Harry inspira profondément alors que le professeur McGonagall entraînait les nouveaux élèves à travers le vaste hall aux grands sabliers comptabilisant les points des maisons et au bel escalier de marbre. Le moment était venu : il ne pouvait ni fuir plus longtemps, ni ignorer que la situation serait angoissante dans quelques secondes. Alors que les première année, sûrement anxieux de découvrir quel test leur permettrait de rejoindre une maison, suivaient la directrice-adjointe en frissonnant et en se serrant les uns contre les autres, lui-même savait que l'erreur ne serait plus autorisée dès qu'il aurait franchi les hautes portes de la Grande Salle. Toutefois, il avait une astuce pour échapper à la légilimancie de Dumbledore et d'éventuels élèves : s'il se doutait qu'il serait impossible d'échapper à leur regard éternellement, il lui suffisait de concentrer toutes ses pensées sur une seule chose. Or, après toutes les méditations effectuées au mois d'août, il était devenu plutôt bon pour trier son esprit, comme écarter une réflexion ou étouffer un souvenir. Si, en plus, il réussissait à éviter de croiser les yeux du directeur, il n'aurait rien à craindre.
Armée d'un tabouret à trois pieds et d'un vieux morceau d'étoffe, le professeur McGonagall entraîna les nouvelles têtes de l'école dans la Grande Salle. L'appréhension des première année se dissipa quelque peu, l'émerveillement prenant le dessus à la vue de la décoration du banquet de la rentrée. Sous le plafond magique et ténébreux qui représentait le ciel que l'on pouvait voir à travers les hautes fenêtres, un millier de chandelles flottait au-dessus des quatre longues tables auxquelles les étudiants étaient attablés. Passant devant celles de Serpentard puis de Serdaigle, la directrice de Gryffondor bifurqua pour entraîner les nouveaux élèves en direction de la table des professeurs, perchée sur une estrade, qui faisait face aux autres.
Faisant de son mieux pour prétendre n'avoir jamais vu la Grande Salle, Harry se contenta d'afficher une certaine curiosité. Trop en faire aurait été dangereux, se dit-il, tout en s'interdisant de regarder vers la table de Gryffondor ou vers Dumbledore, dont il distinguait, du coin de l'œil, la grande barbe et la longue chevelure argentées et scintilles à la lueur des bougies. Même s'il s'efforça de ne pas y prêter attention, toutefois, il ne put masquer une légère irritation en entendant murmurer dès qu'il fit son apparition. Forcément, tous les élèves n'avaient pas encore eu l'occasion de constater de leurs propres yeux ce que des camarades leur avaient dit sur la ressemblance entre le nouveau Potter et l'ancien. Fort heureusement, ils atteignirent l'estrade au pied de laquelle le professeur McGonagall arrêta la file des nouvelles têtes, et l'attention générale se focalisa sur elle.
Montant sur l'estrade, la sorcière y posa le tabouret et le vieux chapeau usé et rapiécé, puis recula d'un pas. Dans le silence cérémonieux qui s'installa de nouveau, tous les regards fixèrent l'étoffe élimée. Certains des première année les plus proches eurent un léger sursaut lorsque le Choixpeau magique remua. Se redressant, il ouvrit alors la déchirure située sur son bord :
Oho ! Voici enfin venus les p'tits nouveaux
Qui font à présent face au vieux Choixpeau
Dans l'attente d'savoir dans quelle maison
Ils passeront les prochaines saisons.
Toi qui arrives tout juste à Poudlard,
Je vais te raconter une longue histoire
Dont jamais personne n'entendit parler,
Car c'est ainsi qu'il en fût jadis décidé.
« Choixpeau, me dit un jour Gryffondor,
Bientôt sonnera l'heure de ma mort,
Mais je dois te confier un lourd secret
Que les Fondateurs ne trahirent jamais.
Nous eûmes autrefois un élève brillant
Qui posa d'étranges questions étant enfant.
