A mesure qu'il réfléchissait aux nouvelles apprises pendant la réunion de l'Alliance, quelques heures plus tôt, Harry sentait que son moral plongeait dans la mauvaise direction. Même le retour de Vallys, qui lui assura fièrement avoir dressé l'une des plus incroyables barrières qu'elle ait jamais eues à créer, ne parvint pas à le rassurer. Pourquoi ? Il en connaissait la raison, ou plutôt la soupçonnait : l'alliance éventuelle entre Voldemort et Anteras le minait au plus haut point. Pas seulement parce qu'il aurait encore plus d'ennemis à affronter et plus de défis à relever, mais aussi parce que le Démon pourrait apprendre certaines choses au Lord noir et compliquer singulièrement les choses pour le Serpentard. Aurait-il dû demander à Lorca d'accélérer la traque des Horcruxes ? A quoi bon ? La bague leur posait toujours de gros problèmes et il n'avait aucune garantie qu'il aurait la chance de récupérer le médaillon s'il se rendait dans la caverne aux Inferi.
Le visage enfoui dans ses mains, Harry se massa les yeux et baissa les bras pour contempler le bureau que lui avait offert la Salle sur Demande. Le tableau affichait toujours ses réflexions sur les Horcruxes, mais il n'y avait rien inscrit de nouveau. Si seulement Dumbledore lui en avait dit plus sur les lieux où Voldemort aurait pu les cacher, les dates auxquelles il pouvait les avoir créées, il ne se serait sûrement pas senti aussi impuissant. Mais le vieux sage de son ancienne vie en savait-il seulement plus que lui à ce sujet ? Il était impensable qu'il ait dissimulé certaines informations sur les fragments d'âme, surtout qu'il… Oui, il savait qu'il était condamné, songea Harry. Au vu des nouveaux éléments, il était clair que l'« intervention opportune du professeur Rogue » avait permis à Dumbledore de retarder une mort inéluctable, et il n'était pas difficile de deviner quelle raison avait poussé le Rogue du futur à tuer son employeur : protéger l'âme de Drago Malefoy et gagner la confiance de Lord Voldemort. Il n'y avait donc aucun reproche à faire à son vieux mentor.
Harry soupira et s'adossa contre le dossier de son fauteuil. Avait-il raté quelque chose dans les souvenirs racontant certains moments de la vie de Tom Jedusor ? Qu'aurait-il fait s'il avait été à sa place ? L'héritier de Salazar Serpentard, orphelin, sans connaissance du monde magique avant sa rencontre avec Dumbledore, s'était sans nul doute senti humilié, et c'était d'autant plus vrai que Voldemort ne manquait pas d'orgueil, d'arrogance et de vanité. Alors quoi ? Il était improbable qu'il ait pu faire l'erreur de cacher un Horcruxe chez Barjow&Beurk, qui auraient immédiatement reconnu un Horcruxe ou une relique de l'un des Fondateurs…
− Raaaaah, ça m'énerve ! explosa-t-il en tapant du poing sur le bureau.
Il aurait tout aussi bien pu tourner en rond qu'il n'y aurait eu aucune différence. Même en considérant que le médaillon de Serpentard et la coupe de Poufsouffle volés à Hepzibah Smith étaient vraiment devenus des Horcruxes, il demeurait la relique de Gryffondor ou de Serdaigle que Voldemort était susceptible d'avoir récupéré, mais il n'en connaissait même pas la couleur et encore moins la forme. Il pourrait bien sûr se renseigner auprès de ses amies, notamment Lily et Ana, mais il ne tenait pas à attirer l'attention par des questions sortant de l'ordinaire.
Laissant échapper un nouveau soupir, Harry se déclara vaincu pour aujourd'hui. Il était inutile de poursuivre ses réflexions sur les Horcruxes et leurs cachettes, alors que la réunion de l'Alliance continuait de le travailler. Quittant son fauteuil, il sortit de la Salle sur Demande et entreprit de rejoindre le Grand Escalier en se perdant dans ses pensées.
