pensaient que le secret était le meilleur des remparts, se dressait l'Utopie. Il l'observa avec un profond dégoût.

Tout cela était pathétique.

Lui, qui avait été l'homme de toutes les bassesses, s'interrogeait sur le sens de cirque… L'homme-lion ne lui avait rien caché : sa survie n'était qu'un sursis.

En effet, qu'il rende ou non son corps à sa sœur, son âme allait bientôt s'échapper. Quand précisément ? Cela n'était pas possible à dire. Cependant, il n'y avait aucune illusion à se faire : l'issue fatale ne tarderait pas.

Le mort en suspens lui offrait le choix : il pouvait abréger lui-même son existence et donc celle de sa sœur, attendre calmement la mort ou se lancer dans une opération de la dernière chance pour sauver Yiris.

Il progressa encore un peu sur le sol blanc, puis son regard se tourna vers le ciel. Silencieux, il regarda longuement la Lune des Illusions.

S'accroupissant brièvement, il sentit la marque sur le mollet que sa sœur avait tracé pour garder son âme avec elle.

Tout en soupirant, il tendit la main en direction de l'homme-lion.

— Je crois que vous avez un objet à me rendre !
— En effet, j'attendais que vous me le demandiez !

Adama sourit et tendit le bâton de Yiris à celui qui habitait son corps.

— Bonne chance ! Reprit-il. Je suis désolé de ne pouvoir vous assister, mais les batailles, ce n'est plus de mon âge… Et puis, ce n'est pas mon combat !
— Aucun problème, je pense que ça ira comme ça !

Se plaçant sur une pointe rocheuse, Constantin donna le signal du départ de l'attaque en levant le bâton de sa sœur vers le ciel.

Ainsi, une nuée formée de milliers de fausses-personnes se lança à l'assaut de l'Utopie.

OoO

Combien de temps exactement devait prendre la pose des charges autour de la capitale de Basram ?
Cela avait été estimé à environ cinq jours, mais connaissant la fine équipe chargée de la tâche, les chefs des armées de chacun des trois alliés savaient qu'il faudrait se montrer patients plus que prévu.

Il faut dire que sous terre, le travail se poursuivait toujours dans la même ambiance désordonnée.
En dépit d'innombrables chamailleries, le dispositif explosif était prêt à être armé au sixième jour… Un résultat somme toute pas mal…
Chacun avait hâte de respirer autrement qu'à travers un masque purificateur d'air, sans compter la chaleur pénible typique des souterrains.
Quand ils parvinrent à ce qui était censé être leur point de départ, tous esquissèrent une mimique perplexe.
Il n'y avait aucun de l'accès et aucune trace d'effondrement récent qui en justifie l'absence.

Etendant en grand la carte de leur projet à terre, ils regardèrent où il avait bien pu y avoir méprise, mais aucun consensus n'arriva à déterminer la cause du problème.
Ils étaient donc perdus…
Au bout d'un moment, agacé, Haymlar posa la question qui fâche :

— Qui avait la responsabilité des boussoles ?
— Et bien, fit Monsieur Taupe, moi !
— Et moi aussi ! Ajouta Meinmet.
— Ainsi que moi ! Annonça fièrement Reeden.
— J'en avais aussi pris une au cas où… Soupira Gaddes, faisait grogner Reeden qui comprit qu'une fois de plus, son chef ne lui avait pas fait confiance.

Une idée venant à son esprit, Adelfos sortit une boussole que lui aussi avait pensé à emporter et s'avança vers les autres, leur prit les leurs et commença à avancer.

— Nous nous sommes éloignés du cœur de Basram, cependant, je crois qu'un fait nous a piégé. Si on regarde attentivement les aiguilles, bien qu'elle indique une même direction, elles auraient tendance à pointer vers le sol…
— Ce qui signifie ? Interrogea Dryden, désireux de comprendre.
— Qu'il doit y avoir un important gisement de rochers magnétiques sous la capitale. Nous avions constaté la présence de type de pierres à proximité de nos poches de gaz à Zaibach. Nos géologues n'avaient pas plus établir de liens de cause à effet évident à l'époque car nous avons préféré étendre l'exploitation plutôt que creuser plus profond, de crainte des effondrements et des infiltrations d'eau sur le long terme et parce que les cartes superposées sont trop complexes à lire.
— Et bien, je crois que vous avez la preuve qui vous manquait ! Ironisa Amlek.

