Ma délicieuse Bella,
J'aurais aimé commencer ma lettre différemment que par les mots qui vont suivre mais dans le cours de l'existence, il arrive parfois que les choses ne se passent pas exactement comme on l'aurait souhaité. Je t'écris cette lettre car je vais bientôt m'en aller, là où j'en suis certain je ne trouverais pas la paix. Pas après avoir commis tant de péchés. Mais ce n'est pas une lettre de repentance que je t'adresse, non ma délicieuse fille, je ne souhaite que ton bonheur et c'est pour cela que je me dois de tout te révéler. Mon ange, tu sais que tu n'es pas le fruit de mes entrailles mais je t'ai aimé de manière semblable si ce n'était davantage. Tu es l'enfant d'un autre, d'un ami que j'avais longtemps chéri. Un ami…Différent, mon ange. J'espère que tu croiras les divagations d'un condamné. Saches que c'est sur son lit de mort qu'un homme est le plus sincère. Mon ami était… différent. A dire vrai, j'ai toujours refusé de savoir ce qu'il était vraiment… Je le portais en grande estime et j'avais une infinie confiance en lui, je lui aurais confié ma vie sans aucune hésitation. Il se nommait Abaylard. Oui comme ces deux amants que tu aimais tant Abélard et Héloïse. Je sais que ton cartésianisme t'empêchera de me croire sur ses lignes mais je t'assure que tout n'est que réalité. Ta mère quant à elle n'était qu'une simple humaine dont ton père s'était follement épris. Une humaine qui avait accepté au péril de sa vie d'être le « Sumbolon » de ton père. C'était ainsi qu'étaient nommés les « femmes fécondes », les humaines acceptant d'être compagne d'être tel que ton père. Ils furent assassinés, j'ignore comment. La version officielle demeure celle d'un accident de voiture. Méfies-toi toujours de cet alibi mon ange, ce n'est que pure mensonge et tentes de découvrir ce qui se cache au delà. La « famille » de ton père te confia à moi, elle n'avait pas le temps de s'occuper d'une humaine et j'avais été désignée comme étant ton Tuteur (une sorte de parrain selon eux). C'est ainsi que tu es entrée dans ma vie. Ils m'ont interdit de te parler de leur monde, de leur espèce, de leur…différence. Je te rassure sur ce point je n'avais rien à cacher. Je n'ai jamais eu accès à leur monde. J'ignore même leur nature. La seule chose qu'ils me permirent de te transmettre fut le médaillon qui orne ton cou, là où sont gravés les noms d'Abaylar et de Renée. Tes parents. Ne doutes jamais de l'amour qu'ils t'ont porté. Il fut si profond, si pure, rare.
Mon ange, ma délicieuse Bella, cela pourra te paraître lâche de t'avouer sur un morceau de parchemin que ta vie entière ne fut que mensonge mais ma fin étant si proche, je ne risque aujourd'hui plus rien. En te révélant une part de celle que tu es, j'apaise mon esprit avant le plus long des voyages que j'aurais à accomplir.
Avant de me retirer totalement de ta vie, il te faudra savoir que tu fus et demeure lié à leur monde.
Dans l'ombre, leurs hommes te protégeaient d'éventuels dangers, assouvissait le moindre de tes besoins sans que tu n'en fus en rien inquiété. Et tout cela pour une seule raison, tu es à ton tour destiné à être une « Sumbolon ». Je ne peux t'en expliquer davantage, comme je l'ai déjà souligné, je suis bien ignorant sur ce point.
Je suppose que très vite, un autre que moi saura t'en dire davantage.
C'est sur ces mots que j'achèverais ma lettre, ma fille. Et je me doute n'en avoir dit suffisamment. Mais un jour, très proche, tu sauras tout.
Pardonnes moi mon enfant pour le moindre mal que j'ai pu involontairement te causer, pour le moindre mensonge que j'ai du dissimuler de manière éhontée.
Pardonnes moi mes erreurs. J'espère que tu me comprendras et que ton amour ne sera en rien altéré par ses révélations.
Je t'aime mon doux ange bien plus que ma propre vie. Saches que j'emporte avec moi le souvenir d'une longue vie illuminé par ta présence à mes côtés.
J'espère ne jamais te revoir Bella. Même de l'autre côté, la place d'un ange n'est pas à mes côtés.
Adieu ma fille,
Charlie.