Une offensive d'envergure, hein ? se répéta-t-il. Silver avait peut-être commis une erreur en anéantissant ces Lorods avant que des professeurs ou des élèves n'interviennent, car la presse en aurait alors été informée et Anteras n'aurait sans doute pas choisi de concentrer une attention particulière à Poudlard… Que l'Ennemi prévoyait-il ? Qu'était une « offensive d'envergure », concrètement ? Quand se lancerait-elle à l'assaut du château ? Toutes ces questions se mélangeaient dans l'esprit de Harry, qui s'inquiétait davantage pour ses amies et les Maraudeurs que pour lui-même. Il savait qu'il pouvait se sentir plus ou moins confiant, notamment avec des défenseurs de Poudlard comme Dumbledore, le professeur McGonagall, Lorca, voire même cet énergumène de Silver, mais tout de même… La menace que des élèves soient blessés n'était pas négligeable. Quelles seraient les conséquences sur le futur si quelqu'un mourait ? Une simple blessure pendant l'attaque pourrait-elle changer l'avenir qu'il avait connu, en empêchant par exemple deux élèves de se rapprocher lors d'une discussion qui aurait dû se dérouler dans leur salle commune, mais qui n'aura jamais lieu car l'un des interlocuteurs sera envoyé à l'infirmerie ?
− Ah, Ethan !
Surpris alors qu'il posait le pied sur la première marche du Grand Escalier, Harry baissa les yeux sur Berenis, qui semblait assez satisfaite de le trouver pour qu'il se doute qu'elle l'avait cherché pendant un moment. Plus étonnant de la trouver seule, ce qu'il imaginait jusqu'à présent impossible, c'était le fait qu'elle prenne la peine de briser le silence qui les avait séparés de la rentrée jusqu'à aujourd'hui, même si c'était pour ne pas lui attirer des ennuis en le faisant fréquenter Mogg.
− Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il en la rejoignant.
− Mon père m'a écrit pour te demander quelle était ta décision finale sur notre invitation pour le réveillon de Noël, indiqua Berenis. Etant donné que ma mère est une véritable psychopathe dès qu'il s'agit de préparer un dîner digne de ce nom et qu'il lui faut absolument prendre connaissance de tous les paramètres, elle s'y prend toujours à l'avance pour connaître les goûts et les allergies des invités.
Il fallait admettre que Harry avait complètement oublié l'invitation des Berkelay. Il y avait répondu le lendemain, disant ne pas encore savoir s'il rentrerait pendant les vacances, notamment à cause du Mangemort venu sonner chez lui cet été. Face au casse-tête que l'enchantement d'Abolition ayant frappé le mage noir parti enquêter sur lui en Australie représentait pour Lord Voldemort, le Seigneur des Ténèbres ne risquait-il pas de profiter de la présence de Harry hors de Poudlard pour le kidnapper ou lui envoyer davantage de ses sous-fifres ? Ne mettrait-il pas les Berkelay en danger en acceptant leur invitation ? Le père de Berenis, après tout, avait déjà été menacé et s'en était sorti grâce à la chance, mais si jamais les Mangemorts découvraient qu'il entretenait une certaine relation avec le Serpentard, cela n'attirerait-il pas des problèmes à la famille de sa camarade ?
− Je…
− Mes parents, l'interrompit Berenis, sont parfaitement conscients des problèmes que ça pourrait leur apporter. Je sais qu'il pèse une certaine menace que le Mangemort que tu as esquivé au mois d'août réapparaisse en décembre, découvre que tu fais partie des relations de ma famille, peut-être même que Tu-Sais-Qui recommence à menacer mon père, mais les Berkelay sont des sorciers fiers et responsables : nous assumons nos choix ! Si nous t'invitons pour le réveillon, nous ne nierons jamais que nous t'avons fait une place à notre table.
− La menace est mortelle, fit remarquer Harry alors qu'ils passaient le palier du cinquième étage. Je ne peux pas vous faire encourir un risque qui pourrait conduire à votre mort juste pour un réveillon…
− Ne sous-estime pas mes parents, Ethan, dit Berenis avec le plus grand calme. Mon père n'est peut-être pas un duelliste de légende, mais le respect qu'il inspire au sein du ministère a permis de protéger notre maison des meilleurs sortilèges que peut fournir la sorcellerie. Quant à ma mère, elle a beau être douce et ouverte d'esprit, elle peut être bien pire qu'un Mangemort si jamais tu touches à mon père ou à moi…
Harry s'apprêta à répondre, mais à son plus grand déplaisir, il entendit la petite voix résonner de nouveau dans sa tête : Les vrais stratèges savent exploiter une situation, tu sais ? Il ne savait pas si cette voix l'énervait au plus haut point ou lui offrait des conseils d'une pertinence exceptionnelle, mais il fallait se rendre à l'évidence : elle avait parfaitement raison. Il n'arrivait pas à croire qu'il ne s'en était pas rendu compte plus tôt.
