L'écrasante victoire de Silver lors du cours spécial de défense contre les forces du Mal alimenta les discussions une bonne partie de la semaine, bien que plusieurs de ses camarades affirmèrent qu'il avait triché en employant des sortilèges étranges et inconnus, reprenant ainsi les accusations de Mulciber. Même Alexa trouva une excuse, prétendant qu'elle avait perdu pour la simple raison qu'elle n'était toujours pas enceinte du Gryffondor, mais celui qui n'avait vraiment aucun regret, c'était Harry : l'expérience lui avait permis d'approcher les Maraudeurs, et plus particulièrement James et Sirius. Il était bien conscient qu'il avait encore du chemin à parcourir pour gagner leur confiance ou leur sympathie, mais entendre le préfet-en-chef reconnaître qu'il avait raison sur certaines choses, le désigner pour être l'éclaireur de son groupe étaient quelque chose qui lui semblaient aussi fabuleux qu'inespérés. Toutefois, il avait commis une erreur en laissant son passé de Survivant apparaître sur son visage et montrer, d'une manière ou d'une autre, qu'il était accoutumé aux situations dangereuses, fébriles, tendues. Par chance, tout ce qu'il avait manifesté, tout ce qu'il avait pu dire, n'avait pas été jugé à sa juste valeur par la totalité de ses camarades – mais il en était certain qui avait parfaitement compris, ou deviné, que le passé du Serpentard avait été bien moins agréable qu'ils ne l'avaient d'abord cru.

Le samedi matin, plus personne ne pensait à l'expérience offerte par Lorca ou la démonstration de puissance et de ruse du Dieu de la Mort : dans une ambiance d'impatience surexcitée, les élèves ne parlaient plus que du match de Quidditch, lors du petit déjeuner. Gryffondor contre Poufsouffle. Les parieurs et les pronostiqueurs s'en donnaient à cœur joie, non sans rester le plus prudent possible. Après l'article paru dans La Gazette du Sanglier, Gary Carmody avait gagné en popularité, mais on ne le surestimait pas, d'autant que James avait déjà six années d'expérience et de preuves de son talent indéniable. Si les noir-et-jaune souffraient d'un gardien vivement critiqué, en outre, les rouge-et-or connaissaient de sérieux problèmes avec l'attrapeur de leur équipe.

De l'avis général, un match indécis se profilait, mais Harry ne partageait guère l'enthousiasme général. Il n'avait pas rejeté tout intérêt pour le Quidditch, bien sûr : c'était juste qu'il savait que le sport n'aurait plus jamais le même attrait. Il aurait très probablement pu participer aux sélections et faire la démonstration de son propre talent, sauf que jouer sous les couleurs de la maison vert-et-argent ne l'intéressait pas vraiment, tout comme il était convaincu que les balais de l'époque n'avaient pas une quelconque chance de le satisfaire. Aucun, pas même le plus récent et convoité, n'égalait son ancien Eclair de Feu. A côté de ça, il était presque sûr que les Serpentard ne lui auraient jamais confié le poste d'attrapeur s'il s'était révélé bien meilleur que Regulus, et assister à un match depuis les gradins n'était pas une perspective qui le réjouissait particulièrement.

Assis à la table de Gryffondor comme tous les matins, il apparut que même s'il avait voulu regarder le match, il n'en aurait pas eu l'occasion. Alexa, en effet, avait déjà programmé l'emploi du temps de la Brigade, dont elle s'occupait d'ores et déjà à la suite des agressions survenues dans la semaine.

− … formation est nécessaire, disait-elle en piquant les tranches de lard se trouvant dans l'assiette de Silver. Chouchou est de plus en plus menacé, les méfaits sont de plus en plus nombreux, Leo refuse toujours de me faire un bébé et Bresch m'a dit de former nos nouvelles recrues dans les plus brefs délais. Comme Serdaigle et Serpentard jouent la semaine prochaine, ça ne pose de problème à Ana et Lucretia, et comme Ethan m'a contrariée ce matin, il est puni de match.

− Je n'ai rien fait, protesta Harry.

