L'HORREUR S'INVITE A POUDLARD
POUR HALLOWEEN
Nous avons tous entendu cette phrase que les professeurs de défense contre les forces du Mal prononcent sur le fait que les cours ne reflètent en rien une véritable situation où nous aurions à affronter une créature ou un sorcier malveillant, et on est bien obligés de reconnaître qu'ils disaient vrai ! Alors que ces dernières années, tout le monde s'attendait à ce que les mages noirs constituent la seule menace pouvant s'en prendre à Poudlard, ce sont finalement les mystérieuses créatures qui ont été les premières à s'attaquer à notre école. La Gazette du Sanglier fait le bilan.
Tout aurait pu se dérouler de manière bien pire, mais nous avons la chance d'avoir un camarade dont l'un des animaux de compagnie possède de grands pouvoirs magiques : Ethan Potter et son amie Vallys, dont nous vous présentions les capacités la semaine dernière dans la rubrique Quoi de neuf à Poudlard ? Grâce à la barrière « anti-intrusion malveillante » que notre étonnante darderan maintient constamment autour de l'école, Potter aura pu alerter le professeur Dumbledore d'une attaque imminente et permettre ainsi à la défense de se préparer. Gravement blessé lors de l'assaut en protégeant Leonie Cordell (de Gryffondor), l'australien de Serpentard est inconsciemment devenu une source de nouvelles informations sur les Lorods.
« Il apparaît que ces gerfauts ont subi une petite modification qui ne figure pas dans le livre de Hipposcodius, nous révèle le directeur. Les guérisseurs de Ste Mangouste ne peuvent affirmer que les Lorods puisent la magie plus vite que ce que nous pensions, mais il est indéniable qu'ils peuvent désormais empoisonner les personnes qu'ils blessent. Bien que vingt-six élèves aient été blessés par les Lorods, le cas d'Ethan est particulier du fait qu'il a subi une violente attaque. Alors que les autres se sont fait griffer avant d'être sauvés par leurs camarades, lui a été « poignardé » par toutes les griffes du Lorods, et ce pendant plusieurs secondes. »
Personne ne parlera d'un manque d'attention des camarades entourant Potter, cependant. Auteur d'un mouvement plutôt bluffant afin d'épargner à Cordell d'être elle-même blessée, l'étonnement inspiré par sa rapidité à réagir au cri d'alarme de certaines amies de la Gryffondor aura laissé plané un petit flottement sur les défenseurs de Poudlard.
La révélation de l'existence de ce poison nous a amenés à nous rapprocher de Thelma Illsworth, guérisseuse et mère de la deuxième année de Poufsouffle Drusilla, qui a alerté non seulement l'hôpital Ste Mangouste mais aussi le ministère.
« Nous aurons besoin de faire plusieurs tests pour établir un profil détaillé de ce venin, nous annonce-t-elle. Mes collègues et moi-même avons néanmoins pu déterminer qu'il n'est pas particulièrement virulent et plutôt facile à annihiler, mais il faut encore que nous en découvrions les effets. »
A l'heure où nous imprimons, une grande majorité des élèves infectés était tirée d'affaires et sortie de l'infirmerie. A La Gazette du Sanglier, toutefois, nous n'oubliions pas que l'attaque aurait pu avoir des conséquences plus dramatiques si nous n'avions pas un Ethan Potter pour veiller sur Poudlard et profitons de la présence de Mr Illsworth pour informer ses amis de son état de santé : toujours inconscient, mais hors de danger. A noter que les élèves désireux le soutenir pourront déposer les messages sur un chariot, à l'entrée de l'infirmerie.