Il réfléchit intensément jusqu'à ce qu'ils aient atteint le second palier, établissant une stratégie qui rendrait Noël meilleur et ignorant totalement les regards, d'abord curieux puis intenses, de Berenis. Elle ne l'interrompit à aucun moment, visiblement consciente que le « Chouchou Stratège » d'Alexa était à l'œuvre en cet instant. C'était à la fois impressionnant et ahurissant, car Harry parvenait à construire un plan avec une facilité qu'il ne se connaissait pas. C'était comme s'il l'avait toujours eu en tête mais qu'il n'avait jamais eu l'occasion de le mettre à exécution. Et lorsqu'ils passèrent le second palier, sa stratégie avait l'air assez complète pour qu'il daigne reprendre la parole :
− Je viendrai, déclara-t-il, mais nous allons prendre certaines précautions. Bien que nous n'ayons aucune assurance que les Mangemorts attaqueront le soir du réveillon, nous ne pouvons écarter le fait qu'ils prendraient plaisir à assombrir le moral de la communauté sorcière lors d'une fête censée apporter de la joie au sein des familles.
− Qu'est-ce que tu suggères ?
Harry l'attrapa par le bras au moment où ils atteignaient le second palier et l'entraîna dans un couloir, soucieux d'avoir une conversation à l'abri d'oreilles indiscrètes. Berenis ne protesta pas, se laissant guider en silence. Pendant qu'il marchait, il ne cessait de repenser à son plan. Naïf ? Il n'en était pas sûr. En fait, plus il le retournait, le peaufinait, l'analysait, plus il sentait qu'il faisait honneur au surnom de « Stratège » que lui avait donné Alexa… ce qui était assez déroutant, d'ailleurs, car s'il ne doutait pas qu'il avait une chance d'attirer l'attention de Voldemort, il ne parvenait toujours pas à penser comme lui.
Bifurquant, Harry avisa la porte d'une vieille salle de classe et entraîna sa camarade à l'intérieur. Les chaises empilées tout au fond semblaient plus en attente d'être distribuées que jetées, mais il n'y accorda aucune attention. Refermant le panneau à la suite de Berenis, il s'avança jusqu'au bureau aux pieds inégaux et s'assit dessus, le faisant pencher légèrement.
− Autant te prévenir tout de suite, déclara-t-il, ça risquerait de mettre ta famille en danger.
− Je suis toute ouïe, assura la jeune femme.
− Nous allons piéger les Mangemorts.
Berenis plissa légèrement les yeux, visiblement incapable de comprendre comment Harry comptait y parvenir.
− Mais encore ? interrogea-t-elle.
− Disons que… que je peux faire en sorte que Voldemort s'intéresse singulièrement à moi, mais j'aurai besoin de ton aide, de celle de ton père et celle de Mogg. Sans trop entrer dans les détails, ton rôle sera de faire savoir à la bande de Rogue que je passerai le réveillon de Noël chez toi. Comme je l'ai dit, rien ne nous garantit qu'ils attaqueront la veille de Noël, ils le feront peut-être plus tôt ou plus tard, mais ça ne change rien à mon plan. Ton père, lui, devra convaincre le Bureau des Aurors de se planquer aux alentours de nos maisons respectives. Quant à Mogg, il faut impérativement qu'elle invoque un serpent pendant notre duel.
La Serpentard cilla.
− Pourquoi un serpent ?
− Car sans lui, mon plan tombera à l'eau.
Berenis lui lança un regard mi-déconcerté, mi-perplexe, mais elle finit par hocher la tête.
− Lucretia le fera, promit-elle.
− J'espère. Si tout se passe bien, les Aurors pourront cueillir plusieurs Mangemorts en une soirée.
− Certes, mais peut-être devrais-tu aussi solliciter l'aide d'Ana. Je ne peux pas affirmer que mon père réussira à convaincre le Bureau des Aurors, mais les parents d'Ana lui font toute confiance et appuieront probablement ton plan auprès de Maugrey ou Scrimgeour. Je ne sais pas trop jusqu'où s'étend leur influence, mais ils en ont.
