Les larges portes s'ouvrirent lentement dans un vacarme assourdissant, alors que derrière mon voile noir, je parvenais à apercevoir les motifs imbriqués sur le bronze doré. Je me demandais ce que la fresque pouvait raconter, ce qu'elle avait à nous dire.
Se révéla devant moi la sublime chapelle qu'Alice avait minutieusement décorée pour l'occasion. Jusqu'à hier seulement, j'ignorais encore que les Cullen avaient une quelconque religion. Edward avait alors tenté de m'expliquer qu'ils avaient leurs propres interprétations de la religion, des rites et avaient leurs propres prêtres et tout ce que cela pouvait comporter.
Et alors que je m'avançais doucement le long de l'allée, que je sentais la rigidité du parquet sous mes pieds, que j'apercevais l'ensemble des convives dont l'attention était rivée sur moi, la Sumbolon d'Edward, la mi-humaine qui venait intégrer leur royaume, je me demandais si je pourrais un jour considérer cette religion comme la mienne.
Je n'étais pas croyante mais comment pouvais-je croire en quelque précepte qui considérait comme « normal » vampire et démon.
Edward m'attendait au bout de l'allée, somptueux dans son uniforme. Il m'avait expliqué hier encore que la tradition voulait que le « Prince des Vampires » enfile lors de ses noces, le costume de chef des armées, pour rappeler à tous qu'il restait le commandeur et qu'aucun devoir ne saurait primer sur ce lui qu'il devait envers son royaume. La loyauté du Prince ne saurait être due à n'importe quel autre créature.
Une veste noire ornait ses épaules, cintrée au niveau de sa taille fine. Y étaient agrémentées les diverses décorations que lui valait son titre. Une cape recouvrait son épaule gauche maintenue par une fine corde sur son épaule droite. Les sceaux de son clan y étaient engravés. Il était magnifique. De cela, n'était permis aucun doute. Et en d'autres circonstances, j'aurais été si ravie de partager sa vie et de vivre ce moment à ses côtés.
Et pourtant, je ne parvenais à ressentir que de l'indifférence, comme si je vivais le moment d'une autre et comme si mes gestes n'étaient que pure mécanique, comme si je me contentais juste de suivre ce que j'avais répété maintes fois ces derniers jours. Ce n'était pas mon mariage, ce n'était pas ce moment supposé heureux que vivait chaque personne dans sa vie. J'avais littéralement la sensation de me passer la corde au cou et de nouer mes mains à un destin dont j'ignorais encore les desseins.
Alors que je progressais toujours le long de cette allée, avec pour seule compagnie, les sombres pensées qui m'accompagnaient à présent, je perçus mes Protecteurs alignées derrière Alice, celle qui faisait office aujourd'hui de « demoiselle d'honneur ». L'absence de Lena me pesait plus que jamais. Je n'avais même pas été en mesure de lui dire au revoir, de lui expliquer mon absence. Je lui avais laissé une lettre, bien trop brève, bien peu explicative où je parvenais à lui dire à travers mes larmes que j'avais besoin de connaître mon histoire, de découvrir d'où je venais. Elle n'y croirait pas, je le savais, mais c'était tout ce que je pouvais faire à ce stade, tout ce que je pouvais dire, jusqu'à ce que nous nous retrouvions de nouveau…dans une autre vie sûrement. La dernière image que j'aurais d'elle jusque là, serait celle d'une Wonder Woman pendue à son Teddy, me souhaitant une bonne nuit alors qu'ils s'en allaient vers l'appartement du jeune homme. Elle était si heureuse, si amoureuse. Je chérirais cette image aussi longtemps que je pourrais.
Eavan me fit un léger signe de tête, une révérence silencieuse. J'étais touchée par sa loyauté, ce qu'il avait accompli pour moi ces dernières années, même si je savais parfaitement qu'il ne faisait ça que pour Edward, j'étais ravie de l'avoir avec moi aujourd'hui.
