Les élèves quittaient la Grande Salle, certains intrigués, d'autres déçus, tandis que la rumeur se répandait : alors que tout le monde s'attendait à recevoir La Gazette du Sanglier au petit déjeuner, la rédaction du journal de l'école ne la distribuerait que lors du déjeuner, Ash ayant apparemment eu d'autres choses à ajouter à la première édition de l'année scolaire. Lily n'en était pas vraiment surprise, car la semaine dernière avait été plutôt pauvre en incidents, mais c'était surtout la formation tardive de la Brigade de la Mort qui expliquait son retard, car celle-ci n'était complète que depuis hier soir. Le rédacteur-en-chef voulait donc compléter son article avec l'identité de ces mystérieuses recrues. Malgré ça, l'enthousiasme était revenu grâce aux cours de duel, enfin indiqués dans les emplois du temps, même si ceux qui auraient à attendre plusieurs jours avant d'en avoir deux heures s'en plaignaient.
Les septième année étaient sans conteste les plus satisfaits, car ils enchaînaient la défense contre les forces du Mal avec les deux premières heures de duel de la semaine. Quelques-uns, cependant, étaient prudents, ne sachant pas comment les cours se dérouleraient. Les élèves s'affronteraient-ils ou apprendraient-ils juste des sortilèges ?
− L'idée de cours de duel est peut-être intéressante, dit Aurelia, je ne serai pas tranquille de me savoir à côté de certains.
− S'il s'agit de confrontations, je pense qu'il y aura des protections, commenta Mary. Dumbledore sait très bien que James, Sirius et les Serpentard, entre autres, ne se soucient pas vraiment des personnes qui les entourent quand ils se battent.
− J'espère qu'ils ne vont pas me faire affronter quelqu'un de méchant, ronchonna Ninie.
− Je suis sûre que non, dit Lily.
Tout comme elle était à peu près certaine que ce n'était pas Leonie qui aurait le plus de soucis à se faire, quand bien même elle tomberait réellement sur un élève un peu brutal : à l'instar d'Aurelia, de Gardner ou encore de Mogg, la petite brune avait un potentiel de duelliste qu'on ne lui soupçonnerait pas.
Montant les marches de marbre, elles furent rejointes par Alexa, Ethan et Leo, qui avaient mangé à la table de Serpentard.
− Pourquoi vous n'êtes pas venus avec nous ? demanda Ninie d'un air boudeur. Je n'ai pas pu faire de câlins à Hedwige !
− Elle n'est pas encore rentrée de la chasse, répondit Ethan.
Lily remarqua, en effet, qu'il n'avait pas son serpent autour du cou.
− Et puis, j'ai fait un pari avec Ana, mais j'ai perdu, dit Alexa.
Le samedi matin, après avoir rencontré la splendide française, la préfète-en-chef avait pensé que les élèves auraient un peu de mal avec l'étrange personnalité de la nouvelle Serpentard, mais elle s'était trompée : non contente de s'être attirée pas mal de prétendants, Alexa s'était également liée d'amitié avec la grande majorité des filles de septième année des quatre maisons. A l'inverse, Leo, plus distant et moins bavard, s'était illustré en disparaissant des heures et des heures nul ne savait où. Même le soir, il brillait par son absence dans la tour Gryffondor. On ne l'avait vu qu'une seule fois dans la salle commune et dans le dortoir des Maraudeurs, suite à la réunion avec Dumbledore et Bresch.
− Quel pari ? interrogea Mary, méfiante.
− Si j'arrivais à la table de Serpentard avant qu'elle ne soit à la sienne, je pouvais essayer un de ses soutiens-gorges ! dit la française d'un ton joyeux. J'ai peut-être perdu cette fois, mais je gagnerai à la prochaine !
Lily hocha la tête, mi-amusée, mi-exaspérée.
− Au fait, qui sont les deux derniers membres de la Brigade ? lança Aurelia.
− Ah ? s'étonna Leo. On est au complet ?
− Je te l'ai dit tout à l'heure, imbécile, mais je ne peux rien révéler. Exclusivité réservée à La Gazette du Sanglier.
Aurelia n'insista pas et entraîna Leonie, qu'elle tenait comme toujours par la main, dans le deuxième étage, le reste de leur petit groupe sur les talons. Lorsqu'ils atteignirent le couloir de défense contre les forces du Mal, Ninie se précipita sur Ana et lui sauta au cou pour recevoir le gros baiser affectueux dont les soupirants de la Serdaigle rêveraient de bénéficier. Portant le petit bout de femme-enfant comme s'il s'agissait d'une petite fille, la « rivale de beauté » d'Alexa gratifia les filles d'un large sourire, adressa un clin d'œil discret à Ethan et accorda un bref regard à Leo, qui cherchait vainement à se souvenir des noms des deux derniers membres de la Brigade.
− Ca a été, ce matin ? demanda Ana.
Lily comprit aussitôt qu'elle faisait allusion à Leonie, dont les problèmes de sommeil la rendaient parfois difficile à tirer du lit, la petite brune se rendormant une seconde après s'être réveillée ou ne réagissant ni aux appels, ni aux secousses.
− Elle s'est levée du premier coup, approuva la préfète-en-chef.
− Mais si j'avais su qu'il n'y aurait pas La Gazette du Sanglier, j'aurais dormi plus longtemps, dit Ninie.
− Et tu ne te serais réveillée qu'à la dernière minute, répliqua Aurelia.
− Grrr ! rétorqua Ninie en brandissant sa panthère en peluche vers la belle métisse.
