John Guard n'avait jamais été un grand sportif mais, exceptionnellement, il s'y adonnait. Ruisselant sous le soleil éclatant, trébuchant et dérapant parfois sur l'herbe qui recouvrait la pente d'une colline relativement haute, il courait tant bien que mal pour atteindre le sommet, pestant contre lui-même d'avoir été inattentif. Il aurait dû se lever depuis deux heures, déjà, et venir ici une demi-heure plus tôt, mais il avait bêtement oublié de surveiller le détecteur que son grand-père avait fabriqué, bien des années auparavant. Et comble de sa stupidité, il lui avait fallu venir à pieds, l'ancien Serdaigle n'ayant jamais pris la peine de passer son permis de transplanage « parce qu'il n'en aimait pas la sensation ».

Tu parles d'un idiot ! s'agaça-t-il, haletant. Les jambes douloureuses, il atteignit enfin le sommet en savourant le vent frais qui y soufflait. S'il ne fut pas surpris d'y trouver un corps étendu sur la pelouse, il ne put cacher son étonnement en voyant la chevelure noire indomptable, les lunettes et la jeunesse de l'adolescent qui paraissait dormir paisiblement. L'espace d'un bref instant, il crut qu'il s'agissait de James, mais la raison lui fit s'écarter cette idée : c'était le fils de James – ou tout au moins, un de ses descendants. Assez impressionné par la ressemblance d'avec son ancien camarade, John s'avança jusqu'au garçon. Il semblait avoir son âge, ou peut-être plus jeune. Il remarqua notamment, non sans curiosité, une étrange cicatrice qui barrait le front du garçon.

Estimant préférable de laisser le nouveau Potter dormir tranquillement, John avisa un rocher et alla s'asseoir dessus. Tirant d'une poche une enveloppe d'aspect officiel, il l'ouvrit et la retourna au-dessus de ses genoux serrés. Un parchemin et tout un tas de prospectus ornés du double M indiquant que l'expéditeur était le ministère de la Magie, il soupira d'un air soulagé. De toute évidence, il s'était mieux débrouillé lors des examens qu'il ne l'avait redouté.

Parcourant le parchemin, il dénombra cinq Aspic sur les six tentatives, n'ayant échoué qu'en soins aux créatures magiques, matière dont il aurait de toute façon dû se débarrasser dès la fin de sa sixième année. S'intéressant alors aux prospectus, John se demanda quelle carrière suivre. Il avait longuement hésité à travailler, la fortune héritée de ses parents lui assurant d'être à l'abri du besoin pour au moins deux vies, mais l'un de ses amis avait souligné un détail non négligeable : non seulement il ne tarderait pas à s'ennuyer, mais il aurait également toutes les peines du monde à trouver une femme s'il restait chez lui. Certes, c'était surtout la crainte de l'ennui qui l'avait convaincu, mais ce matin encore, il n'avait pu s'empêcher de penser qu'il serait plus agréable de vivre avec quelqu'un dans son manoir, beaucoup trop grand pour une seule personne.

Après avoir lu tous les prospectus, John les remit quasiment tous dans l'enveloppe, accompagnés du résultat de ses Aspic, puis reprit en mains les deux seuls qui le tentaient le plus, à savoir le département de la Justice magique et celui des accidents et catastrophes magiques. Il n'avait certes pas les notes nécessaires pour devenir Auror, ni même la volonté, mais atterrir dans un autre bureau ne le gênait absolument pas.

Ses pensées s'interrompirent au moment où il entendit un grognement. Levant les yeux, il vit le nouveau Potter remuer très légèrement, les paupières crispés comme s'il avait ouvert les yeux et avait été ébloui par le soleil. John rangea les prospectus, remit l'enveloppe dans sa poche et regarda l'adolescent se redresser en rouvrant prudemment les yeux. S'il fut surpris de voir quelqu'un, John le fut autant en croisant le regard vert émeraude du garçon, mais il éclata presque aussitôt d'un grand rire.

− Quoi ? interrogea le nouveau Potter d'un ton sec.

− Rien… C'est juste que… je n'arrive pas à le croire, s'esclaffa John. Tu es le fils de James et de Lily ?!

Le garçon le dévisagea d'un drôle d'air, comme s'il avait dit une énormité. Ne tenant pas vraiment à le vexer, John se força à retrouver un certain sérieux et leva les yeux sur une chouette blanche comme neige qui venait de surgir derrière l'adolescent hagard. Elle ulula avec douceur et vint se poser à côté de son maître, surprenant quelque peu John. Il ne se souvenait pas qu'il était possible de « transférer » plus d'une personne avec la Pierre…

− Comment tu t'appelles ? demanda-t-il.

Et le nouveau Potter le regarda à nouveau d'un air étrange, comme s'il n'était pas normal que John l'ignore.

− Harry Potter, répondit-il après un court silence. Tu es le fils de John Guard ?

La question prit John au dépourvu. Comment ça, son fils ?

− Que veux-tu dire ?

