Une semaine après la prodigieuse sécurité assurée par Leo, dont personne ne savait rien malgré une rumeur révélant qu'il y avait eu une invasion s'était propagée parmi les élèves, toutes les pensées des élèves étaient tournées sur le premier tour des phases éliminatoires du tournoi de duel. Le château tout entier semblait vibrer d'excitation, d'appréhension, de concentration, de doutes, d'espoirs et de malveillance. Les jaloux, les rivaux, les rancuniers se délectaient de l'opportunité offerte pour faire la démonstration de leur hostilité à l'égard de leurs camarades détestés, les moins confiants ressassaient les connaissances qui avaient été acquises lors de leurs entraînements, les optimistes tentaient de se convaincre qu'ils avaient une chance de vaincre les adversaires les plus coriaces, etc. Toutefois, tous ces sentiments n'atteignaient pas le dortoir des filles de Gryffondor, sans nul doute le plus insolite de tout Poudlard.

Si le plafond était tout à fait normal le jour, il représentait un magnifique ciel étoilé dès que la nuit tombait. La majorité des quatre lits à baldaquin et aux rideaux rouges étaient identiques à ceux des garçons, mais il en était un de différent : plus large, d'au moins deux à trois fois, que les autres, son matelas disparaissait sous une collection impressionnante de peluches, petites ou grosses. Offerte par le professeur McGonagall en personne, un haut miroir se dressait à côté de la porte de la salle de bains alors que, au beau milieu de la pièce circulaire, se dressait une table basse encadrée de quatre coussins. Et si le dortoir avait le droit de rester ainsi, c'était parce qu'il était occupé par Leonie Cordell. Dumbledore avait lui-même ensorcelé le plafond alors que la petite table avait été donnée par le professeur Sinistra, vieille amie de la mère de Ninie.

Finissant de boutonner son chemisier, Lily sortit de la salle de bains et lança un regard amusé au petit pied qui disparaissait des peluches, seule partie visible du corps du petit bout de femme-enfant. Elle n'eut pas le temps de rejoindre le lit de Leonie, car la porte du dortoir s'ouvrit et attira son attention sur Ana.

− C'est quoi, cette histoire de « Vengeance de la Mort » ? chuchota la Serdaigle, intriguée. J'ai croisé les filles de troisième année qui parlaient de demander un autographe à Silver…

Lily partit à rire silencieusement.

− On a juste découvert que Leo était réellement aussi barge qu'Alexa le dit, expliqua-t-elle à voix basse. Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, mais Bresch s'est pointé en le tirant par le col de son uniforme et lui a interdit de ressortir de la tour, alors Leo lui a répliqué : « Puisque c'est comme ça, vieux dirlo, je vais dormir avec quelques filles ! » Il a passé une heure à tenter d'accéder à un dortoir et même quand on lui parlait de l'enchantement protégeant l'escalier, il n'abandonnait pas.

Ana hocha la tête d'un air désabusé.

− Qu'est-ce qui l'a fait renoncer ?

− 'Lia l'a menacé de tout raconter à Alexa.

− Tu m'étonnes qu'il a arrêté… J'adore cette fille, mais j'ai du mal à la suivre dans tous ses délires. Hier soir, quand je suis tombée sur elle et Lucretia, elle se demandait s'il valait mieux qu'elle surprenne Ethan quand il prendrait sa douche ou si elle devait plutôt le réveiller en lui faisant une gâterie… Au début, j'étais tentée de penser qu'elle cherchait à attirer l'attention de Silver, mais en fait non.

− Ca apporte un peu plus de gaieté, dit Lily d'un air rieur. Enfin, je te confie Ninie, je commence à avoir faim.

− A tout à l'heure.

Laissant la Serdaigle se charger de réveiller Leonie à grand renfort de bisous, la préfète-en-chef sortit du dortoir et accéda à la salle commune écarlate et chaleureuse, bien que silencieuse. A sa grande surprise, Mary et Aurelia étaient encore là, figées devant le tableau d'affichage.

− Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle.

− Les derniers participants ont enfin tiré la poule dans laquelle ils atterriront, répondit la belle métisse.

