Le mercredi suivant, l'atmosphère de Poudlard était totalement différente. On sentait toujours une certaine excitation suite à la confirmation que le tournoi de duel serait organisé, mais quelque chose d'autre prenait le dessus : une malveillance s'était insinuée, comme si les émotions négatives accumulées en septembre commençaient à faire surface, annonçant déjà tout un tas de troubles divers. Dans l'un de ses nouveaux délires, Silver s'était déguisé en moine bouddhiste pour méditer sur son bureau de la Brigade de la Mort afin de « pressentir » le premier méfait qui serait commis. Les nés-Moldus paraissaient plus à l'affût, visiblement conscients que quelque chose se préparait. Si aucune rixe n'avait été encore rapportée, le nombre de points retirés par James et Lily n'avait cessé de croître en seulement quatre jours. Une seule chose était certaine, cependant : comme l'avait signalé Dumbledore, Harry avait du souci à se faire. Effet de son imagination ou non, il lui semblait que la bande de Rogue se montrait un peu trop attentive à ses mouvements. Les garçons de Serpentard interrompaient brutalement leurs conversations à chaque fois qu'il apparaissait, lui lançaient des petits coups d'œil furtifs et, la veille, il avait remarqué que Wilkes et Avery se révélaient particulièrement intéressés par ses résultats pendant les cours.

Harry était parfaitement conscient qu'ils ne doutaient plus qu'il n'était pas un admirateur de Lord Voldemort, mais ça ne le rassurait pas du tout. Fomentaient-ils quelque chose contre lui ? Avaient-ils découvert une quelconque information mettant sa simple existence en doute ? Midori s'était donné du mal pour qu'« Ethan Potter » appartienne à cette époque, mais Harry était presque sûr qu'il n'avait pas pensé à tous les détails. Après avoir évité le Mangemort venu sonner chez lui, Voldemort s'était-il intéressé à lui d'un peu trop près ? Avait-il chargé un mage noir d'enquêter jusqu'en Australie ? Les Serpentard auraient-ils reçu une sorte de mission le concernant ? Harry écartait ces questions systématiquement, mais elles revenaient sans cesse. Un danger semblait planer tout autour de lui.

S'asseyant derrière Alexa et Silver, à la dernière table de la classe de métamorphose, Harry regarda avec amusement la très belle française remonter sa jupe juste au-dessous de sa culotte pour essayer d'attirer l'attention de son ami. C'était toujours le même manège et toujours le même résultat : le Gryffondor ne remarquait rien, contrairement à d'autres. Après près d'un mois à la fréquenter, Harry avait compris qu'Alexa n'était ni pudique, ni soucieuse d'émoustiller des garçons qui l'indifféraient. Si une chose lui échappait, toutefois, c'était sûrement son désir insatiable de faire de Silver et de lui-même ses amoureux. Même s'il n'avait pas les mêmes « privilèges » que le Dieu de la Mort, la Reine ne ratait jamais l'occasion de l'aguicher.

− Bien, dit le professeur McGonagall en refermant la porte derrière les filles de Serdaigle, arrivées en dernier. Nous avons vu les sortilèges de Reproduction en septembre, mais c'est à présent un sujet plus complexe que nous attaquons cette fois-ci : les sortilèges d'Apparition sont, comme leur nom l'indique, destinés à faire apparaître tout objet dont vous auriez besoin. S'il est une erreur à ne pas commettre, cependant, c'est d'associer l'Apparition au Transfert. Qui peut me dire pourquoi ? Potter ?

− Contrairement au Transfert, il n'est pas nécessaire de connaître l'endroit où se trouve l'objet à faire apparaître.

− Cinq points pour Gryffondor.

Elle tira sa baguette magique et, d'un simple geste, fit surgir le trône d'or que Dumbledore occupait à tous les repas. D'une autre secousse, elle le fit disparaître.

− Les sortilèges d'Apparition ne réclament pas de connaître le lieu où est stocké ce qu'on souhaite faire apparaître, il suffit juste que cette chose existe, reprit-elle. Mais n'allez pas croire que c'est aussi simple : tout objet à matérialiser doit être connu par sa forme, sa matière, sa structure et son apparence. Il est techniquement impossible de faire apparaître un fauteuil en cuir seulement parce que vous savez que c'est un fauteuil en cuir : il faut connaître sa couleur, ses dimensions, son poids, etc. Les mêmes contraintes que la Disparition se retrouvent avec les sortilèges d'Apparition, bien sûr. Plus la structure est complexe et plus il est difficile de réussir à matérialiser la chose voulue.