Bousculant le reste des équipiers, Haymlar s'avança vers Adelfos.

— Concrètement, on est où ? Et surtout, on fait quoi ?

Le militaire déchu réfléchit un bref instant, et retourna observer la carte.

— Nous sommes quasi sûrs que notre éloignement de la capitale est conséquent. Après, à voir la quantité de fils utilisés, nous avons dû faire le tour de la cité, puis nous avons tiré droit depuis plus d'une journée. A mon avis, nous devrions commencer à armer le système, nous éloigner jusqu'à une zone d'abri, nous avons en a déjà vu plusieurs et lancer l'explosion. Après, nous creuserons vers la surface…

L'inquiétude parcourut les présents dont les déglutitions difficiles traduisaient l'angoisse. Une fois de plus, le successeur de Yiris à la tête de l'armée de Défense de Fanelia reprit la parole :

— Vous êtes sûr de votre coup ? On a des chances d'y réchapper ?
— La seule chose dont je sois presque sûr c'est que l'on a dû disposer les explosifs correctement car nous avons rencontré les galeries en coudées marquées. C'est juste la boussole qui nous a induit en erreur pour sortir… Nous ne pouvons pas avoir fait tout cela pour rien. Nous avons déjà dépassé le délai prévu. En tant que soldat, je pense que nous devons faire ce que l'on nous a dit de faire !

Meinmet, Dryden, Monsieur Taupe et le Crusade Crew, Gaddes faisant exception, n'étaient pas très à l'aise avec le concept de devoir évoqué et commençaient à regretter de s'être lancés dans l'aventure.
Cependant, ils savaient pertinemment qu'Adelfos avaient raison, l'enjeu dépassait leurs seules vies, donc tous donnèrent leur accord, y compris Monsieur Taupe, qui eu une pensée pour son épouse et son fils.
Au moins, en ayant accompli cette mission, il aurait « régler son ardoise ».

Calmement, soigneusement, les derniers préparatifs furent exécutés. Un abri à la voûte abondamment renforcée fut trouvé, Dryden et Amlek effectuèrent les ultimes branchements et chacun s'installa pour se protéger au mieux de la déflagration.

Puisque tous étaient mal à l'aise, bien trop tremblants pour pousser sur le détonateur, ainsi, ce fut Adelfos qui l'actionna.

OoO

Les vibrations se firent sentir des centaines de lieux alentour tandis qu'un énorme nuage de poussière s'élevait au dessus de la capitale de la République.
Voyant cela, les forces alliées se mirent immédiatement en route.

Alors qu'ils venaient d'achever de neutraliser les quelques gardiens extérieurs de l'Utopie, les fausses-personnes virent la montagne la protégeant se fissurer.
De toute évidence, ce ne pouvait être qu'un encouragement du destin et cela ne fit que décupler leur envie de triompher.

Au sein de la capitale, c'était la panique. La voûte du sérail s'était effondrée. On entendait les hurlements dans les rues, la panique était totale.
Debout au centre de ce qui était son paradis secret, le Président regardait vers le ciel noyé dans la poussière.
Incrédule, du sang coulant le long de son visage, il voyait son monde s'effondrer.

L'agitation au sein de la cité n'avait rien à voir avec celle qui régnait dans les bas fonds de l'Utopie. Si la secousse n'avait pas été trop ressentie par les occupants, en partie grâce au système de contrôle, en dessous, on s'inquiétait.

Pour une fois, les deux meneurs avaient une conversation des plus agitées ailleurs que dans leur habituelle salle de réunion.
Elle aussi plongée dans une pénombre surréaliste, la pièce où ils se trouvaient était certes de forme circulaire, ses murs étaient eux-aussi des sortes d'aquariums à energist, mais dix fois plus grande.
Au centre, se trouvait un étrange mécanisme à la taille imposante composé de multiples câbles et rouages, reliés à des écrans.

