Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
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Rating / Classement [+18 ]
Publié pour la première fois le 29 janvier 2013
Chapitre 63
La liberté des héritiers
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Les premières troupes alliées étaient parvenues à la capitale de Basram, noyée dans un nuage de poussière long à se dissiper.
Dès leur débarquement, les soldats purent constater, comme cela était prévisible, une ambiance post-apocalyptique.
Quelques garnisons ennemies survivantes étaient en train de monter un plan précaire de défense de la cité, même si, face aux bombardements aériens, ils savaient que cela serait vain.
Pour autant, les soldats de la République n'avaient pas dit leur dernier mot. La reddition pure et simple était inenvisageable : ils se battraient jusqu'au bout, même retranchés.
L'assaut fut donc sanglant. Mais si les militaires jouaient leur honneur, les civils, encore sous le choc du séisme, tentaient de sauver leurs vies et restaient réfugiés dans les caves ou les constructions encore intactes.
Même si, à la base, seuls les remparts étaient visés, une bonne partie de la ville s'était effondrée.
La capitale, à l'urbanisme étudié et aux bâtiments entretenus, n'était plus qu'un champ de ruines.
L'occupation se fit ainsi dans des circonstances étranges. Parfois, les alliés croisèrent des foyers de résistances acharnés derrière un tas de décombres, alors que, à d'autres moments, ils tombèrent sur les habitants qui les suppliant de les épargner et de venir à leurs secours.
Au cœur de ce paysage ravagé, trouver les têtes pensantes de Basram ne fut pas difficile.
Beaucoup avaient été figés par la mort au sein de leur sérail, pour certains dans une évidente posture de débauche en contradiction totale avec l'image qu'ils avaient toujours voulu donner d'eux.
Parmi les rares survivants, le Président se laissa arrêter sans un mot…
Aucune société n'est parfaite, aucun secret n'est jamais totalement bien gardé…
Tout le monde finit par commettre des erreurs…
Au milieu de ce tas de gravas et lambeaux de verre, quelques écorchures sur le corps, la jeune Hylda regardait avec un petit sourire au coin le visage de celui qui voulait l'acheter, Larkerck.
Mort, il était figé dans son ultime stupéfaction, sous un grand morceau de vitre.
D'un coup de talon mesquin, elle écrasa le verre sur la face du ministre, symbole de sa prison et de tout ce que représentait Basram.
OoO
Les prisonniers des souterrains n'avaient pas vraiment progressé. Après des heures de marche dans le noir, la plupart d'entre eux dormaient.
Seuls ceux qui avaient l'habitude de se saouler avant de s'assoupir restaient éveillés. Le manque d'alcool était difficile à supporter.
Ainsi, perplexes, Pyle et Kio écoutaient Monsieur Taupe marmonner à quelques mètres d'eux.
— Tu n'as pas fini de réfléchir comme ça ? Interrogea le grand barbu.
— Tais-toi ! Fit l'intéressé en plaçant son doigt devant sa bouche. Je perçois quelque chose !
— Je me demande bien quoi ! S'amusa le petit maigre. Remarque, si c'est de l'alcool, je suis intéressé !
Monsieur Taupe lâcha un petit soupir vexé avant de reprendre sa méditation.
Le pensant définitivement devenu fou, Pyle et Kio préférèrent le laisser continuer.
Tournant sa tête de droite à gauche, le vieux pervers était certain que son instinct animal ne le trompait pas. S'armant de sa bonne vieille pelle, il commença à creuser à l'horizontal.
Après quelques mètres à ramper, son geste s'arrêta dans le vide : il venait d'atteindre un puits.
L'air frais qu'il respira soudain en était la preuve, cette colonne débouchait vers la surface !
OoO
La conquête de l'Utopie prenait une tournure inattendue. Furieux de voir leur monde de rêve ainsi détruit, certains éveillés devenaient agressifs.
Suite à plusieurs débordements qu'il considérait comme une perte de temps inutile, Exclior avait décrété que, désormais, on ne réveillerait plus personne !
Ainsi, piégés ou victimes consentantes resteraient prisonniers du système.
Et le cœur de cette machinerie attirait les fausses-personnes de façon quasi magnétique. Pour eux, la révélation se trouvait quelque part dans le palais.
Ils en ignoraient la nature, mais chacun n'avançait plus que pour cela.
Après de nombreuses échauffourées, l'attaque du bâtiment principal commença. Laissant à ses troupes le soin de dégager le passage, Yiris, accompagnée d'une garde restreinte, s'empressa d'aller aux secours de Folken et Hylden.
Dans un premier temps, sa course folle la conduisit auprès du général. Bien évidemment, ce dernier était inconscient.
S'imprégnant de son esprit, elle réussit à le faire émerger rapidement grâce à quelques manipulations de magie des fausses-personnes.
Incrédule, il observa sa sauveuse.
— Yiris, mais qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi es-tu…
— Ecoute, coupa l'intéressée, on va faire simple et rapide : l'Utopie était un piège, je viens t'aider à t'en sortir. Les autres questions, on verra après ! Là, je dois aller sauver Folken.
Stupéfait par cette révélation, Hylden se leva, récupéra son épée dans ses affaires et se précipita à la suite de Yiris.
Comme elle l'avait redouté, le cas de Folken s'avéra plus complexe. Dès le début, elle avait nettement perçu qu'il présentait un intérêt particulier aux yeux des dirigeants des lieux et pas seulement en raison de son appartenance aux descendants du peuple du Dieu Dragon.
