− On est donnés favoris pour le match de samedi.
James lança un bref coup d'œil à Peter, dont le nez pointu était plongé dans sa Gazette du Sanglier, alors qu'ils sortaient de la Grande Salle pour rejoindre le double cours de défense contre les forces du Mal. Bien qu'étant lundi, le match opposant les Gryffondor aux Poufsouffle commençait déjà à faire parler de lui, notamment parce que Roby, le capitaine des jaune-et-noir, n'avait cessé de clamer qu'il avait constitué la meilleure équipe jamais vue dans l'histoire de sa maison. C'était prétentieux, à n'en pas douter, mais James se méfiait quand même : que Roby dise vrai ou non, il avait réellement composé une équipe dont il redoutait les Poursuiveurs.
− Ca risque quand même d'être très serré, dit Sirius alors qu'ils montaient l'escalier de marbre. Roby la ramène tellement à propos de Carmody qu'il en est devenu l'atout majeur. Il paraît que ce mec n'a pas raté un seul tir.
− Même s'il ne faut pas le sous-estimer, je ne pense pas que Carmody soit aussi bon que Roby veut bien le faire croire, dit Remus. Il ne faut pas oublier que le gardien de Poufsouffle est reconnu comme le plus mauvais de tout Poudlard. Nous avons quand même James et Steven, après tout.
Le préfet-en-chef approuva d'un air distrait. Steven Parris, qui était en sixième année, était l'un des batteurs et un viseur de premier ordre : chaque fois qu'il frappait un Cognard, il était à peu près certain qu'il atteindrait sa cible. L'an dernier, invité à l'occasion du match Gryffondor-Serdaigle, le recruteur du club des Faucons de Falmouth avait même proposé un stage d'été à Parris au sein de son équipe pour voir s'il pourrait remplacer un joueur à deux ans de la retraite. Et de ce que James avait vu lors des entraînements, son camarade avait sacrément progressé au cours de cette expérience professionnelle.
Alors qu'ils atteignaient le premier palier, Ash les rejoignit en montant les marches du Grand Escalier quatre à quatre. Très légèrement essoufflé, il tira un bloc-notes d'une poche de son uniforme.
− J'ai besoin de toi, Potter, annonça-t-il. Sally a interviewé Evans à propos des élèves de Gryffondor qu'elle a interrogés à votre retour de votre ronde nocturne, hier soir, mais il me faut ton témoignage pour clore l'affaire Jack Moore.
− Clore ? répéta James, surpris.
− Ouais, Fellini a mis le grappin sur le coupable en seulement dix minutes, mais elle fait plein de mystères parce que Silver a refusé de lui demander de quelle couleur étaient ses sous-vêtements… Bref, je tente de comprendre comment elle a réussi à identifier le responsable. Est-ce que les Gryffondor que vous avez interrogés hier soir ont dit quelque chose de particulier ?
− En fait, ils ont innocenté tous les suspects que Lily, Mogg et moi avions en tête, admit James. On pensait que le coupable pouvait être l'ex-petite amie de Moore, qui s'avère être devenue sa meilleure amie, aux quatrième année de Serpentard, qui se trouvaient à la bibliothèque tout l'après-midi pour faire leurs devoirs, et à Anderson, mais celui-ci était en retenue au moment de l'agression.
Ash griffonna les éléments qui lui manquaient et fronça les sourcils au moment où ils s'engageaient dans le second étage.
− Comment a-t-elle su que c'était Dillinger, alors ? marmonna-t-il pour lui-même.
Il resta silencieux un moment, soupira pour admettre son abandon et rangea son bloc-notes.
− En tout cas, la Brigade a fait fort dès les deux premières agressions.
− Deux ? s'étonna Sirius.
− Enfin, la deuxième est plutôt une tentative, dit Ash. Bannerman avait invoqué un serpent pour s'attaquer à Potter, mais le piège s'est retourné contre lui. Straton et Alyn en pleuraient encore de rire ce matin : Bannerman s'est carrément pissé dessus quand le serpent s'est enroulé autour de lui. Bien sûr, il n'y aura pas de suite puisque Bannerman n'a aucune preuve concrète à présenter et qu'il lui faudrait expliquer pourquoi Potter aurait voulu s'en prendre à lui. C'est un abruti, mais pas au point de se dénoncer lui-même.
Ils atteignirent le couloir de défense contre les forces du Mal et remarquèrent aussitôt que le professeur Williams se tenait à côté de la porte fermée de sa classe. Perchée dans les bras de Moorehead, Ninie présentait à la Serdaigle le phénix en peluche que sa tante lui avait envoyée le matin même. Isolées dans un coin, Aurelia et Sainton s'entretenaient à voix basse, tandis que les autres élèves déjà arrivés restaient silencieux. Il planait une curieuse atmosphère remplie d'espoir, mais James en comprit la nature quasi-instantanément : le fait que le professeur Williams n'ait pas ouvert la porte de sa salle laissait envisager qu'un cours pratique attendait les septième année.