Sur ceux-ci l'homme, l'homme aux lunettes semblait procéder nerveusement à de multiples vérifications.
Visiblement furieux, il s'adressa à son collègue qui effectuait la même tâche avec bien plus de calme.

— Et voilà, les choses échappent à notre contrôle. On nous a signalé une dangereuse accumulation de fausses-personnes à l'extérieur, et maintenant, cette secousse…
— Ce ne sont pas des monstres, aussi déchaînés soient-ils qui ont provoqué ce séisme ! Coupa l'autre.
— Ton optimisme me dépasse chaque jour davantage. Nous avons peut-être d'importants dégâts, une invasion à nos portes… Et toi, tu restes calme, tu es devenu complètement fou cette fois ! La priorité actuelle doit être la sécurisation de l'Utopie, nous devons vérifier l'étanchéité de la barrière. J'ai fait prolonger la nuit, nous avons réussi à maintenir nos sujets dans le système, c'est déjà bien…

Le deuxième individu, se leva, toujours posé, avant de toiser son collègue et de lui murmurer à l'oreille :

— Nous continuons comme prévu ! Jusqu'au bout !
— Cela signifie que…
— En effet !

Et il s'en alla, laissant l'autre plus que dubitatif, il savait malheureusement maintenant où tout cela allait les mener.

OoO

Plus loin en arrière du front, au-dessus de l'océan, flottait un vaisseau d'Asturia.
Un châle sur les épaules, Millerna observait en direction de Basram espérant distinguer un signe comme quoi la mission avait réussi.

Et, enfin, un bruit sourd se fit entendre et il lui sembla voir comme un nuage s'élever dans le ciel. Alors, l'équipe avait mené à bien sa mission.

Quelques minutes, Chid vint auprès d'elle :

— J'ai des nouvelles du front ! Personnellement transmises par Kaja, la première étape du plan a fonctionné comme prévu. L'explosion a été très violente. Les troupes sont en route pour la capitale de Basram à vitesse maximum.
— C'est une bonne nouvelle… J'espère que le Crusade Crew et les autres s'en sont sortis…
— Faites leur confiance, ils ont la peau dure ! Messi… Allen avait raison d'avoir une totale confiance en eux ! Lui répondit le jeune homme qui se voulait rassurant.
— En effet… Murmura la Reine d'Asturia d'une petite voix nostalgique.

Un instant, elle resta silencieuse simplement à regarder dehors. Chid ne bougeait pas. Il aurait voulu avoir quelques paroles réconfortantes, discuter de son père, mais les mots ne venaient pas.
Sentant qu'il frissonnait et refusant de tomber malade en de telles circonstances, il prit poliment congé de sa tante.

A nouveau seule, Millerna resta songeuse. Elle pensait à Allen… Il lui manquait terriblement.
Elle s'étonnait d'avoir su se reprendre aussi vite après son décès. Peut-être était-ce grâce à ses fils ?

On devait se faire à l'absence… Pour cela, elle admirait Gaddes qui, malgré le deuil qu'il vivait lui aussi, mettait toutes ses forces dans cette opération.

Et puis, il y avait aussi Dryden… Là, quelque soit la confusion de sentiments qui régnait dans son esprit, elle ne pouvait se faire à l'idée de le perdre lui-aussi.

OoO

— Nous sommes vivants ? Demanda Meinmet entre deux quintes de toux.
— Si Yrkas répond, débauché comme il est, la réponse est non. On est en enfer ! Ironisa Amlek.
— Connard ! Répondit l'intéressé.

Pour le reste, ce furent de grands soupirs de soulagement, sauf pour Dryden qui tourna de l'œil, l'émotion, sans doute, et fut réveillé par une bonne gifle de Gaddes.

La fine équipe s'éveilla progressivement dans l'obscurité. Tout le monde avait survécu, c'était déjà un miracle !

