Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Hibiscus Mavros
www .hananokaze .org
Rating / Classement [+18 ]
Publié pour la première fois le 7 février 2013
Chapitre 65 & épilogue
Leur réalité
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Comme chaque matin, Naruhito Segawa passait en revue son jardin potager.
A son âge avancé, se pencher devenait difficile mais, en tant qu'ancien fermier producteur artisanal de riz, il avait l'habitude et ne se souciait pas des douleurs causées plus que nécessaire.
Sa femme Michiko n'était plus non plus très apte. Cependant, elle n'en restait pas moins une cuisinière réputée qui n'hésitait pas, certains jours, à faire profiter tous les habitants des environs de ses bons petits plats.
Elle était notamment ravie de l'offre que lui avaient faite ses nouveaux voisins d'accomplir quelques tâches pour eux contre une petite rémunération qui aidait les fins de mois.
La cuisine, et parfois quelques heures de ménage, non seulement, la distrayaient, mais en plus, elle appréciait la joyeuse ambiance qui régnait sur son lieu de travail.
Entre le petit garçon de quatre ans qui courrait dans tous les sens et les petites jumelles, tout juste âgées d'un an, qui commençaient à faire leurs premiers pas, on ne s'ennuyait jamais !
A vrai dire, les premiers temps, les Segawa s'étaient beaucoup posé de questions sur les nouveaux arrivants.
Le jeune homme qui parlait à peine japonais et ressemblait à un vétéran de guerre avec ses doigts amputés leur avait fait un peu peur, surtout quand ils avaient vu sa dextérité au tir à l'arc.
A l'inverse, la jeune femme affichait une étonnante normalité. Alors, le temps passant, la méfiance avait fini par s'en aller et une grande amitié était née entre les voisins.
Et ce matin, Monsieur Segawa était curieux de voir Van particulièrement matinal.
— Alors, jeune homme, que se passe-t-il ? Les petites vous ont encore empêché de dormir ?
— Non, petite plume et petite lune dorment encore… Balgus aussi d'ailleurs, c'est rare…
— Ah la la, « petite plume » et « petite lune », ma femme adore les surnoms que vous leur avez donnés, elle trouve cela adorable.
— Vous savez bien que c'est une idée de leur mère ! C'est elle qui a choisi, et bon, avec Tsubasa et Tsukino, cela semble logique…
— En effet, « les ailes » et « celle de la Lune »… Je me demande où votre épouse est allée chercher ses noms, on les dirait tout droit sortie d'une rêverie.
A cette remarque, Van esquissa un petit sourire avant de reprendre la conversation.
— Là, je vais m'occuper de mon cheval et, ce matin, je donne mon cour de tir-à-l'arc plus tôt que d'habitude. En fait, nous attendons des invités… importants… Donc, tout doit être prêt…
— Ah bon ? Et qui ? Enfin, si je peux me permettre…
— Les parents de mon épouse…
— Hé, hé, enfin le grand jour !
— Et oui ! Ma femme et sa mère ont réussi à convaincre mon beau-père de venir enfin me rencontrer, et ainsi de faire aussi la connaissance les petits…
— C'est une bonne chose, je sais que vous m'avez souvent parlé de la méfiance que la famille de votre femme vous témoignait. Là, c'est l'occasion d'apaiser enfin ces tensions. De plus, ce n'est pas souvent que vous recevez de la visite !
— En effet, jusqu'à présent, nous avons juste eu une amie de ma femme qui était venue, avec son mari et sa petite fille…
— La dame aux cheveux teints qui sautait dans tous les sens… Je ne risque pas de l'oublier celle-là, tout le village a dû l'entendre avec ses cris de joie ! Sa fille était du même genre, votre fils en avait tellement ras la tête qu'on l'avait retrouvé caché dans le potager !
— Il faut dire que cette petite Kiwako est une tempête, mais deux jumelles cumulées sont adorables de calme à côté !
— La fille de votre amie tient énormément de sa mère… Enfin, J'espère pour vous que cette fois, ce sera plus calme !