Ash partit rejoindre ses amis, saluant au passage d'un signe de tête certains camarades des autres maisons. Les garçons de Poufsouffle daignèrent enfin arriver, le pas vif de crainte d'être en retard, et le professeur Williams consentit enfin à répondre aux questions silencieuses de ses étudiants :
− Le cours spécial que j'aurais dû vous donner en septembre se fera aujourd'hui, déclara-t-elle. Le professeur Bresch ayant un important rendez-vous avec le département de la coopération magique internationale, il m'a gentiment proposé d'empiéter sur le double cours que vous auriez dû avoir avec lui. Suivez-moi.
L'excitation, l'enthousiasme, accompagnèrent le professeur Williams à sa suite, alors qu'elle prenait la direction du Grand Escalier. Où allaient-ils ? James était impatient de le découvrir et il n'était pas le seul. Depuis que la belle recrue du directeur de Poudlard avait parlé de cours spéciaux, le mois dernier, tout le monde s'était demandé à quoi ils ressembleraient.
Ils descendirent dans le hall d'entrée, le traversèrent sans ralentir et sortirent dans le parc. Les élèves s'en étonnèrent, leurs yeux parcourant les alentours à la recherche d'un quelconque indice sur le sujet du cours spécial, mais le professeur Williams ne fit aucun commentaire et troubla quelque peu les adolescents en prenant le chemin de la forêt interdite. Bien que muets, les étudiants semblaient désireux de savoir où elle les entraînait, sauf que personne n'osa poser la question. Si quelques-uns ne se sentirent pas à l'aise à l'idée de s'aventurer dans la forêt, ils furent rapidement rassurés : à peine eurent-ils dépassé la maison de Hagrid que le professeur Williams bifurqua, longeant la lisière jusqu'à un sentier très court qui se frayait un chemin parmi une demi-douzaine d'arbres et débouchait sur une vaste clairière.
Quelques élèves laissèrent échapper des exclamations surprises, impressionnées ou déconcertées. Occupant la plus grande partie de la clairière, une vaste cabane de bois à l'air sinistre se dressait, ses fenêtres condamnées par des planches, semblable à une reproduction de la Cabane Hurlante, mais en plus large et moins haute. Le professeur Williams arrêta les élèves à bonne distance de la porte d'entrée et se tourna vers eux.
− Les cours spéciaux que j'ai l'intention de vous faire vivre sont des mises en situation, annonça-t-elle. En temps normal, il vous aurait fallu affronter certaines créatures magiques, mais il n'est pas dans la politique de Poudlard de mettre en danger les élèves, j'ai donc dû retravailler mes méthodes. Le scénario est fort simple : les Mangemorts et les Aurors ont appris que cette cabane renfermait un artefact qui assurerait la victoire du camp qui mettrait la main dessus, sauf que ledit artefact est protégé par un gardien redoutable. Mr Potter sera le leader des Aurors tandis que Mr Rogue sera celui des Mangemorts.
C'était donc ainsi que le professeur Williams et Dumbledore avaient l'intention de le confronter à Rogue « de manière plus mature et intelligente », songea James. Opposer les capacités des deux ennemis jurés pour déterminer qui était le plus fort ? Il n'en voyait pas l'intérêt, car ce n'était pas une question de talent qui les avait amenés à se haïr, mais il s'avança quand même quand le professeur Williams adressa un signe au Serpentard et au Maraudeur pour qu'ils la rejoignent.
− Deux ou trois petites choses avant que Messieurs Rogue et Potter choisissent leurs partenaires, poursuivit la belle femme. Bien qu'à contrecoeur, Dumbledore a estimé que le moindre sortilège illégal, la moindre brutalité gratuite, serait directement puni par Mr Silver, qui jouera le rôle du gardien de l'artefact.
− Wouhou ! s'exclama le français d'un air joyeux.
− Cela vaut aussi pour vous, Mr Silver. Les Sentences de la Mort sont strictement interdites, et je pense qu'il n'est pas utile de vous rappeler ce que vous risquez si jamais vous vous montrez un peu trop zélé pendant ce cours. Quiconque réussissant à s'approprier l'artefact recevra cent points. Messieurs Potter et Rogue, formez vos équipes pendant que j'emmène Mr Silver à son repaire. Miss Fellini, je vous charge de maintenir l'ordre.
Lui emboîtant le pas avec entrain, le nouveau Gryffondor suivit le professeur Williams derrière la cabane, alors que la belle Serpentard s'empressait de rejoindre Rogue et James, l'air important.
− Honneur à mon camarade de Serpentard ! décréta Fellini.
− Caleb, dit aussitôt Rogue.
− Sirius.
− Alan.
− Remus.
− Marius.
− Peter.
− Clément.
− Lily.
− Lucretia.