− Si ! Je voulais te réveiller en petite tenue mais tu étais déjà dans la salle commune quand je suis descendue ! Tu pourrais te montrer un peu plus soucieux de satisfaire mes désirs, tu sais ? Si tu continues comme ça, notre couple est voué à l'échec ! Je vais te quitter, sombrer dans la dépression, puis je vais apprendre que tu t'es remis avec quelqu'un d'autre, alors je n'aurais plus qu'à me suicider, ce qui te bouleversera, te rendra dépressif et tu te jetteras d'une falaise en criant : « Adieu, triste monde tragiiiiiiiiiiiiique ! »

Harry lança un regard dubitatif à la splendide française, alors que les filles de Gryffondor étaient secouées d'un fou rire. La Serpentard n'en finissait pas de le décontenancer. Déjà la veille au soir, elle avait absolument tenu à ce qu'il prouve qu'il était parfaitement apte à utiliser le sortilège d'Hermès, non pas pour la prévenir en cas de méfait, mais pour qu'il l'avertisse s'il lui venait l'envie de vouloir assister à un strip-tease. Même s'il s'amusait des délires d'Alexa, il lui fallait quand même quelques heures pour apprécier toutes les fantaisies de son amie.

A son grand soulagement, il n'eut rien à répliquer. Alexa n'était pas du genre à se vexer facilement, mais toutes les piques qui lui venaient en tête n'avaient rien de flatteuses. Et s'il échappa à un risque de froisser la superbe blonde, ce fut seulement grâce à Leonie, qui leva soudainement sa main en levant les yeux vers le plafond magique : Hedwige, une enveloppe attachée à la patte et Vallys sur le dos, venait en effet de faire son apparition et plongeait droit vers la table de Gryffondor. Elle se posa à côté du gobelet d'or de Harry, tendant une aile pour que la darderan puisse descendre et rejoindre le Serpentard afin d'aller piquer un somme autour de son cou – non sans lui dérober un morceau de lard au passage.

Une lettre… Harry eut peine à le croire, car c'était la première qu'il recevait de l'année. Tandis que Leonie s'adonnait avec grand plaisir à caresser Hedwige, qui s'abreuvait de jus de citrouille, le Serpentard entreprit de débarrasser la chouette de son fardeau inattendu. Qui donc pouvait lui écrire ? A part le ministère de la Magie et Gringotts, il n'avait aucun contact pouvant lui adresser la moindre missive… Ouvrant l'enveloppe, il tira un parchemin au bas duquel était apposée la signature de Prius Berkelay :

Cher Mr Potter,

Je n'ai pas eu l'occasion d'aborder le sujet lors de notre rencontre, mais ma femme et moi avons pour habitude d'inviter à la maison des personnalités de l'entourage de notre famille pour le réveillon de Noël. M'ayant confirmé que vous viviez seul, c'est donc avec un plaisir sincère que je vous propose de vous joindre à nous – si, bien sûr, vous deviez passer vos vacances de décembre à votre domicile.

Il est encore tôt pour en parler, mais ça vous laissera tout le temps d'y réfléchir. Et puisque j'aborde ces mondanités, vous êtes vivement attendu pour la Chasse aux Œufs que Godric's Hollow organise à Pâques. Les Benson, qui rejoindront leur fils à San Francisco pour Noël, ne pourront pas vous rencontrer en décembre mais seraient ravis de le faire en avril.

Restant dans l'attente de votre réponse,

Prius Berkelay

P.S. : Bien que vous ne l'ayez jamais connu, il est de coutume que les voisins se transmettent les nouvelles : avec une vive émotion, je vous annonce donc le décès de Mr Septimus Coalman, qui s'est éteint mercredi à l'âge de 79 ans.

Le professeur Slughorn n'avait pas exagéré : Mr Berkelay ne manquait vraiment pas de savoir-vivre, songea-t-il. C'était un peu surprenant quand même, cela dit, mais également agréable de savoir que les seuls voisins qu'il avait rencontrés prenaient la peine de se soucier de lui. Il ne s'était pas encore posé la moindre question sur les vacances de Noël, sans doute parce qu'il n'avait jamais eu à le faire, mais l'invitation était plutôt tentante. Ce serait aussi bien l'occasion de nouer des liens avec l'une des familles sorcières habitant Godric's Hollow qu'une opportunité pour se renseigner sur l'état d'esprit du ministère. Devait-il accepter ? Il aimerait vraiment, sauf qu'un problème – et pas des moindres – se posait : Lord Voldemort lui-même.

Maintenant qu'un Mangemort avait enquêté sur lui et découvert qu'il n'existait qu'administrativement, les risques de voir un mage noir débarquer chez lui pour le questionner ou le menacer étaient plus que présents et à prendre en considération. Et s'il était bien une chose que Harry ne supporterait pas, ce serait de mettre les Berkelay en danger. Mr Berkelay s'en était sorti face à l'intimidation d'un serviteur de Voldemort, après tout : il serait navrant qu'il devienne la cible des Mangemorts à cause de son savoir-vivre et l'invitation qu'il lui avait adressée pour le réveillon de Noël.

