Le jardin de derrière aurait dû être « l'argument de l'ultime recours » si Harry avait répondu négativement à McGrail après la visite du troisième étage, et il comprenait pourquoi : outre la terrasse en arc-de-cercle qui se démarquait du manoir au style victorien, ses marches menaient à une petite allée de dalles de marbre qui conduisait jusqu'à un belvédère se dressant au beau milieu d'une mare et relié au jardin par un pont arqué. « L'endroit idéal pour réfléchir », avait affirmé l'agent immobilier. Les trois jours qui suivirent, toutefois, virent très peu Harry se promener dans le jardin : un catalogue d'ameublement offert par la société de McGrail, le nouveau propriétaire du manoir s'était essentiellement concentré à remplir les salles les plus utiles. Lit, commode, armoire, tables, chaises, porte-manteau, ustensiles de cuisine, serviettes, savons, torchons, serpillères, balais, seaux et même tapis apparurent ainsi dans le hall d'entrée, le salon du rez-de-chaussée, la cuisine, la chambre choisie par Harry et la salle de bains qui y était connectée, les placards à balais et le bureau du premier étage, plus grand que les autres.
Cependant, le changement le plus impressionnant demeurait Harry lui-même. Après avoir abandonné ses lunettes, ses yeux lui avaient paru devenir plus sombres, mais ils étaient à présent aussi clairs que par le passé – à la différence qu'au lieu d'être du même vert émeraude que ceux de Lily Evans, ils étaient à présent d'un rouge éclatant. Ses traits n'avaient pas été épargnés par l'héritage de la Pierre, devenant sensiblement plus arrogants et le faisant plus ressembler à Midori qu'à James. S'il n'était guère heureux de perdre son côté typiquement Potter – bien qu'il eût passé les dernières années à s'exaspérer d'entendre dire à quel point il ressemblait à son père –, il avait eu la surprise de constater qu'il s'habituait extrêmement vite à ce physique.
Parallèlement à tout cela, ces trois premiers jours passés dans cette époque ne le privèrent pas d'obligations – ou plutôt, de tenir les promesses qu'il s'était faites à lui-même. Utilisant les Gallions donnés par Midori, il avait acheté trois livres dédiés à la fabrication et à la magie des baguettes magiques pour les transmettre à Lorca, tout comme il lui avait fourni un exemple de lettre de candidature, bien que le résultat ne lui parut guère glorieux. Il avait notamment remboursé Guard, mais le Guide était apparemment trop occupé ou prudent pour lui donner des nouvelles de l'Alliance.
Ce jour-là, ce fût une tout autre tâche que Harry dut remplir en ouvrant la porte de la cabine téléphonique alors qu'une voix froide, féminine et distante lançait :
− Le ministère de la Magie vous souhaite une bonne journée.
A peine les papiers attestant la vente et son nouveau lieu de domicile signés avec McGrail et Mrs Garrison, Harry avait fait l'achat de parchemins, de plumes et de bouteilles d'encre pour écrire à Dylan Cross – et le moment était venu de finaliser son intégration, notamment grâce aux copies de ses dossiers ministériel et scolaire qu'il avait découverts la veille sur la table de la cuisine.
Vêtu d'une sobre robe de sorcier bleu nuit, un badge carré étincelant d'argent au niveau de son cœur, Harry s'avança sur le parquet parfaitement ciré de l'atrium du ministère de la Magie. Bruyant, bondé, le gigantesque hall était parcouru d'employés maussades ou mal réveillés qui émergeaient des cheminées aux manteaux d'or aménagés dans les murs lambrissés et sombres ou qui apparaissaient dans des craquements sonores. Tous prenaient la direction d'immenses portes dorées situées à l'opposé de la cabine téléphonique par laquelle Harry était arrivé, mais personne ne leva les yeux vers le plafond bleu brillant parcouru de symboles mobiles ou n'accorda le moindre intérêt à la fontaine qui crachait des jets d'eau étincelants. Quand ils ne lisaient par La Gazette du sorcier du jour, les travailleurs avaient le nez plongé dans des rapports à rendre et les relisaient afin d'avoir la garantie de fournir un travail optimal.
Fendant la foule en attirant momentanément la curiosité des employés, s'excusant pour pouvoir passer, Harry atteignit non sans peine le comptoir au-dessus duquel un panneau indiquait : « Sécurité ». Derrière, un homme avec une barbe hirsute et un regard souligné de légers cernes parcourait d'un œil éteint La Gazette du sorcier. Il sembla retrouver une certaine vitalité dès qu'il remarqua l'approche d'un visiteur et consulta brièvement la mention inscrite sur le badge.
− Ah, oui… dit-il comme s'il avait été prévenu.
