Les semaines suivantes, une espèce de routine s'installa alors entre nous. Lorsque j'en avais l'occasion, je retournais vers lui afin d'en apprendre davantage sur tout ce qui m'attendait. Je n'acceptais nullement la situation mais lui donnais au moins la chance qu'il souhaitait que je lui accorde. C'était tellement trop, tellement fou.
Mais il m'en parlait avec passion de sa vie, de son monde, notre monde me donnant presque envie de le découvrir à mon tour. Il me décrivit ses parents, sa famille et je pus deviner à sa voix, l'intense affection qu'il portait à sa mère, elle-même Sumbolon.
Je compris ainsi que lorsqu'une Sumbolon donnait naissance à un garçon, il devenait vampire. Lorsqu'il s'agissait d'une fille, celle-ci devenait Sumbolon.
Il se tannait à me faire entendre l'étendue de l'influence que j'étais destinée à avoir sur lui. Et à ce moment, ce moment précis où ses yeux fourrageaient dans les miens, il y mettait tant de conviction que je ne demandais qu'à le croire.
Ce n'était pas ainsi que j'avais imaginé ma vie vraisemblablement et pourtant, j'étais en train de suivre l'exacte route dessinée par mon destin. J'aurais tellement aimé m'en détourner. Avoir une espèce de normalité, voyager peut-être, découvrir le monde. Je n'avais jamais quitté Forks. Cette splendide prison.
Soupirant, je rejetai mon manuel de maths, n'ayant absolument pas la tête à me préparer à des examens qui n'avaient pour seule utilité que de me rappeler ma fin.
Le deal serait scellé. « J'appartiendrais » à Edward Cullen.
Je me dirigeai vers mon ordinateur posé, sur mon bureau, et changeai de playlist. L'air de Dance with the Devil se mit soudainement à jouer. Mes yeux se fermèrent d'eux-mêmes alors que je me laissais bercer lentement.
« Here I stand, helpless and left for dead.
Close your eyes, so many days go by.
Easy to find what's wrong, harder to find what's right. »
Les notes résonnaient en moi au rythme des battements de mon cœur. C'était paisible, agréable comme si j'avais moi-même composé ce qui allait suivre, comme si je devinais presque ce qui adviendrait.
« I believe in you, I can show you that I can see right through all your empty lies.
I won't stay long, in this world so wrong. »
La véracité si vorace me stupéfiait, m'emportait. C'était cela. Cette réalité que la chanson parvenait à retenir.
« Say goodbye, as we dance with the devil tonight. Don't you dare look at him in the eye, as we dance with the devil tonight? »
Et comme annoncé, je sus qu'il était là. Sa présence m'était familière. Tout en lui m'appelait. C'était physique.
« Trembling, crawling across my skin. Feeling your cold dead eyes, stealing the life of mine. »
Mes paupières se soulevèrent lentement pour confirmer mes impressions. Sa magnificence m'embaumant totalement. Il se trouvait près de moi. Son index fin longeait lentement ma mâchoire, remettant derrière mon arrière, une mèche rebelle.
Comme émergeant d'un rêve, comme s'il m'était illusoire, je lui murmurai les paroles suivantes :
« I believe in you, I can show you that I can see right through all your empty lies.
I won't last long, in this world so wrong. »
Et ce fut comme s'il comprenait tout ce que je ne pouvais lui dire, les invectives tues. Sa main poursuivit son ascension, le long de mon bras avant de saisir la mienne. Il me ramena contre lui, assez maladroitement. Ses doigts entrelacèrent les miens et nous nous mîmes alors à nous balancer, ses yeux demeurant ancrés dans mes prunelles. Il me répondit alors, espérant à son tour se faire entendre.
« Hold on. Hold on. »
Sa main remonta le long de mon bras pour dessiner la ligne de mon cou, ce qui me fit frissonner. C'était une stupide réaction d'humaine que je ne pouvais contenir. J'attendis cependant, ressentant différentes sensations me submerger, étranges mais agréables. Ses délicats doigts tracèrent ma mâchoire au rythme de la voix de Breaking Benjamin avant de lever mon menton, ses prunelles d'un gris profond affrontant mon regard avec une force déstabilisante. Il resta à me contempler, m'empêchant de détourner le regard, ne serait-ce que de bouger, pendant un long moment. J'ignorais ce qu'il voyait en moi. Une paumée...Une humaine insignifiante ou juste un pion de plus sur son immense échiquier mais je savais ce que je voyais en lui et ce que cela éveillait en moi. Il était le plus bel homme que j'avais eu l'occasion de rencontrer et dans son regard, résidait une douceur infinie.
