SECOND TOUR DU TOURNOI :
CA A BIEN DARDÉ !
La deuxième journée des phases éliminatoires du tournoi de duel aura encore réservé son lot de surprises ! Entre victoires assurées, affrontements emplis de suspens et défaites inattendues, le tout-Poudlard aura été largement satisfait. Très attendu, le combat entre Sirius Black et Tara Gardner aura mis les deux adversaires à rude épreuve avant que le Gryffondor réussisse à trouver une faille chez la Serpentard pour la stupéfixer. Surprise du tour, Hannah Powell, la première année de Serdaigle, est parvenue à vaincre Jon Flow, sixième année de Gryffondor :
« C'est une bonne leçon, reconnaît le perdant. Moi qui suis né-Moldu et fan de foot, je sais que les compétitions réservent de sacrées surprises. Et tout comme de grandes équipes perdent contre des petites, j'ai été vaincu parce que je me sentais un peu trop confiant. Ca m'élimine du tournoi, étant donné qu'il me reste encore à affronter Rogue et Moorehead, mais j'espère que mes amis ne commettront pas la même erreur que moi en pensant avoir la victoire facile. »
Un conseil que les duellistes, toutes années confondues, devraient suivre, en effet. Toutefois, l'évènement majeur de ce tour aura été immanquablement le duel entre Lucretia Mogg et Ethan Potter, tous deux à Serpentard et membres de la Brigade de la Mort, au cours duquel l'australien a révélé une capacité pour le moins controversée : le Fourchelang, don bien connu que Salazar Serpentard lui-même maîtrisait.
« J'avoue que je suis un peu jaloux, déclare le professeur Dumbledore. Je comprends le Fourchelang, mais je suis dans la totale incapacité de sortir un sifflement correct. […] Plus sérieusement, parler la langue des serpents n'est pas un crime. Des sorciers et des sorcières naissent avec ce don avant même de savoir ce qu'est le Bien et le Mal, Mr Potter ne mérite donc pas d'être considéré comme un paria. »
Une allusion évidente aux répercussions que la « révélation fourchue » de Potter a provoquées, quand on a pu assister, en fin d'après-midi, samedi, à l'arrivée de parents souhaitant retirer leurs enfants ou exigeant l'exclusion du Serpentard. Désirs parentaux qui ne se sont pas déroulés comme prévu et qui ont offert une scène assez insolite : oubliant toute rivalité entre les maisons, les élèves n'ont pas hésité à s'entre-aider pour cacher leurs camarades menacés d'être ramenés à la maison, quand bien même ces « menacés » n'apprécient guère l'idée d'avoir un Fourchelang à Poudlard.
« Je ne connais pas Potter, admet Tommy Edge (Poufsouffle, 3ème année), mais je n'ai pas l'impression qu'il représente un quelconque danger. Qu'il parle Fourchelang, ça me dérange, bien sûr, mais j'ai appris à attacher une grande importance au Choixpeau magique. Sa dernière chanson m'a ouvert les yeux sur une chose : ce n'est pas parce que je crois que j'ai raison ! Alors oui, je me méfie des personnes sachant parler la langue des serpents, mais je leur laisse aussi le bénéfice du doute. »
Des propos largement salués par nombre d'élèves et de professeurs. Malgré tout, le son de cloche est totalement différent du côté des anti-Fourchelang invétérés. Howard Jenner (Gryffondor, 5ème année) s'exprime ainsi :
« J'ai déjà envoyé une lettre à mon père, nous annonce-t-il donc fièrement. On sait tous comment on devient Fourchelang, pas vrai ? Si ce n'est pas naturel, c'est que celui qui est capable de l'utiliser s'est intéressé à la magie noire ! Or, on raconte que Potter a lui-même reconnu que son Fourchelang n'était pas inné ! »
Jenner aura, lui aussi, été applaudi par des élèves pour ses paroles, mais sa déclaration n'aura pas manqué d'amuser une partie des soutiens de Potter. Notre Leonie « Ninie » Cordell nationale, accompagnée de sa peluche de phoque, n'hésite pas à prendre la défense du Serpentard :
« Nous, on s'en fiche qu'il parle avec les serpents ! affirme-t-elle. Ethan est Ethan, et il peut bien parler le troll, le chinois, le poisson ou autre langue atypique, il restera Ethan ! En plus, je ne vois pas du tout ce que le papa de Jenner pourrait faire en étant le directeur du Service de manutention du ministère de la Magie ! Et je considère qu'un sorcier avec une aussi belle chouette ne peut pas être mauvais, mais ça ne lui donne pas le droit de s'intéresser à Lily [Evans] et Ana [Moorehead], hein ! »