Ils faisaient une erreur, pensa James. Il le comprit dès qu'il aperçut le léger hochement de tête désapprobateur d'Ethan, qui paraissait s'être attendu à une meilleure stratégie, mais ni Rogue ni le Maraudeur n'en démordirent et recrutèrent les étudiants en fonction de leurs préférences. Il rata Fellini de peu, mais parvint à ajouter Ana à son équipe, alors que Rogue s'assurait les bons services de la splendide française comme de Cassie Lindon.
Les équipes promettaient d'être serrées, se dit-il. C'était comme si chacun des deux leaders cherchait à compenser la force, le talent et les capacités de la recrue choisie par l'autre, mais il vint un moment où les choix devinrent plus difficiles à faire. Il apparut même que l'impopularité d'Ethan auprès des Serpentard dépassait largement ce que James avait pensé : après que les autres eurent été répartis, le mystérieux australien se retrouva, avec Brythe, à ne pas avoir encore été appelé. Il ne paraissait ni surpris, ni déçu. James, à qui c'était le tour de choisir, hésita un bref instant, jusqu'à ce que Remus lui donne un léger coup de coude dans les côtes.
− Ethan, céda-t-il.
Brythe rejoignit, l'air assez malheureux, l'équipe de Rogue, tandis qu'Ethan était accueilli chaleureusement par Moorehead et les filles de Gryffondor. Comment avait-il fait ? s'interrogea James, intrigué, en voyant Lily adresser un large sourire à leur camarade de Serpentard. Cela faisait près d'un an et demi qu'il s'acharnait à gagner la confiance et la sympathie de la rousse, mais en seulement quelques jours, c'était Ethan qui s'avérait le plus proche d'elle. Avait-il un secret pour gagner l'intérêt des autres ? Ses yeux rouges lui donnaient-ils un charme particulier que seules les jeunes femmes savaient apprécier ?
Il émergea de ses pensées lorsque le professeur Williams réapparut, ses yeux bleu sombre bondissant d'un groupe à l'autre sans manifester la moindre émotion.
− Les Aurors entreront par la porte de derrière, dit-elle. Attendez mon signal pour entrer.
James opina et emmena son équipe à travers la clairière, contournant la grande bâtisse de bois. Dès qu'ils furent sûrs de ne pas être entendus par les « Mangemorts », Sirius posa la question qui taraudait l'esprit de son meilleur ami :
− Comment on s'organise ?
− Difficile à dire, admit Remus. Comment Rogue organisera son équipe ? Foncera-t-il vers Silver ou cherchera-t-il d'abord à nous mettre des bâtons dans les roues ? Tu en penses quoi, Ana ? Que feraient de véritables Aurors ?
La magnifique Serdaigle prit son temps pour répondre, réfléchissant intensément à la question.
− Comme tu l'as dit, c'est difficile à dire, reconnut-elle. Les vrais Mangemorts ont l'habitude d'agir ensemble, bien que ce soit toujours par petits groupes, il est donc possible que Rogue organise son équipe en la divisant en plusieurs. Dans ce cas-là, il serait préférable que nous en faisions de même, mais en constituant très soigneusement les groupes… En fait, je crois qu'il serait plus intelligent de nous séparer.
Le préfet-en-chef hocha vaguement la tête. Lui aussi avait pensé à former des bandes, à fragmenter son équipe, mais il était également conscient que Silver n'était pas un adversaire à prendre à la légère. S'il voulait avoir une chance que son groupe se sorte vainqueur du cours, il faudrait jouer la carte de la sécurité et attaquer l'étrange français avec un maximum de forces.
Ils atteignirent la porte de derrière, mais le signal du professeur Williams ne vint pas, comme si elle laissait tout leur temps aux deux équipes pour établir leur stratégie.
− OK, admettons que nous nous séparions, quels groupes faudrait-il faire ? lança James. Nous ne savons pas comment sera organisée l'équipe de Rogue ni quelle direction elle prendra. Nous savons tous que Mogg et Gardner sont plus redoutables en duel qu'elles ne veulent bien le faire croire, nous savons aussi qu'ils ont Cassie de leur côté, que Mulciber ne fait pas dans la demi-mesure, que Rogue est un duelliste à ne pas sous-estimer et, plus que tout, qu'ils ont Fellini avec eux. Il faut calculer les différents scénarii que les « Mangemorts » pourraient…
− Calculer ?
Toutes les têtes se tournèrent vers Ethan. L'irritation de James d'avoir été interrompu – surtout par lui – s'évanouit en une fraction de seconde et, pour la première fois, tout le monde put entrevoir ce qui avait tant fasciné Fellini : l'espace d'un court instant, le regard écarlate du Serpentard fut animé d'une lueur que ses camarades n'avaient encore jamais vu. Un mélange de douleur, de tristesse, mais aussi d'autre chose de plus difficile à décrire. C'était exactement comme l'avait dit la française : en le voyant ainsi, il était indéniable qu'Ethan n'avait pas mené la vie la plus paisible et choyée du monde. Tout au long du bref moment où il baissa sa garde, où il montra son vrai visage, l'Autre Potter manifesta une douleur, une tristesse et une émotion indescriptible, mais il se rendit rapidement compte de son erreur et se ressaisit.