Autre élève à s'être illustrée lors de l'attaque, Alexa Fellini (Serpentard) a révélé que derrière sa personnalité déjantée, il se dissimulait un véritable leader. Autoritaire, froide face à l'adversité, c'est d'une main de maître qu'elle a organisé tous les élèves pour défendre le château et provoqué des dégâts considérables chez les envahisseurs, en plus de sauver une quinzaine d'élèves en mauvaise situation. Nous n'avons hélas pas pu l'interviewer pour connaître son secret, Fellini ayant décidé de ne plus ouvrir la bouche tant que les guérisseurs et Madame Pomfresh ne la laisseraient pas « être l'infirmière personnelle » de Potter. Nous nous sommes donc tournés vers le professeur Bresch :
« Comme je vous l'avais signalé, les premiers mois ayant succédé à la création de la Brigade ont été un peu difficiles pour ses membres, nous rappelle-t-il. Il y avait des problèmes individuels et de groupe. Leo [ndlr, Silver (Gryffondor)] a donc opté pour une nouvelle approche qui a non seulement porté ses fruits, mais également réveillé certains traits de caractère, comme le leadership, le courage, la patience et le calme, des autres face à une situation tendue. »
Silver… S'il fallait accorder une médaille du mérite à quelqu'un, ce serait bien à l'énergumène de Gryffondor, mais aussi lui décerner le prix de l'élève le plus sanguinaire et suicidaire de Poudlard. Arrivé sur le champ de bataille par le parc – oui, oui, le parc ! –, c'est en compagnie des créatures qu'il a rejoint la défense de l'école, et il se trouvait déjà parmi elles avant que les portes du château ne cèdent ! Preuve, s'il en fallait une, que le Dieu de la Mort n'a vraiment pas la même perception des choses que la norme. Néanmoins, d'aucuns n'iront démentir que Silver aura été notre libérateur : avec un cri de guerre déjà légendaire, c'est d'un coup de pied ensorcelé que le Gryffondor aura mis fin à la bataille en provoquant, au passage, la scène la plus répugnante de l'affrontement.
Nous avons profité de notre entretien avec le professeur Bresch pour en savoir plus sur cette attaque horrible, surnommée « Septième Sentence », Silver ayant disparu quelques minutes après la bataille et n'étant toujours pas réapparu lorsque nous avons imprimé cette édition.
« Il n'y a pas de définition fixe pour les Sentences, les Brigadiers peuvent les modeler comme bon leur semble, explique-t-il. La 1ère Sentence d'Alexa est très brutale, comme elle l'a démontré sur Marius [ndlr, Mulciber (Serpentard] le soir où nous sommes arrivés à Poudlard, alors que celle de Leo consiste à vous donner une pichenette. Sa Septième Sentence est son arme ultime et comporte les sortilèges les plus meurtriers qu'il connaisse. »
Et au vu du spectacle immonde que le Gryffondor nous a offert, gageons que personne ne voudra assister une nouvelle fois à une scène pareille – et encore moins en être victime. Au final, trente-trois élèves auront été blessés par griffure, brûlure ou morsure. Souhaitons que les autres écoles attaquées s'en soient aussi bien sortis que Poudlard !
Severus replia sa Gazette du Sanglier et la lança sur la table basse, songeur. Ils auraient peut-être dû répondre à l'appel de Dumbledore, n'aurait-ce été que pour essayer d'observer Potter dans le feu de l'action, mais ils s'étaient mis d'accord pour ne rien tenter contre les mystérieuses créatures : excellente nouvelle de la semaine dernière, le père de Caleb leur avait écrit pour leur faire savoir que les Mangemorts envoyés sur le continent avaient réussi à situer la région où les créatures pourraient être cachées. Comment avaient-ils fait ? Les Serpentard ne se posaient même la question, car le véritable mystère était de savoir si le créateur des monstres se laisserait tenter par une alliance avec le Seigneur des Ténèbres. Pour l'heure, cependant, c'était en direction de la Brigade de la Mort que les pensées de Severus s'attardaient.
Beauchesne n'exagérait vraiment rien sur Fellini, mais il apparaissait de plus en plus clair que Silver était réellement aussi dangereux que le professeur Bresch l'avait laissé entendre lors de la première interview donnée à La Gazette du Sanglier. S'il venait à s'engager contre les Mangemorts, les choses risqueraient de se compliquer pour les mages noirs, d'autant que ceux et celles ayant participé à la bataille affirment que le Gryffondor avait tué le colosse facilement, alors que les professeurs étaient eux-mêmes incapables de s'en débarrasser. Ou plus exactement, parce qu'ils n'avaient pas cherché à s'en débarrasser, d'après certains. L'explication à ce comportement était assez facile à imaginer et plutôt troublante : les enseignants s'étaient accordés à capturer l'immense créature, sans nul doute pour l'interroger sur sa communauté monstrueuse et son créateur. Caleb n'avait pas tout de suite été convaincu par cette stratégie, soutenant que Dumbledore aurait tout fait pour que les élèves ne soient pas exposés trop longtemps à des menaces mortelles, mais étant incapable de trouver une autre théorie, il avait fini par se ranger à l'opinion générale.