Il s'organisa rapidement, posant bien en évidence une balance de cuivre à un seul plateau et ramassant une fine tige souple et dorée ainsi qu'une Sonde de Sincérité comme celle utilisée par les gobelins de Gringotts. Fouillant dans une pile de papiers entassée dans un coin, il tira un parchemin et le lut en diagonale.
− Bien. Votre baguette magique, s'il vous plaît.
Harry l'avait déjà sortie et la lui tendit. La posant sur le plateau de la balance qui se mit aussitôt à vibrer, le vigile fit le tour de son comptoir, armé de la canne d'or et du Capteur de Dissimulation. Comme les gobelins, il les passa autour de Harry, des pieds à la tête, puis, ne détectant rien, retourna s'asseoir. La balance s'était tue entretemps, une fine bande de parchemin étant sortie par une fente aménagée dans la base.
− 27, 5 centimètres, bois de houx, plume de phénix, en usage depuis quatre jours, c'est bien ça ?
− Oui.
Le sorcier lui rendit sa baguette, planta la langue de parchemin sur une pointe en cuivre puis posa le papier qu'il avait lu un peu plus tôt devant Harry.
− Normalement, il y aura quelqu'un pour vous accueillir à la sortie des ascenseurs, annonça-t-il, mais si ce n'est pas le cas, vous trouverez l'itinéraire pour rejoindre la Brigade magique et le nom de la personne à demander.
− D'accord, merci.
S'éloignant du comptoir de Sécurité, Harry retourna se mêler aux employés qui se faisaient de moins en moins nombreux à mesure que les minutes s'écoulaient. Forcément, se dit-il, la guerre contre Lord Voldemort incitait le ministère à mobiliser les travailleurs de plus en plus tôt pour les laisser partir de plus en plus tard.
Réglant son pas sur l'homme qui le précédait, Harry passa à côté de la fontaine sans y jeter le moindre coup d'œil. Il savait déjà qu'elle représentait un sorcier, une sorcière, un elfe de maison, un centaure et un gobelin, et que ces trois derniers étaient à tort émerveillés par les deux humains – bien que, la dernière fois qu'il les eût vues, elles avaient presque toutes été détruites par l'affrontement épique entre Dumbledore et Voldemort.
Harry franchit les immenses portes d'or et se retrouva dans le hall des ascenseurs, beaucoup plus petit que l'atrium, où des files d'employés se formaient devant la vingtaine de grilles dorées qui s'ouvraient régulièrement pour donner accès à une des cabines. Suivant toujours le même sorcier, il s'arrêta au bout d'une courte queue.
− Paraît que c'est le grand jour pour ton fils ?
L'oreille distraite mais opérationnelle, la question interpella légèrement l'attention de Harry en direction des deux hommes qui précédaient le sorcier le devançant.
− Ouais, ouais, dit l'autre. Il doit passer son permis de transplanage dans la matinée. Il a intérêt à le réussir, sa mère ne peut plus supporter qu'il l'appelle à l'aide chaque fois qu'il veut se déplacer.
− Toujours le mal de cheminette ? ricana son collègue.
Dans un grand bruit métallique, la grille d'or coulissa et se referma juste derrière les deux sorciers, mais Harry le remarqua à peine. Le permis de transplanage ? Cela signifiait-il qu'il risquait de croiser certains de ses futurs camarades ? Il ne pourrait pas se cacher éternellement, bien sûr, sauf qu'il préférait rencontrer ses parents, Sirius et Rogue le plus tard possible. Il s'était déjà établi un planning de choses urgentes à faire, comme apprendre l'occlumancie pour échapper aux legilimens – même s'il doutait sérieusement parvenir à un résultat, si maigre puisse-t-il être – ou se convaincre que Rogue n'était pas encore l'auteur du meurtre de Dumbledore. Chose quasi-impossible, lui semblait-il, mais il fallait à tout prix qu'il évite d'exprimer une haine « infondée » à l'égard du Serpentard.
La grille se rouvrit quelques minutes plus tard. Harry suivit l'homme qui le précédait à l'intérieur en chassant de son esprit les pensées tournant autour de ses futurs camarades de classe. S'arrêtant au fond de la cabine, il regarda d'autres employés les rejoindre, puis le dernier entré écrasa le bouton d'ascension. L'ascenseur s'ébranla et entama sa montée.
