Emmitouflée dans une grande cape noire, le capuchon rabattu, la silhouette jaillit de la haute arcade et marqua une halte, à l'extrémité du quai 9¾, pour jeter un regard autour de lui. Une véritable forêt de parapluies s'étendait devant lui, ruisselant de la pluie drue qui bombardait le pays sans répit depuis plusieurs heures. Maintenant les enfants au sec, les parents prodiguaient leurs conseils et leurs avertissements à leurs enfants scolarisés, les encourageant à faire du mieux qu'ils pourraient tout en les prévenant de sanctions s'ils ne se conduisaient pas correctement. Une attitude qui ne masquait pas l'angoisse que les familles ressentaient à l'idée que ce jour-ci serait peut-être le dernier qu'ils passeraient tous ensemble – l'ombre des Mangemorts était omniprésente dans les esprits. Les élèves ne se pressaient donc pas pour rejoindre le Poudlard Express, sauf pour y monter les valises et cages d'animaux. La locomotive rouge sang crachait des panaches de fumée qui disparaissaient derrière les wagons en se faisant taillader par la pluie.

La silhouette sembla estimer avoir assez observé la scène et entreprit de rejoindre le dernier wagon. Grimpant dans le train, elle n'hésita pas une seconde sur sa destination et entra dans le compartiment en queue de voiture, l'un des plus grands que le Poudlard Express offrait. Rabattant son capuchon en arrière, le jeune homme lança un regard noir, calculateur et circulaire : il était le premier arrivé. Il referma la porte derrière lui et rejoignit une banquette, sortant d'une poche sa baguette magique et la malle qu'il avait miniaturisée avant de partir de chez lui. Lui rendant sa taille et son poids habituels, il l'envoya dans les filets et s'assit enfin du côté de la fenêtre donnant sur le quai.

Son reflet lui apparut sur la vitre, mais Severus Rogue n'y accorda aucune attention. Il connaissait très bien son visage pâle et cireux, ses cheveux noirs et gras qui lui tombaient jusqu'aux épaules et son nez busqué qui lui avait valu, dans les premiers mois de sa scolarité, des moqueries. Non, son physique maigrichon ne l'intéressait pas, car il était trop occupé à observer : les familles appréhendant le trimestre qui les séparait de leurs retrouvailles, les parents surveillant leurs enfants malicieux qui ne demandaient qu'à profiter d'un instant d'inattention pour essayer de s'introduire dans le Poudlard Express, les salutations des élèves qui se connaissaient maintenant depuis des années mais, surtout – surtout ! –, Severus recherchait surtout une trace de ce fameux et indésirable Ethan Potter.

Severus et ses amis ne l'avaient pas encore aperçu, à l'exception d'Alan Wilkes. Il ne se souvenait pas vraiment de la lettre reçue, seulement des quelques bribes qui lui avaient laissé un goût amer dans la bouche, mais également d'un détail curieux : la couleur des yeux du nouveau Potter. Alan avait naïvement cru qu'il s'agissait d'une preuve d'une certaine connaissance de la magie sous prétexte que le Seigneur des Ténèbres avait lui aussi des yeux écarlates, mais Severus rejetait totalement un tel raisonnement. Sorciers ou Moldus, les humains restaient soumis aux lois de la nature. Pour lui, il n'y avait que trois, peut-être quatre explications plausibles : soit Potter descendait d'une créature magique, soit il en était une, soit il avait expérimenté une potion ou un sortilège qui avait mal tourné et changé définitivement la vraie couleur de ses yeux, soit il était ce qu'on appelait autrefois « un maléfique natal » - très rares, ces sorciers avaient la particularité d'avoir des prédispositions innées pour toutes les formes de la magie noire. Mais cette dernière hypothèse, même Severus la trouvait tirée par les cheveux.

Toutefois, il fallait reconnaître que l'apparition d'un nouveau Potter était troublante. Après six années de haine mutuelle, le Serpentard en savait assez sur son ennemi juré pour être au courant que celui-ci n'avait plus aucun cousin direct – quand bien même ce serait le cas, Severus peinait à croire que cet australien puisse autant ressembler au Gryffondor qu'il détestait tant. Il aurait été heureux de pouvoir insinuer toutes sortes d'explications la prochaine fois qu'il se retrouverait face à la brute qui lui avait pourri la vie scolaire, mais c'aurait été grotesque : même si les couples sorciers ne duraient pas toujours, le seul concept d'adultère leur était aussi étranger que la magie ne l'était aux Moldus. Fort heureusement, Severus espérait résoudre l'énigme du nouveau Potter grâce à Caleb Avery.

Hasard ou signe du destin, celui-ci apparut quelques secondes plus tard dans l'encadrement de la porte. Râblé, les cheveux châtain et le visage aussi pâle que tacheté, Caleb était sans conteste l'ami qu'il préférait, car plus réfléchi que les deux autres : contrairement à Marius qui fonçait dans le tas sans prendre une seconde pour réfléchir, Caleb analysait la situation avant tout mouvement. Il était, cela dit, le plus sournois, car privilégiant des pièges plutôt que des attaques frontales, sauf lorsqu'il avait l'assurance de remporter un duel.

