Au grand soulagement de Harry, ses camarades de dortoir dormaient – ou faisaient semblant de dormir – à son arrivée dans son dortoir, le professeur Slughorn lui ayant donné le mot de passe. Se retrouver dans un dortoir aussi frais, en raison du lac à proximité et qui faisait suinter les pierres grises du cachot de Serpentard, ne l'avait pas aidé à avoir un sommeil à la hauteur : sans doute lui faudrait-il un certain temps pour s'adapter, s'était-il répété à plusieurs reprises en cherchant inlassablement une certaine quiétude, une fois couché, tout en s'inquiétant de la rencontre qu'il pourrait faire avec Rogue et les autres au moment de se lever. Par chance, cependant, Mulciber et sa bande avaient déjà déserté le dortoir rectangulaire, éclairé par des lanternes rondes et vertes, lorsqu'il se réveilla et partit dans la salle de bains.
Appréciant l'eau chaude qui tombait du pommeau de douche et se déversait sur lui, Harry se perdit dans ses pensées. Lorca aurait intérêt à avoir d'excellents arguments pour s'excuser de l'avoir à Serpentard, même si, comme le Choixpeau l'avait dit, il en connaissait au moins l'une des raisons : il l'avait comprise pendant la chanson de la vieille étoffe élimée, lorsque celle-ci avait parlé des « deux espoirs » qui devaient réussir à « conquérir ». La Nehoryn semblait y avoir vu un signe pour que Harry joue un rôle particulier au sein de Serpentard, mais comment ? Qu'est-ce qu'un nouveau pouvait faire dans une maison où les anciens se connaissaient déjà depuis des années ? Il n'allait quand même pas maltraiter tous les élèves juste pour faire asseoir son autorité ?! Une telle attitude ressemblait peut-être à Mulciber, mais en aucun cas à la sienne, quand bien même il ne serait plus le Survivant ! se jura-t-il.
Quelques minutes plus tard, il sortit de la salle de bains, frais et dispos, ramassa son sac de cours posé sur lit à baldaquin et aux rideaux vert sombre, puis il quitta son dortoir rectangulaire. Serpentard… pensa-t-il, désabusé. Même Fred et George ne trouveraient rien de drôle à dire en l'apprenant. Descendant l'escalier, il atteignit la salle commune au plafond bas. Elle était longue, éclairée par des lanternes rondes et verdâtres – comme celles du dortoir – suspendues à des chaînes. Ses fauteuils et le sofa verts avaient été placés devant la cheminée, dont le manteau s'ornait de gravures étranges et complexes. Quant aux murs lisses, ils suintaient tout en se couvrant ici et là de mousse, prouvant que le lac noir de l'école n'était pas loin du cachot.
Harry, cependant, n'y accorda aucune attention, traversant la salle commune sous les regards des quelques élèves présents. Franchissant la porte, qu'il savait disparaître dans le mur nu qu'elle occupait, il ne fut guère surpris d'apercevoir le professeur Slughorn au fond du couloir. Plongeant une main dans son sac, il jeta un regard par-dessus son épaule pour s'assurer que ses nouveaux camarades ne verraient rien de l'échange, puis il sortit le livre de Hipposcodius.
− A peine arrivé et vous nous enlevez une épine du pied, Ethan ! dit le maître des potions en prenant le bouquin. Ca mérite bien cinquante points pour Serpentard.
Réglant son pas sur celui du professeur Slughorn, Harry le regarda admirer la couverture où un Lorods, un Troglon et bien d'autres créatures étranges apparaissaient sous les lettres blanches du titre – assez ironique : Horreurs d'un autre endroit.
− Comment ces bestioles ont échappé à l'Histoire, je me le demande, dit le maître des potions.
− J'ai cru comprendre que vous l'avez déjà vu, monsieur ?
− En effet. Quand j'étais en cinquième année, l'un de mes aînés se promenait sans cesse avec ce livre. C'est d'ailleurs celui que je soupçonne d'avoir été le grand-père du chef de la Brigade de la Mort. Un homme parfaitement détestable, mais il avait ses bons côtés quand même… Bien, je vais envoyer ça dans le bureau de Dumbledore… Oh et, tant que j'y pense, lisez deux ou trois fois la méthode de préparation de la Larme de Trouble, Ethan.
− Je n'y manquerai pas, professeur, assura Harry avec un sourire.
Ils se séparèrent à l'intersection, le maître des potions se dirigeant vers son bureau tandis que son élève prenait celle de son petit déjeuner. Gagnant l'escalier menant au hall d'entrée, il en monta les marches en entendant des étudiants se réjouir, mais il lui fallut accéder au rez-de-chaussée pour comprendre ce qu'il se passait : des troisième année de Serpentard se ravissaient de constater que leur maison avait déjà pris une légère avance sur les autres grâce aux cinquante points remportés par Harry – qui n'en ressentit aucune satisfaction, songeant qu'il aurait pu les rapporter à Gryffondor s'il avait désobéi à Lorca.