Le conditionnement était donc d'autant plus fort.
Les gestes et les incantations de base ne suffirent pas. D'autres fausses-personnes présents suggérèrent de faire venir Exclior et de lui demander son aide, Yiris s'y opposa.
Non seulement, cela prendrait trop de temps mais la réussite restait de toute façon plus qu'incertaine.
— On a qu'à le transporter comme cela ! Fit Hylden.
— L'ennui, c'est que si on ne sort pas son esprit correctement du système de l'Utopie, il y a fort à parier qu'il ne reprenne jamais conscience une fois hors… Soupira la jeune femme.
Elle resta quelques secondes à réfléchir, se cognant nerveusement le crâne avec son poing. Et soudain, la solution lui apparut.
Le risque était considérable. Cependant, elle devait le prendre.
Comme elle avait fait pour le ramener des morts en scellant son âme. Yiris se plaça assise sur le torse de Folken avant de se pencher vers son visage.
— Cette bande de magiciens à la manque ne me connaît pas. J'ai scellé ton âme, Folken. Je vais arriver à faire sortir ton esprit de ce piège…
Elle adressa à signe de tête aux fausses-personnes qui l'accompagnaient, sans un mot, et la totale incompréhension de ce dernier, cinq d'entre eux se saisirent d'Hylden et lui bloquèrent, bras, jambes et taille.
— Pourquoi ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Hurla le général se débattant désespérément.
Yiris ne lui répondit pas plus qu'elle le regarda. De sa main droite, elle tenait son bâton, de l'autre, elle appuyait sur la marque qu'elle avait tracée sur le cœur.
La trace d'origine apparut, la jeune femme remarqua immédiatement qu'il y avait une anomalie, elle était bien trop faible.
Rangeant son bâton dans sa ceinture, elle déchiqueta de ses dents son poignet droit, comme elle l'avait fait quelques années avant.
Murmurant quelques incantations propres à sa magie, elle se refit la trace de base et la scella. Folken ne réagit pas cette fois, mais elle n'apparut aucunement étonnée.
Portant son poignet sanglant à ces lèvres, elle murmura :
— Quel qu'en soit le prix.
Puis, elle se mit à boire son propre sang. Le retint visiblement dans sa bouche, se hâtant de panser sa plaie avec un bout de drap déchiré avant, ayant gardé soin de mettre son poignet à l'écart, de donner un baiser à son mari qui but par la même occasion le sang et ouvrit les yeux tandis que Yiris, elle s'effondra, inerte.
Hylden resta figé face à la scène à laquelle il venait d'assister. Il n'osait avoir comprit. Yiris avait utilisé la magie qui l'avait ramené à la vie sur Folken, et avait pris toutes les précautions pour éviter à ce dernier la fameuse soif de sang et ses conséquences.
La magie des fausses-personnes sur un descendant du Peuple du Dieu Dragon, un risque énorme…
Un instant, Folken eut des airs de bête assoiffée, la couleur des ses yeux passait sans arrêt de celui de l'energist de sa race au vert des fausses-personnes.
L'un deux lui jeta de l'eau au visage et, là, il reprit ses esprits tandis que ses yeux reprirent leur teinte normale.
Tandis qu'on le libérait, Hylden s'effondra à genou, en larmes.
— Qu'est-ce qui lui arrive ? Demanda Folken, voyant Yiris, écroulée sur lui, immobile et à nouveau défigurée.
— Apparemment, elle a utilisé une magie d'ancrage assez forte, que seul de grands maîtres doivent connaître... Répondit l'un des fausses-personnes. Je sens qu'elle est vivante, par contre, j'ignore quand elle se réveillera. En fait, je ne sais même pas si elle se réveillera…
Délicatement, le Roi la fit basculer de côté et vérifia son pouls. Certes, elle était bien en vie mais elle n'avait plus aucune réaction.
S'asseyant pour mieux recouvrer ses esprits, il sentit que son crâne était vivement douloureux et posa ses mains sur ses tempes, espérant légèrement dissiper sa migraine.
— Hylden, tu peux m'expliquer ce qui se passe ? Pourquoi ces fausses-personnes ? Qu'est-ce que Yiris a voulu faire ? Pourquoi tu ne l'en as pas empêché ?
Soupirant tout en se relevant péniblement, essuyant ses larmes, de son bras, le général répondit, la voix mêlant sanglots et colère.
— Ils m'ont bloqué pour ne pas que je l'arrête. Cette saleté d'Utopie est en fait un piège, on s'est servi de nous. Yiris a du réussir à s'échapper avec de revenir avec l'aide des fausses-personnes. Elle m'a réveillé facilement, mais vous, elle n'y arrivait pas…
C'est là que les autres m'ont entravé. Elle a tracé une marque d'ancrage sur votre torse et vous a fait boire son sang.
Un moment, j'ai bien cru que ça allait totalement dégénéré, puis avoir vous avoir jeté de l'eau à la figure, vous êtes redevenus vous-même… à ses dépens…
La discussion n'eut pas le temps de se poursuivre. Voyant débarquer de soldats aux casques d'or, visiblement plus expérimentés que ceux auxquels ils avaient eu affaire précédemment, les fausses-personnes conseillèrent aux deux hommes de quitter rapidement les lieux, ce à quoi ils acquiescèrent.