Harry replia la lettre, pensif. Il aimerait vraiment répondre favorablement à Mr Berkelay, mais trop de choses dépendaient, pour le moment, de l'avenir. Il donnerait sans doute une réponse positive s'il parvenait à étouffer les soupçons des Serpentard sur le lien qu'il avait avec l'Alliance – ou tout au moins, à ne leur donner aucune raison de croire qu'il était réellement l'allié de Lorca –, mais pour l'heure, il ne valait mieux rien décider. Il écrirait juste un mot pour remercier Mr Berkelay et promettre d'y réfléchir très sérieusement.

L'attention générale se porta très bientôt sur les équipes de Gryffondor et de Poufsouffle. Applaudis, encouragés, par leurs camarades respectifs, les quatorze joueurs prirent la direction des portes de la Grande Salle dans des états d'esprit divers, puis ils disparurent dans le hall d'entrée. Quelques minutes plus tard, ce furent les élèves qui commencèrent à sortir, surtout celles et ceux qui voulaient s'assurer d'avoir les meilleures places dans les gradins. Leonie étant particulièrement petite, les filles de Gryffondor ne tardèrent pas, Alexa et Harry les imitant tandis que Silver restait attablé derrière sa Gazette du sorcier.

− Il ne vient pas avec nous ? s'étonna quelque peu Mary.

− Bresch et lui ont déjà quelque chose de prévu, répondit Alexa. Ils doivent passer par le ministère afin de faire un rapport sur son comportement pendant le mois de septembre auprès du département de la coopération magique internationale, puis se rendre sur le Chemin de Traverse pour acheter divers ingrédients pour les Outils de la Mort.

Harry sentit Leonie être piquée par la curiosité, mais elle n'eut pas le temps de poser la moindre question : franchissant les portes de la Grande Salle, les Gryffondor adressèrent des signes de la main aux Serpentard et prirent la direction du parc alors que, de leur côté, Alexa et Harry se dirigeaient vers l'escalier menant aux sous-sols. Ana, qui les devançait, s'arrêta pour leur permettre de la rattraper puis emboîta son pas sur le leur.

− Il faut qu'on surveille Darkwood, annonça-t-elle une fois dans les marches.

Darkwood… Harry plissa légèrement les yeux dans un effort de concentration, mais la réponse lui vint presque aussitôt. A cause de la lettre de Mr Berkelay sans doute, il se remémora facilement que le nom avait cité quand Berenis et ses parents lui avaient rendu visite pour lui souhaiter la bienvenue.

− Il prépare quelque chose ? demanda-t-il.

− Oh non, ce n'est pas son genre, assura Ana d'un ton dégagé. C'est juste un imbécile qui a tendance à l'ouvrir, sauf que ce matin, c'est devant Mulciber et compagnie qu'il l'a ramené quand il a fait remarquer que ça faisait plus d'une semaine qu'on n'avait pas entendu parler des Mangemorts. Le problème, c'est que c'est l'un des mecs qui ne se sentent plus pisser dès qu'il y a Lucretia dans les parages…

− Je m'en occuperai, déclara Harry.

− Mauvaise idée. Tu dors dans le même dortoir que Mulciber et les autres. Si jamais tu t'opposes ouvertement à eux, et peu importe que tu leur mettes des bâtons dans les roues ou que tu te fasses laminer, tu ne pourras jamais plus dormir sur tes deux oreilles, rappela la splendide Serdaigle alors qu'ils longeaient un couloir en direction de leur cachot de formation.

− Avec la Formation de la Mort, Chouchou ne risquera plus rien ! affirma Alexa. Et puis, s'il s'avérait qu'il était agressé et envoyé à l'infirmerie, Lucretia, toi et moi pourrons nous déguiser en infirmières pour l'exciter, alors on sera excitées, et nous ferons un plan à quatre, ce qui rendra Leo jaloux et le persuadera de me faire un bébé !

− Je n'ai aucune envie de me déguiser en infirmière ou de faire un plan à quatre…

Humpf ! s'exclama Alexa, boudeuse.

Ils arrivèrent bientôt au cachot que le professeur Slughorn leur avait désigné pour s'entraîner. Déjà assise dans son fauteuil vert, Mogg se désintéressa de sa Gazette du sorcier en remarquant l'arrivée du reste de la Brigade. Elle adressa un bref regard à l'attention d'Ana et d'Alexa, ignorant royalement Harry, avant de tirer sa baguette pour asséner un coup sur le journal pour le faire disparaître.