Entrant dans la Grande Salle, il s'efforça de ne plus penser à sa répartition ou à la véritable maison qu'il aurait dû rejoindre et remonta la table de Serpentard pour s'y asseoir à la première place de libre. Quelques regards se tournèrent vers lui, mais il les ignora, remplissant consciencieusement son assiette et son gobelet. Avec un peu de chance, les hiboux ne tarderaient pas à arriver : Harry avait beau avoir passé plus d'un mois à manger tout seul, il n'était pas habitué à un Poudlard sans ami pour lui tenir compagnie pendant les repas. Toutefois, il apparut qu'il ne resterait pas esseulé bien longtemps, car la chaise en face de lui se trouva un occupant au moment où il planta sa fourchette dans une saucisse : Kenny Ash, sans paraître soucieux d'avoir l'accord de quelqu'un, prit place à la table de Serpentard et entreprit de se servir.
− Pas trop déprimé, Potter ?
− Aujourd'hui est un autre jour, dit Harry d'un ton morne.
− Ouais, je te crois, ricana Ash. Ne t'en fais pas, Serpentard n'est pas une aussi mauvaise que ça, elle a juste ses bons côtés et ses imbéciles, comme n'importe quelle maison. Une fois que tu auras fait connaissance avec Berenis ou Sainton, tu pourras mieux supporter cette regrettable répartition.
− Tu t'entends bien avec Berkelay ?
− En fait, on n'a jamais vraiment parlé, mais comme tu es le nouveau de l'année et que tu habites à côté de chez elle, je lui ai posé quelques questions au cas où tu accepterais une interview. D'ailleurs, je te remercie d'être venu, je connais désormais ses mensurations, même si je suis incapable de me souvenir comment on a réussi à aborder un tel sujet… Bref, l'interview ?
− Je n'aime pas trop parler de moi, en fait.
− J'en avais eu l'impression à la Journée des Fournitures, dit le Serdaigle, nullement vexé ou déçu. Je me rabattrai sur cette délégation française qui doit venir à la fin de la semaine, et puis il peut se passer pas mal de choses d'ici leur arrivée…
Il fut interrompu par un bruissement sonore qui attira l'attention générale sur les hautes fenêtres, que franchirent un instant plus tard des hiboux et des chouettes chargés de colis, de journaux et d'enveloppes en parchemin. Projetant des gouttelettes à chaque battement d'ailes, les oiseaux se répandirent au-dessus des tables et atterrirent en masse quand ils trouvèrent enfin les destinataires de leurs fardeaux. Harry jeta un coup d'œil en l'air, mais il ne vit aucune trace d'Hedwige. Il ne s'en étonna pas, après le déluge qui était tombé la veille – et puis, Ash lui tenait compagnie.
Deux hiboux apportant La Gazette du sorcier se posèrent entre les assiettes du Serpentard et du Serdaigle, qui payèrent les oiseaux et découvrirent sans surprise que le quotidien décernait sa une à l'attaque subie par le Poudlard Express. Ash eut une grimace et tourna les yeux vers la table des professeurs, Harry l'imitant pour s'apercevoir que Dumbledore débarrassait seize oiseaux des missives qu'ils transportaient.
− Parents d'élèves ? dit le nouveau Potter.
− Sans doute, approuva Ash. Tout le monde reconnaît que Dumbledore est l'explication au fait que la région n'a jamais été attaquée, mais dès qu'il pèse une menace sur leurs enfants, les parents deviennent un peu paranos et cinglés. Dans une heure, peut-être même moins, on va voir débouler des pères et des mères convaincus que leur gosse sera plus en sécurité à la maison qu'à Poudlard.
Il parcourut alors l'article en diagonale.
− En tout cas, ces types déchirent, ajouta-t-il. Apparemment, Flitwick n'a pas révélé ce que le mec avec les poignards lui a raconté… Mais tout le monde se focalise sur le samouraï… Tu m'étonnes ! J'ai vu ce type t'incinérer une créature en un clin d'œil et seulement avec sa main… Par contre, je me demande comment il a fait pour transplaner de l'Ukraine jusqu'ici… J'ai cru comprendre que le punk aux poignards était une créature magique, mais même Brûlopot est incapable d'identifier sa vraie nature… Il se passe vraiment des trucs bizarres…
Et ce n'était pas fini, songea Harry en avalant la dernière bouchée d'œufs brouillés. Midori et Garwir, cependant, n'avaient visiblement pas volé leur réputation de guerriers. Seul dans son compartiment, il avait vu le demi-démon trancher, sans même les touchées, cinq créatures d'un seul coup. Le soldat d'Alyphar, de son côté, était passé le saluer avec amabilité une seconde à peine après avoir éventré un monstre dont le nouveau Potter revoyait encore les boyaux se répandre sur le champ bordant le chemin de fer.
Harry émergea de ses réflexions lorsque le professeur Slughorn, distribuant les emplois du temps, apparut derrière Ash afin de lui transmettre le planning de ses cours que le professeur Flitwick lui avait transmis, puis il tendit celui de Harry qui y jeta un coup curieux.
− Tiens, on commence par la défense, cette année, remarqua le Serdaigle. On va enfin avoir l'exclusivité, c'est toujours un problème quand on doit supporter les témoignages des autres élèves pour découvrir au final que le prof est encore plus nul et inintéressant qu'on le croyait… On ferait mieux d'y aller, d'ailleurs.