− Tu lui ressembles…

John cilla et sentit une légère panique monter rapidement en lui. Que s'était-il passé ? Etait-ce d'avoir également transféré la chouette de Harry ? Cette possibilité lui parut aussi saugrenue, mais elle n'arrangeait pas son inquiétude grandissante. Pour quelle raison ignorait-il qui il était ? Son lui du futur et le transféreur auraient pourtant dû lui expliquer toute l'histoire… Il ne se sentait pas du tout à la hauteur pour renseigner le jeune homme, en plus… Réfléchissant à toute vitesse, il sursauta lorsque, se posant soudainement sur son épaule, un hibou au plumage mordoré lui apporta La Gazette du sorcier. En profitant pour ne pas affronter trop vite les éventuelles questions de Harry, John s'occupa de prendre le journal et de payer l'oiseau, qui repartit dans un ululement de salutations.

− Heu… Non, je ne suis pas son fils, dit John.

Il jeta un œil à la une de La Gazette du sorcier et grimaça à la vue de la photo en noir et blanc qui montrait la tête de mort à la langue en serpent de la Marque des Ténèbres. Harry sembla l'apercevoir, car il se leva et s'approcha rapidement, l'air pâle. A la lecture de la manchette : NOUVEAUX MEURTRES : QUINZE MOLDUS TUES A LIVERPOOL, il sembla retrouver des couleurs et parut soudainement perplexe et inquiet.

− Depuis quand est-ce que je dors ici ? demanda-t-il d'une voix tendue.

− Deux heures.

− Impossible ! C'était le début de la nuit quand nous avons été attaqués…

− Attaqués par qui ? s'étonna John.

− Voldemort !

John frissonna de la tête aux pieds, mais il commençait à comprendre ou, tout au moins, à soupçonner pourquoi son lui du futur et le transféreur n'avaient rien à expliquer à Harry. Ils devaient avoir manqué de temps pour le faire ou bien l'attaque du Lord noir les avait interrompus avant même qu'ils n'aient commencé.

− Je peux ? lança Harry en tendant la main vers le journal.

L'espace d'une seconde, John fut tenté de refuser. Si Harry avait vraiment été attaqué par les Mangemorts dans la nuit, les évènements survenus à Liverpool hier soir ne manqueraient sûrement pas de le troubler plus qu'il ne l'était déjà. Considérant, toutefois, que ça lui épargnerait d'avoir à tout expliquer, il donna La Gazette du sorcier et profita que le jeune homme en lise l'article pour prendre une profonde, anxieuse inspiration. Aurait-il l'idée de lire la date si les informations concordaient entre les deux attaques ? Tout ce que John espérait éviter, c'était d'avoir un adolescent complètement paniqué par son changement d'époque…

− Je vois, dit lentement Harry. Ils ont dû se venger sur des Moldus parce que j'ai échappé à Voldemort.

John cilla. Echappé à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ? Existait-il un sorcier capable d'un tel exploit alors que, depuis le début de la guerre, tous ceux ayant engagé un duel direct avec le Lord noir y avait perdu la vie ? Et si c'était la raison pour laquelle Harry s'était retrouvée avec la Pierre ? Celui-ci replia finalement La Gazette du sorcier et la tendit à John qui, rassuré, s'apprêta à la prendre lorsque l'adolescent la ramena brutalement vers lui, l'air déconcerté.

Merde, songea John, alors que les yeux de Harry s'écarquillaient un peu plus à chaque lecture et relecture de la date. Il eut bientôt le teint si pâle que l'ancien Serdaigle craignit qu'il ne s'évanouisse, mais il paraissait assez solide pour supporter cette découverte choquante et inimaginable.

− Navré, Harry, mais je ne suis pas mon propre fils…

Le garçon ouvrit la bouche, la referma sans produire le moindre son et amorça un pas qui le fit trébucher. Il se retrouva sur le fessier, mais l'incrédulité semblait telle qu'il ne ressentit aucune douleur dans sa chute. Il essaya encore de parler, mais ses mots restaient résolument coincés dans sa gorge.

− Normalement, tu aurais dû être informé de ce qui allait se produire, poursuivit John sur un ton d'excuses. Pour faire aussi simple que possible, tu as sauvé des centaines de vies sans même le vouloir, mais Ooghar te racontera tout ça mieux que moi. Je ne suis en poste que depuis deux ans et je n'ai pas encore trouvé de moyen pour raconter l'histoire convenablement.

Harry parut retrouver ses esprits en même temps que sa voix, bien que celle-ci fût plus rauque qu'auparavant.

− En poste ? Qui est Ooghar ? Pourquoi… moi ?

− Eh bien, la famille Guard joue un rôle secret depuis des millénaires, bien avant de s'appeler ainsi. D'autres familles nous épaulaient par le passé, mais elles ont peu à peu disparu pour diverses raisons. Dans toute cette histoire, je suis connu comme « le Guide », même si mon rôle est plus modeste que ne le laisserait penser ce titre tape-à-l'œil. En ce qui concerne Ooghar, il s'agit d'un mage qui a remplacé Damar – l'Albus Dumbledore de chez lui, si tu préfères – et avec qui je communiquais, aussi bien à cette époque qu'à la tienne. Par contre, j'ignore complètement pourquoi c'est toi qui as été choisi.