Un fausse-personne tendit son épée à Folken et l'aida à se relever. De son côté, Hylden souleva Yiris qu'il cala Yiris dans son dos pour pouvoir la porter.
Le Roi lui lança un bref regard mécontent, cependant l'urgence ne lui laissait pas le temps de formaliser.
Tous prirent la fuite.
OoO
Hitomi se trouvait toujours dans sa déroutante vision. L'idée de se trouver devant ceux que l'on pouvait qualifier de « pères fondateurs de Gaea » la laissait abasourdie.
— Je suis désolée… Je ne pense pas pouvoir vous aider… Tout ceci me dépasse…
— Ainsi donc, un fait se confirme : quelque soit l'étendue des capacités d'un individu, elles ne le rendent pas pour autant maître de son destin ! Constata l'un des esprits, dépité.
— Si j'ai bien compris, hasarda Hitomi, votre volonté influence ce qui se passe…
— Oui, nous avons pris par le passé plusieurs décisions pour redresser le destin au moment où il prenait une route dangereuse pour Gaea. L'exemple qui te touche le plus près, jeune femme, est celui du pendentif d'energist artificielle que nous avons éloigné de notre monde via ta grand-mère.
— C'est aussi vous qui avez ressuscité Folken ?
— En effet, de la même manière que nous avions appelé cet Isaac pour venir au secours de Zaibach, une nation de souffrance dont l'état était incompatible avec notre souhait, nous avions choisi de donner une seconde chance à ce descendant du peuple du Dieu Dragon. Sa repentance était sincère et nous avons décidé lui offrir une seconde vie. Cependant, dernièrement, un danger nous a semblé trop grand, nous avons choisi de le rapatrier ici, ainsi que toi, dont le pouvoir pouvait être utile…
— Je comprends mieux… Vous avez changé d'avis le concernant car vous l'aviez condamné. Ses ailes en étaient la preuve…
— En effet, il était allé beaucoup trop loin… Mais il n'allait pas mourir… Sa condamnation était tout autre !
Pour le coup, Hitomi était encore plus intriguée. En quelques minutes, elle venait d'apprendre énormément de choses et la révélation à venir l'inquiétait.
— Nous allons t'expliquer quelque chose que tu ignores, jeune femme ! Continua un des spectres. Les fausses-personnes sont d'anciens descendants du peuple du Dieu Dragon qui ont corrompu leur âme en se servant de leurs capacités. L'avertissement qui précède la transformation est la noirceur des ailes… Un jour, il aurait disparu de vos vies et un fausse-personne perdu, amnésique, se serait ajouté aux autres errants.
Certains éléments commençaient à se clarifier dans l'esprit d'Hitomi.
Cependant, encore de nombreuses questions subsistaient, c'était le moment où jamais de les poser.
— Soit… Je comprends… Et maintenant que comptez-vous faire ? Je pressens une catastrophe, je présume que vous aussi…
— Oui, et là, nous cherchons comment résoudre le problème en cours… Aucune de nos solutions n'offre d'échappatoire à long terme… Les créateurs de l'Utopie, monde où l'esprit humain est manipulé en vue d'acquérir l'immortalité, cherchent à isoler leur système pour continuer leur travail tranquillement.
Il est fort probable que les survivants parmi leurs commanditaires préfèrent garder le silence plutôt que d'expliquer qu'ils cherchaient la vie éternelle pour eux aux dépens du reste de Gaea… Surtout avec des personnes peu recommandables…
— L'Utopie ? Voilà donc le véritable problème… Qui sont ces gens qui l'ont créée ? Les sorciers survivants de Zaibach comme certains le pensaient ? Beaucoup les soupçonnent dans toute cette affaire.
— Oui, ces nuisibles ont déjà sévis par le passé. C'est d'ailleurs cela qui les rend si forts et malins. Ils ont choisis de se cloisonner. Une fois de plus, ils jouent avec le destin… ainsi qu'avec le sort même de Gaea… Plus leur machinerie sera puissante, plus elle deviendra instable. D'ici quelques années, une simple anomalie suffira à la détruire et, là, de part son pouvoir, ce monde sera entraîné avec…
— Vous devez savoir que nous sommes en route pour cet endroit, proche la capitale de Basram. Avec Escaflowne, nous pourrions tout détruire avant que l'Utopie ne devienne une bombe trop puissante pour entraîner Gaea avec elle…
— En effet, Escaflowne est la machine la plus puissante créée à partir du savoir atlante. Toute autre engin utilisant ce pouvoir, même minime, y réagit. Alors là… Cela dit, vous devez savoir nous avons peur que, malgré tout, un autre chaos ressurgisse rapidement. Chaque crise devient de plus en plus complexe à résoudre…
Un moment, Hitomi resta songeuse. Les événements de la grande guerre de Gaea lui revenaient en mémoire, il s'emmêlait avec les récents…
Le même schéma semblait appelé à se répéter… Encore et encore…
C'est là que la jeune femme se rendit compte d'un fait :
— Je crois que… vous devriez arrêter d'influencer le destin de Gaea… Murmura-t-elle, hésitante.
Les esprits semblaient stupéfaits. Hitomi s'attendait à une réaction violente, comme elle ne venait pas, elle poursuivit :
— Un événement que vous modifiez en appelle un autre là où vous devez encore intervenir.