Facétie de Dumbledore et du professeur Bresch pour faire durer le suspens, certains élèves avaient été priés de ne tirer leur groupe qu'à la veille ou quelques heures avant le début du tournoi de duel. Si quelques-uns l'avaient fait hier soir, d'autres ne s'étaient pas gênés pour jouer le jeu jusqu'au bout, mais s'il était un nom que bien des élèves guettaient, c'était lui de Leo. La Gazette du Sorcier, lundi, avait interviewé les deux directeurs pour obtenir leur opinion sur la phase éliminatoire, et tous deux avaient affirmé la même chose : face au Dieu de la Mort, il faudrait fournir des trésors d'habileté pour espérer le vaincre – en prenant en compte le massacre qu'il avait provoqué dans le hall d'intrusion, Lily était parfaitement d'accord avec eux.

− Où est Leo ?

− Poule A, dit Mary avec une grimace. Face à James.

− Ca promet, reconnut la préfète-en-chef. C'est Ninie qui va être contente : si James perd, elle pourra affirmer qu'il n'a pas le niveau pour me protéger, donc qu'il ne peut pas sortir avec moi… Bref, allons manger, je commence vraiment à avoir une faim de loup.

Elles franchirent le trou aménagé dans le mur et sortirent de la tour Gryffondor, le portrait de la Grosse Dame leur libérant l'accès à leur approche, et entamèrent leur traversée du septième étage.

− Ca risque d'être tendu dès le premier tour des phases éliminatoires, reprit Mary qui ne participerait pas. Même si on n'est pas encore sûres que le déroulement des duels a été ou non programmé, on va quand même se retrouver avec de sacrés chocs. Ana contre Rogue, Leo contre James, McGonagall contre Gardner et Sirius, Ninie contre Mulciber et Ethan contre Mogg… Il va y avoir des pseudo-finales dès le début du tournoi…

− Au moins, une défaite montrera ce qu'il faut améliorer, fit remarquer Aurelia. Le duel qui m'intéresse le plus reste Ethan contre Mogg, par contre.

Il fallait reconnaître que la belle métisse soulignait un détail des plus intéressants : si discret sur son passé, si silencieux sur sa vie, Ethan s'était franchement trahi lors du cours spécial du professeur Williams. Ses interventions tactiques et logiques, sa très étrange capacité à entendre des choses qui échappaient à tout le monde et, plus que tout autre chose, son aisance presque naturelle pendant l'exercice, avaient facilement été remarquées, bien que personne n'eût fait la moindre réflexion. Cependant, Lily s'inquiétait d'une autre attention que pourrait susciter Ethan : celle des Serpentard.

Elle ignorait totalement depuis quand, mais elle trouvait que la bande de Mulciber était un peu trop attentive à tout ce qu'il faisait. La préfère-en-chef ne l'avait remarqué que quelques jours plus tôt, lorsqu'à la sortie du cours de sortilèges, ils avaient brusquement accéléré le pas pour rester à portée d'ouïe d'Ethan et d'Alexa. Que lui voulaient-ils ? Espéraient-ils obtenir une quelconque information qui pourrait permettre de lui apporter des ennuis, comme le fait de rentrer chez lui pour les vacances de Noël ? Cherchaient-ils à confirmer que ce Mangemort venu chez lui en août pourrait lui rendre visite en décembre ? Dans quel but ? Il était clair qu'Ethan n'avait aucune intention de rejoindre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, après tout, songea Lily.

Elles retrouvèrent leurs amis de Serpentard et Leo à la table de Gryffondor, Alexa prenant son petit déjeuner directement à l'assiette de son meilleur ami comme à l'ordinaire, Ethan jetant un œil indifférent à La Gazette du sorcier avant de tendre son gobelet de jus de citrouille à Hedwige.

− Yo ! lança la superbe française. Prêtes à démonter quelques têtes ?

− Il le faut, répondit Lily en s'asseyant à côté d'elle. Et vous ? Pas trop angoissés ?

− Je vais gagner les doigts dans le nez, affirma Alexa, mais je ne suis pas rassurée pour Chouchou. Lucretia est très forte et a mis des sous-vêtements rouges, alors il sera désavantagé.

− Qu'est-ce que sa lingerie vient faire dans l'histoire ? demanda Mary, déconcertée.

− Grâce à ses beaux yeux, Chouchou peut voir à travers les vêtements des filles qui mettent de la lingerie rouge.

Ethan lança un regard désabusé à sa camarade.

− Si c'était le cas, dit Leo, tu en mettrais tous les jours.