La bataille de la veille avait eu des conséquences sur ce premier lundi de novembre. Les cours avaient été annulés pour que les parents informés de l'attaque puissent soit constater par eux-mêmes que leurs enfants allaient bien, soit pour les ramener à la maison. Les guérisseurs étaient partis dans la nuit, à l'exception d'un homme ayant tenu à surveiller la guérison de Potter – Fellini ne lui pardonnait toujours pas d'avoir fait échouer son plan consistant à s'introduire dans l'infirmerie pour assurer son rôle d'infirmière personnelle.
− Potter par-ci, Fellini par-là, Silver par-ci par-là, grogna Marius avec dédain lorsqu'il acheva sa lecture. Ash cherche quoi, en fait ? Du journalisme ou lécher le cul de la Brigade ?
− Tu préférerais que La Gazette parle de nous qui n'avons pas bougé un pouce quand on a reçu le message de Dumbledore, peut-être ? dit Beauchesne d'un ton distrait, alors qu'il s'intéressait à la page Sport. Ou peut-être aurais-tu préféré que Potter n'ait pas donné l'alerte, que ce gerfaut immense ait défoncé le mur de la salle commune et soit venu nous cueillir ici ? Que tu le veuilles ou non, Marius, nous sommes tranquillement assis dans ces fauteuils parce que Potter, Fellini et Silver ont joué les grands rôles de l'attaque d'hier.
− Potter n'a fait qu'obtenir l'aide de son serpent !
− Alors, trouve un serpent avec les mêmes capacités, demande-lui de protéger Poudlard et Ash parlera aussi de toi dans les unes du journal de l'école. Oh, et bien sûr, n'oublie pas de faire la démonstration d'une réelle envie de protéger les élèves, car c'est un facteur important… Pour ma part, le sacrifice de Potter m'épate.
− Il voulait juste jouer le héros tragique…
− Si le Seigneur des Ténèbres te demande de sacrifier ta vie pour protéger un autre Mangemort, tu le fais sans hésiter ?
− Evidemment !
− Caleb, dit le français avec un sourire malveillant, tu pourrais écrire à ton père que Marius n'attend que de mourir pour un Mangemort dont il ne connaît pas l'identité, s'il te plaît ?
Severus réprima un sourire et sentit Caleb se retenir de rire, alors que le massif de Serpentard se crispait dangereusement et fusillait Beauchesne du regard, mais l'amusement et la colère s'effacèrent lorsqu'Alan, absent depuis près d'une heure, revint et les rejoignit d'un pas vif, de toute évidence très satisfait.
− Qu'est-ce qu'il y a ? demanda le français.
− Potter n'aurait pas dû survivre ! annonça-t-il à mi-voix. En revenant de la bibliothèque, j'ai croisé Slughorn qui courait à moitié en direction de l'infirmerie, alors je l'ai suivi et dès qu'il est entré, je me suis précipité à la porte pour y coller l'oreille. Ste Mangouste a annoncé qu'un guérisseur allait débouler dans une heure pour ausculter à nouveau Potter. Ils ont fini de faire leur analyse du venin : la quantité inoculée à Potter est jugée mortelle.
− Il est juste plus solide qu'il n'en a l'air, non ? dit Severus.
− Quand Pomfresh lui a confirmé que Potter se portait à merveilles, bien qu'inconscient, Slughorn s'est dit la même chose, mais elle lui a affirmé que cette explication était sordide. A Ste Mangouste, les tests antipoison sont effectués sur une quantité d'échantillons humain et magique. Regarde les cours de potions : les antidotes sont tous fabriqués à partir d'ingrédients issus de plantes et de créatures.