Les niveaux s'enchaînèrent les uns après les autres, certains laissant sortir des employés qui étaient aussitôt remplacés par d'autres. Peut-être parce qu'ils n'avaient pas le moral ou qu'ils étaient trop concentrés dans la lecture de leur journal, sorciers et sorcières ne parlaient pas, se contentant de simples saluts de la tête. Harry remarqua que les personnes étaient nombreuses à descendre lorsque la cabine s'arrêtait à l'étage d'un département n'ayant pas de lien direct avec la guerre, comme celui des jeux et sports magiques ou des transports, et sans grande surprise, il se retrouva seul dans l'ascenseur dès que celui-ci arriva à hauteur du troisième niveau.
Une petite appréhension commençait à s'immiscer dans son esprit, alors que l'ascenseur repartait. Trois jours ne suffiraient à personne pour apprendre toutes les facettes de l'Australie sorcière, d'autant qu'il avait été passablement retardé par la visite et l'achat du manoir, puis par la mémorisation des renseignements inscrits dans les copies des dossiers récupérés par Midori – comment s'était-il débrouillé pour les avoir et les faire remplir ? C'était un mystère, mais Harry espérait juste qu'il n'en avait pas trop fait.
− Niveau deux, annonça la voix féminine et désincarnée entendue dans la cabine téléphonique, Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Services administratifs du Magenmagot.
Les portes s'ouvrirent et Harry sortit. Comme tous les couloirs aperçus aux étages inférieurs, celui-ci était d'une saleté très impressionnante, le parquet constellé de fientes plus ou moins fraîches de hiboux et de chouettes qui sillonnaient les corridors pour porter des missives à d'autres services.
− Mr Potter ?
Surpris, Harry tourna la tête vers l'angle du couloir d'où venait tout juste de surgir une haute sorcière au nez en pointe.
− Suivez-moi, je vous prie, dit-elle.
Et elle tourna aussitôt les talons, Harry allongeant le pas pour la rattraper, glissant légèrement sur les fientes fraîches. Dans le plus grand silence, ils passèrent devant des portes identiques et des fenêtres magiques représentant – pour aujourd'hui – les mêmes et rares nuages qu'il avait aperçus dans le ciel londonien. Puis ils tournèrent à droite, bifurquèrent sur la gauche à une intersection et s'avancèrent jusqu'à une double porte.
Les « Bureaux de la Brigade magique », comme l'indiquait une pancarte, ressemblaient beaucoup aux locaux des Aurors, à la différence que l'époque semblait enfermer tout le monde dans un silence relatif et sérieux. Dans les boxes, les collègues de la sorcière avaient tous accrochés des portraits des quelques Mangemorts identifiés et recherchés qui se complaisaient à jeter des regards narquois à quiconque passait dans leur champ de vision. Les photos de famille, les posters de Quidditch et tout ce qui n'avait rien à voir avec le travail s'entassaient dans un petit périmètre que les brigadiers avaient réussi à conserver sur une cloison. Les uns penchés sur des parchemins, d'autres accueillant des plaignants venus dénoncer quelque chose de justifier ou non, Harry réalisa très vite que les immigrés étaient extrêmement rares – tout au moins, il eut la nette impression qu'il était le seul à se présenter pour un recensement.
La sorcière bifurqua bientôt dans une allée et s'arrêta trois boxes plus loin.
− Mr Potter est là, Dylan, dit-elle.
− Ah ?! s'exclama une voix rauque d'un ton surpris. J'avais complètement oublié… Heu, merci, Natalie. Entrez, Mr Potter, et installez-vous.
Dylan Cross n'avait pas tout à fait le physique que Harry s'attendait à lui découvrir. Corpulent et court-sur-pattes, il n'était pas facile de l'imaginer affrontant vaillamment des criminels, mais Harry savait qu'il ne fallait pas se fier aux apparences : un sorcier tout aussi grassouillet et à l'air faible avait, dans une autre vie, trompé le monde sorcier en faisant croire à sa mort afin d'échapper à la justice et Sirius, qu'il avait fait emprisonner à sa place, puis s'était de nouveau échappé pour permettre, un an plus tard, à Lord Voldemort de retrouver son corps et ses pouvoirs.
S'asseyant, Harry regarda Mr Cross prendre une épaisse liasse de parchemins pour la jeter à la poubelle, puis attraper deux pochettes cartonnées sur lesquelles un post-it indiquait : Ethan Potter.
− Oui, oui, le fameux Mr Ethan Potter, dit le brigadier pour lui-même. Hortensia Garrison m'a transmis votre adresse juste avant que je ne reçoive votre demande de recensement… Vous n'avez pas trop de mal à vous adapter au climat britannique ?
− Non, répondit Harry. Il fait plutôt beau, en ce moment.
− Profitons-en, ça présage une fin d'été ou un automne calamiteux. Donc !
Il avait ouvert les deux dossiers pour les accoler l'un à l'autre. Avec un léger haussement de sourcils, Harry aperçut que les premiers parchemins comportaient les tampons du ministère australien de la Magie et de l'Oceanian School of Magic, abrégé « OSM » par les intimes.