— Merci ! Je l'espère car j'attends cette rencontre depuis un moment. Cela compte énormément aux yeux de mon épouse…
Sur ces derniers mots, le jeune homme s'en alla voir sa monture. C'était un bel animal à la robe marron. Il appréciait de s'en occuper.
L'équitation et le tir-à-l'arc étaient les loisirs qu'il gardait comme souvenirs de son passé sur Gaea.
Pour s'occuper, il donnait des cours dans ses deux disciplines, ce qui apportait quelques revenus « honnêtes » en attendant que Hitomi reprenne ses études de médecine, chose qui lui tenait à cœur.
Cependant, dans l'immédiat, cela n'était pas possible avec les petites jumelles auxquelles elle avait donné le jour l'année précédente.
Ceci dit, grâce aux combines de Meinmet, Van avait réussi à se servir intelligemment d'une grosse quantité d'or pour obtenir des faux papiers, via des filières louches certes, ainsi que de quoi s'établir et vivre tranquillement.
La maison occupée par la famille se trouvait au sud de l'île d'Honshu, en pleine campagne. C'était une construction traditionnelle, de plain pied, mais plutôt spacieuse et somme toute assez moderne.
Les parents avaient leur chambre avec un petit coin bureau où Hitomi pouvait étudier tranquillement, Balgus avait sa petite pièce et les jumelles en occupaient une un peu plus grande.
Ceci dit, la plupart du temps, la famille le passait dans la grande salle commune dans un joyeux fouillis où les rires d'enfants se faisaient souvent entendre.
Comme à l'ancienne, la salle d'eau était contigüe à la cuisine, sauf que là, tout était carrelé et surtout électrifié.
Le confort mêlé à la tranquillité, l'or rapporté de Fanelia avait été bien utilisé.
Cela dit, il avait fallu du temps à l'exilé de Gaea pour se faire à son nouveau monde.
Afin de ne pas trop le déstabiliser, Hitomi avait trouvé que le cadre intemporel de la campagne japonaise serait idéal.
Pour les gens, Van était officiellement un ressortissant venu d'une république de l'ex-URSS. D'autant plus qu'à son arrivée, il ne comprenait que quand Hitomi et son fils lui parlaient.
Etrangement, le petit Balgus, lui, avait directement compris la langue de sa mère.
Désormais installé et accepté, ses talents d'archers avaient rencontré un vif succès. Il donnait donc des cours et en parallèle, il s'amusait à inventer toutes sortes d'histoires étonnantes aux enfants des environs pour justifier ses nombreuses cicatrices et ses doigts amputés.
Cela dit, parfois, il disait la vérité, mais cela, seul lui le savait.
Pour le reste, l'ancien Roi était aussi resté fidèle à lui-même, barbe de quelques jours, catogan et des vêtements rappelant ceux qu'il portait à Fanelia.
Mal à l'aise avec les foules et la technologie, il ne se rendait presque jamais en ville, contrairement à son fils, très curieux de découvrir où sa maman avait grandi.
Juste après son abdication et avant de quitter Gaea, le dernier souhait de Van avait été d'épouser enfin son adorée, au cours d'une simple petite fête au nombre d'invités réduits.
Au cœur de la forêt aux arbres plus que centenaires qui avaient tenu tête aux flammes de Zaibach, il avait enfin définitivement uni son destin à l'amour de sa vie avant d'entamer un nouveau départ.
Maintenant, depuis deux ans et demi que Van et Hitomi avaient tous deux quitté Gaea avec leur fils, leur vie était simple et paisible.
En souvenir de ce passé si particulier, la jeune femme portait à nouveau le pendentif, désormais mauve et dépourvu de tout pouvoir.
Pour Van, l'idée de ne plus retourner dans son monde avait été difficile à accepter au début.
Cependant, à voir son bonheur quotidien avec sa femme et ses trois enfants, il n'éprouvait plus le moindre regret.
Parfois, quand il était seul, l'ancien Souverain sortait d'un tiroir un beau coffret de bois ouvragé. A l'intérieur, se trouvait un magnifique parchemin.
Il s'agissait de la réplique exacte de celui de la légende du premier Roi de Fanelia, réalisée de la main même de son frère Folken comme cadeau d'adieu.
