Harry entra dans la Grande Salle et jeta un regard le long de sa table, mais Alexa n'y était pas assise. Bresch n'avait pas du tout exagéré en décrivant la Brigade de la Mort comme « une bande de cinglés », car la belle jeune femme n'avait eu de cesse de le déconcerter par ses étranges délires. Quand il lui avait demandé pourquoi elle n'arrêtait pas de lui lancer des regards en coin, elle l'avait aussitôt félicité pour être devenu le nouveau membre de la Brigade et l'avait nommé « Chouchou de la Mort » en même temps que « Deuxième amoureux potentiel de la Mort », ce dernier titre lui offrant certains privilèges vis-à-vis de la splendide blonde, notamment le fait de pouvoir lui demander de quelle couleur étaient ses vêtements, de connaître l'heure à laquelle elle irait prendre un bain et d'obtenir un baiser matin et soir. Après avoir connu Luna Lovegood, il avait douté avoir la chance de rencontrer quelqu'un d'aussi étonnant, mais Alexa s'inscrivait d'ores et déjà comme l'une des personnalités les plus singulières qu'il ait jamais rencontrées. Toutefois, il était content, car il possédait maintenant un contact amical parmi les Serpentard, même si son enthousiasme de cette amitié naissante avait été quelque peu refroidi par la démonstration brutale de la Reine sur Mulciber.

− Bisou du matin !

Sautant sur le dos de Harry, Alexa referma ses bras et ses jambes sur lui et déposa un gros baiser affectueux sur sa joue. Un élan de jalousie et d'envie sembla parcourir les tables, mais il n'y prêta aucune attention.

− On dirait que tu as bien dormi, commenta-t-il alors qu'elle redescendait.

− Comme un loir, approuva la française d'un ton joyeux. Allons nous asseoir à la table de Gryffondor, je dois soumettre les noms des éventuels compagnons de la Mort à Leo, l'embêter et te le présenter.

Harry n'était pas très emballé à l'idée de défier l'antipathie que les Gryffondor portaient aux Serpentard, s'attendant à voir quelques élèves s'indigner de la présence d'« ennemis » à leur table, mais Alexa l'entraînait déjà à sa suite. Silver ne semblait pas être encore descendu, mais ils s'installèrent malgré tout à l'écart des autres.

− Hé ! lança aussitôt un sixième année, scandalisé. Les Serpentard n'ont pas à…

Il y eut un craquement sonore et la chaise du jeune homme s'effondra sous son poids, les pieds brisés, alors qu'il se cognait le menton contre le bord de la table. Quelques Poufsouffle – et même certains de ses amis – ricanèrent sans méchanceté. L'air furieux et soupçonneux, il lança un regard alentour, à la recherche du coupable de ce sale tour, mais ne soupçonna ni Harry ni Alexa, qui n'avaient même pas sorti leurs baguettes. Le nouveau Potter, toutefois, avait la nette impression que la Reine de la Mort était derrière la chute du sixième année, même s'il ne comprenait pas comment elle avait fait.

− Tu as donc parlé avec les filles, dit-il.

Comment aurait-elle pu établir sa liste de potentielles recrues, sinon ?

− Pas beaucoup, le voyage m'avait fatiguée, mais elles sont sympathiques.

− Même Mogg ? Ca fait une semaine qu'on est là et je n'ai toujours pas entendu sa voix…

− C'est pour ne pas attirer inutilement l'attention sur elle, expliqua Alexa. Apparemment, chaque fois qu'elle parle, tout un tas de mecs essaye d'entendre ce qu'elle raconte. Et si c'est à eux qu'elle parle, elle leur attire soit des ennuis, soit ils pensent qu'ils ont une touche. Ana Moorehead a le même problème, d'après Berenis, mais à l'inverse de Lucretia, elle se montre plus ou moins froide et antipathique pour que les garçons à qui elle s'adresse ne se fassent pas d'illusions.

Harry songea que Mogg était finalement plus bienveillante que son mutisme glacial et ses airs froids ne le laissaient croire.

− D'ailleurs, qui est Ana Moorehead ?

Surpris, il mit quelques secondes à enregistrer la question et pivota sur sa chaise, tordant le cou pour apercevoir la table des Serdaigle alors que les Poufsouffle le gênaient dans son inspection. Il repéra Ana en compagnie de Joanna Muller et de Latifa Yenes, une jeune femme basanée aux grands yeux noirs encadrés de longs cils.

− Celle assise en face de Joanna, indiqua-t-il.

Alexa se leva à moitié et haussa les sourcils.

− Waaaaaah ! s'exclama-t-elle, impressionnée. Si Berenis a raison quand elle dit que cette fille est aussi talentueuse que sa poitrine est grosse, elle doit être vachement forte ! Mais je ne pense pas que ce soit elle que Leo appelle la Beauté de la Mort, elle n'est pas vraiment son genre…

− Il connaissait une élève de Poudlard avant de venir ici ?