− Pas bête. Pour l'heure, assure-toi seulement que les Serpentard sachent que je serai chez moi pendant les vacances de décembre et que Mogg respecte mon plan.
Alors que Berenis acquiesçait, visiblement motivée à lui apporter tout son soutien, Harry se déconnecta de la réalité pour le reste de l'après-midi. Son plan n'était pas brillant, il n'était pas infaillible, mais il le travaillait. Après tout, c'était la première fois qu'il déclenchait les hostilités avec Voldemort. Par le passé, il n'avait fait que subir, affronter et surmonter… sauf que la situation exigeait qu'il se manifeste. Et quand bien même il ne l'aurait pas fait, le Lord noir aurait fini par venir le cueillir, car incapable de briser l'enchantement de Midori. Toutefois, il était grisant de déclencher la guerre, songea-t-il avec un sourire. Il n'était plus le Survivant curieux d'élucider un mystère, mais un apprenti-guerrier désireux de régler un problème. Il ne l'avait compris qu'aujourd'hui, d'ailleurs : il n'était plus un simple élève agissant en fonction d'une situation, il cherchait désormais à provoquer ladite situation. C'était un peu comme si sa nouvelle nature démoniaque l'avait réveillé, lui avait ouvert les yeux, lui avait offert une nouvelle témérité…
Lorsqu'il émergea de ses pensées, cependant, ses pensées joviales le quittèrent alors qu'il réalisait subitement qu'il n'avait pas la moindre idée de comment il était arrivé dans le parc. Allongé sur la berge, il se redressa subitement, l'air hagard, et jeta un regard déconcerté autour de lui. A quel point s'était-il concentré sur ses réflexions ? Il eut la curieuse, inquiétante, étrange, impression d'avoir perdu, l'espace de quelques heures, l'usage de son propre corps. Et comme pour l'inciter à croire que cette idée n'était pas totalement fausse, il lui sembla entendre la petite voix ricaner.
− CHOUCHOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU !
Sursautant légèrement, Harry tourna les yeux vers le château duquel émergeait Alexa, qui dévalait déjà l'escalier de pierre, vêtue d'une splendide robe noire, mi-cuir mi-tissu, brodée au fil d'or. Se levant, le Serpentard s'avança à la rencontre de son amie, dont il distinguait peu à peu le décolleté généreux à mesure que les mètres rétrécissaient, mais ce qui attira surtout toute son attention, ce fut le sourire de la magnifique française. Bien que joyeux, il avait quelque chose d'alarmant. Il n'eut pas une seconde pour y réfléchir, cependant, car avec une vitesse et une fluidité improbables, la jeune femme tira sa baguette et Harry se retrouva soudainement suspendu dans les airs par les chevilles, la tête vers le sol.
− Hé ! s'indigna-t-il.
− N'essaie pas de prendre ta baguette, Chouchou, et laisse-moi parler ! menaça Alexa. J'ai passé trois heures à te chercher un peu partout, tu sais ? Inquiéter une frêle jeune femme sans défense comme moi, c'est ignoble. Je croyais que tu avais subi une attaque, que tu me trompais, que tu avais eu un malaise dans un coin isolé, que tu regardais en secret des magazines pour adultes sans moi… J'étais tellement inquiète que j'ai même promis à Leo de ne pas lui parler de faire un bébé pendant quinze minutes afin qu'il m'aide à te mettre la main dessus !... Bon, d'accord, il s'est contenté de regarder sous sa botte pour être sûr qu'il ne t'avait pas marché dessus par inadvertance, mais il a quand même aidé !
− Vous êtes complètement allumés…
− Silence, Chouchou Sans Cœur de la Mort, je réfléchis à ta punition ! l'interrompit-elle d'un ton acide.
Harry se retint de faire le moindre commentaire, notamment parce qu'il sentait que son amie s'était vraiment inquiétée. Ce n'était pas la première fois qu'elle se montrait un peu brusque avec lui, qu'elle lui reprochait d'avoir disparu sans la prévenir, mais il fallait bien reconnaître qu'il s'était rarement « absenté » aussi longtemps. La réunion de l'Alliance avait duré un petit quart d'heure, sauf qu'il s'était enfermé dans la Salle sur Demande dès que Lorca les avait ramenés à Poudlard.