− J'attends qu'il ait développé son pouvoir pour qu'il puisse voir aussi à travers les sous-vêtements. Comme ça, il me verra toute nue, s'excitera, me sautera dessus, m'arrachera mon uniforme, me fera un bébé, alors tu seras jaloux et m'en fera, mais comme Ethan ne sera pas content d'être égalé, il m'en fera un deuxième, alors ton orgueil à m'en refaire un, puis Ethan m'en fera un troisième et…

− Tu veux combien de bébés, exactement ? lança Aurelia, blasée.

− Je ne me suis jamais posée la question, s'étonna Alexa. Leo, tu m'en feras combien ?

− Aucun.

− Connard. Chouchou ?

− Heu…

− Connard.

− Je n'ai rien dit !

− T'es trop lent à répondre !

Lily secoua la tête en souriant.

− Au fait, il s'est passé quoi hier pour que Bresch t'interdise de sortir de la tour Gryffondor ? demanda-t-elle à Leo.

− Il m'a surpris dans la Réserve.

Forcément, ça n'avait pas dû faire plaisir au professeur Bresch. Elle ne savait pas très bien quelle était la relation entre le français et la magie noire, mais il était évident que le directeur de Beauxbâtons redoutait que Leo approfondisse son savoir – et on ne pouvait que le comprendre : si le massacre des Lorods avait été aussi sanguinaire qu'Alexa et Ethan l'avaient relaté, les connaissances du Dieu de la Mort n'avaient pas besoin de croître davantage.

Main dans la main, Ana et Ninie ne tardèrent pas à les rejoindre, la Serdaigle prenant place à la table Gryffondor en posant le petit bout de femme-enfant sur ses genoux tandis que celle-ci se hâtait de caresser Hedwige, comme si elle craignait que la chouette ne s'envole sans lui laisser le temps de la cajoler.

− On parlait du tournoi, indiqua Aurelia. Tu affrontes Rogue, non ?

− Oui, approuva Ana. J'espère que ce sera un bon duel.

− Moi, je ne veux pas affronter Mulciber, ronchonna Ninie. Il va essayer de me faire du mal et vous serez tellement déçues de ma défaite que vous ne voudrez plus me faire des bisous !

− Bien sûr que non, dit Lily. Il ne te fera jamais de mal parce qu'un professeur surveillera sûrement le duel, et si tu ne veux pas qu'il le fasse, tu n'as qu'à ne pas lui en laisser l'occasion. Et si tu perdais, on se sentirait obligées de te réconforter avec le double de bisous que tu reçois habituellement.

− Pour de vrai ?

− Oui, mais ne va pas faire exprès de perdre juste pour davantage de bisous, dit Ana. Et toi, Ethan, comment tu sens que ça va se passer face à Lucretia ?

− Je verrai bien le moment venu.

− En tout cas, reprit Aurelia, ne foncez pas tête baissée dans les propositions qui vous seront faites. Certains élèves vendent des substances en prétendant qu'elles améliorent la concentration, la vivacité, la précision et tout ça, mais ce sont des voleurs. C'était quoi qui circulait lors de nos BUSE, déjà ? Des flocons de bouse d'hippogriffe séchée ?

− Tu oublies la morve de troll gélifiée, rappela Mary.

Beûrk ! s'exclama Ninie, dégoutée. Ne parlez pas de ça quand on mange !

Lily doutait sérieusement que la toute petite brune puisse avoir l'appétit coupé quand elle était assise sur les genoux d'Ana, mais elle marquait un point en signalant que l'heure n'était pas adaptée pour parler de ces immondes substances. Les derniers sujets de conversation tournèrent donc autour des pronostics de chacun, du prochain cours spécial de défense contre les forces du Mal et de Halloween.

Puis, dans un regain d'excitation, de hâte, d'appréhension ou de concentration, les élèves quittèrent les tables et sortirent de la Grande Salle pour s'entasser dans le hall d'entrée et sur l'escalier de marbre, tandis que les portes se refermaient pour que les professeurs puissent préparer le premier tour sans être gênés. Gratifiant Ninie d'un dernier gros baiser affectueux, Ana prit le chemin de ses amies de Serdaigle, alors que la tension commençait à grimper chez les duellistes les moins confiants.