Emportant sacs et derniers toasts, ils quittèrent la table de Serpentard, d'autres élèves en faisant de même un peu partout et se rejoignant à hauteur des portes de la Grande Salle pour se disperser une fois dans le hall, certains descendant dans les sous-sols, d'autres sortant dans le parc et le reste montant dans les étages.
− En quoi est-ce un problème, au juste ? demanda Harry.
− Certains élèves turbulents entrent dans sa classe en s'attendant à quelque chose, et c'est le drame : le prof est pire que les autres étudiants l'affirmaient, du coup ils sont déçus et ne manquent pas de le faire savoir. Mais bon, Williams a eu un impact positif sur les esprits pendant l'attaque, ça devrait peut-être lui offrir une seconde chance si le premier cours n'est pas terrible. Il ne l'est jamais, de toute façon, puisque les profs nous font faire des révisions.
Montant l'escalier de marbre, ils entamèrent leur ascension vers la salle de défense contre les forces du Mal.
− Il faut que… reprit Ash en consultant son emploi du temps. J'ai une heure de libre en début d'après-midi, j'irai demander à Dumbledore s'il a des nouvelles du directeur de Beauxbâtons. Je crois que c'est Bresch lui-même qui viendra à Poudlard en compagnie d'une poignée de français, mais il y a l'inquiétude d'une éventuelle attaque pendant le voyage… A moins que ces créatures aient compris leur douleur avec le massacre qui s'est produit dans le sillage du Poudlard Express.
Harry en doutait franchement. Anteras se moquait sûrement des pertes qu'il subissait, cela ressemblait plus à une diversion pour lui laisser le temps de se constituer une armée digne de ce nom, songea-t-il alors qu'ils atteignaient le second palier pour s'enfoncer dans le premier couloir, à la suite des garçons de Poufsouffle.
− Tiens…
Attirant l'attention de Harry, le Serdaigle regardait Hedwige venir à leur rencontre, Vallys, sous sa forme la plus petite, sur le dos. Les élèves regardèrent la chouette et son improbable compagnon survoler les têtes et atterrir sur l'épaule de Harry, qui sentit la darderan glisser d'Hedwige et s'enrouler autour de son cou, semblable à un collier d'écailles rouges, et coller sa tête sous sa mâchoire inférieure, ses yeux jaunâtres aux pupilles en croisant fixant le dos des Poufsouffle.
− Vous avez pris votre temps pour venir, commenta Harry en caressant Hedwige d'une main et Vallys de l'autre.
− Il a des yeux bizarres, ton serpent, dit Ash d'un air très intéressé. C'est une créature magique ?
− Ouais, plutôt rare et difficile à dénicher.
− Tu devrais en parler à Brûlopot, ça pourrait faire un cours spécial… ou tu risques d'avoir des problèmes. Je ne pense pas que les serpents de compagnie soient autorisés à Poudlard, mais tu n'auras qu'à demander à Slughorn pour confirmation.
− Même s'ils ne le sont pas, Vallys trouvera toujours un moyen de venir à moi.
Satisfaite des caresses reçues, Hedwige s'envola pour la volière afin de s'y reposer au moment où ils arrivèrent au bout du couloir de défense contre les forces du Mal. Les élèves étaient pour la plupart déjà entrés, mais Harry aperçut, arrivant par un autre chemin, Aurelia Andrews s'avancer d'un pas vif en compagnie d'une autre jeune femme qu'elle tenait par la main. Elle était si petite qu'il aurait été facile de la confondre avec une première année, de dos. Ses longs cheveux noirs, épais et soyeux, dégringolaient de chaque côté de son visage pâle où était peinte une expression ensommeillée, innocente et enfantine. Portant un cartable sur le dos, elle avait sous son autre bras une peluche en forme de chat noire aux yeux verts.
Le petit bout de femme posa ses yeux noirs sur Harry, sursauta en paraissant soudainement réveillée et se précipita dans la classe. Aurelia hocha la tête d'un air mi-amusé, mi-exaspéré.
− Heu… je fais peur à ce point ? dit Harry, dubitatif.
− Non, mais Ninie se méfie des intentions que tu pourrais avoir vis-à-vis d'Evans. A mon avis, elle redoutait que tu essayes de lui piquer la place à côté de la « chérie » de Potter.
Ils n'eurent pas le temps de discuter davantage, car ils entrèrent dans la classe quelques secondes après Aurelia. Lorca était absente et Leonie « Ninie » Cordell, assise à côté de Lily, afficha son expression la plus innocente, ressemblant encore plus à une petite fille trop vite grandie. Ash rejoignit Matthain dans la rangée du milieu, tandis que Harry partait au fond de la classe pour être certain d'avoir la paix. Le Serdaigle semblait avoir raison : l'attaque du train avait permis à la Nehoryn de marquer quelques points auprès des élèves, qui paraissaient être arrivés le plus tôt possible pour s'asseoir aux premiers rangs.
Les derniers élèves arrivèrent peu avant la sonnerie de la cloche, notamment les filles de Serpentard qui s'installèrent juste devant lui, Harry séparé de Mogg et de Gardner par Berenis et Sainton. Puis ils entrèrent : d'abord Remus, qui avait meilleure mine malgré les légers cernes noirs soulignant son regard, puis Pettigrow, grassouillet et le nez pointu surmonté d'yeux bruns et larmoyants, puis Sirius, des rideaux de cheveux noirs tombant de chaque côté de son beau visage pâle et arrogant, et enfin, immédiatement à sa suite, James, les lunettes rondes et ressemblant un peu moins à Harry depuis la transformation de celui-ci mais ayant la même tignasse indomptable.