Vallys, qui n'avait pas bronché d'un poil lorsque Harry s'était retrouvé soumis au sortilège de Levicorpus, se réveilla dans un léger sursaut.
− Ils arrivent !
− Quoi ?! s'exclama Harry.
Impossible ! Horol n'avait-il pas indiqué que les armées d'Anteras en étaient encore à se préparer ? Ce n'était pas l'heure, cependant. Oubliant momentanément la présence d'Alexa, il tira sa baguette magique et décocha un sortilège d'Hermès avec, pour destinataires, la totalité des professeurs. L'instant d'après, il se libérait du Levicorpus.
− Qu'est-ce qu'il y a ? interrogea Alexa.
− Une attaque imminente, répondit Harry en l'attrapant par le bras pour l'entraîner vers le château d'un pas vif. Vallys, est-ce que tu peux évaluer le temps qu'ils mettront à arriver ?
− Non, mais ils se déplacent très vite.
− Tu sais combien ils sont ?
− Une cinquantaine, peut-être plus.
− Et merde…
Ils atteignirent le large escalier de pierre et pénétrèrent dans le hall. Alexa se retourna et projeta un éclair de lumière sur les portes du château, qui se refermèrent aussitôt, alors que des élèves commençaient déjà à surgir d'un peu partout. Dumbledore semblait les avoir prévenus de l'attaque imminente par un sortilège semblable à celui d'Hermès, histoire de s'assurer qu'il ne serait pas entendu par les créatures d'Anteras. Premier arrivé, Ash, qui émergea du couloir menant aux locaux de La Gazette du Sanglier et à ceux de la Brigade.
− Je ne suis pas fan des reptiles, dit-il à Harry, mais le tien est décidément très utile.
− Ouais, dit le Serpentard d'un ton absent. Vallys, va te mettre à l'abri.
La darderan hocha la tête et se volatilisa, alors qu'Alexa lançait un éclair de lumière sur les portes du château pour qu'elles se ferment. Surgissant du couloir des Poufsouffle, Cassie Lindon et nombre de ses camarades firent irruption dans le hall, tout comme Mogg et ses amies, ainsi qu'une quantité étonnante de Serpentard, en faisaient de même en émergeant des sous-sols – pour les Serdaigle et les Gryffondor, il faudrait un certain temps pour accéder au hall. Les professeurs Brûlopot, Chourave et McGonagall furent les premiers enseignants à arriver, tout comme Lorca, que Harry soupçonna d'avoir transplané pour venir le plus vite possible.
− Savez-vous combien ils sont, Potter ? interrogea la directrice de Gryffondor.
− Environ une cinquantaine, peut-être plus, répéta Harry.
− Ah, Minerva ! haleta le professeur Slughorn, le souffle court, en surgissant de la foule des élèves. Albus n'est pas encore revenu ?
Au moment où le professeur McGonagall ouvrit la bouche pour répondre, une gerbe de flammes explosa et Dumbledore se matérialisa. L'air grave, il adressa un faible sourire à Harry, comme pour le remercier d'avoir donné l'alerte, mais reporta une seconde plus tard son attention sur ses collègues, alors que certains Serdaigle et Gryffondor jaillissaient du Grand Escalier, la baguette à la main et l'air déterminé à se battre jusqu'au bout.
− Savez-vous à quelle distance ils sont, Ethan ? demanda le directeur.
− Non, mais Vallys a dressé une barrière d'un diamètre de 13 kilomètres et affirme qu'ils se déplacent très vite.
− Je vois… Ca nous laisse un peu de temps pour nous organiser. Alexa, je vous prierai de former une Cinquième Stratégie de la Mort. Aurélien a déjà dû envoyer un message à Leo, mais comme nous ne savons pas où il est, il est possible qu'il faille un peu de temps avant qu'il ne nous rejoigne. Drusilla, vous êtes trop jeune pour participer à cette bataille, mais j'apprécierai vraiment que vous preniez votre mère que nous aurons peut-être besoin des guérisseurs de Ste Mangouste.