− Ah, je comprends mieux l'absence d'accent, maintenant, marmonna Mr Cross en saisissant une plume. Il est indiqué que vous avez grandi dans une famille britannique morte dans le courant de l'année, mais les circonstances ne sont pas précisées.
− Un accident de voiture.
Le brigadier inscrivit la réponse avec une encre rouge vif.
− Aucun casier judiciaire… J'imagine que vous avez régulièrement recours à la magie, Mr Potter ?
− Oui.
− Je peux le comprendre, étant donné votre situation, mais il faut savoir que la loi sur la restriction de la magie est la même ici qu'en Australie. Si votre dossier avait été enregistré plus tôt, vous auriez sûrement reçu une lettre du ministère, mais j'ai lu que votre anniversaire était…
− Le 31 juillet.
− Voilà. Bien, puisque vous êtes déjà autonome et à quelques jours de vos dix-sept ans, je pense que le Service des usages abusifs de la magie vous accordera une dérogation.
Il ramassa un parchemin, prit une autre plume et en trempa cette fois-ci la pointe dans une encre noire. Griffonnant un mot, il le roula, le cacheta d'un coup de baguette et le posa sur une sorte de petit bureau greffé à un perchoir, visiblement destiné à tout oiseau qui passerait par là pour lui transmettre ou prendre une missive.
− A priori, dit Mr Cross en feuilletant les parchemins du dossier ministériel, toutes les informations sont là… Ah non, il y a la question du permis de transplanage. L'avez-vous ?
− Non.
− Savez-vous transplaner ?
− Oui.
− Voyez-vous un inconvénient à ce que je vous inscrive pour la séance de passage du permis d'aujourd'hui ? demanda Mr Cross. Le transplanage n'est pas sans risque et le ministère accorde rarement deux dérogations à une même personne, sauf cas très particulier.
Harry n'était guère enchanté à l'idée de se retrouver face à ses futurs camarades dès aujourd'hui, mais il comprenait que le brigadier cherchait avant tout à lui faciliter les choses dans son intégration.
− Pourquoi pas, dit-il.
Et Mr Cross écrivit rapidement une nouvelle note qu'il joignit à la première. Une chouette hulotte passa au même moment, aperçut les missives et les saisit dans ses serres sans même ralentir. Vérifiant une dernière fois de ne rien avoir oublié dans sa consultation du dossier ministériel, le brigadier le referma et s'intéressa alors à celui de l'Oceanian School of Magic.
− Vous avez l'intention de rejoindre Poudlard, au fait ?
− En effet, mais je n'ai pas encore envoyé de lettre.
− Laissez, laissez, le ministère de la Magie s'en occupera, dit Mr Cross d'un ton distrait. Il est extrêmement rare que nous voyions un élève changer d'école au cours de sa scolarité, mais quand cela arrive, le ministère est tenu de l'informer de toutes les… complications que pourrait représenter l'étudiant. Casier judiciaire, rapports disciplinaires de l'ancien collège, etc. Pour le moment, votre dossier désigne un élève tout à fait normal, quoiqu'un peu turbulent.
Il parcourut rapidement les autres parchemins, revint en arrière, puis repartit de plus belle dans son inspection.
− Je constate que l'OSM n'a fourni aucun document sur les circonstances vous ayant valu vos retenues. Il est possible qu'il vous soit demandé d'en faire la liste. Préparez-la quand vous en aurez le temps, juste au cas où.
Il s'intéressa alors aux résultats des différents examens concluant les années de scolarité des élèves australiens. Il en choisit un particulier, donna un coup de baguette magique pour en faire une copie et la posa dans un coin. Refermant alors le dossier scolaire, il l'entassa sur le ministériel et les repoussa tous deux.
− Abordons la dernière partie de cet entretien, dit-il en sortant le formulaire que Midori avait donné à Harry le jour de son arrivée à cette époque. Donc, nous avons vu que vous irez à Poudlard… que vous passerez le permis de transplanage dans un peu plus d'une demi-heure… et que vous aviez votre domicile à proximité de Godric's Hollow… Bien, bien.
Il finit de remplir les champs déjà abordés.
− Comme vous le savez, Mr Potter, la guerre fait rage partout en Grande-Bretagne, reprit-il alors d'un ton grave. Bien qu'il soit devenu de plus en rare que le pays accueille des touristes, le ministère de la Magie les soumet à une liste de questions qui ne permet sûrement pas de reconnaître les Mangemorts mais offre au moins une idée des motivations de ces personnes. Votre situation vous présentant comme ressortissant australien jusqu'à ce que votre dossier soit validé, je vais donc vous soumettre à ce petit interrogatoire.