− Je pensais justement à toi, dit Severus.

− Moi aussi, confia Caleb en envoyant sa malle dans les filets.

Il s'assit face à Severus en plongeant une main dans un pli de sa robe de sorcier et en tira un parchemin qu'il déroula sur la table les séparant. Lui faisant faire un quart de tour pour que tous les deux puissent le lire, Severus parcourut la généalogie de son vieil ennemi. Comme toutes les vieilles familles sorcières, de nombreux mariages s'étaient faits entre sang-pur. Les noms familiers ne manquaient donc pas.

− Ca n'a pas été simple de retracer leur lignée, dit Caleb, mais mon père connaît un spécialiste des généalogies des vieilles familles sorcières.

− Un Mangemort ?

− Aucune idée, mais le type est balèze. Je croyais que j'étais calé en généalogies sorcières, mais je suis un débutant à côté. Il sait même que le tout premier Potter portait un autre nom, mais il a dû changer d'identité après avoir été impliqué dans une sale histoire. C'est quand je me penche sur l'ascendance d'un ennemi que je me rends compte que les familles de sang-pur ne sont plus aussi nombreuses que par le passé. Cependant, il semble qu'aucun Potter n'ait jamais quitté la Grande-Bretagne afin de fonder une famille dans un autre pays. Il reste donc une seule explication : soit ce nouveau Potter est un imposteur, soit un ancêtre commun avec Potter a profité d'un voyage pour jouer avec la baguette qui se trouvait dans son pantalon.

− Est-ce que le Seigneur des Ténèbres s'est intéressé à lui ?

− Bien sûr, répondit Caleb en rangeant son parchemin, mais personne n'a jamais répondu à son « émissaire ». Même le sort de Détection de Présence n'a décelé aucune vie dans la propriété de Potter. C'est à croire que ce mec a acheté un manoir pour ne pas y habiter. En tout cas, il sait se faire remarquer !

− Comment ça ? s'étonna Severus.

− Tu n'as pas lu la page Economie, début août ?

Severus comprit aussitôt. Au premier de chaque mois, Gringotts publiait dans La Gazette du sorcier le classement des plus grosses fortunes du pays, sans en indiquer pour autant le montant de la richesse.

− Ne me dis pas qu'il est premier…

− Troisième, en fait. Il était deuxième en août, mais il semble avoir dépensé assez d'or pour que la famille Selwyn récupère la seconde place, derrière les Mogg. En d'autres termes, ce nouveau Potter te fait passer les Potter que nous connaissons pour les vrais imposteurs, et je ne te parle pas de l'humeur de Rabastan quand il a découvert que les Lestrange avaient reculé d'une place dans le classement…

Ils furent interrompus par l'ouverture de la porte. Grand, massif, une moustache brune assortie à ses cheveux drus, Marius, d'une démarche agressive et lourde, entra dans le compartiment en tenant sa grosse malle avec seulement deux doigts épais et la balança sans cérémonie sur la banquette voisine puis se laissa tomber sur la banquette occupée par Caleb, non sans renifler d'un air méprisant.

− Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Severus.

− Vous êtes au courant que Potter et sa Sang-de-Bourbe sont le préfet et la préfète-en-chef ?

Potter, préfet-en-chef ? s'indigna intérieurement Severus. Cette grosse brute qui avait méprisé le règlement pendant six ans et maltraité tous ceux qui lui déplaisaient était devenu le préfet-en-chef ? Toutefois, alors que son cerveau s'offensait de cette nomination imméritée, la jalousie commença à prendre le dessus. Lily ? Seule avec Potter pendant les patrouilles ? Severus se sentit plus écœuré qu'autre chose, tout d'un coup. La belle rousse de Gryffondor méritait sans nul doute son insigne, mais des élèves bien plus qualifiés auraient dû hériter de celui de préfet-en-chef. Pourquoi Potter ? C'était la dernière personne sachant faire respecter les règles ! Pourquoi fallait-il que les professeurs de Poudlard lui offrent autant de chances pour se rapprocher de Lily ?!

Caleb tira Severus de ses pensées, mais à son grand déplaisir, son ami paraissait plus songeur qu'outré par l'annonce :

− Même si ça peut paraître étonnant, ça ne l'est pas tant que ça, affirma-t-il. Qu'on veuille l'admettre ou non, cet enfoiré de Potter s'est grandement calmé pendant notre sixième année. Je ne sais pas ce qu'il lui est arrivé, mais il a arrêté de se pavaner dans l'école et de s'en prendre à tous ceux qu'il n'aime pas, même si Sev' est une exception. Quant à Evans, je reconnais que je m'attendais à ce que l'insigne atterrisse entre les mains de Moorehead, mais la choisir reste quand même logique. Elle aura un certain contrôle sur Potter et a le mérite d'être…

− Quel mérite peut bien avoir une Sang-de-Bourbe ?! cracha Marius.