Déçue, la fillette de deuxième année de Poufsouffle tourna les talons, quittant les rangs des défenseurs de Poudlard. Alexa, plus sérieuse que jamais, faisait reculer les élèves pour former cinq lignes, les septième année au premier plan, les plus jeunes en retrait. Leonie, non sans une petite moue qui la rendit plus enfantine que jamais, accepta de se débarrasser de sa peluche en forme de koala, qu'elle posa avec le plus grand soin sur la rampe d'or de l'escalier de marbre, puis rejoignit Aurelia et Lily en leur attrapant une main. Berenis, quelque peu nerveuse, lançait sans cesse des petits coups d'œil à la nuque d'Ash, qui n'avait guère l'air plus confiant mais affichait une détermination féroce. Les garçons de Serpentard étaient absents, mais tout comme les filles de Gryffondor, les Maraudeurs se joignirent à la défense de l'école et obéirent sagement aux consignes d'Alexa.
Dès que tout le monde fut en place, les professeurs et Hagrid en tête du cortège, le directeur de Beauxbâtons lança un coup d'œil par-dessus son épaule, comme pour transmettre un message visuel à Alexa, qui hocha la tête, une seconde avant que les portes émettent un grand bruit sourd, comme si un poing géant s'était abattu dessus.
− Restez calmes ! lança la magnifique française d'une voix forte, en sentant plusieurs élèves sursauter. Croyez en vous, vos capacités, la personne à vos côtés, vos connaissances et votre volonté de vaincre ! Votre peur n'est pas une mauvaise chose et réveillera votre instinct de survie, mais gardez à l'esprit que vous n'êtes pas seul ! Protégez-vous les uns les autres, protégez-vous vous-même et ne sous-estimez pas vos adversaires !
Harry eut l'impression d'entendre un général s'exprimer.
− D'ailleurs, Chouchou, glissa-t-elle du coin des lèvres, si jamais tu es blessé, j'exige d'être ton infirmière privée.
− Tu gâches le côté théâtral de ton discours, tu sais ?
− Tu veux que j'ajoute mon irritation face à cette réponse à ma contrariété de t'avoir cherché pendant des heures ?
− Ok, ok, tu seras mon infirmière privée si je suis blessé…
Alexa rayonna, alors qu'un nouveau coup assourdissant résonnait dans le hall et ébranlait dangereusement les gigantesques portes du château. Mais il y avait autre chose. Des hurlements atroces, agonisants, des borborygmes écœurants s'élevaient de l'autre côté des panneaux, comme si les envahisseurs avaient été pris à revers par d'autres défenseurs de Poudlard. Les coups donnés contre la porte ressemblèrent alors à une sorte de désespoir, d'appel à l'aide.
− Nom de… ! s'exclama le professeur Bresch, l'air inquiet. Alexa ! Empêche-le !
− Et comment je suis censée faire ?! répliqua sèchement la superbe française.
− Préparez-vous ! lança Dumbledore d'une voix forte, insensible à l'échange entre son homologue et la Serpentard.
Les portes émirent un craquement sinistre et s'effondrèrent, arrachées de leurs gonds, provoquant une série d'exclamations choquées ou stupéfaites chez les élèves. Un géant… Non, rectifia Harry, aussi ahuri que ses camarades, un gerfaut immense – d'au moins quinze ou vingt mètres – se faufila dans l'encadrement alors que d'autres créatures pénétraient dans le hall. Dans son dos, des éclairs de lumière mauve, des flammes noir-blanc, des détonations assourdissantes, des lueurs aveuglantes et des éclats lumineux aux couleurs variées semaient la panique au sein des créatures. L'invasion commença, des élèves reculant, un certain nombre de professeurs se laissant brièvement déconcertés.
Anteras n'avait pas sous-estimé Poudlard. Des Lorods étaient présents, mais aussi des créatures aux longs membres et aux regards malsains, des quadrupèdes ressemblant à des félins et crachant des flammes, des espèces de crapauds balançant toutes sortes de substances explosives, acides ou étourdissantes. Dumbledore et le professeur Bresch s'étaient concentrés sur le très, très, très grand briseur de portes, mais leurs sortilèges – que Harry soupçonnait gagner en violence petit à petit – avaient l'air inefficaces, alors que les autres enseignants s'efforçaient d'éliminer un maximum de créatures. Les élèves étaient actifs : des sortilèges jaillissaient de partout, derrière le Serpentard, pour neutraliser, bloquer, entraver, les lignes de l'Ennemi. Lui-même n'était pas en reste : apercevant un Lorods se précipiter vers le professeur Sinistra, qui protégeait ses voisins des flammes des deux monstres félins, il décocha un Sectumsempra pour mettre un terme à l'existence de la bestiole.