Vous le savez, sur la Lune des Illusions aussi, de nombreuses erreurs sont commises, mais nous ne sommes pas arrivés au stade qu'a connu et que connaît à nouveau Gaea.
Sans compter le problème posé par l'energist qui possède une puissance phénoménale. Elle est devenue une immense menace maintenant que les habitants de votre planète ont réussi à s'en servir autrement que comme source d'énergie.
Les paroles semblèrent profondément inspirer les anciens. Un long moment, ce ne furent que des murmures qui parcoururent le mystérieux néant.
Puis, un des esprits s'exprima :
— Nous comprenons le sens de tes paroles… Tu penses que nous, parents du monde de Gaea qui le veillons depuis douze milles ans, nous devrions laisser nos enfants faire désormais leurs propres choix, sans plus nous en mêler…
— C'est un peu l'idée… Répondit Hitomi, intimidée.
— Nous devons dire que tu es jeune, néanmoins la sagesse de tes paroles nous fait écho… Ainsi, nous avons pris une décision ! Une résolution qui nous sera douloureuse car elle suppose que nous disparaissions, faute d'avoir une utilité… Et ce choix sera irréversible…
L'instant était solennel. La jeune femme triturait nerveusement ses mains. Elle craignait la décision des anciens, surtout qu'elle la sentait sans appel.
— Toi et le Dragon, poursuivez votre chemin et allez jusqu'à l'Utopie. Le phénomène de résonance devrait suffire à tout détruire à temps !
— Soit, nous allons faire de notre mieux ! Je vous le promets !
— Attention, rien de ce qui a été fait jusqu'à aujourd'hui ne sera détruit en soit, cependant, il faudra que nos héritiers apprennent à faire sans la magie qui leur a permis de créer leurs engins !
Et aussitôt, Hitomi sortit de son état hypnotique. Van sentit qu'elle avait sursauté.
— Tu es réveillée ?
— Oui, mais… à vrai dire… Je n'ai pas vraiment dormi…
Encore sous le choc, elle commença à raconter la troublante expérience qu'elle venait de vivre. Pour le coup, Van n'en revenait pas.
Cette histoire le confortait dans son idée qu'il devait aller au bout de sa volonté et détruire le cœur de l'Utopie avec Escaflowne.
Le jeune homme ne su quoi dire face à tant de révélations. Une seule chose était sûre, sa volonté d'aller jusqu'au bout de son projet fou n'en était que renforcer.
Et dans cela, Hitomi était là pour le soutenir.
OoO
Leur parcours à travers les couloirs s'avéra compliqué et, très vite, l'escorte de fausses-personnes qui les accompagnaient fut décimée par les mystérieux hommes casqués d'or.
— Je sens que l'on essaie de nous rabattre quelque part… Remarqua Hylden.
— Fort probable ! Répondit Folken. De plus que leur façon de faire me rappelle quelque chose…
En fait, dans la rapidité et la précision de leurs gestes, bien que tout de blanc vêtus, les guerriers de l'Utopie, tous des descendants du peuple du Dieu Dragon, lui rappelaient quelque chose.
Quoiqu'il en soit, rapidement, les soldats les rabattirent vers un mystérieux escalier qu'ils n'avaient jamais remarqué auparavant.
Acculés, ils furent obligés de s'engouffrer dedans et là, la porte se referma sur eux. Aucun mécanisme d'ouverture a priori, les coups ne firent rien.
Ainsi, Folken et Hylden n'avaient d'autre choix que de descendre.
L'endroit était illuminé de lanternes à energist, mais peu à peu, la clarté rosée ambiante devint trop forte pour être le fait de simples petites lampes.
Et, au bas des marches, le général et le Roi découvrirent avec horreur une véritable machine infernale au centre d'une salle immense ronde. Ainsi, l'Utopie possédait une partie souterraine et pas des moindres.
— Une variante d'onde ? Murmura Folken en faisait quelques pas vers l'engin.
Observant les parois alternant pierres polies et le plus souvent aquariums rosés émettant une forte de lumière, il ajouta :
— Je crois savoir où sont passées les importantes quantités d'energist volées…
Le dispositif rappelait en partie celui utilisé par le manipulateur de destin de Dornkirk, mais il y avait de nombreuses modifications, et surtout, dans un globe au cœur de la machinerie, on pouvait distinguer le pendentif d'Hitomi.
La complexité de toute cette ingénierie dépassait largement l'ancien scientifique de Zaibach.
— Alors, Folken, surpris ? Ricana une voix venue d'un petit couloir. Sache que, nous aussi, nous le sommes ! Ainsi donc, tu as réussi à sortir du conditionnement… On dirait que ta petite hybride l'a payé cher…
Le Roi de Fanelia reconnut immédiatement celui qui s'adressait à lui. Le voir apparaître avec ses petites lunettes et son crâne chauve, tout de noir vêtu, lui donna raison.
Devant lui se tenait Foruma, un des sorciers de Zaibach. Il avait donc survécu.
— Voyons, mon ami, c'est maintenant qu'il doit être au comble de l'étonnement ! Ironisa une autre voix, aux accents presque démoniaque.
Débouchant d'un autre tunnel, le visage émacié, la petite barbiche pointue, Garufo non plus n'avait pas changé.
Il avait été souvent considéré comme le chef de file des sorciers et on savait que c'était celui qui était le plus dénué d'états d'âme, n'hésitant pas à utiliser des enfants pour les besoins de ses expériences.
— Mes intuitions se confirment… Constata Folken avec dépit.