− Choisi pour quoi, exactement ?

− Être le Champion d'Alterion.

Les deux jeunes hommes tournèrent la tête vers Ooghar, qui s'avançait dans sa longue robe brune, sa barbe grise agitée par le vent frais qui soufflait, son grand bâton de bois sculpté se balançant devant lui à chaque pas droit qu'il faisait. Scrutant très attentivement Harry, il s'arrêta à hauteur de John pour lui serrer l'avant-bras, comme cela se faisait chez le vieux mage.

− Approchez, Harry Potter, je dois vérifier qu'il n'y a aucune séquelle.

L'adolescent hésita un instant, puis obéit. Il reprenait lentement des couleurs, mais John remarqua que sa main était crispée sur le journal. S'approchant d'Ooghar, il le regarda poser simplement une main sur ses cheveux ébouriffés et fermer les yeux en remuant les lèvres sans émettre le moindre son. Cela ne prit que quelques secondes.

− C'est bien la première fois que je n'aurai aucun reproche à faire à Midori, commenta-t-il.

Il sembla alors remarquer la chouette blanche.

− Ou pas… soupira-t-il, exaspéré. Quoi qu'il en soit, asseyons-nous, ça risque de prendre du temps. Avant de débuter mon récit, il me faut aborder deux points importants. Vous ne l'avez peut-être pas encore remarqué, Harry Potter, mais vous êtes à présent désarmé. La raison en est que la Pierre ne tolère aucun objet magique pendant le transfert. John vous aidera à acquérir une autre baguette.

− Bien sûr, approuva John.

− Le second point est plus complexe à expliquer. Dans le plan initial, nous devions franchir le portail avant que l'Ennemi y pénètre, qui aurait été alors retenu pour quelque temps, mais les choses ont mal tourné. Non seulement l'Ennemi est passé en même temps que nous, mais il ne tardera également pas à savoir que nous nous sommes réfugié en Grande-Bretagne. De fait, il s'intéressera indéniablement aux nouveaux immigrés. Ce que je veux vous dire, c'est que John aurait dû vous héberger tout l'été, au moins jusqu'à la rentrée scolaire, mais que la situation actuelle exige que nous vous intégrions à la société actuelle et que vous deveniez, par conséquent, indépendant.

− Comment suis-je censé faire ? dit Harry, déconcerté. Je n'ai plus… plus rien…

John ressentit un nouvel élan de compassion pour l'adolescent, qui avait perdu ses amis, son or, son présent et tout ce qu'il avait pu chérir dans le futur.

− Nous en sommes conscients et nous vous aiderons, assura Ooghar. John, nous aurons besoin de vos connaissances sur les protocoles ministériels à l'intention des immigrés.

− Malheureusement, je n'en ai aucune, mais ma tante Martha travaille au département de la Justice magique. Elle connaît à peu près tout son fonctionnement, elle pourra nous renseigner sur les démarches à suivre pour qu'un immigré soit recensé. Je lui enverrai une lettre une fois rentré.

− Faîtes, je vous prie. Quand nous saurons si des documents spécifiques sont à fournir, je chargerai Midori d'en dérober au sein d'un ministère lointain, puis Harry Potter n'aura plus qu'à les remplir.

John plissa le front, soucieux.

− Est-il sage de lui confier une telle tâche ? Je sais qu'il est extraordinaire, mais la discrétion n'est pas son fort… Pourquoi ne pas solliciter l'aide des Nehoryn, plutôt ?

Ooghar laissa échapper un soupir las.

− Hélas, nous avons perdu de vue les Nehoryn. Je serai moi aussi rassuré si le vol de documents officiels était confié à l'un d'eux, mais Prerian se méfie désormais d'Alyphar et de ses semblables. Il leur rejette la faute sur l'avancée rapide des armées de l'Ennemi, car leurs rapports étaient trop optimistes sur le temps qu'il nous restait. Mais ne vous inquiétez pas, Midori peut accomplir sa mission correctement si nous le mettons en compétition avec les Nehoryn.

− Et pour l'or ? Je peux en prêter à Harry et il me remboursera sur le long terme…

− Là encore, Midori s'en occupe. Comme vous l'avez souligné, il est extraordinaire. Alors qu'il est le seul que je connaisse à ne trouver aucun intérêt à avoir de l'or, il est également le seul à l'avoir emporté avec lui. Ca ne lui ressemble pas, il ne sert à rien de le nier, mais il est déjà parti à Gringotts pour ouvrir un coffre au nom de Harry Potter.

− Quoi ? s'exclama Harry. Je ne peux pas accepter tout son or…

− J'ai bien peur que vous n'ayez pas le choix, dit Ooghar. Tout Champion d'Alterion que vous êtes, il n'hésitera pas à vous tuer si vous refusez l'un de ses cadeaux. Pensez-vous que notre monnaie puisse être transformée en la vôtre, John ?