Les professeurs se firent progressivement débordés. L'immense créature manqua d'extrême justesse de balayer le directeur et son homologue français d'un simple revers de main : l'air dégagé déstabilisa les deux vieux hommes, mais au moment où la créature gigantesque amorça un geste pour en finir, le maître des potions et Lorca s'unirent pour révéler certaines de leurs connaissances les plus répréhensibles. Dans un sifflement suraigu, le maléfice du professeur Slughorn entailla profondément la poitrine de la créature, alors que celui de la Nehoryn soulevait l'abomination du sol et la propulsait en arrière. Elle atterrit à hauteur des sabliers comptabilisant les points des maisons, écrasant au passage certains de ses alliés, mais elle se redressa une seconde plus tard.
− LEO ! hurla le professeur Bresch en échappant de justesse à une griffure de Lorods. SEPTIEME SENTENCE !
Il n'y eut aucune réponse. Harry jeta un rapide coup d'œil alentour, se demandant où et à quel moment Silver était arrivé. Il faillit le regretter, car l'un des étranges crapauds lui balança en pleine figure l'une de ses étranges substances, et celle-ci avait toutes les chances de l'atteindre, sauf que… Hein ? s'étonna Harry, à l'instant même où il redressait sa baguette. Leonie était intervenue, l'avait protégé, et d'une secousse presque nonchalante de sa baguette, renvoya le projectile à son lanceur.
− M… Merci… balbutia Harry, déconcerté.
− NINIE ! crièrent Lily, Ana, Cassie, Aurelia et Mary d'une même voix.
Ah, il faut que j'intervienne… soupira la petite voix. Harry eut à peine le temps de comprendre les paroles de son esprit que son corps échappa totalement à son contrôle : avec une force et une rapidité qu'il ne se connaissait pas, il passa un bras autour des hanches de Leonie, la souleva comme si elle avait eu le poids d'un plume et tourna les talons. A peine eut-il exécuté cette étrange action, il ressentit une douleur fulgurante dans le dos. Il sentit sa chair être compressée, puis transpercée. Son sang lui dégoulina dans le dos, alors que les griffes acérées du Lorods se nourrissait de la magie qu'il contenait.
Dans un hoquet de souffrance, Harry cracha du sang, son goût métallique se répandant dans sa bouche. Mais qui était-elle ? fut la seule chose qu'il trouva à penser. Cette petite voix… Celle qui comprenait les choses longtemps avant lui… Elle n'était pas sa conscience, ni même son intuition, alors d'où venait-elle ? Il eut l'impression de l'entendre rire…
− Ethan !
Harry cilla. La douleur dans son dos était toujours vivace, mais le Lorods semblait avoir été abattu. Il sentait une sensation bizarre se répandre dans son sang, comme si la créature avait puisé assez de magie, mais il n'en tint pas compte et adressa un rapide coup d'œil à Leonie, qui s'était libérée de son étreinte et décochait un éclair de lumière sur un félin-cracheur-de-feu se préparant à enflammer le dos de Mary.
Les choses tournaient mal, très mal. Plusieurs élèves étaient au sol, défendus tant bien que mal par leurs camarades, sans la moindre distinction de maison, alors que les créatures d'Anteras étaient toujours plus nombreuses à entrer dans le hall. Calme et attentive, Lorca paraissait se retenir de manifester tout son pouvoir, éradiquant n'importe quel gerfaut osant s'en prendre à elle avec une simplicité semblant enfantine. Dumbledore et les professeurs Bresch et McGonagall luttaient contre l'immense créature, parvenant à la repousser, à la blesser, à la fatiguer, mais sans réussir à s'en débarrasser définitivement. Protégeant sa collègue des Etudes des Moldus, gravement blessée au bras gauche, le maître des potions transpirait abondamment tout en se révélant implacable, car le moindre de ses maléfices causait des dommages considérables à plusieurs assaillants.
Harry se débarrassa d'un crapaud et vacilla, la tête lui tournant légèrement. Perdait-il trop de sang ? Sa magie puisée par le Lorods affectait-elle son état de santé ? Il vit une ombre jaillir du conflit et bondir, mais au moment où il décocha un éclair de lumière pour immobiliser le gerfaut-félin, un autre sortilège le frappa et le propulsa à l'autre bout du hall, où il s'effondra très lourdement, inconscient. Une très haute silhouette se dressa alors devant lui.
