Les gargouillis de mon ventre retentirent dans la silencieuse bibliothèque m'attirant les regards dépités des personnes m'entourant, je me contentais de baisser la tête légèrement gênée. Lena, à mes côtés, se retint de s'esclaffer tout en marmonnant une musique de son actif.

Si la bibliothécaire avait connaissance de cela, elle nous incendierait à l'heure qu'il est. Elle est à l'antipode du commode. Sévère, lunatique et légèrement aigrie. Il y avait de cela moins de dix années, elle n'était pas ainsi. Souriante, chaleureuse et aimante, elle avait tout simplement perdu goût à la vie le jour où son époux, après vingt années de mariage, lui annonçait trouvait la vie bien fade à ses côtés. Il s'en était allé alors sans un regard en arrière, laissant cette pauvre femme sans vie...Sans aucune consistance. Mrs Dombstein avait l'allure d'un zombie, plus morte que vive. Elle était là dans son bureau miteux à ordonner ses fiches, remontant de temps à autre ses lunettes écaillées et faisait de son mieux pour ne pas jeter un regard vers le cadre près de sa lampe de bureau. Un cadre qu'elle n'avait jamais eu le courage de jeter dans l'espoir assez fou, qu'il lui reviendrait. Après dix années, elle n'avait cessé d'y croire. Où trouvait-elle cette foi? D'où tirait-elle sa force?

Lena se mit à battre le pied en rythme, je me retins de lui asséner une tape magistrale sur la tête. Nous allions nous faire virer et je n'avais toujours pas fini mes recherches en Histoire. Je la jaugeai froidement, espérant qu'elle s'en tiendrait à cela mais elle poursuivit un décibel plus haut, à croire qu'elle le faisait exprès.

_Fascination Fascination It's just the way we feel.

Le refrain! Seigneur, venez moi en aide! J'entendis le cliquetis des pas de Dombstein avant d'entendre ses cris presque étouffées.

_ Sortez immédiatement.

Je me retins de me cogner la tête sur la table avant de tenter de m'amender. Peu m'importait que Lena ait des ennuis tant que je pouvais terminer ce foutu devoir.

_Mrs...

Elle ne me laissa pas le temps de terminer, grognant légèrement alors que ses narines se dilataient. Je déglutis à leur vue. Comment faisait-elle cela? J'empoignai mon sac, tirant brusquement Lena sur mes talons et nous quittions la bibliothèque alors qu'elle entamait le deuxième couplet, totalement insouciante.

Comme la poisse n'arrivait jamais à moitié, à l'extérieur, il pleuvait des cordes et j'avais oublié mon imperméable dans ma chambre. Je rabattais la capuche de mon pull en coton, trempé à présent tout en maugréant contre ma mauvaise étoile.

La goutte d'eau qui fait déborder le vase, sans jeu de mot!

_ Ne crois-tu pas que tu en as assez fait Lena? Ne penses-tu pas que nous sommes suffisamment trempés?

_ J'adore la pluie poursuivit-elle en rejetant la tête en arrière, s'offrant totalement à la merci du ciel colérique et rageur.

Je réussis à esquiver un de ses bras tendus, me dirigeant vers la cafétéria. Il fallait vraiment que je m'achète un ordinateur. Du moins, pour les recherches. Je ne pouvais pas continuer à me faire éjecter de la bibliothèque à chaque lubie musicale de Lena. Ce qui voulait dire à chaque fois. L'autre solution qui s'offrait à moi était de ne plus fréquenter ma meilleure amie.

Il ne me restait plus qu'à investir là-dedans. J'avais encore une petite somme léguée par mon « père » à la banque mais je m'étais promis de ne l'utiliser qu'en extrême nécessité. Pour le reste, Edward me versait une sorte « d'argent de poche » qui selon lui me reviendrait de droit. J'étais, toujours selon mon cher et tendre, à la tête d'une dynastie qui n'attendait plus qu'à ce que j'en prenne la tête. Pour l'instant, ce détail n'était que mentionné et je ne pouvais espérer mieux.