Bien que gêné d'être au centre de l'attention et de s'être relâché quelques secondes, il parla aussi sereinement que possible, sans même se rendre compte, sembla-t-il, que ses propos en disaient tout autant que la lueur ayant animé son regard :
− Calculer signifie prendre en considération des données connues, analysées et vérifiées. Face aux Mangemorts, on ne peut pas calculer : tu meurs ou tu survies, ça s'arrête là. Tu ne réfléchis pas, tu laisses ton instinct de survie, tes tripes, te guider du mieux que tu peux. Même s'il y a des aspirants Mangemorts dans le groupe de Rogue, ils sont soumis aux règles scolaires, ce qui n'empêche pas que ce cours est censé nous donner une vague idée de ce que le monde sorcier vit au quotidien. Lister tous les scénarii possibles et imaginables ne nous rendrait pas service, ça ne ferait même qu'exacerber notre confusion, voire notre paranoïa. Nous ne savons pas comment Rogue s'organisera, ni quand nous tomberons sur des adversaires, ni ce qu'il choisira comme priorité : neutraliser notre groupe ou se précipiter à la poursuite de Silver ?
− Il a raison, admit Aurelia.
James réprima un soupir en levant les yeux au ciel, non pas par exaspération mais pour vérifier que le signal du professeur Williams n'était pas donné. Même s'il refusait de l'admettre ouvertement, Ethan disait vrai. Comment ? Comment savait-il ce genre de choses ? A l'entendre, il avait déjà affronté les Mangemorts, il avait déjà affronté toutes sortes de dangers… L'avait-il vraiment fait ? Ou bien citait-il juste quelque chose qu'il avait lu dans un quelconque livre ou magazine ? La lueur torturée, sombre, hantée qui avait animé les yeux rouges du Brigadier de la Mort flotta à nouveau devant les pupilles de James. Non, il n'était pas question de citations, se dit-il. Ethan avait du vécu, et c'était peut-être pour cela qu'il avait refusé de répondre aux questions de La Gazette du Sanglier.
− Tu marques un point, concéda le Maraudeur. Comment on s'organise, dans ce cas ?
− Ma tata dirait qu'il faut quatre groupes de quatre ! dit Ninie, sa peluche en forme de phénix sous le bras. Un meneur pour chacun. Lily, Ana, Sirius et toi étant les meilleurs élèves que nous ayons, vous pourriez être les leaders, mais pas question de battre Cassie à ma place : elle m'a promis un bisou tous les jours si je la bats en duel !
− Elle te fait déjà un bisou presque tous les jours, fit remarquer Sirius.
− Presque, pas tous les jours !
− Quatre groupes de quatre… répéta James, pensif.
− Ca laisserait deux d'entre nous tout seuls, objecta Jason Greggson.
− Des éclaireurs, dit Ethan, mais il faut bien les choisir. Ils doivent avoir l'ouïe fine, le pas silencieux et le meilleur sens de l'observation possible. Je ne connais pas vraiment Rogue, mais je suis à peu près certain qu'il n'aura pas l'idée d'utiliser une telle manœuvre. Sans prétention, je suis le plus indiqué pour assumer un tel rô…
Il fut interrompu par une gerbe d'étincelles vertes qui bondit dans les airs et explosa dans une série de crépitements comme un feu d'artifice. Eh merde ! s'exclama James, alors que certains élèves s'avançaient aussitôt vers la porte de la cabane avant d'être retenus par Olivier Lambert et Joanna Muller.
− Pas de précipitation, dit la Serdaigle au visage de poupée, Leo ne se laissera pas découvrir facilement. Il est même déjà à des dizaines de mètres de la cachette que le professeur Williams lui a désignée. Toutefois, Potter, il vaut mieux constituer les groupes dès maintenant.
− Je sais, dit James. Sirius, tu prends Mary, Greggson et Patricia. Moorehead, tu mèneras Muller, Lambert et Ash. Lily, tu conduis Ninie, Griggs et Sarah. Quant à moi, j'aurai Aurelia, Ells et Remus. Peter, tu seras l'éclaireur de Sirius et Moorehead et Ethan, le mien et celui de Lily.
Les différents groupes se rassemblèrent tout en se dirigeant vers la porte de la cabane, que James franchit le premier. Après la clarté du jour, bien que grisâtre, il lui fallut quelques secondes pour s'adapter à la pénombre de la cabane. C'était à peine si son équipe distinguait le fond de la demi-douzaine de couloirs qui s'étiraient dans toutes les directions, semblables à un vieux calendrier solaire. Il semblait n'y avoir aucune bougie dans la bâtisse, si bien que les étudiants évolueraient dans l'obscurité à partir du moment où ils quitteraient les couloirs bordés de fenêtres obstruées.
