L'OPERATION SECRETE :

UN SUCCES SANGLANT !

C'est assez rare pour être souligné. Quatre ministères de la Magie – allemand, français, italien et suisse – sont parvenus à monter une opération de grande envergure dans la plus totale discrétion. Et ni eux, ni la communauté sorcière européenne et encore moins la Confédération internationale des mages et sorciers, ne vont s'en plaindre, car cette offensive de taille est un succès ! Mais commençons par le commencement et redistribuons les rôles à qui de droit, car l'affaire n'est pas aussi simple qu'elle n'y paraît – et c'est à Paris, siège de la Confédération internationale, section européenne, que nous obtenons chaque réponse à chacune de nos questions.

Raoul Lasalle, le ministre (ndlr, ou président, comme dit en France) d'outre-manche de la Magie, s'est présenté le premier à la tribune, face à une assemblée exceptionnelle qui, à l'image de l'opération, ne manque pas de nous rappeler les sombres années Grindelwald. Et comme à son habitude, M. Lasalle n'y passe pas par quatre chemins :

« Nous avons massacré une bonne partie des mystérieuses créatures ! déclare-t-il, provoquant à la fois la stupéfaction des personnes présentes et la satisfaction des « tenus dans le secret ». Vendredi dernier, le samouraï qui a tant fait parler de lui, ces derniers mois, est miraculeusement apparu dans mon bureau pour me transmettre certaines consignes. Pour faire simple, je devais mobiliser les Aurors et demander au Service des usages abusifs de la magie de surveiller une certaine région de nos Alpes à une date précise et une heure approximative, ainsi que d'organiser une charge histoire avec la collaboration de mes homologues transalpins. »

Et les ministres allemand, italien et suisse ont reçu la même visite, ainsi que les mêmes consignes. Comment préparer une telle attaque ? Gerdt Zeman, le chef du gouvernement germanique dont les innombrables prises de bec avec son homologue soviétique font les choux gras de la presse continentale (rappelons que l'URSS estime devoir régner sur l'Allemagne de l'Est depuis la précédente guerre moldue), aura été le maître d'œuvre de la mise en place de ce plan.

« Il a fallu que nous soyons très prudents, reconnaît-il. Jusqu'à l'aube de l'offensive, nous avons fait croire aux Aurors des quatre pays qu'il s'agissait d'un exercice exceptionnel. Notre objectif n'était pas de leur mentir, mais d'éviter toute fuite dont la presse aurait pu s'emparer. Nous avons sollicité les directeurs des départements de la coopération magique internationale pour qu'ils communiquent, et je les remercie encore pour leur discrétion et le travail formidable qu'ils ont fourni. »

Impliquer le moins de personnes possibles a porté ses fruits. Dans l'ignorance générale, ce sont pas moins de 234 Aurors, jeunes ou vétérans, qui ont été mobilisés pour porter un grand coup à l'armée des créatures mystérieuses et leur créateur. Là encore, cependant, la localisation du champ de bataille aura été une fois de plus permise grâce à la communauté de l'homme au sabre – et la méthode pour attirer l'attention des ministères est pour le moins déconcertante, comme nous le révèle Fabio Pizzani, le ministre italien de la Magie :

« Ils ont sollicité l'aide de Moldues, indique-t-il. Ils les ont emmenées aux quatre coins de la vallée à attaquer et utiliser la magie pour que l'Allemagne, l'Italie, la Suisse et la France puissent quadriller la zone. […] Evidemment, c'est une violation du décret sur le secret magique, mais nous n'allons pas leur en porter rigueur ! Au contraire, je suis plus tenté de remercier cette communauté d'avoir eu cette idée ! […] A titre personnel, j'ai demandé à ce que la Confédération internationale laisse la Moldue italienne garder ses souvenirs. Je n'espère pas une réconciliation entre sorciers et Moldus, mais j'ai l'intention de solliciter le président italien pour qu'elle devienne une sorte d'intermédiaire entre lui et moi. N'oublions pas que le créateur de ces monstres s'attaque aussi bien à notre monde qu'à celui des Moldus ! »

Bien qu'aucune preuve n'atteste cette dernière phrase du Mr Pizzani, il faut admettre que la disparition de Moldus devient progressivement inquiétante autour des Alpes depuis quelques semaines, sans compter qu'environ dix sorciers ont également disparu sans laisser la moindre trace. Si la requête du ministre italien de la Magie est toujours en cours d'examen au sein de la Confédération internationale, selon un porte-parole, aucune poursuite ne sera engagée contre « la Communauté », nous a confirmé Albus Dumbledore, le directeur de l'école de sorcellerie Poudlard :

« J'ai fait un rapide tour d'horizon de mes confrères, informe-t-il, et aucun d'entre eux ne tolérera que la Confédération se permette de punir le samouraï et ses alliés pour avoir enfreint le secret magique. Sur cette opération, nous leur devons tout et plus encore. »

Des propos largement approuvés par toutes les personnes que nous avons rencontrées, notamment par le légendaire Hugo Sammers, le ministre suisse de la Magie qui, plus de trente ans auparavant, lançait un assaut mémorable à la tête de rebelles pour détourner l'attention des sbires de Grindelwald sur le duel que celui-ci menait contre Dumbledore :