− Il l'a rencontrée l'année dernière, mais cet imbécile prétendait ne plus souvenir de son visage le lendemain même de son coup de cœur pour elle, dit Alexa d'un air désabusé. Au début, j'ai pensé que c'était Lucretia, mais elle m'a affirmée qu'Ana Moorehead, Cassie Lindon et Lily Evans étaient aussi ou plus belles qu'elle… De toute façon, je l'identifierai si elle se coiffe de la Broche de la Mort.

Il fallut quelques instants à Harry pour réaliser ce que la superbe française venait de révéler. La Broche ? Il avait entendu la brève conversation entre Lupin et Guard, dans la cuisine des Dursley, et savaient que la broche de sa mère lui avait été offerte par un « français un peu bizarre » durant l'été précédant la sixième année de Lily… Silver ? Silver avait transmis la Pierre de Pouvoir à la belle rousse ?!

Il n'en dit rien : il n'était pas censé savoir que la broche que portait Leonie la veille appartenait en fait à Lily, d'autant que celle-ci et ses amies apparurent à ce moment, le petit bout de femme de Gryffondor tenant la main d'Aurelia, une peluche de chèvre sous l'autre bras, l'air aussi enfantin et ensommeillé que chaque matin. A la vue de Harry, toutefois, elle se réveilla en sursautant et s'empressa de pousser la préfète-en-chef du côté d'Alexa pour que la belle rousse ne se retrouve pas assise trop près du nouveau Potter, qu'elle fixa d'un air ouvertement soupçonneux, l'accusant visiblement de chercher à se rapprocher de Lily. L'air rieur, cette dernière s'assit à côté de la superbe française.

− Vous cherchez à provoquer un scandale en vous asseyant à la table adverse ? demanda-t-elle.

− On attend Leo, répondit Alexa en la détaillant avec un grand intérêt.

Elle semblait l'avoir identifiée comme la Beauté de la Mort.

− Tu l'as déjà rencontré, l'année dernière, non ?

− Oui, reconnut la préfète-en-chef en souriant. Ca a été très bref, mais assez marquant.

− Cool ! se réjouit Alexa. On est maintenant quatre ! Si on recrute Ana Moorehead, la Brigade sera au complet !

− De quoi tu parles ? C'est toi et Silver qui faîtes partie de cette brigade ? s'étonna Mary.

− Avec Ethan et, maintenant, Lily.

− C'aurait été avec plaisir, mais j'ai déjà des responsabilités en tant que préfète-en-chef. Mais vous trouverez facilement de nouvelles recrues. Pas James, qui est préfet-en-chef, mais Sirius, Cassie, Ana, Mogg pourraient très bien faire l'affaire.

− Et moi ? ronchonna Leonie avec une moue boudeuse.

C'était la première fois que Harry l'entendait parler, réalisa-t-il. A l'instar de son visage de jeune femme-enfant, sa voix ne cachait rien de sa personnalité de fillette trop vite grandie.

Alexa, qui semblait ne pas avoir encore remarqué l'étonnante innocence enfantine peinte sur le visage de la petite brune, la scruta avec une avidité un peu folle. L'air méfiant, Leonie s'empressa de rapprocher sa chaise de celle de Lily, serrant contre elle sa peluche, croyant visiblement que c'était sa petite chèvre immaculée qui intéressait la française.

− C'est hors de question, protesta Aurelia d'un ton distrait. On ne va sûrement pas donner un prétexte aux élèves de te jeter des sortilèges dessus parce que tu dois les interpeller.

Leonie se renfrogna à la manière d'une petite fille qui n'aurait pas obtenu son jouet préféré. Elle eut très vite un autre sujet en tête que l'interdiction de participer à la Brigade, car l'autre chaise, à côté d'Alexa, recula. L'œil vitreux, d'un bleu brillant comme les plumes d'un paon, Silver se laissa tomber en frottant ses cheveux noirs mal coiffés, l'air douloureux.

− Bisou du matin ! répéta Alexa avec enthousiasme.

Le nouveau Gryffondor grogna, visiblement agressé par le volume sonore de la Grande Salle et du ton joyeux de son amie, mais il se laissa recevoir un baiser tout aussi joyeux que celui que la française avait gratifié à Harry.

− Encore la gueule de bois ? ricana-t-elle en s'écartant. Tu pourrais m'inviter à boire avec toi, ça déraperait et on ferait ça, ça et ça toute la nuit !

Bêrk ! dit Leonie avec un frisson.

A l'évidence, son étrange personnalité ne l'empêchait pas de comprendre les allusions situées sous la ceinture.

− Tu aurais pu nous parler, hier soir, tu sais ? lança Aurelia.