Harry songea que c'était comme demander à quelqu'un de mémoriser chaque page, chaque ligne, chaque photo et chacune des publicités d'un magazine, mais il se montra le plus attentif possible aux explications du professeur McGonagall. Il sentait plus qu'il ne voyait les garçons de Serpentard lui lancer quelques regards dès que l'épreuve pratique commença, à la seconde heure : entassés dans une boîte posée sur le bureau du professeur McGonagall, des trombones devaient être matérialisés sur la table de chaque élève. L'exercice se révéla plus facile que prévu, même si Harry ne put faire mieux qu'un demi-trombone. Le principe était un peu le même que les sortilèges de Disparition, mais en plus compliqué.

A moins d'un quart d'heure de la fin du double cours, Vallys apparut sur la table sous sa forme adolescente. Avant qu'elle ne siffle, Harry sentit que quelque chose n'allait pas. La darderan semblait étrangement tendue.

Formiath en approche ! siffla-t-elle.

− FORMIATH ! cria aussitôt Harry.

Bien qu'annonceur, il ne fut pas le plus rapide : réagissant à une vitesse incroyable, Silver avait déjà sorti sa baguette et la brandissait vers les fenêtres lorsque la chaise de Harry, renversée par le bond qu'il avait fait, heurta le sol. Faisant volte-face, Harry leva lui aussi sa baguette. Les fenêtres semblèrent enveloppées par un halo de chaleur une seconde plus tard, à l'instant précis où presque tout le monde put entendre l'étrange frottement métallique que produisait l'arrivée des formiath. Une bonne vingtaine d'entre eux apparut une fraction de seconde plus tard, s'écrasant dans un déluge de sang noir, plus épais et poisseux que de l'encre. Etrangement, Harry eut l'impression d'entendre une simple pluie s'abattre sur les vitres.

Il jeta toutefois un regard par-dessus son épaule, conscient que Silver et lui n'étaient pas les seuls à être intervenus. En fait, la Brigade de la Mort au complet avait réagi : alors que la plupart des élèves s'étaient laissé surprendre par son alerte, Alexa, Ana et Mogg avaient immédiatement orienté leurs baguettes sur les fenêtres. Le professeur McGonagall, qui avait également contribué à renforcer les vitres, traversait la salle de classe d'un pas vif alors que les derniers formiath s'écrasaient contre les fenêtres ensorcelées dans un mélange de clapotement et d'éclaboussures.

Dès que le bombardement prit fin, le professeur McGonagall ouvrit précautionneusement une fenêtre et fit surgir du néant une petite bouteille. Lévitant, le flacon recueillit une généreuse quantité de sang puis, d'un autre coup de baguette, la sorcière le scella.

− Miss Evans, je vous prie d'apporter ceci au professeur Slughorn, de l'avertir de l'attaque et de dire que nous aurons peut-être besoin de son stock de potions de Régénération sanguine, dit-elle en posant le flacon sur la table de Lily. L'ancien Potter, allez tout de suite à la tour Gryffondor pour faire un constat des dégâts comme des blessés. Miss Barnes, faîtes en de même à la tour Serdaigle. Silver, veuillez organiser tous les autres élèves, je dois aller m'entretenir avec le directeur.

Le français se leva immédiatement et s'avança jusqu'au bureau du professeur McGonagall alors que celle-ci sortait.

− Camarades, nous avons été touchés de toutes parts, déclara-t-il, mais nous n'avons pas le temps de nous apitoyer sur vos réflexes merdiques et votre réactivité à vomir… sans vouloir vexer qui que ce soit, bien. Le problème, c'est que comme je ne fais que parler sans transmettre les consignes, on perd encore plus de temps, alors je vous prierai de bien vouloir la fermer dès à présent.

− Tu pourrais te magner ?! lança Aurelia.

− J'allais me dire la même chose, avoua Silver. Vice-capitaine Ninie, tu emmènes les Gryffondor aux septième et sixième, l'vieux Dumby, l'vieux Breschy et les vieux profys auront besoin de connaître l'ampleur des dégâts et des pertes subis. Vice-capitaine-du-vice-capitaine Jo', tu prends les Serdaigle et vous faîtes la même chose aux cinquième et quatrième. Le Bras de la Mort et les autres compagnons de la Brigade restent là, par contre. Lieutenant Cassie Lindon, pareil avec les Poufsouffle au troisième et au deuxième. Criminel Beauchesne, les Serpentard font le premier et le rez-de-chaussée.