« Le succès de notre opération n'est pas sans deuils, admet-il. Des 234 Aurors partis combattre les créatures mystérieuses, 78 sont morts ou portés disparus, mais les rapports que mes homologues et moi-même avons reçus sont intransigeants : si les hommes et femmes aux poignards et le samouraï n'avaient pas également participé à l'assaut, nos pertes auraient été encore plus nombreuses. Si cette attaque a été possible, c'est grâce à cette Communauté, et il serait ingrat de ne pas la remercier ! »

Sans nul doute mieux placés que n'importe qui pour en parler, les Aurors sont cependant mitigés, bien qu'aucun ne rejette les propos du ministre suisse de la Magie. La raison ? Le samouraï, encore et toujours, accusé d'avoir fait preuve de peu de considération pour ses alliés – mais là encore, les témoignages sont divisés. Anselme Corbier, jeune Auror de 24 ans, suivait l'Homme au Sabre :

« La Communauté, comme on l'appelle, a pris les opérations en main, révèle-t-il. Je me suis retrouvé à suivre le samouraï à travers les lignes ennemies. Il est vrai qu'il fait peu de cas de qui il blesse ou tue, mais je démens formellement les rumeurs selon lesquelles il aurait été la cause de la mort de certains Aurors ! Grâce à lui, nous n'avons presque rien eu à faire, même si, je dois le reconnaître, je préférerais ne plus jamais avoir à me battre à ses côtés. Ce n'est pas un homme, ni une créature : c'est un monstre sanguinaire, impitoyable, psychopathe, et j'en passe… Je ne veux pas lui manquer de respect, mais se battre à ses côtés est aussi rassurant que terrifiant… »

En témoigne un évènement pour le moins extraordinaire : selon les témoignages encore, le samouraï aurait, d'un simple et nonchalant coup de sabre, trancher non seulement une vingtaine de créatures, mais aussi creuser une profonde entaille dans le flanc d'une montagne. Toutefois, si angoissant et sécurisant soit-il, sa personnalité n'a pas manqué de s'attirer l'amabilité des Aurors qui le suivaient, comme nous le confirme M. Corbier :

« Il détend l'atmosphère même quand celle-ci est inquiétante. Quand il a vu les dégâts (ndlr, à propos de l'entaille), il s'est mis un doigt dans le nez en disant : « Ah, j'y ai peut-être été un peu fort… » Mais le meilleur moment a sans douté été au cours d'un affrontement avec une créature énorme. Vraiment énorme ! Elle s'est présentée comme étant le meilleur soldat, le plus grand champion, de « Son Altesse ». Le samouraï l'a tuée aussitôt et a demandé : « Y a un autre champion ? » Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais mes collègues et moi nous sommes sentis étrangement… je ne sais pas… soulagés, apaisés ou quelque chose comme ça. »

Malgré tout, le créateur de ces monstres est parvenu à s'enfuir sans être aperçu, tout comme « des dizaines de créatures », selon les rapports préliminaires. L'alliance entre la Communauté et les ministères, notamment, aura été de courte durée, car le samouraï et ses camarades ont disparu dès que les choses se sont calmées.

La Confédération internationale, par le biais d'un porte-parole, tempère tout de même :

« C'était probablement la première alliance avec la Communauté, annonce-t-il. Nous avons le même ennemi. Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'ils sont nos alliés tant que nous ne comprendrons pas le fin mot de cette histoire, mais nous ne nions pas qu'ils nous apportent un soutien appréciable. Cet assaut peut être considéré comme une invitation à nous mêler de la guerre contre les créatures mystérieuses, tout comme il a pu s'agir d'un simple test de la puissance des ministères impliqués dans ce conflit. Pour l'heure, nous respectons leur choir d'agir dans « l'ombre », mais les incitons malgré tout à se présenter le plus tôt possible afin de coordonner nos forces respectives. »

Sans description du créateur, la Confédération reconnaît qu'il sera difficile de l'identifier et de le capturer, mais elle tient à relativiser : l'armée ennemie qui menace les écoles de sorcellerie a été grandement affaiblie, il faudra donc du temps à son Grand-Chef pour repartir à l'attaque. Espérons-le, en tout cas…

Harry referma son exemplaire de La Gazette du sorcier, à la fois songeur et satisfait. L'opération menée par l'Alliance, en collaboration avec les ministères, était certes couronnée de succès, il était difficile de bondir de joie : annoncer un « massacre » ne donnait aucun indice sur le nombre de créatures tuées et celui sur celles qui s'étaient enfuies. L'offensive permettait-elle vraiment de ne plus avoir à redouter une nouvelle attaque des gerfauts avant un moment ? Quelles forces restait-il à Anteras ? Mais surtout – surtout ! – que se passerait-il lorsqu'il reviendrait à la charge ? Continuerait-il à se concentrer sur les écoles de sorcellerie ou engagerait-il enfin le combat contre les ministères ? Il y avait fort à parier qu'il ne pardonnerait pas cet attaque, ni à l'Alliance ni aux ministères, et que son retour se ferait de manière encore plus violente qu'auparavant.