− Vous viendrez m'encourager, pas vrai ? s'inquiéta Ninie.

− Evidemment, répondit Mary. En plus, comme je ne participe pas au tournoi, je pourrai regarder tous tes duels.

− Et nous, on fera de notre mieux pour être présentes quand tu affronteras Mulciber, promit Aurelia.

Le petit bout de femme rayonna comme si on lui avait assuré qu'elle aurait toutes les peluches du monde à Noël. Lily n'eut pas le temps de s'attendrir, car le professeur Bresch surgit tout à coup de la foule des élèves et posa un bras sur les épaules de Leo et d'Alexa.

− J'ose espérer que ce n'est pas réellement nécessaire, dit-il, mais je me dois de vous rappeler certaines choses. Les Armes de la Mort et les bottes secrètes sont strictement interdites. Alexa, vas-y doucement avec tes adversaires ! Et toi, Leo, finis tes duels le plus vite possible… De toute façon, je vous aurai à l'œil. Ethan, il va de soi que ces interdictions s'appliquent aussi à vous.

− Bien sûr, monsieur.

− Parfait, il ne me reste plus qu'à trouver Miss Mogg. Oh, une dernière chose, Leo : demain matin, nous irons défendre ton dossier auprès du département de la coopération magique internationale, alors essaye de te coucher plus tôt qu'à l'ordinaire… et évite de picoler.

Tch !

Le poing du professeur Bresch s'abattit aussitôt sur le crâne du Gryffondor.

− Même une goutte de pluie fait plus mal, vieux dirlo.

− Tu veux que j'aille chercher une hache ou une épée pour me rattraper ?

− Attendez au moins qu'il m'ait fait un bébé ! protesta Alexa.

Mary et Aurelia se détournèrent pour masquer leur rire, bien que les soubresauts de leurs épaules les trahirent, alors que les deux hommes venus de France lançaient un regard désabusé à la magnifique blonde.

− Quoi qu'il en soit, reprit le professeur Bresch, vous êtes prévenus.

Les portes de la Grande Salle se rouvrirent, instaurant un grand silence dans le hall d'entrée, comme si tous les participants retenaient leur souffle. Certains, plus fébriles que d'autres, s'avancèrent, tandis que les plus impatients et excités cavalaient à moitié vers l'ouverture pour être les premiers à atteindre leur estrade. Ninie attrapa aussitôt la main de Mary pour être sûre de ne pas la perdre.

− Oh, une dernière chose, Leo, dit l'enseignant qui les accompagnait. Après le cours sur les Lorods, tu n'auras plus à venir dans ma classe, car nous commencerons concrètement l'apprentissage du duel et je ne tiens pas à ce que les élèves dépriment.

− Mais il reste des créatures à étudier, non ? Professeur, s'empressa d'ajouter Mary.

− C'est vrai, mais comme elles ne sont pas encore apparues et que d'autres, inconnues, se manifestent, nous estimons qu'il n'y a plus de raison de nous reposer sur le livre de Hipposcodius. En outre, le professeur Williams estime que vous savez très bien comment vous défendre contre la grande majorité des gerfauts. Ce sont les véritables créatures magiques qu'il vous reste à présent à étudier, mais je pense que le professeur Williams va avant tout se concentrer sur le programme scolaire. Vous êtes un peu retard par rapport au calendrier, alors je vous recommande de prendre les devants.

− Ca veut dire qu'on n'aura pas de cours spécial, monsieur ? demanda Ethan.

− Vous l'aurez, à ce qu'elle m'a certifié, mais comprenez bien que si vos camarades et vous n'arrivez pas à suivre les cours du professeur Williams, elle n'en organisera plus.

Ils franchirent les portes de la Grande Salle. Les onze estrades semblaient avoir contraint les professeurs à faire disparaître l'estrade sur laquelle se dressait habituellement leur table. Alignées sur quatre rangées, elles étaient enveloppées par une sorte d'air brûlant qui ondulait légèrement, trahissant la présence d'enchantements empêchant les sortilèges des duellistes de l'une d'elles d'atteindre ceux d'une autre. Se réunissant devant la première estrade où Dumbledore patientait, les élèves se turent à nouveau et le professeur Bresch, se frayant un chemin parmi la foule, rejoignit ses collègues qui observeraient les combats.