— En effet, nous savions que tu étais allé chercher quelques informations à Zaibach, mais nous avions été prudents. Nous nous sommes faits passés pour morts avant d'aller discrètement démarcher de nouveaux mécènes… S'amusa Foruma.
— Les autorités de Basram, donc… En quête de pouvoir, je présume…
— Toi qui étais un grand idéaliste, expliqua Garufo, tu devrais savoir que le pouvoir n'est pas la seule chose qui peut animer la volonté humaine. Il existe bien d'autres facteurs… Je ne citerais que la fortune, le plaisir… Il se trouve que nos amis de la République avaient des tracas tout ce qu'il y a de plus humains : ils avaient simplement peur de mourir.
Cette fois, le jeune homme commençait à mieux cerner les objectifs de ses anciens pairs.
Ils étaient finalement encore pires que Dornkirk.
— Après le désastre de Zaibach, poursuivit le sorcier à la barbe pointue, nous nous étions rendu compte à quel point voir en grand avait été désastreux. Dans un premier temps, nous avons donc décidé de lancer notre expérience à petite échelle.
Basram nous a proposé cette montagne, ancien abri souterrain, que nous avons fait aménager par des condamnés à mort fournis par nos mécènes. Puis, nos recherches nous ont conduit à rencontrer des descendants du Peuple du Dieu Dragon qui, le hasard faisant bien les choses, vivaient dans le massif tout proche.
Ils possédaient quelques connaissances intéressantes, nous leur avons promis un monde calme et paisible en échange de leur aide. Ignorant du monde extérieur dont il était isolé, ils avaient eu peu d'écho de la guerre et de vrais responsables, ils ne sont pas plus méfié de nous que d'autres…
Et ainsi, a commencé la mise en place de l'Utopie, avec le meilleur système de contrôle mental jamais élaboré !
Nous avons aussi profité de nos providentiels alliés à l'extérieur. En effet, il y avait de nombreux jeunes hommes qui aspiraient à la paix pour leur famille et leurs capacités combinées à un solide entrainement en ont fait de redoutables soldats.
Et quand nous n'en avons plus eu besoin, nous les avons remis dans l'Utopie, ce sont les gardes aux casques dorés auxquels vous avez eu affaire…
Malheureusement, hors de l'Utopie, nous n'avons aucun pouvoir de contrôle des esprits… C'est pourquoi quand un ministre de Basram a commencé à poser des questions embarrassantes sur notre travail, nous avons profité de l'opportunité de la conférence à Asturia pour nous en débarrasser et en même temps éloigner les soupçons. Notre cher Dilandau, fort heureusement, était encore imprégné par notre influence, il aura suffi de le réveiller au bon moment…
Agacé, Folken soupira. Il aurait dû insister davantage dans ses recherches. Et dire qu'en plus, il s'était fait piégé par ce système infernal…
— Vous avez réussi à faire encore pire qu'avant… Vous avez même réussi à m'avoir… Je croyais que mes erreurs venaient de ma naïveté d'adolescent à l'époque où vous m'aviez enrôlé… Force est de constater que non…
— Et oui ! Renchérit Garufo. Enfin, notre mécanisme a survécu au séisme. Nous avons beaucoup d'energist, nous allons continuer nos recherches tranquillement… Dommage, nous voulions t'utiliser pour nous assister mais les faits récents en ont décidé autrement…
Enfin, il est temps de te dire adieu pour de bon, à toi, ainsi qu'à tes compagnons…
Derrière les deux hommes, d'autres soldats casqués apparurent. L'un se détacha du groupe et son regard glacial, aux étranges reflets, se figea dans celui de Folken qui comprit tout de suite à qui il avait affaire.
— Tu es le chef du lac… J'en suis certain !
Une brève observation des conditions appela un constat sans équivoque : ils n'avaient aucune chance…
Ce serait donc combattre pour l'honneur. Folken dégaina le premier son épée tandis que Hylden posait délicatement Yiris, toujours comateuse à terre.
Les deux hommes étaient prêts à résister du mieux qu'ils le pourraient à l'assaut.
Soudain, une violente vibration se fit sentir. Cela ne ressemblait pas vraiment à une secousse sismique, on aurait plutôt cru que la machinerie de l'Utopie se transformait en diapason.
Très vite, des fendards apparurent sur les murs de la pièce. Pour s'abriter d'éventuelles chutes de fragments de plafonds, les hommes casqués, ainsi que Garufo se rabattirent contre les cloisons.
Foruma lui n'en eu pas le temps, alors qu'il tentait de gagner une sortie, un câblage annexe de l'onde se débrancha et dégagea vers lui son fluide bouillant le brûlant vif sous les yeux de l'assistance.
Pourtant habitué à voir des horreurs au combat en tant que médecin militaire, Hylden en fut presque pris de nausées.
Ainsi, il ne restait plus du sorcier de Zaibach qu'une étrange statue desséchée figée dans une expression de cauchemar.
Pour sa part, Folken ne fit preuve d'aucune compassion à l'égard de l'individu. Son attention se porta plutôt sur un changement inespéré de situation.
En effet, de plus en plus de tuyauteries présentaient des signes de surpression et la vapeur commençait à envahir la salle.
On voyait de moins en moins loin. Repérant une issue laissée libre par les ennemis, Folken fit signe à Hylden.
— Je crois que c'est notre dernière chance ! Fit le Roi.