La cloche annonçant le début des cours retentit dans toute l'école, mais il fallut attendre quelques secondes pour que Lorca fasse à son tour son entrée. Malgré ses talons, ses pas ne produisaient aucun bruit, tandis qu'elle traversait la classe sans avoir l'air de remarquer que quelques garçons vérifiaient la qualité de leur coiffure sur son passage. La porte se referma toute seule et Lorca, ouvrant un tiroir de son bureau, en sortit une craie ensorcelée qui bondit jusqu'au tableau noir, prête à écrire dès que le nouveau professeur le lui dirait.
− Avant que nous n'entrions dans le vif du sujet, dit-elle de sa voix neutre, j'ai quelques annonces à faire. La première est à propos du livre cité hier par le directeur : inutile de le rechercher, un élève en possédait un exemplaire et l'a offert à Poudlard. La seconde, plus liée à ma méthode d'enseignement, est que sans snober la théorie, je privilégie la pratique.
Les élèves échangèrent des regards réjouis.
− Toutefois, mes manières incitent Dumbledore à obtenir l'aval du conseil d'administration et du ministère de la Magie, en particulier à cause des rivalités entre les quatre maisons. Nous avons soumis ce week-end un projet pour des cours spéciaux : il va sans dire que je serai seule juge de si oui ou non, vous mériterez de les suivre à la fin de chaque mois. Je me moque que vous soyez ennemis, amis, en couple ou séparés, vous êtes ici des élèves et j'entends bien que vous vous comportiez comme tels pendant mes cours.
Elle lança un regard indifférent aux adolescents, s'attardant par moments sur les étudiants connus pour leurs rivalités ou les brutalités qu'ils étaient susceptibles d'infliger.
− Pour finir, reprit-elle, le directeur a reçu ce matin un appel du professeur Bresch. Nous accueillerons sept élèves français dès vendredi soir. En conséquence, les cours s'arrêteront une demi-heure plus tôt, mais une note sera affichée sur les tableaux des salles communes. Tout ça pour dire que le château subira un brin de ménage, les professeurs apprécieraient donc qu'il n'y ait pas à tout recommencer une heure avant l'arrivée de la délégation de Beauxbâtons.
− Est-ce qu'ils vont s'installer dans les dortoirs ? demanda Avery.
− Ca n'a pas encore été décidé, répondit Lorca. Maintenant, prenez vos baguettes magiques et suivez-moi.
Les élèves ne se le firent pas redire, se levant avec enthousiasme. Premier cours de l'année, premier cours de pratique. A ce que Harry put comprendre, ça n'était encore jamais arrivé et Lorca marquait encore des points auprès des étudiants. Sortant et remontant le couloir à la suite de leur professeur, ils n'allèrent pas bien loin, se contentant de tourner une fois. La Nehoryn se stoppa au niveau d'une porte, l'ouvrit et laissa les adolescents entrer les premiers.
Une salle de classe désaffectée avait été aménagée d'une bien étrange façon qui rappela à Harry et aux nés-Moldus certains stands de fête foraine : posées sur une longue table, des cannettes métalliques semblaient officier de stand de tir, alors qu'une haute structure s'élevant presque au plafond et surmontée d'une cloche se proposait quant à elle à offrir une épreuve de force, sauf qu'il n'y avait aucun maillet pour frapper la base. Perplexes, les élèves regardèrent leurs derniers camarades les rejoindre puis Lorca referma la porte derrière elle.
− L'attaque du Poudlard Express n'a pas seulement permis de démontrer que ces créatures sont plus nombreuses que celles qui ont pris d'assaut Beauxbâtons, affirma-t-elle, elle a également montré les faiblesses de certains d'entre vous. J'ai lu toutes les notes de mes prédécesseurs, il est indéniable que votre retard est dû à leur incompétence, sauf que vous commencez votre dernière année… Vos professeurs s'inquiètent naturellement de votre avenir et je sais mieux que quiconque qu'il n'est jamais agréable d'apprendre la mort d'un ancien élève, nous sommes donc déterminés à vous offrir toutes les opportunités que vous soyez le mieux armé à votre départ de Poudlard.
Elle s'approcha de la structure verticale, obligeant les élèves à pivoter pour ne pas la perdre de vue.
− Si vous ne le savez pas, il n'existe aucun moyen d'estimer la puissance magique d'un sorcier. L'ironie du sort veut que le seul instrument pouvant palier à cette absence trouve son origine chez les Moldus. J'ai récupéré ceci dans une fête foraine. La question est : devinez-vous quel est l'intérêt de connaître sa puissance ? Mr Rogue ?
− Pour la faire croître.
− Cinq pour Serpentard. Vous ne pouvez pas améliorer ce que vous ne connaissez pas, c'est le fondement de l'évolution de toute chose créée. Une « légende » prétend qu'un sortilège informulé est plus faible qu'un autre que l'on crie : c'est faux, il y a juste une énorme différence entre le niveau de concentration. Dès le début de votre scolarité, si vous aviez appris à jeter des sorts sans prononcer leurs incantations, le résultat aurait été l'inverse : les informulés seraient devenus plus forts que ceux qui auraient été formulés. Actuellement, ce n'est qu'après de longues années à employer des informulés que les deux niveaux se rapprochent.