Un beau matin, il se tourna vers Salazar :
« Toi, Serpentard, qui prônes tant l'pouvoir,
Penses-tu qu'on peut en faire l'acquisition
Avec seulement la ruse et l'ambition ? »
« Il faut aussi être persévérant, mon petit,
Mais une fois que le pouvoir sera acquis,
Il n'appartiendra qu'au sorcier l'ayant
De laisser une trace de lui en son temps. »
Puis le garçon revint plus tard dans la journée,
Cette fois-ci pour me questionner :
« Toi, Gryffondor, si courageux et fort,
Pourquoi ne d'vons-nous craindre la mort ? »
« Car nous mourrons tous, mon enfant,
La craindre serait une perte de temps :
Reste droit et fier et affronte tes soucis,
Tu sauras mieux apprécier la vie. »
Le garçon revint encore plus tard
Pour qu'Helga lui réponde un soir :
« Toi, Poufsouffle, qui prône labeur et loyauté,
Peut-on vraiment se reposer sur l'amitié ? »
« Assurément que oui, mon jeune ami,
Car l'amitié permet aux gens d'être unis,
Et tu découvriras qu'une fois dans les problèmes,
C'est en te tendant la main que tu sauras qu'ils t'aiment. »
Alors que s'était bien avancée la nuit
Et que le garçon avait été puni,
Il croisa enfin la route de Rowena
Et ainsi lui demanda :
« Toi, Serdaigle, qui cherches sagesse et intelligence,
Les sorciers ont-ils tous la même chance ? »
« Apprendre est une nécessité, mon cher génie,
Et nous le faisons jusqu'à la fin de notre vie :
S'instruire rendra n'importe qui sage,
A condition qu'l'esprit n'soit pas en cage. »
Le garçon devint un homme et prêt à partir,
Mais nous ne pûmes le laisser ainsi sortir,
Et nous lui demandâmes quelles raisons
Se cachaient derrière ses vieilles questions.
Il nous fit alors son sourire malicieux
Et nous révéla d'un ton joyeux :
« Je vois ce qui était, est et sera,
Ainsi que ce qu'Poudlard d'viendra :
Notre chère école sera anéantie
Par l'plus terrible des ennemis.
Il n'faudra hélas pas s'attendre
A ce que les élèves d'alors la défendent,
Car leur arrogance ne connaîtra rien
Sinon leur narcissisme idiot et mesquin.
Toutefois, il demeurera deux espoirs :
Bien avant qu'il ne soit trop tard,
Mon propre descendant r'viendra ici
Pour défendre tout c'que j'y ai chéri,
Tandis qu'un être unique et étrange
Se battra pour que tout change.
Si tous deux réussissent à conquérir,
Alors Poudlard s'ra p't-être sauvé du pire. »
Et c'est ainsi que l'vieux Gryffondor,
Qui s'inquiétait d'Poudlard et de son sort,
Me dota d'un sens aigu de perception
Pour que j'protège les quatre maisons.
A toi qui es nouveau et encore sain d'esprit,
Tais-toi et écoute bien ce que je dis :
Une force malsaine est récemment apparue,
D'une telle puissance qu'j'en tombe des nues,
Dont les sombres desseins restent mystérieux
Mais dont le pouvoir est un problème sérieux.
Si nous n'pouvons compter sur tes aînés,
C'est à la nouvelle génération qu'il m'faut confier
L'avenir de notre cher et beau Poudlard
Qui connaîtra bientôt un vrai cauchemar.
Regarde donc ton voisin, mon p'tit,
Et sache qu'il pourrait être ton ami :
Les maisons ont besoin d'être unies
Ou Poudlard subira ce qu'il y a de pis.
Garde cet avertissement en tête
Et viens m'coiffer pour que je guette
Dans quelle maison tu devras aller
Pour que not'Poudlard soit sauvé.
Tout comme lors de sa cinquième année, Harry songea que le Choixpeau avait quelque peu débordé de la chanson qu'il se plaisait à chanter habituellement. Plus étonnant, il avait intégré à son récit une personne extérieure à la fondation de Poudlard, mais les élèves applaudirent le vieux chapeau, qui s'inclinait devant chaque table, tout en murmurant avec animation. Etaient-ils conscients qu'ils venaient d'être insultés ? Avaient-ils compris que le Choixpeau ne les jugeait plus dignes de dépasser les rivalités entre les maisons et de protéger Poudlard ? Certains semblaient l'avoir parfaitement réalisé, mais les discussions que Harry put entendre se focalisaient avant tout sur le lien présumé que les adolescents faisaient entre la « force malsaine » et les créatures qui avaient attaqué le train.
Le professeur McGonagall s'avança en déroulant un parchemin, parcourant la Grande Salle d'un regard aussi brûlant qu'un tisonnier chauffé au rouge. Le silence revint, lui permettant ainsi de poursuivre la cérémonie de la Répartition :
− Quand j'appellerai votre nom, vous viendrez poser le Choixpeau magique sur votre tête, annonça-t-elle. Aindreis, Lucy !