Assis sur une estrade de duel fournie par la Salle sur Demande, il rangea son journal dans son sac de cours et s'éloigna vers la porte. Réviser la Première Loi lui prenait plus de temps qu'il ne s'y était attendu, et les raisons étaient toujours les mêmes : les cours, les devoirs, la Brigade et l'entraînement. S'il progressait peu à peu dans le contrôle de sa magie tactile – il avait cru voir une lueur bleutée au creux de sa paume, la veille –, il était toujours au point mort avec sa magie démoniaque. Lorca avait peut-être préféré qu'il se concentre uniquement sur la Première Loi, Harry ne pouvait s'empêcher de partir à la découverte de ses nouveaux pouvoirs, en vain. Il lui semblait manipuler plus facilement sa magie démoniaque, mais il n'en jurerait pas. Ses seuls véritables succès, au final, se limitaient aux sortilèges qu'il apprenait en vu du tournoi de duel.

Traversant les couloirs du septième étage, il rejoignit le Grand Escalier en s'enfonçant toujours plus dans ses pensées. Bien que l'Alliance ait approuvé l'initiative de Harry d'aller tout raconter à Dumbledore, celui-ci n'avait reçu aucune visite. Lorca, bien qu'elle se fut entretenue avec lui, avait assuré que Prerian, Alyphar ou Ooghar se chargerait lui-même d'apporter toutes les informations, réponses et autres spécificités au directeur de Poudlard. Chose certaine, le vieux sage aurait son rôle à jouer quand le commandement déciderait de se présenter au ministère de la Magie.

Sans grande surprise, la une de La Gazette du sorcier, arrivée très tardivement ce matin-là, animait toutes les discussions et ne manquait pas d'encourager les uns et les autres à y aller de son hypothèse sur l'absence du créateur des gerfauts. Dans une logique erronée mais compréhensible, certains le soupçonnaient d'être plus un scientifique qu'un combattant, et d'autres qu'il était tout simplement occupé ailleurs ou qu'il avait pris la fuite dès les premiers affrontements. Moins probable, des élèves ne doutaient pas que la véritable « base secrète » d'Anteras était ailleurs. Plus fantaisiste, il était pour suspecter une diversion ou un piège tendu aux ministères et à l'Alliance. De tout ce qu'il put entendre, toutefois, Harry retint une théorie intéressante : le créateur aurait été évacué par ses meilleurs soldats dans un souci stratégique. Le quatrième année de Poufsouffle qui l'énonça fut incapable de répondre aux questions, plus ou moins sceptiques, de ses camarades, mais il avait titillé la curiosité de Harry.

Un souci stratégique ? Ce n'était pas si invraisemblable, se dit-il. Si Anteras avait réellement voulu se battre, il l'aurait fait, ou il aurait envoyé l'une des Lames du Chaos. Il n'aurait jamais négligé l'opportunité de se débarrasser de Midori… Il s'était délibérément tenu à l'écart, mais pourquoi ? Une curieuse, désagréable idée commença à se dessiner dans l'esprit de Harry. Il la trouva même si dérangeante qu'il faillit faire demi-tour et se précipiter dans le bureau de Dumbledore ou de Lorca, mais la classe de potions n'était plus qu'à deux couloirs et rater un cours pour une simple hypothèse ne servirait à rien.

Il atteignit le cachot du professeur Slughorn pile au moment où la cloche sonnait. Une étrange odeur régnait dans la salle et Harry porta son regard vers le bureau du maître des potions, où l'habituel petit chaudron laissait échapper d'épaisses volutes d'un rouge presque noir. Rejoignant la table qu'il partageait avec Alexa et Silver, il s'installa et entreprit de sortir ses affaires, alors que la porte se refermait d'elle-même et que le directeur de Serpentard se levait de son fauteuil.

− Comme vous l'avez sûrement lu dans La Gazette ces derniers jours, dit-il, la situation européenne actuelle a engendré un certain bouleversement des programmes scolaires européens. Il n'est plus tant question de former des sorciers et des sorcières capables de survivre dans la vie active que d'enseigner à des élèves comment faire face à des menaces toujours plus mortelles et présentes, mais pas seulement. Si l'attaque lancée par les ministères et la Communauté est une victoire, il ne faut pas croire que le créateur des gerfauts renoncera à ses projets, quels qu'ils soient… En vérité, Dumbledore s'attend même à ce que tous les assauts que cet individu déclenchera à l'avenir gagnent en puissance, maintenant qu'il a subi une sévère défaite.

− Il va sûrement se concentrer sur les ministères, non ? lança Roby.

− La question n'est pas là, affirma le maître des potions. S'il a attaqué les écoles de sorcellerie ces trois derniers mois, c'est parce qu'elles sont sûrement sa priorité ! Quoi qu'il en soit, la Confédération internationale des sorciers ne sous-estime pas ce sinistre personnage et a demandé aux ministères de prendre des mesures appropriées. Compte tenu de la forte probabilité que le créateur des gerfauts se concentre toujours sur les institutions scolaires, nous devons préparer un stock de potions utiles en cas de blessures. Et c'est ce que nous commencerons à faire dès aujourd'hui. Miss Steadworthy ?