La porte s'ouvrit l'instant d'après, alors que les Maraudeurs arrivaient au pas de course. Reposant Leonie au sol, Ana salua tout le monde et rejoignit ses amies qui entraient dans la classe, la petite brune attrapant la main de Lily pour être certaine que toutes deux ne seraient pas séparées et qu'Ethan ou James ne chercherait pas à en profiter pour lui piquer sa place. Pénétrant à l'intérieur à leur tour, la préfète-en-chef regarda Alexa se saisir des bras de ses deux comparses de la Brigade et les traîner au fond de la salle, où elle donna un coup de pied aux fesses de Leo pour l'obliger à s'asseoir à la table derrière celle qu'Ethan et elle se partageaient.
Prenant place en souriant à côté de Leonie, elle regarda le professeur Williams fermer la porte derrière Cassie et ses amies, qui entrèrent pile au moment où la cloche retentit. Laissant les filles de Poufsouffle s'installer, la haute sorcière s'approcha de son bureau pour y récupérer un grand parchemin dans un tiroir et le lança vers le tableau noir, où il flotta en se déroulant pour montrer à la classe entière le dessin d'une curieuse créature : elle avait des ailes noires, mais le reste de son corps était fripé et nu, doté de petites pattes semblables à celles d'une chauve-souris et d'une horrible tête qui ressemblait à celle d'un vieux rat humanoïde. Le réalisme était si saisissant que plusieurs élèves firent une grimace dégoutée.
− Vous ne le savez peut-être pas, dit le professeur Williams, mais le ministère de la Magie a apporté plusieurs changements au programme scolaire en y intégrant les mystérieuses créatures qui ont sévi lors de la rentrée. Cela entraîne évidemment des désagréments par rapport au programme habituel, car nous devons également le poursuivre, mais le professeur Bresch et moi-même avons trouvé un arrangement pour que vous ne soyez pas lésés le jour des examens : je m'occuperai de vous renseigner sur ces créatures et il vous apprendra à vous en protéger. Pour commencer, qui sait ce que sont des gerfauts ?
Les élèves échangèrent des regards interloqués, mais…
− Miss Fellini ?
− Ce sont des êtres entièrement ou partiellement artificiels, créés à partir de certaines formes de magie, mais pouvant avoir une base ou des composants d'éléments naturels.
− Dix points pour Serpentard. Pour la plupart d'entre elles, les créatures s'étant manifestées récemment sont des gerfauts, il est donc indubitable que quelqu'un les a créées… Miss Gardner ?
− Qui irait créer des saletés pareilles ? demanda la Serpentard.
− Un savant fou, un scientifique inconscient ou une menace autre que Voldemort, par exemple, dit le professeur Williams, indifférente. Nous pouvons écarter la thèse de l'accident, au vu du nombre de ces créatures, mais ça n'a pas d'importance. Le moment venu, nous connaîtrons la vérité, alors passons.
Elle recula à côté du dessin et posa sa baguette dessus.
− Voici un formiath. Il a deux particularités : la première est qu'il est créé pour se sacrifier et la seconde, qu'il se spécialise dans les attaques-surprises. Il est à peine moins gros qu'un Cognard, mais sa vitesse est deux à trois fois supérieure, et c'est là son plus gros défaut : les différentes fluctuations d'air qu'il traverse rendent la trajectoire de son vol difficile à maintenir. Son corps est, quant à lui, relativement fragile, et c'est précisément sa plus grande arme. Il n'y a pas à s'inquiéter de ses pattes, de ses ailes ou de sa tête, car la véritable menace se présente dans son sang.
− Son sang ? s'étonnèrent plusieurs.
− Il agit comme un acide, expliqua le professeur Williams, mais pas un acide comme tous ceux dont vous avez pu entendre parler. Le sien ne produit aucune douleur : une fois qu'il a atteint la peau, il se répand dans le sang de sa victime jusqu'à avoir pris possession de toutes les veines puis, à ce moment-là, il entre en action. Le sorcier contaminé meurt dans l'instant comme si c'était de cause naturelle.
− Existe-t-il des remèdes ? demanda Erin Steadworthy, pas rassurée.
− Plusieurs, mais leur efficacité dépend de la progression de la contagion. Une potion de Régénération sanguine « noiera » l'acide si elle est prise dans les trente minutes après la contamination, un guérisseur compétent pourra vous sauver avec deux ou trois sortilèges de Purification si vous avez été affecté moins de deux heures auparavant, mais au-delà de ça, il vous faudra quelque chose d'aussi puissant que les larmes de phénix pour espérer survivre. A savoir que l'acide prend entre quatre et six heures à envahir le corps, selon la robustesse de la personne qu'il infecte… Qu'y a-t-il, Mr Black ?
− Comment on s'en protège ? dit Sirius. Il y a un sortilège particulier ou n'importe lequel peut faire l'affaire ?
− Cinq points pour Gryffondor, le félicita le professeur Williams. C'est une question très intéressante que vous posez, car il s'avère que n'importe quel sortilège pourrait vous débarrasser d'un formiath, mais utiliser le mauvais pour être fatal.
Elle s'avança jusqu'à son bureau, rouvrit un tiroir et en sortit une sorte de poupée ressemblant au dessin. Elle la lança droit sur le tableau et, d'un geste fluide, décocha un sortilège de Désarmement dessus : le faux formiath explosa littéralement dans un grand bruit d'éclaboussure, projetant de la peinture noire dans tous les sens, tachant le tableau comme le parchemin censé le représenter.
− Comme je l'ai dit, reprit-elle en nettoyant la saleté d'un coup de baguette négligeant, le corps d'un formiath est fragile. Il ne faut pas grand-chose pour le faire exploser et c'est, justement, l'erreur que bien des gens pourraient commettre en jetant un sortilège un peu trop agressif pour sa résistance. Cette créature possède deux sortilèges à son actif : le premier est d'accélérer soudainement, l'autre est de renforcer son corps pour traverser les obstacles les plus minces et fragiles. Briser une vitre serait facile, mais ça l'étourdirait, sauf qu'au contact du sol, elle explosera irrémédiablement.
