− On devrait peut-être lui poser la question.
Remus fit la grimace, pas convaincu, alors que les Maraudeurs sortaient de leur dortoir pour descendre à la Grande Salle et redouter cette nouvelle journée : après un premier cours de défense contre les forces du Mal des plus appréciés et un autre, de deux heures de métamorphose, ils avaient déjà l'impression d'être ensevelis par les devoirs et craignaient quelque peu que les professeurs Slughorn et Flitwick, qu'ils avaient dans la journée, se montrent aussi implacables que le professeur McGonagall, dont le devoir était sans conteste plus chargé que celui réclamé par sa nouvelle collègue. Toutefois, il n'était cette fois-ci pas question des cours, mais de Mary : Peter leur avait révélé que celle-ci, la veille, avait entretenu une discussion très normale et cordiale avec le nouveau Potter.
Et James n'en était pas particulièrement ravi. Depuis que l'existence de ce « sosie » avait atteint ses oreilles, il n'avait subi que des contrariétés. Entre les regards menaçants de sa mère chaque fois qu'il abordait le sujet, la réprobation de son père qui l'accusait de faire une fixation malsaine sur le Serpentard et Remus qui ne cessait de l'encourager à ne rien précipiter sur une quelconque manigance, l'arrivée d'Ethan ne posait que des problèmes. Il ne l'accusait de rien, pourtant, ne le soupçonnait pas non plus de grand-chose : il voulait juste comprendre, savoir qui il était vraiment. Son père connaissait sur le bout des doigts la généalogie de leur famille, tout comme il affirmait qu'aucun de leurs ancêtres n'avait déménagé ou eu un fils à l'étranger – il y avait donc aiguille sous roche, et c'était pour cette raison que James voulait résoudre le « mystère Ethan Potter ».
− Tu viens de passer un an à améliorer ton image, dit Remus alors qu'ils traversaient la salle commune, ronde, chaleureuse, rouge, alors qu'ils se dirigeaient vers le trou circulaire aménagé dans le mur de la tour. Si tu te montres un peu trop… zélé, tu vas ruiner tous les efforts que tu as faits auprès de Lily comme des professeurs.
James réprima un grognement et s'engouffra par l'ouverture, suivi de Sirius, Remus et Peter. A son approche, le portrait de la Grosse Dame pivota à la manière d'une porte pour leur permettre d'accéder au couloir du septième étage.
− Je ne dis pas que je vais lui lancer un sortilège en pleine tête dès que Mary nous aura racontés comment elle le connaît, je veux juste savoir comment elle le connaît et pourquoi elle copine avec lui, dit-il.
− Et c'est justement là ton erreur, affirma Remus d'un ton grave. Tu oublies un peu trop vite la situation désagréable que tu as créée et dans laquelle, aujourd'hui, c'est Ethan qui se trouve.
− Lunard marque un point, dit Sirius. Même si c'était involontaire, bien sûr, c'est à présent lui qui risque de subir toutes les foudres des Serpentard. Je pense que nous devrions laisser de l'eau couler sous les ponts, Cornedrue. Tu imagines la réaction de Servilus et Mulcigerbe s'ils s'aperçoivent que nous commençons à discuter avec Ethan ?
− Ce n'est pas à lui que je veux parler, c'est à Mary !
− Encore mieux, répliqua Sirius, surtout quand on sait qu'elle est toujours avec Lily.
− Un point pour Patmol, approuva Remus. Elle commence tout juste par t'appeler par ton prénom, James, sois raisonnable. Tu as beau avoir progressé dans ton comportement, comme le prouve l'insigne de préfet-en-chef que tu portes, elle n'est pas encore prête à te croire assez modeste pour ne pas soupçonner une quelconque malveillance derrière ton… intérêt pour Ethan.
− Le mieux ne serait-il pas de parler avec Ash ?
− Merci, Peter ! s'exclama Sirius, ravi de cette idée. Ash est celui qui a le plus parlé avec lui, il en sait sûrement plus que Mary, non ? On a deux heures de trou avant les potions, non ? Pourquoi n'irait-on pas faire un tour par le local de La Gazette, après le petit déjeuner ?