− Et si nous ratons notre potion ?

Le professeur Slughorn balaya la remarque d'un geste de la main désinvolte.

− Il y a toujours un moyen de rattraper une potion ratée, à condition d'agir rapidement, déclara-t-il. Exceptionnellement, je ne noterai pas ce cours. Pour commencer, je vais nommer quatre… non, six régisseurs : Lily pour les Gryffondor, Cassie pour les Poufsouffle, Rogue pour les Serpentard et Ana pour les Serdaigle. Leo, vous épaulerez Cassie et vous, Alexa, en ferez de même pour votre maison. Donc, je vais vous demander de bien vouloir vous regrouper par maisons.

A mesures improbables, brouhaha improbable. Si les maisons étaient déjà plus ou moins regroupées entre elles, il fallut un réaménagement du cachot pour qu'elles soient littéralement « connectées » : les tables furent accolées les uns aux autres, des élèves changèrent de place, mais Harry remarqua surtout que les quatre groupes cherchaient le plus possible à se tenir le plus éloigné possible des trois autres. Même dans ce contexte de prévention, il semblait que la rivalité ne faiblissait pas.

− Parfait, reprit le professeur Slughorn qui s'était approché de son bureau. Maintenant, qui peut me dire quelle est la potion que j'ai l'intention de vous faire prépa… Miss Barnes ?

− C'est un philtre de Coagulation.

− Tout à fait, cinq points pour Serdaigle. Nous avons étudié les antidotes l'année passée et ces deux derniers mois, mais les potions de soins sont un domaine très particulier et très complexe que les guérisseurs, comme les Médicomages, passent cinq années à apprendre par cœur, et encore ! Plus la médecine magique progresse, plus les médecins ont à apprendre. Alors, qui a la réponse à la question : qu'ont-elles de si particulier, ces potions de soins ? Miss Barnes encore ?

− Premièrement, elles sont réparties en trois catégories : les préventives, les temporaires et les vitales. Deuxièmement, elles doivent être utilisées proportionnellement au mal du patient. Et troisièmement, elles sont les potions qui se conservent le plus longtemps.

− Vingt points pour Serdaigle, approuva le maître des potions. Je n'entrerai pas dans les détails pour ne pas vous faciliter le devoir que je vous donnerai à la fin du cours, mais sachez deux choses. Au siècle dernier, des potions de soins de l'Antiquité ont été découvertes et n'avaient rien perdu de leur efficacité. La seconde information, c'est que plus l'une de ces potions reste à mûrir, plus ses effets grandissent. Quand les Médicomages interviennent sur les lieux d'un crime, ils emportent toujours des échantillons d'une même potion ayant passé différents temps sur le feu.

− Donc, dit Rogue, si un philtre de Coagulation a mûri une heure et peut soigner une blessure, celui qui aura bouillonné six heures pourra en soigner six ?

− Excellent exemple. Bien, maintenant, au travail !

Ce fut indéniablement la potion la plus bizarre, la plus complexe que Harry eût jamais préparée. Alors que son niveau avait bien augmenté depuis le début de l'année, il eut la désagréable impression d'être revenu à l'époque où Rogue était son maître de potions tyrannique et lui, un potionniste sans aucun talent. Toutefois, Rogue assurait parfaitement son rôle, alors qu'Alexa veillait au grain pour empêcher toute erreur d'inattention. Pour la première fois depuis la rentrée, Serpentard se présentait être une véritable maison : personne pour ignorer, critiquer ou remettre en doute l'autre. Mais Harry le sentait : c'était surtout par compétitivité. Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle et Serpentard voulaient être la maison qui réussirait le mieux la potion.

Pourtant, à la fin du cours, la plus totale égalité fut appréciée du professeur Slughorn. Echevelés, en sueur, fatigués ou bien simplement soulagés que tout ça se termine, les élèves reçurent les compliments du maître des potions pour leur travail, ainsi que le devoir annoncé plus tôt.

− Par Merlin, j'ai l'impression d'avoir entamé une huitième année ! soupira Aurelia à la sortie du cachot.

− Faut reconnaître que le niveau était très différent de celui de la semaine dernière, dit Lily, mais ce n'est peut-être pas plus mal. Si la gue… les guerres ne sont pas finies d'ici la fin de l'année, nous saurons au moins de quoi nous aurons besoin si on nous attaque, ou si on attaque nos voisins…

− N'empêche, c'est quand même inquiétant que de telles mesures soient prises, dit Remus d'un air songeur. Le samouraï a peut-être parlé plus que les ministres ne veulent bien le faire croire… La Confédération internationale n'a jamais pris de telles mesures par le passé, si je ne me trompe pas, et même Grindelwald et Voldemort ne l'ont pas convaincue de chambouler tout un programme scolaire.

− La différence, c'est que Grindelwald ne s'en prenait pas aux écoles, et Voldemort ne l'a jamais fait, fit remarquer Sirius.