Silver lui lança un coup d'œil indifférent et injecté de sang tout en fouillant dans les plis de sa robe de sorcier bleue. Tirant une première flasque argentée, il la déboucha, renifla le contenu puis remplit son gobelet d'un liquide laiteux en répondant :

− Bresch n'aime pas que je parle aux gens quand je suis contrarié.

Son accent français était à peine audible, mais sa voix rappela singulièrement quelque chose à Harry, en moins chaleureuse et énergique, mais il était incapable d'y associer un visage.

− Ni quand t'as la gueule de bois !

Avec une tape derrière le crâne de Silver, Bresch apparut derrière le jeune homme pour prendre son gobelet afin de vérifier la nature de son contenu. Apparemment, ça n'était rien d'indésirable, car il rendit le verre à son propriétaire, qui engloutit son breuvage d'une traite. Parcouru d'un violent frisson, grimaçant d'un air dégoûté, il eut soudainement l'air aussi frais que tous les autres, le blanc de ses yeux débarrassé des veinures écarlates et le regard plus net, plus vif.

− Bonjour à tous et désolé du dérangement, dit le directeur de Beauxbâtons en se penchant entre ses deux élèves pour ne pas parler trop fort, mais il y a quelques petites choses que je dois dire à ces deux-là. Tout d'abord, ce qui est arrivé à Marius Mulciber…

− Il n'avait qu'à pas m'embêter, l'interrompit Silver d'un ton désinvolte.

− Ce n'est pas toi qui l'as attaqué, abruti… Je vous ai prévenus que Poudlard n'était pas Beauxbâtons, les professeurs n'ont pas la même tolérance qu'en France et même si Albus vous confie l'ordre de l'école, ça ne vous donne pas tous les droits. En tant qu'invités, nous sommes tenus de respecter les règles locales. Ce que tu as fait à ce garçon, Alexa, aurait pu être un motif de renvoi. A partir de maintenant, tu te limites à des sortilèges scolaires, compris ?

− Cinq sur cinq, assura Alexa.

Bresch lança un regard perçant aux autres septième année assis autour, s'attardant sur Lily.

− Vous êtes la préfète-en-chef, c'est ça ?

− Oui, monsieur.

− La Beauté de la Mort, précisa Alexa.

− Ah ? Je croyais que tu n'aimais que les brunes ?!

− Seulement en France, dit Silver.

Bresch roula des yeux, exaspéré, et reporta son attention sur la belle rousse.

− Votre homologue et vous êtes conviés à la réunion organisée par Albus pour expliquer la coopération entre la Brigade et vous deux, annonça-t-il. Elle se déroulera dans son bureau après le petit déjeuner.

− D'accord, dit Lily, un peu surprise par l'invitation.

− Et si vous pouviez aussi surveiller ces deux-là, au cas où il se passerait quelque chose avant la réunion… Quant à Ethan, je ne pense pas que votre présence soit nécessaire, Leo et Alexa se chargeront de vous transmettre les consignes, mais évitez de crier sur tous les toits que vous faîtes partie de la Brigade, pour le moment… Et ne vous laissez pas pervertir par ces idiots, c'est déjà assez difficile comme ça de gérer deux cinglés, alors un troisième…

− J'y tâcherai, monsieur, promit Harry en souriant.

− En ce qui concerne la Brigade, poursuivit Bresch à l'attention d'Alexa et de Leo, je préférerais que vous la reformiez très vite. Vos nouveaux professeurs m'ont dit que certains élèves étaient assez orgueilleux et provocateurs pour vous défier, alors faîtes en sorte de constituer une équipe rapidement. Et Leo, appelle Firagan s'il n'est toujours pas revenu ce midi.

Il s'éloigna, regagnant la table des professeurs où il s'assit à côté de Dumbledore.

− Il a l'air pas mal, ce directeur, commenta Mary.

− Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Mulciber ? interrogea Aurelia au même moment.

− Il a défié la Brigade, répondit Alexa avec insouciance.

Dans un battement d'ailes sonore, les hiboux et les chouettes s'engouffrèrent dans la Grande Salle et se dispersèrent. Harry vit Hedwige, Vallys sur le dos, fondre vers lui et se poser à côté de son gobelet, inclinant une aile pour que la darderan puisse rejoindre la table et se faufiler dans la manche de Harry, piquant d'un coup de langue fourchu un morceau de lard au passage, puis s'enrouler autour de son cou pour s'y endormir presque aussitôt.

Repliant ses jambes sous elle, Leonie se pencha en tendant la main pour caresser les plumes de la chouette des neiges, l'air fasciné par leur blancheur immaculée. Harry vit Lily, Aurelia et Mary échanger des regards entendus : à l'évidence, le cadeau de Noël ou d'anniversaire du petit bout de femme était déjà trouvé. S'intéressant à La Gazette du sorcier, il jeta un bref coup d'œil à la une, mais on n'y parlait ni de Voldemort, ni des créatures d'Anteras.