− Et si on la voie arriver et qu'on la tue avant ? demanda Avery.
− C'est là un autre… deux autres problèmes épineux avec le formiath : il n'attaque jamais seul et attend toujours d'être sûr que sa cible ne risque pas de l'apercevoir, d'où leur spécialisation dans les embuscades. Ils patienteront jusqu'à la nuit ou que vous entriez dans un bâtiment et passiez devant une fenêtre pour lancer leur assaut.
− Mais alors… comment on fait pour s'en protéger sans risque ? dit Sarah Claymore.
− Ca, c'est le professeur Bresch qui vous le dira, mais je pense en avoir assez dit pour que vous deviniez vous-même quels sortilèges vous seraient utiles. Il faut bien comprendre que la défense contre les forces du Mal existe pour vous protéger de la classe des êtres et créatures maléfiques, pas de ce que le monde sorcier ne connaissait pas encore le mois dernier. Cependant, les gerfauts sont sensibles à toutes les formes de magie du moment que le sortilège est assez puissant. Le professeur Flitwick a stupéfixé l'un des poursuivants du Poudlard Express et plusieurs rapports, fournis par les ministères étrangers, révèlent que de nombreux professeurs sont parvenus à entraver, à bloquer, à métamorphoser ou même à tuer des créatures, parfois avec de simples sortilèges scolaires.
Au deuxième rang, Beauchesne leva la main.
− Oui ?
− Et les créatures qui ont attaqué le carrosse de Beauxbâtons ? interrogea-t-il. J'ai entendu le professeur Bresch dire que les sortilèges dont il avait usé n'avaient eu que très peu d'effets sur ces Vol'dek…
− Parce que les Vol'dek ne sont pas des gerfauts, dit le professeur Williams. Ce sont d'authentiques créatures, mais nous y reviendrons un autre jour. Pour l'heure, sortez vos agendas. Le professeur Bresch vous donnera quelques idées sur les sorts à employer contre les formiath, mais je tiens à ce que vous vous creusiez quand même la cervelle. Pour lundi prochain, je veux une liste d'au moins cinq sortilèges qui vous permettraient d'échapper à une de leurs attaques.
Lily inscrivit le devoir, tout en songeant qu'elle avait déjà trois moyens d'y parvenir. Ce n'était qu'une hypothèse, mais en constant l'effet d'un simple Expelliarmus sur le faux formiath, il était clairement apparu que la solution n'était pas défensive, mais différente. Elle était à peu près sûre qu'il fallait des sortilèges que l'on ne penserait pas toujours à utiliser dans un duel – et elle-même avait démontré, par le passé, qu'elle était plutôt habile pour avoir recours à de tels sorts.
Jetant un regard en biais à Leonie qui traînait à noter son devoir avec sa grosse écriture ronde et attachée enfantine, elle vit la petite brune griffonner rapidement la silhouette d'un phénix en écrivant juste en-dessous « Nouvelle peluche ». Souriant, la préfète-en-chef s'efforça de retrouver un visage impassible lorsque le petit bout de femme-enfant se redressa.
Le reste du cours de défense contre les forces du Mal ressembla passablement à celui des années différentes, car centré sur le programme scolaire et la théorie imposés par le ministère de la Magie, mais même dans cette situation, personne n'eut une seule critique à faire au professeur Williams. Maligne, compétente, elle trouvait toujours une astuce à offrir aux élèves, même si elle reconnut n'avoir jamais affronté de Moremplis, des créatures typiques d'Océanie, de toute sa vie. C'était un sentiment étrange et fascinant que de constater qu'elle basait ses cours sur la nature de la créature abordée, et non sa réputation, car elle percevait des faiblesses que le manuel lui-même ne connaissait pas. Ses conseils étaient-ils corrects ? Personne n'aurait su le dire, mais ses arguments étaient aussi curieux que percutants, pour certains :
− Le problème de la société actuelle, dit-elle à dix minutes de la fin de la deuxième heure de cours, c'est que le ministère a la fâcheuse tendance à considérer chaque être, chaque créature comme quelque chose d'unique. C'est autant une réalité qu'un mensonge. Ce qu'il faut regarder, c'est la nature magique. Chaque peuple magique est unique, c'est vrai, mais ils ont tous un point commun : ils sont magiques. Sans magie, ils n'existeraient pas. Et qu'est-ce que la magie ? Nous pourrions la comparer à un arbre, dont les racines seraient sa forme la plus pure, globale et puissante, et son tronc, l'amorçage des séparations entre les différentes formes de magie que nous connaissons et qui prennent l'apparence d'un branchage. Une fois que vous avez ça en tête, vous comprendrez qu'il existe un moyen de trouver une faille à toutes les branches de magie du monde. Autre devoir pour lundi, vous me ferez dix centimètres sur ce que nous appelons communément « la magie naturelle ».
Lorsque la cloche retentit, les élèves ressortirent, certainement pas ravis d'avoir deux devoirs pour la même manière, mais commentant tout de même avec enthousiasme les dernières paroles du professeur Williams. Lily regarda Ash se précipiter au local de La Gazette du Sanglier, sans doute pour terminer ce qui lui restait à faire avant la fin de la récréation, tandis que tout le monde se séparait, certains rejoignant la bibliothèque pour emprunter des livres qui leur permettraient de faire leurs devoirs alors que d'autres, préférant se reposer, prenaient la direction soit du parc, soit de la cour de métamorphose.
− Bon, dit Aurelia, au moins, nous sommes à peu près sûrs qu'il n'y aura pas de duel entre deux élèves au cours de Bresch, puisqu'il doit nous faire aussi un cours sur les formiath.