Severus et Caleb échangèrent un regard las. Tout raciste qu'il était, ce dernier s'avérait avoir une mentalité assez proche de Tara Gardner, dans le sens où il savait reconnaître la valeur d'une personne. Ayant, notamment, remarqué que Severus et Lily avaient été amis pendant les cinq premières années de leur scolarité, il appelait la belle rousse par son nom de famille afin de ne pas froisser son ami, qui faisait lui-même l'effort de ne pas critiquer Aurelia Andrews devant Caleb, qu'il soupçonnait être amoureux de la belle métisse de Gryffondor.

L'attention générale se détourna de la conversation lorsque les pistons sifflèrent. Concentrés dans leur discussion, Severus et Caleb n'avaient même pas remarqué que les élèves avaient fini par embarquer. S'ébranlant, le Poudlard Express entama sa course vers le nord, tandis que les parents saluaient les élèves qui, sans aucun doute, s'étaient amassés aux fenêtres pour faire des signes de mains à leurs proches tout en croisant les doigts pour les revoir sains et saufs lors des vacances de Noël. Prenant de la vitesse, le train quitta bientôt le quai 9 ¾, décrivit une grande courbe et s'élança, toujours plus rapide, vers l'Ecosse.

Caleb ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais la porte du compartiment s'ouvrit de nouveau sur la grande silhouette efflanquée d'Alan, qui ne cessa de lancer des coups d'œil par-dessus son épaule jusqu'à ce que le panneau se referme. Même s'ils étaient amis et dans la même classe, Alan avait toujours passé la majeure partie de son temps en compagnie des étudiants qui avaient quitté Poudlard au mois de juin. Toutefois, désormais privé d'eux, il n'était guère étonnant qu'il fasse le voyage à destination de l'école avec ses camarades de dortoir.

− Un problème ? demanda Caleb.

− Vous avez remarqué le nombre de professeurs ? dit Alan en faisant léviter sa malle jusqu'aux filets suspendus au-dessus de Severus. Je viens de croiser McGonagall et Vector, et j'ai entendu une deuxième année parler de Flitwick qui patrouillerait dans le premier wagon.

− Sûrement une conséquence de l'attaque de Beauxbâtons.

A la différence de Marius, dont le père Mangemort avait été tué dans les premières années de la guerre, celui de Caleb était toujours en activité. Aussi le brun était-il le centre de toutes les attentions, car le seul à pouvoir fournir des informations sur le moindre projet auquel son géniteur participait en tant que mage noir.

− A ce sujet, dit Severus, que sait-on des assaillants ?

− Toujours rien. Ils sont venus, ont attaqué Beauxbâtons et se sont volatilisés, tout comme ce type aux allures de samouraï, mais ils auront au moins été utiles à quelque chose, dit Caleb avec un sourire malicieux.

− Comment ça ? interrogea Marius en arquant un sourcil.

− Ce n'est qu'une rumeur, mais il semblerait que la Confédération internationale des sorciers ait sollicité plusieurs écoles à accueillir des étudiants de Beauxbâtons. Si cette histoire est vraie, le Seigneur des Ténèbres s'attend à ce que Poudlard soit la destination de français partageant nos idéaux. Nous en aurions bien besoin, car avec Potter et Evans pour assurer la sécurité et l'ordre au sein de l'école, toutes les missions qui nous seront confiées pourraient devenir difficiles à mener à terme.

− Faîtes fonctionner vos cervelles pour qu'on se débarrasse de ces deux-là, grogna Marius.

Alan poussa un profond soupir, exagérant ouvertement son exaspération.

− Si seulement tu pouvais utiliser la tienne de temps en temps, ça ne nous ferait pas de mal, dit-il.

Qu'est-ce que t'as dit ?

− Ne monte pas sur tes hippogriffes, Marius, dit Caleb. Alan a raison : il serait temps que tu apprennes à réfléchir, car il ne te reste plus qu'une année pour que tu le fasses. Une fois que nous l'aurons officiellement rejoint, nous ne serons plus là pour te contrôler. Le Seigneur des Ténèbres, en outre, ne recherche pas des fidèles qui foncent tête baissée dans un combat perdu à l'avance, il veut des partisans capables d'analyser correctement une situation.

Marius ne répliqua rien, fulminant sur place en évitant de lancer le moindre regard colérique à ses amis. Severus savait que le massif jeune homme ne reviendrait plus à la charge sur Potter et Lily : il suffisait de lui rappeler ce qu'attendait le Seigneur des Ténèbres de ses Mangemorts pour l'encourager à se taire – d'autant que nombre de mages noirs le connaissant lui avaient déjà fait des remarques sur son attitude.

Le train poursuivait son parcours vers le nord enténébré par des nuages plus noirs et menaçants que ceux planant autour de Londres. La pluie ne faiblissait pas, dégoulinant sur les fenêtres du compartiment, et Severus avait la nette impression que les intempéries ne feraient qu'empirer au fil du voyage. Cette rentrée serait pareille que toutes celles qu'il avait faites avec Caleb et Marius : le premier était plongé dans un livre en apparence innocent mais traitant en fait de magie noire alors que le second contemplait un point invisible en rêvassant probablement de la carrière héroïque qu'il s'imaginait faire au service du Seigneur des Ténèbres. Pour son premier voyage en compagnie de ses camarades, Alan passa le plus clair de son temps à faire les mots fléchés de plusieurs exemplaires de La Gazette du sorcier qu'il avait conservés. Quant à Severus, il regarda d'un air neutre le paysage verdoyant et assombri par le ciel de la campagne anglaise.