Cette histoire, l'ainé l'avait souvent lu à son cadet. Le père que Van était devenu la lirait à son fils…
Aussi, le hasard lui avait rappelé d'une façon étrange son amie Merle. Un jour, il avait trouvé un chaton transi et affamé sous un buisson. L'animal s'était rapidement attaché à lui, c'était une petite chatte. Il décida de la nommer Irini, en souvenir de la ville natale de son amie…
Au fond de son cœur, le jeune homme espérait que son amie était heureuse de voir qu'il avait réussi à trouver la paix.
OoO
Comme chaque année, Philippos Aryenciapolos venait rénover la sépulture familiale. En Grèce, une tombe était une pierre simple, mais peinte en bleu, vert, blanc ou jaune.
Depuis début 2010, deux inscriptions étaient venues s'ajouter en lettres grecques : « Yiris Aryenciapolos 1969-1982 » et « Constantin Aryenciapolos le second 1975-1982 ».
Les analyses avaient confirmé que les os trouvés par le père devant chez lui étaient en effet ceux de ses enfants. Mais leurs états de fragments et les diverses altérations subies n'avaient pas permis de dater les décès, ni les causes.
Alors, finalement, décision avait été prise de déclarer les décès officiellement en 2010, date de l'année de découverte des restes.
Les enfants étant morts officiellement. Aucune cause et responsabilité à leurs décès n'ayant pu être établie, l'affaire ayant plus de vingt-cinq ans, l'affaire fut enfin classée.
Cependant, pour Philippos, ses enfants avaient disparu un jour d'été bien auparavant et son chemin avait croisé celui d'un fantôme…
Et en cet après-midi ensoleillé où le vieil homme s'affairait à sa tâche, une voix joyeuse se fit entendre :
— Salut Papa, un coup de main ?
Un seau et une brosse à la main, vêtue d'un simple jean et d'une tunique colorée, Nikaia dissimulait son regard pétillant derrière des lunettes de soleil.
Elle n'était pas venue seule. Quelques pas derrière elle, habillé d'un short et d'un t-shirt bariolé avec un drôle de chapeau safari, Stavos, alias Jamie, affichait un air décontracté.
Le choc de sa rencontre avec sa sœur, qui restait le secret qu'elle partagerait à jamais uniquement avec son père, avait remis la jolie blonde sur le droit chemin. Aussi, la conclusion de l'enquête sur la disparition de Yiris et Constantin lui avait donné l'occasion de se rapprocher de l'ancien ami de jeunesse de sa sœur.
Faisait fit de la différence d'âge, ils vivaient ensemble, avec la bénédiction de Philippos, qui retrouvait goût à la vie.
Adieu les recherches désespérées de ses enfants, même s'il continuait de participer à des groupes de soutien aux parents ayant connu la même épreuve que lui afin de les aider à vivre avec.
Maintenant, il centrait son intérêt sur la gestion des parcelles qui avait désormais envahi la majorité de ce qui était jadis son jardin, la situation économique de la Grèce ne faisant que se dégrader.
Il hébergeait aussi quelques personnes désargentées, ce qui lui offrait un peu de compagnie.
Et bien sûr, quand quelques euros débordaient de son budget, il entretenait sa bonne vieille 205 rouge, le sourire aux lèvres.
Toutefois, ce n'était pas un fantôme qui avait pourtant fait rendre l'âme à l'embrayage déjà sur le déclin…
OoO
Sur Gaea, les choses étaient plutôt calmes. Avec l'aide des alliés, Basram avait créé une assemblée constituante et une nouvelle version, plus transparente, de la République était censée en sortir.
A la surprise générale, les femmes tirèrent leur épingle du jeu. En découvrant les manipulations de leurs pères et maris, elles montèrent au créneau, sortant de la réserve dans laquelle on les cantonnait depuis leur naissance.
Des élections, pour la première fois ouverte à ces dernières, mais également à tous les citoyens sans distinction de classes sociales, avaient eu lieu.