Si Potter ne fait pas l'unanimité, il n'en demeure pas moins que c'est au sein même de Serpentard que la division se révèle être la plus forte, et on peut le comprendre : après tant d'années passées à se vanter d'appartenir à la maison de Serpentard, voilà qu'un étranger s'avère posséder un don identique à celui du Fondateur. Nous avons demandé à Berenis Berkelay de se renseigner auprès de ses camarades :
« La situation est un peu confuse, avoue-t-elle. Jusqu'à présent, nous étions habitués aux « Cercles » soutenant les actions des Mangemorts qui, d'une certaine manière, représentaient l'autorité au sein de Serpentard. Or, Ethan s'avère être le plus Serpentard de nous tous, du fait de sa capacité à parler Fourchelang. Certains ne savent plus trop quoi faire : rester dans le giron de la bande de Mulciber ou accorder sa « souveraineté » à Ethan. C'est réellement une affaire complexe à traiter. Des Serpentard accusent Ethan d'avoir utilisé une potion pour parler Fourchelang pour évincer le Cercle actuel, tandis que d'autres le considèrent comme une sorte de nouveau Salazar dont il faudrait suivre la ligne de conduite… »
Quoi qu'il en soit, il semblerait que l'affaire ait pris une tournure exceptionnelle. Bien que tous les professeurs n'aient pas l'intention de considérer Potter comme un élève anormal, La Gazette du Sanglier est en mesure d'annoncer que le ministère de la Magie, sous la pression des parents, s'apprête à ouvrir une enquête concernant Potter. Nous suivrons cette histoire très attentivement.
Harry replia son exemplaire du journal de l'école et baissa les yeux, son regard scrutant, comme s'il s'était tenu face à eux, les trois sorciers derrière lesquels le professeur McGonagall refermait le portail de Poudlard. Ash ne s'était pas trompé : il ne faisait aucun doute que le ministère de la Magie s'impliquait dans l'affaire. Perché au sommet de la tour d'astronomie, Harry suivit la délégation officielle des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans le château à la suite de la directrice de Gryffondor, puis il tourna les talons, sachant pertinemment qu'il ne tarderait pas à être convoqué, et emprunta l'escalier descendant de la tour, perdu dans ses pensées.
Indubitablement, il avait commis une erreur. L'idée qui lui paraissait si bonne pour frapper l'esprit des Serpentard avait eu des répercussions désagréables, et le pire lui semblait à venir. Quel poids avaient les parents sur les décisions du ministère de la Magie dans ce genre d'affaires ? Il l'ignorait, même s'il se doutait qu'il n'était pas énorme, mais la situation actuelle n'était pas pour jouer en sa faveur, alors que le gouvernement cherchait tous les prétextes imaginables pour faire croire qu'il agissait efficacement contre les Mangemorts. Toutefois, il ne souffrait pas d'un élan de méfiance aussi intense que dans son ancienne vie, sans doute parce que le climat était différent : aujourd'hui, la Chambre des Secrets était toujours fermée, donc aucun des élèves ne pouvait lui reprocher d'être à l'origine d'une quelconque agression de « l'héritier de Serpentard ». La vraie question demeurait : Lord Voldemort tomberait-il dans son piège ?
− Ah, Ethan !
Extirpé de ses songes au moment où il atteignait le Grand Escalier, Harry tourna la tête vers le couloir duquel jaillit un bref instant plus tard le professeur Slughorn.
− Vous avez aperçu les hommes du ministère, j'imagine ?
− En effet, monsieur, je descendais justement au bureau du directeur.
− Bien, bien, approuva le maître des potions en l'accompagnant dans le Grand Escalier. Je vous cherchais précisément à ce sujet. L'un de mes anciens élèves m'a prévenu que la personne que vous rencontrerez est Aquilius Moore. Quand il était ici, à Poudlard, Moore était un garçon honnête et très appliqué, mais qui sait ce qu'il est devenu à force de travailler au ministère ? Il a été impliqué dans des jugements pour le moins douteux, alors écoutez-moi bien, Ethan : quoi qu'il se passe, gardez votre sang-froid coûte que coûte ! Car le potentiel problème n'est pas seulement Moore, mais aussi les deux Aurors qui sont venus avec lui !
− Ils pourraient m'interroger ?
− Je ne pense pas, admit le professeur Slughorn, mais soyez sûr qu'ils écouteront et rapporteront tout ce que vous direz. Le Fourchelang est un sujet très sensible, surtout en ces temps de guerre, car s'il n'est pas inné, il ne peut être acquis qu'avec des expériences illégales et malfaisantes. Et le ministère, comme vous le savez, ne rate aucune opportunité pour faire croire qu'il coince des mages noirs !
− Je ferai attention, monsieur.