− Comment on fait ? demanda Sirius à voix basse, alors que la porte se refermait derrière Patricia Hare.
− Restez ici, chuchota Ethan. Pettigrow, tu prends ce couloir.
James plissa le front. C'était infime, presque inaudible même, mais il sentit une certaine froideur dans le ton du Serpentard quand il s'adressa à Peter. Retenue, certes, mais bien présente. Sirius et Remus semblèrent l'entendre aussi, mais si le premier adressa un regard quelque peu surpris au préfet-en-chef, le second n'en fit rien. Disparaissant dans l'obscurité de la cabane, le nouveau Potter et Queudver s'absentèrent plusieurs minutes.
− Bien ! murmura James en se tournant vers son équipe. Je pense qu'il faudrait nous séparer dans toutes les directions. Lily et moi, nous prendrons les deux premiers couloirs de droite pendant que Moorehead et Sirius prendront les deux de gauche. Il faut aussi que nous nous organisions sur une retraite ou un renfort.
− Hermès, dit Lambert.
Muller approuva aussitôt.
− Quoi ? demanda James, étonné.
− Le sortilège d'Hermès, précisa le français. Silver est un passionné de la Grèce antique et a inventé tout un tas de sorts qui portent les noms des dieux olympiens. Hermès est un moyen de communication invisible aux yeux de tous ceux qui n'ont pas été inclus dans les destinataires… et comble du génie de cette andouille, c'est un sortilège d'une simplicité enfantine. Tu n'as même pas besoin d'en connaître toutes les subtilités : prends ta baguette, dis « Hermès » et le tour est joué.
Leonie s'empressa de tirer sa baguette.
− Hermès !
Rien ne se produisit. Tout au moins, rien en apparence, mais Lily, Aurelia, Mary et Ana éclatèrent de rire avant de plaquer une main, d'un même mouvement, sur leur bouche en réalisant qu'elles étaient en plein cours. Personne ne douta que Leonie avait parfaitement réussi son sortilège d'Hermès. Si James se demandait ce qui avait bien pu faire rire ainsi les jeunes femmes qui, à présent, lançaient des regards attendris au petit bout de femme, il n'eut pas le temps de creuser la question, car Peter et Ethan, qui se frottait l'intérieur de l'oreille d'un air souffreteux, revenaient.
− Alors ? s'enquit le préfet-en-chef.
− Il y a un escalier menant à l'étage à quatre couloirs d'ici, répondit Queudver. J'ai vu Avery, Matthain, Brogan et Roby montent au premier. Je les ai aussi entendus dire que Lindon était à la tête d'une équipe se dirigeant vers l'ouest.
− Ca veut dire qu'elle vient vers nous ?! chuchota Ninie d'un air réjoui.
− Elle peut encore changer de chemin, objecta James. Ethan, qu'est-ce que tu peux nous dire ?
− Rogue a adopté une stratégie mi-aventureuse, mi-rusée, répondit le Serpentard. Des groupes de quatre sont chargés de se promener dans toute la cabane alors que d'autres, de trois cette fois, investissent des pièces pour tendre des guets-apens. Il y a Mulciber, Brythe et Wheeler à six couloirs d'ici. Rogue est à la tête d'un groupe composé de Lindon, Steadworthy et Berenis, et j'ai cru comprendre qu'Alexa menait celui Mogg, Gardner et Wilkes.
James retint à grand-peine un grognement. Enfoiré de Servilus ! pensa-t-il. Son ennemi juré avait constitué des groupes qui se reposaient sur la puissance des sorciers et des sorcières. Il n'en était pas sûr, mais il imaginait très bien Moorehead avoir le plus grand mal à vaincre le duo Mogg-Gardner. Si, en plus, Wilkes accompagnaient les deux jeunes femmes de Serpentard, la victoire était encore plus incertaine que jamais pour la Serdaigle. Néanmoins, il fallait reconnaître que Peter et Ethan s'étaient révélés parfaitement à la hauteur de leur rôle. Il aurait été tenté de les remercier et de les féliciter, mais l'urgence était ailleurs et plutôt inquiétante.
Faisant les cent pas, plongé dans ses réflexions, le préfet-en-chef émergea finalement et laissa échapper un soupir. Il l'avait su à l'instant où il avait entendu Ethan le dire, mais ce n'était que maintenant qu'il réalisait que les calculs étaient inefficaces, car avec les informations rapportées par les deux éclaireurs, il lui fallait bien admettre qu'il devait changer sa stratégie.
− Bien, revoyons notre plan ! dit-il. Moorehead, tu t'occupes de Mulciber, je suis sûr que ça lui fera plaisir. Peter, c'est une mission « risquée », mais il faut absolument que tu ouvres une faille, que tu fasses sortir cet abruti et ses comparses pour que le groupe de Moorehead leur tombe dessus.
− Mais… je vais me faire… balbutia Queudver, pas rassuré.