C'était finalement Gersende En Vilgok, anciennement épouse du Président Von Koingder, qui avait été élue à la tête du nouveau régime en lequel, aussi bien les habitants du pays que les états voisins, nourrissaient de grands espoirs.
Il faut dire que la dame n'y était pas allée de maintes mortes. Un tribunal constitué de citoyens élus dans chaque village avait condamné tous les politiciens survivants à la déchéance ultime, pire que la mort aux yeux d'un homme de Basram, la mort civile.
Ils étaient devenus des bagnards, étaient appelés par des surnoms péjoratifs par leurs geôliers car officiellement, ils étaient décédés et leurs épouses et enfants avaient même la possibilité de détruire tous liens avec eux.
La nouvelle administration commençait déjà à crouler sous les demandes… Gersende En Vilgok avait été précurseur en reprenant son nom de naissance.
Aussi, l'ordre de « Prêtresses » qui étaient censés être les représentations des vertus de la République, même si celle-ci se voulait laïque fut démantelé après les explications de la jeune Hylda. Les apprenties furent libérées et les prêtresses et les survivantes adultes du sérail condamnées à la même peine que les politiciens.
Maintenant, la nouvelle constitution se mettait en place et les femmes, pour symboliser leur nouvelle liberté, étaient désormais connues pour porter leurs longs cheveux toujours libres au gré du vent.
Zaibach aussi voyait son horizon s'éclaircir. L'aide précieuse apportée par Adelfos aux alliés ayant été plus que capitale dans le combat, l'ancien général de l'Empire était désormais un homme libre.
Avec la bénédiction de ceux auxquels il avait rendu un immense service en confiant les plans d'attaque de Basram, jadis établis par son armée, il s'apprêtait à devenir l'homme fort du pays.
Là, par contre, la mise en place d'un véritable système politique serait délicate. Cependant, Adelfos avait fait le serment de vouer la fin de sa vie à faire le réel bonheur de son pays.
Son seul regret était certainement le fait qu'il n'aurait que le temps de poser les bases du renouveau de sa nation.
En effet, le chantier était immense. L'industrie ne pouvait rester dans la seule capitale, les habitants souffrant des miasmes de l'atroce pollution qui obscurcissait encore souvent le ciel.
Cela dit, au moins, contrairement à d'autres, le pays avait déjà les bases d'autres engins fonctionnant notamment à la vapeur et avec une sorte de variante du pétrole puisé dans le sol glacé du nord de la contrée.
S'il parvenait à utiliser cela intelligemment, il pourrait très vite rendre à son pays à la fois une vraie puissance économique et une réelle qualité de vie.
Avec une certaine ironie et dans un esprit tout ce qu'il y avait de plus bon enfant, il avait fait savoir à Folken qu'il espérait bientôt rentrer en concurrence avec Fanelia, sur le plan des technologies alternatives à l'energist.
Asturia aussi ne s'en sortait pas trop mal. Sa position centrale parmi les grandes nations en faisait toujours le grand pôle d'échange. Cependant, il était clair que pour ce qui était de la fabrique des vaisseaux par exemple, il y aurait beaucoup de retard à rattraper…
La fin de l'energist avait aussi sonné le glas d'une des plus vieilles armes de Gaea : les guymelefs. Aucune source d'énergie ne semblait en mesure de remplacer les précieux cœurs de dragons fossilisés.
Et cela contribuait d'autant plus à l'ambiance calme globale. Avec la bénédiction de Millerna, Dryden avait organisé une grande conférence. Utilisant de sa verve, il réussit habillement manipuler chacun pour que le calme règne pendant les années à venir.
Après tout, le marchand n'était-il pas le Roi en titre d'Asturia depuis le décès de Grava Efud Aston ?
Sur ce point, après plusieurs mois à porter le deuil d'Allen, Millerna s'était recentrée sur elle-même. Ses fils l'avaient beaucoup aidée dans l'épreuve traversée.
Pour sa part, Dryden avait fait le choix de se montrer discret, ne gérant que ce qu'elle lui confiait et ne se montrant pas envahissant en privé.