− Moi, je voulais me battre avec Ana pour qu'elle me fasse plein de bisous de consolation une fois que j'aurais perdue, dit Ninie, déçue.
− Pourquoi ne pas lui dire que tu es déçue de ne pas t'être battue contre elle ? suggéra Mary.
− Oh ! s'étonna la petite brune avec réjouissance. Vais lui dire ça !
Elles atteignirent le hall d'entrée au moment où Ash et ses camarades du journal de l'école passaient la porte du couloir des salles du rez-de-chaussée. Faisant léviter devant eux de grandes palettes, ils attirèrent l'attention d'élèves désireux d'en savoir davantage sur La Gazette du Sanglier avant les autres. Une distribution improvisée s'installa. Leonie se précipita, avide d'en avoir un exemplaire, Aurelia lui emboîtant le pas pour éviter tout drame. Le petit bout de femme-enfant, en effet, était sujet à de violentes crises d'angoisse quand elle perdait de vue ses amies – tout au moins, à Poudlard, car elle pouvait vivre seule dès qu'elle retrouvait la maison de sa tante, même s'il fallait absolument que Lily vienne la chercher à chaque entrée.
Leonie et Aurelia rejoignirent Lily et Mary au niveau des immenses portes du château, munies de quatre numéros, pendant que l'équipe de La Gazette du Sanglier, ayant achevé leur distribution, filaient vers l'escalier de marbre. Les élèves qui ne les croiseraient pas ne recevraient leur édition du journal de l'école qu'à midi, de toute évidence. Sortant dans le parc, les quatre jeunes femmes de Gryffondor rejoignirent la pelouse et s'assirent dessus, Leonie prenant place entre les jambes de Mary pour apposer sa tête contre sa poitrine.
Lily déplia son journal et regarda la photo étalée en une, non sans un sourire. En noir et blanc, animée, elle représentait une petite colline sanguinolente composée de bras, de jambes, de têtes et de troncs de mannequins. Assise dessus, maquillée telle une gothique, le sourire carnassier et le regard torve, Alexa se grattait la joue avec une fausse main. A côté, recouvert de sang factice, le visage de nouveau caché par un masque à l'image de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, Leo portait une grosse hache à double lame. Derrière, l'air plus exaspéré que jamais, le professeur Bresch semblait fournir un gros effort pour ne pas se précipiter sur ses élèves afin de leur administrer une claque derrière le crâne.
LA BRIGADE DE LA MORT
PREND LE CONTROLE !
Sous-estimée, méprisée, intrigante, la Brigade de la Mort aura largement nourri les conversations tout au long du premier week-end de l'année scolaire. Entre l'annonce du professeur Dumbledore de lui confier l'ordre de Poudlard, l'avertissement du professeur Bresch quant à la menace qu'elle pouvait présenter à l'égard des troubles-paix et la correction brutale infligée à Marius Mulciber (Serpentard) par Alexa Fellini (de la même maison), cette mystérieuse association d'élèves défendant tout élève maltraité aura fasciné et interloqué les étudiants britanniques. Mais qui est-elle vraiment ?
Nous avons rencontré le professeur Bresch, directeur de Beauxbâtons chargé des cours du duel pour l'année, ainsi que le professeur Dumbledore, directeur de Poudlard, pour en savoir plus.
« Ca peut paraître présomptueux, dit le professeur Bresch, mais la Brigade était officieusement un détachement d'Aurors, ou peut-être de brigadiers, au sein de Beauxbâtons. Ses membres n'étaient peut-être pas les élèves les plus talentueux, mais il ne fait aucun doute qu'ils étaient dotés d'un véritable potentiel. Comme je l'ai dit lors du banquet de bienvenue, ce n'est pas une organisation que l'on défie impunément. Elle a connu des débuts compliqués, c'est vrai, car il a fallu plusieurs mois afin de la « rôder », mais elle est l'œuvre d'un véritable génie. Avec cinq élèves de quatrième année, elle a appris le respect à des élèves plus âgés, plus expérimentés et plus coriaces en l'espace d'une année. Elle excelle dans les investigations, les captures et les interrogatoires – personne, à ce jour, ne lui a jamais échappé. »
Une fierté, pour le professeur Bresch, mais le directeur de Poudlard ne nie pas avoir eu quelques hésitations à accepter la proposition de son homologue français lorsque celui-ci lui a demandé s'il pouvait venir avec une partie de la Brigade.