Quant à mon ordinateur, plutôt mourir que de demander quoique ce soit à Edward. Cela le rendrait trop important. Peut-être que je devrais me trouver un travail? Cela m'occuperait et me permettrait de subvenir à mes besoins sans avoir à toucher les revenus de Edward. J'avais l'impression d'être une fille de mauvais genre qui se faisait payer pour aimer. C'était sûrement tiré par les cheveux mais c'était la même sinueuse idée qui faisait son chemin dans ma tête lorsque je recevais « le chèque de Edward ». Bon, il était vrai que je ne le recevais pas physiquement mais l'idée était comprise.

Je pouvais toujours essayer de changer Lena...Mouais aucune chance! La cafétéria était inaccessible pour le moment. J'étais sûre qu' Harvey avait dû me voir me diriger vers elle, décidant de m'en priver l'accès. Il me haïssait de trop cet homme et cela devait être un véritable plaisir pour lui que de me voir dans cet état. Satané proviseur! Ou étais-ce « les dames de la cafétéria » qui refusaient que nous salissions leur carrelage. Mais que nous tombions malades ne les dérangeait pas particulièrement.

Levant les yeux au ciel, je suivais la trajectoire de ses fines gouttelettes jusqu'à moi. Elles pouvaient paraître libres, totalement maîtresses de leur décision mais non, elles étaient cantonnées à une trajectoire. Chacune d'entre elles naissait, tombait et mourrait en moins d'une seconde, comme un suicide mais parfaitement orchestrée. Elle n'avait pas de choix.

Cela me rappelait le suicide Heaven's Gate dont j'avais entendu parler, il y avait de cela peu de temps. En 1997, un homme avait réussi à convaincre trente-neuf adeptes du groupe "Heaven's gate" de se suicider, dans l'espoir que leur âme rejoigne un vaisseau spatial qu'ils pensaient caché derrière la comète Hale-Bopp, et qui transportait Jésus. Au nom d'une divinité supérieure, beaucoup de personnes ont choisis de mettre fin à leur vie. Comment pouvait-il croire en un salut après la mort? Il n'y avait rien après la mort, du moins nous redevenions poussières point barre. Pas de paradis, pas d'enfer. Sauf peut-être à devenir vampire, là c'était l'enfer assuré.

J'ignorais si c'était ce qui m'attendait. A dire vrai, je ne savais rien de quoi serait fait mon avenir. Edward se contentait de m'intimer d'attendre, que tout me serait révélé très bientôt. Je m'assis sur le perron de la cafétéria, trempée, acceptant le torrent qui s'abattait sur moi alors que Lena continuait à danser, sauter dans les flaques. Sa santé mentale avait toujours été une véritable énigme. Une chose était sûre, elle n'avait pas toute sa tête.

Je ne pus m'empêcher de sourire, cependant, à son insouciance. Comment pouvait-elle être ainsi? Comme j'aurais aimé entendre ses pensées, savoir si cette insouciance n'était qu'apparente ou le reflet d'un esprit d'une simplicité que je ne pouvais qu'envier. Elle s'éloignait de plus en plus, courant dans tous les sens, m'arrachant un rire sincère.

Arg! Seigneur, je crus avoir une crise cardiaque lorsque Eavan atterrit à mes côtés, un parapluie ouvert à la main. Satané Protecteur et leur foutu sens du devoir! Soupirant, je retournais à ma contemplation de Lena plus loin, tentant de rattraper ce coeur qui s'échappait à chaque battement.

_ Souhaitez-vous vraiment que je subisse le courroux de notre prince ? S'enquit ce dernier en s'installant à mes côtés, couvrant de son ombre l'épaisse humidité.