Néanmoins, il avait affiché une évidente bonne volonté en tentant de sympathiser avec Caspar et Henry. Dubitatifs au début, les deux garçons avaient fini par se prendre au jeu.
Il faut dire que le commerçant avait une telle culture qu'il pouvait raconter sans aucune difficulté des centaines d'histoires différentes toutes plus étonnantes les unes que les autres, ce qui ne manquait pas de captiver les enfants.
Le cœur de la Reine était envahi de pensées contradictoires, comme à l'époque de ses quinze ans finalement...
A force de passer des nuits blanches, elle décida de trancher la question qui tourmentait son esprit. Aussi, par l'entremise d'une de ses fidèles servantes, elle fit passer un petit mot à Dryden lui demandant de la retrouver un soir dans un petit coin discret des jardins du palais de Palas.
Et une grande partie de la nuit, ils avaient parlé de mille et une choses. Les rencontres se répétèrent et, peu à peu, les époux se rapprochèrent.
Le marchand finit par regagner l'amour de sa femme, non seulement par son intelligente participation dans le conflit de Basram, mais aussi par ses efforts du quotidien.
Ainsi un peu plus d'un an et demi après leur réconciliation, la naissance d'une petite fille, prénommée Estelle, vint sceller leur union.
Brune comme son père, mais avec des yeux violets pétillants comme sa mère, elle était un parfait mélange et ses grands frères l'accueillirent avec joie.
Avec un petit air nonchalant, Dryden estima que c'était aux enfants aînés de Millerna d'hériter du Trône car c'était elle la vraie Souveraine, lui, même Roi n'étant qu'une pièce rapportée.
Ainsi, après avoir été le pays du scandale, Asturia sortit de sa parenthèse étrange.
La contrée coulait des jours heureux. Dryden veillait sur le bon fonctionnement de l'économie mercantile, Millerna gérait les aléas et Gaddes avait été confirmé dans son poste à la tête des armées.
L'ancien bagnard avait eu un peu de mal à se mettre dans le bain, tout comme ses compagnons de toujours qui formait une équipe peu académique autour de lui.
Le temps aidant, il progressa rapidement et son sérieux fut vite reconnu. Il faut dire que la blessure de la perte de Celena avait laissé une profonde cicatrice qui lui avait à jamais ôté sa joie de vivre.
Cependant, il se devait d'avancer, pour que, de là où elle était désormais, elle soit fière de lui.
Du côté de Freid, le Duc Chid avait prit confiance en lui. Certes, cela ne lui épargnait pas les aléas de santé, mais il commençait à s'affirmer, au grand bonheur de Kaja, son tuteur.
En accord avec sa tante Millerna, il avait choisi de garder le secret de ses origines et vouait la même déférence à ses « deux » pères car chacun avait fait beaucoup pour lui.
Aussi, il n'était plus seul depuis quelques temps. Au cours de la grande conférence à Asturia pour la mise en place d'un grand pacte de non-agression entre les grandes nations, son chemin avait croisé celui d'une pimpante Princesse de Cesario.
Elle était rousse aux yeux verts. Et tout comme Chid, tout ce qui était protocolaire l'ennuyait profondément.
Aussi volcanique que lui était calme, parfaitement complémentaires, ils avaient tout de suite compris qu'ils étaient faits l'un pour l'autre.
Le Roi de Cesario fut assez surpris quand il reçut une demande officielle de Freid pour marier une de ses filles cadettes, car Flavie, c'était son nom, était connue pour être particulièrement ingérable.
Aussi, les tractations furent bien plus rapides qu'à l'ordinaire et, désormais, Chid pouvait compter sur son épouse pour lui donner la force de s'imposer.
Quand aux fausses-personnes et aux quelques descendants du peuple du Dieu Dragon qui avaient survécu à la destruction de l'Utopie, devenus humains à l'apparence banale, ils menaient des vies paisibles, fondus dans la masse.
