Le lendemain de l'assaut des formiath, La Gazette du sorcier avait rapporté que les autres écoles de sorcellerie d'Europe se trouvaient également avoir été attaquées, chacun par un certain type de créatures. A l'instar de Poudlard, celles n'ayant pas eu d'adversaires particulièrement coriaces avaient dû se débrouiller, mais d'autres avaient vu la communauté du samouraï venir à leur rescousse. Bien que les dégâts aient été mineurs et les pertes humaines limitées à trois élèves slaves et un professeur en Suède, la Confédération internationale commençait toutefois à s'impatienter : comme lors de la course-poursuite du Poudlard Express, les quelques personnes à avoir pu parler à leurs sauveurs avaient obtenu un même message : « Nous apporterons des réponses le moment venu. » Comment ces gens anticipaient-ils les actions des monstres et de leur créateur ? Severus aimerait bien le savoir, comme l'ensemble des sorciers et des sorcières européens, mais il avait d'autres énigmes à éclaircir et celles-ci étaient bien plus accessibles – tout au moins, en théorie.

Depuis près d'un mois, ses amis et lui attendaient des nouvelles du Mangemort envoyé en Australie mener l'enquête sur le nouveau Potter. Les informations qu'ils avaient eux-mêmes fournies au père de Caleb n'étaient pas très utiles, sauf une : Alan avait surpris une conversation entre leur camarade et Fellini au cours de laquelle il avait assuré avoir passé tout le mois d'août à son manoir, ce qui contredisait les affirmations du mage noir envoyé chez lui et n'ayant décelé aucune présence vivante lors de ses visites infructueuses. Que Potter ait menti ou non, Severus se posait deux questions : s'il était vraiment chez lui tout le mois d'août, comment avait-il échappé au sortilège du Mangemort chargé de le rencontrer ? Et s'il n'était pas à son domicile, où donc avait-il passé la fin des vacances ? Le Seigneur des Ténèbres ne s'était sûrement pas soucié de Potter plus que ça, au début, mais le silence total du fidèle mobilisé en Australie devait commencer à le travailler.

La samedi matin, l'atmosphère pesante des derniers jours s'affaiblit considérablement. Depuis l'attaque des formiath, toute l'école semblait retenir son souffle : les malveillants perdaient peu à peu patience, impatients de s'en prendre à des rivaux ou des élèves qu'ils n'appréciaient pas, mais personne n'agissait. C'était comme si tout le monde attendait que quelqu'un donne un signal de départ pour que tous les agresseurs commettent leurs méfaits. Toutefois, la sortie à Pré-au-Lard détendit quelque peu l'ambiance du château, tout comme le discours prononcé par Dumbledore au petit déjeuner et présentant les éliminatoires dont le premier tour aurait lieu le dernier samedi d'octobre.

− 88 participants, onze duellistes par groupe… Ca va faire très mal dès le début du tournoi, commenta Alan. Par contre, ça ne fait pas le compte, si ? Si seuls les premiers de chaque poule seront qualifiés pour les phases finales, la finale tombera vers avril, non ?

− Tu oublies la petite finale qui désignera le troisième du tournoi, fit remarquer Caleb, mais tu as raison quand tu dis que la phase éliminatoire va faire mal dès le début. Surtout qu'on ne connaîtra notre groupe qu'au tirage au sort. Le risque que tu te retrouves contre l'un de nous ou dans une poule avec Moorehead, Evans et… Black, par exemple, n'est pas négligeable. Ils auraient dû faire en sorte que des élèves de même niveau se retrouvent dans un même groupe.

− Du moment que je me farcis Moorehead et Fellini, dit Marius, je m'en fous de mon groupe.

− A quel point aimes-tu perdre ? demanda Beauchesne avec un certain intérêt.

Alan eut un sourire alors qu'ils franchissaient le portail de Poudlard et suivait la route menant au village sorcier.

− Je vais les éclater, cette fois ! répliqua froidement Marius.

Le français hocha la tête sans masquer son scepticisme. Il n'était peut-être pas encore devenu leur ami, mais il ne manquait pas de s'attirer la sympathie d'Alan et de Caleb chaque fois qu'il répondait quelque chose à l'arrogance de Marius. C'était un peu étrange que le massif Serpentard n'ait pas encore cherché à lui faire ravaler sa langue, pensa Severus, mais peut-être que son brutal camarade rechignait à croiser sa baguette avec celle d'un autre aspirant Mangemort.

− Au fait, Silver a le droit de participer ? lança Caleb.

− Sans doute, dit Beauchesne qui aurait préféré que ce ne soit pas le cas. Bresch a dû lui donner des consignes à respecter, alors il n'y a aucune raison pour que Silver soit interdit de tournoi. Ca fait plus de deux ans qu'il n'a plus le droit d'utiliser sa baguette dans un duel, ça doit lui manquer.

− Pourquoi, d'ailleurs ? interrogea Alan, perplexe.

− Personne ne l'a jamais su, à part les profs et la Brigade. On sait juste que trois élèves de septième année l'ont attaqué, ont fini à l'hôpital et n'ont plus jamais osé revenir à Beauxbâtons. Silver a écopé de deux week-ends de retenue et le ministre de la Justice magique l'a convoqué pour exiger qu'il règle les frais d'hôpital à la place de ses victimes. Après, il y a eu tant de rumeurs sur ce qui s'était passé que je ne peux même pas affirmer qu'unetelle était plus probable qu'une autre, et ses victimes elles-mêmes n'ont jamais évoqué leur mésaventure auprès de leurs amis, pour ce que j'en sais.