Ils ne parlèrent pas beaucoup pendant la première partie du voyage, pas même lorsqu'une sorcière poussant un chariot vint leur proposer quelque chose à se mettre sous la dent. On aurait pu penser qu'ils seraient tous impatients d'entendre Caleb leur raconter les dernières informations qu'il avait obtenues sur les Mangemorts, mais ils n'étaient pas insouciants à ce point : une conversation sur des projets des mages noirs les mettrait dans une situation très désagréable si jamais quelqu'un la surprenait. Seul leur dortoir et la salle commune de Serpentard – à certaines heures, en tout cas – leur paraissaient être les endroits où ils pouvaient discuter sans craindre une oreille indiscrète ou opportune.

C'était compter sans Alan, peu habitué aux règles établies entre les trois autres, qui sembla apercevoir un article particulier en s'attaquant aux mots fléchés d'une autre édition :

− Mais au fait, dit-il soudainement, qu'en est-il de l'enquête ?

Caleb parut mettre quelques secondes à comprendre de quoi il parlait, mais Severus ne savait même pas à quoi Alan faisait allusion.

− Quelle enquête ? demanda-t-il.

− Sur l'imposture de Lemmy Goldsmith, répondit Caleb à mi-voix.

Severus haussa les sourcils. Une imposture ?

− Ce n'était pas lui, le vrai Sorcier Extraordinaire ?

− Pas le même que celui qui était présent jusqu'à la Journée des Fournitures, en tout cas. Les Mangemorts qui lui ont réglé son compte ont dit qu'il n'avait cessé de crier que « ce n'était pas lui, ce n'était pas lui », mais ils pensaient qu'il cherchait un moyen pour être épargné. Or, le Mangemort qui a permis d'identifier Goldsmith avait prévenu le Seigneur des Ténèbres ne le croyait pas du tout capable de créer des marchandises aussi incroyables : ils étaient ensemble à Poudlard, alors on peut se dire qu'il connaissait Goldsmith bien mieux que tout le monde.

− Et si c'était ce potentiel témoin qui avait été le véritable Sorcier Extraordinaire ?

− On s'est fait la même réflexion, mais là encore, on tombe sur des questions sans réponse. Les Mangemorts ont fouillé les moindres pièces de l'appartement de Goldsmith pour s'assurer qu'il n'y avait personne d'autre et n'ont remarqué aucune des marchandises, à ce moment-là. Le problème, c'est qu'on ne comprend pas pourquoi un mec se remplissant les poches jouerait au mort avant que son stock soit épuisé ou son stand, abandonné par les clients.

Il fallait reconnaître qu'il y avait quelque chose de bizarre dans toute cette histoire. Quand bien même il aurait senti que les Mangemorts approchaient pour lui faire regretter de les avoir défiés, le Sorcier Extraordinaire aurait juste eu à disparaître vers un autre pays pour leur échapper, au lieu de mettre en scène « sa » mort tout en sacrifiant Goldsmith au passage. Pourquoi ne pas s'être simplement enfui ? Pensait-il vraiment tromper tout le monde ?

− Pour répondre à ta question, Alan, reprit Caleb, l'enquête est au point mort et secondaire.

Forcément, songea Severus : la priorité était de découvrir quelles étaient ces créatures qui avaient attaqué Beauxbâtons. Ce sujet, cependant, ne serait pas abordé dans le train. Une sage décision, car la porte du compartiment se rouvrit bientôt sur une femme à la longue chevelure noire et brillante, les yeux bleus et sombres, qui adressa un regard indifférent aux Serpentard en lançant un « Messieurs » en guise de salutations. Traversant le compartiment, elle s'arrêta devant la dernière fenêtre, lança un regard à l'arrière du Poudlard Express, puis repartit sans un mot.

− Il va être difficile de se concentrer en défense contre les forces du Mal, commenta Alan d'un ton badin.

− Aussi canon qu'elle soit, je doute que sa beauté compensera un manque de compétences, dit Caleb.

Severus était bien d'accord. S'il était une chose qui réunissait les quatre maisons de Poudlard, c'était l'exaspération d'avoir des professeurs de défense contre les forces du Mal plus incompétents les uns que les autres. Lors de leur cinquième année, le brigadier qui leur avait fait cours s'était fait jeter sans ménagement par le professeur McGonagall après que celle-ci eût appris que l'homme d'une vingtaine d'années s'intéressait davantage aux filles de septième année qu'à la qualité de ses cours, allant jusqu'à donner des retenues à certaines d'entre elles pour se retrouver en tête-à-tête avec. Excédées, elles avaient fini par faire une liste de leurs camarades harcelées, des allusions indécentes de l'enseignant puis avaient sauté sur le premier professeur se trouvant sur le chemin. Ejecté du château dans un vol plané mémorable, le malotru s'était fait botter les fesses par ses propres bagages une semaine avant les BUSE – en plus d'être mis à pied plusieurs semaines par son supérieur.