Après quelques instants à reprendre leurs esprits, ils cherchèrent à rallumer leurs lampes. Affolé, Monsieur Taupe intervint :

— Le gaz qui reste est souvent explosif… Il va falloir attendre que la concentration dans l'air baisse avant d'allumer quoique ce soit…
— Et cela va prendre combien de temps ? Interrogea Dryden, qui se frottait la joue, mécontent, se demandant qui lui avait collé la baffe.
— Je ne peux pas le dire… Ce qu'il faut, c'est suivre le courant d'air vers lequel s'évacue la poussière.
— Mais encore… Grogna Reeden, dubitatif.
— Je t'entends toi ! S'indigna l'hybride. Je me fie à mon instinct, je sens bien où va l'air, je ne suis pas un homme-taupe pour rien !

Pendant quelques minutes, les pinaillages se poursuivirent. Au bout d'un moment, Adelfos coupa court aux discussions.

— Il est le seul capable de se repérer sous terre, nous devons nous fier à lui ! De toute façon, sans lumière, carte ou boussole, il n'y a pas d'autres moyens d'espérer regagner la surface !

Se guidant au seul son de la voix de Monsieur Taupe qui bredouillait, l'ancien général de Zaibach s'approcha de lui et posa sa main sur son épaule.

— J'espère que tu es conscient que tu représentes notre seule véritable chance de salut !

Le pauvre Monsieur Taupe ne s'était jamais senti aussi mal à l'aise…

OoO

Van était assis à terre, contre un arbre, dans la clairière où se trouvait l'Escaflowne. Il était là depuis des heures, à réfléchir.

A cet instant, il savait que nombre de ses proches et amis allaient risquer leur vie pour combattre l'ennemi alors que lui peinait à récupérer de sa détention.

Durant la nuit, Hitomi, protégée de la fraîcheur par un châle, se décida enfin à lui rendre visite.
Silencieusement, elle s'assit à ses côtés et se blottit contre son épaule.

Et ainsi, ils restèrent un long moment au calme, avant que la jeune femme ne se décide à prendre la parole :

— Je sais que tu penses à eux… A tous ceux qui se battent… Je te connais, je sais que tu aimerais les aider sur le front, mais tu ne peux pas ! Beaucoup se sont battus pour te sauver, tu dois te reposer !
— Je dois reconnaître que tu as raison, mais…
— Mais ?
— Tout cela m'inquiète de plus en plus, ce que tu as décrit, ce n'est pas la capitale de Basram. Je crois que le danger est sans doute bien plus subtil que nous le pensons…
— C'est possible… Je ne peux pas te mentir… Cependant, je ne saurais en dire davantage… Tout ce que je peux faire, c'est rester auprès de toi…

Doucement, Van lui saisit la main et la porta à ses lèvres.

— Merci !

OoO

A force d'acharnement, les fausses-personnes progressaient inéluctablement vers leur cible. Le seul moyen connu d'accéder à l'Utopie était paradoxalement une sortie.

Se battant contre le courant de la rivière qui sortait du monde isolé avec de simples boucliers de bois et piolets plantés à même la roche, leur détermination était inébranlable.

Constantin était au premier rang des assaillants, sa progression se faisait peu à peu douloureuse.
L'eau prenait une étrange teinte violacée, puis l'air se teinta de rose.

Soudain, il entrevit la surface. Tendant la main, il perçut une étrange texture comme une paroi de verre… Et pourtant, il parvint à y faire passer ses doigts, ce qui lui causa un violent assaut de migraine.

Un instant, il soupira. Aucun doute, le franchissement de cette barrière serait le coup de grâce…

Le passage fut difficile. Son esprit fut presque broyé… Sentiments, sensations physiques, tout se mêlait, ce qui faisait de Constantin et Yiris deux personnes différentes sembla fusionner avant une sorte de néant...

OoO

Dans le sous-sol de l'Utopie, le calme pragmatique n'était plus de mise.
Visiblement tiré à la hâte de son sommeil, l'homme aux lunettes arriva dans la salle principale où son collègue donnait des ordres.

— Quel est l'état de la situation ?
— Les fausses-personnes ont utilisés l'évacuation pour s'introduire ici… Ils sont des milliers…
— Quelles mesures ont été prises ?
— Sommeil collectif pour les habitants, j'ai envoyé les premières gardes…
— Contre des fausses-personnes, c'est ridicule ! Ils n'en feront qu'une bouchée !

