L'infirmerie était rarement éclairée la nuit, mais exceptionnellement, la faible lueur tremblotante d'un feu en illuminait une partie, brûlant sous un petit chaudron duquel s'élevaient des scintillements de nombreuses couleurs en répandant un parfum à la fois étrange et indéfinissable. Posé sur la table de chevet, il tenait compagnie à un lit occupé par Harry, les narines titillées par l'odeur, ouvrit lentement les yeux en se demandant quelle était cette mystérieuse odeur. Il amorça un geste pour porter sa main droite à son visage et se frotter les paupières, mais celle-ci était bloquée. Surpris, il lui lança un regard : Alexa dormait à moitié sur le matelas, à moitié sur une chaise. Vêtue d'un costume d'infirmière aguicheur sans être vulgaire, bien que sa veste offrît un décolleté des plus appréciables, elle s'était endormie en enroulant ses bras autour du sien. S'il fut surpris de voir que Madame Pomfresh avait laissé la splendide française être son infirmière – et s'habiller de cette manière –, il ressentit un élan d'affection pour son amie qui avait veillé sur lui jusqu'à en tomber de sommeil.

Avec des gestes précautionneux pour ne pas la réveiller, Harry parvint à récupérer sa main droite et l'utilisa pour se passer une main dans les cheveux. Depuis combien de temps était-il inconscient ? Il jeta un œil aux fenêtres sur lesquelles clapotait une fine pluie, mais son regard fut aussitôt attiré vers un chariot comportant des plateaux, des paquets-cadeaux et, dessus, une carte représentant le blason de Poudlard. Il était peu probable que les élèves le soutenant dans son rétablissement aient réussi à réunir autant de présents en une nuit, songea-t-il en se glissant hors du lit. Cela faisait donc au moins une journée qu'il avait été transporté ici et, puisqu'il était le seul occupant de l'infirmerie, il était manifeste que les autres blessés avaient été soignés et autorisés à retrouver leur dortoir.

Rejoignant le chariot, il remarqua que plusieurs paquets et les plateaux étaient enveloppés par des dômes d'air brûlant qu'il distinguait à peine, mais qui devaient sans aucun doute permettre aux gâteaux, petits-fours, bouchées, amuse-gueules et autre nourriture de garder toute leur fraîcheur. Les petites cartes qui y étaient rattachées n'étaient pas forcément celles d'étudiants, mais de leurs parents. Harry pensa qu'il devait avoir sauvé leurs enfants sans même s'en rendre compte, mais il concentra son attention sur la grande carte, la ramassa et la déplia pour y découvrir des messages de soutien d'élèves dont il ne se souvenait même pas leur avoir déjà adressé la parole. Si les « Bon rétablissement », « Soigne-toi bien » et autres « Courage ! » n'étaient pas très originaux mais agréables à lire, d'autres sortaient vraiment du lot : des filles anonymes avaient agrémenté les leur de petits cœurs alors que d'autres avaient dessiné des serpents écarlates pour rendre hommage à Vallys. A sa propre surprise, les filles de Serpentard avaient signé, Gardner lui rappelant qu'elle lui interdisait de mourir, Sainton lui confiant avoir trouvé son sauvetage de Leonie impressionnant, Berenis affirmant qu'aucun sorcier digne de ce nom et ayant reçu une invitation pour le réveillon de Noël de ses parents ne mourrait avant d'y avoir assisté et Mogg plaisantant que la mort n'était pas une excuse qui comptait pour échapper au duel qu'ils devaient se livrer. Ash, Straton, les Maraudeurs, Cassie Lindon, Joanna Muller, Cecilia Brogan, Dirk Cresswell et bien d'autres qu'il ne connaissait pas vraiment lui avaient également adressé des messages pour lui apporter leur soutien, mais celui de Leonie le déconcerta quelque peu : J'ai plein, plein, plein de bonbons au cassis pour ton retour, alors ne tombe pas amoureux de moi, hein !

Un soupçon naquit aussitôt dans l'esprit de Harry, qui pivota pour lancer un regard blasé à Alexa, sans nul doute coupable d'avoir fait croire n'importe quoi à Leonie – une fois encore. Parcourant les derniers messages, notamment ceux de Lily (« Si ça peut t'aider à reprendre conscience, sache que Ninie veut bien que tu fasses un bisou à Ana (un miracle, en somme), alors reviens-nous vite. »), d'Ana (« N'oublie pas qu'on doit faire notre formation d'Aurors ensemble et bottez du Mangemort ! Si ce n'est pas motivant pour se réveiller, ça ! ») et Silver (« Bien joué l'idée de la blessure pour pouvoir échapper aux cours et dormir toute la journée, je la reprendrai. »)

− Complètement barge… murmura Harry, mais avec un sourire.