− Très bien.
− Commençons, donc. La première question : comment êtes-vous arrivé en Grande-Bretagne ?
− A l'aide d'une connaissance qui avait un Portoloin pour la France. Je lui ai demandé de m'emmener avec elle puis il m'a juste fallu prendre mon balai pour survoler la Manche.
− Vous connaissiez un britannique avant d'arriver dans le pays ?
− Non, mais j'ai rencontré un ancien élève de Poudlard qui m'a aidé pour que je puisse m'intégrer.
− Le nom de cet ancien élève ?
− John Guard.
Il craignit que le brigadier ne note l'identité sur le formulaire, mais il paraissait plutôt concentré sur sa mémoire.
− Guard… Guard… Ah, le petit jeune qui vient d'intégrer la Brigade de réparation des accidents de sorcellerie. Bien, ça va me faciliter la tâche pour confirmer le soutien qu'il vous a apporté.
Harry réprima un soupir de soulagement en regardant Mr Cross renoncer à écrire le nom du Guide. Quitte à ce que tous les deux n'aient aucun lien officiel, comme le souhaitait Ooghar, il valait mieux éviter de commettre la plus petite erreur.
− Question suivante, donc, poursuivit le brigadier. Avez-vous déjà eu des problèmes avec un né-Moldu ? Une rivalité assez virulente ou une haine mutuelle ?
− Pas à ma connaissance, répondit Harry. J'ai eu quelques ennuis avec d'autres élèves, bien sûr, mais je n'ai jamais posé la question de savoir s'ils étaient nés-Moldu ou non.
Mr Cross hocha la tête en inscrivant la réponse.
− Que pensez-vous de la guerre ? Des idéaux défendus par les Mangemorts ?
− Je trouve ça grotesque, confia Harry en toute sincérité.
Le brigadier sembla admettre en silence qu'il partageait tout à fait son point de vue.
− Vos motivations ? Pourquoi être venu dans un pays en guerre ?
− Je n'aimais pas beaucoup le climat australien et j'ai toujours rêvé de faire mes études à Poudlard. Comme j'étais à moins de deux semaines de ma majorité, j'ai choisi de plier bagages. La guerre ne me fait pas vraiment peur, d'autant que j'aspire à devenir Auror.
− Carrière difficile, commenta Mr Cross en notant, mais diable que nous en avons besoin. Le nombre de candidats ne cesse de chuter depuis le début de la guerre. Je crois qu'ils ne sont que trois à être entré en formation, cet été. Il n'est déjà pas facile d'obtenir les Aspic nécessaires, mais alors si en plus les aspirants abandonnent à cause des mages noirs…
Il soupira d'un air dépité.
− Heu… où en étais-je… Ah oui, avez-vous des connaissances en magie noire, théorique ou pratique ?
− Quelques-unes, admit Harry. Dans un moment de panique, j'ai lancé un maléfice dont j'ignorais totalement les effets. Ca m'a assez secoué pour ne plus recommencer.
− La victime ?
− S'en est très bien tirée. Par chance, quelqu'un connaissant le maléfice et les soins à appliquer est arrivée juste après.
− Bien, bien, les personnes répondant honnêtement à cette question sont plutôt rares. Sachez, par contre, que Poudlard a un regard particulièrement agressif quand il s'agit de magie noire, qu'elle soit employée calmement ou par la panique. Bien sûr, vous en étudierez certains aspects lors des cours de défense contre les forces du Mal, mais souvenez-vous qu'on ne vous fera aucun cadeau si vous blessez grièvement un camarade.
− J'en suis bien conscient.
− A ce sujet, et juste par curiosité, quelle maison aimeriez-vous rejoindre ?
− Gryffondor.
− Si j'en crois certains de mes collègues qui ont dit un enfant à Poudlard, il est vrai que votre dossier scolaire se rapproche plus de vos futurs camarades de Gryffondor que de ceux des autres maisons… Mais, passons… Eh bien, je crois que j'ai tout ce qu'il faut, en fait. Je transmettrai votre dossier scolaire au professeur Dumbledore dans la matinée. Quand le ministère aura tranché, nous vous enverrons une lettre pour vous confirmer votre intégration à la communauté sorcière. Dans le cas où votre dossier poserait quelques problèmes, évidemment, nous vous convoquerons de nouveau pour éclaircir les choses, mais je n'ai pas l'impression que ça vous arrivera. Heu… je vais venir avec vous, j'en profiterai pour aller voir Mr Guard.