Harry s'en était douté quand le professeur McGonagall lui avait demandé de fermer la marche : il serait le dernier à passer sous le Choixpeau. Toutefois, dès les premiers élèves répartis, il eut la très nette impression que les élèves de septième année étaient moins bruyants qu'ils auraient dû l'être, comme s'ils prenaient un soin particulier à conserver une certaine énergie, au cas où le nouveau Potter atterrirait dans leur classe. A mesure que la lettre P approchait, il sentait les regards se concentrer sur lui, mais il ne s'attendait pas à être intégré dans la liste des première année. Il eut, toutefois, autre chose à laquelle penser.
Fondant sur lui sans prévenir, une curieuse sensation de félicité indéfinissable se répandit dans son esprit, et il reconnut un instant plus tard les effets de l'Imperium. Avant qu'il n'ait eu le temps de lutter, cependant, la voix de Lorca résonna dans les moindres recoins de son cerveau : Ne luttez pas, dit-elle de son ton neutre. Il est temps de passer à la prochaine étape… Vous allez essayer de convaincre ce chapeau de vous envoyer à Serpentard.
L'Imperium fut levé, mais il fallut quelques secondes à Harry pour s'en apercevoir, alors qu'un mélange de consternation, d'effroi et de dégoût remplaçait la quiétude du Sortilège Impardonnable. SERPENTARD ?! SERPENTARD ? Qu'était encore cette idée saugrenue, irréaliste et même vulgaire ?! Qu'irait-il faire là-bas ? Il était censé faire attention à ne pas froisser toute cette classe, à part peut-être Berenis Berkelay, et il lui fallait se jeter dans la gueule du loup ? Il n'aurait même pas à sortir du dortoir pour que Mulciber lui jette tous les sortilèges qu'il aurait en tête !
Restez zen, dit la petite voix malicieuse qu'il entendait de temps en temps. Harry réalisa subitement qu'il s'était fait avoir : surmontant péniblement son indignation, il s'efforça de recentrer toute son attention sur le Choixpeau magique alors que son tour arrivait drôlement vite. Du coin de l'œil, toutefois, il eut la nette impression que certains élèves l'avaient senti se raidir et s'énerver, mais il fit mine de ne pas les remarquer et regarda Wise, Andreas, le dernier première année, s'asseoir en posant le vieux chapeau rapiécé sur sa tête.
− GRYFFONDOR !
Et l'amertume de Harry revint à la charge alors qu'il songeait que c'était cette maison qu'il aurait dû rejoindre. Applaudi le plus bruyamment possible, le petit Andreas Wise rejoignit la table de ses nouveaux camarades en paraissant soulagé, mais les acclamations s'interrompirent d'elles-mêmes et, cette fois encore, l'attention générale se concentra sur Harry.
− Potter, Ethan !
Non sans un frisson désagréable, il s'avança jusqu'au tabouret en évitant de lever les yeux sur Dumbledore, dont il sentit le regard perçant l'observer par-dessus les lunettes en demi-lune qu'il portait sur son nez aquilin. Saisissant le Choixpeau, Harry s'assit. Malgré les années qui avaient passé, le chapeau était toujours trop grand et glissa devant ses yeux, lui masquant aussi bien les élèves que la Grande-Salle.
− Oho ! Ohoooo… chuchota une voix déconcertée à son oreille. Je m'attendais à quelque chose, mais sûrement pas à ça… Harry Potter. Je comprends mieux ce que la chanson entendait par « se battra pour que tout change ». Pourquoi es-tu sombre et triste, Ethan ? Même si tu as été à la hauteur de Gryffondor dans ton autre vie, je n'ai pas changé d'avis : Serpentard te sera très utile.
« Pour me faire agresser à longueur de journée », pensa Harry avec dédain.
− Si c'est là ce que tu attends de Serpentard, alors tu obtiendras ce que tu veux, c'est sûr, dit le Choixpeau avec malice. Les chansons que je chante ne sont pas là pour divertir, elles ont un sens à celui qui sait l'entendre, et Lorca l'a très bien compris : pourquoi crois-tu qu'elle t'a demandé de rejoindre Serpentard ? Non, ne réponds pas… Nous savons tous les deux que tu sais ce qu'elle attend de toi, mais si tu ne t'en sens vraiment pas à la hauteur, laisse-moi te dire qu'il n'y a pour toi aucune maison, à Poudlard. Ta façon de penser n'est digne d'aucune d'entre elles, actuellement.
« D'accord, d'accord ! »
− Bien, voilà ce que j'attends de l'un des deux espoirs… SERPENTARD !