Je parcourus la faible distance qui me rapprochait de l'autel, suivant le page qui m'avait été assigné, un cousin au troisième degré d'Edward me semble-t-il. Je raffermis ma poigne autour du bouquet de roses noires qui trônait dans mes mains. Chaque élément sélectionné affectueusement par Alice me rappelait que je me dirigeais vers mon funeste destin, comme si je portais le deuil de ma propre personne.
Arrivée au premier rang, je reconnus Esmé et Carlisle qui m'adressèrent un sourire rassurant. J'avais rencontré le beau-père d'Edward lors de la répétition et avais été frappée par l'amour qui liait le couple. Il posait sur elle le regard le plus dévoué qu'il m'avait été donnée de constater. Je tentais de leur rendre leur attention mais doutais qu'ils puissent voir quoique ce soit sous cet épais voile.
Le page s'arrêta devant le Pretor, Carmen, et lui fis une légère révérence avant de s'effacer afin que je parcoure les derniers centimètres restants, seule. Alice me tendit sa main afin que je puisse grimper les marches me menant à Edward. Il ne pouvait pas encore venir vers moi, je devais arriver jusqu'à lui. Je montrais ainsi à tous, que j'avais choisi de lier ma vie à la sienne, que c'était mon choix et que personne ne m'y avait contraint. Lorsqu'il me l'avait expliqué ainsi, je n'avais pu m'empêcher de lui souligner toute l'ironie de la situation. Il n'avait bronché, acceptant ces deux jours durant toute mon acerbité, comprenant qu'il me devait ça, qu'il ne pouvait en être autrement.
Serrant doucement la main d'Alice dans un remerciement silencieux, je relâchai sa main et fis face à Edward. Ses yeux brillaient d'une étrange lueur et il ne parvenait à dissimuler ses sentiments malgré tout le contrôle qu'il tentait de mettre dans sa posture. Notre lien faisait qu'il ne pourrait jamais rien me cacher. Nous étions liées.
Le Pretor débuta son prêche dans une langue que je ne maîtrisais pas, leur langue dont j'ignorais même l'existence quelques heures auparavant. Elle ne m'était pas inconnue, comme tout ce qui pouvait constituer le monde d'Edward, enfin…notre monde. Elle m'était familière…Elle m'avait été racontée…Je ne la connaissais tout simplement pas.
Je restais droite, stoïque comme l'avait exigée Aleïa, Miss Protocole. Oui, j'avais effectivement rencontrée l'illustre Miss Protocole et elle n'était en rien ce que j'avais imaginé. Elle devait à peine être plus âgée que moi…Enfin, physiquement du moins. Elle avait ramené ses longs cheveux blonds en une couette haute où ne dépassait aucun pli, lui donnant un air sévère, adouci par ses prunelles candides d'un bleu saisissant. Elle m'avait énormément rappelé ma mère lors de notre première rencontre et ce rêve qui m'avait saisi quelques jours plus tôt, un rêve annonciateur d'un bouleversement que je n'aurais vraiment pas dû prendre à la légère.
Nous avions répété alors pendant des heures les divers gestes et vœux que nous devions prononcer. Edward n'avait quitté mes yeux à aucun moment, répétant patiemment maintes et maintes fois ce que je ne parvenais à maîtriser mais qu'il semblait connaître par cœur.
Aleïa l'avait ramené plusieurs fois à l'ordre lorsqu'il replaçait une mèche de mes cheveux derrière mon oreille, laissant traîner son index le long de mon cou. Il testa les limites de Miss Protocole alors qu'elle nous expliquait que nous devrions nous embrasser pour sceller à jamais nos destins. Esmé lui asséna une tape sonore sur l'arrière de la tête, lui intimant un minimum de sérieux. Je savais qu'il souhaitait me dérider, me faire oublier pendant un moment, tout ce qui nous tombait dessus.
Edward me ramena à la réalité de l'instant, en saisissant une de mes mains. Je remis alors à Alice mon bouquet et me tournai vers lui. Carmen apposa la main d'Edward au-dessus de la mienne, paume vers le bas, et dirigea ma paume vers le haut. Elle fit apparaître d'un claquement de doigt un ruban rouge qui s'enveloppa par lui-même autour de nos mains liées. La première fois qu'elle avait fait cela, j'ai cru que j'allais totalement perdre pied et remerciai Edward d'avoir insisté pour qu'elle me déroule le rite en aparté avant que je ne le découvre devant nos convives, dont la plupart, selon lui, était déjà peu convaincue de ma légitimité à être aux côtés de leur Prince.