Sur ses traits, se percevaient toutes les horreurs qu'il avait eu à connaître. C'était un homme blessé que j'avais à l'instant dans mes bras et non plus l'agaçant fiancé, possessif et irritant. C'était ce «Prince des Vampires ». Cet être torturé que je devais protéger. Ma main se posa hésitante sur sa joue, maintenant le contact, il eut un soupir de contentement, fermant les yeux un instant. Je me rapprochais ostensiblement de lui, percevant sur ses paupières pâles et transparentes des veines que je me retins de dessiner. Il avait l'air si faible. Si...humain. C'était exactement cela. Il me montrait son humanité. Et c'était comme si mon corps, mon cœur, reconnaissait cette humanité. Mon regard tomba alors sur ses lèvres fines, d'un rouge purpurin, couleur du liquide dont il s'abreuvait. Elles me parurent soudainement si attrayantes que j'eus dû mal de m'en détacher.
J'étais si proche de lui que j'étais certaine qu'il devait à présent sentir la chaleur qui émanait de moi. Quelques misérables centimètres séparaient nos lèvres et je n'étais pas sûre qu'il veuille les franchir. Il demeurait si stoïque. Je me hissais alors sur la pointe des pieds dans l'espoir de les atteindre.
Un souffle…Encore un instant. Elles s'effleuraient presque…
Tout sembla alors se remettre en marche. La voix de Halsey finit par me faire reprendre pied dans la réalité. Il n'était plus devant moi, ses bras ne m'enlaçaient plus. A dire vrai, j'avais même cru rêver l'instant, si je n'avais pas perçu son ombre derrière moi. Une bourrasque de vent se faufila jusqu'à moi, remettant mes idées en place, mes émotions également. S'en était-il allé ? Je n'osais pas ouvrir les yeux de peur que tout ne fut que mirage ou si cela s'était vraiment passé, de peur d'affronter cette réalité où j'aurais pu succomber, où j'étais si prête de succomber.
Un silence pesant s'ensuivit. Silence pendant lequel je songeais à regagner mon lit et reprendre ces foutus exercices de Maths dans l'espoir qu'il se saisisse de l'occasion pour quitter immédiatement les lieux. Cela était si humiliant.
En deux ans, je n'avais jamais faillit devant Edward. Et me voici là, à bout de souffle, stupidement debout dans cette chambre, gauche.
Ce fut sa voix grave qui interrompit mes rêveries. Il s'était rapproché à mon insu et était à présent dans mon dos, respirant plus fortement que de coutume. Se pourrait-il tout simplement qu'il ait eu soif ?
_Il m'est impossible de t'embrasser maintenant. Nos traditions m'en empêchent.
Il n'eut besoin d'en dire davantage. Je comprenais. Les traditions. J'opinais alors, m'éloignant de lui. Ses doigts fins enserrèrent mon poignet, me retenant et en reportant mon attention vers lui, je perçus une certaine supplication. Il me priait de ne pas m'éloigner et il ne parlait pas uniquement d'une distance physique. Il souhaitait que les quelques barrières que j'avais ce soir presque baissé, demeurent ainsi, refusant de me voir le refuser.
_Pourquoi es-tu là, Edward ? Un problème ?
_Non...Pas cette fois.
Il s'adossa à mon bureau, près de moi. Son regard se tourna vers moi et je pouvais jurer que mon cœur manqua un battement. Bon sang…Il allait causer ma perte. Il croisa ses bras contre sa poitrine avant de poursuivre.
_Je souhaitais t'emmener si tu n'y vois pas d'inconvénient.
_Où cela ?
Il ne répondit pas, me proposant à la place sa main, une invitation tacite à le suivre. Je la contemplai sans réponse, interdite. Je ne craignais absolument pas Edward mais plutôt l'inconnu. Qu'allais-je donc apprendre qui allait davantage m'achever ?
_Fais moi confiance, Bella.
_Ce n'est pas le sujet, repris-je en saisissant enfin ses doigts.
Il eut un sourire à ma réponse.
_Je suppose devoir m'estimer satisfait de cela.