— En effet ! Dépêchons-nous avant de finir broyés, ébouillantés ou sous les coups des autres !
Ainsi, faute d'autre choix, ils empruntèrent le couloir en courant bien qu'ignorant tous deux où cela les conduirait.
OoO
Resté au sommet de son massif, assis en tailleur et affichant un air calme et serein en dépit du chaos qu'il observait, Adama Ish attendait la conclusion de la bataille.
— Un grand moment de notre histoire se joue… Celui où ancêtres comme jeunes doivent apprendre à tirer des leçons de leur erreur. Nous en commettons tous de toute façon que ce soit par l'orgueil de notre inexpérience ou par la façon dont nous présumons de nos capacités.
Le destin m'a accordé une existence suffisamment longue pour réfléchir à tout cela. C'est finalement l'imperfection de nous tous, êtres dotés de pensée, conscients de notre fin mais néanmoins capables de rêver qui nous donne notre intérêt !
L'homme-lion soupira avant de relever la tête dans un sourire.
— N'est-ce pas, mes chers amis ?
Tournant la tête sur sa droite, puis sur sa gauche, il lui sembla voir Balgus et Lig auprès de lui. Tous deux affichaient un sourire fataliste.
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La fuite éperdue de Folken, Hylden à travers les couloirs souterrains continuait. Enfin, une allée sembla monter.
L'emprunter les conduisit à la surface, au pied d'une allée bordée d'une colonnade. En la suivant, ils commencèrent à entrevoir la rivière de l'Utopie, il ne restait plus qu'à la suivre pour atteindre la sortie.
Alentour, on entendait les combats qui faisaient rage, les fausses-personnes continuaient à se battre sans relâche contre les hommes casqués d'or.
A quelques encablures de leur salut, le général et le Roi virent s'interposer devant eux une nouvelle troupe ennemie.
Ils étaient finalement une vingtaine. Le ratio était moins défavorable que la fois précédente.
Seul problème, les deux hommes commençaient à ressentir des douleurs provenant de leurs blessures lors de l'explosion de la forteresse à Freid.
Somme toute, leurs plaies n'avaient été soignées que par une magie illusoire. Ainsi, faute de soins sérieux, elles n'étaient certainement pas correctement consolidées…
Parfaitement ambidextre et plus résistant de part sa race, Folken avait des chances de résister, pour le général, c'était moins sûr…
Fidèle à leur méthode, les assaillants s'ordonnèrent tandis que leur chef se détachait du groupe
— Je suis déçu que mon adversaire ne soit pas en état de combattre… Enfin, ça ne fait rien, vous devez tous périr !
Il sourit et retira son casque. Avec ses longs cheveux verts attachés à la base du crâne, sa pâleur et surtout dont la couleur d'energist était cette fois clairement visible, il s'agissait bien un descendant du peuple du Dieu Dragon.
Folken pesta intérieurement. Il aurait dû s'en douter dès la première confrontation… Avec le recul, il avait eu de sérieux doutes sur la nature des adversaires de Yiris lors du combat au bord du lac au vu de leurs capacités.
S'être arrêté le mettait aussi face à un autre fait, la vibration venue des souterrains s'amplifiait. L'onde devait surchauffer.
Il était probable que l'Utopie ne résiste pas très longtemps…
En dépit de compte à rebours, les forces en présence se jaugeaient. Ce fut la voix sèche de Garufo qui interrompit le face-à-face.
— Anéantissez-les, bon sang ! S'ils sortent, tout est fini ! Là, il reste encore une chance !
Folken l'observa. Il n'était pas dupe. Après la secousse, il avait dû comprendre que les dommages occasionnés à son système étaient irréparables et sa fin, proche.
Son dernier souhait était clair : il voulait être certain d'entraîner son bon vieil ennemi dans sa chute en le retenant dans ce qui allait être leur tombeau.
Advienne que pourrait, le Roi se plaça devant Hylden, qui portait toujours Yiris, inerte, dans son dos et commença à repousser quelques assauts.
Surpris par la résistance de son seul adversaire valide, le chef ennemi fit signe à ses hommes d'interrompre les hostilités.
— Excellent, excellent ! La demi-fausse-personne était exceptionnelle dans son genre mais là, je ne suis pas non plus déçu ! Vous êtes très talentueux !
Essuyant de son bras son sang mêlé à celui de ses ennemis qui ruisselait sur son visage tout en reprenant son souffle, Folken lança un regard méprisant à l'encontre de l'individu.
— Dites-moi, vous ne croyez pas que vu que nous battons à mort, je pourrais au moins savoir à qui j'ai affaire ?
— Question pertinente ! Ayant reçu une bonne éducation, je me dois de répondre. Je me nomme Iakin… mais vous me connaissez mieux sous le nom de Sophocle…
A ces paroles, le jeune homme avait du mal à cacher sa stupéfaction. Celui qui lui faisait face semblait plus jeune que lui.
— Cela n'a aucun sens, Sophocle est un vieillard alors que vous devez avoir à peine la trentaine…
— Exact, mais je joue son rôle depuis quelques années… Il est mort et il a fallu éviter une transition délicate. Un peu de magie a suffit…
— Vous avez manipulé votre propre peuple vers sa perte…
— Vous êtes un des nôtres et vous n'avez pas non plus donné l'exemple dans le passé !
Remarquez, votre chère petite femme a fait largement pire ! En la suivant, les fausses-personnes ont signés leur arrêt de mort !
