Le lundi suivant, Poudlard paraissait bien silencieux. La veille, un grand nombre d'élèves avaient préféré rentrer chez eux, en particulier les plus jeunes, mais aussi les moins rassurés à travers toutes les années. Le château était donc moins bruyant et chaleureux au petit déjeuner, d'autant que ses immenses portes et l'interdiction de sortir donnaient l'impression d'être cloîtré, attendant le moment fatidique où l'assaut serait lancé. Parallèlement, une bonne partie du dimanche de Harry et de la Brigade fut occupé à trouver un plan pour organiser la défense du hall d'entrée : si Mr Moorehead n'avait pu leur fournir d'idées bien précises, il avait tout de même fait une liste de conseils à respecter – mais un problème demeurait : comment faire pour qu'un élève faisant un écart ne prenne pas un sortilège d'un camarade. Les étudiants avaient tendance à disparaître pour s'entraîner, s'instruire afin d'apprendre des sortilèges de feu qui leur sauveraient la vie face aux Nudhors, et Silver ne s'était plus montré du tout depuis samedi soir.

− Il doit encore faire des expériences, dit Alexa.

− Bah il ferait mieux de revenir, sinon il va rater le début du cours de Williams, commenta Lily en parcourant La Gazette du Sanglier qui, sans surprise, reprenait l'annonce de la menace et un résumé de la réunion professorale qui s'en était suivie. Au fait, vous en êtes où dans votre stratégie des élèves ?

− On a peut-être trouvé quelque chose, répondit Harry, mais il faut encore qu'on le présente à Bresch à la récréation.

− Pas le droit de me mettre en première ligne pour te débarrasser de moi et avoir Lily rien que pour toi ! menaça Leonie.

− Ca ne m'avait même pas traversé l'esprit.

Leonie lui lança un regard sceptique. Depuis que la semaine de couple de Harry et d'Alexa touchait à sa fin, elle repartait à le soupçonner qu'il cherchait à séduire la préfète-en-chef, ce que la magnifique française l'encourageait à penser en le traitant de goujat, de profiteur et de pervers, tout en le surnommant désormais « Chouchou Impitoyable de la Mort ». Et comme à son habitude, le petit bout de femme-enfant croyait Alexa sur parole.

− N'empêche, dit Aurelia, je ne m'attendais pas à ce qu'autant de cinquième et sixième années restent.

− On leur a expliqué qu'ils auraient un rôle à jouer, expliqua Harry. Les cinquième année devront amener les plus jeunes à l'abri, dans les salles communes, mais nous ne sommes pas encore sûrs de quoi faire des sixième année. On avait pensé à les poster aux fenêtres du premier étage, côté parc, pour qu'ils soutiennent les professeurs jusqu'à l'arrivée des Aurors, sauf qu'il y a toujours ce même problème : comment être sûr qu'ils ne toucheront pas un allié ?

D'autant que les enseignants ne seraient pas les seuls à entrer en scène dès l'intrusion des gerfauts : l'Alliance serait la plus prompte à rejoindre le champ de bataille, puisqu'elle pourrait transplaner directement dans le parc dès l'entrée des gerfauts au sein de l'école, mais là, le problème de bien viser ne se poserait pas : les professeurs auraient des cibles assez nombreuses en face d'eux pour ne pas risquer de toucher un Nehoryn.

− On sait combien d'élèves défendront le hall ? demanda Mary.

− Ana m'a dit que la plupart des Serdaigle de sa classe seraient là, sauf Ells qui est rentré chez lui, mais pour…

− Raisons familiales, acheva Aurelia.

− Voilà. Cassie se renseigne encore auprès des Poufsouffle, mais il ne faudra pas compter sur Brythe, lui aussi rentré.

− C'est préférable pour lui, reconnut Lily. J'ai trouvé étonnant qu'il s'en sorte indemne la dernière fois.

− Et à Serpentard, reprit Alexa, il y aura les filles, la sixième année qui est amoureuse de Chouchou Impitoyable, la petite amie de Griggs et Franck Lestridge, même si je ne sais pas du tout qui c'est. Berenis a cru entendre la bande de Mulciber débattre sur leur intervention ou non, mais elle ne jurerait de rien.