Il cala la carte entre deux paquets et s'intéressa aux plateaux, mais au moment où il tendait la main pour attraper un abricot séché au foie gras de Mrs Berkelay, un autre bras surgit en le faisant sursauter et s'empara d'une brochette de jambon de pays au melon. Il n'eut même pas à tourner la tête pour identifier la manche du long manteau noir, mais il fut quand même surpris, en tournant la tête, de constater que Midori était réellement à côté de lui. Un doigt dans l'oreille, le demi-démon engloutit un premier morceau de jambon et sa bille de melon et lança un regard désintéressé à Harry.

− Quoi ? J'ai faim.

Harry lança précipitamment un regard à Alexa, de peur qu'elle ait été réveillée, et réalisa qu'elle était à présent étendue sur le lit, sous la couette, un coussin étroitement serré dans ses bras.

− Elle ne se réveillera pas, quand bien même tu lui sauterais dessus, ce que tout homme normal aurait sûrement déjà fait en voyant sa tenue, annonça Midori d'un ton distrait. Bien dormi ?

− Hein ? Ah, heu…

− Heureux de l'entendre.

− Je n'ai même pas répondu…

− Vraiment ? dit le demi-démon d'un air désintéressé. Si tu ne réagis pas plus vite, tu vas perdre cette fille et celle dont j'ai entendu dire qu'elle avait une poitrine à damner un saint… ou un sein, si tu veux faire une bonne blague.

− Elle est nulle et elles sont juste des amies. Qu'est-ce que vous faîtes ici, d'ailleurs ? Vous ne surveillez plus Anteras ?

Dans un panache de fumée noire, Lorca se matérialisa et asséna une tape sur la main de Midori au moment où celui-ci était sur le point de piocher une nouvelle fois dans un plateau. Elle lança un bref regard vers Alexa.

− Combien de temps dormira-t-elle ?

− Trois ou quatre heures. Tu devrais arrêter d'enseigner, j'ai l'impression que tes cours abrutissent Ethan : il m'a posé une question stupide.

− Je crois plutôt qu'il a compris que tes capacités intellectuelles exigeaient des questions stupides.

Harry réprima un sourire. Il ne savait pas trop ce qui l'enchantait le plus entre retrouver Midori, le voir se chamailler avec Lorca ou si c'était tout simplement d'être réveillé et d'assister à cette scène. La Nehoryn s'approcha du Serpentard, Midori en profitant pour piquer une autre brochette dans son dos.

− Comment vous sentez-vous, Ethan ?

La question lui fit soudainement réaliser qu'il n'en savait rien lui-même. Il avait l'impression d'être au top de sa forme, de ne jamais s'être senti aussi bien, mais il avait l'impression que la fatigue revenait au galop.

− Bizarre, avoua-t-il.

− C'est le contrecoup, rien d'alarmant, assura Lorca. Inconsciemment ou non, la menace pesant sur Miss Cordell a conduit votre instinct de protection à faire usage de votre magie interne avec un peu trop de violence. Ajoutez à cela la gravité de vos blessures, il était normal que vous mettiez un certain temps à vous remettre. Midori, tu reprends une brochette et tu pourras te brosser pour revenir dormir ici !

La main du demi-démon se figea à quelques centimètres d'une troisième brochette, mais sous son grand chapeau, il n'avait aucune expression particulière. Pourtant, il renonça et recula jusqu'à un lit proche pour s'asseoir dessus, s'enfonçant un doigt dans le nez. Harry se demanda si ce geste n'était pas sa seule façon de manifester certaines émotions, mais il se concentra une seconde plus tard sur les paroles de Lorca.

− Ce… ce n'est pas moi qui ai sauvé Leonie, affirma-t-il avec une légère hésitation. Depuis que j'ai assimilé la Pierre, une voix résonne dans mon esprit. J'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'un truc comme ma conscience ou mon instinct… Mais quand j'ai entendu les filles de Gryffondor crier, la voix a pris possession de mon corps. Elle me taquine souvent, sauf qu'elle a l'air aussi d'être là pour me guider… Vous croyez que c'est un pouvoir de la Pierre ?

− Ce n'est pas un pouvoir, dit Midori. C'est Lathar.

Lorca fronça très légèrement les sourcils, alors que Harry lançait un regard déconcerté au samouraï.

− Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda la Nehoryn.

− La mémoire des gènes démoniaques ne disparaît pas, ils s'imprègnent de l'âme occupant le même corps qu'eux et, quand un demi-démon apparaît, la lui transmettent. Quand j'étais enfant, j'entendais la voix de Byr. Cette petite voix est là pour être certaine que tu grandis en tant que demi-démon, elle te guide et te protège dans une certaine mesure le temps qu'elle estime ta personnalité suffisamment mûre pour disparaître, pour t'offrir toute autonomie. Lathar aimait les femmes, Ethan cherche tout le temps à protéger : deux buts qui, au final, se rejoignaient dans un même objectif, à savoir sauver cette humaine.