− Et comment fait-on pour évaluer la vraie puissance si on obtient deux résultats, professeur ? demanda une Serdaigle avec un nez osseux et des cheveux coupés courts.
− Il se situera autour du score le plus bas et celui du plus haut, dit Lorca en se déplaçant jusqu'au stand de tir. Je pense que vous avez déjà compris à quoi serviront ces cannettes…
− La précision, dit Roby, le Poufsouffle étrangement disproportionné.
− En effet. Les professeurs et moi-même avons remarqué que les sortilèges, pendant l'attaque, avaient plus souvent raté les créatures qu'autre chose. En associant ces deux exercices, non seulement vous améliorerez votre niveau en duel, mais ils vont aussi vous permettre de renforcer la puissance de vos sorts. Mr Rogue a dit hier que les Stupefix ne fonctionnaient pas : c'est vrai, mais seulement pour les élèves, car le professeur Flitwick n'a eu aucun mal à neutraliser l'une de ces créatures. Voyez-y un fossé entre votre niveau et celui d'un enseignant.
Il y eut quelques expressions sceptiques, certains élèves préférant attendre d'avoir obtenu leurs résultats aux exercices pour croire à un tel écart de puissance.
− Bien, vous allez vous séparer en deux groupes, puis nous alternerons à la deuxième heure, dit Lorca en tirant une liste de ses élèves et une plume. Les Serpentard et les Serdaigle commenceront avec l'épreuve de force. Si des élèves ont des soucis à lancer des sortilèges informulés, qu'ils viennent me prévenir.
Harry amorça un geste pour rejoindre la Nehoryn, mais il se ravisa subitement. Quand avait-il jeté un sortilège formulé ? se demanda-t-il subitement. Il lui semblait que ça remontait à presque un mois ou, plus exactement, à la toute première semaine de ses méditations. Renonçant à se manifester auprès de Lorca, il suivit les Serdaigle et les Serpentard qui formaient tant bien que mal une file grossière devant la structure.
− Comment on sait quelle est notre force ? lança Mulciber.
− J'ai annoté des scores sur le poteau vertical, dit Lorca. Commencez une première session en formulant votre sortilège, la seconde se fera avec les informulés. N'en prenez pas un que vous ne contrôlez que depuis peu, bien sûr.
Apprendre en s'amusant, Harry n'avait plus vécu depuis sa troisième année, mais les élèves apprécièrent visiblement d'être en compétition pour savoir qui aurait la plus grande puissance magique. Les garçons de Serpentard passèrent les premiers, les premières places du podium leur étant ainsi assurées pour un temps, Lorca annonçant le score de chacun d'un ton désinvolte.
− Est-ce qu'il y a une moyenne ? demanda Wheeler, le voisin carré que Harry avait eu pendant le permis de transplanage.
− Pour des élèves de votre âge, on pourrait dire qu'elle se situe entre 800 et 1200.
Harry eut la nette certitude que l'épreuve de force était d'abord passée par la cité souterraine avant d'atterrir à Poudlard. Il ne voyait pas comment Lorca aurait pu établir cette moyenne, sinon, mais les résultats des élèves la confirmaient. Du haut de ses 1 160 « points », Rogue occupa la première place pendant un bon moment, Mulciber et Avery suivant. Très vite, ces deux derniers disparurent du podium au passage d'une belle Poufsouffle aux cheveux châtain foncé qui éjecta Avery et rétrograda Mulciber à la troisième place avant qu'il n'en soit totalement retiré par le score de Lucretia Mogg.
Les choses changèrent alors quand le tour d'Ana Moorehead arriva. Lançant un simple éclair de Stupéfixion, il fit bondir le poids du poteau au-delà des 1 300 points, sous le regard méprisant de Mulciber. Quel était son problème ? se demanda Harry, qui regarda Ash, devant lui, succéder à la belle Serdaigle.
− 1080 points, annonça Lorca. Suivant.
Harry s'avança. Il avait eu tout le temps de réfléchir au meilleur sortilège qu'il pourrait lancer.
− Expelliarmus !
Le poids sauta à nouveau en direction de la cloche, ralentit puis retomba.
− 1 165 points.
Seulement… songea-t-il en s'écartant. Rogue n'avait sûrement pas lancé son sortilège le plus puissant et il ne l'avait battu que de cinq misérables points avec celui qu'il maîtrisait le mieux. A quel point ses camarades étaient-ils doués ? Toutefois, le podium ne changea plus, « sacrant » Ana, Harry et Rogue comme vainqueurs de la première session.
Le plus dur était devant eux, cependant, et le nouveau Serpentard eut la nette impression que certains élèves n'étaient pas à l'aise avec les sortilèges informulés, certains fermant les yeux pour se concentrer, d'autres fixant un point invisible d'un œil à la fois féroce et résigné. Seule Vallys parut satisfaite que les étudiants passent à la deuxième session, les incantations ayant eu le désagrément de troubler son sommeil.
− Autant vous prévenir tout de suite, dit Lorca, les scores seront nettement plus bas.