− Tu n'en mourras pas, dit Moorehead d'un ton agacé. Quand bien même tu serais stupéfixé, on te réanimera dès que nous le pourrons, alors arrête de te faire dessus ! N'oublie pas que tu joues un rôle particulier et important, Pettigrow ! Apprends à avoir un peu de courage, bordel !
− Pas la peine d'être aussi dure ! protesta Sirius d'un ton sec.
− Fermez-la !
Les regards, certains consternés, d'autres surpris, se tournèrent à nouveau vers Ethan. Leur tournant le dos, il paraissait être en proie à une douleur indéfinissable. Tout du moins, ce fut l'impression que James eut, car le Serpentard fronçait les sourcils en contemplant un point invisible. Il plaqua une main contre son oreille, qui semblait le faire souffrir, puis il s'apaisa, comme soulagé.
− Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Lily.
− Silver est passé à l'action, affirma Lambert.
− On dirait, oui, approuva Ethan. Le groupe mené par Beauchesne n'a plus donné de nouvelles à Rogue depuis un peu trop longtemps à son goût.
− Comment tu le sais ? interrogea James, aussi intrigué qu'étonné.
− Je suis un éclaireur, non ?
La réponse ne plut franchement pas au Maraudeur, mais il se garda bien de le signaler ou de le montrer, car le regard rouge vif du Serpentard le perturba quelque peu. A quel point ce mec pouvait-il en avoir chié dans sa vie ? s'étonna James, marqué, troublé, déconcerté par la franche déception attristée qui habitait les yeux écarlates de son « cousin ». Il aurait tout aussi bien pu dire quelque chose de complètement naïf, grotesque, insensé, ridicule, qu'Ethan n'aurait sûrement pas manifesté une autre expression. C'était quoi, son problème ? Et puis comment savait-il que Beauchesne n'avait plus donné de nouvelle à Rogue ? Ouïe fine, mon cul ! songea James. Il était évident que le Serpentard employait autre chose pour écouter. Un sortilège ? Ou le serpent enroulé autour de son cou ?
− Abandonne le projet de neutraliser Mulciber, Silver doit être notre seul objectif, dit Ethan.
James le considéra brièvement du regard.
− D'accord. Moorehead, tu prends ce couloir. Lily, celui-là. Sirius, celui-ci. Je prendrai celui du centre. Sortilège Hermès à part, restez attentifs au moindre cri, au moindre appel. Je ne sais pas ce que vaut Silver en tant que duelliste, mais il n'est pas question de le sous-estimer…
− Tu le sous-estimes déjà, dit Muller. Leo n'est pas un duelliste : c'est un monstre !
− Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ca pourrait être vexant, ça !
Muller et Lambert se figèrent d'une étrange manière, comme s'ils avaient vu Lord Voldemort lui-même, alors que les têtes se tournaient vers le couloir de droite, au fond duquel se tenait Silver, une boule de cristal dans la main gauche, un sourire des plus cruels aux lèvres. Ses yeux d'un bleu brillant étincelaient d'une lueur démente, terrible, menaçante. Il aurait pu prétendre qu'il allait tuer tout le monde, le frisson que ressentit James n'aurait guère été plus violent.
Pourtant, certains réagirent presque immédiatement : des éclairs de lumière rouge fusèrent vers le Gryffondor, jaillis d'une bonne demi-dizaine de baguettes tenues par Lily, Moorehead, Lambert, Ash, Leonie et Aurelia. Les sortilèges fusèrent tout le long du couloir et heurtèrent quelque chose. Quoi ? James aurait été incapable de le dire, mais le choc produisit un brouillard, épais et opaque, qui se répandit en quelques instants dans tout le couloir et englouti toute l'équipe du préfet-en-chef. Des cris surpris, des bruits sourds révélant que des personnes s'étaient effondrées, retentirent partout autour de lui sans qu'il ne puisse déterminer dans quelle direction. Son sens de l'observation paraissait étrangement diminué à travers cette purée de pois – qui, il en était sûr, n'avait rien de naturelle.
− Oups ! s'exclama la voix surprise de Silver, un instant avant qu'un jet de lumière rouge ne passe juste à côté de James.
De qui venait-il ? Qui affrontait le Gryffondor ?
− Lily ? Sirius ? Remus ? Peter ? appela-t-il.
Quelque chose le heurta brusquement pour le plaquer au sol, un instant seulement avant qu'un trait rougeâtre fuse juste au-dessus de lui, à l'endroit précis où il s'était tenu quelques secondes plus tôt. Surpris, déboussolé, James tourna la tête : Ethan se redressait déjà, l'épaule sur laquelle il avait atterri douloureuse. Surmontant sa douleur, il intima au préfet-en-chef de faire silence. Comment ? se demanda le Maraudeur. Comment diable avait-il vu venir le sortilège ? Et pourquoi s'être interposé en le « sauvant » ? Etait-ce un piège pour s'attirer sa sympathie ou un acte volontaire et sans ambition ?
− Lily ! s'exclama une voix familière, enfantine et réjouie.