− Je ne suis pas sûr de tout comprendre, dit Caleb. Les guérisseurs sont convaincus d'avoir soigné tout le monde et Potter a seulement besoin de se réveiller, alors pourquoi envoyer quelqu'un de Ste Mangouste ?
− C'est la question que je me pose, avoua Alan, mais je n'ai pas pu entendre toute la conversation parce que j'ai entendu la bande de Cordell se ramener. Tout ce que je sais, c'est que ce guérisseur avait une réunion avec les Aurors, que Slughorn doit aller chercher ses antidotes les plus puissants et que Pomfresh surveillera Potter, juste au cas où. J'espérais pouvoir retourner là-bas quand le guérisseur arriverait, mais je crois que les filles de Gryffondor m'ont vu…
− J'irai, déclara Severus.
Cette histoire l'intriguait franchement. Si Potter aurait dû mourir, pourquoi était-il toujours vivant ? Une erreur de résultats de Ste Mangouste ? L'hôpital avait-il exagéré la dose létale de venin ? Ou le prétendu australien était-il encore plus étrange et surprenant que Severus et ses amis ne l'avaient pensé jusqu'à présent ?
− Je vais venir avec toi, dit Caleb. En plus, je dois aller rendre le bouquin de métamorphose que j'ai emprunté l'autre jour, mais ne devrions-nous pas profiter de la situation pour nous organiser ? Potter est immobilisé et s'il est bien lié à Williams, il y a des chances pour qu'elle aille lui rendre visite dans la nuit, non ?
− Je me suis posé la même question, reconnut Alan, mais je ne crois pas que nous puissions faire quelque chose. Il n'y aura aucun intérêt à lui rendre visite s'il est toujours inconscient et il faut prendre en compte l'éventualité que le guérisseur estime qu'il doit surveiller Potter toute la nuit. Sans parler d'enfreindre le couvre-feu, Moorehead, Fellini et Evans pourront passer à l'infirmerie à tout moment pour voir si Potter n'est pas réveillé.
Il fallait admettre qu'Alan avait raison, songea Severus.
− Et il arrive quand, ce guérisseur ? lança Beauchesne.
− Heu… Ca doit faire une demi-heure que j'ai entendue la conversation…
− Et il t'a fallu tout ce temps pour revenir ? dit Marius.
− J'ai été aux toilettes, j'étais perdu dans mes pensées, je suis passé par les cuisines pour prendre un petit sandwich, j'étais encore perdu dans mes pensées, puis j'ai émergé et accéléré l'allure. Tu veux savoir quoi d'autre ? Ce qu'il y avait dans mon sandwich ? Si j'ai été chié ou pissé ? Arrête de toujours critiquer, ça devient gonflant.
− C'était juste une question !
− Arrêtez ! trancha Severus en se levant de son fauteuil. Si ça fait une demi-heure, on devrait peut-être y aller tout de suite, on ne sait jamais si la réunion ne se terminera pas plus tôt.
− Pas faux, approuva Caleb en l'imitant.
Ils sortirent de la salle commune et entamèrent leur traversée du château pour rejoindre le quatrième étage.
− C'est moi ou Alan commence à avoir les mêmes petites répliques que Clément ?
− Il a les mêmes, approuva Severus, mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose. C'est toujours amusant de les voir s'envoyer des piques ou malmener verbalement Marius, mais ça risque de causer des problèmes dans le futur. Je trouve assez surprenant qu'il ne soit pas encore sorti de ses gonds. J'aimerais dire que c'est parce que nous lui avons ouvert les yeux sur le comportement qu'il a eu tout au long de notre scolarité et qu'il a compris qu'il lui fallait changer…
− Tu penses à Silver et Fellini ?
− Oui. Même s'il est entêté, toujours à la ramener, criant partout qu'il est super fort, l'humiliation infligée par Fellini et les démonstrations de puissance de Silver le travaillent. Il commence à réaliser qu'aussi fort qu'il prétend l'être, il y a des élèves de son âge qui le surpassent en tous points. Moi aussi, je ne suis pas totalement confiant : que Silver ait battu ses adversaires en à peine une seconde lors du premier tour, ce n'est pas vraiment un exploit, mais éclater ce colosse d'un seul coup… S'il se mettait en tête de rallier le ministère pour lutter contre le Seigneur des Ténèbres…
− Tu dramatises un peu trop, non ? Silver impressionne parce qu'il est encore étudiant, mais face à des duellistes confirmés et manipulant des sortilèges dont il ne sait peut-être rien, je ne suis pas sûr qu'il sera aussi brillant.