Rangeant rapidement ses affaires, il invita Harry à le suivre hors du box, puis en direction de la double porte par laquelle la sorcière et l'adolescent étaient arrivés. Dès que le panneau fut franchi, Mr Cross parut se souvenir de quelque chose :
− Oh ! Je voulais vous demander… Est-ce la vraie couleur de vos yeux ?
− Oui, reconnut Harry.
Depuis deux jours, ajouta-t-il mentalement, mais il réalisa presque aussitôt son erreur : plusieurs personnes l'avaient vu tel qu'il était à l'origine, notamment Ollivander qui n'aurait pas manqué d'écrire à Dumbledore que le sosie parfait de James lui avait acheté la baguette jumelle de celle de Lord Voldemort. Et c'était sans parler des gobelins, mais Harry avait la très nette impression que ceux-ci ne lui poseraient aucun problème du moment qu'il fournissait…
− Mer… pardon, se rattrapa-t-il. J'ai oublié de demander comment je devais faire pour obtenir une pièce d'identité afin que les gobelins m'identifient.
− Eh bien, il y a plusieurs façons d'en obtenir une. Les pièces d'identité peuvent prendre différentes formes. Ca peut être la baguette magique, bien que Gringotts ne la réclame qu'en cas d'ultime recours, ou bien un certificat à présenter à chacune de vos allées à la banque, ou même un bijou assez rare ou comportant un détail qui le rend unique. Certaines familles fortunées y ont recours : elles font graver leurs armoiries sur un anneau enregistré par Gringotts. Je vous recommande cette astuce, elle se révèle très pratique.
− Sauf que je n'ai pas d'armoiries…
− Oh, ce n'est pas un problème, assura Mr Cross. Vous trouverez sur le Chemin de Traverse un petit magasin qui vend des bijoux, essentiellement, mais qui propose également d'aider ses clients à créer des bagues, des colliers et des armoiries. Il n'y a pas si longtemps, certaines familles de sang-mêlé en ont profité pour choisir les leur… Des armes, ce sont avant toute chose une décoration familiale.
Harry se promit d'y réfléchir. Il n'avait aucune envie de devoir se promener avec un certificat dans les poches à chacune de ses visites à Gringotts, songea-t-il alors qu'ils atteignaient le couloir des ascenseurs. Le brigadier pressa un bouton d'appel un instant avant que des portes, sur leur droite, ne s'ouvrent sur un homme mal rasé, les cheveux en épis.
− C'était justement vous que je venais voir, Dylan, déclara-t-il en reculant dans la cabine qu'il venait de quitter, Harry et le brigadier l'y rejoignant. Je n'ai pas compris cette histoire de laisser un mineur passer son permis de transplanage.
− J'ai envoyé une demande de dérogation pour Mr Potter ici présent, expliqua Mr Cross alors que l'ascenseur entamait son voyage vers l'atrium. Comme il vit seul, qu'il a acheté une maison et qu'il atteindra sa majorité dans trois jours, j'ai pensé lui permettre de régler certaines choses aujourd'hui.
− Je vois, dit le sorcier. Ca tombe bien, je n'avais aucune attendre une heure avant d'avoir mon premier candidat.
− Niveau trois, annonça la voix féminine, Département des accidents et catastrophes magiques, Brigade de réparation des accidents de sorcellerie, Quartier général des Oubliators, Comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus.
− Je vous confie Mr Potter, Tim. Bonne chance pour la suite, Mr Potter.
− Merci.
Mr Cross sortit de l'ascenseur, dont les portes se refermèrent.
− Recensement, hein ? dit le sorcier en jetant un œil à son badge. Vous venez d'où ?
− Australie.
− Ah ? Beau pays, l'Australie. Mon frère et moi y avons passé quelques mois après nos études, mais j'en oublie les bonnes manières : je suis Tim Crawford, votre examinateur. Vous avez déjà transplané ?
− A quelques reprises, admit Harry.
− Aucune désartibulation ?
− Jamais.
− Transplanage d'escorte ?
− Une fois.
− Prometteur, décréta Crawford. Pour vous faire une rapide présentation, le permis de transplanage est en deux parties. La première se fait au ministère de la Magie nous où évaluons la qualité de votre transplanage, puis la seconde en extérieur pour juger votre transplanage sur de longues distances. C'est très simple et ça va plutôt vite, le tout est que vous restiez concentré et ne laissiez pas le stress vous envahir.
Harry hocha la tête. Il était moins inquiet de passer son permis de transplanage que de se retrouver face aux élèves, mais il enregistra les conseils de l'examinateur.
− Niveau six, reprit la voix distante, Département des transports magiques, Régie autonome des transports par cheminée, Service de régulation des balais, Office des Portoloins, Centre d'essai de transplanage.