Leonie ?! s'étonna James. A quel point le Bébé de Gryffondor était-il doué ? Depuis bien des années, il avait compris qu'il ne fallait pas juger Ninie à son apparence ou à sa personnalité, mais il ne s'attendait vraiment pas à ce qu'elle réchappe d'une telle attaque.
− Ne parle pas si fort, n'amour ! protesta la voix de Moorehead.
Son murmure sembla provenir de partout. James imagina sans peine Ninie se réfugier dans les bras de Lily pour se cacher, ne supportant pas d'être grondée, mais il eut vite fait de se soucier d'autre chose : une main jaillie du brouillard se referma sur son épaule, mais alors qu'il pointait sa baguette magique sur le propriétaire, il se ravisa. Sirius et Remus étaient parvenus à le retrouver.
− Un monstre, hein ? chuchota Sirius aussi bas que possible.
− Que sont devenus les autres ? demanda James sur le même ton.
− Disparus, répondit Remus. Peter était avec nous, mais il a… je ne sais pas trop… On dirait que quelque chose l'a happé à travers le brouillard…
Il y eut un petit cri surpris, un éclat de lumière bleuâtre perça le brouillard, puis il y eut un gloussement masculin, sans nul doute celui de Silver. Avait-il vaincu Lily, Moorehead et Ninie ? James n'eut même pas le temps d'y réfléchir, car un trait de couleur rouge feu apparut soudainement à travers la purée de pois et tout devint noir.
C'était une étrange sensation, songea-t-il. Il entendit des bruits de pas, des exclamations, des bruits de chute, des rires, des bruissements sans doute provoqués par des sortilèges, mais il ne vit rien, absolument rien. Ses paupières étaient hermétiques, ne lui offraient aucune chance d'apercevoir quoi que ce soit, alors que son corps était raide, rigide, impossible à bouger. Une stupéfixion, se dit-il, reconnaissant les symptômes. Il était conscient, mais étranger au monde mobile. Tout ce qu'il avait pour occupation – jusqu'à ce qu'on le libère, en tout cas –, c'était écouter et réfléchir.
Leo n'est pas un duelliste, c'est un monstre ! James n'irait pas jusqu'à croire sur parole Muller, mais il ne pouvait nier que le français de Gryffondor était rusé. Qu'est-ce qu'il avait fait de travers ? Avait-il pris trop de temps à organiser et disperser à travers la cabane les différents groupes qu'il avait constitués ? Pourquoi Silver les avait-il attaqués, d'ailleurs ?
La lumière revint plusieurs secondes avant qu'il ne le réalise. Quelque peu déboussolé par la soudaine clarté, notamment à cause de la porte ouverte qui laissait filtrer une luminosité dense bien que grisâtre, le préfet-en-chef mit un certain temps à se rendre compte que le visage qui lui souriait légèrement était celui qu'il chérissait plus que tout au monde.
− J'aurais dû emmener un appareil photo pour immortaliser ce moment, marmonna-t-il.
Lily sourit de plus belle.
− Ne t'en fais pas pour ça, nous avons cinq photos à faire ensemble parce que j'ai perdu mon pari avec Alexa.
− Je préférerais que ce soit volontaire et non à cause d'un gage, dit James en se redressant.
− On n'a pas tout ce qu'on veut, dans la vie, rétorqua Lily d'un ton détaché. Viens, le professeur Williams nous attend.
James la suivit dans le jardin, derrière la cabane.
− Ca a été un échec monumental, non ? dit-il.
− Je n'en suis pas si sûre, avoua Lily. Même si le but de l'exercice était de s'approprier cet artefact – qui était une bouteille de Bièraubeurre, soit dit en passant –, le véritable objectif était de comprendre ce que nous aurions à vivre à l'avenir. Ethan a eu raison : c'était uniquement un exercice organisé pour nous permettre de réaliser à quel point il est difficile d'être Auror ou Mangemort. Le professeur Williams que nous soyons tous réunis pour attribuer des récompenses, nous saurons bientôt quelle équipe s'est illustrée.
James hocha la tête alors qu'ils tournaient l'angle de la cabane. Il semblait qu'il n'était pas le dernier stupéfixé, car Rogue, visiblement contrarié, rejoignait tout juste les élèves amassés devant le professeur Williams en compagnie de Beauchesne.
− Et ces photos, elles consistent en quoi ? demanda le Maraudeur d'un air « j'dis-ça-j'dis-rien ».
Lily rit discrètement.
− Nous avons une photo à faire sur un balai, une deuxième au bord du lac, une troisième à Halloween, une quatrième pour Noël et la dernière pour la Saint-Valentin, répondit-elle. Mais ne va pas t'imaginer des choses, hein !
− Bien sûr que non ! assura James. Je ne t'imagine absolument pas t'accrocher à moi sur le balai, n'imagine pas du tout un baiser sur le bord du lac, ne fantasme pas sur toi en gothique ou en Mère Noël et n'espère même pas que la Saint Valentin me permettra de t'embrasser ou de te tenir par la main…
− T'es très crédible, ironisa Lily.