Caleb n'avait peut-être pas tort, admit Severus, mais il donnait surtout l'impression de chercher à se rassurer sur la menace Silver. Ils n'avaient pas vraiment observé le Gryffondor pendant le premier tour des phases éliminatoires, mais malgré toutes les excuses données par ses adversaires vaincus et leurs amis, il était indéniable que l'étrange français était un duelliste d'une puissance à ne surtout pas sous-estimer. Et le pire, dans tout ça, c'est qu'il pouvait encore s'améliorer pendant le tournoi.
Emergeant des sous-sols, Severus sentit l'intérêt de Caleb être vivement, furtivement piqué. Lançant un regard circulaire à la petite foule des élèves qui se trouvaient dans le hall, certains revenant au pas de course du parc pour s'abriter d'une averse violente et apparemment soudaine, il repéra très vite Andrews et Macdonald, la première portant un grand plateau, la seconde un grand sac, qui posaient le pied sur la première marche de l'escalier de marbre. Il s'abstint de tout commentaire, même s'il ne comprenait pas que Caleb refuse toujours de reconnaître aimer la belle métisse. Severus encouragea son ami à accélérer le rythme. Il ne s'attendait pas à apprendre quelque chose d'intéressant de la discussion des deux Gryffondor, mais il savait que la voix grave d'Andrews ravissait toujours les oreilles de son soupirant.
− … a été lui faire croire, cette fois ? demandait Macdonald, exaspérée, lorsqu'ils furent à portée d'ouïe.
− Qu'Ethan tombera amoureux de Ninie si elle ne lui offre pas assez de bonbons au cassis, répondit Andrews.
Macdonald rit doucement.
− J'imagine que l'état d'urgence est déclaré ?
− Plutôt deux fois qu'une : Ana protège Ninie au cas où Ethan se réveillerait avant que Lily ne revienne avec sa peluche de lion blanc.
Du coin de l'œil, Severus vit Caleb réprimer un sourire. Si Cordell l'indifférait au plus haut point, il en appréciait certaines réactions trahissant toute la singularité de la personnalité du Bébé de Gryffondor, dont l'une des plus grandes hantises était de découvrir qu'un garçon était amoureux d'elle.
− Franchement, dit Macdonald avec amusement, il faut que Ninie arrête de croire tout ce que lui raconte Alexa. Remarque, il semblerait qu'elle se lâche depuis qu'Ethan est blessé et que Leo a disparu. Juste avant que je ne te croise, je discutais avec Cassie qui m'a relatée le secret du tour de poitrine d'Ana selon Alexa : faire cinq fois le tour de la salle commune, toute nue, les soirs de pleine lune. Et il paraît qu'elle a sorti quelques perles à Joanna et à Erin.
− C'est sûrement sa façon de décompresser, de se calmer.
− Bah, je la préfère comme ça… Quand je repense au regard qu'elle avait quand on attendait des nouvelles d'Ethan… Pour que Bresch lui ordonne de ne pas retourner à la salle commune de Serpentard, en plus…
Elle frissonna violemment et poussa un soupir, alors qu'ils dépassaient le troisième palier. Descendant à leur rencontre, les bras chargés de deux plateaux couverts superposés, Berenis parut soulagée d'apercevoir les deux Gryffondor.
− Vous tombez bien, dit-elle en les arrêtant sur les marches.
Severus et Caleb ne purent les imiter et poursuivirent, mais tendirent l'oreille.
− Ma mère m'a envoyée ça. Il y a un plateau pour féliciter Leonie d'avoir été courageuse et un autre pour le rétablissement d'Ethan.
Ils n'eurent pas l'occasion d'en entendre davantage, notamment parce qu'un groupe de sixième année assez bruyant croisa leur chemin entre le troisième et le quatrième palier. Montant les dernières marches, Severus lança un dernier regard vers leur camarade et les filles de Gryffondor, toujours en pleine conversation, puis Caleb et lui s'enfoncèrent dans le quatrième étage, non sans emprunter un détour. Suivre le chemin le plus rapide aurait été une erreur stratégique qui leur aurait fait croiser tous ceux qui iraient à l'infirmerie.