Les élèves quittèrent la salle avec plus ou moins d'entrain, Leonie étant sans surprise la plus enthousiaste puisqu'elle avait le grade le plus élevé et commandait les Gryffondor. Il ne reste plus que la Brigade magique, mais Silver mit un certain temps à reprendre la parole. Harry eut la nette impression qu'il tendait l'oreiller pour essayer d'entendre une quelconque critique sur lui.

− Nous, Brigadiers de la Mort, allons faire du ménage, reprit-il alors. Ana, tu iras dans la cour de métamorphose pour faire en sorte qu'aucun abruti n'approche des murs et des flaques de sang. Si tu peux les nettoyer, fais-le. Alexa, Lucretia et Ethan, vous vous occuperez de la façade et du parc. Quant à moi, je vais faire les serres et le stade de Quidditch. Je pense qu'il serait préférable que les filles se déguisent en soubrettes pour être plus efficaces…

− Cours toujours, dit la Serdaigle.

− Moi, je veux bien, indiqua Alexa avec enthousiasme. Je serai tellement sexy qu'Ethan se jettera sur moi, Lucretia voudra s'interposer et ça finira en plan à trois, alors Ana croira qu'il nous agresse et se joindra à nous pour se sacrifier, puis Leo nous apercevra et sera si excité qu'il me fera un bébé !

Harry vit Mogg s'efforcer de réprimer un sourire, ses lèvres frémissant, mais Ana se contenta de hocher la tête d'un air mi-amusé, mi-désespéré.

− Allez, c'est parti ! Compagnons de la Mort, en avant ! scanda Silver.

Et il se précipita à l'extérieur alors que les autres se levaient de leurs chaises. Lorsqu'ils sortirent de la classe, Silver s'était déjà assez éloigné pour être hors de vue. Ana se sépara de Harry, Alexa et Mogg à la première intersection, prenant le chemin de l'escalier menant à la cour de métamorphose. Lorsqu'ils passèrent devant des fenêtres, ils virent que le château tout entier semblait avoir été attaqué, car les vitres ici aussi étaient entachées par le sang poisseux des formiath.

Atteignant le Grand Escalier, ils croisèrent des élèves de quatrième année qui montaient les marches en hâte, des caisses de bois remplies de potions écarlates flottant devant eux.

− Je me demande quand même pourquoi ces créatures s'acharnent sur des étudiants, dit Alexa. Si ça se trouve, elles ont été créées par un vieux pervers qui cherche à tuer tous les hommes afin d'être le dernier mâle au monde, ou alors c'est Leo qui en fabrique pour convaincre toutes les filles de la Brigade de mettre des costumes de soubrette… Hé ! Il a oublié de me passer le mien !

− Tes admirateurs en sont plus déçus que toi, je parie, dit Harry.

Ils arrivèrent dans le hall d'entrée. Un grand nombre de formiath semblait être passé par les immenses portes, s'éclatant sur le sol dallé en produisant de longues éclaboussures de sang. Des élèves de sixième année commençaient déjà à nettoyer, mais plusieurs garçons redoublèrent d'effort à la vue d'Alexa et de Mogg, l'un d'eux essayant même de se faire passer pour le chef de l'équipe en jetant un coup d'œil rempli d'espoir aux deux jeunes femmes. Toutes deux l'ignorèrent superbement. Lançant un regard méfiant au linteau, juste au cas où du sang de formiath n'en goutterait pas, les trois Serpentard sortirent.

Si le parc semblait avoir été plutôt épargné, la façade du château était constellée de taches noires et luisantes. Comme dit le mois dernier par Lorca, la trajectoire des formiath n'était pas totalement assurée, car nombre d'entre eux s'étaient écrasé sur le mur et les remparts. La majorité des fenêtres avait cependant été détruite par l'assaut.

− Ils devaient être sacrément nombreux, commenta Alexa d'un ton badin. Bon, pourquoi ne pas faire notre plan à trois tout près du lac ?

Harry lui lança un regard désabusé. La française poussa un profond soupir exaspéré et consentit à retrouver son sérieux.

− D'accord, d'accord, on le fera une autre fois, marmonna-t-elle en levant les yeux sur la façade. A la place, on va faire un concours : celui ou celle qui atteint la tâche la plus haute pourra donner un gage aux deux autres. On n'est pas des Brigadiers de la Mort si on ne se lance pas quelques défis, après tout !