− Oh oui. Du moment que c'est de l'or, les gobelins n'auront qu'à le refondre pour en faire des Gallions. Mon grand-père a un jour rapporté un vieux plat que Gringotts a transformé en monnaie sans même sourciller.

Ooghar hocha la tête, satisfait, et l'atmosphère parut changer. John sut que le moment était venu pour Harry de découvrir le fin mot de son transfert dans le passé. Il apparut toutefois que le vieil homme, bien qu'ayant réfléchi à toutes sortes de façons de présenter l'histoire, se retrouvait subitement sur la manière de la commencer. Restant silencieux et songeur un moment, sa grande main caressant sa barbe, il parut trouver une idée : levant un doigt dans les airs, il traça trois cercles de lumière rouge, légèrement décalés les uns des autres, puis une ligne droite qui les traversait tous.

− Voici le LorMirAl. C'est un jeu de mots sur les trois mondes se trouvant sur la même courbe de l'espace-temps : Lorgath est celui du haut, nous avons ensuite Mirvira et enfin, Alterion. Dans chacun d'eux, la magie prend des formes plus ou moins semblables alors que d'autres sont totalement différentes. Prerian et ses hommes, qui viennent de Lorgath, utilisent la magie à l'aide d'armes. A Mirvira, d'où je suis originaire et comme vous pouvez le voir, nous n'employons aucun accessoire. Et chez vous, bien sûr, vous avez les baguettes magiques. Toutefois, il est une magie identique que nous retrouvons partout : la magie démoniaque.

− Démoniaque ? répéta Harry, déconcerté.

− Elle est appelée « naturelle », ici, indiqua John.

Mais l'adolescent ne parut guère plus avancé.

− Pour vous expliquer simplement les choses, reprit Ooghar, des millénaires et des millénaires de tentatives n'ont permis à personne de la contrôler, ni même de l'effleurer, car elle fût l'art occulte de trois êtres uniques en leur genre : des Démons. Ils ne sont pas apparus comme par enchantement, ils ont évolué comme toutes les autres créatures, à la différence qu'il n'y avait qu'un Démon par monde.

− D'accord, dit Harry, mais qu'est-ce que ça fait qu'il y ait une même magie dans les trois mondes ?

John haussa les sourcils, franchement surpris. L'adolescent paraissait avoir déjà accepté cette histoire, pourtant encore plus invraisemblable que son transfert dans un passé où il n'était pas encore né.

− Ca fait tout, répondit Ooghar. Et ce tout commence en Mirvira avec Byr. Sans doute le plus savant des trois, Byr avait un goût très prononcé pour les mystères. Sa curiosité insatiable l'amenait à effectuer des recherches sur tout ce qui lui échappait, du plus petit insecte à la plus grande créature magique, de la racine la plus vénéneuse à la fleur la plus curative, etc. Les deux-tiers du savoir magique de Mirvira nous viennent de lui. Cependant, il arriva un jour où Byr n'eût plus rien à découvrir. Mais, s'il était curieux, il avait également une imagination assez remarquable : considérant que son monde existait, il se mit en tête qu'il devait en exister d'autres pouvant lui apporter davantage de connaissances, et il entreprit de créer des portails les reliant à Mirvira.

« Personne ne sait combien de temps cela lui prit, même si on estime qu'il a passé près d'un millénaire à travailler sur cette fantaisie, mais il parvint finalement à créer la première Porte du Monde. Hélas, il se retrouva confronté à un autre problème : le portail n'était pas assez stable pour qu'il puisse s'y aventurer. Il remit donc à plus tard sa découverte d'un autre monde afin de se concentrer sur la fabrication d'un objet qui lui permettrait de traverser sans risque. En flânant parmi les mages, il surprit une dispute entre un forgeron et son apprenti qui avait mal forgé une épée, dont la lame était trop courbe et mince. Byr acheta l'arme sur-le-champ pour s'en inspirer et travailla jour et nuit à en fabriquer une similaire… »

− Le sabre de Midori ! s'exclama Harry, perspicace.

Perspicace, s'étonna John.

− Tout à fait, approuva Ooghar avec un léger sourire. Le pouvoir que Byr conféra à son sabre fut un déplacement-éclair, en quelque sorte : les transplanages de votre monde comme du mien ne rivalisent pas avec la vitesse atteinte par l'homme qui est muni de cette arme. Byr, largement satisfait de sa création, repartit pour la Porte du Monde et, cette fois-ci, traversa le portail instable sans un problème. Il découvrit alors Alterion, ses étranges peuples largement dominés par les sans-pouvoir, et toutes ses créatures magiques si peu respectées par les humains. Bien que l'impatience le tenaillât, il prit le temps de créer une Porte du Monde en Alterion pour stabiliser le portail, puis il partit enfin explorer Alterion.

« Sa déception fut assez grande, car la magie présente était bien inférieure à celle de Mirvira, mais il prit un réel plaisir à se mêler aux différents peuples pour en découvrir les coutumes, car plus nombreuses et étranges que dans mon monde. Après un certain temps, il rencontra Lathar, le Démon d'Alterion, dont nous ne savons pas grand-chose sinon qu'il « avait un penchant pour les nymphes, festoyer et ne rien faire. » Ils n'eurent que peu de contact et, bientôt, Byr abandonna Alterion.