Et pourtant, Harry avait lui aussi le sentiment que les garçons de Serpentard hésitaient, mais cela ne serait pas sans risque – et encore moins sans objectifs. Si son intuition était bonne, il parierait que le plus motivé était Rogue, qui pourrait sans doute garder un œil sur Lily comme pour essayer de retisser des liens avec elle, maintenant que Harry les avait présentés comme de simples inconnus. Toutefois, il en était un autre qui semblait partant : Avery, mais il en ignorait totalement la raison. Malgré cela, s'ils participaient et qu'ils se retrouvaient face à d'éventuels Mangemorts, ils pourraient s'attirer de sérieux ennuis.

− Ca ferait une bonne défense, commenta Mary.

− Si elle est bien organisée, objecta Harry. Or, si je ne me trompe pas, il n'y a que James et Sirius qui aient l'habitude de se battre en équipe.

− De toute façon, on verra bien pendant le cours de Bresch, dit Lily en rangeant son journal. Pour l'heure, en classe !

Elle aida Leonie à enrouler ses derniers toasts dans une serviette puis la fit descendre de sa chaise, l'entraînant par la main à sa suite alors que les autres remontaient déjà la longue table de Gryffondor. Une main se referma sur le bras de Harry quand il dépassa la table de Poufsouffle et il tourna la tête sur Cassie.

− On sera presque tous là, on préfère laisser Patricia en retrait, indiqua-t-il.

− Elle pourra veiller à ce que les têtes-brûlées de Poufsouffle ne cherchent pas à nous rejoindre, au moins.

− Je vais lui dire.

Un toussotement exagéré porta son attention sur Alexa, cette fois.

− A peine larguée et je suis déjà remplacée, hein ?

Les filles de Gryffondor rirent sous cape.

− J'ai respecté mon gage, non ?

− Non, on n'a pas fait ça, ça et ça, donc pas de bébé !

− Tu n'as jamais stipulé que c'était obligatoire.

Alexa cilla.

Humpf ! répliqua-t-elle d'un ton hautain.

Pendant quelques agréables minutes, la perspective de l'assaut prochain des gerfauts s'évanouit des esprits tandis qu'ils se rendaient dans le hall d'entrée et prenaient la direction du bel escalier de marbre. Silver, surgissant du couloir des cuisines un grand plateau d'or, les rejoignit sur les marches, l'air ensommeillé, et laissa Leonie piocher allègrement dedans pour rajouter un peu d'épaisseur au reste de son petit déjeuner.

− Où étais-tu passé, hier ? interrogea la magnifique française. Chouchou m'a larguée sans galanterie !

− Qui ne l'aurait pas fait ?

− Connard…

− Donc, tu étais où ? s'amusa Mary.

− J'ai été cueillir des champignons et des herbes, j'ai joué aux échecs avec Firagan, j'ai fait quelques expériences puis j'ai été me coucher, répondit Silver d'un ton badin.

− Tu as été cueillir des champignons… alors qu'il y a des gerfauts dans la vallée… ?

− Ah ? Ah, ça m'était sorti de l'esprit.

Déconcertées, les filles de Gryffondor leur camarade avec ahurissement, mais Alexa sembla au contraire s'en réjouir.

− Je me demande bien ce que dirait Bresch s'il l'apprenait, chantonna-t-elle avec un grand sourire.

Silver plissa les yeux, mais ce ne fut pas vers son amie qu'il se tourna : ce fut vers Harry.

− Ne me dis pas que tu ne l'as pas rendue amoureuse de toi…

− Au sein de la Brigade, on est solidaires, non ? ironisa le Serpentard.

− Je peux te tuer ? J'ai envie de te tuer, je peux te tuer ?

− Non merci.

− En plus, on a besoin de lui, dit Aurelia en se mordant la joue pour ne pas rire.

Silver lança un regard méfiant et désabusé à Alexa, qui rayonnait.

− Ok, je serai ton petit ami pour une semaine, mais à partir de demain.

− Avec option bain tous les soirs et faire ça, ça et ça ! exigea la Serpentard.

− C'est toi que je vais tuer, Nymphomane de la Mort… mais va pour les bains.