Pour leur sixième année, c'était l'école entière qui s'était liguée contre le professeur de défense contre les forces du Mal en accordant une Gazette du Sanglier consacrée au ras-le-bol général. Sans doute le pire enseignant que Severus ait jamais eu, le sorcier n'avait même jamais été capable de produire un Patronus parfait, avait eu la fâcheuse tendance à retirer des points aux Poufsouffle à cause d'une vieille rancœur et s'était révélé si imaginatif qu'au lieu de donner des devoirs ciblés, il avait donné des chapitres entiers du manuel à recopier. Unies dans leur lassitude, les quatre maisons avaient poussé un « coup de gueule » auquel même les autres professeurs n'avaient rien eu à redire. Acculé, l'homme avait de lui-même démissionné début juin, en pestant contre ces « voyous ingrats ».

Il y eut soudain de l'animation, mais pas comme à l'ordinaire : dans un fracas assourdissant, la fenêtre donnant sur les rails déjà passés par le Poudlard Express explosa dans une pluie de verre, alors que le train tout entier semblait accélérer d'un coup sous la puissance de l'impact. Projetés contre Caleb et Marius, Severus et Alan se retournèrent en grognant et eurent la même réaction effarée que leurs deux amis : une monstrueuse créature quadrupède avait refermé ses mâchoires aux dents effilées et longues comme des bras sur le bord de la fenêtre, ses yeux noirs aux pupilles blanches et verticales fixant d'un regard dément et sauvage les quatre étudiants. Sa gueule, fixée sur un grand cou épais comme une tête, ne ressemblait à rien de connu, mais son pelage mordoré laissait clairement deviner les muscles puissants dissimulés sous sa peau.

Avant que les Serpentard n'aient eu le temps de reprendre leurs esprits, un panache de fumée noire apparut soudainement à l'arrière de la tête de la créature qui cherchait – et réussissait – à arracher la paroi pour se frayer un chemin jusqu'à ses proies. Se dissipant rapidement, la fumée révéla un homme solidement bâti, vêtu entièrement de noir, les côtés de son crâne rasés et les mèches brunes qui lui tombaient sur un front balafré lui donnant l'air d'un punk. Tirant deux poignards aux manches aussi noirs que son étrange accoutrement, chaque lame fendit les airs et se planta dans un œil, arrachant un rugissement sonore à la créature qui lâcha aussitôt le train et disparut à l'extérieur, sa tête ruisselante d'un sang noir.

− Sortez ! lança l'individu d'une voix forte.

− Tu ne me le diras pas deux fois, marmonna Caleb.

Lorsqu'ils atteignirent la porte du compartiment, toutefois, ils jetèrent un regard au fond. Rétrécissant à mesure que le train s'éloignait, l'homme achevait le monstre et lui tranchant la gorge, mais les regards des Serpentard se portèrent bien au-delà : énormes, nombreuses, d'autres créatures cavalaient à la poursuite du Poudlard Express sans se soucier de leur congénère, qui gisait sur les rails alors que son meurtrier utilisait de nouveau son étrange transplanage pour apparaître sur le dos des renforts.

− Nom de… dit Alan en poussant Marius pour le faire sortir dans le couloir.

− C'est quoi, ces saletés ? s'exclama Caleb en claquant sèchement la porte derrière lui.

Des élèves étaient sortis de leurs compartiments ou avaient passé la tête par les portes. Severus remarqua que quelques-uns se massaient à l'endroit où ils avaient douloureusement percuté leurs camarades lorsque le monstre avait heurté le train, mais il ne semblait y avoir personne pour oser s'approcher du « compartiment des Serpentard ». Personne, sauf les professeurs, qui apparurent au bout du couloir et s'avancèrent d'un pas vif vers Severus et ses amis.

Le professeur McGonagall, les lunettes carrées, le visage sévère et le chignon serré, balaya les visages des quatre garçons.

− Que s'est-il passé ? interrogea-t-elle de son ton brusque.

− Y a des monstres qui nous courent après ! dit Caleb.

Le nouveau professeur, qui accompagnait la directrice de Gryffondor, passa à côté de Marius et ouvrit la porte que tous les quatre venaient tout juste de franchir pour se mettre à l'abri. Elle n'y jeta qu'un bref coup d'œil et referma le panneau, puis se tourna vers sa collègue.

− Il faut réunir les élèves dans les couloirs, déclara-t-elle. Un professeur par wagon. Que personne ne s'approche trop près des portes. Je vais rester ici pour essayer de ralentir ces choses.

Le professeur McGonagall hocha la tête en faisant demi-tour, remontant le train d'un pas vif en exhortant les élèves à venir se rejoindre dans le couloir. A peine eut-elle disparu dans le wagon suivant que celui qu'elle venait de quitter tressauta en se penchant légèrement, comme si l'un des monstres l'avait percuté de côté. Quelques élèves poussèrent des exclamations, alors qu'un garçon de quatrième année poussait une exclamation en pointant du doigt son compartiment.