− Avant que vous ne vous défouliez, je tiens à aborder deux ou trois petites choses, déclara le directeur. Comme tout sport, ce tournoi de duel est placé sous le signe du fair-play. Si vous perdez, assumez-le et n'en tenez pas rigueur à votre adversaire. Si vous gagnez, célébrez votre victoire de votre côté, sans provoquer, narguer ou humilier le vaincu. Nous sanctionnerons toute attitude irrespectueuse. Est-ce clair pour tout le monde ?

Des élèves hochèrent la tête, mais d'autres ne s'en donnèrent pas la peine.

− Bien. En ce qui concerne l'organisation des phases éliminatoires, nous avons tiré au sort l'ordre des duels, vous aurez par conséquent un « calendrier » à respecter. Pour ce mois-ci, vous affronterez chacun et chacune trois adversaires. Hier, un élève a demandé au professeur Chourave si les sortilèges inconnus des uns pouvaient être utilisés : tant qu'ils respectent l'intégrité physique et mentale de votre adversaire, il n'y a aucune raison pour qu'ils soient interdits. A présent, je confie au soin de vos professeurs de rattacher chaque groupe à son estrade.

Tandis que Dumbledore descendait de l'estrade et sortait de la Grande Salle, ayant visiblement des choses plus urgentes en cours que celui d'observer les duels, les professeurs s'avancèrent et appelèrent chacune des poules pour les mener à l'estrade qui leur était assignée.

Lily et le reste du groupe F suivirent le professeur Chourave jusqu'à une estrade proche, l'enseignante sortant d'une poche un parchemin comportant l'ordre des duels. Si Beauchesne promettait d'être un adversaire dont il fallait se méfier, la préfète-en-chef avait d'autres adversaires méritant une certaine prudence, notamment Remus, Ash et Sarah Claymore. La Poufsouffle avait d'ailleurs l'air résigné, déterminé à fournir tous les efforts possibles et imaginables pour faire un beau parcours.

− Bien qu'il s'agisse d'un sport, dit le professeur Chourave quand ils furent réunis devant l'estrade, n'oubliez pas que c'est aussi une expérience vous permettant de comprendre ce qu'est un duel. Compte tenu de la guerre, je ne pense pas qu'il soit de première importance de vous rappeler que dans un duel, on ne joue pas, on ne s'amuse pas, on ne tergiverse pas… Remportez la victoire à la première occasion qui s'offre à vous, compris ? Bien, premier duel, Lupin contre Miss Asword.

Lily se détourna aussitôt de l'estrade, non sans adresser un clin d'œil encourageant à Remus, et porta son attention sur tous les duels qui se préparaient. Aurelia, Alexa, Ethan, Leo et Leonie n'avaient pas encore été appelés, mais elle vit Sirius monter sur son estrade pour affronter une troisième année de Serdaigle, James faire face à Broderick Straton et Ana sourire à la petite première année de Serpentard – l'une des rares élèves de son année à s'être inscrite, d'ailleurs – qu'elle aurait à affronter. Les joues un peu roses, celle-ci s'autorisa un sourire crispé.

− Saluez-vous, lança le professeur Chourave.

Tels des escrimeurs, Remus et Felicia Asword, de Gryffondor, obéirent, se tournèrent le dos et s'éloignèrent l'un de l'autre de dix pas avant d'entamer leur duel dès que l'enseignante leur en donna l'autorisation. Lily songea que c'était comme un feu d'artifices, car bien qu'elle regardât le Maraudeur et la jeune fille s'affronter, elle voyait également les traits de lumière des autres estrades.

− Ils peuvent dire ce qu'ils veulent sur le groupe McGo-Sirius-Gardner, le nôtre n'est pas le plus facile non plus.

Surprise, Lily tourna la tête vers Sarah, qui s'était rapprochée d'elle.

− C'est vrai, reconnut-elle. Je suis assez étonnée que tu te sois inscrite, d'ailleurs.

− Cassie menaçait de donner une photo de moi nue à Greggson si je ne défendais pas l'honneur de Poufsouffle, grommela la Poufsouffle.

Remus désarma Felicia au moment précis où Sarah achevait sa phrase. Rendant sa baguette à la jeune Gryffondor, il sauta à terre, visiblement soulagé de cette première victoire, et rejoignit le professeur Chourave pour lui poser une question. Celle-ci lui répondit rapidement et appela deux autres participants, alors que le Maraudeur contournait l'estrade pour rejoindre Lily et Sarah.