« De retour à Mirvira, il travailla à une nouvelle Porte du Monde mais eut beaucoup de mal à localiser l'endroit précis où il lui faudrait la placer. Comme vous pouvez le voir sur la ligne verticale de LorMirAl, elle passe à l'extrémité orientale de mon monde, qui a toujours été une zone particulièrement dangereuse. Toutefois, Byr ne renonça pas et parvint enfin à créer la Porte qui le mènerait à Lorgath. »

− Et il aurait mieux fait de s'abstenir, marmonna John.

− En effet, admit Ooghar sans s'offenser de l'interruption. Lorgath n'était pas un monde, mais un « enfer », comme vous le diriez en Alterion. Anteras, son Démon, y régnait d'une poigne de fer où sa tyrannie récompensait les criminels et punissait la solidarité. Les résistants n'étaient pas seulement traqués : s'ils étaient attrapés, on les forçait à regarder leurs familles souffrir de différentes façons avant d'être mises à mort, puis les prisonniers étaient torturés jusqu'à ce qu'ils succombent. Les femmes les plus belles étaient enlevées pour remplir la chambre à coucher d'Anteras et de ses officiers les plus malsains… Et pour la toute première fois de sa longue existence, Byr se désintéressa de ses recherches.

« Il rentra en Mirvira, fit quelques préparatifs, puis retourna en Alterion pour quérir l'aide de Lathar afin de mettre fin à ce règne de terreur. Par chance, et même s'il préférait les nymphes par-dessus tout, Lathar était un grand amoureux des femmes, ce qui lui avait d'ailleurs attiré une animosité considérable d'un grand nombre d'hommes. Il se prépara lui aussi, révélant par la même occasion que, tout fainéant qu'il était, sa magie rivalisait avec celle de Byr par certains aspects. Ensemble, ils prirent alors le chemin de Lorgath et rejoignirent discrètement la résistance après avoir sauvé l'homme qui deviendrait le premier roi humain de ce monde.

« La guerre prit un nouveau tournant, plus violent, plus sanglant, mais la résistance commença à conquérir des territoires et de nouveaux membres. Comme vous vous en doutez, Anteras ne resta pas longtemps les bras croisés et partit à la guerre avec son armée personnelle, révélant que sa magie lui avait essentiellement servi à créer toutes sortes d'immondices. La bataille fit d'innombrables morts – la légende, en Lorgath, raconte que le champ de bataille resta rouge de sang pendant un siècle. Lathar et Byr, qui unirent leurs forces contre Anteras et ses trois généraux, rencontrèrent les plus grandes difficultés à se débarrasser des sous-fifres. Ils étaient si épuisés, dit-on, qu'Anteras n'aurait eu qu'un sort à lancer pour les vaincre tous les deux – mais il n'en eut jamais l'occasion. »

− Pourquoi ? s'étonna Harry.

− Parce que Byr et Lathar n'avaient pas fait que se battre, ils n'avaient même jamais eu l'intention de tuer Anteras. Grâce à leurs connaissances individuelles, ils étaient rapidement parvenus à créer un enchantement pour sceller le tyran afin qu'il soit en mesure de comprendre ce que l'impuissance avait infligé à toutes ses victimes. Ils l'emprisonnèrent et la guerre se finit, en apportant son lot de joie et de tristesse. Byr ne survécut pas à ses blessures, hélas, mais Lathar ramena sa dépouilla en Mirvira où les mages l'ensorcelèrent pour qu'elle conserve toute sa fraîcheur. Chaque année, il est de coutume d'aller se recueillir sur sa tombe magique pour louer son courage, son intelligence et son sens de la justice.

− Quant à Lathar, intervint John, on ne sut jamais ce qu'il lui était réellement arrivé. C'est à cette époque que ma famille et quelques autres sont devenues les Guides. Certaines affirmèrent que Lathar, encore épuisé par son combat et ses blessures, fut assassiné par des sorciers dès son retour en Alterion, mais d'autres assurèrent que ces mêmes sorciers étaient parvenus à créer un enchantement pour l'emprisonner, tout comme Anteras.

− Le problème est, Harry Potter, qu'Anteras a fini par recouvrir sa liberté, annonça Ooghar. Nous ignorons comment, mais il s'est lancé dans une croisade pour conquérir tous les mondes. Malheureusement, cette fois-ci, Byr est de son côté.

− Quoi ? s'exclama Harry, incrédule. Mais Byr est…

− Ne sois pas naïf, coupa John d'un air sombre.

L'adolescent lui lança un regard interrogateur, puis sembla comprendre.

− Inferius…

− Sauf que la magie démoniaque surpasse la magie la plus noire, dit Ooghar. Byr est non seulement soumis à la volonté de son vieil ennemi, mais il est aussi en possession de ses pouvoirs. Nous ne pouvons même pas nous réjouir d'avoir coincé une bonne partie de l'armée d'Anteras en Mirvira, car il peut rouvrir le portail facilement grâce à Byr ou s'en constituer une autre ici.