James ne trouva rien à redire à cette proposition, notamment parce que Sirius et Remus avaient prononcé le mot magique : Lily, qui s'était avérée plutôt silencieuse lors de leur ronde nocturne de la veille. Que fallait-il qu'il fasse pour l'intéresser ? Il avait désespérément cherché des sujets de conversation, comme l'attaque de Poudlard Express, la première journée de cours et ses impressions sur le professeur Williams, mais elle s'était contentée de lui apporter des réponses simples. Il aurait essayé de la questionner sur Ethan Potter, mais la voix de Remus avait presque aussitôt résonné dans son esprit pour l'en dissuader – et même s'il rechignait à l'admettre, ses amis avaient parfaitement raison quand ils lui suggéraient de ne pas aborder « l'autre Potter » en présence de la belle rousse.
Descendant le Grand Escalier, ils atteignirent le hall d'entrée et le traversèrent en direction de la Grande Salle. Dès qu'il en eut franchi les portes, James parcourut rapidement la table de Serpentard pour y repérer le nouveau Potter, qui prenait le petit déjeuner tout seul en parcourant un manuel scolaire, son étrange serpent rouge sombre manquant à l'appel.
Ils s'installèrent à la table de Gryffondor et eurent à peine le temps de remplir leurs assiettes que le professeur McGonagall fit irruption derrière Remus et Peter, assis face à James et Sirius.
− Vous quatre, dit-elle, vous irez voir le professeur Dumbledore dans son bureau après le petit déjeuner.
− Hein ? s'étonnèrent-ils.
Mais le professeur McGonagall avait déjà tourné les talons pour retourner à sa table et, si elle les entendit, elle n'en montra absolument rien.
− Qu'est-ce qu'on a fait, cette fois ? dit Sirius, déconcerté. Et pourquoi dans son bureau ? Phineas va encore la ramener au moindre mot que je prononcerai !
− Tu n'auras qu'à ne rien dire, fit remarquer Remus. Pour ma part, je pense que Dumbledore souhaite nous voir pour notre nouveau préfet-en-chef, même si je ne comprends pas pourquoi Sirius, Peter et moi devrions y aller aussi… A moins qu'il ne veuille que nous te surveillions, James… Que tu le veuilles ou non, ajouta-t-il quand Cornedrue ouvrit la bouche, nous avons tous des qualités qui pourraient t'être utiles, même si nous n'en sommes pas vraiment conscients. Je suis à peu près sûr que le choix de Lily pour être la préfète-en-chef est motivé par ta nomination, même si elle mérite largement son insigne, mais elle a aussi un rôle à jouer pour que tu conserves le tien.
− T'aimer, t'épouser, te donner des enfants, etc., dit Sirius.
− Vive les profs de Poudlard !
Ils partirent à rire, mais s'interrompirent dès qu'ils remarquèrent les filles longer la table de Gryffondor. Elles s'arrêtèrent à quelques mètres d'eux, adressant un signe de main à Remus mais n'accordant aucune attention aux autres, sauf Mary qui eut un sourire pour James et Sirius. Peter, trop concentré sur son repas, ne parut même pas remarquer leur arrivée.
− Elle pourrait au moins me faire un signe, marmonna James.
− Ne sois pas naïf, dit Remus d'un ton léger. Tu sais parfaitement que, même si tu réussissais à plaire à Lily, seule Ninie te permettra de sortir avec elle. Elle a passé la journée d'hier à la « protéger » d'Ethan, malgré que Mary lui eût affirmé qu'il ne semblait guère intéressé par une romance avec notre rousse préférée.
− C'est parce qu'il ne la connaît pas, assura James.
− Lunard la connaît mieux que toi et n'en est pas amoureux, objecta Sirius.
− T'as décidé d'être chiant, aujourd'hui ?
− Un meilleur ami doit l'être une fois de temps en temps, non ?
Remus et Peter pouffèrent de rire. Les hiboux et les chouettes entrèrent dans la Grande Salle, couvrant les conversations en s'éparpillant au-dessus des tables. Le spectacle ne manqua pas de rappeler à James un détail, mais Queudver le détourna de sa pensée :
− Oho… Calamité en vue.
− Nom de… ! s'exclamèrent Sirius et Remus.
Ils se hâtèrent d'écarter les gobelets, les plats et les pichets pour aménager une grande piste d'atterrissage, sur laquelle vint se poser un gros hibou qui, ils ne surent trop comment, trébucha et s'affala de tout son long. Hochant la tête d'un air désabusé et las, Peter le releva aussitôt tandis que Remus débarrassait ses pattes rugueuses des quatre journaux qu'il apportait.
− Il faut vraiment que Walter arrête de nous envoyer ce hibou… dit Sirius.