− Enfoiré de Potter ! dit Caleb. Trois mois qu'il est dans le pays et il a déjà le droit à la cuisine de la mère de Berenis !
− Maintenant que j'y pense, ils ont dû envoyer les invitations pour le réveillon, non ?
− Ouais, mais je n'ai encore entendu aucun nom. Le seul indice que j'ai, c'est que cette année, les invités sont des familles attachées aux traditions.
Ils s'interrompirent et demeurèrent silencieux, alors qu'ils remontaient le couloir voisin à celui menant à l'infirmerie. Faire le moins de bruit possible, s'approcher furtivement, s'adosser tout près de l'angle du mur pourraient paraître facile, mais tout comme Caleb, Severus n'oubliait pas un détail non négligeable : Moorehead pouvait être devant l'infirmerie. Ils avaient eu de nombreuses preuves de la capacité de la magnifique Serdaigle a détecté des présences, même quand elle leur tournait le dos – et Marius en avait fait les frais à de multiples reprises.
Caleb en tête, ils s'arrêtèrent, puis il jeta un rapide coup d'œil dans le couloir de l'infirmerie avant de s'abriter et adresser à Severus un signe de tête indiquant qu'il n'y avait personne. Les professeurs avaient-ils prévenu les amies de Potter ou étaient-ils convaincus qu'il valait mieux attendre le diagnostic du guérisseur avant d'annoncer la moindre nouvelle ? Si Fellini n'était pas à son poste à guetter la moindre opportunité qui lui permettrait d'apprendre que son Chouchou de la Mort était réveillé, la deuxième hypothèse paraissait la plus plausible.
Quelques minutes plus tard, ils entendirent les pas d'Andrews et de Macdonald résonner dans le couloir, puis des coups se portèrent contre les portes de l'infirmerie.
− Qu'est-ce… ? lança la voix de Madame Pomfresh en ouvrant le panneau. Ah oui, posez ça sur le chariot. Et dîtes à Miss Fellini que Potter va très bien, pour l'amour du ciel !
Severus imagina sans peine les deux Gryffondor s'amuser de cette dernière phrase. Elles ne s'attardèrent pas longtemps et repartirent en parlant à voix trop basse pour que les Serpentard puissent les entendre. Caleb consulta sa montre.
− Au moins dix minutes.
Ils ne parlèrent pas beaucoup, voire même pas du tout, sauf pour s'informer l'un l'autre quand ils entendaient des pas faire leur approche. A deux ou trois reprises, ils durent carrément aller se réfugier dans une salle ou dans un placard à balais – et ils faillirent bien rater l'arrivée du guérisseur, accompagné des professeurs McGonagall, Slughorn, Bresch et de Dumbledore.
− … les élèves qui ont été blessés n'est pas nécessaire, assurait l'envoyé de Ste Mangouste. Ils sont hors de danger, mais le cas Potter est particulier. Je vous donnerai tous les détails dès que je l'aurai ausculté.
Severus et Caleb entendirent la porte de l'infirmerie se rouvrir, puis se refermer, et ils se précipitèrent sur les panneaux afin d'y coller l'oreille. Le silence régnait, même si quelques tintements métalliques retentirent de temps à autres. Les minutes qui défilèrent parurent étonnamment longues.
− Effectivement, reprit alors le guérisseur, il semble vraiment que Potter soit au top de sa forme, même s'il n'a toujours pas repris connaissance. Le problème, voyez-vous, c'est que l'équipe de nuit a travaillé avec les Aurors à analyser les différentes créatures qui ont été tuées ou neutralisées pendant la bataille. Les Lorods morts avant de blesser un élève contiennent 75ml de venin dans leurs griffes, la dose mortelle pour les humains et la plupart des créatures magiques étant de 48ml. Nous avons pu, notamment, déterminer que la moindre griffure inocule instantanément le poisson. Potter a été poignardé par toutes les griffes du Lorods, sauf que Potter ne contenait que 63ml du poison quand il a été ausculté.