Le reste de l'après-midi se déroula essentiellement à la bibliothèque, où filles et garçons de chaque maison se séparèrent en ne faisant preuve d'aucune hésitation. Si le cours de potions avait semblé briser la glace l'espace de deux heures, celle-ci était réapparue en seulement quelques minutes.

− Au fait, murmura Harry après une demi-heure à parcourir un ouvrage sur les potions de soins, comment Barnes peut-elle en savoir autant alors que je ne l'ai jamais entendue ouvrir la bouche pendant le cours de Slughorn ?

− Elle veut devenir Médicomage, expliqua Lily à voix très basse.

− Et… c'est quoi, la différence entre un guérisseur et un Médicomage ?

− Les guérisseurs interviennent essentiellement à Ste Mangouste et aux domiciles de leurs patients, répondit Aurelia. Mais les Médicomages, eux, sont spécialisés dans les soins sur les scènes de crime. La seule grosse différence entre ces professions se situe sur la note obtenue en défense contre les forces du Mal, en fait. Il y a quatre ou cinq ans, un Mangemort profitait des blessures qui lui étaient infligées lors des attaques pour se faire passer pour un Moldu. Dès que le Médicomage lui tournait le dos, il le tuait ou le stupéfixait pour le kidnapper.

Quelque chose dérangea Harry dans l'anecdote de la belle métisse de Gryffondor. Tuer ? Kidnapper ? Il y avait là quelque chose d'étrangement incohérent… ou, plus exactement, il manquait un élément. Alors qu'il travaillait sur le devoir de potions tout en réfléchissant à ce « manque », il cru entendre la voix de Lathar ricaner, comme si le Démon d'Alterion se moquait que le Serpentard n'ait toujours pas compris ce qu'il y avait d'étrange dans l'histoire d'Aurelia. Toutefois, le rire – réel ou non – eut le mérite d'éclairer le demi-démon : des diversions ! Assassiner et enlever des Médicomages étaient peut-être utiles, mais les vrais objectifs de Voldemort n'auraient-ils pas été d'avoir des oreilles même à Ste Mangouste ? Ne serait-ce qu'au cas où une cible survivrait à une attaque ? Savoir où elle était installée, quel dispositif de sécurité était installé pour la protéger, quels étaient les Aurors ou les brigadiers à veiller à son rétablissement…

S'il fut tenté d'aller en parler à Dumbledore, il renonça presque aussitôt : le directeur n'avait certainement pas négligé cette stratégie, et puis il aurait été bizarre qu'il quitte subitement la bibliothèque alors qu'il n'avait toujours pas rédigé une moindre ligne sur son parchemin. Et s'il avait prévu de profiter de la première opportunité pour au moins partager son opinion, il fallut que le hasard s'en mêle : outre Alexa, qui tenait absolument à le convaincre de lui demander une photo d'elle pendant qu'elle prendrait son bain avec Silver, il y eut Leonie pour s'opposer à un quelconque isolement de la part de Harry, et ce parce qu'il eut la mauvaise idée de prétendre avoir quelque chose à faire au moment où Lily était absente. Visiblement convaincue que le demi-démon cherchait un prétexte pour rejoindre secrètement la préfète-en-chef, le petit bout de femme-enfant de Gryffondor le menaça de toutes sortes de choses s'il s'absentait – notamment de lancer sur lui sa peluche de lion blanc, de dissimuler des choux de Bruxelles dans son repas, de dire à Ana qu'il voulait lui faire « des choses » et, sans surprise, de lui « ôter la garde d'Hedwige ».

Il en souriait encore lorsqu'il sortit, une heure après le dîner, de la salle commune de Serpentard pour entamer sa patrouille nocturne. Son amusement laissa cependant place à un franc désabusement lorsqu'il aperçut Ana au fond du couloir. De toute évidence, elle l'attendait.

− Ne me dis pas qu'Alexa t'a demandé de veiller sur moi…

− Pas seulement elle : Silver, Lucretia et moi aussi sommes d'accord pour dire qu'il faut garder un œil attentif sur toi, et en particulier pendant les patrouilles. Au cas où tu l'aurais oublié, tu es toujours l'élève le plus jalousé de l'école. Toujours pour tes fréquentations, mais aussi parce que tu as démontré que tu étais compétent. Or, si les mecs détestent l'idée que tu sois ami avec Lily, Alexa et moi, ils détestent encore plus que tu leur prouves que tu les surpasses dans certains domaines. Mais ce qui fait que tu es particulièrement menacé, c'est…

− Le réveillon des Berkelay, acheva Harry.

Depuis lundi, il avait essuyé nombre de taquineries de la part des filles de Gryffondor après que Berenis eût annoncé quels seraient les invités de sa famille pour Noël. Le Serpentard aurait donc l'occasion de rencontrer une certaine Wendy Grant, qui avait quitté Poudlard cinq ans plus tôt mais dont le nom semblait quasi-légendaire, les Gardner… et les Mogg. Comme s'il ne s'était pas déjà assez attiré d'animosité en suggérant la richissime blonde pour le dernier poste au sein de la Brigade, il fallait à présent qu'il dîne avec sa camarade. Toutefois, un détail lui revint en mémoire.