− Les septième et les sixième année m'aideront ! décréta la sorcière, calme. Restez au niveau des portes, faîtes exploser les fenêtres et lancez tous les sortilèges que vous pourrez sur ces créatures. Si vous le pouvez, visez les pattes pour les ralentir, ne relâchez pas votre vigilance car ces choses pourraient bénéficier d'une protection qui vous renverra vos sorts. Les cinquième année, veillez à ce que personne n'approche des portes du wagon.

Malgré la situation alarmante, Severus perçut nettement une once d'enthousiasme, alors que tout le monde réalisait que la nouvelle enseignante paraissait, effectivement, compétente. Rejoignant la porte d'un compartiment, il lança un sortilège sur la fenêtre pour la faire exploser, tandis que les élèves de septième et de sixième années présents obéissaient également, se tenant prêts à en découdre dès qu'un monstre arriverait à leur niveau. Malgré ses consignes, la femme n'hésita pas à disparaître dans le compartiment qu'elle s'était choisi, mais elle ressortit rapidement.

− Les élèves de mon côté, préparez-vous, trois créatures approchent ! lança-t-elle en traversant le couloir pour rejoindre le compartiment faisant face à celui qu'elle venait de quitter.

Severus se concentra sur sa fenêtre. Il entendit bientôt un sixième année de Poufsouffle étouffer une exclamation avant que sa baguette magique n'éjecte une lueur rouge dans le compartiment qu'il surveillait.

− Communiquez ! ordonna la sorcière.

− Je… j'ai raté le premier, dit le sixième année d'une voix forte.

L'entendre crier fit prendre un compte un détail à Severus : malgré son ton autoritaire, la sorcière n'avait pas une seule fois élevé la voix, et pourtant s'était faite entendre à travers tout le wagon. Il écarta rapidement cette pensée de son esprit, car une créature apparut devant sa fenêtre. Elle était si massive qu'elle atteignait sans peine la fenêtre, son corps étrangement bossu, à la manière d'une hyène, aussi gros qu'une voiture et perché sur de grosses pattes aux muscles saillants.

Severus agita sa baguette et décocha un éclair de Stupéfixion, plus par prudence que par réelle envie. Le sortilège frappa le monstre à l'épaule, le repoussant légèrement, mais il revint presque aussitôt à la charge.

− Les Stupefix ne fonctionnent pas ! annonça-t-il.

Il eut à peine achevé sa phrase que l'homme aux poignards apparut sur le dos de la créature dans un panache obscur, planta ses lames de chaque côté du long cou de la bête et disparut de nouveau avant que sa victime, la gorge tranchée, ne s'effondre en agonisant.

− Mais il y a un homme qui nous aide, à l'extérieur, ajouta le Serpentard.

− Le samouraï ! s'écria un quatrième année.

− Non, ce n'est…

− Si, il est là-bas, regardez !

Severus crut percevoir une légère, fugace irritation dans le regard de la sorcière, alors que les élèves s'agglutinaient autour du quatrième année pour apercevoir le personnage controversé qui s'était lancé au secours de Beauxbâtons – bien qu'en ayant détruit une aile –, mais celui-ci paraissait avoir déjà disparu de l'endroit où il avait été aperçu. Le nouveau professeur longeait le couloir d'un bout à l'autre, balançant des sortilèges dans les compartiments devant lesquels apparaissaient des créatures.

L'un des monstres apparut soudainement à la fenêtre que surveillait Severus et planta ses longs crocs de chaque côté de la paroi. Il amorça un geste pour relancer un sort, mais il ne fut pas assez rapide : surgissant de nulle part, le samouraï dégaina, trancha et disparut à une telle vitesse que le Serpentard mit quelques secondes à comprendre ce qu'il s'était passé, tandis que la tête de la bête restait accrochée au mur et que son corps était abandonné avec les dépouilles de ses congénères.

− Pro… professeur, dit Severus, pour le moins déconcerté.

La sorcière le rejoignit et jeta un regard indifférent à la créature décapitée.

− Bien, on dirait que ces deux-là gèrent la situation, commenta-t-elle. Retournez au milieu du couloir, tous. Laissons-les se déchaîner, inutile que nous prenions des risques inconsidérés.

Le minuscule professeur Flitwick apparut à son tour, attirant l'attention générale. Le souffle court, il semblait avoir couru à travers tout le train pour transmettre ce qu'il avait à dire.

− Il semble que les choses se calment, à… à l'avant, haleta-t-il. Ces deux individus contiennent ces créatures à hauteur des der…derniers wagons. Je pense que nous devrions déplacer les élè…

Il y eut un grand bruit dans un compartiment et l'homme aux poignards traversa soudainement la porte d'un compartiment pour voler juste au-dessus du professeur Flitwick, fort heureusement trop petit pour être heurté, puis alla percuter une paroi. Il émit un léger grognement en atterrissant au sol et poussa un profond soupir en se redressant, jetant un bref regard à une plaie sanguinolente qui lui courait de l'épaule jusqu'à l'avant-bras.