Severus échangea un regard avec Caleb et Alan. Beauchesne leur avait longuement répété que Fellini et Silver ne devaient pas être pris à la légère, mais il paraissait clair que le Gryffondor était considérablement plus dangereux que son amie. Quelle punition avait-il infligé à ses agresseurs pour que ceux-ci n'osent plus remettre un pied à Beauxbâtons, n'osent même plus en parler ?

− Tout ce qu'il faut espérer, poursuivit le français, c'est que Silver tombe sur un prof' avant que nous ne le croisions.

− Les profs ! s'exclama Alan en se donnant une tape sur le front. J'avais complètement oublié qu'ils participaient. Ca ne va pas être une partie de plaisir si on tombe sur Flitwick ou McGonagall dès les phases éliminatoires, surtout dans un groupe où il y aurait Moorehead…

− Inutile de faire des suppositions sur la composition des groupes, nous la connaîtrons bien assez tôt, dit Severus.

Les élèves avaient en effet été invités à aller piocher la poule dans laquelle ils combattraient dès leur retour de Pré-au-Lard, même si certains avaient filé au bureau de leur directeur de maison après le petit déjeuner.

− Pas faux, approuva Caleb après avoir jeté un regard prudent autour d'eux pour être sûr que les élèves les plus proches ne pourraient pas l'entendre. Nous avons un vrai problème irrésolu, en plus. J'espère que le Mangemort envoyé en Australie est revenu dans la nuit, car je commence à trouver ça louche qu'il n'ait toujours pas donné de nouvelles. Il paraît que ce mec est très performant, d'après mon père.

− Il a peut-être eu un accident, s'est fait arrêter ou a trahi le Maître, suggéra Marius.

− Peu probable pour les deux dernières hypothèses. Il est quand même venu du fin fond de l'Union Soviétique pour nous rejoindre et s'il s'était fait arrêter, ça se serait su. Je crois que le Seigneur des Ténèbres enverra un remplaçant, mais les créatures et la communauté du samouraï restent prioritaires.

− Ils n'ont qu'à nous refiler la mission sur Potter ! dit le massif Serpentard.

− Pour que Fellini nous mette une raclée ? dit Beauchesne en arquant un sourcil hautain.

− Je te parle de Potter !

− Tu parles d'un Brigadier de la Mort, rectifia le français. Si tu parles de Potter, tu parles des quatre autres. Maintenant que les méfaits font clairement sentir leur approche, Firagan entre en scène et…

− Qui ? s'étonna Alan.

− Le Super Espion de la Mort. C'est une créature magique que seuls Bresch et la Brigade de Beauxbâtons ont déjà vu, mais quoi que ce soit, ça sait se faire comprendre de Silver et ça semble pouvoir se camoufler ou devenir invisible. A l'heure qu'il est, l'autre abruti connaît sûrement la quasi-majorité des élèves préparant un méfait. Il suffit de voir l'attitude de la Brigade depuis mercredi.

− Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Caleb, perplexe.

− Ils veillent les uns sur les autres, répondit Severus.

Il l'avait remarqué seulement la veille. La Brigade semblait avoir passé sa journée à adopter une formation, Moorehead ne s'éloignant jamais trop de Fellini, qui elle-même ne lâchait pas Potter d'une semelle et semblait même protéger Lucretia. Que cela signifiait-il ? Même la Serdaigle et la belle et richissime Serpentard lui avaient donné l'impression de croire qu'elles non plus n'échapperaient pas à des tentatives malveillantes.

− Observateur, approuva le français. Moorehead, Lucretia et Potter ne sont pas allumés comme le sont Laforge, Fauchet et Renard, mais Silver reste Silver : un demeuré, certes, mais un demeuré impitoyable si quelqu'un n'obéit pas à ses ordres. Dès que les troubles commenceront, Fellini prendra le contrôle de la Brigade, sauf que Silver aura quand même son mot à dire sur certaines choses et les autres devront suivre ses consignes. Il a fait le coup à Fauchet pendant notre cinquième année : comme ça ne se passait pas bien avec son copain, il lui a dit de sortir avec Laforge et tous deux l'ont envoyé chier. Une semaine plus tard, ils se réveillaient dans une chambre privée, à poil et n'avaient le droit d'en sortir que s'ils se mettaient en couple. L'ironie de la chose, c'est qu'au bout de deux jours, ils se mettaient officiellement, de leur plein gré, ensemble.

− Je doute que ça se passe comme ça avec Moorehead et Lucretia, dit Caleb. Elles ne se laisseront pas marcher dessus et le duo Lucretia-Tara est aussi redoutable que Silver, je pense… Quoique ça pourrait être marrant si Potter se retrouvait obligé à sortir avec Moorehead ou Lucretia, on serait au moins sûrs qu'il s'en prendrait plein la poire dans l'heure qui suit.

− Plein la poire ? répéta Severus avec une pointe d'amusement. Il se fera tuer dans les cinq minutes.