« Bien que nous nous ressemblions sur bien des points, le professeur Bresch et moi sommes en désaccord sur la violence et la brutalité dont les élèves devraient faire preuve, explique-t-il. Je comprends parfaitement son point de vue encourageant les confrontations pour faire entrer dans le crâne aux prétentieux qu'ils ne sont pas de taille, mais je n'en suis pas fan. Quand il m'a proposé de faire venir une partie de la Brigade, j'ai été plutôt emballé, mais j'ai vite découvert qu'il y avait un hic : je me méfiais particulièrement de deux de ses membres, et c'étaient précisément ceux-là qui devaient l'accompagner. J'ai pris une nuit pour réfléchir, j'ai demandé leur opinion aux professeurs, puis j'ai senti un nouvel élan d'enthousiasme à l'idée que ces deux-là viennent. Tous les employés de Poudlard, enseignants ou non, sont du même avis : il est grand temps que cessent les altercations entre les étudiants, et je suis parfaitement d'accord. Puisque ni nous, ni le Choixpeau magique n'a su le leur faire comprendre, c'est avec joie que j'ai répondu favorablement au professeur Bresch. »
Alexa Fellini, surnommée la Reine de la Mort, n'a pas manqué de faire parler d'elle tout au long du week-end. Joyeuse et drôle, elle s'est aussi bien attirée l'intérêt de certains garçons que l'amitié de nombreuses camarades, mais ce sont toujours les français qui en parlent le mieux, comme Joanna Muller (Serdaigle) :
« Elle est affectueusement dingue, nous affirme-t-elle en riant. C'est celle qui va vous mettre une raclée un jour puis, dès le lendemain, vous serrez dans ses bras pour vous pardonner de l'avoir contrariée. Elle n'aime pas l'agressivité, par contre, et elle sait la ressentir : dès qu'elle y est confrontée, elle révèle une nature plus cruelle, sadique. Ce Mulciber en a fait les frais. On n'approche pas Alexa de manière menaçante, à moins d'en vouloir subir les conséquences. »
Et les élèves de Serpentard qui ont assisté à l'affrontement avec Mulciber en sont bien conscients, comme nous le révèle le préfet de cinquième année, Broderick Straton, présent lors de la confrontation :
« Je pense qu'elle a calmé pas mal de monde, nous confie-t-il. Elle n'a pas seulement brisé les jambes et le bras dominant de Marius Mulciber, elle a aussi humilié Ewan Chambers et donné une leçon à Barry Bannerman. Et ce, avec une étonnante facilité. Elle est déjà très appréciée au sein des Serpentard qui n'encouragent pas particulièrement les idées des Mangemorts et, même si ce n'est qu'une supposition, elle continuera à gagner des supporters dans les mois à venir. »
Mais au sein de la Brigade, il est un autre membre apparemment expert dans l'art de l'esquive : Leo Silver (Gryffondor) a été un véritable fantôme tout au long du week-end, n'apparaissant aux yeux des élèves que lors des repas. Même à la tour de sa maison, on ne l'y a vu qu'une seule fois. Encore, nous nous tournons vers ses camarades français pour nous en dire plus à ce sujet, notamment Alicia Mondhi (Poufsouffle de sixième année) (ndlr : aucun lien de parenté avec William Mondhi) :
« Il est cinglé, nous assure-t-elle d'un ton joyeux. Vraiment cinglé, mais je l'adore ! Il vit dans un tout autre monde que le nôtre. J'ai une amie qui lui a un jour amené de l'herbe à chat, et il a aussitôt considéré son dossier comme prioritaire ! Une ex-copine de mon frère lui a demandé combien faisait 458*68, et comme il ne le savait pas, il a estimé qu'elle méritait d'être privilégiée dans les enquêtes ! Je ne sais pas trop quel rôle il joue au sein de la Brigade, sinon qu'il est « l'ultime recours », mais même s'il est franchement bizarre, je suis ravie pour mes camarades de Poudlard qu'il soit venu avec nous. »
Le rôle de Silver… En voilà, une énigme. Nous avons essayé d'interviewer tous ses camarades français, mais aucun n'est disposé à en parler, soit par ignorance, soit par « tabou ». Joanna Muller dira seulement qu'elle le trouve très drôle, Olivier Lambert nous confiera qu'il préfère garder une certaine distance avec lui, Eric Gauthier nous assurera qu'il ne faut pas être trop curieux à son sujet, Clément Beauchesne admettra simplement ne pas l'apprécier et Alexa Fellini, quant à elle, assurera qu'il est « le plus taré de tous les tarés ».
Face à ce grand mystère, nous sommes retournés auprès du professeur Bresch.
« Leo est un garçon qui ne voit pas les choses de la même manière que nous, nous explique-t-il. Les notions de Bien ou de Mal lui sont en partie étrangères : il a ses propres règles, ses propres lois, et rien ne l'en détourne. Il agit sans se demander si ce qu'il fait aura des conséquences saluées ou huées. Je l'autorise à intervenir dans les investigations, car il est le meilleur et le plus rapide, mais il ne doit en AUCUN cas participer à une interpellation. Il n'est plus question de faire peur aux élèves britanniques, il s'agit de les protéger dès qu'il est question de Leo ! »
Le message est passé : Fellini est une douce peluche pleine de tendresse à côté de Silver. Nous sommes justement allés les rencontrer dans leur Bureau, aménagé à proximité de nos locaux, où ils nous ont transmis un nouveau message (voir photo). L'occasion de confirmer les rumeurs qui ont circulé tout le week-end nous est offerte : Ethan Potter (Serpentard), surnommé le Chouchou de la Mort, est bel et bien la toute première recrue de l'élite française de la Brigade.
« Il me fallait un Deuxième amoureux potentiel pour que Leo se presse de conquérir mon cœur, mais comme il l'a souligné lors du petit déjeuner de ce matin [dimanche], il lui suffirait de me l'arracher de la poitrine, nous dit Fellini. Bref, j'ai plutôt été impressionnée par le regard d'Ethan : ce n'est pas celui d'un adolescent, c'est celui d'un jeune homme qui en a bavé tout au long de sa vie. Donc, je me suis dit qu'il nous serait utile, et je ne me suis pas trompée : en seulement quelques minutes, il a réussi à inventer le Piège de la Mort ! Du coup, j'ai dû le renommer le Chouchou Stratège aux Yeux Rouges de la Mort ! »
Et quel piège ! Non content de se retrouver entouré des demoiselles les plus séduisantes de Poudlard tous les jours, Potter a pondu un stratagème des plus rusés et remarquables pour offrir à la Brigade franco-britannique la promesse de couler des semaines paisibles, voire même des mois. Avant que nous ne vous révélions son idée, demandons au professeur Dumbledore ce qu'il en pense :
« Brillant, reconnaît-il. Extrêmement brillant, en fait. Miss Fellini est venue me voir pour me demander qui sont les élèves les plus puissants, puis elle est revenue pour me dire que Mr Potter avait eu une idée encore plus intéressante et qui, pour ne rien vous cacher, correspondait parfaitement aux attentes des professeurs : à savoir, miser sur la réputation plutôt que sur la force. »
C'est ainsi que les deux derniers membres de la Brigade de la Mort se trouvent être belles, très convoitées, talentueuses, et répondent aux noms d'Ana Moorehead (Serdaigle) et Lucretia Mogg (Serpentard), dont les soupirants sont très nombreux. Si Ethan Potter n'est pas disposé à parler de lui, nous n'avons eu aucun mal à obtenir sa réponse à la question : comment est-il venu à cette idée ?