Ils restèrent silencieux une longue minute, laissant le temps à Harry d'assimiler l'ampleur – catastrophique – de la situation actuelle. John ruminait de sombres pensées en pensant aux deux mondes qui s'étaient effondrés sur le passage d'Anteras, et il n'osait imaginer à quoi ressemblerait le sien dans quelques années. En Mirvira, la guerre avait duré cinquante-neuf ans grâce à des mages comme Damar, Ooghar et Midori, mais la mort de Damar avait fait pencher la balance du côté de l'Ennemi, dont la puissance n'avait cessé de rallier des peuples tous plus malveillants et assoiffés de pouvoir comme de sang.

− Et… en quoi suis-je un « Champion » ? reprit alors Harry. Vous m'avez dit que la magie de votre monde était supérieure à celle du mien, non ? Qu'est-ce que je pourrai bien faire ?

− Soulevez votre t-shirt.

Harry parut décontenancé par l'invitation mais, ôtant sa veste, il obéit et eut un léger sursaut. Sur sa poitrine, au niveau de son cœur, figurait un symbole incompréhensible, complexe et artistique.

− Qu'est-ce que… ?

− C'est la Pierre de Lathar, aussi appelée « Pierre du Pouvoir », répondit Ooghar. Je vous ai dit que la magie démoniaque a toujours été employée par les trois Démons, mais il est une autre personne à en connaître les secrets et à la maîtriser.

− Midori…

− Le dernier héritier de Byr, précisa Ooghar. Curieusement, il est le seul de ses descendants à avoir révélé une affinité avec la magie démoniaque, mais je pense que c'est dû au fait que sa mère était une Nehoryn. Le sang d'une créature magique a dû réveiller les gênes de Démon qui sommeillaient dans la lignée de Byr.

− Que va-t-il se passer, maintenant que Harry a absorbé la Pierre ? demanda John, curieux.

− Je suis tristement ignorant à ce sujet, Midori prenant un plaisir sadique à faire des mystères, mais Lorca devrait en savoir plus que moi. Les Nehoryn se lanceront à la recherche de Harry Potter, elle pourra l'ausculter pour vérifier que la Pierre s'est bien intégrée à son corps et dire quels effets l'absorption aura.

Ooghar se releva avec la souplesse d'un jeune homme, imité par les deux sorciers.

− Est-ce que la Pierre que détient ma mère a toujours ses pouvoirs ? demanda Harry.

− Ta… ? La broche ?! s'étonna John.

− Je l'ignore, reconnut le vieux mage. Il est possible que Lathar ait fait en sorte que la Pierre perde ses pouvoirs si elle était assimilée une première fois, mais je poserai la question à Midori. Si Anteras venait à mettre la main dessus, la guerre n'aurait plus aucune chance de nous sourire. Bien, je préfère ne pas trop m'attarder ou Prerian serait capable de repousser un Nehoryn qui se présenterait au campement… Je vous souhaite bonne chance, Harry Potter, John. Les Nehoryn seront dorénavant notre seul moyen de communiquer, je pense.

Il se volatilisa sans amorcer le moindre geste, alors que Harry massait son torse comme s'il ressentait une démangeaison. Il soupira, soudain las, et lança un regard vers sa chouette, mais celle-ci paraissait avoir profité du long récit pour aller chasser – ou dormir.

− Viens, allons t'acheter une nouvelle baguette magique, dit John. Par contre… est-ce que tu sais transplaner ?

− Je n'ai pas le permis, mais oui, répondit Harry en lui rendant La Gazette du sorcier.

− Parfait ! Prends ma baguette et fais-moi transplaner avec toi, car je n'ai pas du tout confiance en mon transplanage.

Quelque peu dubitatif, Harry prit la baguette proposée et laissa John lui attraper le bras fermement. Tournant les talons, ils se retrouvèrent aussitôt dans les ténèbres oppressantes, écrasantes et asphyxiantes, John fermant les yeux comme si ça l'aidait à mieux supporter la sensation.

La lumière et l'oxygène revinrent, John et Harry inspirant tous deux une grande bouffée d'air. Rouvrant les yeux, l'ancien Serdaigle manqua de sursauter lorsqu'il découvrit son nez à moins d'un centimètre d'une porte. Des râlements attirèrent alors son attention derrière lui. Des Moldus, visiblement surpris par le craquement sonore provoqué par le transplanage, fixaient les voitures qui défilaient tout en semblant se demander ce qui avait provoqué leur légère frayeur.

Reprenant sa baguette magique que lui tendait Harry, ils entrèrent dans le pub miteux et désert du Chaudron baveur, jetant un bref coup d'œil à Tom, le gérant édenté et maussade. Dans les premières années de la guerre, il n'avait cessé de lancer des regards remplis d'espoir aux passants en croyant pouvoir obtenir un client, mais il avait à présent perdu toute illusion. Aucun sorcier, aucune sorcière ne souhaitait plus s'attarder hors de son lieu de travail ou de chez lui pour prendre une collation, sauf à Pré-au-Lard, le village sorcier bénéficiant de sa proximité avec Poudlard.