− Qu'est-ce que tu lui as demandé ? demanda Sarah.

− Quand sera mon prochain duel. J'espère seulement que ce ne sera pas au moment où Sirius affrontera McGonagall et que James aura affaire à Leo. D'ailleurs, je vais aller voir avec McGonagall et Williams quand est-ce que ces duels auront lieu.

− Tu peux demander à Slughorn quand est celui de Ninie contre Mulciber, s'il te plaît ? dit Lily.

− Aucun souci.

Et il s'éloigna. Une seconde plus tard, le quatrième année de Serpentard parvint à stupéfixer son adversaire et, n'en croyant pas sa chance d'avoir vaincu un élève de deux ans son aîné, s'empressa de rejoindre l'une de ses camarades qui n'avait cessé de l'encourager pendant tout le duel. Le professeur Chourave appela alors Ash et un Serdaigle de cinquième année.

Quelques minutes plus tard, le rédacteur-en-chef, déconcerté par l'énergie manifestée par son camarade de maison, trouva enfin la faille pour mettre un terme, et Lily et Beauchesne furent invités à remplacer les deux Serdaigle. La préfète-en-chef se sentit tout à coup épiée fixement, aussi bien par ses soupirants que par des élèves curieux d'assister à une démonstration de sa technique de duel. Toujours tenant la main de Mary, Leonie se planta à côté du professeur Chourave avec avidité, visiblement convaincue d'assister à un beau spectacle. Face à elle, alors qu'elle le saluait, Lily eut la nette impression que Beauchesne se méfiait. Sans surprise, les Serpentard lui avaient parlé du style particulier que la belle rousse employait dans ses duels.

− Commencez !

Impressionnant de vivacité, Beauchesne décocha quasi-instantanément un éclair de lumière rouge vers Lily, qui dévia sans mal et contre-attaqua aussitôt, obligeant le français à se protéger derrière un bouclier, une fraction de seconde avant qu'un jet bleu pâle fuse à nouveau vers la préfète-en-chef qui se baissa et appliqua l'extrémité de sa baguette sur le plancher. L'estrade ondula, le bois semblant être devenu comme les vagues d'une mer. Beauchesne se précipita pour attaquer de nouveau, mais la vague qui passa sous son pied le déséquilibra et son sortilège passa deux mètres au-dessus de la belle rousse, qui ne se donna pas la peine de se redresser complètement pour jeter un Expelliarmus sur le Serpentard.

Non sans une légère surprise, elle regarda Beauchesne se laisser délibérément tomber pour échapper à la tentative. Posant à son tour sa baguette sur l'estrade ondulante, il parvint à rendre sa solidité et sa platitude au plancher, roula sur le côté pour ne pas recevoir une nouvelle attaque de Lily et se releva en décochant un Stupefix à l'aveuglette, ratant sa cible mais trouvant le temps de se remettre sur pieds. Il était doué, songea la préfète-en-chef en parant un sort, mais il commettrait une erreur qui ne pourrait que lui garantir une défaite.

Impedimenta ! lança le français.

Pas encore, pensa Lily en lançant un deuxième sortilège de Désarmement qui alla heurter le maléfice d'Entrave. Luttant un court instant, les deux sorts dévièrent de leurs trajectoires et allèrent s'écraser contre l'enchantement enveloppant l'estrade. Si quelques spectateurs eurent un mouvement de recul, oubliant momentanément les protections installées par les professeurs, il n'en fut rien pour les deux adversaires qui repartaient aussitôt à l'assaut.

Si Lily eut chaud à deux ou trois reprises, notamment lorsqu'elle évalua mal la trajectoire d'un sortilège qu'elle réussit tout juste à éviter en se penchant sur le côté, il était indéniable qu'elle dominait. Beauchesne se fatiguait à force de mouvements et d'accroupissements, d'esquives brutales ou de roulades. Il faillit bien perdre lorsqu'un faisceau d'un orange étincelant envoyé par Lily fit éclater son bouclier et le projeta au sol, le français ayant de toute évidence mal évalué la puissance du sort, mais il effectua une roulade en arrière et la tentative de Désarmement de la belle rousse s'écrasa sur le plancher, ratant de justesse la tête de sa cible.