− Tu parles ! dit James. Je suis sûr que ça l'amuse d'imaginer les catastrophes que ce piaf provoque chaque fois qu'il vient nous livre La Gazette du sorcier.
Walter Jameson, un ancien Poufsouffle qui avait quitté Poudlard deux ans auparavant, avait été l'un des grands fans de tout mauvais coup joué par les Maraudeurs, si bien qu'ils avaient fini par le remarquer et apprendre à le connaître, jusqu'à ce qu'il devienne l'un de leurs amis. Prédécesseur d'Ash à la rédaction du journal de l'école, il prenait un malin plaisir à leur envoyer « Calamité », comme ils appelaient le gros hibou, qui ne manquait pas de causer toutes sortes de dégâts lorsqu'ils manquaient de vigilance.
Déposant chacun trois Noises dans la bourse suspendue autour du cou de l'oiseau, ils le laissèrent repartir sans demander la moindre gorgée et déplièrent La Gazette du sorcier, dont la première page affichait une photo de Millicent Bagnold, sorcière dodue à l'air revêche et aux cheveux bouclés et clairs, s'étalant sous la manchette : POUDLARD AU SECOURS DE L'EUROPE : LES CREATURES MYSTERIEUSES IDENTIFIEES :
Deux jours après les rentrées mouvementées des élèves européens, qui auront fort heureusement été protégés par l'étrange et énigmatique communauté dont fait partie – visiblement – le samouraï intervenu lors de l'attaque de Beauxbâtons, voici des nouvelles qui devraient rassurer la société sorcière européenne. Alors que plusieurs écoles de sorcellerie ont reconnu ne pas avoir retrouvé le livre de Hipposcodius, dit « l'Affabulateur », Poudlard brille en fournissant le fameux ouvrage si recherché par la Confédération internationale des sorciers. A cette occasion, Millicent Bagnold, la directrice du département de la coopération magique internationale, nous reçoit dans son bureau :
« Il est vrai que Dumbledore nous a annoncés dans un premier temps que le livre ne se trouvait plus à la bibliothèque, sauf qu'il y était bien mais un élève semble avoir trouvé amusant de le cacher au-dessus d'une étagère, nous déclare-t-elle. Grâce à cet ouvrage, toutefois, nous avons pu faire plusieurs copies à adresser aux autres ministères européens qui ont évidemment chargé les Aurors de leurs pays respectifs de l'étudier, tout comme nous l'avons fait avec notre propre Bureau. »
Exceptionnellement en ce jour, Mrs Bagnold prend les rennes du ministère, le ministre Terry Hool et Bartemius Croupton, le directeur du département de la Justice magique, étant en grande réunion.
« Bien sûr que des tracts seront très prochainement publiés pour se défendre de ces créatures ! nous promet-elle. Tous les services administratifs du ministre de la Magie sont mobilisés pour en produire le plus possible dans les meilleurs délais. Les Aurors, en outre, ont recueilli assez de témoignages des professeurs ayant accompagné le Poudlard Express sur les créatures qui ont attaqué le train, et voici les conseils qu'ils adressent à tous les sorciers et toutes les sorcières de Grande-Bretagne : il ne faut en aucun cas essayer de fuir ces choses. Elles sont très rapides ! Tenez également vos distances, car leurs bonds sont impressionnants. De simples sortilèges comme le Stupefix fonctionnent si les vôtres sont assez puissants, mais privilégiez une cachette que ces créatures – très grandes et grosses, rappelons-le – ne pourront pas atteindre. »
Qu'en est-il de ce groupuscule qui est intervenu le jour de la rentrée à travers toute l'Europe, protégeant avec brio enfants et professeurs avant de se volatiliser sans laisser la moindre trace ?
« Dire qu'ils sont les bienvenus au ministère est encore trop tôt, même si nous hésitons vraiment à les y inviter. Je sais que beaucoup de concitoyens s'interrogent sur le lien entre cette communauté et ces monstres féroces, tout comme nous avons eu la preuve qu'ils n'étaient pas leurs alliés. Toutefois, la nature d'origine magique de ces individus pose un problème que nous avons bien entendu soumis à la Confédération internationale des sorciers. »
Ce problème étant que les sauveurs, en plus d'appartenir à un peuple encore non identifié, défient ouvertement les lois sur la restriction de l'usage de la magie chez les peuples partiellement humains ou non. La Confédération internationale aura un lourd choix à faire : abandonner les charges contre cette communauté, au risque de voir d'autres peuples se soulever, ou les condamner et s'attirer les foudres des personnes reconnaissantes pour les interventions salvatrices de ce groupuscule.