Lorsqu'ils atteignirent le quatrième étage, Harry aperçut, par-dessus la rampe, le professeur McGonagall entraîner l'officiel du ministère et son escorte disparaître dans le second niveau. Il suivit sans un mot le maître des potions, tout en fouillant dans sa mémoire une pensée qui l'avait tracassé longuement mais qu'il ne parvenait pas à identifier. Elle ne lui revint que lorsqu'il emboîta le pas du professeur Slughorn dans un couloir du deuxième palier.
− Ah ! Monsieur, à propos de la solution de Stabilisation, je n'ai pas très bien compris pourquoi l'auteur du manuel tient à ce que nous coupions les graines plutôt que de les écraser.
− C'est une excellente question, approuva le maître des potions, réjoui. Il se trouve que la solution de Stabilisation, comme je l'ai expliqué à Rogue et Lily quand ils sont venus me faire cette remarque, est très capricieuse : si vous ne mettez pas assez de sirop de graines coupées, elle sera ratée. Si vous l'écrasez et qu'un infime morceau de coque se mélange à votre potion, un accident sera inévitable.
Harry plissa le front, perplexe.
− En somme, il y a plus de risques qu'on rate que de chances qu'on réussisse… dit-il.
− Exactement. Ne le dîtes à personne, mais je n'ai pas l'intention de noter le cours portant dessus, c'est juste pour tenter de faire croître le stock de Poudlard, car même pour les guérisseurs ou un professeur de potions, la solution de Stabilisation reste l'une des potions les plus difficiles à réussir. Alors que les autres peuvent être rattrapées après une erreur, celle-ci n'en tolère absolument aucune. Il faut reconnaître qu'elle a le droit à ces caprices, car rien ne lui résiste. Poison, venin, maléfice, tant que vous buvez une solution de Stabilisation, vous êtes assuré de vivre 24h de plus, ce qui suffit généralement pour vous guérir – à condition de réunir tous les ingrédients pour la préparer, ce qui est une tâche assez ardue.
Le Serpentard hocha simplement la tête. Il devinait que le professeur Slughorn et Dumbledore réservaient les solutions de Stabilisation pour une occasion vraiment dramatique, raison pour laquelle, sans doute, il n'en avait pas entendu parler jusqu'à ce qu'il en découvre l'existence dans son manuel.
Le maître des potions l'entraîna jusqu'au couloir menant au bureau directorial. Dès qu'il eut prononcé le professeur eut cité le mot de passe, la gargouille libéra l'accès à l'escalier en colimaçon qui les porta jusqu'à la double porte de chêne massif qui représentait l'entrée du bureau de Dumbledore. Le professeur Slughorn saisit le heurtoir pour en marteler le panneau, puis la voix grave de Dumbledore les autorisa à entrer.
Harry eut la curieuse impression d'être revenu près d'un an et demi en arrière, lorsqu'il avait été convoqué – ou « capturé » – par la Brigade Inquisitoriale établie par Dolores Ombrage, car les deux Aurors à l'air patibulaire se tenaient de chaque côté de la double porte. Aquilius Moore, un petit homme bedonnant au teint rougeaud et au crâne dégarni, observait par la fenêtre le parc de Poudlard. Il se retourna toutefois quelques secondes plus tard, ses petits yeux étincelants, d'une étonnante couleur dorée, observant le Serpentard d'un air inquisiteur, perçant, calculateur. Puis, soudainement, il parut satisfait.
− Prometteur ! lâcha-t-il.
Dumbledore sourit.
− Très, approuva-t-il. Asseyez-vous, Ethan. Je vous présente Aquilius Moore, du département de la Justice magique, qui le ministère de la Magie nous envoie pour éclaircir quelques zones obscures quant à votre condition de Fourchelang.
− En commençant par vous reprocher de ne pas l'avoir souligné lors de votre recensement, dit Moore, même si ce reproche pourrait être également fait à l'Oceanian School of Magic, qui n'a pas daigné le signaler non plus. Bien sûr, cet entretien doit se faire uniquement pour apaiser les consciences des parents d'élèves : légalement, parler la langue des serpents ne constitue en aucun cas un délit, mais nous devons tout de même nous assurer que vous ne l'avez jamais employé à de mauvaises fins et surtout, nous avons besoin de comprendre comment vous avez acquis cette capacité. Est-elle naturelle ?
− Non, reconnut Harry.
− Comment vous l'êtes-vous appropriée ?
− Par accident. Un Fourchelang m'a lancé un maléfice qui n'a pas eu les effets escomptés.
Moore arqua un sourcil en frottant son menton glabre, l'air visiblement intrigué, puis il se tourna vers Dumbledore.
− C'est possible, ça ?