Agenouillé et le souffle un peu court, Beauchesne fit jaillir des cordes noires. Les yeux de Lily étincelèrent : c'était l'erreur à ne pas commettre. Décrivant un geste rapide et complexe, elle abattit sa baguette : les cordes explosèrent dans un tourbillon de fleurs rose pâle qui contourna la préfète-en-chef et se précipita sur le français déconcerté. Enchaînant dès que les fleurs de cerisier masquèrent le Serpentard, Lily décocha un éclair de lumière rouge qui traversa le tourbillon et entendit un bruit léger, révélateur.

− Victoire à Miss Evans, annonça le professeur Chourave.

Lily sourit et annula son sortilège, les fleurs de cerisier disparaissant dans un scintillement rosâtre, et réanima Beauchesne. Descendant de l'estrade, elle rejoignit Mary et Ninie, qui lui sauta aussitôt dans les bras et la récompensa de sa victoire d'une étreinte chaleureuse tout en rayonnant sous le baiser affectueux qu'elle reçut sur la joue.

− Tu aurais pu en finir plus tôt, non ? dit Mary.

− Sûrement, mais ce serait une erreur de révéler toutes les cartes que j'ai en mains, et ça m'étonnerait que Beauchesne n'en ait pas fait de même. En plus, Ana est déterminée à prendre sa revanche sur notre précédent duel, alors je préfère éviter de lui montrer tout ce que je sais faire. Au fait, Remus est passé vous voir ?

− Oui, on est justement venues pour t'annoncer que Ninie n'aurait pas à affronter Mulciber ce mois-ci. C'est peut-être trop tôt pour s'avancer, mais on dirait que la plupart des duels les plus attendus n'aura pas lieu dès le premier tour. Remus nous a dit que Sirius n'affronterait ni McGonagall, ni Gardner aujourd'hui, et James n'aura pas non plus à se confronter à Leo. Pour les autres, rien n'est confirmé.

Dans l'ensemble, le premier tour sembla ne révéler aucune grosse surprise, les septième année se révélant les vainqueurs et les plus jeunes élèves perdant leurs trois duels, bien qu'un Poufsouffle de treize ans créa l'évènement en remportant son duel face à Brythe – certes loin d'être doué, mais que personne ne s'attendait à voir perdre. Il apparut que Mary avait eu du flair en ce qui concernait les duels les plus prometteurs, car Cassie, Ana, Aurelia, Ethan, Leo, Ninie et Alexa n'eurent pas à affronter le plus redoutable de leurs adversaires – au grand plaisir de la belle métisse de Gryffondor, qui avait trouvé Cassie beaucoup trop en forme.

− Aucun de ses duels n'a duré plus de trente secondes, dit Aurelia d'un air désabusé, lorsque les participants sortirent de la Grande Salle pour laisser les professeurs remettre le mobilier habituel.

− Même face à MacBen ? demanda Lily.

Elliot MacBen, un sixième année de Gryffondor, se targuait depuis plusieurs jours que ses compétences en duel rivalisaient avec celles de la Troisième place au Podium des Douze, appuyant ses dires en affirmant que ses amis n'avaient pas réussi à le vaincre en duel en s'y mettant à trois contre lui.

− Tu rigoles ? Il s'est fait laminer en dix secondes. Même la petite Serpentard de deuxième année a tenu plus longtemps et s'est faite avoir parce qu'elle a trébuché. En tout cas, j'ai vu ton duel contre Beauchesne. Faut reconnaître que le sortilège de Tornade fleurie méritait bien deux mois d'entraînement.

Sortant dans le parc, elles frissonnèrent légèrement lorsqu'un coup de vent particulièrement frais balaya toute la vallée puis elles s'assirent sur la dernière marche de l'escalier de pierre. Le déjeuner ne devant commencer que dans une petite vingtaine de minutes, il était inutile de trop s'éloigner de la Grande Salle.

− Et Ninie, comment elle s'en est sortie ? s'enquit Lily.

− Comme une chef, affirma l'intéressée. J'ai battu tous mes adversaires sans avoir recours à un sortilège top secret ! Même que le prof' Slughorn a été tellement impressionné qu'il m'a promis de prévoir des bonbons au cassis, demain soir.