Et la concentration de certains redoubla, alors que les élèves se replaçaient devant la structure. « Nettement plus bas » était un doux euphémisme, car les premiers scores atteignirent difficilement les 500 points. Cette fois, Ana Moorehead pulvérisa le record en cours, attribué à la séduisante Poufsouffle, mais elle perdit pas loin de la moitié des points qu'elle avait gagnés lors de la première session. Personne ne parvint à la détrôner, mais un nouveau podium était apparu lorsque Harry fit à la structure pour passer le test, mettant Ana, Rogue et Wilkes en tête.
Harry leva sa baguette magique vers la base du jeu et inspira profondément. C'était le moment d'établir la véracité sur une théorie qu'il avait imaginée en attendant que son tour vienne. Se concentrant, il mit quelques secondes à entrer en méditation, la présence des élèves s'estompant de sa perception, mais en s'efforçant de rester en partie connecté à la réalité. Des rires lui parvinrent en échos, certains de ses camarades se moquant apparemment du temps que lui prenait un sortilège informulé. Du coin de l'œil, il vit Lorca redresser légèrement la tête, l'air presque intéressé, et l'éclair de lumière rouge jaillit. Ejecté le long du poteau, le poids s'éleva et redescendit.
− 710 points.
Les rires et les sourires goguenards s'étranglèrent et se figèrent. Faire vingt points de moins qu'Ana semblait être un score qui encourageait à la discrétion. Se reconnectant totalement à la réalité, Harry s'écarta, remplacé par Berenis qui lui fit un très bref, quasi-imperceptible, clin d'œil. Bien qu'elle ne lui eût plus parlé depuis la visite des Berkelay, elle paraissait l'apprécier d'une façon ou d'une autre. Peut-être gardait-elle ses distances pour ne pas offrir à Mogg et à Gardner de trouver un prétexte pour s'en prendre à lui – ou de le tenir à distance pour ne commettre aucune erreur, pensa-t-il.
− Avant que vous ne lanciez votre sortilège, Miss Berkelay, je tiens à rappeler quelque chose, dit la Nehoryn. Je n'ai pas le souvenir d'avoir précisé qu'il s'agissait d'une épreuve de force et de vitesse. Vous avez parfaitement le droit de prendre votre temps pour vous concentrer.
Berenis et les élèves qui passeraient après elle parurent plus ou moins soulagés, comme si l'attente seule ne leur permettait pas de se concentrer complètement.
− Bien joué, dit Ash en lui donnant une tape amicale dans le dos, continue comme ça et tu te retrouveras dans la merde dès la fin de la matinée. Par contre, si tu es aussi doué en duel qu'à cet exercice, tu pourrais bien intéresser Ana. Qui sait ce que la fille la plus balèze de toute l'école penserait d'un garçon susceptible de rivaliser avec elle, après tout.
− Je doute que ce soit mon cas, dit Harry. J'ai encore du mal avec les informulés, en fait.
Lorsque la cloche sonna, les groupes intervertirent, les élèves ayant commencé par l'épreuve de force basculant du côté du stand de tir. Là encore, Ana Moorehead surpassait tous les autres, ne ratant jamais la moindre cannette, mais la Poufsouffle et Rogue n'étaient pas en reste, l'attirante jeune femme battant même le Serpentard à ce jeu. Harry ne participa pas vraiment, les sortilèges informulés étant apparemment au cœur de la compétition entre les deux maisons, mais il ne fut guère le seul : trois autres personnes se gardèrent bien de tenter leur chance à l'épreuve de précision.
A dix minutes de la fin du cours, Lorca interrompit le cours et ramena les élèves dans sa salle de classe, où ils s'assirent en commentant avec enthousiasme ces deux premières heures de défense contre les forces du Mal. A n'en pas douter, le nouveau professeur avait déjà conquis certains étudiants.
− Pour la semaine prochaine, annonça la Nehoryn, je veux que vous ayez amélioré vos sortilèges informulés. Je laisserai la salle où sont les jeux pour que vous puissiez vous entraîner, mais si jamais j'apprends que vous avez confondu un élève avec l'une des épreuves, je vous montrerai la différence entre le sort d'un étudiant et celui d'un professeur.
Bien qu'elle parlât de son habituelle voix neutre, quelques adolescents semblèrent percevoir une réelle menace.
− Vous pouvez partir, sauf Messieurs Potter – le nouveau –, Pettigrow, Deacon et Misses Macdonald et Hare, qui resteront devant la salle en attendant que je les appelle.
Des regards moqueurs fusèrent vers les élèves cités, tandis que tout le monde ramassait son sac et sortait en commentant de nouveau ses impressions sur le premier cours de Lorca. S'adossant contre un mur, Harry regarda ses camarades retenus qui se révélaient aussi silencieux que lui, comme s'ils n'avaient jamais noué la moindre cordialité. Queudver lui lançait des regards en biais, l'air aussi curieux que méfiant. Parce qu'il ressemblait à James ou parce qu'il était à Serpentard ? Il n'eut pas trop le temps d'y réfléchir, car Mary le rejoignit d'un bon pas.
− Pas trop déçu du fiasco de ta répartition ?
− Ne m'en parle pas, dit Harry d'un air sombre. A part Berkelay, mes camarades n'ont pas vraiment l'air décidé à ouvrir le contact. Et quand je vois que Slughorn n'est pas non plus rassuré de me savoir dans sa maison, je ne peux que m'inquiéter.