Et il fallut aller très haut. Partant des taches les plus basses, ils se retrouvèrent bientôt lancés dans un concours de précision que Harry peinait à suivre tant Alexa et Mogg visaient bien, mais il ne baissa pas les bras pour autant. L'idée que son amie ait le pouvoir de soumettre un gage ne le rassurait pas du tout, aussi lutta-t-il, s'appliqua-t-il pour ne pas se faire distance par les deux jeunes femmes. Les sortilèges de Récurage s'envolaient toujours plus haut, redescendant un étage quand ils se rendaient compte qu'ils avaient loupé une trace de sang, et atteignaient déjà le quatrième étage lorsque Mogg, dans un jet de lumière, se retrouva en tête et que le professeur McGonagall, passant les portes du château, les interpella.

Humpf ! dit Alexa.

Mogg afficha son sourire si charmeur et rarement vu en public, mais contrairement à samedi, elle ne s'empressa de le faire disparaître. Comprenait-elle qu'elle n'intéressait pas Harry et qu'elle n'avait rien à craindre à se montrer telle qu'elle était au naturel ou avait-elle simplement oublié qu'il était là ? Il n'aurait su le dire et il s'en fichait pas mal, il comprenait de mieux en mieux pourquoi elle était si convoitée. Ce n'était pas seulement pour sa fortune, pour sa beauté ou pour son nom de famille, il y avait sûrement ce sourire ravageur, incroyable qui participait à son succès.

− Sachez que le directeur a attribué soixante-dix points à Serpentard pour votre avertissement, Potter, mais aussi pour votre réactivité à tous les trois, annonça la sorcière. Potter, une délégation du ministère doit arriver dans quelques minutes, dont un employé du département de contrôle et de régulation des créatures magiques qui souhaiterait en savoir plus sur votre serpent. J'imagine que c'est lui qui vous a averti de l'approche ?

Il ne s'étonna même pas qu'elle l'ait deviné.

− En effet, professeur.

− Comment a-t-il su ?

− Vallys peut fournir différents venins, expliqua Harry. Quand nous sommes arrivés à Poudlard, je lui ai demandé d'ériger une barrière autour de Poudlard pendant qu'elle chassait.

− Une barrière ? Quel rapport avec ses venins ? s'étonna le professeur McGonagall.

− L'un d'eux agit comme un… un détecteur, en quelque sorte. Si elle en répand à divers points autour d'un endroit, elle est capable de savoir quand quelqu'un franchit la barrière, mais il faut qu'elle la renouvèle régulièrement, surtout en cas de pluie et de neige.

Le professeur McGonagall hocha simplement la tête, assez déconcertée par les pouvoirs de Vallys.

− Je vois… Bien, je vais aller prévenir le professeur Brûlopot que vous allez faire une présentation de votre serpent. Misses Fellini et Mogg, pourriez-vous donner un coup de main aux professeurs et à Madame Pomfresh, s'il vous plaît ? Les élèves à avoir été atteints par le sang de formiath sont en constante augmentation.

− Aucun souci, professeur, dit Alexa d'un ton joyeux.

Tandis qu'elles s'éloignaient toutes les trois, les deux Serpentard vers l'escalier de marbre, le professeur McGonagall vers le couloir desservant la rédaction de La Gazette du Sanglier et les locaux de la Brigade, Harry entendit Alexa dire :

− Je me demande si Leo pourrait m'avoir un costume d'infirmière, aussi.

Il sourit en secouant la tête et se retourna pour observer le portail de l'école. Le professeur McGonagall ne lui avait rien dit sur ce qu'il devait faire, mais il se doutait qu'elle repasserait par ici avec son collègue des soins aux créatures magiques. Tout ce qu'il avait à faire, c'était d'attendre que les deux enseignants reviennent et que cette délégation du ministère arrive. Etait-il normal que le ministère envoie des représentants ? Il n'en avait jamais rien fait lors de sa deuxième année, alors que le Basilic agressait les nés-Moldus, mais peut-être la menace des créatures d'Anteras, associée à la guerre contre Voldemort, exigeaient que le gouvernement se montre plus présent, plus actif que jamais – surtout que l'Ennemi visait des élèves au lieu de sorciers et de sorcières aguerris.

Pourquoi, d'ailleurs ? Pour cet acharnement sur des adolescents ? Anteras craignait-il que des héros en devenir fassent leur apparition ? Soupçonnait-il que le Champion d'Alterion puisse se trouver dans une école de sorcellerie ? Ou bien attaquait-il Poudlard parce qu'il avait découvert que Lorca y enseignait ? A présent qu'il y réfléchissait, la venue de la Nehoryn ne faisait pas seulement penser à une éventuelle tentative de s'allier à Dumbledore : l'Ennemi pouvait très bien avoir interprété toute la manœuvre comme une stratégie pour veiller sur le Champion d'Alterion.