« De toute façon, nous ne savons même pas s'ils vraiment de notre côté, déclare Ryan Bigg, un employé du département de contrôle et de régulation des créatures magiques. Nous l'avons bien vu pendant l'attaque de Beauxbâtons : le samouraï n'en avait rien à faire de l'école puisqu'il en a détruit une aile. On dirait plutôt qu'il y a notre guerre contre les Mangemorts et la leur contre ces créatures. »
Une opinion vivement approuvée par nombre de nos lecteurs, mais il en est d'autres, notamment des parents d'élèves, que les propos de Mr Bigg ne satisfont pas :
« Je suis parfaitement d'accord pour dire qu'il semble y avoir deux guerres, reconnaît une mère, mais Mr Bigg critique un peu trop ce qu'il ne sait pas : mon fils m'a assuré que les deux hommes avaient le souci de protéger le train, car dès que l'un de ces monstres s'en approchait un peu trop, ils en faisaient une priorité. Et d'autres parents m'ont confirmé que leurs fils et leurs filles leur avaient raconté la même chose ! »
Alliée ou partie tierce ? La question divise, mais nous suivrons de très près la Confédération internationale pour connaître son verdict sur l'accueil que recevra cette communauté.
− C'est rassurant de savoir que si des créatures magiques sauvent ton gosse, elles seront quand même sanctionnées, grogna Sirius d'un ton méprisant.
− C'est le tragique destin des créatures magiques, dit Remus avec un pâle sourire. Toutefois, il faut reconnaître que Bigg a raison quand il parle de deux guerres, sauf qu'il y a un détail qui me chiffonne.
− Lequel ? demanda James.
− Comment cette guerre a pu s'étendre à toute l'Europe sans même s'annoncer ? Il a fallu deux ans à Voldemort pour avoir enfin le droit d'être considéré comme une véritable menace, il a eu besoin de lancer des attaques de plus en plus brutales pour se faire craindre… mais cette guerre, elle a éclaté d'un seul coup sans que personne ne se doute de quoi que ce soit. Et puis, il y a le fait qu'elle oppose des créatures magiques contre des créatures magiques…
Remus n'avait pas tort, songea James. Comment avait-elle pu se déclencher sans premières rixes ? Si le samouraï avait été capable de prévoir l'attaque sur Beauxbâtons, cela signifiait que sa communauté et les monstres se connaissaient. Il paraissait impossible, en tout cas, qu'il se promenait simplement dans les environs de l'école et qu'il avait remarqué l'assaut.
Ils n'en parlèrent plus, Remus faisant judicieusement remarquer que s'interroger ne leur apporterait aucune réponse, tandis que les élèves ayant cours commençaient à prendre la direction des salles de classe en emportant quelques toasts. James lança un regard vers la table des professeurs et vit que Dumbledore manquait à l'appel.
− A quel moment est-il parti ? s'étonna-t-il.
− Aucune idée, mais on devrait peut-être y aller, suggéra Sirius.
Ramassant leurs sacs, ils imitèrent les autres étudiants, James se retenant de lancer un coup d'œil à Lily, sentant nettement que Ninie ne le lâchait pas de son regard le plus méfiant. Retrouvant Remus et Peter en bout de table, Sirius et lui menèrent la marche vers les portes de la Grande Salle.
− J'espère qu'il ne va pas nous retenir trop longtemps, dit Peter, j'ai oublié mes gâteaux sur ma table de chevet.
− Tu n'as pas cours de la matinée, Queudver, répliqua Sirius d'un ton désabusé.
− Si, les sortilèges, lui rappela Remus.
− Ah, merde ! J'ai pris le livre des potions…
− Bien fait, ricana Peter.
James sourit et tous les quatre franchirent les portes et traversèrent le hall d'entrée. Ils aperçurent le nouveau Serpentard au sommet de l'escalier de marbre, continuant à parcourir son bouquin. Quelque chose, dans cette vision, le dérangea beaucoup, mais ce fut Sirius qui lui permit d'identifier le détail qui le gênait :
− Il compte s'aventurer dans les étages sans personne pour le guider ?