Le verdict résonna dans toute la Grande Salle, alors que le professeur McGonagall ôtait le Choixpeau. Harry entendit rires, sifflets et applaudissements. Il n'était certainement pas le bienvenu à Serpentard, mais ses nouveaux camarades semblaient se satisfaire qu'un Potter atterrisse parmi eux – sans doute parce que ça leur permettait de se moquer de James, dont le nom était à présent « entaché ». Le pas traînant et le moral dans les chaussettes, il se laissa tomber sur la première chaise vide et tourna les yeux vers la table des professeurs.
La directrice de Gryffondor disparaissait par la porte située derrière, alors que Dumbledore se levait pour adresser un grand sourire chaleureux à l'ensemble des élèves, les bras largement écartés.
− On ne fait pas d'omelette avec des œufs de dragon ! déclara-t-il.
Du coin de l'œil, Harry vit quelques Serpentard de sixième année échanger des sourires goguenards peu flatteurs, mais tout le monde s'intéressa à la vaisselle d'or qui s'était remplie en un instant de toutes sortes de mets. Il s'aperçut que les arômes le laissaient totalement indifférent, comme si la cuisine avait été de moindre qualité de ce côté de la Grande Salle, mais il piocha quand même dans un peu de tout, bien conscient que c'était de se retrouver à l'opposé de Gryffondor qui l'empêcher de faire preuve d'autant d'enthousiasme que par le passé à l'égard du festin.
Non sans une certaine surprise, il vit soudainement une main se tendre vers lui et tourna les yeux vers un cinquième année, le teint pâle et le visage pointu, son cou marqué d'une grande tache de naissance qui ressemblait étrangement à un canard.
− Broderick Straton.
− Ethan Potter, dit Harry sans grand enthousiasme, mais en serrant quand même la main proposée.
− Ouais, bien sûr, tout le monde a entendu parler, dit Straton. Ca doit être sacrément décevant de finir à Serpentard et non à Gryffondor comme tu l'espérais, d'après Ash, mais ce n'est pas une maison aussi pourrie que les autres le racontent. Moi, j'ai espéré rejoindre Serdaigle, comme ma mère et ma sœur, mais le Choixpeau en a décidé différemment. Ca ne m'empêche pas d'être ami avec mes camarades : Jules est raciste, bien sûr, sauf qu'il est aussi fréquentable et fait l'effort de ne pas insulter le moindre né-Moldu quand je suis avec lui.
Le prénommé Jules, qui était assis juste en face de Straton, était un gros garçon aux cheveux clairs et au nez rond.
− Ne lui dis pas qu'il aura la même chance que nous avec sa classe, Brod', protesta-t-il.
− Pas avec les garçons, c'est vrai, mais les filles ne sont pas méchantes tant que tu ne les contraries pas.
− C'est ce qu'Ash m'a dit, reconnut Harry.
− Bah, ne t'en fais pas, Ash ne te laissera pas tomber. Maintenant qu'il sait que tu n'es pas dans la maison de tes rêves, il a sûrement prévu un prétexte pour t'éviter d'avoir à faire face à Mulciber dès le premier soir. Et si ce n'est pas lui, tu peux être sûr que Slughorn a très bien vu que tu n'étais pas heureux d'être réparti chez nous, il profitera sûrement du fait que tu sois un nouveau pour t'inviter à boire un verre et à faire connaissances.
Sans doute pour la première fois depuis un an et une vie, Harry songea qu'il n'aurait rien contre le fait de se retrouver dans la ligne de mire du maître des potions pour intégrer son club.
− De toute façon, dit Jules, tu n'as rien à craindre pour ce soir. Le voyage est tuant, le festin t'achève, et c'est compter sans les émotions fortes que l'attaque a pu donner : tout le monde ira se jeter dans son lit après le repas. En plus, il paraît que c'est le dernier compartiment du train qui a été attaqué le premier.
− Et ? demanda Harry, intrigué.
− C'est le compartiment de Mulciber et de ses amis à chaque rentrée, expliqua Straton. Avant, il était le plus grand, mais il y a eu tellement d'incidents entre les différents élèves pour l'occuper que Dumbledore en a agrandi plusieurs autres pour qu'il n'y ait plus de confrontations. Bien sûr, Severus et ses potes, ainsi que l'autre Potter et sa bande, ont remis peu à peu les rixes au goût du jour dans leurs premières années pour le dernier compartiment, mais les professeurs ont trouvé une solution : pour les rentrées, les Serpentard en seraient les seuls occupants et, à la fin de l'année, ce serait les Gryffondor.
Harry hocha lentement la tête, tout en trouvant complètement absurde de se battre pour un compartiment. Toutefois, il nota un détail qui ne manqua pas de le chiffonner.