− Rien n'est impossible aux ignorants, répondit le directeur. Bien que mal perçu et rattaché aux forces du mal, je ne crois pas que le Fourchelang ait déjà fait l'objet d'une étude approfondie. Nos certitudes sur le fait qu'il est inné ou appris à travers des expériences répréhensibles ne représentent que des sources historiques, mais il peut très bien exister d'autres manières de s'approprier une telle capacité. Il suffit de voir les sortilèges ratés et les conséquences improbables qu'ils peuvent avoir.
− Certes, admit Moore. Il faudra que je m'entretienne avec le Service des Sortilèges Expérimentaux pour s'intéresser à une éventuelle « transmission de pouvoir », même si je doute qu'ils en sachent quelque chose… Avez-vous pu joindre l'OSM ?
− En effet. La directrice de l'ancienne école d'Ethan a confirmé qu'à part une petite plaisanterie faite à l'un de ses amis, sa pratique du Fourchelang a été très rare et n'a jamais été utilisée pour malmener qui que ce soit. Quant à un lien avec la magie noire, elle m'a garanti qu'Ethan ne s'y intéressait que pour la défaire, et non pour l'employer.
Un déclic se fit instantanément dans l'esprit de Harry. C'est ça ! s'exclama-t-il dans sa tête. Si les Serpentard s'acharnaient à le soupçonner, c'était sans doute parce que le Mangemort ayant enquêté sur lui avait découvert que la seule australienne qui ait encore des « souvenirs » de lui était la directrice de l'OSM. Comment avait-elle échappé à l'enchantement d'Abolition de Midori ? Pourquoi prétendait-elle connaître Harry ? Le demi-démon samouraï l'aurait-il ensorcelée ? Ou, tout aussi plausible, séduite pour la convaincre de mentir ?
− Parfait, dit Moore. Je pense que le département de la coopération magique internationale cherchera à la contacter pour de plus amples informations, ou tout au moins une validation des affirmations qu'elle vous a tenues, mais je ne vois pas très bien ce que je pourrais faire d'autre. Professeur Slughorn, auriez-vous la gentillesse de prévenir ma filleule que j'aimerai lui parler devant les portes du château ?
− Bien volontiers, dit le maître des potions d'un air étrangement amusé.
Moore s'enferma dans ses pensées et ne reprit la parole que plusieurs secondes après que la porte du bureau se fut refermée derrière le professeur Slughorn.
− Une dernière chose, dit le représentant du ministère. Si ce don est accidentel, est-il permanent ou non ?
− Je ne pense pas, répondit Harry.
Il s'en était depuis longtemps convaincu : dès que le fragment d'âme de Voldemort quitterait son corps, seule Vallys serait encore mesure de communiquer avec lui grâce au contrat qu'ils avaient passé à leur rencontre, alors que Harry n'aurait plus la moindre possibilité de converser un autre serpent.
− Mais vous n'en êtes pas sûr, hein ? Bien, je demanderai au Service des Sortilèges Expérimentaux de se pencher aussi sur cette question, même si je ne m'attends pas à un exploit. J'ai peine à croire que Barty se soit laissé convaincre par les parents de m'envoyer ici, mais au moins, Mr Potter sera débarrassé de cette histoire – et moi aussi ! Par contre, Mr Potter, essayez de ne pas trop parler Fourchelang… Qui sait ce qu'un usage fréquent irait mettre dans la tête des gens…
− Je l'utilise qu'en de rares occasions, assura Harry.
− Parfait. Bon, il faut que j'aille annoncer une « mauvaise » nouvelle à Adrian.
Dumbledore sourit de plus belle.
− Il s'y fera, j'en suis sûr, dit-il. Voulez-vous que je vous raccompagne ?
− Non, non, ça ira. Messieurs, je vous souhaite une bonne journée.
Et escorté des deux Aurors, il prit à son tour congés d'un pas plein d'entrain, comme si l'idée d'annoncer cette « mauvaise » nouvelle le réjouissait au plus haut point. Ou peut-être était-ce de s'entretenir avec sa filleule ? Harry n'aurait su le dire très clairement, mais il était bien trop content que les choses se soient bien passées pour cogiter là-dessus. Toutefois, un détail lui taraudait l'esprit :
− Pourquoi a-t-il dit « prometteur », monsieur ?
− Les yeux d'Aquilius possèdent une capacité extrêmement rare qui lui permet d'évaluer le Triumvirat de quiconque entre dans son champ de vision, expliqua Dumbledore. Nombre d'études ont été menées sur cette faculté, mais elle est impossible à décrire concrètement, car elle varie selon les individus qui y sont soumis et qui la possèdent. Pour faire simple, Aquilius peut percevoir trois valeurs qui vous définissent, mais l'un de ses homologues verrait quant à lui l'ampleur des mauvaises actions que vous auriez pu commettre.