− Il faut dire qu'à part Ash et Mary, je ne crois pas que quelqu'un lui ait déjà parlé, dit Remus. Or, tous deux ont soins aux créatures magiques, alors…
Ils montèrent à leur tour les marches et virent Ethan qui dépassait le premier palier du Grand Escalier.
− J'espère qu'il ne va pas aussi chez Dumbledore, marmonna James.
Mais ce ne fut pas le cas, car lorsqu'ils atteignirent le deuxième palier, l'autre Potter poursuivait son ascension sans lâcher son manuel du regard. Où pouvait-il bien aller ? A la volière ? Certainement pas à un cours, ils avaient entendu dire qu'il était dans les mêmes classes que James, Sirius et Remus.
− Il doit aller à la bibliothèque, sûrement, dit Lunard alors qu'ils s'aventuraient dans le second étage.
− On pourrait peut-être récupérer la carte dans le bureau de Rusard, non ? proposa Peter que l'idée semblait terrifier.
− J'étais en train de penser à la même chose, avoua Sirius.
− Eh bien, vous pouvez arrêter de le faire, dit Remus. Non seulement parce que Rusard saura que c'est nous, mais James se ferait allumer si on découvrait que c'était vraiment nous. Et il est inutile de suivre Ethan, c'est juste un nouvel élève qui a des difficultés à se trouver des camarades pour le guider… ce qu'on peut comprendre, quand on regarde qui il y a Serpentard. On doit d'abord discuter avec Ash, non ?
James haussa simplement les épaules. Ils remontèrent bientôt le couloir au fond duquel se dressait l'hideuse statue cachant l'accès au bureau de Dumbledore.
− C'est quoi le… ? dit Peter.
− Pinces piquantes, récita James avant de se tourner vers ses amis : l'avantage d'être préfet-en-chef.
Sirius fit mine de vomir, mais Remus et Peter eurent un sourire. Reportant son attention sur la gargouille, James vit qu'elle s'était animée et s'écartait déjà d'un pas, laissant le mur se trouvant derrière elle coulisser. Un escalier en colimaçon jaillit du sol et s'éleva en cercles concentriques, escaladant la tour au sommet de laquelle était aménagé le bureau directorial.
− Bon, cette fois, on le fait : pour la première fois de notre scolarité, nous y allons pour ne pas nous faire réprimander ! dit Sirius d'un ton encourageant.
Les trois autres partirent de nouveau à rire mais s'interrompirent dès que les portes de chêne massif apparurent. James leva une main, saisit le heurtoir de cuivre et frappa trois fois.
− Entrez, dit la voix grave de Dumbledore.
Sirius poussa James d'un coup d'épaule et ouvrit le panneau avec un bref sourire victorieux. Depuis leur première année, le bureau circulaire n'avait jamais changé. Les mêmes portraits des prédécesseurs de Dumbledore étaient accrochés aux murs et regardèrent les visiteurs entrer. Derrière la porte, posé sur un perchoir d'or, Fumseck le phénix, rouge et or et somnolant, leur lança un rapide regard perle et repartit à s'endormir. Sur les longues tables alignées sous les fenêtres, les instruments d'argent bourdonnaient faiblement en crachant des panaches de fumée qui se dissipaient quelques centimètres plus haut. Assis derrière son bureau massif aux pieds en forme de griffes, Dumbledore les regarda par-dessus ses lunettes en demi-lune, ses yeux bleus leur donnant l'impression d'être transpercés jusqu'à l'âme.
− Asseyez-vous, messieurs, les invita-t-il en désignant les quatre chaises placées devant le bureau. Pour une fois, vous êtes ici pour ne pas vous faire réprimander, alors profitez-en.
Il adressa un clin d'œil à Sirius, qui réprima à grand-peine un sourire.
− En réalité, je souhaite aborder plusieurs sujets avec vous. J'espérais le faire hier après le dîner, mais j'ai reçu un message urgent du directeur de Beauxbâtons, donc… Pour commencer, je dois vous parler d'Ethan.
− Il est louche ? demanda aussitôt Peter.
Il sembla se ratatiner lorsque Dumbledore tourna son regard bleu électrique vers lui.
− Ce n'est pas inenvisageable, admit-il avec un léger sourire, mais j'en doute sincèrement. Toutefois, je ne vous ai pas fait venir pour débattre sur les soupçons qui pourraient peser sur lui : je tiens à ce que vous ne l'approchiez pas, quelle qu'en soit la raison. Il se retrouve déjà dans une situation très délicate en atterrissant à Serpentard, où ses camarades ne sont pas les plus sociables et amicaux, sans parler de sa ressemblance et de son nom qu'il a en commun avec vous, James. Si jamais il débutait une relation cordiale avec les troubles-paix de la décennie, les garçons de Serpentard pourraient très mal le prendre.
