_Comment est désigné un Sumbolon ? Comment puis-je être ton Sumbolon ? Demandais-je en brisant le silence ambiant.
J'étais confortablement installée sur ce qui devenait mon fauteuil attitré, plongée dans un des bouquins « préconisés » par Edward pour mon intégration, sur l'Histoire du Clan Cullen lorsque cette question me vint de nulle part.
Il releva la tête des documents qu'il devait consulter et signer. Je m'étais vite rendue compte qu'il avait des activités s'apparentant, comme je l'imaginais être, d'un poste de chef d'Etat. Toutes les décisions prises par le corps « gouvernemental » devaient être approuvés par lui, et portées littéralement son sceau.
Edward m'avait expliqué que « l'autre » monde avait sa propre organisation, assez similaire à n'importe quel Etat. Les lois étaient édifiées par un Parlement, exécutées par une milice, les Sentinelles. Les affaires judiciaires étaient présidées par Edward, appuyé par un jury composé des membres de la « royauté », de certains autres membres de la cour royale et des membres du gouvernement.
La notion de séparation de pouvoirs n'avait par contre pas encore côtoyée cette espace du monde. Quoiqu'il en soit, le système semblait fonctionner ainsi. Par crainte et loyauté, selon Edward. J'ignorais, cependant, la part de chacun dans le tout.
Il repoussa sa chaise de son bureau et s'avança vers moi.
_Elle n'est pas désignée. Elle est choisie.
_Quelle différence cela fait-il ?
Il prit place sur l'accoudoir à mes côtés, me faisant me décaler légèrement. Je lui fis face alors, passant un bras sur mon dossier.
_ Avant ta naissance, la question s'était longtemps posée de savoir qui serait celle qui serait liée à moi. Les rumeurs ont circulé. Les prétendantes également. Comme si nous pouvions déjouer ce qu'il était écrit, le forcer.
_Ta profonde croyance en la destinée m'impressionne. C'est une notion que je ne parviens toujours pas à appréhender.
_Et pourtant, nous sommes le fruit du destin. Tu ne le perçois pas encore mais tu disposes en toi d'un grand pouvoir. Le clan auquel appartenaient tes parents était un puissant allié. Lorsque tu es venu au monde, Carmen, notre Pretor, l'équivalent d'un prêtre dans votre monde a scellé nos destins, liant nos vies.
_Mais pourquoi moi ? Qu'est-ce qui a fait de moi la bonne candidate ?
_C'est une chose que nous ne pouvons expliquer. Nous croyons fermement que les astres ont choisi la Sumbolon qui conviendrait à toute créature.
_Les Astres ?
_Les divers pouvoirs qui ont insufflé la vie en toute chose.
_Divers ? Vous croyez donc en plusieurs dieux.
Il eut un sourire.
_Tu réfléchis encore une fois comme une humaine. Nous ne partageons pas vos religions ou votre conception de la déité. Nous pensons effectivement qu'un Dieu unique a créé toute chose. Cependant, nous croyons également qu'il a en quelque sorte délégué quelques pouvoirs aux astres, pour contrôler les éléments, les êtres.
J'opinai lentement, tentant d'accepter cette nouvelle interprétation des choses. J'avais évolué dans une éducation judéo-chrétienne avec une vérité considérée comme absolue et me demandais comment intégrer la conception d'Edward à la mienne.
Il caressa ma joue doucement.
_Ne t'inquiète pas, tu t'y feras.
_Peut-être. Je me demande vraiment si j'y parviendrais. Je suis peut-être trop humaine pour tout cela.
_Ton humanité nous mènera à notre salvation, mon amour, murmura-t-il en déposant un baiser sur mon front.
Il se releva afin de regagner son bureau et je le contemplai s'éloigner avant de m'enquérir :
_Ce n'est pas en me baratinant que tu m'empêcheras de poser des questions pertinentes et fondamentales compte tenu de ce que tu me demandes de devenir.
Il se rassit, en riant, rassemblant des feuilles devant lui.
_Je ne cherche pas à te baratiner, simplement à te faire comprendre que ta différence constitue notre force.
Je levai les yeux au ciel en réponse avant de me replonger dans mon livre. Au bout de quelques lignes cependant, j'eus besoin de plus d'éclaircissement.
_Quand tu parles d'un grand pouvoir que je possèderais ? Il s'agit de quoi exactement, concrètement.
_Tu pourras savoir où je suis sans que je ne te le dise.
_Te géolocaliser ? C'est ça mon super pouvoir ? Bon sang, j'aurais le même pouvoir qu'un smartphone.
_Ce que je veux dire par là, Bella, c'est que nous ne formerons plus qu'une personne, partageant un même corps, des pensées.
_C'est vraiment glauque, Edward, m'enquis-je en le fusillant du regard.
Il ramena ses mains devant lui, en essayant à grand mal de retenir son hilarité. Je lui en étais gré. Tout cela n'avait vraiment rien de rassurant.
_Non. La conception de corps n'est pas à prendre au sens littéral. C'est comme si nous possédions une seule aura, un même cercle invisible qui englobe nos deux corps physiques mais nous liant à un degré indéfinissable par les sciences humaines.
_Tu es décidé à remettre en cause toutes mes conceptions, ce soir, c'est bien noté. D'accord, nous serons deux aimants à frigo, incapable de se détacher à l'autre, encore une fois, glauque. Mais n'aurais-je pas d'autres capacités ? Voler peut-être ?
_Tu seras capable de faire certaines choses hors du commun, j'en suis certain mais voler n'en fera pas partie, mon amour. Seuls les enfants de Dracula sont en mesure de faire cela.
_Les enfants de Dracula ? Vraiment ? N'as-tu rien trouvé de mieux ? J'ignorais même que tu avais lu ce bouquin.
_A mon âge, il aurait été imprudent de ne pas lire une œuvre qui traiterait de mon espèce, aussi excentrique soit cette interprétation.
_Excentrique ? Je le trouve plutôt fidèle à la réalité. Cette conception de Dracula comme un être rejeté, solitaire, à ne pas blâmer finalement. Le personnage de Mina lui redonne un peu de son humanité perdue.
_En quoi est-ce donc fidèle ? Tu me trouves solitaire, rejeté.
_Rejeté, non mais tu me parais terriblement seul, Edward, répondis-je prudemment, m'aventurant dans un chemin qui m'était inconnu.
Il s'adossa sur son siège, me fourrageant de ses prunelles, puissantes malgré la distance. Je me retins de ne pas baisser les yeux.
_Qu'est-ce qui te fait donc dire cela ?
_A part ton obsession à la limite du harcèlement à savoir le moindre aspect de mon existence, je dirais que je le perçois sans pouvoir te l'expliquer.
Il eut un moment de silence ou je crains d'en avoir trop dit ou d'être allé trop loin mais il finit par se prononcer, un rictus amusé sur le visage.
_Ton pouvoir semble s'éveiller plus tôt que je ne l'aurais cru.
Il sut parfaitement éviter l'oreiller que je venais de lui adresser.