Chacun espérait que cette période de paix se prolonge le plus longtemps possible. Cela dit, nul n'était pour autant dupe concernant ce qui était de la nature belliqueuse de l'être humain…
Alors, autant profiter du calme pendant qu'il était de mise…
OoO
— Vous êtes nuls…
Assise sur une de ses bonnes vieilles chaises longues, vêtue d'une élégante robe violette à veste croisée, sa tresse d'or ornant ses cheveux teints en blond par souci de coquetterie, Yiris avait tout d'une grande dame… A quelques détails près…
Effectivement, elle continuait à porter sa ceinture sur le côté et non devant, à la manière des hommes et agitait vivement son bâton.
Le sujet du jour était un entrainement donnés aux fils d'Ezgas. Désormais âgés de onze et quatorze ans, ils avaient souhaité apprendre l'art du bâton afin de devenir, selon leurs propres propos, « des combattants complets ».
Cependant, l'épreuve risquait de s'avérer complexe, car bien que sa validité soit nettement limitée, Yiris n'avait rien perdu de son mauvais caractère.
Toujours aussi facétieux, bien que maintenant obligé de marcher avec une canne car ses rhumatismes le travaillait trop, Meinmet assistait également au spectacle.
Décontracté comme à son habitude, pantalon de toile simple, chemise fermée par une corde et long manteau bleu foncé, il avait gardé ses longs cheveux et surtout sa fameuse barbe tressée qui lui donnait ce style si particulier.
Après un énième sermon à ses apprentis, Yiris les congédia sèchement, les menaçant clairement de leur faire tâter de son bâton à elle s'ils se montraient aussi mauvais à la prochaine leçon.
Se tournant vers elle, le vieux Prince fit remarquer :
— Tu ne crois quand même pas que tu es un peu sévère sur ce coup-là ?
— En me demandant de leur enseigner mon art, je pense qu'ils savaient à quoi s'attendre ! En plus, si Enes est encore un gamin, Hacham, lui, est presque un homme, donc il assume !
— Et tu en profites ?
Du coin des lèvres, Yiris esquissa un petit sourire malicieux. Meinmet n'eut aucun mal à saisir le sens de la réponse.
— Dis-moi, reprit-il, où sont les enfants aujourd'hui ? Je ne les ai pas vu, alors qu'il fait beau !
— Bah, je ne leur cours pas après toute la journée non plus ! Il y a des gens qui le font à ma place ! Cependant, je présume que chacun doit être avec son père.
Ces mots avaient été prononcés avec un naturel désarmant. Et, après les avoir dit, la jeune femme se pencha vers sa jambe gauche.
Relevant le tissu soyeux de sa robe, elle découvrit une jambe lisse dont la teinte était très proche de celle de sa peau, dont elle rajusta la jonction avec l'articulation de son genou.
— N'empêche que ce truc est une merveille ! S'exclama Meinmet.
— Et oui, la céramique, c'est léger et, même s'il demande un entretien fréquent, le système de jonction avec le genou me permet de marcher presque normalement !
— Tu te rends compte de la chance que tu as ? En alliant leurs connaissances respectives, l'un dans l'ingénierie, l'autre dans la médecine, ils t'ont permis de mener une vie presque normale.
Yiris se releva et observa le ciel, songeuse.
— S'ils n'avaient fait que ça pour moi… Il y a tant d'autres choses…
La conversation fut interrompue par un appel joyeux :
— Maman ! Il paraît que tu as encore été sévère avec Hacham et Enes ?
Se guidant avec l'aide d'un bâton, confectionné par les soins de sa mère, Chioni avançait avec précaution.
Ses immenses cheveux gris totalement raides étaient libres, juste un ruban faisait office de bandeau. Ce dernier était vert très foncé, en contraste avec la robe d'une nuance beaucoup plus claire de la même teinte.
Derrière elle, attentif à sa démarche et prêt à l'aider au moindre souci, son père, Folken souriait.
Désormais âgé d'un peu plus de quarante ans, il gardait ses traits à peine entamés par les années mais, comme une pensée pour son frère cadet, il portait désormais une barbe de quelques jours.
Soudain, un petit garçon brun accourut vers la fillette et l'attrapa par le bras.
— Chioni !
L'intéressée se pencha vers lui, détaillant les traits de son visage de ses doigts.
— Bonjour Philippos ! Dis-moi, tu t'es encore occupé des chevaux aujourd'hui ?