Traversant la salle commune, ils sortirent dans la cour arrière et s'approchèrent du mur de brique le long duquel avaient été laissées les bennes à ordures du pub.

− Pourquoi en 77 ? demanda soudainement Harry.

John sourit en donnant un coup de baguette sur une brique précise. Un trou apparut, s'agrandissant rapidement jusqu'à être assez haut pour laisser passer quelqu'un d'aussi grand que Hagrid, tandis qu'il répondait :

− C'est difficile à expliquer, mais je vais faire de mon mieux. La première Porte du Monde ayant été créée depuis Mirvira, elle est prioritaire sur l'axe de l'espace-temps. En d'autres termes, s'il y a quarante ans de différence entre Mirvira et Lorgath, la Pierre t'aurait ramené quarante ans en arrière. C'est un peu comme si Mirvira était une ancre temporelle dans l'activation d'un portail, tu vois ?

− Donc, il y avait vingt ans de différence entre nous et Mirvira ?

− C'est ça.

Ils franchirent l'arcade qui s'était formée dans le mur de briques et s'avancèrent sur le Chemin de Traverse. L'atmosphère était aussi lugubre qu'à l'ordinaire, les passants se précipitant d'une boutique à l'autre en lançant des regards anxieux à toutes les personnes qu'ils croisaient, redoutant visiblement d'être attaqués. Seuls les vendeurs-ambulants profitaient de la terreur en affirmant, devant des chariots surchargés de prétendus porte-bonheur, grigris et autres objets protecteurs, que leurs breloques protégeraient les sorciers et les sorcières contre les Mangemorts – John se souvenait d'une enquête de La Gazette du sorcier, deux ans plus tôt, qui révélait que même le bric-à-brac ensorcelé ne fonctionnait qu'une journée dans 95% des cas. Placardés sur les vitrines et les planches qui condamnaient les magasins fermés par ordre ministériel ou abandonnés par leur gérant, des portraits des rares mages noirs identifiés côtoyaient de grandes affiches violettes rappelant les consignes de sécurité.

Ils arrivèrent bientôt à hauteur de Gringotts, haut édifice d'une blancheur de neige.

− Attends que je vérifie d'avoir assez, dit John, en s'arrêtant.

Sortant sa bourse, il l'ouvrit et compta rapidement les Gallions d'or et les Mornilles d'argent qu'elle contenait.

− Ca devrait le faire, annonça-t-il en repartant. A moins qu'Ollivander n'ait augmenté ses prix, j'ai juste assez.

− Tu crois que je devrais donner ma vraie identité ? Il va sûrement me la demander, non ?

− Fort probable, d'autant que ta ressemblance avec James ne passe pas inaperçue… Le problème, c'est que nous ne savons pas si Midori a réellement ouvert un coffre au nom de Harry Potter ou s'il a changé quelque chose. Mentir deviendrait tout de suite une série de sou… Ah, attends !

Il pointa le doigt en direction d'un hibou qui venait d'apparaître au-dessus d'un toit et plongeait droit vers eux. Les saluant d'un ululement, il les survola en lâchant l'enveloppe qu'il tenait entre ses pattes et repartit droit vers Gringotts. D'un geste vif et machinal qui trahissait ses réflexes d'attrapeur, Harry attrapa la lettre en vol, l'ouvrit puis retira et déroula le parchemin qui se trouvait à l'intérieur :

Cher Mr Ethan Potter,

C'est avec le plus grand plaisir que nous vous confirmons avoir procédé à l'ouverture de votre coffre numéro 12S ce matin même. Afin que vous puissiez y accéder dans les meilleurs délais, et conformément au protocole régissant ce type de coffre, il vous faudra vous présenter muni de votre baguette magique (ou de tout autre document d'identité) afin de la faire enregistrer par notre banque.

Vous souhaitant la bienvenue et vous remerciant de la confiance que vous accordez à notre banque, nous vous prions, cher Mr Ethan Potter, d'agréer à l'expression de nos sincères salutations.

Kratek

Service clientèle

Banque Gringotts

− 12S ? Type de coffre ? relut Harry, perplexe.

− Ca veut dire qu'à côté de toi, je suis presque pauvre, plaisanta John. Il n'y a que les plus fortunés, comme les très vieilles familles sorcières, qui bénéficient de ces coffres. Toutefois, ça ne me surprend pas. En Mirvira, la famille de Midori est l'une des plus anciennes et occupe une place particulière dans la Noblesse. L'une des phrases de Midori qui amusait beaucoup mon père et Damar était : A quoi bon travailler, j'ai juste à péter et mes gaz deviennent de l'or.

Harry eut un faible sourire et glissa l'enveloppe dans sa poche.

− Autant je peux comprendre qu'il ait changé mon prénom, mais mon nom ne va-t-il pas poser problème aux Potter ? dit-il d'un air soucieux.