Le barbu se retourna vers son interlocuteur et rétorqua d'un ton glacial :

— Je sais ! Mais là, nous sommes au point critique… Même s'il va nous en coûter, il est temps de couper la piste…

L'autre sembla avoir compris l'idée.

— Tu vas les faire avancer pour mieux les faire encercler par l'Elite et les mettre en pièce…
— Ce sont les seuls adversaires à leur niveau !
— Et… concernant Folken ?
— Cette saleté de pétasse venue avec lui avait gardé son corps en vie par je ne sais quelle diablerie… Elle est revenue, son âme s'est déconnecté du système et elle est totalement impossible à réintégrer… Il est certain qu'elle va aller le récupérer et…
— Tu renonces donc…
— Oui… Aucun d'eux ne doit s'en sortir vivant ! Cependant, je tiens à ce que ce cher Folken nous rende visite !
— Soit, pour la suite, je connais quelqu'un d'impatient à l'idée d'entendre ces ordres…

Dans l'obscurité, un petit rire satisfait se fit entendre.

OoO

Quand les paupières de Yiris s'ouvrirent, elle était étourdie, déconcertée… Elle se trouvait sur le bord du bassin dans lequel elle avait sauté, croyant se suicider.
Son esprit était empli d'informations contradictoires, mais pourtant étonnement clair : elle arrivait à réfléchir et, là, elle était certaine que son rôle consistait à détruire l'endroit où elle se trouvait.

Passant doucement sa main sur son visage, elle comprit que, de toute façon, elle n'avait plus rien à espérer de ce lieu.
Finalement, elle avait juste été une marionnette… Bien stupide d'avoir cru au monde parfait…

Alentour, les fausses-personnes s'étaient déjà infiltrées en masse. La bataille avait déjà commencé, sous ce faux ciel, par cette fausse nuit...

Et, à ce moment fatidique, Yiris sentit comme une main invisible qui la poussa à avancer et à aller au bout d'elle-même.

OoO

Bien loin de là, Chioni sursauta dans son sommeil et, un peu plus loin, toujours dans le jardin auprès de Van en dépit de la fraîcheur, Hitomi fit de même. Une sorte d'immense vague de pensées les avaient submergées.

Immédiatement, Van perçut qu'il y avait quelque chose d'anormal, surtout que sa compagne se leva précipitamment et commença à tourner en rond, se tenant la tête entre les mains.
Avec quelques difficultés, le jeune homme se redressa et la prit entre ses bras.

— Hitomi, parle-moi, qu'est-ce qui t'arrive ?
— J'ai l'impression que des milliers de gens me parlent. Ma tête va exploser…
— Allons, allons, calme-toi…
— Non…

Avec une certaine brutalité, la jeune femme se dégagea de l'étreinte de Van et recommença à piétiner

— Il faut arrêter cela… Je sens que ça échappe à tout contrôle… C'est comme si… Enfin, ça ressemble à ce qui s'est passé à Zaibach… Si on ne fait rien, il va y avoir d'innombrables morts… Une fois de plus, mon don va encore causer des ravages… J'ai donné cette piste, sans me douter ce qui se cachait… Or… C'est puissant, très puissant…

L'idée de voir Hitomi souffrir ainsi, de voir les ravages de la Grande Guerre se répéter, tout cela était intolérable pour le jeune homme.

Il retourna vers l'arbre où il était adossé et ramassa un petit paquet de tissu qu'il avait amené avec lui.

A la base, il l'avait plutôt pris pour aider à sa réflexion. C'était un geste instinctif… Maintenant, il comprenait ce qui l'avait poussé à agir ainsi.

Devant Hitomi, incrédule, il en dévoila le contenu : sa drag-energist.

— Il y a maintenant plus de dix ans de cela, j'avais promis qu'Escaflowne resterait toujours en sommeil… Cela dit, les circonstances mêmes dans lesquelles j'ai fait ce vœu ont changé…
— Que veux-tu dire ?

Le jeune homme se fit plus hésitant, Hitomi sentait néanmoins sa résolution ferme.
La serrant fort contre lui, il lui annonça ce qu'il projetait de faire.