− Bresch a raison, ce serait bien que Firagan revienne vite, dit Alexa. Louise doit m'envoyer une lettre.

− Louise… Elle fait aussi partie de la Brigade ? demanda Lily.

− Les Mains de la Mort, dit solennellement la française. Elle peut tout faire avec, et ses massages sont divins !

− Pourquoi ne sont-ils pas venus à Poudlard, les autres ?

− Bresch a demandé à ce que nous nous séparions. Les adeptes de magie noire étant presque tous partis à Durmstrang, il ne voulait pas les laisser sans surveillance, alors René, Louise et Pierre ont accompagné le prof' Martinez là-bas.

− Presque tous ? répéta Aurelia. Tu parles de Beauchesne ou il y en a d'autres ?

− Y a Leo, mais lui n'utilise la magie noire que pour massacrer ses repas quand il n'est pas motivé à prendre ses couverts.

Les filles de Gryffondor fixèrent Silver, déconcertées. Visiblement, et malgré que Lily les eût prévenues qu'il était spécial, aucune des quatre jeunes femmes ne s'attendait à ce qu'il le soit à ce point-là, pas même la préfète-en-chef.

− Mais au fait ! dit Alexa en se souvenant subitement de quelque chose. Qui est qui ?

− Hein ? Ah, oui… Je te présente Aurelia Andrews, Mary Macdonald, notre Leonie « Ninie » Cordell chérie et je suis Lily Evans. Chez les garçons, il y a James Potter, Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow, mais ils sont sûrement en train de faire la grasse matinée.

Leonie sourit de toutes ses dents en s'entendant appelée « chérie », mais elle ne se manifesta plus vraiment, sauf pour faire une dernière caresse à Hedwige juste avant que celle-ci ne parte pour la volière et pour demander à Lily de lui couper son lard un peu trop résistant à son goût. Plus discret encore, Silver ne parla plus, et Harry eut la certitude qu'il ne supportait toujours pas d'avoir été envoyé à Gryffondor, malgré son « subterfuge » de la veille : Alexa, en effet, lui avait expliqué que le masque de Voldemort qu'il portait lors de la Répartition était censé lui offrir toutes les chances d'atterrir à Serpentard.

A la fin du petit déjeuner, Alexa, Silver et Lily prirent la direction du bureau de Dumbledore, les filles de Gryffondor filant à leur tour pour terminer leurs devoirs et prévenir James qu'il était également attendu par le directeur. Se retrouvant seul mais bien plus épanoui que depuis la rentrée, Harry monta au septième étage. Comme annoncé à Lorca, il prévoyait de rattraper le retard de son apprentissage pendant le week-end, même s'il risquait d'être quelque peu occupé par la Brigade dès que celle-ci prendrait concrètement ses fonctions. A quoi cela ressemblerait-il ? Auraient-ils un local comme La Gazette du Sanglier afin d'y stocker les enquêtes en cours ou terminées ? Ou bien interviendraient-ils spontanément ? Il songea qu'il aurait mieux fait de poser ces questions à Alexa lors du banquet, la veille, mais il aurait le temps d'en connaître les réponses en temps voulu.

Les écartant de son esprit, il atteignit le couloir de Barnabas le Follet et s'étonna d'y trouver Lorca, adossée contre un mur, qui avait parfaitement deviné quelle serait sa destination.

− Nous ne devions pas nous retrouver ce soir ? demanda-t-il.

− Votre nouvelle amitié avec Miss Fellini n'est pas une mauvaise chose, mais elle remarquerait que vous disparaissez de la salle commune de Serpentard et se lancerait à votre recherche, expliqua Lorca. En outre, votre intégration de la Brigade de la Mort pourrait vous occuper certaines soirées, je préfère donc que nous commencions ce matin.

Harry hocha la tête et fit les trois passages devant le pan de mur dissimulant la porte de la Salle sur Demande, fixant la plus petite de ses pensées sur la salle d'entraînement qu'il avait dénichée pour accueillir l'A.D. Dès qu'elle apparut, Lorca l'ouvrit et laissa son élève entrer le premier. La pièce était comme dans ses souvenirs, avec de nombreuses bibliothèques dédiées à la défense contre les forces du Mal, de gros oreillers moelleux et une table basse. La Nehoryn referma la porte derrière lui, alors qu'il pensait à son sac de cours toujours dans la penderie, et celui-ci apparut aussitôt.

− Avez-vous pu progresser ?

− Un peu, reconnut Harry, mais les devoirs sont un handicap. J'arrive un peu mieux à contrôler ma magie, mais j'ai encore des progrès à faire pour la maîtriser totalement.