− Qu'est-ce qu'Aurelia entend par « un réveillon traditionnaliste » ? demanda-t-il.

− Exactement ce que ça veut dire : à part toi, les Berkelay n'ont invité que des familles réputées traditionnalistes. Quand ils étaient encore vivants, les parents de Wendy l'ont privée de la plus grosse partie de l'héritage au profit de son petit frère, tout ça parce qu'il était « le mâle qui ferait perdurer le nom de la famille ». Les Mogg ont été mariés par arrangement avant même de savoir marcher. Lucretia me racontait l'autre fois que déjà à six ans, elle rencontrait des prétendants, parfois des étrangers, mais que les contrats proposés ne plaisaient ni à son père, ni à sa mère. Les Gardner, eux, sont les plus progressistes. Tara est raciste, mais elle a été élevée pour être impartiale, raison pour laquelle elle respecte Lily et Cassie, entre autres. En outre, tout mariage avec un sang pur ou un né-Moldu est proscrit.

− Ah ? s'étonna Harry. Même les sang-pur ?

− Eh oui. Au XIVème siècle, Tabatha Gardner, qui engendra le premier Gardner de sang-mêlé, marqua l'histoire du Conseil des Sorciers en démantelant une cinquantaine de réseaux illégaux. Une semaine avant sa nomination à la tête du Conseil, des proches des coupables lui ont tendu un guet-apens et l'ont littéralement massacrée. Depuis, il est de coutume que les Gardner ne se marient qu'avec des sang-mêlé. C'est une sorte d'homma…

Harry n'eut pas à lui demander pourquoi elle s'interrompit, car lui aussi le sentait : un sortilège Hermès approchait très vite en leur donnant l'impression qu'un prédateur invisible les avait désignés comme proies. Lorsque la sensation disparut, la voix haletante, flutée, crispée, pressante du professeur Flitwick s'éleva :

Intrusion… Septième étage… Aile nord… Trois blessés.

Ana et Harry s'élancèrent aussitôt, grimpant les marches du Grand Escalier quatre à quatre. Le Serpentard se concentra une brève seconde et répandit sa magie intérieure à travers tout son corps, la concentrant en particulier dans ses jambes, ses pieds et ses bras.

− Accroche-toi à mon cou !

Quoi ?! s'exclama la Serdaigle, déconcertée, mais sans ralentir.

− Fais ce que je te dis !

Ana sembla trop perplexe pour réagir tout de suite, mais obtempéra. Ils s'arrêtèrent un court moment entre le quatrième et le cinquième étages, la Serdaigle passant ses bras autour du cou de Harry alors que celui-ci passait un bras autour des hanches de la jeune femme. Fléchissant légèrement les genoux, resserrant sa prise sur la taille de sa camarade, il inspira un grand coup et sauta.

Comme s'ils avaient été lancés par une catapulte, ils fendirent les airs et atteignirent d'un bond le sixième étage. Harry prit un bref instant pour se concentrer et rectifier la répartition de sa magie intérieure, l'atterrissage lui ayant clairement fait sentir que ses genoux n'avaient pas apprécié l'effort, puis il emporta Ana, ahurie, au milieu de l'escalier desservant le dernier palier du château. Il lâcha aussitôt sa comparse et s'élance, la splendide Serdaigle se remettant de son incrédulité quasi-aussitôt pour lui emboîter le pas et se porter au secours de son directeur de maison.

Harry sentait très bien que la jeune femme aimerait lui poser quelques questions sur ce qu'il venait de faire, mais elle avait également conscience que ce n'était pas le moment pour cela. Ramenant sa magie intérieure à son état presque naturel, il s'en servit tout de même pour étendre son ouïe. S'il manipulait convenablement la magie auditive, il n'arrivait toujours pas à faire abstraction des bruits proches : les pas et la respiration d'Ana lui martelaient les tympans, tout comme les siens et chacun des bruissements de leur uniforme. Cependant, sa tête était ailleurs : le professeur Flitwick affrontait un intrus capable de lui faire faire appel à d'autres personnes ?! Ce n'est quand même pas… pensa-t-il avec un frisson.

Il entendit bientôt des sons caractéristiques de sortilèges et attrapa le poignet d'Ana pour l'orienter dans la bonne direction. Quelques couloirs plus loin, un cri mi-surpris, mi-douloureux révéla que Sirius était déjà sur les lieux et venait de recevoir un certain choc. Harry, grâce à son ouïe étendue, l'entendit marmonner avec un mélange de colère et d'incrédulité :

− Mais c'est quoi, ce type ?!