Caleb eut un mouvement de tête, admettant silencieusement que Severus était plus dans le vrai que lui, et ils atteignirent le village sorcier. Ils remarquèrent aussitôt que des Aurors parcouraient la grand-rue, certains observant le ciel, d'autres lançant des regards dans les rues parallèles ou disparaissant vers la sortie de Pré-au-Lard et la Cabane hurlante. Le ministère semblait s'attendre à ce que des créatures attaquent de nouveau les élèves de Poudlard.

− Avec le massacre des formiath, on pourrait penser que le mystérieux créateur de ces saletés va rester calme un moment, non ? dit Alan.

− S'il a assez de créatures pour attaquer les écoles d'Europe, tu penses bien que quelques formiath en moins ne le gêneront pas, surtout qu'il n'a pas hésité à les sacrifier, dit Caleb. On va d'abord jeter un œil aux Trois Balais pour vérifier que nous ne sommes pas attendus puis nous ferons faire un tour du village à Clément.

Ils atteignirent l'une des fenêtres du pub de Madame Rosmerta, la séduisante serveuse aux courbes généreuses que bien des jeunes hommes de Poudlard retrouvaient avec grand plaisir à chaque sortie scolaire. Severus parcourut la salle bondée dont le brouhaha était à peine étouffé par les vitres. A l'évidence, plusieurs clients avaient deviné que des Aurors sécuriseraient Pré-au-Lard pour protéger les étudiants et en avaient profité pour venir se désaltérer aux Trois Balais, mais il ne vit aucun visage pâle et pointu à la chevelure blond-blanc, aucune haute et belle sorcière aux paupières lourdes, pas même d'homme brun aux épaules larges.

− Pas de chance, reprit Caleb.

− Si ! s'exclama brusquement Alan. Y a Evan !

Severus le repéra une seconde après, jusqu'alors caché par deux hommes qui s'installaient à la table voisine. Beau garçon, les traits arrogants et le visage parsemé de taches de rousseur discrètes, Evan Rosier était effectivement assis au fond du pub, observant d'un air supérieur et méprisant les sorciers et les sorcières enthousiastes. A l'instar de Marius, Evan supportait mal que des personnes habituellement terrifiées par les Mangemorts et le Seigneur des Ténèbres retrouvent tout à coup une joie de vivre dès que des Aurors protégeaient un endroit.

Remettant à plus tard la visite guidée de Pré-au-Lard, les cinq Serpentard entrèrent dans le pub. Severus et Caleb laissèrent Alan, Marius et Beauchesne rejoindre Evan et prirent la direction du comptoir pour y commander des Bièraubeurres. Donnant un plateau aux deux jeunes hommes, Rosmerta remplit les cinq chopes, encaissa l'argent et les gratifia d'un sourire avant que les deux amis ne s'éloignent. Les voyant arriver, Evan sortit sa baguette et fit apparaître deux chaises de nulle part d'un geste nonchalant.

− … dans un endroit aussi bondé ? disait Beauchesne quand ils s'assirent.

− Au contraire, répondit Evan. Plus il y a du monde, plus il y a de bruit et plus les discussions passent inaperçues. Bien sûr, certains élèves ne manqueront pas de noter ma présence, se poseront des questions, mais ils ne tenteront rien. En tout cas, vos carrières semblent plutôt prometteuses, car vous avez fait votre petit effet avec le fantôme Potter.

Les cinq Serpentard échangèrent des regards mi-réjouis, mi-perplexes.

− Le fantôme ? répéta Alan. Ca veut dire que l'enquête est terminée ?

− Au lieu d'enquête, parle plutôt de casse-tête. Au début de la semaine, un autre sorcier a été envoyé en Australie. Il a bien retrouvé le soviet', mais celui-ci était incapable de lui fournir la moindre information sur Potter. Il a fallu qu'ils refassent tout son parcours, mais certains renseignements sont connus seulement du soviet'. Depuis qu'ils sont revenus, hier après-midi, les tentatives pour passer à travers l'enchantement bizarre qui le rend muet ont toutes échoué : il ne peut rien dire, rien écrire, pas même répondre par oui ou par non de la tête quand on lui pose une question sur Potter. Le sortilège de Déliage de Langue ne fonctionne pas plus que le Veritaserum, la légilimancie ou l'extraction de souvenirs. On pourrait croire que c'est un sortilège de Fidelitas, mais la magie est différente. Personne n'a jamais vu une magie pareille, en fait.

Severus croisa le regard de Caleb qui, comme lui, trouvait cette histoire commençait de manière bien étrange. Quelle forme de magie avait frappé le Mangemort soviétique ? Pourquoi un tel enchantement entourait-il le passé de Potter ? Et surtout, s'il y avait un tel enchantement, pourquoi n'avait-il atteint que le soviétique et pas le deuxième mage noir ?

− Et qu'est-ce qu'ils ont découvert, du coup ? intervint Marius.

− Beaucoup de choses et rien à la fois, répondit Evan en frottant son menton glabre. Il y a des traces administratives sur les Potter, au ministère australien de la Magie, confirmant que les parents ont été assassinés quand Potter avait un an, qu'ils sont enterrés au cimetière de Brisbane et que lui-même a fait ses études à l'OSM et émigré vers la Grande-Bretagne, mais c'est là le grand mystère : les Potter n'existent qu'administrativement. Les habitants de Brisbane n'ont pas le souvenir d'un assassinat dans leur ville, n'ont jamais entendu parler des Potter et les prétendus anciens camarades de votre fantôme n'ont jamais été en classe avec lui. Il y a toutefois quelque chose de bizarre : le soviet' a empêché l'autre d'aller à l'OSM. Lui-même y a déjà été, mais tout ce qu'il peut dire, c'est que ça vaut le coup. C'est précisément l'information que l'enchantement protège encore.

− Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? dit Beauchesne, déconcerté.

Bonne question, admit Severus. Il était invraisemblable, inimaginable, que Potter ait réussi à effacer les mémoires d'autant de personnes pour que son existence reste inconnue, tout comme il était improbable qu'il ait pu surgir de nulle part et falsifier des documents officiels d'un quelconque ministère. A moins d'avoir reçu de l'aide. Toutefois, un soupçon germait lentement dans l'esprit de Severus, mais Caleb fut le plus rapide à l'exprimer oralement :

− Et s'il était lié à la communauté du samouraï ?

− Excellent, le complimenta Evan, l'air satisfait. C'est une hypothèse que nous avons retenue, nous aussi. Il y a un peu trop d'apparitions mystérieuses depuis deux mois pour que nous ne la prenions pas en compte, en tout cas, mais il peut aussi avoir tout manigancé lui-même pour disparaître des souvenirs, même si personne n'y croit vraiment. Et puis, si nous avions raison, des questions feraient surface : pourquoi est-il à Poudlard au lieu de combattre avec sa communauté ? On peut écarter le faute de l'âge puisqu'il semble y avoir des adolescents, parfois plus jeunes que lui, parmi les types aux poignards. Et s'il est apparu en même temps que ce groupuscule et les créatures, comment s'est-il constitué une fortune pareille tout en créant des dossiers officiels au sein du ministère et de l'OSM ?

Il s'interrompit pour boire une gorgée d'hydromel.

− Je ne sais pas si l'information toujours inaccessible nous éclairera, mais il vaut mieux garder un œil sur Potter. C'est toi, Severus, qui soupçonne Williams d'avoir un lien avec le samouraï ?

− Oui. Pendant l'attaque du train, je l'ai clairement vue s'irriter de sa présence, comme s'il n'aurait pas dû intervenir.

Evan hocha la tête, s'égarant dans ses pensées un court moment.

− Comment se comporte-t-elle avec lui ? Est-ce qu'ils ont tendance à disparaître et à réapparaître en même temps ? Est-elle plus souple ou plus ferme ?

− Elle a la même attitude avec lui qu'avec tout le monde, dit Alan. Enfin, il faut admettre que Potter est plus discret durant les cours, et pas seulement en défense contre les forces du Mal. Quant à leurs allées et venues, il est difficile de savoir, surtout que Potter peut maintenant patrouiller la nuit dans le château.

− Je vois… Ce mec commence à me donner la migraine avec tous les mystères qui l'entourent… Toutefois, si Severus a vu juste et que Williams est liée à la communauté du samouraï, il se peut qu'elle soit à Poudlard pour Potter, qu'il soit ou non un de ses alliés. Et dans ce cas, quelle est leur relation ? Est-elle sa protectrice ou une espionne chargée de le garder à l'œil ?

− Tu te fais du mal, Evan, dit Caleb.

Il lança un regard prudent autour de lui et baissa légèrement la voix, bien que ce fût inutile : il régnait un tel vacarme que la table voisine, bien que parlant fort, tenait une conversation à peine audible.

− Et le Seigneur des Ténèbres, qu'en pense-t-il ?

− Difficile à dire, soupira Evan. Toutes ses pensées sont focalisées sur les créatures et leurs ennemis, mais je pense que les mystères entourant Potter l'intriguent quand même. Pas au point qu'il s'y intéresse personnellement. Il chargera à quelqu'un le soin de lever le voile sur cette histoire, sauf si de nouveaux éléments plus… percutants apparaissent. Pour l'heure, c'est son serpent qui fait l'objet d'un certain intérêt de ton père, Caleb, et d'autres. Il n'existe aucun serpent de ce genre en Australie ni où que ce soit dans le monde. On essaye de mettre la main sur la description détaillée détenue par le département de contrôle et de régulation des créatures magiques, mais ça risque de prendre du temps.

− Si Ash publie un article lundi, on te le transmettra, assura Caleb. Mais puisque son serpent est unique en son genre, n'est-ce pas une preuve de plus que Potter est lié au samouraï ?

− Possible, mais Potter est un véritable sorcier. Or, s'il fait vraiment partie de cette communauté, ça voudrait dire qu'il doit y en avoir d'autres et on serait alors tenté de se demander pourquoi il est le seul qui se manifeste. Plus personne ne doute que les types aux poignards sont des créatures magiques, on considère le samouraï comme étant d'une race différente, notamment à cause de la vitesse irréelle de ses mouvements, mais Potter ? Les Aurors l'ont espionné une partie du mois d'août et il s'est comporté comme n'importe quel sorcier, il transplane comme nous, il n'a jamais démontré une magie autre que la sorcellerie, etc. Pour ce qu'on sait de lui, seule la couleur inhabituelle de ses yeux pourrait pousser à le considérer comme différent d'une personne normale.

− Je comprends mieux pourquoi tu parlais de casse-tête… dit Alan en se massant la tempe.