« Ana et Mogg sont toutes les deux très convoitées, nous rappelle-t-il. J'ai juste pensé que si elles faisaient partie de notre Brigade, leurs prétendants les plus… téméraires y réfléchiraient à deux fois avant de commettre une bêtise. C'est encore plus vrai que, s'ils détiennent des informations sur un agresseur, ils auront peut-être l'occasion de se faire remarquer d'elles s'ils viennent donner un coup de pouce à la Brigade. »
Un coup de maître ? Ca reste à prouver, mais il est presque sûr que les soupirants d'Ana Moorehead éviteront de prendre Lucretia Mogg en grippe, et inversement. Courons-nous à une ère de paix relative au sein de Poudlard ou verrons-nous toute une guerre inter-prétendants éclater si jamais un camp s'attaque à la « princesse » de l'autre ? L'avenir nous le dira, mais il reste un mystère à éclaircir : les disparitions de Silver et ses absences de la tour Gryffondor.
Soucieux de « prendre des pincettes » avec le Dieu de la Mort, nous nous sommes tournés vers le professeur Bresch – ainsi que Fellini – pour recevoir des conseils, puis nous l'avons questionné :
« On ne peut être efficaces sur un terrain que l'on ne connaît, nous déclare le nouveau Gryffondor. Il faut connaître tout le terrain pour éviter les pièges : les pièces et les passages secrets d'où pourrait venir une embuscade, compter les armures s'il venait à l'esprit d'un élève d'en utiliser une comme diversion pour agresser quelqu'un, faire l'inventaire des trophées et des coupes au cas où quelqu'un en emprunterait, repérer la cuisine si jamais on a faim dans la nuit, localiser les cachettes et les salles communes où des suspects en fuite pourraient se réfugier, des endroits méconnus où nous pourrions accidentellement oublier un élève en faute et lui offrir un Epouvantard ou une Acromentule pour compagnie (ndlr : C'est accidentel, ça ?) et j'en passe. Au sein de la Brigade, nous ne négligeons rien, pas même les friandises, les bouteilles d'alcool, ni même le vol de cartes de Chocogrenouille. »
Si l'ensemble des professeurs reconnaît être très satisfait de cette formation de la Brigade, ils tiennent toutefois à rappeler que TOUS les élèves ne sont pas soit des admirateurs de Moorehead, soit ceux de Mogg. Les « indifférents » sauront-ils faire preuve de bon sens ou défieront-ils la Brigade ? Celle-ci sera-t-elle aussi performante que l'équipe de Beauxbâtons ? Il reste une année pour le découvrir.
− On dirait que Dumbledore et Bresch ont demandé à ce que rien ne soit dit sur le passé criminel de Leo, remarqua Aurelia d'un ton naturel. Dommage, ça aurait pu dissuader davantage d'élèves.
− Peut-être, admit Mary, mais je me demande bien comment ils ont réussi à convaincre Mogg de participer. Ana, ça lui fait une sorte de préformation en tant qu'Auror, mais Mogg ? Il n'est pas dans sa nature de s'exposer comme ça… Par contre, j'ai conscience que l'idée d'Ethan est excellente, mais il n'arrange pas son cas.
− Ca, c'est sûr, approuva Lily.
Déjà dans le collimateur des prétendants de Mogg à cause des nombreuses fois où il était assis en sa compagnie pendant le petit déjeuner et le dîner, notamment parce qu'Alexa tenait à ce qu'il mange avec elle, Ethan commettait une erreur en même temps qu'un coup de maître en ayant suggéré la belle blonde de Serpentard comme dernier membre de la Brigade, car il était fort probable que les soupirants de la richissime jeune femme le soupçonne d'avoir des vues sur elle. Et les choses allaient se gâter lorsque les garçons courant après Ana la verraient discuter avec lui sans manifester la froideur qu'elle leur accordait. La préfète-en-chef était d'accord avec Alexa quand celle-ci disait qu'Ethan avait le regard de quelqu'un qui en avait vu de toutes les couleurs par le passé – elle l'avait remarqué dès leur première rencontre, chez Madame Guipure –, mais quoi qu'il ait bien pu vivre, c'étaient des dizaines d'ennemis potentiels qui risquaient de le prendre en grippe.
Consultant sa montre, Lily annonça la reprise imminente des cours. Ramassant leurs sacs dans lesquels elles glissèrent La Gazette du Sanglier, elles regagnèrent l'escalier de marbre et retrouvèrent leurs camarades de classe dans le hall d'entrée. Les plus impatients se tenaient tout près des portes closes de la Grande Salle. Nadège Sainton, apercevant sa vieille amie, adressa un signe grossier à Aurelia avec un grand sourire, la Gryffondor répliquant en ressortant son journal pour narguer la noire de Serpentard, qui agita un index d'un air de dire « Tu ne perds rien pour attendre ».
− Elle ne nous a pas encore fait le coup d'insulter des nés-Moldus, tiens, réalisa subitement Mary.