Harry prit son temps pour enregistrer les paroles de Midori.

− Donc, tant que Lathar ne sera pas satisfait de ma personnalité, il me parlera ?

− Non. Tant qu'il considérera que tu ne t'es pas affirmé, que tu n'es pas assez proche de l'homme que tu aspires à devenir, il te parlera. Vois cette voix comme un sortilège temporaire qui te connaît mieux que toi-même. Il ne te dira jamais qui il faut que tu sois, il t'aidera juste à devenir celui que tu veux devenir dans tes ambitions les plus secrètes. Tu as une mission, ici : tu dois t'imposer. Lathar t'y aidera quand il le jugera nécessaire, il te montrera le chemin pour atteindre ton objectif, mais il fera le strict minimum : ce sera à toi de fournir le plus gros du travail.

Il s'interrompit momentanément.

− Ca mérite bien une dernière brochette, non ?

− Ce que tu peux être…

− Ca va, ça va, assura Harry en souriant.

Une brochette bondit aussitôt dans les airs et rejoignit la main levée de Midori, qui en engloutit la moitié avec un désintérêt des plus habituels. Toutefois, plus il y réfléchissait, moins le Serpentard comprenait la présence du demi-démon et de Lorca – à part le fait de se demander quand il se réveillerait. En outre, le samouraï n'avait toujours pas répondu à sa question.

− Alors, pourquoi êtes-vous ici ?

− Les attaques surprises sur les différentes écoles ont clairement montré qu'Anteras savait que nous l'espionnions, répondit Lorca, mais aussi qu'il avait trouvé un moyen de tromper la vigilance de Midori et de Horol. L'épier plus longtemps ne sert à rien. Alyphar, Ooghar et Prerian ont décidé de le rappeler pour mettre en œuvre le plan que vous avez suggéré samedi. Même s'il est regrettable d'avoir à le dire, nous sommes sûrs que suite aux pertes subies pendant les assauts, les ministères n'auront aucune hésitation à croire les informations que leur communiquera Midori.

− Le bilan est grave ?

− Environ une cinquantaine de professeurs, d'élèves et d'employés a été tuée à travers le continent, dit Lorca de son éternel ton indifférent.

− Et je suis resté inconscient combien de temps ?

− Cinq jours.

Cinq ? s'étonna Harry.

− C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai demandé à Midori de venir. Après l'intervention du guérisseur, vous étiez de nouveau en parfaite santé, donc je ne comprends pas que vous soyez resté inconscient aussi longtemps.

− Parce qu'ils apprenaient, affirma Midori. Les gènes démoniaques ne sont pas différents de ceux des autres peuples, ils ne sont pas doués de la science infuse : comme pour tous leurs homologues, humains ou magiques, ils ont besoin d'apprendre ce qu'ils affrontent. Depuis qu'Ethan a assimilé la Pierre, c'était la première fois qu'il était blessé et que ses gènes se trouvaient confrontés à quelque chose qu'ils ne connaissaient pas.

− Et comme ils ont la particularité d'absorber les corps étrangers, les guérisseurs ne pouvaient pas détecter le poison qu'ils avaient assimilé, dit Lorca en comprenant enfin le comment du pourquoi. En d'autres termes, vous êtes un authentique demi-démon, Ethan. Tout au moins, vous le serez quand vous pourrez utiliser vos gènes, autre raison pour laquelle Midori est là. Si tu pouvais l'examiner.

− Je l'ai fait quand vous discutiez des attaques, annonça le samouraï, et je pense avoir une idée, mais il me faudra ton aide.

− A quoi tu penses ?

− Au Châtiment d'Igraol.

Lorca eut à nouveau un léger froncement de sourcils, alors que le nom de l'idée de Midori ne rassurait pas beaucoup Harry, peu confiant quant à un « châtiment ».

− Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il, méfiant.

− Un enchantement que les Mages utilisaient jadis sur les criminels, répondit la Nehoryn. Igraol en fut l'inventeur lorsqu'il était juge de la Cour judiciaire, il y a plus de mille ans, lorsqu'une guerre civile sévissait dans le Royaume de Byr. Il s'agit de créer une prison à l'intérieur de l'esprit du condamné dans laquelle nous enfermons les émotions qui l'ont amené à devenir un criminel. Pour faire simple, il vous permettrait d'effacer tout désir de Miss Fellini à votre égard. Mais es-tu sûr que ça pourra marcher, Midori ? Nous ne parlons pas de sentiment, là.

− C'est pour ça que je vais avoir besoin de ton aide.