− Tu appelles Rogue par son prénom, mais pas Mulciber, remarqua-t-il.
− Severus n'est pas aussi malfaisant et raciste qu'il veut bien le prétendre, assura Straton. Je ne sais pas trop c'est quoi, son problème, mais il y a un peu plus d'un an, il traînait toujours avec Evans.
Il fallut quelques secondes pour que les paroles du cinquième année atteignent le cerveau de Harry, qui en faillit en lâcher sa fourchette.
− Quoi ? dit-il, dubitatif.
− Ash a oublié de le signaler, semble-t-il. Ouais, Severus et Evans étaient très amis, avant, mais durant une humiliation que Potter et Black lui infligeaient, les émotions de Severus ont pris le dessus et il a eu le malheur d'insulter Evans. Leur amitié a péri au même moment, notamment parce que s'il n'avait encore jamais traité Evans, il se ne gênait pour le faire avec tous les autres nés-Moldus. Sans parler du fait que ça fait des années qu'il rêve de rejoindre les Mangemorts, alors on peut se dire que ses projets futurs sont loin d'être en harmonie avec la condition d'Evans…
Rogue ? Ami avec sa mère ? Une telle absurdité pouvait-elle seulement être possible ? N'orienterait-il pas Voldemort vers les Potter en lui racontant la prophétie ? Quelle absurdité est-ce là ? répliqua la petite voix. Comment pourrait-il orienter qui que ce soit vers elle alors que tu ne sais même pas si la prophétie n'a pas déjà été faite ? Dumbledore te l'a déjà dit : jamais elle n'a parlé de TOI, mais de deux garçons nés fin juillet ! Réfléchis, Ethan, tu as déjà une bonne partie des pièces du puzzle en mains, à toi de prendre la peine de les assembler. Quelles pièces ? Quel puzzle ?
Harry secoua légèrement la tête et se débarrassa de toutes ces questions. Ce n'était vraiment pas l'endroit pour réfléchir au véritable rôle de Rogue dans une situation qui ne verrait peut-être jamais le jour, d'autant qu'il sentait plusieurs regards fixés sur lui. Tournant son regard vers les yeux qui lui paraissaient le plus proche, il vit Berenis lui adresser un petit signe, Mogg à côté d'elle et discutant avec Gardner et une grande noire à tresses, le visage arrogant et les yeux marron.
− Qui c'est, la fille qui parle avec Mogg et Gardner ?
− Nadège Sainton, répondit Jules. Je crois qu'elle est l'héritière d'une vieille famille sorcière de France, mais son père et sa mère se sont séparés quand elle était petite et il l'a emmenée avec lui en Grande-Bretagne. Elle participe rarement aux pièges de Lucretia et de Tara, mais elle aide sur les idées de vengeance, tout comme Berenis. Elle a un sacré langage, par contre : ça fait un choc quand tu l'entends débiter tout un tas de grossièretés !
− Et… psychologiquement ? Elle est plus proche du ministère ou de Voldemort ?
Les Serpentard qui l'entendirent prononcer le nom du Mage noir réagirent de diverses façons, un deuxième année tombant même de son tabouret alors que le voisin de Straton avalait de travers la soupe au chou qu'il venait d'ingurgiter. Jules pâlit et Straton frémit de la tête aux pieds, mais ça s'arrêta là.
− Elle insulte parfois les nés-Moldus, admit Straton, mais c'est seulement en présence des Gryffondor.
− Ah ? s'étonna Harry. Pourquoi seulement eux ?
− Parce qu'ils connaissent le petit ami de Nadège, dit Jules. William Mondhi est tout sauf raciste, mais elle prend un malin plaisir à utiliser le racisme attribué à Serpentard pour qu'il s'indigne de ses propos et menace de la quitter si elle ne se fait pas pardonner. C'est un jeu bizarre, c'est sûr, mais Andrews est toujours ravie de pouvoir écrire à Mondhi que sa chérie d'amour a traité quelqu'un de « Sang-de-Bourbe ».
− Même Lily ?
− Non, quand même pas. Nadège et Andrews se connaissent depuis des années, tout comme Mondhi connaît le grand frère de Moorehead : elle n'ira jamais insulter Evans, mais elle peut prétendre l'avoir fait auprès de Moorehead pour que celle-ci se plaigne auprès de son frère, qui ne manquera pas de le raconter à Mondhi. Nadège le reconnaît elle-même : elle n'aspire qu'à avoir un maximum de prétextes pour passer du temps avec son mec.