Grinçant des dents, je me retins de lui hurler de me foutre la paix mais encore une fois, il n'y était pour rien. Une couverture se posa sur mes épaules. Relevant la tête, je vis Inaya me sourire gentiment. Il s'agissait d'une jeune femme incroyablement petite. Je devais la dépasser d'une bonne tête. Elle avait des cheveux roux presque oranges qu'elle nouait en deux couettes hautes d'où s'échappaient de nombreux rubans. Elle adorait enfiler des robes d'été accompagnés de cirés tout le long de l'année. Etre vampire avait ses avantages vu que le froid ne les affectait pas. Son manteau noir la recouvrait entièrement, jurant avec sa bonhommie habituelle.

_Bonjour Miss Swan,

La colère, la frustration que provoquait la présence de Edward dans ma vie, suffisait à illuminer sa journée. Le malheur des uns faisait le bonheur des autres n'était-il pas? Je me contentais de remercier d'un signe de tête mes Protecteurs, sachant d'avance que je n'y pouvais rien. Je restais ainsi à écouter les gouttes de pluie sur le parapluie à défaut de les sentir alors que plus loin Lena continuait à fredonner cette foutue musique qu'elle avait réussit à me mettre dans la tête. C'était un phénomène étrange que de se sentir envahie par une mélodie à laquelle on n'avait pas pensé du tout et qui nous trottait dans la tête constamment. Je me trouvais à chantonner cet air des Alphabeat.

Lena sautait à grand pas dans les flaques d'eau, s'en répandant davantage. Elle ne se rendait pas compte de la présence de mes Protecteurs. Elle ne les voyait pas...

Ils pouvaient se promener autour de moi, l'effleurer, elle ne sentirait rien, s'ils ne décidaient pas d'apparaître. Le libre arbitre semblait une entité si primordiale que cela rendait mon mariage arrangé encore plus risible et incroyable.

Alors que je fredonnais, une vague réminiscence de ma mère me vint en tête. Elle adorait la musique selon mon défunt père. Lorsque je me sentais totalement désespérée, il m'arrivait de me rendre dans la salle de musique et de profiter du silence des lieux pour ressentir une certaine connivence avec elle. Je ne parvins jamais cependant. Je ne connaissais pas Renée et ne la connaîtrais sûrement jamais. Je ne tirais aucun réconfort de son souvenir.

La pluie se faisait plus forte, parfait reflet de mon humeur. C'était un cercle vicieux. Plus il pleuvait et plus j'allais mal. Plus je me sentais mal, plus il pleuvait. Le parapluie d'Eavan ne suffisait plus à présent. Le vent fouetta mes vêtements alors que je me relevais, trempée. Je me tournais vers mes Protecteurs qui s'inclinèrent légèrement face à moi, moi l'élue de leur « maître ». Je ne méritais pas cela. Je ne savais pas ce qu'il avait pu leur faire mais moi je n'avais rien fait. Je ne méritais pas tout cela, tous ses égards:

_Je retourne dans ma chambre. Merci de votre compagnie.

_Il serait préférable que nous vous raccompagnons s'enquit Inaya

_Cela ne sera pas nécessaire. Je ne risque pas de me perdre au sein de ce lycée. Qui plus est, mon amie m'accompagnera.

_Une humaine? Répliqua-t-elle avec incrédulité.

Me contentant de lever les yeux au ciel, je poursuivais ma route, fourrant mes mains dans mes poches. Humaine? J'étais quoi? Moi? Un animal peut-être? L'humanité n'était pas forcément affreuse. Elle avait de fabuleux côtés. Il fallait juste prendre le temps de les apprécier. Le temps, c'était exactement ce qu'il me manquait. J'ignorais quand arriverait l'heure où je rejoignais l'autre monde, il n'en restait pas moins que je savais que cela ne saurait tarder. C'était une intuition…Non, j'en étais convaincue.