− Il sera dans leur collimateur même s'il fréquente Mogg ou Ana, monsieur, objecta Remus.
− Je me suis déjà entretenu avec Miss Berkelay à ce sujet, confia Dumbledore, en lui demandant de garder Ethan assez loin de ses amies pour que les soupirants de Miss Mogg ne le prennent pas en chasse. Quant à Miss Moorehead, vous savez mieux que moi qu'elle se méfie des garçons. Elle est également trop intelligente pour savoir que devenir amie avec Ethan, si l'envie lui prenait, lui attirerait irrémédiablement de sérieux problèmes avec Mr Mulciber. Quelle que soit votre opinion sur lui, nous devons attendre qu'il ait fait ses preuves pour savoir s'il saura se défendre des menaces représentées par les élèves.
Les Maraudeurs hochèrent la tête, répondant favorablement à la requête de Dumbledore.
− Ce sujet clos, passons au suivant : votre nomination, James. Je sais que vous avez conscience que votre insigne est moins en sécurité que celui de Lily. Nous avons souhaité vous féliciter et vous encourager à poursuivre votre… quête de maturité, si je puis dire. Vos progrès comportementaux de l'année dernière n'ont échappé à personne et c'est pourquoi nous avons choisi de vous décerner l'insigne de préfet-en-chef. Mais ne vous y trompez pas : si vous retombez dans vos travers, vous perdrez le badge.
− Je n'ai pas l'intention de le perdre, assura James.
− J'en étais sûr, dit Dumbledore avec un sourire, et c'est la raison pour laquelle je vous ai convoqués tous les quatre. Votre complicité et vos qualités personnelles pourraient être très utiles à James. Même si une partie des têtes-brûlées sauront garder une attitude correcte maintenant que Lily et vous êtes la préfète et le préfet-en-chef, la menace de vous faire attaquer n'en est pas pour autant étouffée. Pour cela, Sirius se chargera de couvrir vos arrières dans la journée. Remus, pour votre part, êtes un ancien préfet et le plus calme de votre petit groupe : je vous demanderai d'intervenir si James commence à perdre le contrôle de son sang-froid ou s'il est exposé à une situation complexe à démêler.
− Aucun souci, assura Remus.
− Quant à vous, Peter, vous avez une qualité assez curieuse et pratique, bien que peu flatteuse : rares sont les élèves à avoir de la considération pour vous. C'est vexant, je ne le nie pas, mais dans le cas actuel, c'est un atout considérable, car vous êtes en mesure de passer inaperçu et d'entendre ce que James, Sirius et Remus ne sauraient entendre, comme une agression qui se préparerait ou qui s'est déjà produite et dont les coupables n'ont pas été retrouvés. Si vous pouviez communiquer des indices et les transmettre à James, nous pourrions épargner des désagréments aux cibles et confondre les agresseurs.
Peter se redressa, à la fois surpris et réjoui d'avoir un vrai rôle à jouer dans la bande.
− Et Rogue, professeur ? demanda Sirius.
− J'ai l'intention de le convoquer cet après-midi, confia Dumbledore. J'ai longuement parlé avec le professeur Williams de votre guerre interminable et nous avons trouvé une potentielle solution… tout au moins, nous espérons qu'elle sera utile. Elle vous expliquera elle-même les détails mais, pour faire simple, nous misons sur un affrontement entre vous, James, et Severus d'une manière plus mature et respectable. Quant à Severus, j'ai revu les arguments que je lui avais exprimés par le passé. S'il les comprend, je ne doute pas qu'il vous laissera tranquille pendant un moment.
James réprima à grand-peine un reniflement sceptique.
− Quant à vous quatre, je vous interdis d'ouvrir les hostilités avec lui. Vous êtes préfet-en-chef, James, je ne peux pas vous garantir qu'une faute des trois autres ne vous retombera dessus. Compris ?
Les Maraudeurs opinèrent.
− Vous pouvez sortir, donc.
Les quatre amis se levèrent, saluèrent le directeur et prirent le chemin de la double porte, mais Remus ralentit brusquement et se retourna vers Dumbledore, un pli entre les sourcils.