− Comment est-ce possible ? demanda le professeur McGonagall. Pomona l'a dit : le Lorods lui a échappé et s'est précipité sur Ninie sans croiser d'autre élève.
− Je crois, dit Dumbledore, que nous avons un Patient Zéro.
Severus et Caleb échangèrent un regard interrogateur, mais tous deux étaient dans le flou complet. Les professeurs avaient momentanément plongé dans un silence éloquent.
− Appelez-le plutôt « Super Patient Zéro », rectifia le guérisseur. Nous avons constaté qu'en petite quantité, le poison peut être vaincu par un organisme sain, mais nous parlons ici d'une blessure faite par une, voire deux griffes de Lorods. Prenant la dose mortelle de 48ml, deux-trois heures suffisent pour succomber. A partir de 71ml, ça prend moins d'une heure. A 75ml, la dose maximale, ne comptez pas plus d'un quart d'heure, peut-être vingt minutes si vous êtes vraiment en parfaite santé et coriace. Nous avons comparé les diagnostics des collègues venus soigner les élèves les plus légèrement blessés et y avons ajouté nos données : 1 à 2ml de venin avaient été assimilés par leur organisme. Potter, pris en charge en priorité, en avait assimilé 12ml au moment où mon collègue l'a désempoisonné.
Plus personne ne parla pendant quelques secondes.
− Il faut reconnaître que c'est assez impressionnant, dit le professeur Bresch d'une voix pensive. Est-il possible qu'il ne se soit pas encore réveillé parce que son organisme en aurait trop fait face au venin ?
− Non. Un poison magique, particulièrement virulent ou non, réagit de manière agressive face à un organisme qui cherche à le surmener. Certains de vos élèves blessés commençaient à avoir des frémissements pour les plus calmes ou des vertiges et des maux pour les plus agités. Le métabolisme de Potter, lui, est resté constant. Pourquoi est-il toujours inconscient ? Il y a de nombreuses explications qui puissent être prises en compte : il ne veut pas se réveiller par crainte de souffrir à nouveau ou de retrouver son quotidien, son organisme a peut-être décidé qu'il ne se reposait pas assez et a mis son cerveau en veille, etc.
Nouveau silence, les professeurs réfléchissant sûrement à la suite.
− Bien, dit Dumbledore, il ne nous reste qu'à laisser Ethan faire comme il l'entend.
Severus et Caleb battirent rapidement en retraite et eurent tout juste le temps de tourner dans le couloir duquel ils venaient, que les professeurs et le guérisseur sortaient de l'infirmerie. Ils s'éloignèrent en adoptant un pas régulier, serein, naturel, sans ouvrir la bouche pour ne pas être entendus par les élèves qu'ils croisaient et atteignirent le Grand Escalier, posant le pied sur le palier au moment où Moorehead, tenant par la main Cordell qui tenait sous le bras une peluche de lion blanc plus grande et épaisse qu'elle, et Lindon passaient devant eux et les devançaient dans les marches.
− … offert quoi ? demandait la séduisante Poufsouffle.
− Comme il m'a sauvée et qu'il m'a touchée sans chercher à en profiter, je lui ai offert beaucoup de bonbons au cassis, une peluche en forme de serpent, un gâteau avec Hedwige dessinée dessus, le droit de faire un bisou à Ana mais seulement s'il ne tente pas de se coller à elle et un énorme coussin avec un éclair ressemblant à sa cicatrice ! répondit Cordell d'un ton joyeux.
− Oh ? Ana l'Intouchable accepterait un bisou d'un garçon ?
− Il ne le fera jamais, donc je ne risque rien, assura Moorehead.
− Tu sens, après un choc pareil, il pourrait considérer qu'il lui faut vivre à fond, chantonna Lindon.
− Bah, il me fera un bisou et puis voilà.
− Mais sans se coller à toi, rappela Cordell d'un air paniqué. Et sur la joue ! Plus près de l'oreille que de la bouche !
− Promis, rit la Serdaigle.
Lorsqu'ils descendirent dans le hall d'entrée, Moorehead, Cordell et Lindon rejoignirent les filles de Gryffondor du côté de la porte menant aux cuisines, alors que Severus et Caleb rejoignaient celle des sous-sols.