Ana et le Serpentard arrivèrent sur les lieux du conflit au moment où le professeur Flitwick, une vilaine plaie à l'épaule, se protégeait derrière un trait de lumière jaune projeté par… Harry réprima un grognement. Il s'en était douté, mais de mémoire, jamais il n'avait autant souhaité se tromper. Or, c'était assurément une Lame du Chaos qui se dressait au milieu du couloir et contemplait ses adversaires avec une malveillance perverse et insatiable. C'était une créature humanoïde qui donnait une très mauvaise impression d'avoir été un jour un homme normal, mais totalement défiguré, déformé par les expériences d'Anteras. Elle était très grande, musculeuse, sa peau couleur lilas jurant formidablement avec les longues épines, semblables à celles du porc-épic, qui avaient remplacé ses cheveux. Son visage rappelait immanquablement celui d'un gobelin, mais la comparaison s'arrêtait là. Ses yeux jaunâtres aux pupilles vertes et horizontales, étincelaient d'une lueur qui ne cachait rien de la menace et de la cruauté que la Lame du Chaos représentait.

Elle était ici pour tuer.

Dans un rictus qui découvrit ses dents jaunâtres et pointues, le général d'Anteras brandit la longue épée qu'il tenait pour la pointer sur le professeur Flitwick. La lame s'illumina un bref instant d'un éclat rougeâtre et projeta un éclair de lumière sur le minuscule sorcier, qui fit apparaître un bouclier d'un bleu argenté. L'impact brisa la protection et envoya voler l'enseignant, qui fut réceptionné par Remus et Sirius pour lui épargner un atterrissage trop douloureux, alors que Harry et Ana décochaient deux sortilèges de Stupéfixion que le général dévia d'un simple coup d'épée horizontal.

Toujours active, la magie auditive de Harry capta des pas en approche. Beaucoup de pas. Il suffisait de tenir bon, au moins jusqu'à ce que le nombre des défenseurs fasse flancher la témérité de la Lame du Chaos. Mais ce fut plus difficile à faire qu'à dire : d'un simple coup d'estoc, le général parvint à lancer un sortilège invisible qui propulsa Harry et Ana en arrière, mais le professeur Flitwick, vigilant, parvint à ralentir leur chute et à l'amortir, alors que James, Sirius et Remus le protégeaient tout en essayant de contre-attaquer. L'épée décocha un jet verdâtre et transperça le bras du préfet-en-chef, qui cria de douleur tout en s'effondrant.

Ecartez-vous !

La voix grave de Dumbledore gronda comme un coup de tonnerre. Sans réfléchir, sans se poser de question ni même jeter un coup d'œil par-dessus leur épaule, les élèves bondirent vers les murs et regardèrent un éclair argenté fendre les airs. Avec un rictus goguenard, la Lame du Chaos para l'attaque comme s'il avait s'agi d'une simple mouche. La seconde plus tard, son expression vira à la stupeur lorsqu'un craquement métallique retentit : son épée s'était fissurée sous l'impact d'avec le sort du directeur de Poudlard. Bien que choqué par la puissance du maléfice lancé par Dumbledore, le général se remit à sourire.

− Tu dois être Albus Dumbledore, ricana-t-il d'un air satisfait.

− Et vous êtes ?

− Celui qui te tuera.

Harry eut la très nette impression que Dumbledore le savait déjà, mais au moment où le général adoptait une pose révélant son intention de se précipiter sur le directeur, les filles de Serpentard surgirent au plus mauvais endroit : entre le vieux sage et la Lame du Chaos, tandis que les professeurs Bresch, McGonagall, Slughorn, Chourave, Vector, Brûlopot, Sinistra, Perlabool et Bibine surgissaient de toutes parts, accompagnés d'élèves venus des quatre maisons. Lorca manquait à l'appel, tout comme Alexa et Silver.

Au moment où le sous-fifre d'Anteras amorça un geste pour s'élancer vers Dumbledore, un panache de fumée noire éclata dans son dos et Garwir, le regard implacable, planta sans hésitation ses poignards dans les épaules du général. Aucun cri, pas même la moindre grimace de douleur : le gerfaut gradé se contenta de lancer un regard surpris derrière lui.

− Enfoiré, tu es…

Il fut interrompu par un éclair étincelant projeté par Dumbledore, qui profita que les filles de Serpentard se fussent écartées pour rejoindre leurs camarades contre les murs. Vigilant et rapide comme l'éclair, Garwir se baissa pour éviter d'être percuté par le vol plané exécuté par la Lame du Chaos et trouva le moyen de lui entailler le dos avec ses deux poignards. Avant qu'il n'ait pu heurter le sol, le général planta son épée dans le sol comme s'il avait s'agi de beurre fondu, exécuta une acrobatie et, l'air de rien, atterrit sur ses pieds.

− Je vois… dit-il, son ton trahissant une froide colère. Il semble que nous ayons mal jugé votre potentiel, une fois encore.

− Rendez-vous, il n'y a aucune échappatoire, dit Dumbledore d'une voix très calme.

− Aucune échappatoire ? répéta le général avec un sourire narquois. Ne me sous-estime pas ! Je suis Ysogür, général de Sa Majesté, l'une des Lames du Chaos ! De vulgaires mortels ne peuvent rien contre moi !