Se levant du lit, le demi-démon samouraï leva sa main gauche et colla son index droit sur sa paume. D'un geste sec, et sans manifester la moindre douleur, il s'entailla. Lorca sembla aussitôt comprendre et l'imita. Tous deux se tinrent la main. Harry arqua un sourcil : il connaissait cette manœuvre, il l'avait lue dans l'un des chapitres sur la magie d'élévation. Quand il fallait s'introduire dans l'esprit d'une personne, les Mages étaient obligés de se lier corps et sang pour pouvoir suivre, car s'ils ne le faisaient pas, leurs esprits étaient incapables de se voir, de se détecter et de se suivre.

− Et je suis censée faire quoi ? interrogea le professeur de défense contre les forces du Mal.

− J'aurai besoin que tu utilises les Quatre Points de Scellement pour l'immobiliser. Ethan, approche.

Harry s'avança, perplexe, et regarda Midori lever sa main valide pour lui donner une pichenette sur le front avec une force prodigieuse. Grognant de douleur en se massant la zone meurtrie, il réalisa subitement, à travers ses paupières closes, qu'une clarté improbable s'était tout à coup allumée. Continuant à se frotter le front, il ouvrit les yeux et sursauta : il n'était plus dans l'infirmerie ! En réalité, il n'était même plus à Poudlard.

L'endroit était immaculé, des bancs s'alignant le long d'un quai interminable qui courait sous une verrière impeccable. Un King's Cross propre ? se demanda-t-il, jetant de droite et de gauche des coups d'œil, à la recherche de Midori et de Lorca. La pichenette était de toute évidence un sortilège, mais pourquoi se retrouvait-il ici ? Quel était le but du demi-démon ? Et où se trouvaient-ils, lui et la Nehoryn ? Harry commençait à comprendre l'irritation que ressentaient Alyphar et Ooghar face à cette manie du samouraï à agir sans prévenir. Il aurait au moins pu lui expliquer ce qu'il comptait faire avec cette pichenette. Alors qu'il râlait, il fut attiré du coin de l'œil par une tâche sombre – la seule, en fait, qu'il y avait ici.

Une créature semblait être recroquevillée sous un siège, apparemment endormie. Intrigué, Harry s'en approcha, mais deux mètres avant de l'atteindre, il se figea et amorça un geste pour reculer, écœuré. Malgré sa respiration calme, lente et régulière, la chose avait la chair à vif, comme si on l'avait dépecée ou brûlée. Elle paraissait étrangement fragile, mais la simple idée de lui porter assistance dégoûtait. C'était comme si, après des années à vouloir aider tout le monde et n'importe qui, Harry avait rencontré une créature dont il ne voulait pas le bien.

− Alors, c'est à ça que ça ressemble ? dit la voix désintéressée de Midori.

Harry se retourna. Le demi-démon et Lorca s'avançaient, leur main meurtrie intacte.

− Je ne comprends pas…

− Nous sommes dans votre esprit, indiqua le professeur. Midori vous a lancé le sortilège de la Dernière Limite, qui permet de matérialiser l'endroit que votre âme considère comme une escale entre la vie et la mort. C'était nécessaire que vous soyez envoyé ici pour que nous puissions localiser le fragment d'âme plus facilement.

− Donc, cette chose est…

− La partie de l'âme de Voldemort qui est en vous.

Harry reporta son attention sur la créature chétive. Etait-ce donc à ça que ressemblait une âme quand elle était déchirée par un meurtre ? Ou bien fallait-il tuer autant que Voldemort pour être réduit à cette apparence répugnante ?

− On pourrait la détruire, suggéra-t-il.

− Non, répondit Lorca. Tant que nous n'en savons pas plus sur les Horcruxes, il vaut mieux se montrer prudent. Si nous lui portons le coup de grâce, rien ne nous garantit que la détruire n'aurait pas des conséquences néfastes sur votre propre âme.

Elle passa à côté de lui en joignant ses deux mains, comme si elle priait, mais lorsqu'elle les écarta, quatre petites lueurs se reliaient les unes aux autres par de minces lignes ondulantes. Le sortilège s'éloigna et se glissa sous le siège, juste au-dessus de la créature, où il s'agrandit avant de descendre pour encadrer le fragment d'âme. Midori s'avança à son tour, remuant sans émettre le moindre son ses lèvres – et pourtant, Harry sentit l'air s'alourdir, devenir oppressant même. La créature elle-même, bien que profondément endormie, sembla capter une certaine menace, car elle s'agita, comme si elle faisait un cauchemar. Le sortilège de Lorca rougeoya, alors qu'une brève, quasi-imperceptible courbe bleu-gris traversait les airs pour former un dôme fugace autour du fragment d'âme.

Au moment précis où Midori se mit à murmurer des mots dans une langue terrible, effrayante, angoissante, la créature eut l'air terrifié, mais elle ne remua pas, ne se défendit pas, alors que l'éclat d'un bleu grisâtre se répétait encore et encore. Rage, fureur, menace, colère, promesse de mort s'échappaient des lèvres du samouraï, alors qu'un dôme complet perforait le sol du quai et enveloppait la créature pour l'emprisonner.