− Je vois. Il est vrai que je n'avais pas prévu que les devoirs soient aussi contraignants et nombreux, mais nous essaierons de palier à ça les week-ends, du moment que vous les faîtes dans la semaine. Votre entraînement est important, bien sûr, mais vos études le sont tout autant. Avant que nous ne commencions, parlons de ces français.

Surpris, Harry s'assit sur un oreiller, Lorca l'imitant avec une grâce naturelle qu'il ne lui avait encore jamais vue.

− Après le banquet de bienvenue, nous avons tenu une réunion avec Aurélien Bresch pour connaître la menace que pourrait représenter le groupe d'élèves venu avec lui à Poudlard, indiqua-t-elle. Avec une certaine ironie, il s'avère que les français les plus dangereux ne sont pas des aspirants Mangemorts, mais Miss Fellini et Mr Silver. Toutefois, Mr Beauchesne n'est pas un incapable et encore moins un imbécile. Depuis que la Brigade a fait ses premières interventions au sein de Beauxbâtons, il est devenu très calme, arrêtant d'insulter les nés-Moldus ou de les agresser, n'essayant même plus d'enfreindre le règlement.

− Il avait l'air de retenir les Serpentard, hier soir, mais j'ai plus eu l'impression qu'il craignait Alexa…

− Bresch reconnaît lui-même que Mr Beauchesne est plus rusé qu'il ne veut bien le faire croire. Il a peut-être peur de Miss Fellini, c'est vrai, mais il est aujourd'hui entouré d'au moins deux Serpentard aussi malins, intelligents et capables que lui.

− Rogue et Avery ?

− Les cerveaux de leur bande, même si le niveau global de Mr Rogue est reconnu comme le plus impressionnant. Quant à Mr Avery, il a certes des qualités intellectuelles presque égales à celles de son ami, mais son talent magique est bien moindre. Tout ça pour dire que Mr Beauchesne a désormais des camarades à la hauteur. Rien ne garantit qu'ils défieront la Brigade de la Mort, mais il paraît clair que ce jeune homme n'est pas seulement venu à Poudlard pour y terminer ses études et devenir un Mangemort une fois sa scolarité terminée.

Harry fronça légèrement les sourcils, perplexe.

− Il aurait une mission ?

− Ce n'est pas inenvisageable, mais Bresch admet qu'il peut très bien avoir choisi la Grande-Bretagne comme destination à seule fin de rencontrer d'autres aspirants Mangemorts susceptibles de lui faire intégrer l'armée de Voldemort. Dumbledore en sait assez sur Voldemort pour deviner qu'il a envoyé quelques-uns de ses pantins en France après l'attaque de Beauxbâtons, il ne néglige pas la possibilité que ces mages noirs aient rencontré des sympathisants pour déterminer les écoles que les enfants devraient rejoindre. Ce n'est sûrement pas un hasard si les plus racistes et les adeptes de magie noire ont été à Durmstrang : il leur fallait acquérir davantage de connaissances en forces du Mal.

− Ca fait beaucoup de suppositions, cela dit, fit remarquer Harry. Non pas que je doute que Beauchesne soit pro-Voldemort et ambitionne une carrière de Mangemort, mais j'en sais moi-même assez sur Voldemort pour savoir qu'il n'a que très peu de considération pour les sorciers et les sorcières n'étant pas diplômés. A moins que la famille Beauchesne ne l'ait déçu, il paraît peu probable que le fiston ait reçu une mission.

− J'en suis consciente, mais le but de cette conversation n'est pas d'accuser Mr Beauchesne, c'est de vous prévenir de cette menace qu'il pourrait représenter. Je crois que Bresch vous a avertis, vous, Miss Fellini et Mr Silver, que certains élèves sont assez orgueilleux et arrogants pour ne pas prendre la Brigade au sérieux ? N'oubliez pas que si vos deux nouveaux camarades ont déjà une réputation que leurs compatriotes rapporteront sûrement aux élèves de Poudlard, les membres qu'ils recruteront ici seront sans doute les cibles privilégiées de ces prétentieux. Il vous faudra montrer ce que vous valez. A cela s'ajoute le fait que Miss Fellini ait humilié Mr Mulciber, qui a sans conteste le comportement le plus détestable. S'il arrive à convaincre ses amis et Mr Beauchesne de l'aider à se venger d'elle, ils viseront éventuellement les brigadiers qu'ils considéreront comme les moins redoutables.

Harry le savait bien, mais que pouvait-il y faire ? Maintenant qu'il savait que Silver avait donné la Pierre à Lily, il était sûr que c'était l'étrange français, le deuxième espoir de Poudlard. S'ils devaient s'associer pour conquérir l'école et la sauver, sa place au sein de la Brigade était primordiale, quand bien même il lui faudrait se retrouver la cible d'élèves malintentionnés. Il n'avait qu'à faire preuve de patience, supporter les mauvais tours qu'il ne saurait déjouer, puis une fois son entraînement fini, il serait capable de se protéger efficacement.