-S-

Ce fut avec un plaisir non dissimulé que j'accueilli ce week-end. La perspective de pouvoir échapper de quelques heures cette sinistre prison que constituait cette école me gonflait de joie. Nous avions prévu avec Léna une séance shopping et c'était exactement ce dont j'avais besoin…de la trivialité, oublier qu'à chaque pas que nous ferions, nous serions surveillés par une meute de vampires.

Lena emprunta la voiture de Tyler, et j'étais persuadée qu'il n'était absolument pas rassuré par cela. Cependant, dans la mesure où il ne lui refusait rien, elle avait eu son consentement. Il était prévu qu'ils nous rejoignent plus tard au Raido. Il devait s'entraîner avec son groupe, The Impetuous Bastard. Oui un nom sans une certaine originalité. Ils n'étaient pas connus mais appréciés le divertissement.

Nous commençâmes par une librairie, mon passage obligé. Et pendant que je sillonnais les rayons, Lena s'était dirigée côté papeterie. Effleurer du doigt les couvertures fraîchement imprimées me procurait un sentiment de profond apaisement. C'était comme si j'apercevais brièvement chaque histoire par mon contact : L'amoureux transi, le guerrier valeureux, la jeune fille éperdue. Et tout se mélangeait dans un tourbillonnement vertigineux. J'aimais ce sentiment.

J'aimais les histoires, les raconter, les écrire. J'aimais identifier la complexité de certains personnages, m'inspirant parfois de personnes réelles, tangibles. Et j'étais incroyable chanceuse de connaître des caractères, en ce sens, inédits.

_A ta place, je prendrais le tout, s'exprima une voix derrière moi, me faisant sursauter.

Je me retournais vers le nouveau arrivant et eus un sourire en voyant Ryan. Un camarade de classe que j'appréciais énormément. Il était d'une gentillesse rare, toujours serviable. Il ne vivait pas avec nous sur le campus car il devait aider sa mère. Elle souffrait d'un alcoolisme chronique depuis la mort de son père. Il était policier, assassiné violemment par un jeune junkie, paumé. Depuis Ryan, jonglait entre son boulot et ses études. J'avais oublié qu'il travaillait à la librairie, justement.

_Je ne voulais pas te faire peur, désolé, reprit-il face à mon silence.

_Non, j'étais trop absorbée, m'excusais-je à mon tour.

_C'est cela d'être passionnée.

Effectivement, il avait entièrement raison. Pouvoir se plonger dans quelque chose sans faire attention à ce qui se passait alentour me semblait être une chose d'une rare magie.

_J'ai croisé Léna plus loin, elle m'a demandé si j'avais des feutres roses à poids jaune. Cela irait mieux avec une certaine tenue, selon elle.

Je eus un sourire de dépit. Je me demandais parfois dans quel monde vivait ma meilleure amie. Elle était en décalage sur tous les points.

_Oui. Je ne chercherais pas à comprendre à ta place. Tu te perdrais en cours de route.

Il eut un rire à mon encontre. Un client l'interpella plus loin, le forçant à ajourner notre conversation. Alors qu'il s'en allait, j'eus une inspiration.

_A quelle heure finis-tu ton service ?

Il parut surpris de ma demande et je me tapais mentalement le front en comprenant l'ambiguïté de mes propos. Je préférais alors préciser avant de le confondre davantage.

_Nous allons avec Léna et Tyler au Raido plus tard, si ça te tente ?

_Oh ! Oui ça serait cool. Je vous y rejoins vers 18h30.

_Parfait.

Il eut un dernier hochement de tête avant de rejoindre son client. Je poursuivis mon ascension, trouvant mon bonheur au bout de quelques minutes. Léna me retrouva à la caisse où un collègue de Ryan nous encaissa.

Alors que nous étions en route pour une boutique de vêtement nouvellement inaugurée, j'informais Léna de la présence de Ryan chez Raido . Elle opina comme si de rien n'était avant de s'exprimer.

_Il te plaît ?

_Pardon ? M'exclamais-je, ahurie.

_Ryan, tu l'aimes bien ?