− C'est fort probable, mais pas seulement avec les Potter, admit John. Le ministère de la Magie trouvera étrange de voir un Potter surgit de nulle part. Le temps qu'ils enquêtent au sein de tous les ministères, tu seras à Poudlard. Même si Dumbledore s'interrogera lui aussi, il ne te laissera pas être victime de l'incompétence du ministère à arrêter de vrais Mangemorts. Et puis, Damar disait que Midori, aussi insouciant, incontrôlable et imprévisible qu'il soit, n'en demeurait pas moins un esprit brillant dès qu'il fallait manipuler les autres.

Ils atteignirent le magasin d'Ollivander, dont la peinture de la façade s'écaillait. Passant devant la vitrine, où un coussin de velours pourpre présentait une unique baguette magique, ils poussèrent la porte et pénétrèrent dans la boutique à l'atmosphère austère. John s'assit sur la chaise en bois en faisant attention à ne pas heurter l'une des innombrables piles d'étuis cachant les murs, tandis que Harry s'avançait jusqu'à la table. Surgissant d'une allée quelques instants plus tard, Mr Ollivander, ses yeux aussi pâles que des lunes, s'approcha en dévisageant longuement le client.

− Est-ce pour une baguette ou un nécessaire, Mr… ? demanda-t-il d'une voix douce.

− Potter, et c'est pour une baguette.

John vit un quasi-imperceptible pli se dessiner entre les sourcils touffus du gérant.

− Qu'est-il arrivé à la précédente ?

− Elle s'est cassée, prétendit Harry. Elle n'était plus toute jeune et la voiture a freiné un peu trop brusquement…

− Quelle en était la composition ?

John réprima une grimace. Ca sentait mauvais si Ollivander persistait à poser des questions trop précises, songea-t-il.

− Je sais juste qu'elle faisait 28 centimètres et contenait une plume de phénix, mentit Harry. C'était un héritage, alors…

Bien joué, pensa l'ancien Serdaigle. Il n'était pas certain que l'adolescent avait convaincu le fabricant, mais Ollivander ne posa plus aucune question et entreprit d'ensorceler son ruban pour prendre toutes les mesures nécessaires. Il se tourna ensuite vers John.

− John Guard, bien sûr ! 28, 2 centimètres, bois d'orme et crin de licorne mâle, très flexible. Avez-vous trouvé quel métier vous alliez faire ?

− Pas encore, monsieur. J'ai reçu les prospectus ce matin.

Le ruban, agrémenté d'une coche argentée pour chacune des mesures, bondit soudainement sur la table. Ollivander se saisit aussitôt du mètre pour l'examiner très attentivement, hochant parfois la tête d'un air satisfait, comme si la composition que le nouveau Potter lui avait donnée lui permettrait de réduire le nombre de baguettes à essayer. Il marque toutefois, au bout d'une bonne minute d'analyse, un temps d'arrêt, une pensée soudaine semblant lui avoir traversé l'esprit.

Reposant le ruban, il s'éloigna dans les rayons et Harry se tourna vers John en poussant un profond soupir, soulagé que ses mensonges n'aient pas été prolongés par l'interrogatoire d'Ollivander. Celui-ci revint rapidement avec seulement deux boîtes dans les mains. A peine les eut-il posées sur la table que le couvercle de l'une tressauta, comme si la baguette à l'intérieur ne demandait qu'à rejoindre Harry.

Ollivander observa le phénomène avec un mélange d'intérêt et de perplexité, mais il reprit rapidement contenance et ouvrit la boîte. La baguette qu'elle contenait sauta vers Harry qui, réflexe d'attrapeur oblige, l'attrapa au vol. Une gerbe d'étincelles rouge et or jaillit aussitôt à l'extrémité du fin morceau de bois.

− Nous avons la gagnante, semblerait-il, dit le vendeur en dévisageant intensément le jeune homme. Ce phénomène s'est-il déjà produit par le passé, Mr Potter ?

− Non…

Sentant que le regard scrutateur d'Ollivander ne mettait pas Harry à l'aise, John s'avança en ressortant sa bourse. Il paya la baguette mais sentit nettement que ce geste intéressa le fabricant. Le saluant, ils repartirent vers la porte.

− Tu me rembourseras quand ton coffre sera arrivé à Gringotts, dit l'ancien Serdaigle quand Harry l'eut remercié.

C'était peut-être inutile de le dire, mais cela pourrait aussi calmer les éventuels soupçons qui pourraient entourer Harry dès que son existence se répandrait un peu partout. La guerre était une plaie pour l'ensemble de la communauté sorcière, mais les sorciers en profitaient quand même pour accuser tel ou tel complot. Le plus dur, cependant, ce serait de convaincre James que Harry était digne de confiance – mais ça, seul l'adolescent pourrait le faire.

Ils sortirent de la boutique et s'avancèrent de quelques mètres lorsque, brusquement, une épaisse fumée noire explosa juste derrière eux. Du coin de l'œil, John vit un bras jaillir pour se refermer sur Harry, puis un second panache éclata et le nouveau Potter disparut en même temps que le bras.

− Bien, on dirait que les Nehoryn l'ont retrouvé, commenta-t-il pour lui-même.