Ses nouveaux camarades, à Serpentard comme ailleurs, étaient décidément bien étranges, songea Harry, mais discuter aussi simplement avec Jules et Straton ne lui déplaisait pas du tout et redonnait même leur saveur aux plats. Certes, il savait que les Serpentard n'étaient pas tous des personnes détestables, sauf qu'il paraissait clair qu'il s'était un peu trop méfié quand Ash le prévenait que la montée en puissance de Voldemort impactait Poudlard et les mentalités des élèves. Le banquet ne serait sans nul doute pas aussi plaisant que s'il avait été assis à Gryffondor, mais il n'eut pas à se plaindre de quoi que ce fut d'autre.
Lorsque les desserts eurent été engloutis, la vaisselle d'or se vida et retrouva instantanément tout son éclat. Somnolant, une grande majorité des élèves n'aspirait qu'à rejoindre les dortoirs, mais ils se motivèrent à rester attentifs au discours que devait prononcer Dumbledore. Harry comprit aussitôt que tout le monde attendait d'avoir une idée, un soupçon, un message pouvant les rassurer suite à l'attaque du Poudlard Express, mais lorsque le directeur se leva, un sourire annonçait déjà les propos qu'il tenait habituellement… tout au moins, ils le crurent.
− Bienvenue à Poudlard ! déclara Dumbledore. Bienvenue pour cette nouvelle année ! Avant que vos impressions ne soient devenues à tort des certitudes, je tiens à vous annoncer que mon discours assez particulier, cette année. Repoussez donc toute brume cérébrale vous incitant à vous endormir, car certains points que j'aborderai sont très importants.
L'attention monta d'un créneau quasi-instantanément, les élèves se redressant et se forcer à garder les yeux grand ouverts.
− Commençons par le discours presque habituel, invita le directeur. Cette année plus que les précédentes, il est interdit que le moindre élève approche de la forêt bordant le parc. S'il est généralement appréciable de constater la témérité des étudiants, nous considérerons cette fois-ci comme une stupidité que quelqu'un s'y aventure, quel que soit son âge, son sexe, sa raison et son talent. Ensuite, Mr Rusard, le concierge, tient à signaler que la liste des objets prohibés s'est allongée entre le 11 juillet et le 27 août, et c'est d'autant plus important à savoir si vous tombez sur une marchandise qui sortirait de l'ordinaire. Pour toute personne intéressée, sachez que les sélections de Quidditch se dérouleront le deuxième week-end de septembre. Et enfin, afin de conclure cette première partie, je tiens à vous présenter le professeur Williams, qui assurera les cours de défense contre les forces du Mal.
L'accueil fut plutôt chaleureux, soit parce que la belle Lorca n'avait « apparemment » pas plus de dix ans que les élèves, soit parce que les étudiants ayant été sous son commandement pendant l'attaque du Poudlard Express avaient déjà avaient eu à cœur de raconter comment elle avait pris les choses en mains quand le dernier wagon du train avait subi l'assaut des grosses créatures.
Dumbledore attendit que les applaudissements s'arrêtent, et ils le firent dès qu'il parut plus grave, plus sérieux que lors des premières annonces. Observant les quatre longues par-dessus ses lunettes en demi-lune, qui étincelaient autant que sa barbe et ses cheveux à la lumière des bougies, il reprit :
− Nous sommes tous conscients qu'il se passe quelque chose de mystérieux, ces derniers temps. Vous avez tous entendu la chanson du Choixpeau magique, je ne la reprendrai donc pas, mais j'ose espérer que vous avez compris qu'il partageait notre opinion, aux professeurs et à moi. En réalité, et pour parler crûment, il considère que vous ne méritez plus votre place dans ce collège, et je vous conjure de lui montrer qu'il a tort. Nous avons tous vu ce que ces énigmatiques créatures pouvaient faire et la menace qu'elles représentent : elles semblent s'acharner, pour le moment en tout cas, sur les jeunes sorciers et sorcières. Je vous demande donc à tous de respecter le règlement de l'école, car nous ne nous contenterons plus de gentilles sanctions pour votre désobéissance. Or, c'est toujours à Poudlard que vous serez le plus en sécurité.