− C'est… une sorte de radar ?
− Un radar de l'âme elle-même, en fait. Aquilius perçoit la couleur de l'âme, la puissance magique et le respect des valeurs du sorcier ou de la sorcière qu'il observe. Le fait qu'il vous ait qualifié de « prometteur » signifie que votre âme lui a plu, que votre puissance est appréciable et que vous avez presque toujours suivi la même ligne de conduite, que vous avez fidèle à vos principes la plus grande partie de votre vie.
− Ca pourrait être utile au Magenmagot, commenta Harry, impressionné par la faculté de Moore.
− Malheureusement, non, car ce don n'est pas infaillible. Si un Mangemort considère être resté fidèle à ses principes, alors Aquilius ne sera pas en mesure de certifier qu'il s'est détourné du « droit chemin ».
Harry hocha la tête.
− Et la directrice de l'OSM ? Comment… ?
− Je l'ai informée que je savais que vous n'aviez jamais été dans son école, tout comme elle a reconnu que Midori lui avait demandé de mentir à votre sujet pour « vous protéger ». Selon toute vraisemblance, il a implanté une histoire tragique dans sa mémoire pour la convaincre que vous étiez en danger.
− Sauf que les Mangemorts ont dû comprendre que quelque chose n'allait pas.
− Tout à fait, reconnut Dumbledore. Pendant mon entretien avec elle, elle m'a raconté qu'un homme était venu lui poser de nombreuses questions à votre sujet. Bien évidemment, elle s'est acquittée de sa tâche en lui mentant. Bien que le Mangemort soumis à l'enchantement d'Abolition de Midori soit incapable de relater les propos qu'il a échangés avec mon homologue, on ne peut décemment pas imaginer que Voldemort ne soupçonne pas quelque chose, ce qui expliquerait l'intérêt que vous porte le groupe de Severus.
D'une certaine manière, Harry se sentit soulagé que le directeur ait tiré les mêmes conclusions que lui. Dans un souci de le protéger au maximum, Midori semblait avoir commis une erreur, bien qu'elle fût motivée pour faciliter l'intégration de Harry à cette époque : épargner la directrice de l'OSM quant aux effets de l'enchantement d'Abolition. Il était clair qu'elle avait mis la puce à l'oreille de Voldemort, même si celui-ci n'en connaissait probablement pas toutes les facettes.
− Pour le moment, poursuivit Dumbledore, il semble que vous soyez tranquille vis-à-vis du ministère, mais respectez cette dernière recommandation d'Aquilius, Ethan : n'utilisez pas trop le Fourchelang. Ou, plus exactement, ne l'employez qu'à des fins justifiées, ou les paranoïaques se feront une joie de vous critiquer, soupçonner, voire même accuser.
− J'y compte bien, monsieur.
− Bien. Si vous ne voulez pas manquer le double cours de Lorca, je vous suggère de vous y précipiter au plus vite.
Le Serpentard approuva et sortit à son tour, comprenant que l'entrevue était terminée. Se laissant porter par l'escalier vers le couloir du deuxième étage, au pied de la tour. Au moment où il franchit la gargouille, une tornade de cheveux blond-blanc se précipita sur lui et plaqua ses lèvres sur les siennes. Ce n'était que la deuxième fois qu'Alexa l'embrassait, mais il n'avait pas manqué de se souvenir de ce baiser si doux, si honnête, si passionné et pourtant plein de tendresse, que la magnifique française prenait plaisir à offrir à son camarade :
− Chouchou Petit Ami de la Semaine de la Mort ! Baiser de 8h du matin ! s'enthousiasma-t-elle en lui saisissant la main. Il va falloir que tu apprennes à répondre, par contre, parce que notre couple risque d'en souffrir, mais ne t'en fais pas : je tiens à ce que nous fassions un bébé quand même !
− Je n'en veux pas…
− Parce que tu ne m'as pas encore vue toute nue, affirma Alexa. Quand nous ferons ça, ça et ça, tu ne résisteras pas à avoir un enfant de moi, alors Leo voudra m'en faire un, puis tu me demanderas en mariage pour assumer ta paternité, alors Leo fera la même chose, puis vous vous affronterez dans un combat à mort pour savoir qui me fera un deuxième enfant !
− Pourquoi j'ai l'impression que tu tiens à ce que Silver et moi finissions par nous affronter… ?
− Tu préfères un plan à trois ?
− Ce n'est pas la question !