− C'est sûr, admit Mary d'un ton compatissant, mais ça ne doit pas t'empêcher de faire connaissance avec les autres élèves des autres maisons. Bon, ce ne sera pas évident au début, mais ça peut très vite déboucher sur une bonne entente.
− Miss Macdonald, appela Lorca en apparaissant à la porte de sa classe.
La cloche retentit bruyamment, stridente, alors que Mary s'empressait de rejoindre la Nehoryn, qui ferma le panneau pour s'assurer une totale intimité avec la Gryffondor. Deacon et Miss Hare, de Poufsouffle, refusaient d'ouvrir la bouche, de porter leur attention sur qui que ce soit, mais Pettigrow continuait à jeter des regards – cette fois, assez perplexes – à Harry. Sans nul doute était-il intrigué que le nouveau Serpentard et Mary puissent discuter aussi calmement ensemble, ou peut-être cherchait- il à deviner à quel moment tous deux s'étaient rencontrés. Harry refusa de réfléchir là-dessus plus longtemps, cependant, car il s'était attendu à ce que les Maraudeurs – plus que n'importe qui d'autre – s'interrogent sur lui.
Petit à petit, les élèves passèrent en entretien avec Lorca, tous ayant apparemment les deux dernières de la matinée de libre, puis vint enfin le tour de Harry, bon dernier, qui était bien déterminé à ce que sa conversation avec la Nehoryn lui apporte des arguments convaincants sur sa répartition à Serpentard.
− Pourquoi ? demanda-t-il dès qu'il fut assis.
− Vous savez aussi bien que moi pourquoi, vous avez entendu la chanson du Choixpeau magique, dit Lorca. Bien que nous ne soyons pas encore au complet, nous continuons à lutter contre l'Ennemi : vous avez votre propre ennemi à combattre pour le moment, mais ça ne signifie pas forcément que vous devez lui jeter des sortilèges. Affaiblissez-le, conquérez Poudlard. J'ai cru comprendre que vous aviez été un leader, non ? Le John Guard du futur avait parlé de cette « armée de Dumbledore » que vous aviez créée, de votre intrusion au ministère à la tête d'une bande d'étudiants. Vous avez le charisme d'un chef, même si vous n'en avez pas conscience ou le nier, et vous savez mieux que moi les élèves dont il faut se méfier et ceux en qui on peut faire confiance.
− Je ne peux pas faire en un an ce que j'ai fait en six ! fit remarquer Harry. Et combattre Voldemort depuis Poudlard aidera peut-être à l'affaiblir, en admettant que mes camarades actuels y soient disposés, mais il y a d'autres urgences.
− C'est-à-dire ?
− Il n'est pas entièrement mortel, il a séparé son âme en plusieurs morceaux qu'il a cachés dans des objets qui peuvent être cachés n'importe où, expliqua Harry. Si nous ne les détruisons pas, Voldemort trouvera toujours un moyen de revenir grâce à un Mangemort. J'en avais détruit un sans même le savoir et Dumbledore en avait détruit un autre, mais il nous en restait cinq, peut-être quatre, à dénicher. Je ne sais même pas combien il en a créé, à l'heure actuelle.
Lorca resta silencieuse, visiblement plongée dans d'intenses réflexions, puis elle attrapa un parchemin et écrivit une lettre à l'attention d'Alyphar. Tout au moins, Harry en devina le destinataire, car les symboles qu'elle traçait ne ressemblaient en rien à ceux que Prerian avait inscrits sur les comptes-rendus de leur réunion : ceux-là étaient plus ronds, plus fluides, peut-être un peu artistiques, même, et se succédaient verticalement. Dès qu'elle eut achevé sa missive, elle la tendit à Vallys.
− Donne ça à Ooghar, dit Lorca, contredisant l'intuition de Harry.
La darderan, réveillée depuis il ne savait quand, saisit le parchemin entre ses babines pour ne pas le perforer avec ses crocs, puis elle se volatilisa dans le plus grand silence.
− Vous aurez besoin d'un mage ou de Midori pour retrouver ces fragments d'âme, Ethan, mais il faut d'abord savoir à quoi ressemble l'empreinte magique de Voldemort. Ca ralentira nos opérations pour lutter contre Anteras, mais je pense que nous en avons déjà assez fait pour le moment.
− Pourquoi avez-vous protégé toutes les rentrées, d'ailleurs ?
− Pour tromper l'Ennemi. En intervenant partout en Europe, nous lui compliquons la tâche pour localiser notre cachette. Il faut cependant que nous écartions Midori des affrontements pour un temps : Anteras sait qu'il est un fléau pour ses armées, il risquerait de comprendre où nous avons élu domicile si cet imbécile intervient trop sur le sol britannique. Quoi qu'il en soit – et c'est la vraie raison pour laquelle je vous ai retenu –, c'est votre prestation pendant l'épreuve de force.
Harry lui lança un regard interrogateur, pas sûr de comprendre.
− Vous maîtrisez plutôt bien la méditation sans encens, mais elle a un impact au niveau de vos yeux, expliqua Lorca. Il est préférable que vous n'y ayez plus recours en présence de vos camarades, des questions pourraient germer dans leur esprit.