− Ils ont inversé les rôles, expliqua Aurelia. Quand elle dit à William qu'elle l'a fait, il lui répond qu'elle a eu raison, alors elle fait mine de se vexer et c'est à lui de se faire pardonner. Si ces deux-là ne sont pas fiancés à la fin de l'année, je me marie au premier mec qui me sourira après notre départ de Poudlard.
Les portes de la Grande Salle s'ouvrirent alors. Alexa sauta immédiatement sur le dos de Gardner et tendit un doigt sur les panneaux, l'air conquérant, tandis qu'Ethan et Leo, plongés chacun dans sa Gazette du Sanglier, suivaient d'un pas traînant le groupe des filles de Serpentard. Entrant derrière les garçons de Poufsouffle, Lily découvrit une Grande Salle qu'elle avait très rarement eu l'occasion de voir : les quatre longues tables avaient disparu, tout comme celle des professeurs, mais l'estrade où cette dernier siégeait était toujours là. Le professeur Bresch, l'air enthousiaste, se tenait à côté d'un gros carton fermé. Malgré sa bonne humeur évidente, il lança un regard menaçant à Alexa, qui descendit à contrecoeur du dos de Gardner. Profitant que la grande Serpentard la dissimulait, elle fit tout un tas de grimaces, puis réapparut aux yeux de son directeur d'un air innocent très convaincant.
− Salut à tous, dit le vieux sorcier. Posez vos sacs contre le mur derrière vous, vous n'aurez besoin que de votre baguette.
Les élèves s'empressèrent d'obéir et s'approchèrent du professeur Bresch, jetant quelques coups d'œil intrigués au carton.
− Avant que les choses sérieuses ne commencent, nous allons briser les illusions et approfondir la notion même du duel, dit le directeur de Beauxbâtons. Première question : qu'est-ce qu'un duel ? Caleb ?
− C'est un affrontement opposant deux sorciers, répondit Avery.
− Et c'est précisément là l'erreur qu'il ne faut pas connaître. Ana ?
− C'est la confrontation des capacités intellectuelles, magiques et instinctives entre deux sorciers.
− Dix points pour Serdaigle, approuva le professeur Bresch. La définition de Caleb n'est pas totalement fausse, mais elle se révèle trop naïve et simpliste pour être acceptable. Quand vous entamez un duel contre quelqu'un, ce n'est pas seulement son corps que vous affrontez, mais aussi son intellect, son savoir magique et ses réflexes. Vous pouvez avoir remporté vingt duels d'affilés contre les meilleurs élèves de l'école, rien ne garantit que vous ne perdrez pas contre un élève de cinquième année. Il n'est pas question d'âge, de connaissances, de taille, d'ex-petites amies au compteur ou de l'ancienneté de votre famille : seul le talent fait la différence.
Il leva sa baguette magique vers le plafond magique et en fit jaillir une très longue série de rubans qui se divisèrent en deux colonnes puis se tortillèrent pour écrire des noms. Celle de droite était très petite, composée des cinq membres de la première Brigade de la Mort, alors que celle de gauche faisait de toute évidence référence aux élèves que chacun d'eux avait vaincus. Il ne fallut guère plus d'une seconde à l'assemblée pour remarquer que Leo n'avait que trois victimes à son actif alors qu'Alexa en totalisait une bonne quinzaine, suivie de très près par Pierre Laforge.
− Voici ce que donne le talent. Je n'ai mis que les duels remportés individuellement en deux ans, car Beauxbâtons n'a plus eu le moindre trouble après la cinquième année des membres de la Brigade. Mais encore faut-il savoir ce qu'est le talent. Qui peut me dire ce dont il s'agit ?
Les élèves échangèrent des regards interrogateurs ou perplexes.
− Cassie ?
− Les qualités d'un sorcier, comme son aptitude à s'adapter et à analyser une situation.
− Dix points pour Poufsouffle. L'intellect joue un rôle primordial dans un duel, car c'est lui qui détient tout : c'est lui qui a le pouvoir d'anticiper la trajectoire d'un sortilège, lui qui puisera dans votre savoir pour identifier le sort qui vous vise, lui qui commandera à votre corps de bouger et lui encore, par exemple, qui vous permettra de trouver une faille dans la défense de la personne que vous affrontez.
Il laissa le temps aux élèves d'enregistrer ses paroles. C'était étonnamment logique une fois qu'on connaissait la réponse et qu'on réalisait que le cerveau avait toujours joué un rôle capital dans les duels livrés par le passé, songea Lily, et elle fut sûre que la plupart de ses camarades pensait la même chose qu'elle. Toutefois, l'attention générale sur le professeur Bresch, qui se penchait vers le grand carton pour l'ouvrir à la main. Certains étudiants se hissèrent pour apercevoir son contenu, mais il leur révéla ce qui était enfermé la seconde d'après : agitant sa baguette, il fit jaillir un grand nombre de balles semblant en mousse qui, une seconde plus tard, filèrent par les portes de la Grande Salle à une vitesse prodigieuse.
− A présent que vous connaissez le secret de tout duelliste digne de ce nom, revenons au cours du professeur Williams, dit-il d'un ton badin. Les balles en mousse ont à peu près les mêmes capacités que les formiath, c'est-à-dire qu'elles volent à une vitesse plus ou moins proche et vous exploseront de la peinture au visage si vous ne trouvez pas le bon sortilège à utiliser. Il y a juste une petite chose que vous ignorez, car nous avons pensé qu'il serait plus intéressant que vous la découvriez tout seuls. Nous allons commencer avec… les Poufsouffle.
Les intéressés s'avancèrent.
− Vous allez vous placer chacun et chacune devant une fenêtre et essayer d'échapper à l'attaque des formiath.