− Je t'interdis de crever avant d'avoir mis ton plan à exécution, Potter, dit Gardner. Reste tranquille, je te protégerai.
De toute évidence, Berenis avait rapporté sa conversation avec Harry à ses amies.
− Je suis encore capable de me battre, dit-il en se redressant.
Gardner eut un petit mouvement de tête, comme si elle allait lui lancer un regard par-dessus son épaule, mais elle se ravisa, sans doute parce qu'elle avait vu une gerbe de flammes fuser dans leur direction. Faisant apparaître une sorte de bulle bleutée autour d'elle et Harry, elle parvint à les protéger du feu alors que Sainton éliminait facilement le gerfaut-félin.
− Putain de… ! s'exclama le professeur Bresch. ALEXA ! LA SEPTIEME SENTENCE ARRIVE !
− FERMEZ LES YEUX ! cria la splendide française.
Certains obéirent, d'autres non, sans doute trop surpris par l'ordre ou ne souhaitant pas s'aveugler face à des ennemis, mais l'ordre ne servit à rien dès que la Septième Sentence se fit entendre : alors que Dumbledore et les professeurs Sinistra, blessée à l'épaule, McGonagall et Bresch, tous deux intacts, et Slughorn, essoufflé, luttaient toujours contre le gigantesque gerfaut, il retentit un cri de guerre des plus déconcertants :
− WATAAAAAAAAAAAA !
Probablement propulsé dans les airs grâce à un sortilège, et si ridicule que fût son cri, Silver abattit sa botte droite, brillante d'un halo d'un magnifique bleu pâle, sur la tempe de l'immense créature. L'effet fut immédiat et immonde : dans une série de craquements sinistres, de bruits d'éclaboussures, la tête du gerfaut explosa littéralement en répandant cervelle, yeux, sang et os travers tout le hall. Des élèves eurent un haut-le-cœur avant de vomir, d'autres se contentèrent de pâlir furieusement et même des professeurs ne purent cacher leur dégoût. Mais la mort du monstre humanoïde et immense eut des effets positifs, car toute l'armée ennemie – ou plutôt, ce qu'il en restait – battit en retraite, certains étudiants et enseignants éliminant les fuyards tant bien que mal.
Silver atterrit tranquillement sur le ventre du gerfaut et rebondit dessus pour rejoindre le sol dallé, comme un enfant sur un château gonflable. A en juger par son attitude, il n'avait rien fait d'extraordinaire, mais au moment où le professeur Bresch le frappa d'un éclair de lumière de rouge qui retentit comme une gifle, le Gryffondor se montra plus expressif en soupirant avec une franche et profonde lassitude.
− Je vous ai déjà dit que vos sortilèges étaient faibles, vieux dirlo…
− Ta gueule ! tonna le professeur Bresch. Je t'ai dit de nous rejoindre, abruti !
− Mais je l'ai fait, puisque je suis là.
− De nous rejoindre dans le hall par le Grand Escalier, pas par le parc ! siffla le directeur de Beauxbâtons avec une colère assez impressionnante.
− Ah ? Je croyais que le Grand Escalier désignait celui reliant le parc et le château. On en apprend vraiment tous les jours, n'est-ce pas ?
− Espèce de… !
− Calme-toi, Aurélien, intervint Dumbledore avec sérénité, bien qu'il semblât assez amusé par l'échange. Minerva, je vous remercierai d'aller accueillir les guérisseurs. Remus, Melanie, Jason et Cecilia, je vous prierai de seconder Madame Pomfresh pour l'installation de nouveaux lits à l'infirmerie. Horace…
− Je vais chercher le stock de potions de secours, dit l'énorme sorcier en s'éloignant déjà vers les sous-sols.
− Que les personnes intactes aident les blessés à rejoindre l'infirmerie, ordonna Dumbledore. Et…
Son soudain silence et le regard inquiet qu'il porta précisément sur l'un des étudiants attira l'attention générale. Harry n'en eut pas vraiment conscience, ne comprit pas trop ce qu'il se passa, ne vit même ce qu'il lui arrivait, mais en une seconde, tout disparut, l'obscurité l'engloutit.