− Et les autres français ? demanda-t-il alors.

− Sont venus pour des raisons ne touchant pas à la guerre. Miss Muller a une sœur qui vit en Angleterre, Mr Lambert veut travailler au ministère de la coopération magique internationale plus tard, Miss Mondhi cherche à améliorer son anglais et Mr Gauthier est passionné par la Grande-Bretagne. Aucun d'eux n'a jamais démontré la moindre haine envers un né-Moldu… Je dirai même que tous sont des élèves n'ayant jamais été pris à maltraiter qui que ce soit.

En effet, il n'y avait apparemment aucune raison de s'inquiéter des camarades de Beauchesne, Silver et Alexa.

− Bien, dit Lorca, intéressons-nous à votre magie intérieure. Contrairement à ce que vous pensez, vous la maîtrisez un petit peu, mais seulement dans des contextes qui vous déplaisent. Lundi, vous avez produit un sortilège informulé parce que le rire de vos camarades vous contrariait inconsciemment : c'est la preuve que vous pouvez la contrôler. Donnez-moi vos mains.

Surpris, Harry obéit et regarda la Nehoryn prendre ses mains dans les siennes, plus fraîches que la moyenne. Elle plissa ses yeux d'un bleu presque noir dans un effort de concentration. Au début, rien ne se passa, le Serpentard se demandant ce que la belle brune pouvait bien préparer, puis un faible grésillement s'éleva au moment où un éclair écarlate jaillit de nulle part juste entre eux, disparaissant dans les airs aussi vite qu'il était apparu. Un autre, cette fois-ci argenté, se matérialisa et se volatilisa à l'instant même.

Ce ne fut que ça pendant plusieurs minutes, à la différence que les éclairs, auxquels s'en ajoutèrent des dorés et des violets, commencèrent à prendre la direction de Harry ou de Lorca, comme s'ils étaient aimantés. Des déchirures apparurent sur leurs vêtements chaque fois que l'un d'eux les atteignait, mais sans leur infliger la moindre douleur. Puis, au bout d'un moment, la Nehoryn lâcha les mains du Serpentard, annulant son expérience.

− Que… Qu'est-ce que c'était ?

− Une Résonnance, répondit Lorca en réparant leurs habits d'un coup de baguette. Quand une magie cherche à en affronter une autre, il se produit un phénomène de chocs qui permet de matérialiser, sous forme d'éclairs, la magie de chacun des deux combattants. Cela peut permet d'identifier la nature de la magie dominante de l'autre, d'en connaître la puissance et d'inciter celle de son adversaire à se manifester.

− Donc… ma magie s'est défendue face à la vôtre ?

− Disons plutôt qu'elle y a répondu, mais vos gènes démoniaques posent un problème. Votre corps les assimile plutôt vite, mais pas assez pour qu'ils imprègnent votre magie intérieure. C'est… une sorte de choc des natures, si je puis dire. Vous êtes toujours doté d'une magie sorcière alors que votre organisme est de nature magique.

− Et Midori ne pourrait pas trouver une astuce ?

− Il pourrait effectivement essayer une Résonnance sur vous, reconnut Lorca, mais la différence de puissance ne garantirait pas que vous vous en sortiriez indemne. Midori a appris à utiliser ses pouvoirs démoniaques avant de s'essayer à la magie des Mages, c'est la raison pour laquelle ses sortilèges sont si puissants. Il faudrait que je m'entretienne avec lui et Ooghar. A eux deux, ils trouveraient sûrement une idée pour accélérer la fusion entre vos gènes sorciers et ceux légués par la Pierre…

Elle s'interrompit, apparemment prise d'une soudaine inspiration.

− Entrez en méditation partielle.

Harry obtempéra alors que Lorca lui reprenait les mains pour réitérer la Résonnance. A moitié conscient, il vit de nouveaux éclairs d'or, rouge, argent et violet grésiller dans les airs, mais bien plus vite et plus nombreux qu'à la première tentative. Dès que l'un d'eux partit à rejoindre la Nehoryn, une grande fissure se dessina sur sa robe de sorcière, au niveau du ventre, sans la blesser, puis le Serpentard vit sa propre chaussure être littéralement fendue en deux lorsqu'un éclair doré la frappa sur toute la longue de sa semelle.

Lorca arrêta aussitôt son sortilège et s'enferma dans un silence indifférent qui devait être, derrière les apparences, pensif.

− Vous croyez que ça a mieux marché ? demanda Harry en réparant sa chaussure.