_Oui comme tout bon ami qui se respecte. Où vas-tu pêcher l'idée qu'il me plaît ? Répliquais-je

_C'était une question comme ça

Je secouais la tête, dépitée avant qu'un nouveau silence ne s'installe dans l'habitacle. C'était ce type d'idée préconçue que je détestais en général. Lorsqu'on invitait quelqu'un, il y avait forcément une raison sous-jacente en dehors du simple plaisir de vouloir partageait une compagnie.

Bon je devais admettre que dans ce cas, je pouvais comprendre le point de vue de Léna. Pour tout ce qu'elle savait j'étais célibataire et Ryan aussi. Du moins, aucune petite amie ne lui était connue. Je proposais à un type d'intégrer nos sorties hebdomadaires alors que je ne le faisais jamais. Et Ryan était vraiment mignon dans son genre. Mais mon intention n'impliquait rien de cette nature. Il s'agissait juste pour moi de lui faire changer les idées. J'imaginais que cela ne devait pas être évident pour lui, qu'il devait porter un poids bien trop lourd pour un jeune homme de cet âge. Je voulais juste lui rendre service pour une fois.

Alors que Léna se garait à notre prochaine destination, elle se tourna vers moi, mettant une étrange intensité dans son regard.

_Je te taquinais, Bells. Je sais bien que ce n'est pas Ryan qui te plaît. Cet autre te bouleverse suffisamment.

_De quoi parles-tu ? Demandais-je à mi-voix.

Comment Léna connaît-elle l'existence d'Edward ? Comment pouvait-elle seulement la soupçonner ? Je crus entendre mon cœur se démener de ma poitrine. J'espérais qu'elle ne l'entendait pas.

_Tu fais souvent des cauchemars où tu gémis en priant qu'on ne te le prenne pas. Je suppose alors qu'il doit être dans un endroit dangereux et vu que tu n'en parles jamais, j'en ai conclu qu'il s'agissait d'un tôlard. Mais ne t'inquiète pas. Je garderais ton secret.

Elle quitta l'habitacle précipitamment sans me laisser le temps d'abjurer tout ce qu'elle venait de dire. Et pourtant, je ne pus lui en être davantage reconnaissante. Qu'aurais-je pu répondre à cela ? Le nier frontalement serait ingrat ? L'avouer impossible ? Je restais un instant dans la voiture avant de la rejoindre.

Et alors que j'arpentais le dédale du trottoir à ses côtés, je ne pouvais m'empêcher de me demander ce que pouvait signifier ce qu'elle venait de me révéler. Au-delà du sous-entendu sur Edward, elle parlait d'un rêve ou plutôt d'un cauchemar que je ne me souvenais pas avoir fait. Comment était-ce possible ? Aurais-je pu assister à une telle scène onirique sans m'en rendre compte ? Aurais-je pu parler ? Que signifiait-il ? Tant de questions…J'avais tellement besoin de réponses. Peut-être était-ce lié à Edward ? Peut-être était-il capable de m'en dire davantage sur cette différence dont il ne cessait de me rabâcher les oreilles ?

Notre soirée à Raido fut très agréable. Exactement ce dont j'avais besoin à l'instant. Nos conversations étaient décousues et se terminaient généralement en fous rire. Ryan était apaisé et c'était plaisant à voir. Il s'entendait vraiment avec Tyler et était même convenu qu'il assiste à une des répétions de The Impetuous Bastard. Un honneur rare. Moi-même n'avais jamais eu le droit. Un laisser droit qui semblait ravir Ryan.

Léna, dans sa bizarrerie légendaire, profita un moment de silence alors que la musique de fond du café s'était tu pour s'emparer du micro de la scène improvisée par Riad et entamais un « I will survive » d'une fausseté impressionnante. Tyler la rejoignit dans un solo de piano imaginaire et Ryan et moi dûmes nous tenir la table tant notre hilarité était grande.