— Oui, de plein, il y a même des poulains qui viennent de naître ! Répondit le petit en sautillant de joie.
Un peu en arrière, Hylden souriait. Lui aussi n'avait pas tant changé, contrairement à son rival, il avait fait le choix de se raser car Yiris lui ayant dit un jour qu'elle l'aimait mieux tel qu'elle l'avait connu.
Ses cheveux bruns nattés commençaient à se parsemer de quelques mèches blanches et son visage était un peu plus sévère.
Le petit garçon joyeux était loin d'imaginer qu'il était au cœur d'un pacte très particulier. En effet, suite à aux événements confus oscillant entre rêve et réalité au sein de l'Utopie, Yiris attendait un enfant, sans être sure de la paternité.
Face à cette situation, Folken, Hylden et Yiris avaient conclu un accord. Le petit ou la petite à naître serait élevé par son père, et, en cas de doute, il avait été décidé de laisser la mère trancher, chose que, heureusement, elle n'eut pas à le faire.
En effet, naquit un petit garçon portant une tâche de naissance que partageait le général.
L'accouchement prévu par césarienne eut lieu de nuit pour la limiter encore les présences, les complications hémorragiques sonnèrent le glas des maternités pour Yiris.
En parallèle, le nourrisson fut discrètement exfiltré du palais et caché au bordel où Anna, la femme d'Yrkas veilla sur lui.
Officiellement, Yiris avait mis au monde d'une fille morte-née, qui devait donc être enterrée sans cérémonial sur la terre de sa mère, Irini.
Hylden pour sa part ne présenta son fils que quelques mois plus tard le faisait passer pour plus jeune qu'il n'était et expliquant qu'il avait été dans l'obligation de le ramener avec lui, la prétendue mère étant décédée peu après la naissance.
Et comme personne ne ferait le lien, le petit garçon reçut le nom de Philippos en hommage au père de Yiris.
Malgré la particularité de son cas, indifférent aux commérages, le général était heureux.
Rien que quelques heures, une à deux fois par lune, à la dérobée dans un recoin du palais avec Yiris étaient son paradis.
Cela était le versant plus licencieux d'un pacte liant les trois rescapés de l'Utopie, le Roi comme le général ne pouvait se passer de la jeune femme, et elle ne pouvait pas arriver à choisir.
Ainsi, bien que s'affichant et vivant officiellement avec Folken, Yiris passait des moments intimes avec Hylden.
Concernant la succession royale, le Souverain affirma son total contrôle de la situation en décidant de modifier la loi de Fanelia.
Maintenant, en plus de pouvoir faire passer le titre par le sang, donc d'engendrer un Roi, les filles pourraient devenir Reine et choisir celui qui régnerait à leur côté, et ce uniquement en tant que consort car ce seraient elles qui représentaient de la plus ancienne lignée de Gaea.
Aussi, dans un pays comme Fanelia où Yiris avait été la première épouse à siéger aux côtés de son mari dans la salle du Trône, ce fut une véritable révolution !
Somme toute, les mentalités sur Gaea avaient évolué. La situation de Millerna dont les filles adultérins étaient premiers dans l'ordre de succession, l'accès au pouvoir des femmes à Basram, la montée d'Adelfos, ancien général de l'Empereur fou, prisonnier politique pendant plus de dix ans au sommet de Zaibach…
Tous ces exemples montraient que la planète du salut ultime voulue par les Atlantes savait apprendre de ses erreurs et que ses enfants continueraient à aller de l'avant.
Il y aurait sans doute encore des conflits, des réconciliations, comme sur cette jumelle que l'on voyait dans le ciel, mais c'était la fois de Gaea en son propre potentiel qui venait de la sauver.
La Terre suivrait sans doute la même voie… L'histoire est un éternel recommencement…
En songeant à cela, à tout ce qu'elle avait vécu à son voyage, à ce qu'elle, Hitomi et Folken avaient appris, à l'instant présent, la Reine de Fanelia souriait.
Se retournant vers Meinmet en cachant son œil aveugle d'une main, elle conclut :
— Maintenant, je n'ai qu'une vision des choses : la mienne !