Les professeurs McGonagall et Brûlopot le rejoignirent. Harry n'avait jamais prêté beaucoup d'attention au sorcier pendant les deux années où il avait enseigné, dans son ancienne vie, mais à présent qu'il le rencontrait, le Serpentard comprenait bien mieux ce que le Dumbledore du futur entendait par son départ à la retraite « afin de s'occuper plus longuement des derniers membres qui lui restaient. » L'homme était un solide gaillard au visage, aux mains et bras ravagés de cicatrices. Il avait perdu un morceau de son oreille gauche, son nez était continuellement noirci comme s'il avait été rôti pendant des heures, il n'avait plus qu'une seule main et, lorsqu'il posa le pied gauche, Harry entendit un grincement indiquant qu'il avait une jambe de bois articulée.

− Ca tombe bien, j'avais l'intention de vous convoquer, Potter, dit-il.

Le professeur McGonagall passa à côté du Serpentard et sortit pour rejoindre le portail afin d'y accueillir les visiteurs alors que son collègue se penchait légèrement devant Harry pour mieux observer Vallys, qui encerclait le cou de Harry.

− C'est une femelle à ce que m'a dit Ash, c'est ça ?

− Oui, monsieur. Une matriarche, ce qui fait d'elle une darderan particulière.

Leur attention fut détournée par des craquements étouffés, lointains. Tournant la tête, ils virent trois personnes apparaître à l'extérieur de Poudlard et s'approcher des grilles, que le professeur McGonagall atteignit au moment même où Silver quittait les serres. De toute évidence, le Gryffondor avait compris qu'il ne servirait à rien d'inspecter le stade de Quidditch, l'attaque s'étant concentrée sur le château et les serres. Il atteignit le large escalier en même temps que la délégation du ministère, mais accéléra brusquement l'allure pour être le premier à en gravir les marches. Harry sentit sa directrice de maison sur le point de lui jeter quelques mots tranchants comme des lames affûtées au visage, mais elle se retint et Silver, avec une expression digne d'un champion venant de remporter une compétition particulièrement éprouvante, s'arrêta devant son compagnon de Mort.

− Formation dans vingt minutes, Chouchou Stratège aux Yeux Rouges de la Mort, dit-il.

− Heu… Si je peux, je dois présenter Vallys au professeur Brûlopot et au ministère.

− Dans onze minutes, alors.

Et il s'éloigna vers la porte descendant aux sous-sols sous le regard interloqué du professeur Brûlopot. A la tête du trio que le ministère de la Magie avait envoyé, la directrice-adjointe de Poudlard s'arrêta dans l'encadrement des portes, à un mètre de Harry et de son collègue. Une femme blonde, grande et mince, le visage arrogant d'une pâleur glacée, attira particulièrement l'attention du Serpentard. Elle ressemblait vaguement à quelqu'un, se dit-il, mais il fut surtout impressionné par sa stature, sa fringance : même sans être très jolie, il émanait d'elle une aura de sensualité qui la rendait très désirable – et Harry eut la très nette certitude que ce n'était pas son collègue, un peu plus jeune qu'elle, qui dirait le contraire, car elle lui faisait visiblement de l'effet.

− … ce qui la motive, mais elle s'est parfaitement montrée à la hauteur quand les formiath ont attaqué, disait le professeur McGonagall à la sorcière.

La femme manifesta l'ombre d'une certaine satisfaction, jeta un bref coup d'œil à Harry et arrêta son regard brun droit sur le professeur Brûlopot, le détaillant rapidement.

− Tu aurais dû renoncer à l'enseignement, Ryan, commenta-t-elle avec indifférence.

− Il fallait m'épouser, plaisanta le professeur Brûlopot.

Un sourire à peine perceptible étira les lèvres de la sorcière, qui reporta toute son attention sur Harry et Vallys.

− Je te laisse aux bons soins de Ryan et de Potter, Astrea, dit le professeur McGonagall.

Et elle entraîna les deux autres sorciers vers l'escalier de marbre alors que le professeur Brûlopot, d'un élégant geste de la main, invitait la femme et Harry à le suivre en direction du couloir du rez-de-chaussée. Ils passèrent la porte sans échanger un mot et rejoignirent l'une des dernières portes. De mémoire, le Serpentard ne se souvenait pas que Hagrid eût un bureau – sauf peut-être sa maison, située au fond du parc et à proximité de la lisière de la forêt interdite –, mais celui de l'actuel professeur de soins aux créatures magiques était plutôt fascinant. Les murs étaient complètement recouverts de photos, de peintures et de posters montrant toutes sortes de créatures, alors que sur de longues tables, des aquariums, des vivariums et des cages étaient parcourus par d'autres animaux typiques du monde magique. Une tortue orange à la carapace aux reflets cuivrés pénétrait très naturellement dans un feu de bois, une sorte de caméléon à deux queues coupait d'un coup de langue de hauts brins d'herbe à la manière d'un paysan et les emmenait jusqu'à sa gamelle et de petits poissons aux longues nageoires semblaient participer à une partie de cache-cache avec un autre beaucoup plus gros.