− C'est quoi, le problème des yeux ?
− Ils se transforment. Pas entièrement car vous avez réussi à garder un certain contact avec la réalité, mais j'imagine que la Pierre vous a réellement attribué certaines caractéristiques de Lathar, notamment ses yeux. J'ignore ce que contient le livre de Hipposcodius, mais on peut raisonnablement penser qu'il parle du Démon d'Alterion, peut-être même plus en détails qu'on le croirait. La couleur de votre regard ne soulève pas vraiment de question, mais s'il devenait démoniaque…
− Mais… dit Harry, quelque peu déconcerté. Je ne maîtrise pas encore les sortilèges informulés.
− Et vous croyez que ce n'est pas mon cas ? Ooghar vous l'a dit, il me semble : la baguette magique est un substitut. Si elle puise votre magie intérieure, il est forcément possible que votre magie intérieure puisse l'utiliser comme « transfert ». Je n'ai pas eu ce poste grâce à mes compétences en sorcellerie, je l'ai fait en comprenant que je pouvais utiliser ma baguette servirait à me faire passer pour une sorcière. A ce sujet, où en êtes-vous dans votre apprentissage ?
− Ma magie interne est stable, mais je n'ai pas encore réussi à la discipliner complètement. Elle forme une boule parfaite et réagit une fois sur trois quand j'essaye de la manipuler.
La Nehoryn ne répondit pas tout de suite, à nouveau songeuse malgré l'inexpressivité de son visage et de son regard.
− Continuez la méditation, dit-elle alors. Ne tentez aucun sortilège, nous ne savons pas encore quel impact la Pierre a sur la puissance de vos sorts. Samedi soir, vous me rejoindrez dans la Salle sur Demande. Nous vérifierons que votre magie a réussi à vous pardonner totalement, puis nous passerons au contrôle et au sortilège de Rejet. En attendant…
Elle ramassa un autre parchemin, cette fois déjà plein d'annotations en anglais.
− Il s'agit de plusieurs méthodes permettant de s'adapter rapidement aux sortilèges informulés. Tant que vous ne contrôlez pas votre magie, privilégiez-les.
Harry y jeta un rapide coup d'œil. La première méthode était exactement celle qu'il avait inconsciemment employée durant le mois d'août : s'il ne s'était pas souvenu d'avoir prononcé la moindre formule magique, c'était avant tout parce qu'il s'était toujours contenté des mêmes sortilèges, prenant sans même rendre compte l'habitude de les lancer sans ouvrir la bouche.
− Vous pouvez sortir, conclut Lorca.
Le nouveau Serpentard s'exécuta mais, arrivé à la porte, une main sur la poignée, il se ravisa.
− Que veut dire Batriga ?
Lorca arqua un sourcil, presque surprise par la question, et l'observa attentivement.
− Où avez-vous entendu ce mot ? interrogea-t-elle sans manifester de grand intérêt.
− Le Sorcier Extraordinaire l'a utilisé pour faire rentrer et sortir ses marchandises à travers le Chaudron baveur. Je trouvais que ça sonnait plutôt comme une magie de Mirvira ou de Lorgath, d'autant qu'il n'utilisait aucune baguette, mais il m'a fallu quelques jours après l'annonce de sa mort pour m'en souvenir…
− C'est une magie de Mirvira, confirma Lorca. Elle est propre au peuple des Glorithans, mais je n'ai pas souvenir que nous en ayons eu au sein de l'Alliance. A moins que cet homme n'ait réussi à franchir le portail en même temps que nous, alors ça ne peut qu'être un espion de l'Ennemi… et ça pose de sérieux problèmes.
− Pourquoi ?
− Les Glorithans et les Nehoryn étaient jadis un seul peuple, mais une guerre a éclaté entre les deux meilleurs candidats au poste de Régent Absolu… une sorte de ministre de la Magie, si vous préférez. L'un, Glorith, voulait que nous prenions toutes les terres possibles et imaginables pour étendre notre influence, alors que l'autre, Kathin, souhaitait quant à elle maintenir les accords signés avec les mages et les autres créatures magiques. Glorith perdit la vie en même temps que la guerre, mais il eut assez de fidèles pour fuir et perpétuer ses idéaux. Ils sont, en définitive, nos pires rivaux. « Glorithans » signifie « Armées de Glorith » dans un vieux dialecte, alors que Nehoryn veut dire « Restez droits ».
Harry prit le temps d'enregistrer l'histoire.
− Alors… le Sorcier Extraordinaire a trompé les Mangemorts et Goldsmith pour qu'on croie à sa mort… mais pourquoi de telles marchandises ? Qu'avait-il à y gagner en offrant des protections aux sorciers ?
− Plusieurs choses, sans doute. Non seulement il se renseignait sur la société britannique, pouvait également reconnaître un être magique de Mirvira se promenant sur le Chemin de Traverse et, plus que tout, détourner l'attention des créatures. Si elles sont extraordinaires pour protéger les sorciers, elles ne représentent rien face à une créature magique, non ? Et encore moins à l'armée de l'Ennemi…
− Alors, ce serait vraiment un espion d'Anteras ?
− Il est trop tôt pour le dire, mais l'Alliance va devoir redoubler de vigilance.