− Au final, on fait quoi ? interrogea Marius.

Evan resta silencieux quelques secondes, l'air pensif.

− Je ne suis pas vraiment en position de donner des consignes, dit-il avec lenteur, mais je pense que vous devriez garder un certain recul vis-à-vis de Potter. Observez-le autant que vous le pouvez, essayez de percevoir les signes indiquant qu'il est lié à Williams d'une manière ou d'une autre. Le père de Caleb vous donnera d'autres instructions, peut-être, mais si j'ai compris ce qu'il m'a dit, Potter est dans le collimateur d'un bon nombre d'élèves, non ?

Les Serpentard acquiescèrent.

− Alors, ne tentez rien contre lui, d'autres le feront à votre place. S'il venait à être blessé, gardez autant que possible un œil sur Williams. Si, en revanche, il s'en sort sans problème, vous saurez au moins qu'il ne doit pas être pris à la légère. Attendez ici, je vais me rechercher un verre.

− Je t'accompagne, dit Alan en constatant que les Bièraubeurres étaient presque toutes finies.

Il emporta le plateau, laissant ses amis dans un silence songeur. Severus ne savait pas trop quoi penser de Potter, qui n'était décidément pas quelqu'un de simple à cerner. Alors qu'il était au début une source de méfiance, il était à présent un véritable mystère. Chaque hypothèse émise sur son compte semblait apporter son lot de théories, d'incohérences et d'énigmes. Et Evan n'avait rien arrangé en soulignant certains détails, comme le fait que leur distant camarade était le seul sorcier qu'ils tentaient de rapprocher de la communauté du samouraï. Pourquoi son passé était-il si nébuleux ? Etait-il un authentique sorcier allié au groupuscule combattant les créatures monstrueuses ? Détenait-il les informations que le monde sorcier aimerait connaître ? Si c'était le cas, pourquoi était-il à Poudlard avec Williams ? Pourquoi ne luttaient-ils pas aux côtés de leurs alliés ?

Severus écarta ces questions de son esprit lorsque Marius reprit la parole :

− Pourquoi ne pas simplement le piéger ? suggéra-t-il. Du Veritaserum dans son verre et on l'interroge !

Beauchesne sembla réprimer un profond soupir exaspéré.

− Le risque que Firagan le découvre est trop grand, dit-il. Si jamais Silver apprend que les propres camarades de dortoir de Potter complotent contre lui, il n'hésiterait pas à le faire déménager dans une chambre privée, quoiqu'en disent les profs. S'il restait dans notre dortoir, par contre, Fellini n'hésiterait pas à dormir avec lui.

− Parfait ! dit Marius. On pourrait les neutraliser tous les deux !

− Qui ? interrogea Evan en se rasseyant.

− Marius veut interroger Potter au Veritaserum, sauf qu'il y a deux hics, répondit Caleb d'un ton léger. Le premier est qu'il pourrait déménager de notre dortoir et être encore plus inaccessible qu'à l'ordinaire. Le second, ce serait que s'il restait, nous verrions Fellini venir dormir avec lui. Marius trouve cette éventualité géniale pour qu'il puisse se venger d'elle.

Le Mangemort plissa légèrement le front et tourna son regard vers le français :

− Tu en penses quoi ?

− C'est voué à l'échec, affirma Beauchesne.

− De toute façon, dès que ça touche à la Brigade, c'est voué à l'échec avec toi, grogna Marius.

− Ne sois pas impétueux, répliqua Evan d'un ton très calme. Ce que tu n'as jamais expérimenté n'est pas une chose à sous-estimer, Marius. Dis-nous plutôt pourquoi tu n'y crois pas, Clément.

− D'abord, nous n'avons aucune garantie que l'espion de Silver ne contrôle pas les colis, expliqua le français. En bref, il ne nous serait pas prudent de nous faire livrer du Veritaserum. Ensuite, si nous le faisions nous-mêmes, Silver l'apprendrait à la seconde même où nous trouverions un endroit pour le préparer. En plus, Fellini ne peut pas être attaquée par surprise. Muller n'exagère rien quand elle dit qu'elle sent l'agressivité, si infime soit-elle. Même dans son sommeil, c'est quasi-impossible de la surprendre. Des filles de Beauxbâtons ont essayé et s'en sont mordus les doigts. La rumeur prétend que Fellini protège son lit de divers sortilèges et qu'elle ne dort jamais sans sa baguette, alors vous pouvez être sûrs qu'elle fera la même chose pour Potter. Et pour finir, je vous l'ai dit tout à l'heure : quand Silver donne un ordre, les Brigadiers obéissent.

Evan contempla un point invisible, l'air à nouveau perdu dans ses pensées.

− Ils sont si terribles que ça, Silver et Fellini ? demanda-t-il alors.

− Personne n'a jamais vu Silver combattre, à part trois élèves qu'il a humiliés et la Brigade de Beauxbâtons. Comme ils ne se lâchaient pas, les Brigadiers n'avaient pas besoin de Silver pour neutraliser les élèves, mais il paraît qu'à quatre contre lui, ils ne l'ont jamais battu. Quant à Fellini, je n'irai pas jusqu'à dire qu'elle est « terrible », mais elle est vraiment très forte. On pourrait la percevoir comme la Moorehead de Beauxbâtons, je pense.