Il leva à nouveau son épée, dont la lame s'illumina d'une couleur écarlate et décocha un éclair étincelant qui éblouit tout le monde. Les paupières closes, crispées, Harry entendit des cris de douleur, dont un qui fut plus fort, plus intense que les autres alors que la voix de Dumbledore, murmurant précipitamment des paroles incompréhensibles et parfaitement audibles, faisait de toute évidence le nécessaire pour protéger tout le monde et bloquer le maléfice.

− LEO, ARRETE ! cria Alexa.

Il y eut une détonation assourdissante et un souffle d'une telle violence que Harry et les autres furent emportés. Un « Tch ! » retentit alors que le Serpentard atterrissait lourdement sur le sol et glissait pour s'arrêter contre quelqu'un, alors qu'un autre corps venait s'écraser sur lui avec un grognement féminin. La vue revenant, il rouvrit prudemment les yeux pour découvrir la chevelure sombre de Mélanie Barnes juste devant lui, mais il n'y prêta aucune attention : redressant la tête, il remarqua qu'un épais nuage de pierre, de poussière, de salpêtre et d'il-ne-savait-quoi encore flottait tout autour de l'endroit où le général avait lancé son sortilège.

− Putain… grommela James.

Surpris, Harry jeta un regard par-dessus son épaule : le Maraudeur était celui qu'il avait percuté en premier.

− Ca va ? demanda celui-ci.

− Ouais… Qui a été blessé ?

− BLACK ! s'alarma le professeur McGonagall.

Le teint de Harry blêmit en même temps que celui de James, alors qu'avec un battement de cœur raté, tous deux tournaient la tête vers Sirius : étendu sur le sol, blafard, secoué de soubresauts et les yeux exorbités, Patmol serrait… Des hauts-de-cœur retentirent dans tout le couloir à la vue du bras tranché du Maraudeur, qui fut pris d'une quinte de toux ensanglantée. L'autre partie de son bras, celle séparée de son corps, reposait à quelques mètres de là, inondant le sol dallé de sang.

− SIRIUS !

Harry n'aurait su dire le nombre de hurlements qui retentirent, mais Mary, James, Remus, Queudver, Melanie Barnes ainsi que Cassie et Sarah se précipitèrent sur le Maraudeur en même temps que les professeurs. Garwir fut le plus rapide, jaillissant dans un panache de fumée noire pour apparaître, accroupi, au-dessus de Sirius.

− Ramenez-moi son bras ! ordonna-t-il.

Dumbledore brandit aussitôt sa baguette sur la partie manquante, qui s'envola jusqu'à la main de Garwir. Celui-ci appliqua la lame de l'un de ses poignards sur la partie tranchée, arrachant un gémissement douloureux à Sirius. L'arme habituellement utilisée pour tuer se mit à luire d'une vive lueur émeraude, alors que le Nehoryn collait le reste du bras à son poignard tout en remuant les lèvres, visiblement en train de réaliser un enchantement. La lumière devint bientôt si intense que tout le monde se protégea les yeux derrière une main, tandis que des professeurs continuaient à monter la garde en attendant que l'épais nuage engendré par la détonation se dissipe.

Le sortilège de Garwir s'interrompit et les yeux se baissèrent. Sirius semblait dormir paisiblement, son bras recollé malgré une profonde entaille qui le transperçait de part en part au niveau du biceps. Le guerrier Nehoryn se releva en soupirant.

− Je ne peux pas faire plus, annonça-t-il.

Il se tourna vers le professeur Flitwick en remarquant sa blessure à l'épaule.

− Emmenez ce garçon à l'écart, vous en avez tous les deux assez fait.

− Faites ce qu'il dit, Filius, intervint Dumbledore en voyant son collègue s'apprêter à protester.

− Il arrive ! lança le professeur Brûlopot.

Toutes les têtes se tournèrent immédiatement sur le nuage qui se dissipait. Une silhouette s'avançait d'un pas incertain, les épaules voutées et une longue épée à la main. Les professeurs amorcèrent un geste pour attaquer, mais au même moment, les lambeaux de fumée révélèrent Silver dans un piteux état : ensanglanté, le visage fendu d'une plaie inquiétante traversant toute la partie droite, ses vêtements semblaient avoir été déchiquetés, brûlés, dévoilant un torse plus puissant que Harry n'aurait pu l'imaginer et, surtout, marqué d'un nombre impressionnant et effrayant de cicatrices de toutes tailles. Pâle, le front luisant de sueur, le Gryffondor laissa tomber son épée au sol et leva son œil intact, vitreux, sur les autres défenseurs, un sourire vague et ironique sur les lèvres.

− C'est à mon tour d'échapper aux cours pour blessures, déclara-t-il.

Puis il s'effondra lourdement.

Yo !

Désolé pour l'attente, j'en ai bavé pour savoir sur quoi porterait ce chapitre, mais à force de cogiter, je me suis rendu compte que ça faisait un moment que je ne vous avais pas remerciés pour les reviews, les critiques et les compliments. Alors merci =) L'affrontement avec Ysogür (où est-ce que je vais chercher des noms pareils ? :/) n'est pas épique, mais je dois faire en sorte de garder le meilleur pour la fin, donc…

Bonne lecture, en tout cas !