Carmen déclara une incantation qui resserra fortement le lien autour de nous. Un de ses disciplines lui apporta une coupole où trônait un liquide ambre. Elle m'avait expliqué alors qu'il s'agissait d'une onction à base de verveine, plante sainte, poussant dans l'arrière cour du palais, destinée à bénir notre union et à assurer la pérennité de la royauté.
Edward saisit de sa main libre un pan de mon voile et le rejeta à l'arrière, libérant ainsi mon visage. Je fus légèrement désarçonnée d'être ainsi exposée à l'assistance et eus le réflexe de baisser rapidement les yeux, ce qu'Edward sembla sentir puisque son index caressa mon menton et le releva pour qu'ils puissent fourrager mes prunelles. Je me doutais que Miss Protocole devait grincer des dents quelque part dans l'assistance.
Carmen trempa un doigt dans l'onction et dessina tour à tour, sur chacun de nos fronts, une rune qu'elle m'avait montré hier à peine, un trait droit prolongé par deux barres latérales, la rune Algiz pour notre protection. Dieu seul savait que nous en aurions besoin.
Elle nous tendit un morceau de figue noire dans lequel je croquais un morceau avant qu'elle ne se tourne vers Edward pour qu'il en fasse de même. Je la vis prononcer quelques mots avant de fermer les yeux et d'élever ses mains vers le ciel dans une silencieuse prière. Toute la salle se leva d'un même geste et baissa la tête d'un même mouvement.
Carmen libéra alors nos mains avant de se saisir d'un poignard que lui apportait de nouveau son disciple. Les battements de mon cœur s'affolèrent face à ce qu'il allait suivre. Tous avaient tenté de me l'expliquer, insistant sur l'importance de ce rite précisément, Sanguinis nexus. Edward saisit délicatement mon poignet gauche, caressant au passage doucement une de mes veines. Il devait percevoir à l'instar de l'ensemble des créatures de la salle, le malaise qui m'habitait et je regrettais de déjà le faillir mais dans ses yeux n'habitait aucune irritation, de la pure affectation. Il souleva le poignard et déposa la lame froide sur ma paume. Il me contempla un moment comme s'il jaugeait de ma réaction, comme s'il craignait de me faire du mal. Il était prêt, je le savais, à renoncer à ce rite si je le lui demandais. Il ne me mettrait pas dans une position où je souffrirais d'une quelconque manière, physiquement du moins. Je ne fléchis pas sur son regard, sachant qu'il devait le faire. Il dut comprendre le message que j'espérais insinuer dans mon regard puisqu'il trancha délicatement la fine membrane tout en maintenant ses prunelles contre les miennes. Je retins un grimacement face à la douleur, retenant un gémissement et contemplant rapidement la plaie et le sang qui s'y échappa. Pour ne pas perdre pied, je me saisis du poignard qu'il me tendait et répéta le même mouvement sur sa paume. Il ne cilla pas. Il ne saurait en être autrement.
Edward s'empara alors de ma main, nouant mes doigts contre les siens et apposant sa main comme la mienne, mélangeant ainsi nos sangs comme de coutume. J'étais certaine à ce moment qu'une légère aura brillait autour de nos mains liées mais ne savais s'il s'agissait d'une réalité ou du simple fruit de mon imagination.
Carmen déposa le bout de son sceptre sur nos mains, prononçant une nouvelle incantation que l'ensemble de l'assemblée répéta tour à tour. Leurs voix résonnant à l'unisson semblèrent faire vibrer la chapelle. L'un des disciples récupéra les gouttes de sang qui continuaient à suinter de nos blessures dans une coupe dorée. Lorsqu'il lui sembla en avoir tiré assez, il tendit le contenant à Carment qui le présenta aux lèvres d'Edward. Il prit une gorgée ce qui laissa une trace purpurine sur ses lippes. Le Pretor se tourna alors vers moi et je répétais le même mouvement sans ciller. Le goût âpre demeura dans mon palais, me rendant légèrement nauséeuse. Je ne flanchais cependant pas. Je ne le pouvais pas.