Alexa se renfrogna, sembla enfin analyser la réponse de Silver, pesa le pour et le contre et se réjouit de nouveau. Sans nul doute possible, elle ne doutait pas qu'à force de se dénuder devant le Gryffondor, il finirait par succomber à son charme pour lui offrir une place dans son lit. Au moins, se dit Harry, il ne risquait plus rien pendant une semaine. Tout au moins, de la part de la superbe française.

Atteignant le couloir de défense contre les forces du Mal, Harry porta son attention sur Mogg, mais la richissime blonde lui tournait le dos. Depuis la veille, et sans la moindre explication, elle avait soudainement retrouvé ses habitudes d'ignorer tous les garçons, même lui. Il ne se plaignait pas de ne plus subir ses regards inquisiteurs, mais le comportement de l'héritière tant convoitée le dépassait franchement. S'en désintéressant, il regarda Leonie courir dans les bras d'Ana et lui sauter au cou pour recevoir son énoooorme baiser affectueux habituel.

− Cassie t'a parlé ? demanda la Serdaigle au demi-démon.

− Outre Brythe, il faudra se passer de Patricia.

Ana hocha simplement la tête, nullement surprise, alors que la porte de la classe s'ouvrait. Les élèves entrèrent, Leonie, de nouveau au sol, se précipitant jusqu'à la table qu'elle occupait habituellement avec Lily pour empêcher n'importe quel Potter de lui piquer sa place. Harry alla rejoindre la sienne, tout au fond, sans voisin, tandis que Lorca attendait que les Maraudeurs, bon retardataires, entraient au pas de course. Puis elle referma le panneau.

Presque instantanément, bien que les élèves produisirent du bruit en sortant leurs affaires, l'atmosphère sembla changer. Il n'y avait plus aucun jeune homme pour essayer de paraître séduisant aux yeux de la Nehoryn, il n'y avait plus d'impatience à l'idée que le cours serait différent : il le serait indubitablement, car Lorca, bien qu'aussi inexpressive qu'à l'ordinaire, donnait l'impression de dégager une aura annonçant toute la menace qui guettait l'école. Certains élèves se ratatinèrent légèrement en la regardant rejoindre son bureau de son pas silencieux, alors que la concentration, l'anxiété, l'appréhension croissaient en un instant.

− Je ne vais pas vous mentir, dit la belle enseignante en s'asseyant à moitié sur son bureau, les bras croisés sous sa poitrine, la précédente attaque que nous avons subie promet d'avoir été une vulgaire bagarre de collégiens à côté de ce qui nous attend. C'est une bataille rude qu'il nous faudra livrer, car les enjeux sont nombreux : soit nous remportons le combat et survivons et Poudlard resta ouvert, soit nous échouons et les survivants rentreront chez eux pour y attendre que les gerfauts reviennent, tôt ou tard, les chercher. Raison pour laquelle les professeurs, bien qu'ils ne prennent aucun plaisir à vous impliquer, ne vous ont pas refusé le droit de défendre l'école.

− Mais comment sait-on que des gerfauts approchent ? interrogea Mulciber.

Harry aurait été surpris qu'un Serpentard ne pose pas la question : Dumbledore n'ayant pas expliqué comment il savait que Poudlard serait très prochainement menacé, Rogue et ses amis avaient sans doute attendu la première occasion pour éclaircir ce mystère.

− Des randonneurs moldus les ont aperçus dans une vallée proche, alertant le ministère de la Magie, qui a traqué ce groupe de gerfauts et en a logiquement déduit que sa cible était Poudlard.

Le mensonge ne souffrait d'aucune faille, songea le demi-démon. Non seulement il apportait une explication convaincante, mais il niait tout rapprochement entre Dumbledore et l'Alliance. Restait à savoir si les Serpentard croyaient Lorca et bien sûr, si Voldemort et Anteras en feraient de même.

− Professeur, intervint Jason Greggson, est-on sûr que, si nous remportons la bataille, la Confédération ne cherchera quand même pas à faire fermer Poudlard ?