− Jolie collection, commenta la dénommée Astrea en observant un oiseau de la taille d'un poing, le plumage sombre, saisir entre ses pattes une grosse branche pour essayer de trouver de la nourriture dessous. J'ai appris que tu avais fait une demande pour faire venir un Cocatrix ?

− Pour les élèves de septième année, approuva le professeur Brûlopot, mais avec ces créatures mystérieuses qui traînent un peu partout, l'un de tes collègues m'a dit que l'autorisation risquait de prendre un certain temps. Asseyez-vous, Potter.

Resté debout en attendant d'en avoir l'invitation, Harry s'assit sur l'autre chaise faisant face au bureau du sorcier.

− Vallys ? appela-t-il.

La darderan se réveilla instantanément et glissa dans la main qu'il présentait. Il la posa sur le bureau, où Vallys retrouva sa taille adolescente, faisant soulever un sourcil à la sorcière.

− Vous savez que ce genre de serpents n'existe pas, Mr Potter ? interrogea-t-elle en attrapant le parchemin et la plume que lui présentait le professeur Brûlopot. Ou plus exactement, les archives sur les créatures magiques australiennes ne font aucune mention d'une telle espèce, et c'est d'ailleurs la raison de ma venue : le ministère se demande s'il ne s'agit pas d'un gerfaut.

− Je vous assure que non, madame.

− Ne soyez pas sur la défensive, dit Astrea d'un ton très calme. Quand bien même elle serait une gerfaut, nous n'avons pas la moindre intention de l'abattre tant qu'elle ne se montre pas dangereuse, ce qui ne semble être son cas puisque c'est grâce à elle que vous avez pu sauver vos camarades, à ce que m'a racontée Minerva. Ma présence est motivée par notre désir à savoir davantage de choses sur des créatures que nous ne connaissons pas ou peu.

Le professeur Brûlopot et elle inscrivirent rapidement quelques petites choses sur leurs parchemins. Harry vit qu'ils étaient juste en train de noter le prénom de Vallys, ainsi que les pouvoirs qu'ils lui connaissaient déjà.

− Comment s'appelle l'espèce de votre serpent ? demanda alors Astrea.

− C'est une darderan.

− Combien de venins peut-elle produire ?

− Pour le moment, cinq, répondit Harry en se remémorant la fiche donnée par Ily. Quand elle aura atteint sa taille adulte, sa capacité de production sera entre sept et dix.

− Combien seront dangereux ?

Harry lança un regard interrogateur à Vallys.

Trois, siffla la darderan.

− Trois, répéta-t-il.

Astrea fit bondir son regard de Harry à Vallys.

− Qui comprend qui ?

− Nous nous comprenons tous les deux, confia le Serpentard, tout comme elle vous comprend. Au sein des darderans, il est une classe appelée « matriarche » qui confère des pouvoirs supérieurs aux serpents qui l'obtiennent. Vallys comprend nombre de langages et ne cesse d'apprendre. Elle n'arrivera jamais à connaître toutes les subtilités de la langue humaine, mais elle est déjà capable de communiquer avec les chouettes et les hiboux, les chats, les chiens, les araignées, les souris et… les chauves-souris, c'est ça ?

Vallys acquiesça sous les regards très intéressés de la sorcière et du professeur Brûlopot. Bien d'autres questions fusèrent à mesure que les réponses intriguaient ou portaient à creuser le sujet, notamment sur les bains que la darderan aurait à recevoir quand ses écailles verdiraient, sur la nature de ses cinq poisons, sur la taille qu'elle atteindrait une fois adulte. Le plus pénible fut sans conteste d'avoir à expliquer comment Harry réussissait à la comprendre, mais il inventa sans trop de difficulté le plus gros mensonge acceptable, prétendant que la marque de serpent stylisé sur son poignet lui conférait la capacité à comprendre ce que Vallys sifflait. Le professeur Brûlopot se montra tout aussi curieux, demandant ce que la darderan mangeait, quel était son cycle de sommeil, si elle bénéficiait d'une protection magique, quelle était son espérance de vie, etc.