− Je sais bien que j'ai très bien entendu, dit Caleb, mais est-ce que Moorehead accepterait un bisou de Potter ?
Severus esquissa un sourire.
− Il semblerait.
− Ok… Dans ce cas, il faut agir en conséquence : premièrement, on n'en parle pas à Marius ou il va croire que Potter a une touche avec Moorehead et serait fichu de s'attaquer à lui pendant sa convalescence en pensant qu'elle va foncer à son secours et, encore une fois, Marius va se prendre une branlée. Deuxièmement, 5 Gallions que Potter finira avec Moorehead.
− J'en doute, mais je tiens le pari. Au fait, j'y pense depuis tout à l'heure, ce n'est pas Alan qui avait une grand-tante ayant travaillé à Ste Mangouste ?
− Si.
A l'évidence, Caleb avait eu exactement la même idée que Severus et souhaitait savoir ce qu'était concrètement un Patient Zéro. Le bref silence qui avait suivi la révélation de la nature « clinique » de Potter ne mentait pas : les données du guérisseur faisaient de Potter un patient très particulier, mais à quel point ? Pourquoi « Zéro » ?
− Momentum, récita Severus lorsqu'ils arrivèrent devant le mur nu duquel surgit la porte du cachot de Serpentard.
Entrant, ils trouvèrent Alan, Beauchesne et Marius exactement à l'endroit où ils les avaient laissés, dans les fauteuils situés devant la cheminée au manteau sculpté. Les rejoignant, ils s'installèrent dans le sofa qui faisait face à Alan.
− Alors ? s'enquit celui-ci.
− Tu sais ce que c'est, un Patient Zéro ? répondit Caleb.
L'expression d'Alan se modifia lentement, passant de la curiosité à l'incrédulité, au doute, au déni, puis revint finalement à une prudence indécise.
− Tu te fous de moi ?
− Dumbledore a dit que Potter était un Patient Zéro, le guérisseur a dit qu'il était un « Super Patient Zéro », assura Severus, mais nous ne savons absolument pas ce que cela signifie, sinon que c'est un patient particulier.
− Ah, ça, pour être particulier, c'est particulier ! Les guérisseurs font généralement leur carrière sans jamais en croiser un ! Un Patient Zéro est pour eux ce qu'un monde sans Sang-de-Bourbe serait. Ma grand-tante s'est forcée à bosser soixante-seize ans dans le seul espoir d'en croiser un.
− Cool, dit Marius d'un ton indifférent, mais ça ne nous dit pas ce que c'est.
− Un patient nécessitant zéro assistance. Son organisme s'adapte à tout corps étranger, crée et produit ses enzymes pour ne pas être infecté, se régénère plus vite que la moyenne et mémorise si bien ce qu'il a rencontré qu'il peut devenir capable de se défendre à la seconde même où une bactérie pénètre en lui. Bien évidemment, il est des choses auxquelles ils sont sensibles et dont ils ne peuvent guérir par eux-mêmes, comme de simples maladies telles les rhumes ou les grippes, mais pour tout ce qui est empoisonnement, il n'y a pas plus fort.
− Comment ça se fait qu'il n'y en ait pas plus ?
Un large sourire étira les lèvres d'Alan, qui semblait avoir gardé la meilleure partie pour la fin et était satisfait que Severus ait posé cette question.
− Parce que la grande particularité des Patients Zéros est que leur sang contient des gènes de créatures magiques.
Les quatre autres haussèrent les sourcils et échangèrent des regards.
− Potter serait une créature magique ? dit Beauchesne, quelque peu méfiant avec cette affirmation.
− Pas forcément… pas exactement, en fait. Il peut être un sang-mêlé direct ou le descendant d'un vampire ayant vécu il y a trois siècles, par exemple. Les gènes magiques fonctionnent bizarrement, il paraît, mais je n'ai jamais cherché à savoir à quel point.
Il lança un regard entendu à ses amis, un sourire en coin.
− Mais il y a peut-être une autre explication…
− Et si Potter était une créature magique ou un hybride de la communauté du samouraï ? acheva Severus.