Alexa rayonna, visiblement ravie de l'avoir mis mal à l'aise, et se colla joyeusement à lui pour le suivre jusqu'à la salle de défense contre les forces du Mal, où elle consentit enfin à le lâcher pour rejoindre la chaise voisine de Silver alors que Harry, désabusé et fusillé du regard par les prétendants de la splendide française, allait s'installer au fond de la classe en échangeant un bref regard avec Remus, qui paraissait trouver la situation très comique.
De son éternel pas silencieux, Lorca entra dans la pièce en portant un épais grimoire usé à la reliure de cuir. Adressant par-dessus son épaule un geste de la main, la Nehoryn fit se refermer la porte dans un léger claquement et rejoignit son bureau, où elle posa l'ouvrage avant de se tourner vers ses élèves.
− Miss Barnes et Mr Wheeler, pourriez-vous ramasser les devoirs de vos camarades, je vous prie.
La Serdaigle et le Poufsouffle s'exécutèrent aussitôt, alors que les étudiants s'empressaient de sortir le devoir sur les Ogres Montagnards réclamé la semaine passée par Lorca. Dès que Melanie et Wheeler eurent déposé les devoirs sur le bureau de la Nehoryn et eurent repris leur place, elle reprit la parole en se promenant dans la classe :
− A partir d'aujourd'hui, annonça-t-elle, nous accélérerons votre apprentissage. Comme je vous l'ai déjà dit, la question de former des guerriers est privilégiée à celle d'enseigner à des élèves. Or, vous ne pourrez jamais vous défendre contre quelque chose que vous ne connaissez pas, notamment la magie noire. Il existe certes des sortilèges scolaires pouvant la contrer, mais cela ne fonctionnera qu'un temps. Un charme du Bouclier ne peut rien contre un Avada Kedavra, bien qu'il puisse atténuer le Doloris, voire même le bloquer.
La concentration s'accentua, les élèves comprenant qu'ils abordaient désormais un chapitre essentiel à leur septième année d'études.
− Toutefois, la magie noire ne se résume pas aux Impardonnables, poursuivit Lorca. Il existe nombre de maléfices pouvant entrer dans cette catégorie, et c'est l'une des raisons pour lesquelles la défense contre les forces du Mal existe. Hémorragie ou perforation, ulcère ou étranglement, os brisés ou crâne fendu, sont des possibilités qu'offre la magie noire et dont vous devez savoir vous protéger. Vous étudiez les poisons avec le professeur Slughorn, mais dans le contexte actuel, dans ma classe, les choses sont sensiblement différentes : vous n'avez pas quelques secondes pour vous guérir, car le moindre maléfice qui vous atteindra pourra s'avérer fatal.
Lorca regagna le tableau et lui fit un signe pour faire apparaître le titre du cours : « SE DEFENDRE ».
− Dans un premier temps, continua-t-elle avec une franche indifférence, nous apprendrons à vous protéger. Tout comme il existe des sortilèges scolaires capables de vous prémunir contre d'autres sorts, il existe des sortilèges avancés pouvant assurer une protection quasi-optimale contre les maléfices les plus violents.
Le double cours porta essentiellement sur un bouclier solide, visible, qui rappela singulièrement à Harry celui matérialisé à une autre époque par Voldemort, afin de se protéger contre un sortilège de Dumbledore, dans l'atrium du ministère. Bien que lui-même eût découvert un sort comparable, il ne put qu'admettre sa naïveté : le cours porta sur un bouclier plus solide, bien plus fiable, que celui qu'il connaissait. Toutefois, il remarqua que les couleurs des écus variaient en fonction des élèves – tout au moins, chez ceux qui réussirent l'exercice : d'un rouge sombre pour James, d'un bleu azur pour Ana, d'un ocre scintillant pour Alexa ou encore d'un noir mat, incapable de réfléchir la moindre lumière, pour Silver.
Si le sortilège était relativement simple à matérialiser, la difficulté résidait dans son maintien. Avec un simple sortilège de Jambencoton, Berenis parvint à briser le bouclier de Sainton, alors que Harry échappait de justesse à un Stupefix de Mary, sa protection se brisant en mille morceaux dès l'impact.
− Bien, lança Lorca avec désinvolture lorsque la cloche annonça la fin du double cours. Les élèves n'ayant pas réussi vont attendre dans le couloir que je les appelle. Pour la semaine prochaine, je veux une rédaction sur la magie noire pour savoir la reconnaître et l'affronter.
Harry réprima un soupir. Malgré une résistance toujours plus grande de son propre bouclier, il n'avait pas réussi à résister à la moindre attaque. Rangeant ses affaires, il sortit donc de la classe et resta dans le couloir en compagnie d'un bon nombre de ses camarades, qui se succédèrent peu à peu à mesure que Lorca les appelait. Il savait que la Nehoryn le recevrait en dernier – et cela ne pouvait signifier qu'une chose : elle avait à lui parler sérieusement de sujets extrascolaires.