Harry réalisa subitement qu'il tremblait légèrement, une fine pellicule de sueur perlant sur son front. Il se souvenait de ces murmures : il les avait entendus par deux fois lors de son transfert de Privet Drive, mais à présent qu'il était calme, il réalisait à quel point la magie démoniaque pouvait être effroyable. C'était comme si chaque syllabe prononcée par Midori lui assurait, lui promettait, de lui faire subir les pires souffrances. A côté de lui, Lorca paraissait plus blafarde que jamais, mais elle restait indifférente, détachée, sans doute parce qu'elle avait fréquenté le demi-démon pendant des décennies et s'était habituée – tout au moins mentalement – aux effets que provoquait Midori chaque fois qu'il utilisait ses pouvoirs démoniaques.

Puis alors, le démon prononça un dernier mot qui sembla retentit comme un coup de tonnerre malgré son ton très calme, et un cube rougeâtre apparut tout autour de la créature, effaçant le sortilège de Lorca.

− Je… je vais devoir apprendre tous ces mots bizarres ? demanda Harry en épongeant son front.

− Non, répondit Lorca. Ou plus exactement, pas si Lathar en décide autrement. Vous avez été humain, par le passé, mais la langue démoniaque s'apprend difficilement. Elle est naturelle pour Midori, sauf qu'il lui a fallu de nombreuses décennies afin de la maîtriser. Je vous apprendrai quelques rudiments, si vous le souhaitez.

Le samouraï se planta entre eux deux et leva à nouveau une main pour administrer une pichenette à Harry, qui se crispa en fermant les yeux pour se préparer à la douleur. Il ne ressentit rien, cependant. Ils étaient de retour dans l'infirmerie, où Alexa, un sourire joyeux sur les lèvres, s'était emparée de tous les oreillers pour les serrer contre elle. La potion continuait à émettre son étrange odeur, alors que la pluie clapotait contre les fenêtres sans avoir gagné en intensité.

− Il y a quelque chose que je ne comprends pas, confia Harry. Si le Châtiment d'Igraol est du domaine des Mages, quel est l'intérêt d'utiliser la langue démoniaque ? Ou plutôt, pourquoi l'utiliser ?

− Par mesure de sécurité, dit la Nehoryn. Nous ne savons pas si le fragment d'âme ne se réveillera pas et cherchera à fuir la prison que Midori a érigée, alors il fallait nous assurer qu'il n'y parviendrait pas. Pour l'heure, je vous déconseille de tenter la moindre action avec votre magie démoniaque. Vos gènes ont fourni de gros efforts pendant votre sommeil, il vaut mieux leur laisser un ou deux jours de repos, puis quand vous la contrôlerez parfaitement, nous commencerons votre formation. A votre place, j'irai me recoucher.

− Nous aussi, on devrait le faire, dit Midori.

Lorca sembla sur le point de soupirer, mais elle ne protesta pas. Dès qu'elle eut disparu dans un panache de fumée noire, le samouraï adressa un signe de la main à Harry pour le saluer et se volatilisa dès qu'il eut légèrement tiré sur la poignée de son sabre. S'étaient-ils remis ensemble ou avaient-ils une relation identique à celle que recherchait Alexa ? se demanda Harry, un peu intrigué, mais surtout soulagé de pouvoir enfin exploiter ses pouvoirs démoniaques. Même s'il lui faudrait attendre un ou deux jours pour s'y essayer.

S'approchant du chariot, il attrapa l'une des brochettes dont semblait raffoler Midori puis prit le chemin de son lit. Il aurait été tentant de se coucher à côté d'Alexa, ne serait-ce que pour profiter d'un lit douillet, mais il imaginait l'expression furieuse et scandalisée que Madame Pomfresh pourrait faire en les trouvant côte à côte sous la même couverture. Préférant emprunter la chaise sur laquelle il avait trouvé la splendide française endormie, il sentit la fatigue l'envahir dès qu'il eut avalé le dernier morceau de jambon et la dernière bille de melon, puis il lança le bout de bois sur une table de chevet proche, rapprocha du lit sa chaise et, croisant les bras sur le matelas pour plonger sa tête à l'intérieur, s'endormit en quelques secondes.

− Potter ? Potter ?

Harry ouvrit péniblement les yeux. Il lui semblait qu'il venait tout juste de s'endormir, mais un ciel grisâtre, pluvieux et la clarté pâle du jour étaient visibles à travers les fenêtres. Des picotements dans les yeux, il se redressa sur la chaise et sentit les doigts qui lui serraient doucement l'épaule pour le secouer le lâcher. Madame Pomfresh était levée. A l'inverse, Alexa faisait toujours un somme sur le lit qu'il avait occupé.