Laissant ses camarades s'installer sans échanger le moindre regard, la moindre parole avec Mogg, la française alla chercher le tableau sur roulettes que Silver avait volé au professeur Sinistra – ce qui lui avait d'ailleurs valu une claque derrière la tête de la part du professeur Bresch, en plus d'une retenue par jour pendant un mois – et le traîna jusqu'au cercle des fauteuils. Sa baguette une fois tirée, elle l'agita légèrement et le titre de la séance s'inscrivit instantanément : Formation de la Mort.

− Au sein de la Brigade, dit-elle d'un air solennel, nous avons trois règles absolues. La première est essentielle pour mener à bien une enquête et ordonne de prendre en considération toutes les éventualités. Ne pas prendre en compte tous les scénarii possibles est une erreur qui profiterait aux coupables. Si j'embrasse Lucretia devant toute l'école, ça ne veut pas signifier que nous sortons ensemble : j'ai très bien pu avoir un gage, ça peut être une stratégie pour que ses soupirants perdent espoir de la séduire un jour, c'est peut-être aussi une envie soudaine ou même un piège pour rendre quelqu'un de jaloux. Ne jugez jamais sur les apparences, ne négligez aucune théorie, ne considérez pas que votre opinion est une vérité universelle tant que vous ne le prouvez pas. Ce dernier point nous amène justement à la seconde règle : la communication. Elle est capitale. Même si vous n'avez aucun doute sur l'identité du coupable d'un méfait, prenez le temps de demander conseil à un autre Brigadier. Si Ana est attaquée parce qu'elle a adressé un sourire à Ethan et que Lucretia se retrouve avec l'affaire, il ne faut pas qu'elle se gêne pour me demander mon avis. Quant à la troisième règle, vous la connaissez déjà : nous sommes la Brigade, les cinq doigts de la même main, et non cinq camarades partageant un même but.

Elle fit un geste de sa baguette vers le tableau et les trois règles de la Brigade s'affichèrent sous le titre.

− Passons aux méthodes d'investigations, maintenant. Il en existe deux types : l'une est uniquement basée sur l'intellect, et l'autre requiert les Outils de la Mort. Dans le premier cas, de simples réflexions, questions, comparaisons et conclusions nous permettent d'identifier le coupable. Pour l'affaire Jack Moore, il m'a suffi de demander à ses camarades de classe s'il y avait un autre suspect que ceux suggérés par Sosie-Ethan, Lily et Lucretia, ce qui m'a amené sur la piste de Dillinger, amoureux de l'ex-petite amie de Moore et furieux de ne pas avoir été son premier chéri… C'est puéril, sordide, minable et ridicule, mais il a bel et bien attaqué Moore pour cette raison. Dans le second cas, surtout quand une agression nous est communiquée plus ou moins tardivement, il peut être nécessaire d'avoir recours aux Outils de la Mort. Ce sont des potions gazeuses révélant ce que les yeux ne voient pas.

− C'est-à-dire ? demanda Harry.

− Un sortilège est généralement visible sur le moment où il est lancé, mais même une fois disparu, il laisse une trace de son passage. Certains sorciers peuvent sentir la magie quand elle est appliquée sur un objet, une porte, un mur, etc., sauf que nous savons que chaque sort laisse une empreinte temporaire dans l'air lui-même. Grâce à la potion Anti-ninja, nous pourrons faire apparaître les résidus des sortilèges jetés dans les environs du lieu de l'agression.

− Je ne comprends pas très bien, avoua Ana. On saura quel sort a été jeté sur la victime dès le début, non ? A quoi bon faire toute cette manœuvre ?

− Parce que la magie d'une personne est comme une pièce d'identité. Si tu lances un sort, il n'aura pas la même intensité et le même rayonnement que le mien. Depuis qu'il a fini d'inspecter le château, Leo et les professeurs travaillent ensemble pour dresser une liste des empreintes de chaque élève. Quand il disparaît après un cours, c'est pour examiner une classe, relever les données magiques présentes et récupérer la disposition des étudiants auprès du prof'.

Harry eut la vision fugitive de Dumbledore, une main agrippée à quelque chose d'invisible sur la rive du lac aux Inferi, lui disant que la magie laissait toujours des traces et parfois même, très significatives. « J'ai été le professeur de Tom Jedusor. Je connais son style. », lui avait-il expliqué. De toute évidence, c'était exactement ce dont Alexa parlait.