− Il y a juste un détail que tu oublies, fit remarquer Severus. Les profs ne toléreront pas que Potter ait sa chambre.

− Et tu oublies que Silver a fini d'inspecter le château depuis le mois dernier mais qu'il n'a toujours pas remis le pied dans la tour Gryffondor. Je doute sincèrement que Silver n'ait pas trouvé une chambre personnelle à occuper. Et il faut ajouter à ça que Potter est l'élève le plus menacé. Avec autant de brutes à ses trousses, les profs vont réagir, non ?

Severus dut admettre que le raisonnement du français ne souffrait d'aucune réplique, mais c'était précisément ce qu'il avait trouvé de satisfaisant chez lui. Il n'était pas sûr que les professeurs laisseraient Potter avoir une chambre, mais si Silver s'était lui-même installé quelque part et que les enseignants ne cherchaient pas à savoir où, Beauchesne avait peut-être bien raison.

− Bien, je crois que c'est réglé, dit Evan.

Marius se renfrogna.

− Ne fais pas ta mauvaise tête, tu pourras peut-être affronter Fellini pendant le tournoi. Quant à Potter, concentrez-vous sur ce que je vous ai dit, le père de Caleb se chargera de vous transmettre d'autres consignes si besoin est.

− Et les créatures, c'en est où ? interrogea Caleb.

− Au point mort, soupira Evan. Contrairement au samouraï et ses potes, nous ne sommes pas assez nombreux pour aller ici et là en Europe. Peut-être que quelqu'un sera chargé d'espionner Poudlard en attendant une prochaine attaque, peut-être qu'il pourra ouvrir le contact avec une créature ou peut-être que nous réussirons à les localiser… Pour le moment, on n'avance pas, pas même dans nos recherches sur les gerfauts. Ca semble être une magie qui existait il y a très longtemps, mais elle a fini par être abolie ou perdue.

Il finit son verre et le posa sur le plateau.

− Bref, il vaut mieux que j'y retourne. Ton père te préviendra quand le soviet' aura été libéré de l'enchantement, Caleb.

− A plus !

Le Mangemort s'éloigna, laissant les cinq Serpentard vider tranquillement leurs chopes.

− Satané Potter, dit Alan. C'est qui, ce mec, à la fin ?

− C'est à nous de le découvrir, apparemment, répondit Beauchesne. Je ne sais pas trop ce qu'est l'information qui manque, mais je doute que ça permette de lever le voile sur Potter. Il y a juste une question que je me pose : si nous établissons qu'il a un lien avec Williams et sa communauté, que devra-t-on faire ? En admettant que nous soyons les seuls à pouvoir obtenir des réponses, je veux dire.

− Je me demandais la même chose, avoua Severus. Si Potter rentre chez lui pour les vacances de Noël, on peut se dire qu'il recevra une nouvelle visite, non ? Mais s'il reste à Poudlard ? Même si je ne suis pas tout à fait d'accord avec le plan proposé par Marius, on finira par y venir ou en concevoir un autre…

Caleb lui lança un bref regard interrogateur, mais Severus lui fit clairement comprendre que la réponse était négative. Cette fois encore, ils avaient pensé à la même chose : la légilimancie. Caleb savait qu'il l'apprenait en ce moment même, mais il lui faudrait encore du temps pour s'essayer à pénétrer un esprit. Contrairement à Dumbledore ou au Seigneur des Ténèbres, il ne maîtrisait pas cette branche de la magie sans avoir à sortir sa baguette, ce qui le trahirait aussitôt.

− Pour le moment, tout ce que nous pouvons faire, c'est obéir et attendre de nouveaux ordres, déclara Alan.

C'était bien vrai, se dit Severus en vidant sa chope. Ramenant le plateau de verres sales au comptoir, les cinq Serpentard se lancèrent alors dans une présentation du village de Pré-au-Lard au bénéfice de Beauchesne, passant par Honeydukes où Alan acheta plusieurs friandises. Chez Zonko, Marius prit plusieurs farces et attrapes qu'il pensait pouvoir servir dans leurs méfaits à venir, comme des pétards du Dr Flibuste qui leur offriraient des diversions, des Bombabouses qui serviraient à amener une cible à un endroit précis ou à faire fuir des gêneurs, ainsi que des Fléchettes à Tournis qui ralentiraient leur proie et rendraient ses sortilèges nettement moins précis. Ils s'arrêtèrent également la papeterie : les devoirs étaient si complexes qu'ils n'avaient pas cessé de chiffonner des parchemins jusqu'à obtenir un résultat convenable. Puis, passant devant chez Derviche&Bang, le magasin d'objets magiques où Severus s'intéressa vaguement à la vitrine, notamment à une boîte à musique apaisante (« Une douce symphonie pour oublier vos soucis ! »), les cinq amis se dirigèrent vers la Cabane hurlante.

− Elle est vraiment hantée ? demanda Beauchesne.

− Il paraît, répondit Caleb.

Severus savait que ce n'était pas vrai : lui connaissait parfaitement la vérité, et il l'avait découverte au péril de sa vie durant sa cinquième année. Comme chaque fois qu'il la voyait ou pensait à elle, il revoyait Lupin, transformé en loup-garou, lacérer, saccager, briser tout ce qu'il pouvait dans sa folie meurtrière et sauvage – et le dégoût remonta encore une fois dans sa gorge. Derrière ses airs doux, sa timidité et son amabilité, le Gryffondor cachait bien son jeu, sa nature immonde, songea-t-il.