Confirmant son soupçon, il fut appelé en dernier, dès que Patricia Hare sortit, et entra dans la salle de classe tout en sentant un regard posé sur sa nuque. Il ne chercha pas à savoir à qui il appartenait, se doutant bien qu'il s'agissait d'un Serpentard, et il ne s'en inquiétait pas : depuis le premier jour, Lorca avait installé des sortilèges pour qu'aucune conversation ne puisse être entendue par une oreille indiscrète.
Retrouvant la Nehoryn dans la classe et prenant soin à bien refermer la porte, il s'assit devant le bureau tandis que Lorca se débarrassait des notes prises lors de ses entretiens avec les camarades du Serpentard.
− Je devine que vous n'avez toujours pas progressé dans votre magie tactile ?
− Non, reconnut Harry.
− Il se pourrait que ce ne soit pas par hasard, même si ça reste à confirmer. Quand j'en ai parlé à Ooghar, Alyphar a révélé, sans rien affirmer, qu'à l'époque où Midori faisait ses études, une rumeur parlait d'un génie excellant dans toutes les matières sauf la Première Loi. Il ne garantit pas que l'élève en question était bien Midori, cependant, mais il lui posera la question dès qu'il sera revenu de sa mission.
− Donc, mon apprentissage de la Première Loi est suspendu ?
− Pour le moment. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi vous avez réussi à amplifier la force de vos jambes et votre extension pour atteindre le septième étage plus rapidement, le soir de l'intrusion d'Ysogür…
− L'adrénaline ? L'urgence, peut-être ?
− Ou un petit coup de pouce de Lathar. Vous ne l'avez plus entendu ?
− Non, répéta Harry.
Lorca resta silencieuse quelques secondes, réfléchissant.
− Nous aviserons quand nous aurons la réponse de Mido…
Elle s'interrompit et tourna la tête une fraction de seconde avant qu'un panache de fumée noire n'explose à côté de bureau. Un bel homme brun, la barbe soigneusement taillée et les yeux couleur lilas, se matérialisa en présentant une vilaine plaie qui lui avait déchiré la manche de sa tunique noire et fendu le bras sur une bonne quinzaine de centimètres. Bien qu'il ne semblât pas souffrir, il avait l'air très pâle et son front luisait d'une sueur froide.
Sans particulièrement se presser, Lorca fit apparaître une chaise pour le Nehoryn et s'attela à examiner la blessure. Pour la première fois, elle ne chercha pas à utiliser sa baguette magique, privilégiant visiblement sa vraie magie. Ses yeux pétillaient de lueurs froides, comme de petites étoiles, alors qu'elle auscultait son camarade.
− Encore des créatures inconnues… commenta-t-elle pour elle-même.
− Non, assura l'homme, mais j'aurais préféré.
Lorca leva les yeux sur les siens et reçut, en guise de réponse, un long regard lourd de sens. L'espace d'un instant, la belle enseignante sembla s'assombrir, mais elle retrouva instantanément sa neutralité.
− Il les a donc améliorés. Que s'est-il passé ?
− Nous avons eu le malheur de croiser une classe de sans-pouvoir qui se promenait dans une forêt. Trois jours de traque et voilà comment ça finit… Une chance que les unités de Yoreth et Lusanna soient arrivées à temps, nous avons pu contenir les Nudhors pour que les élèves et leurs accompagnateurs s'enfuient, mais Yoreth a perdu deux de ses hommes. Mais il y a pire : les groupes se sont séparés et prennent la direction de Londres, de Poudlard et une autre dont nous ne savons encore rien. On pense à la cachette de ce Lord Voldemort.
− C'est probable, admit Lorca.
Elle tendit une paume à quelques centimètres de la blessure du Nehoryn, de laquelle une lueur continue de couleur verte se mit à briller, irradiant le bras du guerrier.
− Tu ne peux pas me guérir, affirma celui-ci.
− La composition du venin est trop complexe pour moi. Je vais juste en arrêter la progression pour les douze heures à venir mais il faudra te tourner vers Ooghar ou Cataara pour espérer obtenir un antidote. Si jamais mon sortilège s'estompe, appelle Midori s'il est revenu. Il faut que je prévienne Dumbledore que la situation prend une mauvaise tournure, il saura convaincre le ministère d'obéir à mes directives.
− Et pour Poudlard ? Je ne pense pas que les élèves soient en mesure d'affronter des Nudhors…
Lorca resta silencieuse, concentrée sur les soins qu'elle prodiguait. La lueur verdâtre vira au rouge. S'envolant de la plaie, une substance laiteuse s'éleva lentement en petites gouttes et se rejoignit pour en former une plus grosse, de la taille d'un œil, que la Nehoryn enferma dans une petite bouteille surgie de nulle part.