Un instant, Folken observa Yiris. Elle lui avait menti… Souvent…
Mais elle avait toujours suivi des objectifs précis et si elle avait conduit son peuple en cette terre si particulière qu'était l'Utopie, c'est qu'elle devait avoir espoir.
Et soudain, alors que tout semblait perdu, une troupe de fausses-personnes apparut, avec Exclior à sa tête.
— Nous, au moins, n'avons pas remis le destin de notre race entre les mains d'individus qui n'en partagent même pas le sang ! Dit fièrement le fausse-personne à l'attention du descendant du peuple du Dieu Dragon. Nous avons agi en fonction d'une légende qui constitue le peu d'histoire que nous possédons !
Celle que nous suivons a, non seulement, notre sang qui coule dans ses veines mais, en plus, c'est l'un de nos pairs, qui fut tout de même élevé au rang de Grand Guerrier de Gaea, qui l'a reconnue comme élue !
Cela vaut bien mieux que les fous qui vous ont volé l'identité que vous aviez la chance d'avoir !
Les propos n'étaient pas pour plaire à Iakin.
— Des leçons de noblesse de la part d'une bande d'assassins qui prolongent leurs vies en tuant des humains… Magnifique… Vous allez voir pourquoi notre race est si exceptionnel car, après tout, nous sommes les descendants directs des créateurs de ce monde !
— Oui, descendants directs, entachés par la peau de couleur la mort, de la chevelure de celle de la pourriture et des yeux couleur energist pour être à jamais les parias désignés car vos ancêtres ont créé ce monde après avoir causé leur propre perte ! Au final, vous ne valez pas mieux que nous !
— Ferme-la ! Hurla Iakin.
Le chef ordonna à ses soldats de changer de cible, tout en laissant quelques hommes s'assurer que les autres proies ne fuiraient pas.
Il fallait dire qu'avec un bras douloureux et Yiris dans son dos, Hylden était incapable de combattre.
Quand à Folken, il lui était difficile de rivaliser face aux cinq hommes encore en train de le surveiller sans prendre de risque pour ses compagnons.
Vaille que vaille, utilisant la colère de l'imposteur, Folken se lança sur lui épée à la main gauche, ce dernier para le coup avec brio.
L'heure de la revanche était venue !
Bien trop heureux de pouvoir affronter un adversaire aussi légendaire, Iakin fit signe à ses sentinelles de ne pas intervenir.
Combattre entre deux descendant du Peuple du Dieu Dragon, quelle stupidité, au-delà de s'affronter entre membres d'une race qui avait tant souffert, les capacités identiques faisaient que les attaques se finissaient systématiquement en parade du fait des réflexes aiguisés à la perfection.
Malgré tout, Folken finit par souffrir d'un léger désavantage, la fatigue, sans doute lié à sa part d'humanité et il reçut quelques entailles.
Hylden, en retrait, espérait un retournement de la situation. Même s'il n'avait jamais apprécié Folken, il devait reconnaître que ce dernier était un grand épéiste.
Cependant, le talent ne fait pas tout et après un coup de lame reçu à l'épaule, le Roi de Fanelia était en mauvaise posture.
Tandis que Iakin, fier de son exploit s'approchait pour donner le coup de grâce, du coin de l'œil, Folken vit Garufo se diriger vers la rivière. Le lâche avait donc l'intention de fuir… Encore une fois…
Il fallait l'empêcher de nuire pour de bon !
A quelques pas, fausses-personnes contre descendants du peuple du Dieu Dragon, les deux races maudites s'affrontaient avec brio.
La gravité ne semblait avoir aucune prise sur eux, les coups s'échangeaient en l'air.
La douleur n'était que peu ressentie, même les lames pouvaient trancher les chairs sans susciter un sourcillement.
Une vague de chaleur commença à se faire sentir. La défaillance de l'onde s'aggravait et brusquement une nouvelle secousse, encore pire que les précédentes.
Les colonnes qui entouraient le lieu du combat commencèrent à s'écrouler.
Profitant de la panique qui s'en trouvait créer, Folken faussa compagnie à Iakin puis se lança sur un des hommes casqués d'or et, lui prenant un de ses couteaux de lance, il visa Garufo dans le dos avant que celui-ci ne disparaisse de son champ de vision.
— Un lâche a la mort qu'il mérite !
Une fraction de seconde, il entrevit son vieil ennemi s'effondrer. S'en suivit un violent choc puis le néant…
OoO
Depuis le vaisseau amiral de la flotte alliée venue envahir Basram, Ezgas et Kaja tentaient de coordonner au mieux leurs efforts afin de limiter les pertes.
Et cela s'avérait difficile. L'ambiance au sol était un étrange mélange de guérilla urbaine et de panique collective face aux séismes successifs et la montagne rosé.
Brusquement, un soldat déboula dans la salle de conférence.
— La lumière rose devient de plus en plus puissante, les équipes au sol mentionnent des secousses de plus en plus violentes !
— A ce stade, suggéra le général de Fanelia, je crois qu'il faut ordonner à nos hommes de s'abriter.
— Vous aussi, vous redoutez que cette montagne suspecte soit l'entrepôt d'energist… Observa le soldat de Freid.