Carmen fit réapparaître le ruban qu'elle scinda en deux. Elle délia nos deux mains, enveloppa la mienne avec un pan du ruban et en fit de même avec l'autre sur la main d'Edward. Ce dernier se tourna alors vers Jasper, l'époux d'Alice, qu'il lui remit mon alliance. J'en fis de même auprès d'Alice qui m'accorda un clin d'œil amusé. Elle ne pouvait s'en empêcher. Tout cela l'enchantait beaucoup trop.
Edward se saisit alors de ma main, tenant au bout de mon annulaire, la simple bande dorée qui arborait mon doigt jusqu' à la fin des temps et prononça d'une voix profonde, ferme :
_Isabella Marie Renée Swan, je te demande d'accepter cet anneau en signe de mon engagement envers toi, de mon amour et en gage de ma fidélité. J'atteste aujourd'hui de ta loyauté envers mon clan, mon royaume et ma couronne car tu es le sang de mon sang, la moitié de mon âme et que nos corps liés ne fassent plus qu'un. Tu n'auras plus à craindre car je serais ton glaive et ton bouclier et dépose à tes pieds, mon destin tout entier.
Alors que mes yeux se remplissaient de larmes, il glissa l'anneau le long de mon doigt avant de déposer un baiser sur le métal. Il avait insisté de pouvoir modifier les vœux originels et de pouvoir m'assurer qu'il m'était dévoué. Je lui avais indiqué que ce n'était pas nécessaire mais il pouvait s'avérer têtu. Miss Protocole n'avait pas flanché, cependant, il avait réussi à y échapper. Je pris une grande inspiration et me prononçais à mon tour d'une voix que j'espérais égale :
_Edward Anthony Masen Cullen, je te demande d'accepter cet anneau en signe de mon engagement envers toi, de mon amour, en gage de ma fidélité et ma loyauté envers ton clan, ton royaume et ta couronne car tu es le sang de mon sang, la moitié de mon âme et que nos corps liés ne fassent plus qu'un. Je te protègerai et m'élèverai contre ceux qui chercheront à t'abaisser, je te protègerai de tes doutes, de tes craintes car je serais ton glaive et ton bouclier. Je t'assisterai dans l'adversité, mon Prince, et demeurai à tes côtés quoiqu'il advienne. Je dépose mon destin à tes pieds et ce pour l'éternité.
Son alliance était une exacte réplique de la mienne et alors que je la déposai contre sa peau, je pouvais sentir l'émotion irradiée de sa personne. J'avais aussi choisi de personnaliser mes vœux. Puisqu'il avait commencé, autant éprouver notre chère Aleïa. Carmen nous demanda alors de répéter après elle :
_ Ubi tu Gaius, ibi ego Gaia (NDA : Là où tu seras Gaïus, je serai Gaïa)
Nous nous exécutâmes. Elle leva de nouveau les mains vers l'assemblée et tous inclinèrent l'échine, apposant leur poing sur leur poitrine dans une symbiose impressionnante. Edward fut le dernier à le faire à mon encontre. Il se soumettait à moi, volontairement, devant tous les représentants de son royaume. Ne se rendait-il pas compte de ce qu'il faisait ?
_ « C'est pourquoi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Ce donc que Dieu a joint, que l'homme ne le sépare point » déclara Carmen pour la première fois en français.
Edward se rapprocha alors de moi comme il l'avait fait tant de fois auparavant, saisissant doucement mon visage entre ses doigts fins, fourrageant ses sublimes prunelles contre les miennes. Il déposa alors d'abord son front contre le mien comme s'il souhaitait laisser perdurer le moment, l'apprécier dans sa globalité.