− Je vais donner ça au maître des potions pour qu'il étudie cette substance de son côté. Quant à Poudlard, je ne sais pas. Je pense que Garwir devrait prendre la tête d'une unité de guerriers pour surveiller l'école, à moins que nous n'ayons des jeunes susceptibles de faire l'affaire. De toute façon, le commandement va sûrement organiser une réunion, donc nous verrons. Ah, une dernière chose, Silmar : ne dîtes rien à Midori sur le fait que les Nudhors se dirigent par ici.
L'homme eut un sourire franc.
− Je ne peux rien promettre, mais on fera un effort. Merci pour ton aide.
Lorca le salua d'un simple signe de la tête et le Nehoryn disparut dans un nouveau panache de fumée noire, sans donner la plus petite impression qu'il avait remarqué la présence de Harry.
− Pourquoi ne pas prévenir Midori ? demanda le Serpentard, intrigué.
− Parce qu'il devient incontrôlable dès qu'il affronte des Nudhors. Plus incontrôlable qu'à l'ordinaire, en tout cas, et je ne pourrai jamais garantir à Dumbledore qu'il fera attention à ne blesser aucun élève ou professeur.
− Et… c'est quoi, exactement, des Nudhors ?
Lorca posa le flacon contenant le poison sur son bureau après l'avoir longuement examiné de ses yeux ensorcelés, puis elle se rassit en annulant son sortilège visuel.
− Vous vous souvenez que nous vous avions dit que l'Ennemi était doué pour utiliser les hantises de ses opposants ? C'est ce que sont les Nudhors. Des gerfauts sans état d'âme, affamés de chair, assoiffés de sang, créés dans le seul but de détruire la moindre résistance aussi bien physiquement que psychologiquement. Torturer, dépecer, démembrer, violer, il n'existe aucune limite à leur cruauté, au point qu'ils n'hésitent pas à obliger leurs prisonniers à regarder femmes, frères, sœurs, enfants à subir toutes les atrocités qui leur sont infligées. Et quand ils ne vous tuent tout simplement après leurs ignominies, ils vous mordent pour faire de vous l'un de leurs, histoire d'affaiblir encore plus le moral des ennemis d'Anteras… Les fuir est impossible : ils captent toutes les émotions : l'excitation, la peur, l'angoisse, la colère, etc. Si vous êtes dans le champ d'action de leur odorat, ils vous repéreront.
Harry sentit un frisson remonter sa colonne vertébrale. Il n'avait pas attendu que Lorca finisse pour regretter d'avoir posé la question sur les Nudhors. Voldemort lui paraissait plus que jamais être un gentil petit criminel à côté d'Anteras.
− Sont-ils aussi durs à tuer que ça ?
− Plutôt deux fois qu'une. Vous pouvez les démembrer autant que vous le voudriez, leurs membres continueront à bouger : seul brûler leur corps permet de s'en débarrasser définitivement. C'est pour cela que Midori se lâche quand il les combat, car il peut les découper autant qu'il veut, ils représenteront toujours une menace tant qu'ils n'auront pas été brûlés.
Elle s'enferma momentanément dans ses réflexions, puis laissa échapper un infime soupir.
− Il faut que j'avertisse Dumbledore. Tant que le commandement n'aura pas distribué ses consignes, nous devrons faire en sorte que les élèves et les professeurs protègent le château. Vous devriez vous intéresser à des sortilèges de Feu, Ethan, car on aura besoin de vous. Dumbledore se chargera de prévenir les autres élèves.
Harry se leva de sa chaise et amorça un pas vers la porte, mais il se ravisa. Une image le hantait : la mine lugubre affichée, même un bref instant, par Lorca.
− Je peux vous poser une question… heu… indiscrète ?
− Laquelle ?
− Est-ce que… les Nudhors ont tué votre mari ou l'un de vos proches ? Quand Silmar vous a regardé, j'ai eu ce soupçon et je me suis dis que ce n'était peut-être pas par hasard si c'était vous qu'il était venu voir en priorité…
L'ombre d'un sourire se dessina sur les lèvres de Lorca, visiblement satisfaite qu'il se soit montré aussi attentif.
− Ils ont transformé mon mari en l'un des leurs, révéla-t-elle.
− Ah… dit Harry, mal à l'aise.
Qu'est-ce qui le gênait le plus ? Que Lorca le lui avoue sans sourciller, sans émotion, ou le destin tragique subi par le mari de la Nehoryn ?
− Et…
− Il est mort, anticipa la belle enseignante. Alyphar l'a tué.