Harry ne fut pas mécontent que l'entrevue se termine, mais il sentit un regard intense d'Astrea sur sa nuque. Croyait-elle à son mensonge sur sa capacité à comprendre Vallys ? Ou bien ne croyait-elle pas que la darderan ait été une créature naturelle, voire même présente en Alterion ? Il l'ignorait, mais la femme le perturbait. Il n'arrivait ni à savoir pourquoi elle lui rappelait quelqu'un, ni même à résister à cette sensualité qui émanait d'elle. C'était comme s'il avait été confronté à une Vélane, mais dont le pouvoir aurait été à la fois plus puissant et humain. Ce n'était pas comme s'il la désirait, mais elle le fascinait par bien des choses.

Passant la porte menant au hall d'entrée et prenant la direction de l'escalier descendant aux sous-sols, Harry lança un coup d'œil à sa montre et arqua un sourcil. Silver était-il devin ? Le temps qu'il atteigne la salle où le Gryffondor et Alexa devaient former le reste de la Brigade, il se serait écoulé onze minutes depuis que le Dieu de la Mort l'avait quitté.

− Chouchou !

A mi-chemin entre le rez-de-chaussée et les sous-sols, Harry se retourna sur Alexa, habillée d'un costume de soubrette, qui était accompagnée d'Ana et de Mogg. Bien malgré lui, il ne put s'empêcher de contempler ses longues jambes bronzées, tout comme il remarqua sans peine que, sans l'uniforme habituel, la splendide française avait une poitrine bien plus gâtée qu'il ne l'aurait soupçonné. Descendant les marches sans se soucier de savoir si sa jupe, très courte, révélait sa culotte, dont la couleur vert menthe apparut à plusieurs reprises à Harry, Alexa se jeta à son cou et déposa un baiser chaleureux sur sa joue, comme si c'était lui qui lui avait offert le costume.

− Comment je suis ? s'enquit-elle en tournant sur elle-même.

− Faut reconnaître que ça te va bien, admit Harry en toute sincérité. C'est ça, ton gage ?

− Non, mon gage ne sera découvert qu'à Noël, répondit Alexa, mais comme Leo se doutait que je voudrais du costume, il a chargé Firagan de m'en amener un.

Il fallut quelques secondes, alors qu'ils descendaient tous ensemble les dernières marches, à Harry pour se souvenir de qui était Firagan. Ce n'était pas la première fois qu'il en entendait le nom, mais sa mémoire mit un petit moment à faire ressurgir le souvenir du premier petit déjeuner de l'année scolaire : c'était le professeur Bresch qui y avait fait allusion le premier alors qu'il demandait à Silver d'appeler Firagan s'il n'était pas revenu le midi même.

− Silver peut l'appeler ? Ce n'est pas un hibou ou une chouette, n'est-ce pas ? dit-il, perspicace.

− Je ne parlerai qu'en présence de mon costume d'infirmière, décréta Alexa.

Ana sourit, visiblement informée du nouveau délire de la splendide Serpentard, qui sauta bientôt juste devant la porte de la pièce où la Brigade organisait ses formations. Harry n'y avait été qu'une seule fois, mais il savait que Silver avait protégé les couloirs avoisinant de toutes sortes de sortilèges qui le préviendraient si quelqu'un s'approchait d'un peu trop près.

− C'est nous ! lança Alexa en entrant.

Si les murs nus, le sol poussiéreux et les torches enflammées étaient les mêmes que la dernière fois où Harry, Ana et Mogg s'étaient présentés dans le cachot, Silver avait quand même apporté quelques modifications à l'ameublement. Cinq fauteuils y avaient été amenés, chacun d'un cuir à la couleur de la maison d'un Brigadier – un bleu pour la Serdaigle, trois verts pour les Serpentard et un rouge pour le Gryffondor.

Alexa se précipita vers Silver pour lui montrer l'allure que lui donnait son costume de soubrette, le fondateur de la Brigade ne se gênant pas pour soulever la jupette de son amie qui, à l'évidence, s'en réjouit. Du coin de l'œil, Harry vit Ana hocher la tête d'un air désabusé. S'asseyant dans l'un des fauteuils vert sombre, le Serpentard regarda Mogg et la française s'installer à ses côtés, tandis que le Gryffondor avalait une dernière gorgée du liquide contenu de sa flasque avant de la ranger.

− Nous avons quelques problèmes, révéla-t-il. Le premier, c'est que la Brigade n'est toujours pas prise au sérieux. Sans nul doute à cause d'Alexa et de sa manie à porter des sous-vêtements verts…

− Viens me les enlever, l'encouragea la française.

− Silence, Culotte Verte de la Mort, je parle.