− A présent, passons aux choses sérieuses, poursuivit la française. Je ne vous l'ai pas signalé auparavant, mais la Brigade a des méthodes très strictes. Quand nous recevons une enquête, il est impératif d'en faire une copie à l'intention des autres : s'il vous tente de la prendre, indiquez-le et précisez si oui ou non vous avez besoin d'aide. Dans les premiers temps, je serai votre soutien, puis quand j'estimerai que vous pouvez vous débrouiller, il n'appartiendra qu'à vous de solliciter du renfort. Ensuite, une fois que vous avez pris l'affaire en main, vous interrogez d'abord les personnes proches de la victime, puis vous étendez vos recherches auprès des autres classes, voire même des autres années. Mes compatriotes, notamment, seront très utiles – en particulier Alicia, qui nous tiendra au courant de ce qu'il se passe à Poufsouffle, mais aussi Joanna qui a toujours été l'une de nos plus grandes alliées. Communiquez votre progression dans l'enquête, juste au cas où l'un de nous aurait entendu un bruit de couloir ou obtenu une information. Pour finir, une fois le coupable identifié, nous le confondons de deux manières : soit le plus calmement du monde pour le traîner jusqu'à son directeur de maison, soit de façon musclée.

− Les profs sont d'accord, au moins ? dit Ana.

− Bien sûr, mais à condition d'y aller doucement. Nous avons les mêmes droits que Sosie-Chouchou et Lily, sauf que nous ne pouvons pas retirer de points. Si un coupable se montre un peu trop récalcitrant, nous avons parfaitement le droit d'utiliser la magie pour le neutraliser. Quoiqu'il en soit, une fois votre enquête bouclée, prévenez les autres. C'est clair ?

Les trois nouvelles recrues hochèrent la tête.

− Parfait. Maintenant, les sortilèges comptant parmi les Outils de la Mort. Vous le savez peut-être déjà, ils ont tous le nom d'un dieu de la mythologie grecque, peuvent parfois être indispensables dans une enquête et sont d'une simplicité si enfantine que même un élève de première année ne mettrait pas plus de cinq minutes à les lancer correctement. Toutefois, leur pouvoir véritable est un secret de la Brigade, car si certains sont aussi faciles à maîtriser qu'on le pense, ils peuvent avoir une fonction plus complexe qu'on l'a fait croire à Beauxbâtons. Hermès en est l'exemple le plus concret : il nous permet de communiquer, certes, mais pas seulement si nous sommes côte à côte. Si je fais un strip-tease à Ethan dans son dortoir, que Lucretia et Tara se bécotent au sommet de la tour d'astronomie et qu'Ana désire organiser une orgie, elle n'aura qu'à lancer Hermès une fois pour que son message atteigne les intéressés au même moment. Hermès, pour faire simple, peut non seulement se diviser afin d'atteindre tous les destinataires d'un message, mais également accélérer sa vitesse de déplacement si un destinataire s'avère plus loin que les autres.

Elle fit un geste avec sa baguette en direction du tableau, et le sortilège d'Hermès y apparut.

− Le sortilège de Nyx est un atout considérable lorsqu'il fait nuit, car il vous permet de voir dans le noir comme s'il faisait jour. C'est la spécialité de René : quand il doit attraper un coupable un peu trop virulent, il éteint les torches des couloirs aux alentours et le neutralise dans l'obscurité. Ca évite non seulement que le Brigadier et le suspect se blessent mutuellement lors d'un duel mais précipite également la clôture d'une enquête. Ensuite, nous avons Dionysos : si vous réussissez à atteindre un élève avec, celui-ci verra ses réflexes et ses sens diminuer comme s'il était bourré. Le désavantage de l'usage de ce sort est la désorientation de votre proie, car ses mouvements pourraient se révéler imprévisibles. C'est donc à votre compétence à viser et anticiper qu'il vous faudra vous en remettre. Après vient Hélios, c'est un sortilège qui permet d'aveugler votre adversaire à peu près une demi-heure, sans que vous n'ayez besoin de l'atteindre. Pensez juste fermer les yeux à la dernière seconde, ou le méchant comprendra ce que vous préparez.

− Et elle est quand, la dernière seconde ? interrogea Harry.

− Avant que le sortilège n'atteigne la moitié du chemin vous séparant du coupable, répondit Alexa. Hélios n'est pas un sort comme les autres car il explose, mais je vous entraînerai à le maîtriser. C'est un sortilège facile à lancer, la difficulté demeure néanmoins dans le timing.