Ils repartirent assez vite, notamment parce que le ciel se couvrait, mais aussi parce qu'après tendu l'oreille pour essayer de percevoir le moindre bruit provenant de l'intérieur de la Cabane, Beauchesne s'en désintéressa. N'ayant plus rien à acheter ou à voir, ils prirent le chemin de Poudlard.

− L'heure de vérité ! dit Caleb d'un ton théâtral. Ou plutôt, du miracle… S'il n'y a que huit groupes, on a peu de chance de se retrouver dans une poule facile. Est-ce qu'on sait combien de profs participent, au fait ?

− Je crois avoir entendu Ash parler de McGonagall, Flitwick, Sinistra et Vector, révéla Alan.

− Et pas Williams ?

− Peut-être, mais comme c'était au petit déjeuner et qu'il y avait pas mal de bruits, je n'ai pas tout saisi de ce qu'il disait.

− Et qui ne participe pas, dans notre année ? demanda Beauchesne.

− Berenis, sans doute, dit Severus.

− Bah, tout le monde sait que Berkelay ne vaut rien sans ses amies, dit Marius d'un ton méprisant.

− C'est méchant, ça, dit une voix malveillante.

Severus sentit un frisson remonter sa colonne vertébrale. Le tressaillement qu'il perçut chez Caleb et Alan, marchant à ses côtés, lui indiqua qu'ils avaient eu la même réaction. Se retournant, ils remarquèrent que les filles de Serpentard les suivaient à une petite distance, juste assez pour les entendre. Berenis avait un sourire crispé, mais celui de Tara, celle qui avait parlé, ne présageait rien de bon pour Marius.

− T'aurais-je entendu insulter Berenis, Mulciber ? demanda-t-elle d'une voix onctueuse.

− J'dis juste qu'elle ne vaut rien sans vous, et après ? répliqua sèchement Marius. Tu t'insultes bien à fréquenter une traitre à son sang !

La ferme ! siffla Caleb d'un ton glacial.

− Quoi ? gronda Marius. Elle va faire quoi ? Lucretia est dans la Brigade, non ? Elles ne peuvent plus faire leurs crasses ou Fellini, Silver, Potter et Moorehead leur tomberont dessus !

Les jeunes femmes passèrent à côté d'eux et poursuivirent leur chemin vers l'école, Tara lançant par-dessus son épaule :

− Relis la première édition de La Gazette du Sanglier, Mulciber !

Les cinq Serpentard restèrent immobiles. Severus fouillait déjà sa mémoire, tout comme Caleb, Alan et Beauchesne. Poing serré et l'autre main désireuse de tirer sa baguette, Marius fulminait. Ils attendirent que les quatre jeunes femmes aient pris de l'avance, beaucoup d'avance, puis leur emboîtèrent le pas. Quelques secondes plus tard, alors qu'ils cherchaient toujours une phrase, un indice, un élément qui expliquerait la dernière phrase de Tara, Beauchesne claqua des doigts comme s'il avait crié « Bingo ! » :

− La priorité des enquêtes ! dit-il. Silver peut être acheté pour en considérer une comme prioritaire, mais il peut aussi l'être pour les considérer comme sans importance. Ca n'est jamais arrivé, à Beauxbâtons, mais Fellini connaît tous les arguments et menaces qui pourraient amener Silver à abandonner une affaire. Or, Berkelay est une amie de Lucretia, elle apprécie Potter et Fellini, et ces trois-là sont de la Brigade…

− Tu veux dire que Tara pourra agir ? s'indigna Alan.

− Qu'elle vienne, je vais lui apprendre ce qu'il en coûte de me menacer, cracha Marius.

− Loin de moi l'idée d'être désagréable, dit Beauchesne, mais la dernière fois que tu as voulu « apprendre » quelque chose à quelqu'un, tu as fini avec deux jambes et un bras cassés…

Marius amorça un geste brutal, mais la baguette du français jaillit si vite qu'il se retrouva avec l'extrémité juste sous le nez avant même d'avoir glissé sa main dans sa poche. Severus nota un changement radical chez Beauchesne. Son visage était dur, beaucoup plus dur, et son regard s'était froidi d'une façon considérable. Il y avait quelque chose de vraiment dangereux dans sa manière d'observer le massif Serpentard, mais après une profonde inspiration, il redevint le français qu'ils connaissaient si bien et abaissa sa baguette.

− Très bien, dit-il d'un air vaincu. Fais ce que tu veux avec Gardner, Fellini, Potter et tous ceux que tu souhaites attaquer et n'oublie pas ceci : si jamais Silver reçoit l'autorisation de s'occuper de toi, ne compte pas sur moi pour t'aider.

− Comment s'il me faisait peur !

Beauchesne lui lança un regard empli de pitié, mais il n'insista pas et tous cinq reprirent leur route. Il planait désormais un silence tendu au-dessus d'eux, et Marius en était indéniablement la cause. Severus l'avait toujours su, senti, deviné : il n'avait jamais douté qu'un jour viendrait où le massif Serpentard agacerait, exaspérerait et désespérerait au plus haut point ses amis. A bien y réfléchir, le français était exactement le quatrième aspirant Mangemort le plus prometteur. C'était un jeune homme réfléchi, sensé, posé, calculateur et prudent, et non une brute épaisse qui croyait que tout se résolvait dans la violence. Un peu de subtilité ne fait jamais de mal, bien au contraire, pensa-t-il.