— Je vais réveiller Escaflowne… Je trouverais un moyen d'activer le système de pleine vitesse et je serais rapidement là-bas…
— Et qu'est-ce que tu comptes faire une fois sur place? Interrogea la jeune femme, vivement inquiète.
— Il y a fort à parier que l'endroit que tu décris ait été créé avec de l'energist, comme la prison où j'étais. Tu te souviens, notamment dans la mine de Zaibach, Escaflowne avait fait réagir les autres pierres et ainsi provoqué l'explosion…

Relevant la tête et fixant ses yeux verts dans les siens, Hitomi répondit à Van :

— Je vois… Tu veux détruire cet endroit… Mais tu sais… que tu peux y laisser la vie !
— Il y a effectivement un risque…Je te promets de faire de mon mieux pour revenir ici ! Je sais que tu m'attendras, et Balgus aussi !
— Tu te trompes sur un point ! Répondit la jeune femme avec une certaine fermeté. Je refuse de t'attendre tranquillement ici ! Je viens avec toi !
— Enfin… Hitomi… Notre fils, tu ne peux pas le laisser !
— Toi, tu te permets bien de le faire ! Tu viens à peine de le connaître que déjà, tu es prêt à partir loin de lui… Loin de moi…

Se rapprochant du Guymelef endormi, Hitomi se fit fière, en dépit des larmes qui commençaient à couler le long de ses joues.
Van était stupéfait. C'était incroyable de voir comme elle était devenue forte.

— Ne va pas dire que je laisserai mon fils seul ! Je sais que de nombreuses personnes seront là pour prendre soin de lui !
— Oui, mais Hitomi, cela ne remplace la vraie famille… Tu le dis souvent pour Chioni et…
— Tu as vécu ça toi, grandir sans ta famille et tu partirais ainsi… Sans voir grandir Balgus… Tu as sans doute raison, il faut détruire l'endroit que j'ai vu… Tu en es probablement le seul capable, alors ma place est avec toi, et je ne te laisse pas le choix ! Soit on s'en sort ensemble, soit on ne s'en sort pas, je refuse d'être séparé de toi ! Tu diras que c'est égoïste probablement, mais c'est mon choix !

Après être resté un moment muet face à la détermination affichée d'Hitomi, le jeune homme esquissa un sourire, accompagné d'un léger rire.
Cette réaction étonna sa compagne, quand il vint vers elle et l'enlaça tendrement, elle fut immédiatement rassurée.

— Soit, nous irons ensemble !

Escaladant l'engin, Van s'approcha de son cœur. Lentement, il tendit sa main vers la pierre désormais mauve et celle-ci s'agita de légers dessins frémissements, comme si c'était la surface d'un lac.
Alors, le jeune homme approcha davantage sa main et celle-ci traversa le roc avec la drag-energist. Retirant son bras, il vit le cœur changer de couleur, briller et le cockpit s'ouvrit.

Avec difficulté, il parvint à s'installer et à démarrer la machine qu'il redressa. L'effort était très dur, il était certain qu'il ne pourrait en aucun cas piloter correctement en mode guymelef.

Aussitôt qu'il le put, à savoir après avoir dégagé Escaflowne de son linceul de plantes, il changea l'engin en dragon. Hitomi se hâta de prendre place auprès de lui et, passant ses bras autours de sa taille, s'appuya contre son dos.

Alors, il décolla.

OoO

Depuis que les assaillants s'étaient introduits, l'Utopie était en proie au chaos le plus total. Les assaillants ne faisaient qu'une bouchée des soldats qu'on leur envoyait.
Certains fausses personnes trouvaient même la chose trop facile… Dans les rangs, on évoquait un possible guet-apens. Cependant, faute de connaître le terrain et la nature réelle de l'adversaire, la progression continua, ne s'appuyant que sur la violence pure.

Au fur et à mesure qu'ils croisaient des endormis, ceux qui avaient des pouvoirs de sorciers s'en servaient pour les réveiller.
Certains étaient paniqués de se découvrir vieux, blessés ou seuls… A voir ces réactions, Yiris commençait à comprendre à quel point le système était performant.