Elle fit un nouveau geste vers le tableau et le sortilège d'Hélios s'inscrivit sous les trois déjà cités.

− Pour en finir avec les Outils de la Mort, il y a Eole. Bresch n'aime pas trop que nous l'utilisions, car il peut être violent et provoquer des accidents. Vous l'avez peut-être compris, il produit une certaine quantité de vent. C'est aussi un sortilège assez difficile à maîtriser, car sa puissance dépend de plusieurs facteurs : la concentration, l'émotion et la volonté. Si un adversaire vous pose de sérieux problèmes, voire même prend le dessus lors du duel, il se pourrait que votre sort devienne si brutal qu'il enverra votre challenger à l'autre bout d'une pièce, d'un couloir ou à travers une fenêtre. Là encore, il faudra que je vous aide à le contrôler pour éviter tout drame.

Elle fit un nouveau geste de sa baguette vers le tableau pour qu'Eole clôture la liste des sortilèges, mais Harry fut surpris à l'apparition d'un autre titre qui s'afficha juste au-dessous : Les Armes de la Mort.

− Les Sortilèges Impardonnables de la Brigade, en quelque sorte. Même si nous ne les utilisons jamais, vous vous devez de les connaître, mais attention : ils sont un secret absolu. En révéler l'existence à quelqu'un n'appartenant pas à la Brigade ferait automatiquement de vous la priorité de Leo. A moins que vous ne soyez en danger de mort, face à un élève qu'aucun d'entre nous n'a réussi à vaincre ou que Bresch vous donne l'autorisation d'y avoir recours, il est formellement interdit de les jeter.

− Ils sont si dangereux que ça ? s'étonna Ana.

− C'est précisément là le problème : ils le sont en fonction des personnes qui y sont soumises. Ils sont notamment l'une des plus incroyables découvertes magiques, bien que personne ne le sache, car ils ont la particularité de tirer leur pouvoir dans la lumière qu'ils émettent. Vous n'avez même pas besoin que votre sortilège atteigne sa cible, il suffit que celle-ci en aperçoive la couleur pour qu'elle en soit victime. Bresch affirme qu'il s'agit d'une forme de magie révolutionnaire, jamais vue, et que si nous la rendions publique, Leo inscrirait son nom dans l'Histoire. Mais comme ils peuvent avoir des répercussions tragiques, terribles et irréversibles, il vaut mieux ne pas trop en parler ou ils seraient qualifiés de magie noire.

− A ce point ?

− Comme dit Leo : Tout n'est que concept. L'Imperium, par exemple, est utilisé par les Mangemorts à de mauvaises fins et le rendent répréhensible, mais une fois, Pierre l'a lancé à un élève en difficulté et celui-ci s'est débarrassé des deux étudiants qui cherchaient à lui nuire. Ce n'est pas parce qu'une majorité de sorciers et de sorcières pense telle chose qu'elle a raison. Il ne faut surtout pas l'oublier pendant vos investigations : les personnes que vous interrogerez couvriront leur pote malveillant s'ils estiment qu'il a eu raison de s'attaquer à quelqu'un.

Les paroles d'Alexa résonnèrent dans l'esprit de Harry, alors que la petite voix retentissait de nouveau d'un ton malicieux : Voilà une belle leçon pour reconstituer le puzzle. Qu'insinuait-elle ? Que Harry, Ron, Hermione et l'Ordre du Phénix seraient dans le faux à propos de Rogue ? Et qui était-elle, d'ailleurs ? A mesure qu'il l'entendait, il avait la curieuse impression de ne pas la connaître, de ne pas en être le propriétaire, comme si quelqu'un s'était installé dans sa tête pour le narguer, le conseiller et le critiquer. Il était à peu près sûr que le fragment d'âme de Voldemort n'y était pour rien… Une conséquence de la Pierre de Lathar ? Ou bien s'agissait-il seulement de son intuition ?

− Chouchou, tu n'es pas attentif !

La remarque de la splendide française ramena Harry à la réalité.

− Désolé, je…

− Pour la peine, tu auras une punition, décréta Alexa qui semblait déjà se délecter de ce qu'elle lui infligerait. Comme je le disais, donc, les Armes de la Mort sont au nombre de quatre. Nous avons Morphée, le faiseur de rêves. Bien que dangereux, il peut surtout être très drôle. Pendant notre cinquième année, Louise l'a lancé sur l'une des grosses brutes de Beauxbâtons, qui rêvait à ce moment-là qu'il savait voler. Du coup, cet abruti s'est précipité vers la première fenêtre dans l'intention de faire le grand saut et prouver son fantasme.