Dès qu'ils eurent rejoint le château de Poudlard et passé le contrôle de Rusard, ils se précipitèrent dans les sous-sols pour y rejoindre le bureau du professeur Slughorn. L'excitation de découvrir les groupes dans lesquels ils atterriraient et la curiosité de découvrir leurs futurs adversaires semblaient presque palpables lorsqu'ils entrèrent.

− Ah ! s'exclama le maître des potions en les regardant approcher. Je suis surpris que vous n'ayez pas été les premiers à se présenter, les garçons.

Il prit une urne posée sur son bureau derrière lequel un grand tableau représentant les huit poules, nommées de A à H. Des noms, de nombreux noms, étaient déjà inscrits.

− Bien, qui commence le tirage au sort ?

Marius s'avança aussitôt et plongea l'une de ses grosses mains épaisses dans l'urne, fouillant pendant un moment. Il tira un morceau de parchemin et le donna au maître des potions.

− Mulciber dans le groupe G.

Les yeux des cinq Serpentard convergèrent aussitôt vers la septième colonne, imités par la plume. Quatre septième année y figuraient déjà : Jason Greggson de Serdaigle, Alexander Wheeler et Patricia Hare de Poufsouffle et pour Gryffondor, Leonie Cordell. Severus arqua un sourcil surpris. Lily, Andrews et Macdonald avaient laissé Cordell participer au tournoi ?!

− Tiens, le Bébé de Gryffondor combattra ? remarqua à son tour Marius, le sourire goguenard.

Le maître des potions lança un regard étrange, presque rusé au massif Serpentard. S'attendait-il à ce que Marius démontre une certaine retenue face à Cordell ? Non, c'était autre chose, se dit Severus, perplexe.

− Suivant.

Alan piocha à son tour.

− Wilkes dans le groupe C.

Et de nouveau, les cinq aspirants Mangemorts portèrent leur attention sur le tableau, au niveau de la deuxième colonne. Un léger spasme irrité passa sur le visage d'Alan, qui se retrouvait dans le groupe du professeur Flitwick. Patrick Griggs, le petit ami de Poufsouffle d'une sixième année de Serpentard inscrite dans la poule A, ne posera sûrement pas de problèmes, mais il faudrait se méfier de Cecilia Brogan, également de Poufsouffle, et de Nadège.

Beauchesne alla tirer sa poule.

− Beauchesne dans le groupe F, annonça le professeur Slughorn.

Severus ressentit un pincement au cœur. Lily figurait dedans. Il aurait aimé être dans le même groupe qu'elle, pas pour être son adversaire, mais pour qu'elle le regarde dans les yeux, qu'elle se souvienne qu'il existait. Toutefois, les autres adversaires méritaient le détour : Lupin, Ash et la Poufsouffle Sarah Claymore.

Caleb plongea alors la main dans l'urne, retenant son souffle. Severus était presque sûr qu'il espérait retrouver Andrews. Il le cachait difficilement, mais il comptait sur le tournoi pour se montrer courtois, agréable, auprès de la belle métisse.

− Avery dans le groupe D.

− Et mer… Désolé, professeur, se rattrapa-t-il.

Severus n'aurait pas dit mieux. Le professeur Vector et Fellini comptaient parmi les futurs adversaires de Caleb, y compris Hugh Roby de Poufsouffle, qui ne devrait pas être un trop gros souci, et Larissa Yenes de Serdaigle, que Severus soupçonnait de participer juste pour le plaisir mais sans grande ambition.

− Ah ! C'est sûr que vous n'êtes pas tombé sur le groupe le plus facile, mais ne soyez pas défaitiste avant d'avoir livré vos duels, dit le maître des potions. Regardez donc la poule H, vous verrez que vous êtes chanceux.

Severus tordit le cou, curieux. La huitième colonne était la plus chargée en élèves de septième année, mais il y avait surtout le professeur McGonagall, qui aurait à affronter Tara, Black et Olivier Lambert et Philip Ells de Serdaigle.

− C'est à vous, Rogue, dit le professeur Slughorn.

Severus s'approcha. Il espérait sincèrement ne pas se retrouver avec l'un de ses amis. Passant sa main dans l'urne, il laissa ses doigts jouer avec les morceaux de parchemin, en saisit un et le tira pour le donner au maître des potions.

− Rogue dans le groupe E.

La plume vola jusqu'à la cinquième colonne. Chris Matthain, Lewis Brythe, Erin Steadworthy et le nom redouté depuis de nombreuses années, celui que l'on associait à la victoire, celui qui n'avait qu'une défaite : Ana Moorehead. Severus parcourut les autres colonnes, pas particulièrement inquiet. Le nouveau Potter était dans le groupe F, tout comme Lucretia et Chambers, le sixième année de Serpentard humilié par Fellini le soir de l'arrivée de Beauxbâtons.

− Quel est le groupe le plus difficile ? demanda Caleb.

− Je l'ignore encore, répondit le maître des potions, mais Dumbledore et le professeur Bresch n'en démordent pas : c'est le groupe dans lequel Leo attirera.