Je sentis son souffle contre mes lèvres, chaud et me sentais déjà happée par lui, comme si j'étais intrinsèquement attirée par lui, ce qui n'était pas impossible. Mon cœur se débattait de nouveau mais je ne pouvais pas m'en foutre davantage en cet instant. Il commença d'abord par me caresser les lèvres des siennes comme pour s'assurer que tout cela était bien réel, comme s'il souhaitait se rassurer sur le fait que j'étais bien là, à ses côtés et que nous venions vraiment de nous unir.
Alors, enfin, il finit par combler le faible espace qui nous liait et sceller nos lèvres dans un tendre baiser. C'était exactement comme j'avais envisagé qu'il le serait, comme si nous l'avions déjà fait auparavant maintes et maintes fois, comme si j'avais déjà vécu une vie avec Edward, que je connaissais déjà tout de lui mais le redécouvrais une nouvelle fois. Je me sentais entière…Comme s'il était ce que j'avais attendu…Comme si mon cœur était complété. Il était ce qui m'avait tant manqué. Il était ce que je cherchais et ce que j'avais finis par retrouver.
_Longue vie à notre Prince ! Longue vie à notre Princesse ! s'exclama alors Alice.
Tous suivirent le mouvement, nous ramenant à notre réalité et nous détachant l'un de l'autre. Edward sourit alors que j'essuyais de ses lèvres les traces de rouge qui les ornaient à présent. Il saisit ma main et se tourna vers l'assemblée. Ils s'agenouillèrent ainsi tous devant nous, apposant sur leur poitrine, un poing serré.
Je ne savais pas si je parviendrais à m'habituer à tout cela, si j'accepterais que quiconque me prête ainsi allégeance. Ils se relevèrent d'un même mouvement. Les gardes d'Edward s'alignèrent le long de l'allée et présentèrent leurs armes créant une arche sous laquelle Edward me dirigea, nous faisant ainsi quitter la chapelle où nous venions de sceller nos destins.
-LS-
Une petite cérémonie avait été organisée dans une des salles du palais pour « fêter » l'événement. Il s'agissait surtout de montrer à tous que j'étais heureuse de ces noces et prête pour ce que l'avenir me réserverait. La décoration de la salle était des plus sobres. C'était comme si je tombais dans un film de Jane Austen. L'orchestre occupait une partie de la salle, le buffet une autre partie. Les convives commençaient déjà à prendre leur aise, habitués, je suppose, à ce type de faste.
Edward me dirigea vers une estrade où était installée quatre sièges où était engravé le sceau du clan Cullen. Le premier représentait un large trône, accompagné d'un second plus court. Les deux derniers se situés à la gauche du premier de taille égale. Edward prit place sur le plus haut, bien évidemment, et me dirigea vers celui qui le secondait. Je m'exécutai, toujours aussi mal à l'aise face à Esmé. Edward m'avait expliqué qu'en devenant son épouse, je prenais une place prépondérante au sein de la royauté, supplantant sa propre mère. Alors que je commençais à me confondre en excuse, elle me répondit que je ne devais même pas me soucier de cela, qu'à présent j'allais assumer des responsabilités qui me dépassaient entièrement, qui justifieraient que je prenne place sur ce trône précisant que j'étais le bras droit d'Edward.
Alice me prit longuement dans ses bras, me félicitant et me répétant encore et encore combien elle était heureuse de m'avoir pour sœur. Esmé suivit juste après, me remerciant d'avoir choisi son fils. Je me retins tout commentaire, ne souhaitant pas lui briser cet instant de joie. N'étant pas encore très familier avec Carlisle, il se contenta de déposer un baiser sur le dos de ma main en m'assurant qu'Edward n'aurait pu trouver meilleure compagne.
Jasper clôtura la marche en s'inclinant vers moi et me promettant de donner sa vie pour moi, ce que je trouvais très déconcertant.
_Il est notre Général des Armées. Il est de coutume qu'il te porte ainsi allégeance.
_Oh ok, répondis-je simplement, trop sonnée pour dire quoique ce soit d'autre.
Esmé et Alice prirent place sur les deux derniers sièges, leurs époux respectifs restants droits à leurs côtés. Cela me sembla très étonnant. Je supposais qu'il me faudrait m'habituer à cela également.