− Il ne l'a pas fait, quand même ? demanda Harry, dubitatif.

− Louise l'a stupéfixé avant, malheureusement. Bref, après Morphée, il y a Ephialtès, son alter ego : quiconque en aperçoit la lumière est plongé dans une illusion où ses cauchemars deviennent réalité. Bresch nous a formellement interdit de l'utiliser en raison du trauma psychologique qu'il pourrait provoquer. Ensuite, nous avons Aphrodite. Il est assez particulier, car il y a une condition pour qu'il fonctionne correctement, à savoir ne pas se faire remarquer par votre cible. Bien sûr, il marchera tout de même si vous êtes vu, mais plus votre proie aura de la force de caractère, plus elle pourra repousser le sortilège. Quoi qu'il en soit, Aphrodite est un sort qui peut offrir des scènes très cocasses, mais que Bresch n'aime pas non plus à cause de l'aspect humiliant qu'il pourrait avoir.

− Et il consiste en quoi, exactement ? dit Ana. Il ne fait pas tomber amoureux, quand même ?

− C'est un sortilège difficile à décrire, en fait. Pour répondre à ta question : non, il ne rend pas amoureux. Comme les deux sortilèges que je vous ai déjà présentés, Aphrodite crée une illusion. Elle sera romantique ou érotique, voire les deux, selon la personne qui y est soumise. Dans tous les cas, la personne qui y sera soumise croira que vous êtes la personne qu'elle aime de tout son cœur. Je ne parle pas de parent, de frère ou de sœur, mais d'un ami, d'une fiancée, d'un camarade ou d'une simple et vague connaissance. Si Ana tombe amoureuse de Lucretia et qu'Ethan en est jaloux, il lui suffirait de lancer Aphrodite à Ana pour qu'elle pense qu'il est Lucretia, puis les choses suivraient leur cours. Quand Ophélie, une bonne amie, et moi avons volé ses derniers chocolats à Leo, il nous a jeté ce sortilège pour nous punir, si bien que je me suis réveillée le lendemain toute nue dans le lit d'Ophélie, qui croyait avoir fait ça, ça et ça avec le mec qui lui plaisait alors que c'était avec moi.

− Je vois… dit lentement la splendide Serdaigle. En d'autres termes, n'importe qui peut se faire passer pour n'importe qui, c'est bien ça ?

− Oui, mais il y a une condition : il faut impérativement quelqu'un pour endosser le rôle de l'être aimé. Si Chouchou lance Aphrodite et ne se présente pas face à toi, ça ne servira à rien, mais s'il se manifeste, alors tu croiras avoir affaire à Lucretia... Le but de ce sortilège, toutefois, n'est pas d'abuser de quelqu'un, de se rincer l'œil ou d'avoir un orgasme : il consiste à faire baisser sa garde à la cible. Un coupable se retrouvant devant la personne qu'il chérit sera, dans la plupart des cas, indisposé à engager la moindre hostilité.

− Et tu dis qu'avant même ses dix-sept ans, Silver a inventé tous ces sorts ?

− Eh oui, sourit Alexa d'un air rieur. Leo est un génie sadique et impitoyable. Pour lui, les douleurs physiques ne sont rien, il préfère briser l'esprit de ses ennemis. Et c'est sur ces critères qu'il a créés les Armes de la Mort. Bresch ne plaisante pas : il ne faut JAMAIS défier, contrarier ou décevoir Leo. La seule fois où je l'ai vraiment énervé, il m'a forcé à avaler trois assiettes de choux de Bruxelles, t'imagines ?!

Ana éclata de rire, alors que Mogg était prise d'un fou rire silencieux.

− Hé ! Ce n'est pas drôle ! s'indigna Alexa. Chouchou, elles se moquent de moi !

− Punis-les, suggéra Harry sans réfléchir.

L'envie de rire de la richissime Serpentard et de la magnifique Serdaigle fut aussitôt neutralisée, mais Harry sentit comme une légère appréhension s'éveiller en lui. Il avait momentanément oublié la menace représentée par Mogg quand elle s'alliait à Gardner, tout comme il redoutait quelque peu d'avoir froissé Ana, pourtant l'une de ses meilleures alliées à Poudlard. Assez inquiet, il évita soigneusement de croiser le regard des deux jeunes femmes tandis qu'Alexa se fendait d'un large sourire :

− Bonne idée, s'enquit-elle. Je reconnais bien là mon Chouchou Stratège aux Yeux Rouges de la Mort ! Mais comme tu as fait preuve de malveillance envers deux de tes camarades, tu reçois une deuxième punition !