Voyant les enfants, Yiris les invita à venir à elle. Glissant son bâton dans sa ceinture, elle prit chacun par une main, avant de partir se promener sur la grande esplanade avec eux.
Même si le pari était risqué et aggravait les soupçons, elle avait choisi de jouer auprès le rôle d'une sorte de marraine auprès du petit garçon.
C'était un bonheur pour elle de le serrer dans ses bras en dépit du regret de ne pas avoir vu ses premiers mois et de ne pouvoir l'appeler « son » fils.
Malgré tout, elle ne regrettait pas d'avoir accepté de laisser l'enfant à Hylden, parce qu'elle était heureuse d'avoir ce lien avec le général tout en le laissant profiter des joies de la paternité.
Son mari et son amant la regardèrent s'éloigner. Se retournant brièvement, elle leur offrit à chacun un regard tendre, témoin de tout l'amour qu'elle leur portaitElle ne le disait pas mais elle était heureuse d'avoir une incarnation de son amour aussi bien pour l'un que pour l'autre au travers de ses enfants.
Meinmet, toujours confortablement assis, se tourna vers les deux hommes :
— Si vous acceptez cela, c'est parce qu'elle en vaut la peine, non ?
Et, en guise de réponse, les intéressés se contentèrent d'opiner de la tête.
OoO
Au loin, un bruit de moteur se faisait entendre. Hitomi sortit immédiatement. Rapidement, elle distingua la voiture de ses parents qui débouchait sur le chemin de terre qui conduisait à sa maison.
Heureuse, elle ne prit même pas le temps d'enfiler ses chaussures et courut, pieds nus dans l'herbe, avant de se figer sur le seuil du petit portillon de son jardinSa maman fut la première à sortir du véhicule et lui sauta au cou, puis, il y eu Mamoru et, enfin, son papa.
Un long moment, la famille Kanzaki reste ainsi enlacée. Avant qu'une petite voix n'interrompe les retrouvailles :
— C'est Grand-mère et Grand-père et Tonton Mamoru, c'est ça ?
Tenant chacune de ses sœurs par une main, Balgus affichait un grand sérieux. En le voyant, Aya Kanzaki se pencha et admira avec enthousiasme ses petits-enfants.
— Oh ma puce, ils sont superbes !
Resté en arrière, Van prit sur lui et se décida enfin à approcher. Le père d'Hitomi se dirigea vers lui. Un moment, il le jaugea.
Hitomi, Aya et Mamoru étaient quelque peu stressés mais, finalement, Shinichi tendit la main au mari de sa fille.
— Van, c'est ça ? Enchanté de vous rencontrer !
— Moi de même ! Répondit l'intéressé.
Sur le coup, le jeune homme ne su pas comment réagir. Les Rois ne faisaient pas usage de ce type de ce salut.
Alors, même si cela eut un effet surprenant, au lieu de saisir la main, il prit ferment le poignet de Monsieur Kanzaki, surpris, mais amusé, de ce salut à l'ancienne.
Lorsque Mamoru éclata de rire en disant qu'il croyait voir la série « Spartacus », l'ambiance de détendit immédiatement.
Le contact s'était finalement bien passé, au grand soulagement d'Hitomi. Celle-ci invita alors tout le monde à venir à l'intérieur pour profiter d'une petite collation.
Joyeux, les enfants entraînèrent leurs grands-parents et leur oncle.
Avant de rentrer, Van et Hitomi jetèrent un coup d'œil mélancolique vers la Lune.
OoO
Jamais personne n'atteindrait la sagesse parfaite, mais ayant choisi de laisser leurs héritiers seuls, les mystérieux ancêtres avaient probablement pris la meilleure décision qui n'avait jamais été prise auparavant…
Désormais, conformément à la dernière volonté de l'esprit des atlantes, chaque chose était à sa place. Leurs héritiers forgeraient eux-mêmes leur destin par leur choix.
Que ce soit sous un ciel ou un autre, chacun poursuivait son chemin… Simplement à la recherche de ce qui le faisait rêver…