− Connard…

− Et fier, assura Silver en tirant une longue pipe d'un pli de sa robe de sorcier. Quoi qu'il en soit, la Brigade sera bientôt la cible de merdeux qui pètent plus haut que leur cul et n'ont pas conscience du danger qu'ils encourent à nous défier. Soyez-en bien conscients, compagnons de la Mort : nous sommes une seule entité. Si je dis qu'Ethan doit embrasser Ana devant tout le monde pour une raison ou une autre, il a intérêt à lui rouler la pelle de sa vie s'il ne veut pas disparaître mystérieusement et se réveiller à poil au milieu de la forêt interdite une semaine plus tard.

− Je préférerais qu'il se réveille dans mon dortoir, confia Alexa d'un air rêveur.

− Ce n'est pas impossible que ça arrive.

Le Gryffondor, après avoir bourré sa pipe de tabac, l'alluma d'un claquement de doigts et prit une grande bouffée.

− Bref, pour en revenir au sujet principal, je vous annonce que nous sommes tous menacés. Mon Super Espion de la Mort a entendu des choses. Etant donné que je risque une expulsion si jamais je trahis la promesse faite à Bresch, je vais devoir faire profil bas et disparaître jusqu'à ce que vous ayez démontré que la Brigade n'est pas à prendre à la légère. Les raisons de leurs projets sont aussi puériles, grotesques et perverses que naïves. Ana, certains de tes soupirants pensent que le fait d'appartenir à la Brigade te donne le droit d'utiliser la salle de bains des préfets : je veux que tu leur donnes raison et les attire là-bas pour qu'Alexa leur tombe dessus.

La Serdaigle ne parut guère convaincue, mais elle opina quand même. Sentait-elle la menace présentée par Silver ou avait-elle à cœur à se débarrasser, tout comme Mogg, de certains de ses prétendants ? Harry se le demandait bien, mais il fut assez impressionné qu'Ana accepte aussi facilement.

− Lucretia, poursuivit le Gryffondor, trois cinquième année de Serpentard fantasment tellement sur toi qu'ils menacent l'un de leurs camarades de Poufsouffle de lui éclater la tête s'il ne soulève pas ta jupe pour qu'ils puissent prendre une photo de ta culotte. Puisque les actions punitives sont exclues, Ana protégera le Poufsouffle et Alexa, ainsi que vos amies, protégeront ta jupe.

Mogg parut le point de parler, mais elle se ravisa. Harry était presque sûr qu'elle s'apprêtait à demander qui étaient les trois Serpentard, mais la belle blonde se refusait visiblement à parler en public – ou tout au moins, devant des garçons. Elle hocha donc simplement la tête en guise d'assentiment.

− Alexa, la plus grande menace qui te guette est Mulciber. A ce que j'ai cru comprendre, Beauchesne et ses potes font tout ce qu'ils peuvent pour calmer ses ardeurs, mais cet abruti finira par échapper à leur contrôle. Il n'a toujours pas digéré que tu le remettes en place.

− D'accord, mais si je déjoue ses pièges pendant un mois, tu me laisses prendre un bain avec toi !

Silver parut réfléchir.

− OK, mais si tu échoues, tu embrasses Ana, Lucretia et Ethan.

A la propre surprise d'Ethan, ni la Serdaigle ni Mogg ne protestèrent. En fait, Ana se contenta de sourire alors que la belle Serpentard laissait ses yeux étinceler d'une lueur rieuse, malgré tous ses efforts pour ne pas exprimer son amusement. Alexa, visiblement satisfaite, se redressa d'un air supérieur dans son fauteuil.

− Quant à toi, Ethan, tu es celui qui se retrouve le plus dans la merde, continua Silver en soufflant un nuage de fumée. Pour le simple fait de fréquenter Alexa, Lily et Aurelia, parce que tu as suggéré Ana et Lucretia pour compléter la Brigade et parce que tu as esquivé un Mangemort pendant une bonne partie du mois d'août, tu es dans le collimateur des prétendants de toutes ces belles demoiselles et des mecs de Serpentard. Fort heureusement, si tout le monde ignore ce que tu vaux en duel, on n'en sait encore moins sur Vallys.

− Elle m'aidera si les choses deviennent trop compliquées, assura Harry.

− Alexa aussi, affirma le Gryffondor. De toute façon, si tu te fais agresser, elle devra arrêter de me harceler avec un bébé.

− Et qu'est-ce que je gagne s'il ne lui arrive rien ? interrogea sèchement la française.

− Je t'autoriserai à me montrer tes seins.

Alexa leva les bras, l'air victorieux.