− Je me fais trop vieux pour ces conneries, marmonna-t-il en s'accordant une pause.

Les deux professeurs allaient déjà à sa rencontre, les élèves à leur suite. L'homme lança un regard circulaire à la foule qui se rassemblait devant lui.

− Qui êtes-vous ? demanda le minuscule sorcier en se remettant de sa stupéfaction d'avoir échappé à un choc brutal, tandis que sa collègue tirait sa baguette et s'agenouillait pour examiner la blessure. Savez-vous ce que sont ces choses ? Et comment saviez-vous que le train serait attaqué ?

− Disons que je suis un ami qui ignore ce que sont ces saletés mais qui fait partie d'une communauté ayant sécurisé toutes les rentrées scolaires d'Europe. Les réponses viendront en temps voulu, jeune homme : pour l'heure, je dois m'occuper de ces bestioles. Nous vous accompagnerons jusqu'aux montagnes, puis des amis prendront la relève pour escorter le train jusqu'au village sorcier.

Après une longue observation d'un air expert, la sorcière entreprit enfin d'utiliser sa baguette pour en faire jaillir un liquide jaunâtre et fumant. L'« ami » crispa légèrement la mâchoire au premier contact, mais sembla s'adapter presque aussitôt.

− Pourquoi ne pas vous faire connaître du ministère de la Magie ? interrogea le professeur Flitwick, perplexe.

− Nous le ferons quand le moment sera venu, assura l'homme, mais il est encore trop tôt.

La sorcière finit de guérir son bras.

− Aucun risque d'empoisonnement, dit-elle, mais ménagez votre bras quelques jours.

− Je vous remercie bien.

Se relevant, l'homme bougea prudemment son bras en contemplant la plaie refermée qui avait laissé une cicatrice luisante, puis il disparut dans une nouvelle bouffée de fumée noire. Le professeur Flitwick regarda le panache se dissiper avec une très franche curiosité, puis il sembla tout à coup se souvenir de la raison de sa venue. Tirant sa baguette magique, il fit un geste et, comme portée par des mains invisibles, toutes les valises du wagon jaillirent des compartiments.

Ouvrant la marche tandis que sa nouvelle collègue la fermait, il entraîna les élèves à sa suite dès que ceux-ci eurent pris les bagages leur appartenant. Ils remarquèrent que les wagons suivants avaient également été vidés, ce qui facilitait l'observation des étudiants pour suivre le déroulement de la bataille. Comment ces hommes faisaient-ils ? A eux deux, ils terrassaient sans grande difficulté les créatures qui se raréfiaient à mesure qu'ils se rapprochaient de la tête de train. Lorsqu'ils arrivèrent vers le milieu du Poudlard Express, ils virent que leurs camarades déplacés s'étaient réunis dans les couloirs, assis sur leurs malles ou se concentrant devant les compartiments pour suivre le massacre qui se déroulait à l'extérieur.

Puis l'effroi mêlé d'excitation s'estompa progressivement, et Severus, adossé contre une paroi, sut que le carnage venait de se terminer. Malgré la situation périlleuse à laquelle ils avaient échappé, les élèves démontrèrent un grand enthousiasme pour décrire aux autres tout ce qu'ils avaient vu, mais les professeurs ne partageaient guère la gaieté estudiantine. Discutant à voix basse dans leur coin, ils avaient pour la plupart l'air grave et soucieux.

− Qu'est-ce que tu en penses ? murmura Caleb, en le rejoignant.

− Ca sent mauvais, répondit Severus sur le même ton. Si ces types ont vraiment l'intention de se rallier au ministère et que ces créatures restent indépendantes…

Il n'eut guère besoin d'en dire davantage, Caleb comprenant parfaitement le désavantage que représenterait une alliance du ministère et de cette communauté évoquée par l'homme aux poignards pour les Mangemorts. Quelle créature magique était le poignardeur ? Severus ne doutait pas, notamment en raison de son transplanage insolite, que le sauveur des Serpentard n'était pas un être humain, mais il n'avait jamais entendu parler d'un tel être. Et le samouraï ? La vitesse surnaturelle de ses gestes le présenterait évidemment comme une créature, à moins qu'il n'ait bu une potion avant l'attaque.

Le reste du voyage fut assez inconfortable pour nombre d'élèves, qui ne cessèrent de se lever pour se dégourdir les jambes, de s'asseoir pour reposer ces mêmes jambes ou se frayer péniblement un chemin parmi leurs camarades entassés. A l'affût du moindre conflit, le professeur McGonagall rappelait à l'ordre les chahuteurs, ses collègues en faisant tout autant dans d'autres wagons. Le Poudlard Express s'enfonça bientôt dans le dédale des montagnes écossaises, mais aucun des deux hommes ne fit une réapparition, tout comme les étudiants qui observaient le paysage ne virent aucune trace des amis chargés de protéger le train en cas d'une nouvelle attaque – et ils auraient eu bien du mal, car si les nuages noirs et l'épais rideau de pluie réduisirent la visibilité, la tombée de la nuit n'arrangea rien.