Les convives vinrent nous féliciter tour à tour. Je ne retins pas leurs noms, me contentant d'un bref mouvement de tête pour les remercier de leur venue. J'ignorais encore qui étaient nos ennemis, préférant donc être prudente en ce sens. Mes Protecteurs arrivèrent enfin, s'alignant devant nous avant de poser un genou à terre, un poing contre leur poitrine. J'eus un sourire sincère en les voyant, sachant intérieurement qu'ils étaient les seuls à véritablement connaître notre histoire, à savoir qui j'étais et d'où je venais. Eavan fut comme d'ordinaire leur porte-parole.
_Toutes nos félicitations, vos Majestés. Nous vous présentons nos meilleurs vœux en ces noces, qu'elles nous soient favorables et prospères.
_Merci Eavan, merci à vous tous d'avoir pris soin de votre Princesse dignement, répondit Edward en les remerciant.
_Vous avez été d'une grande aide et d'un grand support ces dernières années, merci, ajoutais-je à leur encontre.
Ils firent une nouvelle révérence avant de s'en aller. Edward me proposa sa main que je contemplais, étonnée.
_M'accorderiez-vous cette première dance, tendre épouse ?
Il abusait d'utiliser un tel terme à peine une demi-heure après que nous ayons prononcé nos vœux. Je me retins de le fusiller du regard ce qui l'amusa grandement. Je me saisis cependant de sa main, tentant de me rappeler les pas qu'Alice m'avait enseignés. Une valse. Quoi de plus Austenien ? Avant que je n'atteigne la piste, Alice me retira mon voile, me permettant d'être un peu plus à l'aise.
Les diverses personnes présentent s'intéressèrent à notre arrivée, sûrement pour vérifier encore une fois que je serais à la hauteur. Edward me rapprocha de lui, glissant sa main sur mon dos. J'empoignai tendrement son épaule et enserrai mes doigts contre les siens. Nous commençâmes à nous mouvoir. Je m'assurais de ne pas écraser les orteils d'Edward lorsqu'il m'intima doucement de lever le menton.
_Je ne sais pas si j'ai eu l'occasion de te le dire mon amour, mais tu es magnifique. Je souhaite voir tes sublimes prunelles alors que nous dansons. Oublies donc tes pas et suis moi.
_Si tu perds un ou deux orteils en chemin, tu ne pourras t'en prendre qu'à toi.
_Je prends le risque, déclara-t-il, un large sourire sur les lèvres.
Nous tournoyâmes sans nous quitter des yeux pendant un moment et je me rendais compte, à l'instar de tout le reste que j'avais déjà dansé avec Edward ou du moins, j'en avais la sensation, peut-être dans une autre vie, peut-être étais-je en train de l'imaginer mais je reconnaissais ses mouvements, devinais ses prochains pas. Nous étions en parfaite synchronie. Comment cela pouvait-il être possible ?
_Edward…Est-ce possible que nous…Nous sommes-nous réincarnés ?
_Pardon ?
Il paraissait profondément surpris de ma question et je me sentis obligée de m'expliquer davantage.
_J'ai l'impression de t'avoir déjà embrassé, d'avoir déjà dansé avec toi…
Un éclair de compréhension saisit ses traits avant qu'il ne jette un regard alentour. Il porta enfin son attention vers moi, caressant de nos mains liées ma joue.
_C'est le lien qui nous unit qui en est la cause. Je t'expliquerai tout cela mon ange, une fois que nous serons seuls.
Je compris alors que les murs avaient littéralement des oreilles dans cette salle et qu'il ne souhaitait pas que tous comprennent l'étendue du lien qui nous unissait. J'opinai lentement me rendant cependant compte que l'après dont parlait Edward, serait ce moment où nous serions effectivement seuls, où nous devrions justement finaliser ce lien qui nous unissait. Je sentis mes joues chauffer et regretter d'être aussi sujette à mes émotions. Un rire échappa Edward alors qu'il se rendait compte de la cause de mon malaise. Il me ramena contre lui, saisissant tendrement mes lèvres contre les siennes.
_Tu rendras mon avenir très très divertissant, mon ange.