Les portes s'écartèrent pour libérer le passage. Emboîtant le pas à Tim Crawford, Harry le suivit dans un couloir tout aussi sale qu'au niveau deux. Ils n'allèrent pas très loin, se contentant de tourner à deux reprises pour rejoindre une double porte un peu plus haute que toutes celles croisées jusque-là. Entrant à l'intérieur, l'adolescent remarqua aussitôt que la salle n'était pas du tout comme celles du Département de la justice magique : assez grande, elle ne comportait aucun box, aucun panneau, pas même le plus petit bureau. Seule une longue table se dressait dans un coin, derrière laquelle étaient assis les examinateurs qui faisaient face à un petit groupe de six candidats.
Ceux-ci ouvrirent tour à tour des yeux ronds à la vue de Harry, que Crawford invita à rejoindre les étudiants. Faisant mine de ne rien ressentir face aux regards incrédules de ses futurs camarades, Harry s'assit à côté d'un garçon solidement bâti, pâle et le nez écrasé.
− Bien, dit une sorcière à lunettes qui attira l'attention sur elle. Avant que nous ne commencions, quelques rappels. Il n'y a rien de pénalisant à prendre votre temps pour transplaner. Ne laissez pas les plus rapides vous influencer, car ça peut être une invitation à vous désartibuler. Nous ne vous demandons pas de transplaner au millimètre près, juste de réussir l'exercice. Y a-t-il des questions ? Mr Matthain ?
Un garçon efflanqué, le cheveu blond et terne et le visage constellé de taches de rousseur, baissa la main :
− Si nous ratons le permis, quand pouvons-nous le repasser ?
− Alors, dit la sorcière, il faut savoir que rater son permis n'implique aucun délai pour le retenter. Toutefois, si votre échec a été jugé relativement grave par votre examinateur, nous sommes autorisés de vous refuser de le repasser, sauf si vous suivez des cours de transplanage. Ne faîtes pas comme certains inconscients qui s'entraînent dans leur coin, réussissent à transplaner et sont tellement contents qu'ils se désartibulent à la prochaine tentative. Si votre examinateur estime par contre que vous êtes à la hauteur de le réussir la seconde fois, nous vous donnerons une seconde chance dès que vos camarades seront passés. Plus de question ? Bien, commençons. Miss Moorehead ?
Une très belle jeune femme à la longue chevelure blond-roux, la poitrine plus que généreuse, se leva de sa chaise.
− Vous serez examinée par Mrs Cook. Mr Matthain, par Mrs Busby. Miss Macdonald…
Une fille brune, le nez pointu et au visage de souris, se leva à son tour.
− Par Mr Stebbins. Mr Wilkes…
Le nom percuta immédiatement le cerveau de Harry, qui tourna son regard écarlate vers un jeune homme dégingandé, pâle, les cheveux d'un rouge presque noir, au moment où celui-ci se leva en fixant avec froideur la table des examinateurs.
− Par moi-même. Mr Roby…
Etrangement disproportionné, car avec des jambes minces et courtes mais un torse large et puissant, le garçon appelé avait des poings aussi gros que ceux de Dudley.
− Par Miss Pott. Mr Wheeler (le voisin carré de Harry) par Mr Scotch et, enfin, Mr Potter (les têtes se tournèrent aussitôt à sa rencontre) par Mr Crawford.
Les examinateurs tirèrent leur baguette magique et firent apparaître de longues rangées de paravent pour séparés les jeunes gens des uns des autres, sans nul doute pour ne pas qu'ils se laissent distraire par leurs camarades. Harry se plaça dans l'allée de Crawford, qui lui adressa un signe l'invitant à le rejoindre.
− L'exercice est très simple, annonça-t-il. Quand vous serez retourné de l'autre côté, je ferai apparaître six cerveau sur tout le long de l'allée, puis je lèverai l'un des panneaux que voici pour que vous transplaniez dans le cerceau désigné. Le premier, pour indication, sera le plus proche de vous. Prenez votre temps pour vous concentrer, c'est tout ce qui compte.
Harry hocha la tête pour montrer qu'il avait compris puis retourner à l'entrée de l'allée. Crawford fit alors apparaître les six cerceaux, certains au centre et d'autres décalés sur la droite ou sur la gauche, puis il leva une pancarte indiquant le 3. Après le réveil sur la colline où il avait rencontré Ooghar, Harry avait eu pas mal d'occasions de transplaner – pour aller sur le Chemin de Traverse avec Guard, pour rentrer de Pré-au-Lard après sa discussion avec les Nehoryn, pour rejoindre le sentier menant à son manoir et pour venir à Londres, ce matin –, mais même s'il n'avait subi aucune désartibulation, il prit son temps pour être le plus concentré possible.