− Difficile à dire. Vos gènes démoniaques semblent affecter votre magie intérieure quand vous méditez à moitié, mais vous n'en avez pas le contrôle : ils se règlent sur la puissance émise par ma propre magie. Damar s'attendait à ce que votre cas soit la source de complications, car on ne passe pas du statut humain à celui de démon partiel naturellement, mais lui aussi n'avait aucune solution pour accélérer le processus de fusion…

Elle se tut à nouveau et tourna la tête vers la porte en arquant un sourcil. Se levant, elle alla ouvrir le panneau et jeta un œil dans le couloir. Harry entendit sa main grincer sur la poignée qu'elle serrait avec une force excessive. Un instant plus tard, la raison de cette crispation apparut, chaussée de sandales et coiffée de son grand chapeau asiatique. Midori entra sans accorder la moindre attention à Harry ou à la Nehoryn, ses yeux entièrement noirs aux cercles flamboyants observant la salle avec une totale indifférence.

Lorca referma très calmement la porte, semblant tout de même réprimer un soupir las.

− Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle d'un ton neutre.

− J'ai peut-être contrarié Alyphar, Ooghar et... l'autre, là, je ne sais plus comment il s'appelle… donc je me suis dis que je devais absolument dormir avec toi, cette nuit, dit Midori d'un ton désintéressé. Tiens, mais c'est Ethan Trotteur… Crotteur… Ploteur… Bref, c'est Ethan, quoi.

Lorca passa à côté de lui en le gratifiant d'une gifle derrière le crâne, comme Bresch l'avait fait plus tôt à Silver.

− Souviens-toi du nom de tes alliés, imbécile. Pourquoi Alyphar et Ooghar sont contrariés ?

Harry nota aussitôt qu'elle ne citait pas Prerian.

− J'ai accidentellement détruit un bâtiment moldu en tuant quelques formiath du côté de Gary… Lari… Tari…

− Paris, rectifia Lorca. Quel genre de bâtiment ?

− Un gros truc avec des vitres colorées, des bougies partout, des bancs vides et une statue où un humain était accroché à un morceau de bois en forme de croix. Mais bon, comme il n'y avait personne, je me dis que cet endroit ne servait à rien.

Le Serpentard n'aurait su dire s'il fallait rire ou être consterné, mais il apparut clairement que Lorca avait très bien compris que le bâtiment était une église et que, au contraire, elle servait à quelque chose pour d'innombrables Moldus. Fixant Midori, qui s'était enfoncé un auriculaire dans la narine en parlant, elle parut plus lasse et désespérée que jamais. Harry remarqua que le demi-démon était la seule personne qui parvenait à faire perdre son masque d'indifférence à la Nehoryn, sans doute car elle le connaissait mieux que quiconque, compte tenu de leur ancienne relation.

− Qu'est-ce que des formiath ? lança-t-il.

− Des créatures ailées spécialisées dans le bombardement, répondit Lorca. Elles sont généralement trop rapides pour qu'on puisse les éviter, mais elles produisent un son particulier, difficile à entendre mais significatif, et leur vol n'est pas totalement contrôlé à cause des mouvements d'air qu'elles traversent. J'en parlerai plus lundi, de toute façon. Midori, il y a un problème avec l'entraînement d'Ethan. Ses gènes démoniaques n'intègrent sa magie que lorsqu'il est en méditation partielle.

− Je sais.

Harry haussa les sourcils, Lorca se laissant elle-même aller à une surprise fugace.

− Tu as une solution ?

− Prends mon sabre et recule-toi, tu risques de perdre ta robe avec cette déchirure. Ethan, lève-toi et lutte.

− Heu… C'est-à-dire ?

Mais Midori ne semblait même pas l'écouter, agitant ses doigts comme pour les détendre alors que Lorca reculait avec son katana au fourreau noir incrusté d'émeraudes et de rubis. Le demi-démon joignit alors ses deux mains, paume contre paume, son regard atypique n'exprimant rien d'autre que de l'indifférence, bien que Harry eût clairement senti qu'il se concentrait. Il claqua alors des mains.

L'effet fut aussi immédiat que brutal : l'atmosphère s'alourdit comme si la gravité avait doublé d'intensité. Harry s'écroula aussitôt, ses jambes ne parvenant plus à supporter son poids, alors que les pieds de la table émettaient des grincements, que le sac de cours du Serpentard s'écrasait sur lui-même et que les oreillers s'aplatissaient, soumis à la même pression que le jeune homme. Derrière Midori, Lorca paraissait épargnée, mais Harry le remarqua à peine. Il sentait quelque chose. Pas seulement la pression : c'était quelque chose à l'intérieur de son corps, une sorte de fourmillement qui paraissait venir de nulle part mais qui se répandait partout pour alléger l'air extraordinairement lourd qui l'avait plaqué au sol.

Arrête !