Comme chaque année, le maître des potions organisait une soirée parallèle pour Halloween, y invitant notamment tout une pléthore de personnalités faisant l'actualité dans des domaines très divers. L'occasion de faire des rencontres pouvant amener à des promesses d'embauche ou d'évaluation, à enrichir les connaissances des élèves sur des professions apparaissant peu ou pas du tout dans la presse ou encore à obtenir des informations sur tel ou tel aspect du ministère de la Magie. Anecdotes assez représentatives des débouchées que ces mondanités offraient : le frère d'Ana avait rencontré sa femme lors d'une de ces fêtes, et il se racontait encore que Terry Hool, le ministre de la Magie, avait entamé sa carrière ministérielle grâce à quelqu'un qu'il avait rencontré lors d'une soirée organisée par le professeur Slughorn.

Alexa et Ana les rejoignirent, la Serpentard s'arrêtant dans un petit saut avant de s'asseoir tandis que la Serdaigle soulevait Leonie pour la poser sur ses genoux en la gratifiant d'un gros baiser affectueux.

− Tiens, vous tombez bien, dit Mary. Vous savez comment ça s'est passé pour les autres ?

− Je sais qu'Ethan a remporté tous ses duels, indiqua Ana.

− Tu regardes beaucoup Ethan, je trouve, commenta Ninie d'un air ouvertement soupçonneux.

− C'était juste pour vérifier quelque chose, assura la Serdaigle en souriant. Sa prestation lors du cours spécial de Williams, en fait, a attiré ma curiosité. J'en ai parlé à mes parents qui m'ont confirmé que son analyse, durant l'exercice, ressemblait un peu plus à celle d'un apprenti-Auror en dernière année de formation qu'à celle d'un étudiant lambda. Ma mère m'a offert des petits conseils pour confirmer mon soupçon. Aussi calme et discret soit-il, je pense qu'Ethan a connu des situations bien plus périlleuses que nous ne pourrions le penser.

− A quoi as-tu vu ça ? demanda Aurelia, intriguée, en jetant un regard prudent par-dessus son épaule pour vérifier qu'il n'y avait aucune oreille indiscrète à proximité.

− Pendant la formation d'un Auror, les instructeurs ont bien souvent les mêmes reproches à faire à leurs apprentis, comme le fait d'être peu mobiles, de prendre des risques un peu audacieux ou de croire que leurs capacités les feront gagner. Pendant qu'Ethan affrontait Chambers, j'ai remarqué qu'il n'était pas du tout à l'aise sur l'estrade, il cherchait inexorablement plus de place à un point tel qu'il a bien failli tomber de l'estrade. C'est ce que les instructeurs appellent : « L'erreur encourageante », un mélange de bons réflexes et de mauvaises réactions. Ethan fait des mouvements et des déplacements inutiles, mais ils sont révélateurs sur ses habitudes.

− Il a peut-être appris ça dans un livre, non ? suggéra Ninie.

− Possible, mais j'en doute. L'art du duel, c'est un peu comme le Patronus : ta manière de te battre n'est pas très différente du souvenir qui te permet de réaliser un Patronus parfait. Mentir sur son style est comme utiliser un souvenir trop faible, si tu voies ce que je veux dire. Or, Ethan est clairement habitué à combattre dans de vastes espaces. A un moment, j'ai pensé qu'il s'attendait presque à trouver un obstacle, voire obtenir de l'aide, un peu comme s'il avait eu l'habitude de trouver des refuges ou d'être accompagné… Ce que je trouve dommage, c'est qu'il n'ait pas eu à affronter Lucretia, même si je pense qu'il aurait perdu.

− Elles ont fait quoi, les filles de Serpentard ? s'intéressa Lily.

− Lucretia, Tara et Nadège ont assez facilement remporté leurs duels, dit Alexa, mais elles savent qu'il leur reste pas mal à faire. Elles ont été aux cuisines pour prendre de quoi manger et doivent aller à la bibliothèque pour prendre quelques livres au sujet de la défense contre les forces du Mal, puis elles iront de nouveau s'entraîner. Lucretia se méfie beaucoup de Chouchou, Tara ne tient pas à perdre contre Black et Nadège sait qu'elle aura fort à faire face à Wilkes, Cecilia et Flitwick.

− Et Leo ?

− Bah, il a respecté à la lettre les consignes de Bresch. Dès que le signal de départ était donné, son adversaire s'effondrait.