— A ce stade, il est trop tard pour évacuer de toute façon… Croisons les doigts…
En disant ces derniers mots, le général s'était dirigé vers un hublot. Là, l'espace d'un instant, parmi le nuage de poussière étrangement éclairé, il crut distinguer la silhouette d'un dragon volant.
OoO
Il en avait fallu des heures et des heures… Et finalement, l'hétéroclite troupe souterraine menée par Meinmet redécouvrait le ciel.
Il faisait nuit et la vision ordinaire des étoiles leur apparut sur le coup simplement sublime.
Remonter le puits s'était avéré laborieux. Par lui-même, cette ancienne cage d'ascenseur de mine était d'une effrayante profondeur.
Puisque que tout le monde se défilait, Haymlar et Gaddes avait finalement prit la tête de la cordée inédite, Adelfos, lui, était trop faible après cette expédition.
Au cours de l'expédition, des étais de bois avaient cédé, des barreaux métalliques avaient lâchés…
Meinmet, Dryden et Monsieur Taupe n'avait été sauvés que par leurs harnachements respectifs. Se retrouver flottant dans le vide leur avait causé de terribles frayeurs.
— Ah, fit Reeden, qui avait aussi connu quelques glissades périlleuses, l'air du dehors, c'est la meilleure chose du monde !
— Je dirais même mieux que l'alcool ! Renchérit Pyle.
Tous se défaisaient des nœuds qui leur avaient tant rendu service. Haymlar félicita Yrkas qui avait formidablement su se débrouiller en dépit d'un bras en moins.
De leur côté, comme si de rien n'était, Amlek et Dryden débattaient de leur formule explosive et avaient hâte d'en avoir des retours…
Mais Meinmet interrompit les réjouissances. Monté sur une crête approchante, il fut vite rejoint par les autres.
Tous se figèrent devant la vision la capitale de Basram en proie au chaos et, toute proche, la montagne de l'Utopie et l'effrayante lumière rose qu'elle émettait.
— Il se passe quelque chose de vraiment pas normal… Murmura le vieil homme.
OoO
Enfin, il était à la verticale de la montagne maudite. Hitomi se serra fort contre Van.
Ce dernier avait de plus en plus de mal à maintenir les commandes de son guymelef.
Prenant une grande inspiration, il se tourna vers la jeune femme, toujours tendrement appuyée contre son dos.
— Tu es prête ?
— Oui, on va au bout, ensemble !
Et là, forçant les commandes de toute ses forces, dépassant la gène de ses douleurs de convalescent, le jeune homme lança la chute d'Escaflowne en piqué au-dessus du halo rosé.
Tandis qu'il lâchait définitivement les commandes de l'engin de ses ancêtres, juste à la verticale du sommet du dôme,
Van prit Hitomi dans ses bras avant de déployer ses ailes.
Tous deux virent Escaflowne tomber sur la montagne et, lorsque le contact eu lieu, une vibration sonore se fit entendre, très aigüe, assourdissante, bien pire que lors des deux précédentes explosions d'energist.
Dans un premier temps, la roche qui recouvrait le dôme s'effondra et glissa comme si elle n'avait été que du sable, dévoilant un demi globe cristallin.
A des dizaines de lieux à la ronde, face à la puissance de l'onde de choc, des centaines de personnes s'évanouirent.
Pour sa part, Hitomi parvenait à garder ses esprits. Dans sa tête, des voix se faisaient à nouveau entendre, celles des pères fondateurs.
— Certaines choses devront être remises à leur place… Nous vous faisons confiance pour cette ultime tâche…
Et là, la jeune femme sentit qu'elle ne volait plus même qu'elle était en train de tomber. Se tournant vers Van, elle vit que ses ailes étaient en train de se disparaître.
— Qu'est-ce qui se passe ? Demanda-t-elle, affolée.
— Je n'en ai aucune idée, mais prépare-toi, l'atterrissage va être rude…
Elle se serra fort contre lui. Les quelques brèves secondes de chute libre qui s'en suivirent apparurent comme une éternité. Ils touchèrent le sol avec une certaine violence, amortie quelque peu par la neige des hauteurs environnantes et de nombreuses roulades à flan de montagne.
Il leur fut difficile de rester conscients avec toutes ces secousses et quand, enfin, leur course folle s'arrêta blottis dans les bras l'un de l'autre, ils observèrent, impuissants, la suite des événements.
Peu à peu, la voûte de cristal rosé commença à se fendre tout en émettant une lumière de plus de plus aveuglante.
Et, soudain, dans un fracas comme il n'en avait jamais été entendu, car il ressemblait davantage à une note de musique aigüe qu'à une déflagration, la paroi se désagrégea en millions de petits cristaux tandis qu'un faisceau rose se dirigea vers le ciel.
A Basram, redoutant l'intensité de l'onde de choc, ennemis comme alliés tentèrent de se mettre à l'abri. Tous croyaient leur dernière heure venue.
Ils en étaient de même pour Meinmet et son équipe de choc. Ils s'étaient cachés derrière un rebord de la sentirent un étrange vent chaud non seulement leur caresser la peau mais aussi comme changer ce qu'ils étaient.
Et cette étrange brise commença à parcourir tout Gaea. Sur son chemin, elle traversa la chair et l'esprit de chaque être vivant mais, surtout, elle vida de leur pouvoir toutes les pierres d'energist.
Observant la chute de l'Utopie, sentant la douceur du vent sur lui, toujours assis, Adama Ish sourit.
— Ainsi donc, une nouvelle ère s'ouvre…