− Monsieur, est-ce que le professeur Williams a pu étudier le livre de Hipposcodius ?
La question suscita vivement l'intérêt des trois autres.
− Nous avons nous-mêmes fait plusieurs copies de ce livre avant de le transmettre au ministère, révéla Dumbledore. Toutes ces créatures ne sont pas sensibles qu'à la défense contre les forces du Mal, mais également aux sortilèges, aux potions et à la métamorphose. Tous les professeurs travaillent à vous fournir un cours sur les sortilèges nécessaires pour vous protéger.
Remus hocha la tête et reprit sa route, imité par ses amis. Sortant du bureau directorial, ils se laissèrent descendre jusqu'au couloir sans parler et passèrent la gargouille, qui s'ouvrit à leur approche et se referma derrière eux.
− Des créatures sensibles aux potions… répéta Sirius. On va faire quoi ? Se promener avec des ceintures pleines de fioles ?
− Ou des sacs à dos, ironisa James.
− Nous sommes des sorciers, non ? dit Remus. Les sortilèges d'Apparition ne fournissent-ils pas tout ce dont nous aurions besoin si on sait où trouver ces ressources ?
− On a déjà étudié les sortilèges d'Apparition ? s'étonna Sirius.
− Pas encore, mais j'ai pris de l'avance.
James consulta rapidement sa montre.
− Il nous reste une heure et demie avant que le début du cours de sortilèges, indiqua-t-il. On aurait dû rester dans le bureau de Dumbledore et lui poser des questions sur d'éventuels aspirants Mangemorts parmi les élèves français !
− Parce que tu crois qu'il nous aurait répondu ? dit Peter, surpris.
− Peu probable, admit Remus, mais nous étions d'accord, hier soir, pour dire que Dumbledore était conscient qu'il y aurait un risque. Nous n'aurions rien gagné à lui poser la question, sinon de nous montrer un peu trop curieux. Quant à tuer le temps avant le cours de sortilèges, Sirius pourrait aller chercher son livre de sortilèges et Peter, ses gâteaux.
− J'avais oublié ! s'exclama Patmol.
− Rejoignez-nous au local de La Gazette du Sanglier, dit James. Même si Ash est en cours, il y aura peut-être quelqu'un de présent pour nous renseigner sur Ethan.
Se séparant dès qu'ils atteignirent le Grand Escalier, James et Remus le descendirent pendant que Sirius et Peter filaient au septième étage pour récupérer, dans leur dortoir, leurs affaires oubliées. Cornedrue sentit Lunard lui lancer quelques regards à la dérobée, comme si une pensée le travaillait et qu'il hésitait à l'exprimer, mais le loup-garou finit par se jeter à l'eau :
− Tu ne crois quand même pas que c'est un piège ?
− Pourquoi pensez-vous que je le soupçonne de quelque chose ? grogna James d'un ton irrité.
− Hm… Laisse-moi réfléchir… « Il est louche », « Ce n'est pas normal qu'il existe », « Pourquoi il a attendu tant de temps pour venir en Grande-Bretagne ? », « Qu'est-ce qu'un vrai Potter ferait à Serpentard ?! »…
− Ca va, ça va ! D'accord, je vais un peu loin, mais avoue que c'est bizarre, Lunard ! Ce mec déboule, Beauxbâtons se fait attaquer à peine un mois plus tard, il a un livre que les écoles de sorcellerie n'ont plus… Tu ne trouves pas que ça fait trop de coïncidences ? Je ne dis pas que c'est un Mangemort, juste qu'il y a trop de mystères autour de lui. Et puis, qui viendrait dans le pays le plus dangereux du monde pour y faire sa dernière année ?
− Peut-être parce qu'il veut devenir Auror, dit une voix goguenarde.
James et Remus se retournèrent sur Ana Moorehead, qui semblait avoir jailli du premier étage et écouté une certaine partie de leur conversation. Son opulente poitrine rebondissant à chaque marche qu'elle descendait, elle les rejoignit en fixant James d'un air rusé.
− Pour quelqu'un qui n'a plus de cousin, j'aurais pensé que tu te montrerais un peu plus enthousiaste d'apprendre que tu en avais peut-être encore un, finalement, dit-elle. Au lieu de ça, tu t'en méfies. Je te ferai remarquer que si seul Kenny se permet de traîner avec lui en public, c'est de ta faute. Tu n'aurais pas été la brute épaisse d'autrefois, il serait sûrement plus entouré – et contrairement à toi, même s'il a été turbulent, il n'a jamais été un petit prétentieux malmenant ses camarades sous prétexte de ne pas les apprécier.