Quelque peu déconcertés par le manque d'informations sur comment y parvenir, les élèves de Poufsouffle s'alignèrent face aux hautes fenêtres, scrutant le ciel que l'on apercevait à travers, Roby se baissant légèrement pour essayer d'apercevoir l'une des balles. Le professeur Bresch recula au niveau des spectateurs et, sa baguette dans le dos, donna un léger coup.
Huit balles fusèrent aussitôt à travers les fenêtres, vagues silhouettes floues et jaunâtres. Trois d'entre elles s'écrasèrent sur les poitrines de Roby, Wheeler et Sarah, deux autres atteignirent Brythe et Cecilia Barnes à l'estomac, alors que deux autres encore explosaient aux pieds de Patricia Hare et de Patrick Griggs, mais les choses se passèrent différemment pour Cassie, qui sembla avoir senti l'attaque et parvint à arrêter la course du projectile à l'aide d'un sortilège de Lévitation, qu'elle relâcha à bonne distance d'elle, où la balle explosa en tombant au sol, répandant une éclaboussure de peinture sur le sol.
− Une sur huit, ce n'est pas très encourageant, commenta le professeur Bresch sur le ton de la conversation. Alignez-vous à côté de l'estrade, les Poufsouffle. Au tour des Serpentard.
Le résultat fut indéniablement meilleur, même si Lily crut voir le directeur de Beauxbâtons hocher la tête d'un air quelque peu mitigé. Avery, Mulciber, Beauchesne, Berkelay et Gardner furent touchés, alors que Wilkes s'écartait vivement de la trajectoire de son projectile, que Rogue faisait exploser le sien à une bonne distance de lui à l'aide d'un Expelliarmus, qu'Ethan se défendait en créant un bouclier d'énergie sur lequel dégoulina la peinture jusqu'à ce qu'il annule son Protego et, pour finir, que Mogg use d'un écu d'un vert argenté, aussi grand qu'elle, pour échapper à l'éclaboussure. Alexa s'en sortit sans nul doute le mieux, car la balle en mousse heurta une sorte de champ invisible à l'instant précis où elle franchit la fenêtre.
− Aux Gryffondor.
Les Serpentard rejoignirent les Poufsouffle, tandis que Lily, ses amies, les Maraudeurs et Leo s'avançaient. Ils attendirent, puis la préfète-en-chef comprit comment ses camarades avaient su que les balles approchaient : une seconde avant que celles-ci n'entrent, elle entendit un étrange bruit, presque inaudible et ressemblant à un frottement entre deux métaux. Elle réagit un instant plus tard, faisant faillir de sa baguette une énorme bulle d'eau de la taille d'un piano, dans laquelle la balle pénétra en éclatant, la peinture se répandant dans la bulle. Un autre mouvement de baguette et le sortilège alla éclater contre le mur d'en face.
Jetant un regard autour d'elle, elle remarqua que seuls James, Sirius, Leo et Leonie n'étaient pas tachés. Comment avaient-ils réussi ? Elle était à peu près certaine que personne ne souhaitait copier sur les autres pour se protéger, comme pour donner un coup de pouce à leurs camarades pour le devoir du professeur Williams. Rayonnante, le petit bout de femme-enfant se jeta sur la préfète-en-chef pour la serrer chaleureusement contre elle, puis les Gryffondor rejoignirent à leur tour l'estrade, tous les peinturlurés débarrassant leurs vêtements de la saleté d'un coup de baguette.
− Les Serdaigle, pour finir.
Ceux-ci s'en sortirent plus ou moins. Chez les garçons, Philip Ells, Chris Matthain et Olivier Lambert furent touchés, mais Ash eut la bonne idée de faire apparaître un aquarium juste devant la boule de mousse, le récipient se brisant en s'écrasant au sol et répandant des gouttelettes de peinture autour de la zone d'impact, tandis que Jason Greggson, chanceux, n'avait rien eu à faire, le projectile ayant heurté le liteau de la fenêtre pour exploser aussitôt. Sans surprise, Lily constata qu'Ava avait réussi en s'enveloppant dans un dôme invisible, la peinture dégoulinant comme elle l'avait fait sur le charme de Bouclier d'Ethan. Il fut toutefois plus surprenant de constater que Melanie Barnes, elle-même étonnée de sa réussite, avait neutralisé la balle grâce à un sortilège de Venviolent qui avait dévié la « menace » au-dessus d'elle et était allée s'écraser des mètres derrière elle. Les autres jeunes femmes, en revanche, furent toutes atteintes.
− Bien, dit le professeur Bresch en emboîtant le pas aux Serdaigle qui se dirigeaient vers l'estrade. Enfin, non, pas bien : si nous avions subi une attaque de véritables formiath, il n'y aurait que quatre survivants : Leo, Alexa, Lucretia et Leonie. Leo, dis-nous pourquoi au lieu de te mettre le doigt dans l'oreille…
− Trop lents.
− Exactement ! approuva le directeur de Beauxbâtons d'un ton vif. Vous vous croyez à Poudlard parce que vous y êtes, il y a un juste un petit détail que vous oubliez : vos cours ne représentent pas la réalité. Si nous subissions une véritable attaque, il n'y aurait que les quatre que j'ai cités qui sauraient nous protéger. La raison en est que, même si j'ai beaucoup apprécié votre ingéniosité dans vos sortilèges, ceux-ci soit lents, soit dangereux pour les personnes qui vous entoureraient. Ana et Ethan sont coupables de la même erreur : ils ont été forcés d'attendre d'être sûrs que la peinture ne les attendrait pas pour lever leur sort, alors que Sirius, Severus, Cassie, Kenny et tous les autres pensant avoir réussi l'exercice ont fait la pire chose qui soit : croire qu'ils étaient seuls face aux balles. Les formiath attaqueraient pendant un repas, ils auraient été autant coupables qu'eux dans la contamination des élèves. On recommence !