Ana afficha son sourire le plus goguenard, alors Mogg fournissait des efforts considérables pour ne pas céder à la tentation d'en faire de même.

− Mais comme Bras de la Mort se moque de toi, elle aura quand même une punition, tout comme Lucretia, qui a beau faire son possible pour se retenir de l'imiter, trancha Alexa d'un ton joyeux. Nous verrons ça plus tard, cependant, car il nous reste un dernier sortilège à voir. Il s'agit de la création la plus terrifiante que Leo ait jamais inventée, et elle se nomme Hadès. Rien à voir avec les autres Armes de la Mort : ce maléfice doit obligatoirement atteindre sa cible pour faire effet, mais tout comme Bresch, je vous interdis vivement d'y avoir recours si vous n'êtes pas à l'article de la mort ! Hadès est le seul sort qui pourrait véritablement relever de la magie noire, car il analyse la constitution, les gènes, le sang, de votre proie et lui fait entendre tous les reproches que son ascendance aurait à lui reprocher.

Harry plissa le front.

− Il n'est pas si terrible que ça, objecta-t-il. A part les sang-pur racistes cherchant à préserver les valeurs de leurs ancêtres, il n'aura pas forcément d'effet sur les autres sorciers et sorcières, si ?

− Détrompe-toi, Deuxième amoureux potentiel de la Mort. Si tu entendais soudainement tes parents critiquer la façon dont tu gères ta vie, tes fréquentations, tes choix scolaires ou professionnels, comment réagirais-tu ? A moins d'être insensible à la famille ou à son ascendance, le sortilège de Hadès atteindra celui ou celle qui le reçoit.

Victoire écrasante, reconnut Harry. Les arguments d'Alexa ne laissaient place à aucune réplique, aucune objection. Fière et satisfaite, la belle française inscrivit le sortilège de Hadès à la suite des trois autres.

− Demain, annonça-t-elle, je vous apprendrai les Outils et les Arme de la Mort. Pour l'instant, sanctionnons vos zèles. Ana, tu devras inviter Chouchou à un dîner aux chandelles au sommet de la tour d'astronomie. Lucretia, tu devrais me faire trente-six gros bisous par jour. Quant à toi, Ethan, je veux d'une part que tu m'invites à dîner en exigeant que je sois en petite tenue et, d'autre part, que tu choisisses la couleur de mes sous-vêtements pour toute la semaine prochaine. Et bien entendu, tu seras obligé de vérifier que j'aie obéi !

A quel point cette – magnifique – jeune femme était-elle portée sur l'exhibitionnisme ? se demanda Harry, incrédule. Bien sûr, il reconnaissait intérieurement qu'il n'avait pas à se plaindre des « punitions » exigées par Alexa, mais il n'aurait jamais imaginé rencontrer une personne pareille. Pourquoi la française tenait-elle tant à se montrer à lui ? Il n'ignorait pas qu'Alexa avait eu une enfance difficile : elle avait été très vague sur le sujet quand ils en avaient discuté, mais il avait eu l'impression – assez troublante, d'ailleurs – de s'entendre parler, comme si tous deux partageaient une même expérience douloureuse.

Impatiente de recevoir son « gros bisou », Alexa entraîna Lucretia à l'extérieur du cachot après avoir effacé le tableau. Ana les regarda sortir d'un air mi-amusé, mi-désabusé, sans doute à cause de la capacité de la française à passer d'un sujet sérieux à un délire.

− Que dis-tu de demain soir ? lança-t-elle alors à Harry.

− Hein ?

− Pour le dîner aux chandelles.

− Ah ! Heu… Non, pas de problème.

− Super ! Lily, Mary et Ninie me parlent tellement de toi que j'avais hâte de me retrouver en tête-à-tête avec toi, en plus. Il ne faut pas t'attendre à ce que je me retrouve en sous-vêtements, par contre.

Harry sourit.

− L'idée ne m'a même pas traversé l'esprit, promit-il.

Osu !

Ca fait un moment que je ne vous ai pas remercié de vos reviews, alors je profite de ce court chapitre pour le faire. J'en bave pour imaginer un scénario original ^^', mais les prochains chapitres devraient – et j'utilise bien le conditionnel – se révéler « plus animé ». Quoi qu'il en soit, merci pour vos commentaires, remarques et critiques x)

Je ne le dis jamais, mais j'essaie d'en tenir compte petit à petit (C'est plus difficile que prévu, d'ailleurs ._.)