− N'est-ce pas ? Je suis quelqu'un de négatif par nature.
La belle rousse éclata de rire… pour la première fois, sembla-t-il. James écouta la mélodie de son rire, à la fois rempli d'un espoir qu'il ne savait pas comment gérer et émerveillé par la soudaine complicité qu'il partageait avec la préfète-en-chef. Que s'était-il passé ? Elle qui était si distante pendant leurs rondes se révélait soudainement plus chaleureuse, plus ouverte. Fellini jouait-elle un rôle derrière ? D'aucuns ne doutaient que la magnifique Serpentard avait une influence singulière sur toutes ses amis, mais à ce point… Non, c'était autre chose, pensa James. Peut-être, sans s'en rendre compte, qu'il avait atteint le cœur et l'attention de Lily.
Il n'eut guère l'occasion de réfléchir davantage à cela, car ils rejoignirent leurs camarades et se séparèrent, Lily rejoignant avec bonheur Leonie tandis que James, de son côté, se laissait tomber entre Sirius et Remus.
− C'est pour quand, le mariage ? le taquina Patmol.
− L'année prochaine, j'espère, mais dis-moi plutôt ce qu'il s'est passé.
Sirius s'assombrit.
− Ce qu'il s'est passé ? répéta-t-il d'une voix morne. On s'est fait laminer, voilà ce qu'il s'est passé. Silver est fou, c'est un fait, mais c'est quand même un putain de génie ! Juste après que tu aies été stupéfixé, il a réussi à détourner un sort de Ninie à l'intention de Lunard, qui se l'est pris de plein fouet. Deux secondes plus tard, c'est un sortilège de Moorehead qui a failli me mettre hors course, mais Ethan s'est interposé et on s'est joints à la bataille… Et au final, on s'est tous fait battre. Il paraît que même Fellini s'est faite battre en deux temps trois mouvements !
James ouvrit la bouche, mais le professeur Williams apparut au même moment en compagnie de Silver, qui buvait avec un plaisir clairement affiché la bouteille de Bièraubeurre ayant représenté « l'artefact ».
− Je ne pense pas qu'il soit utile de dire que cet exercice a été un lamentable échec, dit la belle brune d'un ton neutre. Vous avez certains mérites, c'est indéniable, mais vous avez été naïfs, prétentieux ou ridicules. Malgré tout, j'ai des points à donner aux élèves les plus marquants de cet exercice : Mr Silver a, bien évidemment, obtenu les cent points de la récompense, et je le gratifie de cinquante points supplémentaires pour sa remarquable stratégie offensive. A l'inverse d'un mage noir tel que Lord Voldemort, il n'a pas attendu que la menace vienne à lui : c'est lui qui s'est porté à sa rencontre pour l'annihiler.
− Il a utilisé des sortilèges bizarres ! accusa Mulciber.
− Bizarres ? répéta le professeur Williams d'un ton distrait. Puisqu'ils sont « bizarres », comme vous dîtes, vous allez faire une rédaction en me précisant en quoi ils le sont, Mr Mulciber, et m'indiquer les critères qui vous permettent de les définir de « bizarreries ». En attendant, j'ai quarante points à attribuer à Misses Mogg et Gardner, car elles sont les seules à ne pas avoir foncé tête baissée dans un piège évident placé par Mr Silver. Trente points à Mr Potter pour avoir épargné l'élimination – par deux fois – de certains de ses camarades. Vingt points à Messieurs Black et Potter et Misses Cordell, Evans et Moorehead qui ont opposé une formidable résistance à Mr Silver. Et pour finir, trente points encore à Miss Lindon qui, à elle seule, a sauvé son équipe à trois reprises.
James n'aurait su dire s'il était content ou pas. Il n'avait reçu aucun point, mais il était soulagé de savoir que Rogue n'avait obtenu aucune récompense. Il était conscient, toutefois, que cet « affrontement » comptait comme un match nul. Dumbledore et le professeur Williams pensaient que ces compétitions leur permettraient de tourner la page, d'effacer l'ardoise, mais bien qu'il fût sceptique à ce sceptique à ce sujet, le préfet-en-chef était prêt à relever le défi. Peut-être parce que Lily avait montré une certaine ouverture à son humour et sa personnalité, le Maraudeur considérait Rogue comme le principal obstacle pour lui permettre de séduire la belle rousse. Non pas à cause de leur ancienne amitié, mais parce qu'il était son point faible : s'il était capable de faire abstraction de Rogue, de faire la sourde-oreille à ses provocations, de l'affronter avec fair-play lors des cours spéciaux, sans doute pourrait-il marquer des points auprès de Lily.
Alors que Mulciber fulminait du devoir supplémentaire qui lui était donné, James ne put s'empêcher de sourire : il était sur la bonne voie pour plaire à la belle rousse !