Il laissa un certain temps aux élèves pour enregistrer ses paroles, puis enchaîna :
− Si vous l'ignorez encore, le ministère grec de la Magie a fait part à la Confédération internationale des sorciers que nous avions une chance d'identifier les créatures mystérieuses. Il s'agit d'un livre que le professeur Slughorn a déjà vu, mais que la bibliothèque ne contient plus. Si nous sommes déterminés à vous empêcher d'enfreindre le règlement, nous le sommes autant à vous encourager à parcourir le château pour essayer de mettre la main dessus…
Harry sentit une contraction de son bras, mais renonça. Après sa rencontre avec Mashiro, Lorca lui avait demandé par quel moyen elle pourrait accéder à la Salle sur Demande, puis lui avait amené le lendemain le fameux livre d'Hipposcodius. Il en avait lu une bonne partie dans le soir même et dans le Poudlard Express, mais il ne tenait vraiment pas à attirer l'attention en disant à l'école entière qu'il en possédait un exemplaire.
− Pour finir, conclut Dumbledore, je pense que certains d'entre vous ont entendu cette rumeur : Poudlard accueillera, dès la fin de la semaine, certains élèves de Beauxbâtons. Il va sans dire que vous aurez à cœur de leur recevoir avec amabilité, mais pour les détails sur leur arrivée, ce seront vos professeurs qui vous les expliqueront. Pour l'heure, au lit !
Et un grand brouhaha s'éleva immédiatement le long des quatre tables, tandis que les chaises et les bancs faisaient racler le moindre pied sur le sol dallé.
− Ah ! Qu'est-ce que je disais ! dit Straton.
Attirant l'attention de Harry, celui-ci se retourna en suivant son regard. Extraordinairement gras, le crâne chauve et portant une moustache de morse tout aussi argentée et scintillante que la barbe de Dumbledore, le professeur Slughorn avait quitté sa table et longeait celle de Serpentard, ses yeux mobiles revenant régulièrement sur son nouvel élève de septième année.
− Merci, dit Harry à l'adresse des deux adolescents.
− Pas de souci, Potter, assura Straton.
Les deux garçons de cinquième année s'éloignèrent avec leurs camarades, tandis que le maître des potions rejoignait Harry qui l'attendait.
− Ah, Ethan ! Ne prenons aucun risque inconsidéré, il vaut mieux que vous dormiez mal plutôt que vous subissiez j'ignore-quoi une heure seulement après votre arrivée à Poudlard. Attendons que les élèves aient quitté la Grande Salle puis nous irons papoter un peu, dit le professeur Slughorn.
Les élèves se massaient vers les portes de la Grande Salle, discutant avec animation des mesures de sécurité annoncées par Dumbledore, d'autres s'enthousiasmant plutôt de l'arrivée des étudiants français en se demandant toutes sortes de choses – en particulier, sembla-t-il à Harry, s'il y aurait de jolies jeunes femmes ou hommes célibataires parmi les invités.
− Vous n'aviez guère l'heureux d'atterrir à Serpentard, se souvint le professeur Slughorn.
− J'espérais Gryffondor.
− Ne vous inquiétez pas, mon garçon, les maisons ne sont que des noms : il n'appartient qu'à vous d'en faire la vôtre, mais je vous avoue que je ne suis pas rassuré de vous savoir avec certains de mes élèves… Ash a sûrement dû vous en parler…
− En effet, monsieur.
− Bah, il ne faut pas vous inquiéter. Les filles… heu, non, Misses Berkelay et Sainton sauront vous accueillir, je pense. J'ai cru comprendre que vous habitiez non loin des Berkelay, d'ailleurs, et connaissant Prius, j'imagine que sa famille vous a déjà rendu visite, non ?
− Dès son retour d'un voyage.
− Prius tout craché ! Ce n'était pas un élève remarquable, c'est sûr, mais on ne peut nier qu'il a un savoir-vivre qui manque cruellement à bien d'autres sorciers.
Les professeurs avaient déjà disparu par la porte située derrière les tables lorsque les derniers élèves en firent autant par les portes de la Grande Salle. Entraînant Harry, le maître des potions prit la direction du hall d'entrée, sans nul doute pour mener son nouvel étudiant de septième année jusqu'à son bureau par le chemin le plus court.
− Vous n'allez pas quitter Poudlard à cause de l'attaque du train, au fait ?! dit-il.
− Non, monsieur, assura Harry avec un léger sourire.
− Bien, bien. Je n'ai jamais eu le moindre Potter comme élève de Serpentard, je serais déçu si vous partiez dès demain ! Je suis aussi curieux de vos compétences en potions. J'ai vu que vous aviez eu un Effort exceptionnel lors de votre BUSE. Avez-vous un problème particulier dans ma matière ?
Harry n'eut pas à entendre la question deux fois.
− J'ai eu un professeur qui prenait un plaisir malsain à s'acharner sur moi, en plus de quelques difficultés à rester concentré sur les méthodes de préparation.