− Je ne nie pas que votre galanterie est tout à votre honneur, Potter, mais Miss Fellini aurait très bien pu être mise dans un autre lit que le vôtre, dit l'infirmière. Bref, à quel moment vous êtes-vous réveillé ?

− Je ne… je ne sais pas trop, répondit Harry en étouffant un bâillement. Il faisait encore nuit et il pleuvait déjà. Deux-trois heures, peut-être.

− Bien, asseyez-vous sur le lit voisin.

Harry obtempéra, alors que Madame Pomfresh retournait dans son bureau. A peine eut-il rejoint le matelas qu'il fut tenté de se coucher et de se rendormir, mais l'infirmière revint presque aussitôt avec une bouteille contenant un liquide rouge sang et un gobelet. Elle les posa sur la table de chevet, puis contourna le lit occupé par Alexa pour aller éteindre le feu qui crépitait discrètement sous le chaudron.

− Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry à mi-voix.

− Un philtre de Sollicitation cérébrale, que les guérisseurs utilisent généralement sur les patients comateux ou soumis à des états de choc particulièrement violents. Elle consiste à réveiller le cerveau, à l'encourager à revenir à la réalité. Normalement, il nous aurait fallu passer par le ministère et Ste Mangouste pour en obtenir, car elle est interdite hors des hôpitaux et réclame des ingrédients dangereux et étroitement surveillés par le ministère, et nous n'en aurions eu une que dans une-deux semaines. Mais pour une fois, les connaissances douteuses de Silver ont révélé une certaine utilité.

− Silver ?

− Votre camarade s'est absenté plus d'une journée pour mettre la main sur les ingrédients contrôlés par le ministère, puis le professeur Chourave a fourni les plantes nécessaires et le professeur Slughorn a fabriqué la potion.

Leur conversation s'interrompit momentanément, le temps que Madame Pomfresh l'ausculte, lui faisant tourner et pencher la tête dans différentes directions, lui faisant faire plier les bras, les genoux, pivoter les hanches, rouler les épaules, examinant en particulier son dos et la souplesse de sa colonne vertébrale.

− Et Alexa ? reprit Harry en se rasseyant sur le matelas. Je ne pensais pas que vous la laisseriez vous assister…

− Oh, mais je ne l'aurais jamais fait si votre cas avait été inquiétant, assura l'infirmière en remplissant le gobelet de potion. Miss Fellini a passé le plus clair de son temps à s'introduire ici chaque fois que je m'absentais pour veiller sur vous et même quand je lançais des sortilèges sur la porte pour l'en empêcher, elle trouvait le moyen de briser mes sorts et de vous atteindre. J'ai donc finalement accepté de la prendre comme assistante de nuit, au cas où vous vous réveilleriez quand je ne serai pas là. Vous avez des amis dévoués, Potter.

− Je vois ça…

Il prit le gobelet que Madame Pomfresh lui tendait et avala la mixture immonde qui le fit frissonner de la tête aux pieds. Il rendit le verre à l'infirmière.

− Qu'est-ce que c'est ? répéta-t-il en grimaçant.

− Une solution de Fatigue. Vous avez dormi cinq jours, Potter : votre rythme de sommeil pourrait en pâtir. Vous en subirez les effets au fil des prochaines heures, mais si vous n'êtes toujours pas prêt à vous endormir à minuit, il vous faudra revenir et nous aviserons. Et n'espérez pas y échapper, la Brigade a déjà été prévenue de cette mesure nécessaire. Vous devriez prendre une douche pendant que je demande aux cuisines d'envoyer le petit déjeuner, vous trouverez une salle de bain…

− Derrière le portrait de Laurann Forther, acheva Harry.

− Eh bien, on peut dire que vous vous êtes rapidement adapté au château, commenta Madame Pomfresh avec indifférence. Je demanderai à un elfe de maison de vous envoyer aussi un uniforme propre.

− Merci.

Sortant de l'infirmerie, il tourna à gauche puis à droite et s'arrêta devant le portrait d'une femme grassouillette, le visage et le sourire aimables, qui caressait d'une main absente le plumage d'un gros hibou gris.

Prompt rétablissement, récita Harry.

− Souhaitons-le à tout le monde, approuva le tableau.

La salle de bains était comme celles des dortoirs, sans grande prétention, contrairement à celle des préfets. Harry passa à la douche en s'égarant dans ses pensées. Celles-ci se bousculaient, s'attardant sur diverses informations qui n'avaient pas toutes de lien particulier. Les contributions de Silver, le souci d'Alexa de veiller sur lui, mais surtout le déclenchement imminent du plan qu'il avait soumis à l'Alliance pour porter un grand coup à Anteras, furent les sujets qui le travaillèrent le plus. Il n'avait pas encore noué de réelle amitié avec le Gryffondor, notamment parce que celui-ci était peu bavard à table et s'absentait toute la journée quand il en avait l'occasion, mais ses efforts pour offrir de quoi préparer le philtre de Sollicitation démontrait qu'il avait grandement sous-estimé la solidarité au sein de la Brigade. Alexa en était une autre preuve, lui tenant compagnie durant plusieurs nuits au point de s'endormir à son chevet.