C'était effrayant de voir qu'il modifiait les apparences, mais aussi faisait croire que des défunts étaient encore là…
Il était donc fort probable que Folken et Hylden ne soient même pas rendu compte de son absence…

Sa dernière hallucination, si troublante, lui revint en mémoire… Cela aussi était une création de cette utopie monstrueuse ?
Cela dit, le temps n'était pas à ce genre de réflexion, l'objectif était de trouver ceux qui tiraient les ficelles et de les neutraliser.
Après, est-ce que cela exaucerait le fameux vœu des fausses-personnes ? Celui de récupérer une identité ? Mystère ?

A ce moment précis, elle arriva à se demander ce qu'elle voulait, elle. Et c'était là une intéressante question… Elle ne se l'était jamais posée auparavant…
Dans un premier temps, elle décida de se rendre au palais et de retrouver les deux hommes. En espérant qu'ils soient saufs… et sains d'esprit…

Une fois cette étape accomplie, il allait falloir leur expliquer la situation… Là encore, cela promettait d'être un moment délicat…

OoO

Assoupi, le Duc Chid fut brusquement sorti de son sommeil par un de ses soldats

— Votre Majesté, je vous supplie de pardonner mon arrogance d'oser vous réveiller, mais il se passe quelque chose d'étrange au temple de Fortona !
— Quoi donc ? S'exclama l'adolescent, inquiet.
— Le clan Zekuu vient de nous faire part d'un fait… inquiétant… Le point de puissance semble redevenir actif.

A l'annonce de ce fait étonnant, Chid fut stupéfait. Après l'arrêt de la machine de Dornkirk, l'adolescent avait personnellement prit soin de faire remettre le système en sommeil.
Et, de toute façon, ce dernier n'était pas censé fonctionné sans l'épée du Sceau…

Cette situation ne présageait rien de bon…

OoO

A bord d'Escaflowne, Hitomi commençait à s'assoupir… Cela était sans doute à mettre sur le compte du manque de sommeil.
Il était déjà tard, elle n'était pas loin d'avoir passé une nuit blanche. Et à y repenser, elle n'avait pas non plus beaucoup dormi ces derniers temps. La fatigue la rattrapait au mauvais moment.

Cependant, se doutant que la route serait encore longue, elle se laissa aller en se blottissant contre le dos de Van.

Mais ce n'était pas le repos qui l'attendait, mais une vision.

A nouveau cet univers noir, où les pensées se révélaient, elle se trouva le témoin d'étranges images. Une tombe au nom de Chid, Chioni complètement paralysée, la tête et les membres ballants, dans un fauteuil, Balgus, même pas adulte, sur le Trône de Fanelia…
L'avenir ?

Et voilà que les images changeaient : Chid était devenu un homme fort et solide d'une quarantaine d'années, Chioni siégeait sur le trône de Fanelia aux côtés d'Enes, le fils cadet d'Ezgas, Balgus montait à cheval, vêtu de façon moderne comme un habitant de la Lune des Illusions.

D'autres versions apparurent, concernant parfois d'autres personnes. Qui pouvait bien avoir ce type de pensées ?
Au bout d'une sorte de couloirs dessiné par les visions, Hitomi se trouva à nouveau face au néant.

Et soudain, des silhouettes se dessinèrent. Elles restaient floues, semblables à de la brume blanche flottant dans le noir le plus absolu.
Malgré tout, la jeune femme leur trouva une étrange ressemblance avec ce qu'elle avait vu des anciens atlantes, les créateurs de Gaea.

— Ainsi donc, vous voilà, jeune femme… Déclara une voix de vieillard qui semblait comme lointaine.
— Vous m'attendiez ? Interrogea l'intéressée.
— En effet, votre pouvoir est grand et vous avez déjà su interférer dans le destin de notre paradis rêvé… Et le sauver… Cette fois, nous ne savons plus comment faire… Répondit un autre.
— Comment ça ?
— Nos hypothèses alternatives se bousculent… Cependant, elles ne débouchent sur rien de cohérent… Nous pouvons arrêter le désastre en cours, mais un autre se profile presque immédiatement après… Et pourtant, nous sommes censés maîtriser toutes les variables… Reprit un troisième.
— Alors, c'est vous qui… dictez le destin de Gaea ? Depuis sa création ?
— Oui… Répondirent-ils tous en chœur.