La voix de Lorca lui parvint nettement, la pression atmosphérique se relâcha et Harry, haletant et transpirant, sentit que la curieuse sensation disparaissait de son corps, comme absorbé par les profondeurs de son organisme. Il regarda la Nehoryn s'approcher d'un pas vif pour prendre son visage entre ses deux mains, observant attentivement ses yeux. Midori apparut derrière elle, un nouveau doigt dans une nouvelle narine, son autre main glissant son sabre dans sa ceinture.

− Quand on veut faire réagir des gènes démoniaques, on appelle quelqu'un qui en a, déclara-t-il d'un ton badin.

Lorca laissa échapper un soupir soulagé et releva Harry si facilement qu'il eut l'impression d'être une plume.

− Que… qu'est-il passé, en fait ? demanda-t-il.

− Il s'agit d'une Extériorisation, répondit la Nehoryn. Midori a emmagasiné une certaine quantité de sa puissance entre ses mains afin de la faire éclater autour de vous. Vos gènes démoniaques semblent avoir réagi, comme il l'a signalé, mais il y a le problème de vos yeux. Ils ont presque pris leur forme finale… Y a-t-il un risque pour que leur apparition totale soit définitive ou peut-il basculer de son regard humain à celui de démon ?

− Aucune idée, dit Midori avec insouciance. Laisse-le se reposer quelques jours, puis qu'il reprenne son entraînement pour que les gènes et sa magie apprennent à communiquer. Quand ils auront communié, les choses devraient être plus simples. On peut y aller ?

− Repasse ce soir, répondit Lorca. Je sais que ça ne t'a pas effleuré l'esprit, mais les professeurs ont des choses à faire dans la journée, même le week-end.

− Si tu le dis.

Tirant légèrement sur la poignée de son sabre, il se volatilisa. Epongeant son front d'un revers de manche, Harry poussa un profond soupir.

− Qu'une certaine quantité de sa puissance, hein ? répéta-t-il.

− Je vous ai dit que les gènes démoniaques de Midori exacerbaient sa puissance, lui rappela Lorca. Ce n'est pas pour éviter que la déchirure de ma robe s'étire qu'il m'a demandé de reculer, c'est parce que son Extériorisation m'aurait été très difficile à supporter… Bien plus difficile que pour vous.

Elle répara la fente provoquée par l'éclair qui l'avait atteinte à hauteur du ventre.

− Suivez les conseils de Midori. Il faut que j'aille voir Ooghar pour le prévenir de vos progrès.

Harry regarda la Nehoryn disparaître dans un panache de fumée noire et se redressa, sa respiration revenue à la normale. Il n'avait pas vraiment l'impression d'avoir tant progressé que ça depuis le début de la semaine, mais c'était surtout de recevoir de l'aide qui le contrariait le plus. Il n'avait jamais prétendu être plus doué qu'un autre, sauf qu'il savait très bien que c'était à l'aide de ses efforts qu'il avait développé son savoir magique. La solution de facilité de Midori était la bienvenue, bien sûr : il était juste un peu déçu d'en avoir eu besoin pour avancer dans l'enseignement de Damar.

Ramassant son sac de cours, il sortit de la Salle sur Demande et prit la direction du Grand Escalier. Il s'était attendu à avoir des heures et des heures d'entraînement, mais la désharmonie de ses gènes démoniaques et l'intervention de Midori l'avaient réduit à seulement une vingtaine de minutes. La réunion avec Dumbledore était-elle terminée ? Alexa l'attendait-elle quelque part, avait-elle retrouvé les filles de Serpentard ou traînait-elle avec Silver ? Harry songea qu'il lui restait à faire le devoir de botanique, mais il n'était pas particulièrement motivé, d'autant qu'il avait le désagréable pressentiment que la bibliothèque se trouvait être envahie par les élèves ayant négligé leurs devoirs dans la semaine.

− Chouchou de la Mort !

Harry se retourna alors qu'il venait d'atteindre le palier du septième étage. Alexa s'avançait à sa rencontre d'un pas joyeux, et visiblement de retour de la salle commune de Gryffondor.

− Votre réunion a été courte, commenta-t-il, assez surpris.

− Il n'y avait pas grand-chose à dire, à part les blablas pas de violence, blablas Leo sera le dernier à intervenir si besoin est, blablas Lily et Sosie-Chouchou transmettront les agressions sans coupable à la Brigade, etc. J'ai accompagné Leo à son lit, ça le fatigue toujours ce genre d'évènements, mais il a refusé de me faire un bébé. Sûrement à cause des garçons qui dormaient à côté, ajouta-t-elle d'un air irrité.

Encore peu habitué aux étranges délires d'Alexa, Harry se laissa embarquer dans le septième étage.

− Fais-moi visiter le château, Chouchou de la Mort ! Si tu me montres des endroits très érotiques, tu pourras te cacher dans la salle de bains des préfets quand j'irai m'y laver !