Dans l'ensemble, il estima s'en être plutôt bien sorti. Certes, il ne transplanait pas au centre même des cerceaux, mais il fut toujours à l'intérieur. Sa plus grosse erreur l'amena à « mordre » sur le quatrième cercle, mais Crawford hocha tout de même la tête d'un air satisfait, à la fin de l'exercice.
Renvoyé à sa place le temps que les autres finissent, Harry remarqua que Miss Moorehead et Wilkes avaient déjà fini. Il ne leur adressa qu'un bref regard, mais il sentait planer une étrange ambiance de curiosité au-dessus des chaises. Sans nul doute que la belle jeune femme et le futur Mangemort désiraient obtenir certaines informations à son sujet, mais il s'en méfiait – de Wilkes, surtout. Miss Moorehead n'aspirait peut-être qu'à répéter tout ce qu'elle pourrait apprendre à ses amies, mais le futur mage noir pourrait avoir la détestable idée de parler de l'existence d'un nouveau Potter à des personnes moins fréquentables.
Il n'y a aucune raison de craindre Voldemort, à cette époque, dit la petite voix habituelle. Et pourtant, Harry était presque sûr que l'apparition d'un nouveau Potter pourrait au moins intéresser un Mangemort. Qui était-il ? Que venait-il faire dans un pays en guerre ? Quelle menace représentait-il ? Ces questions ne manqueraient pas d'atterrir dans l'esprit d'un mage noir, ou de Lord Voldemort lui-même.
Quand Miss Macdonald, Mr Roby, Mr Wheeler et Mr Matthain eurent à leur tour fini, les paravents et les cerceaux purent disparaître. La sorcière qui avait présidé l'examen jusque-là reprit alors la parole :
− Nous allons à présent passer à l'examen final, annonça-t-elle. Je vous demande de bien vouloir sortir et d'attendre votre examinateur devant les ascenseurs, s'il vous plaît.
Harry réprima un grognement. Il aurait préféré éviter de se retrouver seul avec ses futurs camarades, mais il se leva tout de même et suivit le mouvement, sortant de la salle tandis que les examinateurs s'affairaient en discutant à voix basse. Jetant une œillade dans leur direction avant de franchir la double porte, il les vit s'échanger quelques parchemins devant sans doute être des destinations à soumettre aux candidats.
Tandis qu'ils traversaient les deux couloirs qui les ramèneraient aux ascenseurs, Harry put constater au moins deux choses. D'abord, que Roby et Wheeler était bons amis et, sûrement, dans la même maison, car ils discutaient l'un avec l'autre sur les résultats qu'ils avaient respectivement eus pendant le premier exercice. La seconde, c'était que Miss Macdonald ne cessait de lui jeter des coups d'œil avant de détourner précipitamment le regard. Il semblait que ses yeux rouge vif ne la rassuraient pas, ou peut-être ne souhaitait-elle pas qu'il y trouve une occasion d'engager la conversation. Quant à Wilkes et Miss Moorehead, ils restaient silencieux, malgré les regards en biais que Matthain lançait à la belle adolescente – ou, plus vraisemblablement, à son imposante poitrine, à en juger par l'angle de ses yeux.
Au grand soulagement de Harry, qui sentait de plus en plus de regards se tourner vers lui de la part des autres, Crawford se présenta le premier dans le couloir.
− Allons-y, Mr Potter, dit-il en pressant un bouton d'appel.
Harry le rejoignit devant les portes qui venaient de s'ouvrir. Sentant les regards des autres poser sur sa nuque, il entra dans la cabine d'un pas plus vif qu'à l'ordinaire et s'adossa contre la cloison de sorte à ne plus être vu. Les portes se refermèrent.
− Je me disais bien que ça ne vous plairait pas, commenta Crawford.
− Pardon ?
− J'ai déjà vu James Potter, expliqua l'examinateur. Ma fille est en troisième année, alors j'ai eu l'occasion de l'apercevoir lors des rentrées précédentes. Il est vrai que je ne m'attendais pas à ce que vous lui ressembliez autant, mais quand j'ai vu les réactions des autres candidats, je me suis dit qu'il valait mieux que je ne vous laisse pas trop longtemps avec eux. Vous avez tout l'air d'un jeune homme qui n'aime pas attirer l'attention, en fait.
− A qui le dîtes-vous, marmonna Harry.
− Au moins, maintenant, vous êtes sûr que votre présence sera sue de tout Poudlard avant la rentrée, dit Crawford avec un sourire. Avec un peu de chance, vous ne verrez plus des yeux ronds vous regarder comme si vous veniez d'une autre planète.
Harry adorerait.