Enfin, après une attente qui parut interminable aux élèves mal installés, le train commença à ralentir puis entra dans la gare de Pré-au-Lard, longeant le quai ruisselant. Poussant des grognements soulagés, les étudiants s'armèrent de nouveau de leurs bagages et sortirent des parapluies. Severus rabattit son capuchon sur sa tête et suivit Alan à l'extérieur, la fraîcheur de la nuit humide transperçant les vêtements comme une morsure hivernale. A l'extrémité du quai, l'immense Hagrid, une lanterne à la main, était rejoint par le professeur Vector qui escortait les première année et le nouveau Potter, lui aussi encapuchonné. Une seule œillade vers lui permit à Severus de savoir qu'il avait la même corpulence que son ennemi juré, bien que les épaules du nouveau lui parussent sensiblement plus larges.

Sortant de la gare, les élèves s'empressèrent de rejoindre les diligences pour se mettre au sec. Bien qu'il sut qu'elles étaient tractées par des Sombrals, ceux-ci n'apparaissaient pas aux yeux de Severus, malgré les innombrables mouches tuées pendant l'été. Fallait-il absolument assister à la mort d'un être humain pour les voir ? Il réprima un petit rire : il connaissait au moins un Moldu et quatre sorciers qu'il se ferait un plaisir de tuer une fois qu'il serait devenu Mangemort.

Montant dans la calèche choisie par Alan, il retira sa capuche dégoulinante, posa sa valise derrière ses jambes et regarda le plus massif de ses amis refermer sèchement la portière. La diligence s'ébranla aussitôt.

− Une communauté ayant sécurité les rentrées scolaires d'Europe, hein ? dit Caleb.

Il s'était retenu tout le long du trajet qui avait suivi la rencontre avec l'homme aux poignards.

− Ma main au feu que ce samouraï et son type en savent plus que n'importe qui du ministère ou de Poudlard sur ce qu'il se passe. S'ils appartiennent à une communauté capable d'intervenir partout en Europe, c'est qu'elle doit être importante.

− Qu'est-ce que ça peut faire ? dit Marius d'un ton désintéressé.

Severus se retint de sourire en voyant Alan lever les yeux au plafond de la diligence, excédé.

− Au cas où tu ne l'aurais pas compris, ces types sont disposés à s'associer au ministère quand ils le jugeront utile, dit-il. Si leur communauté est aussi importante, tu imagines un peu le nombre de nouveaux ennemis que cela représenterait pour nous, non ? Toutefois, si l'homme-samouraï et l'homme-poignards ont autant de potes, ça peut être bénéfique pour le Seigneur des Ténèbres qui aura ainsi un large choix de cibles à kidnapper.

− En admettant que leur cachette soit trouvée, dit Severus. S'ils peuvent intervenir partout en Europe sans Portoloin et sans trop se faire remarquer, leur « base » peut se trouver n'importe où… Ce que je ne comprends pas, c'est cet acharnement sur la rentrée scolaire. Pourquoi ces créatures attaquent-elles de simples élèves ? Et comment sont-elles arrivées jusqu'ici au nez et à la barbe de tout le monde ? Elles ne peuvent pas voler, apparemment, ni même se rendre invisibles, et vu leur taille, j'ai du mal à croire qu'elles aient pu traverser la moitié du pays en passant inaperçues…

− Tu as le parchemin ? lança Marius à l'attention de Caleb.

− Evidemment, mais ce n'est pas le moment pour ça.

Unique moyen de communiquer avec son père quand il était à Poudlard, Caleb possédait un parchemin ensorcelé où tout ce qu'il écrivait se retrouvait quasi-instantanément sur un autre papier resté chez lui, permettant ainsi aux quatre amis de se tenir informés sur les projets des Mangemorts tout comme de recevoir des missions « de pression » visant les enfants de sorciers et de sorcières récalcitrants à l'idée d'aider le Seigneur des Ténèbres.

− En tout cas, reprit Alan d'un ton dégagé, même si elle n'a pas démontré son potentiel, cette nouvelle prof assure.

− Déjà amoureux ? le taquina Caleb avec un sourire goguenard.

− Tu sais très bien ce que je veux dire. Elle avait l'air très à son aise pendant l'attaque et donnait l'impression d'avoir eu le commandement d'une équipe toute sa vie.

− Je crois que c'est plus que ça, dit Severus.

Les trois autres tournèrent la tête vers lui, mais il resta silencieux quelques secondes. Il était persuadé qu'il n'avait pas rêvé en captant l'irritation, même fugitive, de la sorcière quand il avait été annoncé que le samouraï protégeait également le train – ce n'était qu'un soupçon, mais il s'ajoutait également au naturel avec lequel la nouvelle recrue de Dumbledore avait pris soin de l'homme aux poignards. Elle n'avait même pas cherché à déterminer qui il était, ce qu'il faisait là, comment il avait su que le train serait peut-être attaqué… Severus prit une profonde inspiration et se lança :

− Je crois qu'elle connaît ces deux hommes.