Mais plus que tout, c'était la nouvelle apportée par Lorca et Midori qui occupa son esprit pendant le plus clair du temps de sa douche. Après les attaques lancées sur les écoles et les pertes subies, il fallait espérer que les ministères auraient à cœur de rendre à Anteras la monnaie de sa pièce. C'était également un évènement, car pour la première fois, l'Alliance solliciterait les gouvernements d'Alterion. C'était comme si un grand pas était fait sur le chemin qui la mènerait à se présenter à ce monde. Il restait toutefois le problème de l'attaque en elle-même : Alyphar, Ooghar et Prerian réussiraient-ils à établir une stratégie que Midori pourrait communiquer aux ministères ? Les Aurors sauraient-ils lancer un assaut-surprise alors que même le samouraï et Horol avaient été remarqués et dupés par l'Ennemi ? Les Nehoryn se joindraient-ils à la bataille, d'ailleurs ?

Harry soupira en coupant l'eau et découvrit un uniforme tout propre soigneusement plié sur une chaise. Une fois habillé, le Serpentard sortit et retourna à l'infirmerie, où Alexa, réveillée, l'attendait de pied ferme, tout sourire. Il n'avait pas remarqué que son costume comportait une jupe assez courte qui révélait ses longues jambes hâlées.

− Chouuuchou ! chantonna-t-elle. Bisou du Matin !

Harry sourit et regarda son amie se jeter à son cou pour l'étreindre chaleureusement et gratifier sa joue d'un gros baiser qui ne perdait rien de son enthousiasme habituel. Il remarqua deux plateaux recouverts de toutes sortes de victuailles sur la table de chevet du lit qu'il avait occupé pendant sa convalescence, alors qu'Alexa l'attrapait gaiement par le bras et l'entraînant en direction du petit déjeuner.

− Pomfresh est descendue manger et m'a dit de m'assurer que tu te remplirais bien l'estomac, annonça Alexa d'un ton fier. Elle en profitera pour annoncer ton réveil aux autres. Ninie est passée tous les matins pour donner à manger à Vallys et faire des câlins à Hedwige, Leo a prophétisé ton réveil aujourd'hui en gagnant à pierre-feuille-ciseaux contre le Saule cogneur et je me suis arrangée avec Lily, Berenis et Ana pour que tu sois à jour dans les cours.

− Merci.

Même s'il imaginait mal comment Silver pouvait avoir prophétisé quoi que ce soit face au Saule cogneur, qui se contentait de donner des coups chaque fois qu'on l'approchait d'un peu trop près. S'asseyant sur le lit, il regarda Alexa lui apporter l'un des plateaux avec une joie débordante, visiblement ravie de pouvoir jouer son rôle d'infirmière.

− Il s'est passé quelque chose de notable pendant que je dormais ? reprit Harry.

− La Confédération internationale a demandé aux ministères de mobiliser des forces pour garantir la sécurité des écoles, dit Alexa, mais Poudlard n'en bénéficiera pas. Les barrières de Vallys ont démontré leur utilisé et le ministère devant aussi lutter contre les Mangemorts, Dumbledore s'est arrangé pour que les Aurors et les brigadiers n'aient pas à s'affaiblir. On se pose la question de savoir pourquoi, cette fois, la communauté du samouraï n'est pas intervenue et sans grande surprise, les opinions divergent sur l'explication. Sinon, pas grand-chose. Comme on n'a pas eu cours lundi, Williams a reporté l'exercice spécial à la semaine prochaine, le deuxième tour des phases éliminatoires aura lieu le troisième dimanche de novembre et les brutes se préparent un peu mieux pour commettre leurs méfaits, qui seront donc moins fréquents mais plus complexes à élucider.

Harry hocha la tête au moment où la porte de l'infirmerie s'ouvrait sur les filles de Gryffondor, Leonie tenant la main Lily par la main, une peluche en forme d'escargot sous le bras, et passant devant le chariot de victuailles qu'elle contempla avec la plus grande avidité. Elle n'osa rien dire, rien réclamer, sentant probablement le regard méfiant d'Aurelia, et laissa la préfète-en-chef la soulever pour l'asseoir sur le lit qui faisait face à celui occupé par Harry et Alexa.

− Bien dormi ? lança Mary avec un sourire.

− Trop, en fait. Merci pour les cadeaux et la carte, d'ailleurs.

− Il vaut mieux manger les gâteaux et les petits-fours rapidement, dit Leonie d'un ton innocent qui ne trompa personne.