− Ah ! s'exclama le professeur Slughorn, alors qu'ils traversaient le hall d'entrée en direction de la porte menant aux sous-sols du château. C'est un problème récurrent, inutile de le nier. A Gryffondor, Lupin a essayé d'abandonner les potions parce qu'il a à peu près le même souci que vous, et Miss Steadworthy, à Poufsouffle, rencontre la même difficulté que vous. Sachez que je n'ai rien contre les cours de rattrapage, Ethan : au contraire, ça me permet d'avoir une idée précise sur le « manque » et la solution à apporter à l'élève.
− Je m'en souviendrai, professeur.
Descendant l'escalier qui menait aux sous-sols, ils parcoururent plusieurs couloirs de plus en plus humides, éclairés par des torches, comme s'ils se rapprochaient du lac que Harry avait traversé en compagnie des élèves de première année et Hagrid.
− Si vous voulez un bon conseil, Ethan, sachez qu'il faut toujours lire une méthode de préparation une première fois avant, confia le maître des potions. Pas la veille, mais au moment où vous êtes en cours. Même si vous ne la mémorisez pas dans sa totalité, votre cerveau vous alertera si vous vous apprêtez à sauter une étape. Les cours durent généralement deux heures, et il faut un quart de moins pour préparer une potion. Restez calme et vous aurez toutes les chances de n'obtenir que des Optimal !
− Ah ? s'étonna quelque peu Harry. Je ferai ça, à l'avenir.
Le professeur Slughorn l'encouragea d'un hochement de tête à suivre son conseil et poussa la porte de son bureau, presque deux fois plus grand que ceux des autres enseignants. En l'absence de soirée, les tentures qu'il mettait habituellement étaient absentes, mais les sièges à pompons et les sofas aux pieds effilés étaient bien là, déjà prêts à accueillir la prochaine fête que le maître des potions organiserait pour faire se rencontre d'anciens élèves et les actuels.
− Asseyez-vous, asseyez-vous, Ethan, l'invita-t-il en passant à côté de son bureau. J'ose espérer que vous apprécierez une bonne rasade d'hydromel vieilli en fût ?
− Bien sûr, monsieur.
Sortant deux gobelets d'or et une bouteille contenant le liquide ambré, le maître des potions entreprit de les remplir d'une « bonne rasade d'hydromel vieilli en fût », comme il l'avait dit.
− Il est regrettable que vous arriviez à Poudlard en une telle période, poursuivit le professeur Slughorn. Entre ces créatures, certains de vos camarades et la guerre contre Vous-Savez-Qui…
− Vous ne craignez pas que des élèves français viennent justement pour la guerre ?
− C'est un risque plus que probable, hélas, admit le maître des potions en lui tendant un verre.
− Merci, dit Harry en prenant son hydromel.
− Mais Dumbledore doit encore s'entretenir avec Aurélien Bresch sur les élèves qui viendront. Il espère que Bresch pourra venir avec la Brigade de la Mort, mais il paraît…
− Je… Pardon ?! s'exclama Harry, déconcerté. La Brigade de quoi ?!
− De la Mort, répéta très clairement le maître des potions. C'est une excentricité de son fondateur, qui s'est à la fois inspiré des partisans de Vous-Savez-Qui pour en trouver le nom et qui, fort heureusement, a utilisé sa bande pour faire régner l'ordre à Beauxbâtons… même si j'ai cru comprendre que le chef de ce groupe était le plus fainéant et réticent à intervenir. J'aimerai beaucoup le rencontrer, pour ne rien vous cacher, car je crois que son grand-père était lui-même à Serpentard quand j'en étais encore un élève. Quoiqu'il en soit, cette Brigade semble avoir mené la vie dure à toutes les personnes partageant les idées que les Mangemorts défendent, aussi Dumbledore aimerait-il en accueillir plusieurs membres pour… heu… contenir des accès de zèle de leurs camarades français. Toutefois, comme je vous le disais, il semble que des parents posent des problèmes, ce qu'il me paraît tout à fait compréhensible : ils ne veulent pas que leur enfant se retrouve dans le pays où sévissent des mages noirs, et c'est parfaitement naturel.
Harry dut admettre que lui-même ne serait pas tranquille si son fils ou sa fille – ou même un ami – décidait de rejoindre un pays en guerre, mais ses pensées se focalisaient totalement sur autre chose. Buvant une gorgée d'hydromel, il dit alors :
− Monsieur…
− Ethan ?
− J'ai le livre d'Hipposcodius.