Aucun doute n'était permis. Ils étaient faits l'un pour l'autre.

-S-

Je rentrais dans notre dortoir, seule ce soir-là. Léna resterait avec Tyler, dans leur antre. Un espace qu'ils avaient aménagé dans un coin reculé du pensionnat, connu que d'eux deux. Je ne souhaitais pas savoir ce qu'ils y faisaient bien que j'en avais une légère idée.

Alors que je me préparais à me coucher, mon portable vibra sur ma table de chevet. Pensant qui s'agissait de ma meilleure amie qui avait sûrement changé d'avis car les astres seraient défavorables à ce qu'elle dorme avec Tyler – elle me l'avait déjà faite- je fus surprise de voir un appel entrant d'Edward. Autant dire qu'il ne me contactait jamais par cet intermède. Généralement, il passait par mes Protecteurs ou en apparaissant de manière inopinée. C'était tellement banal que je crus à un canular. J'avais le numéro d'Edward comme il avait le mien à titre informatif. Nous n'avions pas ce genre de relation. Ce fut donc avec une certaine appréhension que je répondis.

_ Peut-être ai-je oublié de mentionner par erreur que notre relation est et demeure exclusive, Bella. J'espère pouvoir compter sur ta coopération sur ce point.

Sa voix était tenue. Il se contenait en essayant de choisir avec attention ses propos de peur que je ne m'emballe. Malheureusement, il n'avait pas réussi.

_Dois-je en conclure que tes taupes, pardon…mes Protecteurs, t'on fait un rapport détaillé de mes allées et venues ? Eavan t'a-t-il parlé du moment où je me suis laissée furieusement embrassée par mes camarades de classe ?

_Isabella, ne me pousses pas dans mes retranchements, cracha-t-il en grondant légèrement.

Où était passé le jeune homme arrogant qui m'en faisait voir de toutes les couleurs ? Dont le sourire si sûr de lui me mettait hors de moi ? Mon cher et tendre n'était donc pas si composé ?

_Qu'y a-t-il, mon amour ? Ne me dis pas que tu es jaloux ? Minaudais-je, mauvaise.

Je n'aimais pas être ce genre de personne mais ses abus de pouvoir commençaient à m'échauffer sérieusement. Il ne me répondit pas tout de suite mais j'entendis un craquement distinct.

_Peut-être était-il temps mon cœur que je t'apprenne à qui tu appartiens ? Reprit-il, dans l'espoir d'avoir la main sur cette conversation.

Il savait quel levier lever pour me mettre hors de moi et il savait oh combien je ne supportais pas qu'il me considère comme une possession. Mais il ne m'aurait pas ainsi, pas maintenant que j'avais enfin pu susciter une réaction presque humaine. Il craignait qu'on empiète sur ses propriétés. Il était bien plus humain qu'il ne le croyait. La notion de propriété n'avait-elle pas après tout conduit les peuples actuels à la guerre, les génocides ? N'a-t-elle pas mené les hommes à s'entretuer ?

_Fais donc mon ange, répondis-je en raccrochant brusquement de manière assez puérile, je devais l'admettre.

J'étais furieuse contre lui, au point de vouloir briser quelque chose. Et ce fut mon portable qui en fit les frais. Il se fracassa contre le mur en milles morceaux qui tombèrent telle une pluie d'étoile sur mon lit. Abruti de vampire !

S'il pensait pouvoir m'atteindre ainsi, il se trompait gravement. Je n'avais aucune idée du lien surnaturel qui nous liait mais il n'avait en aucun cas le droit de me traiter ainsi. Je n'étais pas le bien d'Edward Cullen. Je n'étais absolument rien pour lui.

Avec un soupir, je retombais sur mon lit. Je devais avoir droit au chapitre, bon sang. Ce n'était pas possible que ma vie se résume à cela. Il devait forcément y avoir autre chose. Un autre but. J'avais forcément un autre rôle à jouer que celui d'incubateur de vampires.