− A toi l'honneur.

Elle bondit aussitôt au sol sous le regard amusé de Lily et celui, las, d'Aurelia, puis se précipita jusqu'au chariot. Elle n'eut même pas besoin de réfléchir, comme si elle avait déjà repéré sa cible depuis un moment, et revint avec le plateau d'abricots secs au foie gras que Mrs Berkelay avait faits elle-même. Rayonnante, elle revint auprès de ses amies, où Lily la souleva une nouvelle fois pour la hisser sur le lit.

− Tu en laisses quand même à Ethan, ordonna Aurelia.

Les joues gonflées parce qu'elle avait déjà enfourné deux abricots dans sa bouche, Leonie lui lança un regard boudeur puis hocha la tête, penaude, sous les yeux menaçants de la belle métisse. La porte se rouvrit, mais alors que Harry s'attendait à ce que ce soit un professeur ou Ana, ce furent Berenis et Sainton qui entrèrent, la première lui apportant son sac de cours.

− Une feignasse de levée, une ! dit la grande noire d'un ton narquois.

− Et tu aurais peut-être dû rester couché, annonça Berenis.

− Pourquoi ? s'étonna Harry.

− On ne sait pas vraiment, mais une quatrième année est venue nous voir hier soir pour nous confirmer ce que nous avions soupçonné ces derniers jours : à savoir que la bande de Mulciber prépare quelque chose, et ça te concerne, dit Sainton. Quand elle était à la bibliothèque, la petite a surpris une conversation dont tu étais le sujet, au grand déplaisir de Mulciber qui a lâché « On ne sait même pas si c'est possible à prouver. »

Harry arqua un sourcil, à la fois perplexe et déconcerté.

− On dirait qu'ils ne préparent pas une attaque, commenta Mary.

− Pas forcément, dit Alexa. S'ils ont quelque chose à prouver et qu'ils ne le trouvent pas à la bibliothèque, ils pourraient se tourner directement à la source, donc Ethan.

− Attendez, dit Harry. Qu'est-ce que vous entendez par ce que vous aviez soupçonné ?

− Les Serpentard se comportent assez étrangement depuis lundi, expliqua Aurelia. Ils passent le plus clair des heures libres et des récréations à la bibliothèque, ils se séparent de plus en plus alors qu'ils sont habituellement toujours ensemble et Sarah, Erin, Melanie et Cecilia ont confirmé à Ana et à Cassie qu'elles les avaient croisés à rôder non loin de l'infirmerie à plusieurs reprises au cours des derniers jours… En plus, Ninie assure avoir aperçu Wilkes quitter le couloir de l'infirmerie lundi après-midi, quand nous avons commencé à apporter les premiers cadeaux. Perso, je me demande s'il n'espionnait pas la discussion entre Slughorn et Pomfresh.

Harry plissa le front, songeur. Il n'imaginait des Serpentard comme Rogue et Avery croire réellement que Lorca passerait à l'infirmerie en plein jour pour s'enquérir de l'état de santé du Champion d'Alterion, tout comme il savait qu'elle ne serait pas venue en pleine nuit sans utiliser sa magie intérieure pour détecter toute présence indiscrète autour de l'infirmerie – et puis, il n'y aurait eu aucun intérêt à lui rendre visite tant qu'il ne se serait pas réveillé. Alors quoi ? Après tous les efforts fournis par Harry et Lorca pour ne pas encourager les aspirants Mangemorts à les croire en contact, ils semblaient tout à coup convaincus qu'il y avait quelque chose de louche au sujet de leur camarade. Avaient-ils entendu quelque chose de particulier pendant une conversation entre des professeurs et Madame Pomfresh ? Il était à peu près sûr que sa nature de demi-démon n'avait pas été détectée par les guérisseurs, sinon il se serait probablement réveillé entouré d'Aurors souhaitant lui poser quelques questions sur le peuple auquel il appartenait…

Harry se passa une main sur le visage, complètement perdu quant aux motifs ayant conduit les Serpentard à s'intéresser de plus en plus à lui. Pourquoi la bibliothèque, d'ailleurs ? La bibliothèque… Une idée germa subitement dans l'esprit de Harry. Si la bande de Rogue continuait à aller à la bibliothèque, il pourrait envoyer Vallys sur une étagère pour les espionner et enfin connaître le fin mot de cette histoire.

− Je pense que je vais organiser une réunion de la Brigade pour qu'on en débatte, déclara Alexa. Même si le risque que ces zigotos s'en prennent à Ethan n'est pas encore d'actualité, je préfère qu'on garde un œil sur eux. Pour l'heure, je vais aller me laver !

Elle s'éloigna jusqu'à la porte de l'infirmerie et sembla prise d'une soudaine inspiration.

− Oh, et Chouchou ! Essaye de te blesser rapidement pour que je sois à nouveau ton infirmière !