− Ash vous en a donc parlé, remarqua James.
− Tu penses bien ! dit Moorehead en s'asseyant sur une marche. J'en sais peut-être même plus que Kenny grâce à ma sœur, mon père et ma mère, en fait.
La curiosité des deux Maraudeurs fut immédiatement piquée. Si les parents de Moorehead étaient des Aurors, sa sœur Lea travaillait quant à elle au département de la coopération magique internationale – en d'autres termes, le premier service à être entré en possession du dossier du nouveau Serpentard. Toutefois…
− Les Aurors s'intéressent à lui ? demanda Remus.
− Ils l'ont fait pendant un moment après que son dossier ait été validé, notamment parce qu'il est rare que le ministère de la Magie offre la nationalité britannique depuis le début de la guerre. Et puis c'est la crise, au Bureau des Aurors, car les recrues sont de plus en plus difficiles à garder quand elles sont en formation… Quoi qu'il en soit, un homme de mon père a espionné son manoir jusqu'à ce que les Berkelay viennent lui rendre visite, puis il a été questionné le père sur ses impressions : garçon honnête, humble, rien à redire. Ma mère s'est alors chargée de guetter l'arrivée d'un Mangemort.
− Quoi ? s'étonna James.
La splendide Serdaigle eut un sourire narquois.
− Tu ne le savais pas, ça, hein ? Un type suspect s'est présenté pendant plusieurs jours au manoir d'Ethan, mais celui-ci n'a jamais répondu. Il faut dire que le père de Berkelay l'avait prévenu qu'il recevrait cette visite. Elle a épié les allées et venues de cet homme pendant quelques jours, jusqu'à pouvoir fournir un portrait-robot fidèle au département de la coopération, qui a contacté tous les ministères pour l'identifier. Jackpot ! On sait comment il s'appelle, mais il n'a toujours pas été attrapé. Pour ce qui est d'Ethan, l'affaire a été classée : s'il réussit ses Aspic, il sera le bienvenu.
− Et s'il avait reçu le type suspect quand l'observation s'est arrêtée ?
Remus lança un regard d'avertissement à James, mais il l'ignora.
− Ce n'est pas impossible, admit Moorehead d'un ton dégagé, mais penses-tu réellement que Mulciber et les autres seraient aussi distants avec lui ? Les Mangemorts ne rencontrent pas des sorciers scolarisés pour leur vendre des t-shirts, des mugs ou des casquettes avec la tête de Voldemort imprimée dessus : ils le font pour les encourager à aider les Mangemorts et les idiots comme la bande de Mulciber.
− C'est peut-être une ruse !
La Serdaigle l'observa attentivement, inexpressive.
− Ne disais-tu pas que tu ne le considérais « pas comme un Mangemort » ? interrogea-t-elle en arquant un sourcil hautain.
− C'est le cas…
− Je te demande pardon ? coupa Moorehead. N'as-tu pas dit, il y a quelques instants, qu'Ethan avait peut-être rencontré un Mangemort quand la surveillance des Aurors autour de son manoir s'est arrêtée ?
James serra les dents. Il avait toujours détesté les échanges avec la Serdaigle, qui avait été formée par ses parents à penser comme un Auror bien avant son entrée à Poudlard. Elle avait la désagréable manie de trouver une faille dans les arguments et les défenses de ses interlocuteurs, et ce bien avant que ceux-ci ne se rendent compte de leurs bourdes.
− Bref, dit-elle en se relevant, même si je reconnais que ce nouveau Potter est bien mystérieux, nous sommes au moins six à le trouver sympathique, dont Lily chérie.
− Il a parlé à Lily ?!
− Elle a le droit de discuter avec qui elle veut. Tu as déjà provoqué la ruine de son amitié avec Rogue, Potter, et ce par pur égoïsme et arrogance. Je lui ai suggéré de ne pas chercher à parler à Ethan avant un petit moment pour que Rogue ne soit pas disposé à l'agresser par jalousie, envie ou je-ne-sais-quoi, mais s'ils se lient d'amitié le moment venu et que tu cherches à être le gros con que tu étais lors de nos cinq premières années…
Elle laissa sa phrase en suspend, le temps d'adresser un regard mauvais à James, puis reprit :
− … je te fais regretter le jour où tu es venu au monde, conclut-elle.