− Certes non, admit Lorca. Cela dépendra de plusieurs facteurs, celui qui condamnera l'école étant bien sûr la mort d'un ou de plusieurs élèves. Si nous ne comptons que des blessés, le ministère s'opposera catégoriquement à la fermeture du collège, sans compter que Dumbledore et le professeur Bresch font eux-mêmes partie de la Confédération et y ont de vieux amis et de vieilles connaissances qui les soutiendront.

Certains étudiants parurent sensiblement rassurés, même si l'idée qu'un camarade puisse mourir leur arracha un frisson.

− Quoi qu'il en soit, poursuivit la Nehoryn, nous n'en sommes pas encore à faire le bilan post-bataille. Même si nous vous avons annoncé qu'il n'y aurait peut-être pas de cours spécial ce mois-ci, nous avons eu une idée : ce cours-ci le sera et portera sur ce que les initiés appellent « les Sortilèges Unis ». Quelqu'un sait-il de quoi il s'agit ? Miss Evans ?

− Ils désignent une pratique magique permettant d'unifier un même sortilège lancé par plusieurs sorciers, répondit Lily.

− Dix points pour Gryffondor.

Lorca fit un geste nonchalant de la main en direction du tableau, où s'inscrivit un cercle comportant quatre axes : Eau, Feu, Vent et Nature, tels les points cardinaux.

− Les Sortilèges Unis, poursuivit-elle, ont été créés initialement pour la défense. Lors des guerres antiques, les sorciers les utilisaient pour dresser des murs afin de maintenir leurs ennemis à distance ou les retarder, mais cette forme de magie répond à certaines règles, la plus importante étant que le potentiel de chaque lanceur doit être relativement égal à celui ou ceux qui le soutiennent.

− Je ne suis pas sûr de comprendre, professeur, avoua Ash, perplexe.

− C'est très simple : Messieurs Potter et Black ont presque toujours été complices dans leurs duels, ont également reçu des notes très souvent proches et ont développé une sorte d'harmonisation. S'ils utilisaient le même sortilège pour créer un pilier de flammes, par exemple, ils pourraient faire en sorte que leurs deux sorts se rejoignent afin de former une seule colonne. Il y a toutefois une lacune aux Sortilèges Unis… Miss Evans ?

− Le niveau d'un sorcier n'est jamais totalement identique à celui d'un autre.

− Dix points pour Gryffondor, répéta Lorca. Messieurs Potter et Black sont complices, certes, mais l'un a quasi-forcément un niveau différent de l'autre, de par son potentiel ou de la puissance de ses sorts. Le résultat est que cette différence, qu'elle soit infime ou non, créera une perturbation dans leur Sortilège Uni, qui durera un temps puis finira par se dissiper.

− Alors, quel est leur intérêt ? Autant utiliser les bons vieux sortilèges, non ? dit Beauchesne.

− Non, car les Sortilèges Unis peuvent être stabilisés et renforcés par un potentiel encore plus grand. En reprenant l'idée de voir Messieurs Potter et Black dresser un mur de flammes pour contrer les Nudhors, il est vrai que leur sortilège durera moins de temps que si… Miss Fellini utilise un charme d'Isolation, à la fois pour le contenir dans un périmètre défini que pour faire en sorte qu'il agisse le plus longtemps possible.

Elle laissa le temps aux élèves d'enregistrer ses paroles, puis reprit :

− Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, je vais vous apprendre à maximiser votre défense contre les gerfauts. Je ne promets pas que vous n'aurez affaire qu'à des gerfauts, tout comme je ne promets pas que vous maîtriserez les Sortilèges Unis avant la fin du cours, mais ça n'en demeure pas moins une protection que vous devez absolument apprendre.

« Absolu » était le terme exact : d'un simple mouvement de baguette, Lorca parvint à créer un vent d'une telle brutalité que toutes les tables, toutes les chaises reculèrent de plusieurs mètres. Harry heurta même le mur auquel il tournait le dos, comme si une main puissante et invisible l'avait trainé en arrière.

Après avoir ramassé manuels, parchemins, plumes et flacons d'encre brisés, les élèves passèrent le plus clair du cours à se démarquer autant que possible. La peur d'avoir un ami tué, la crainte d'être soi-même tué semblait motiver chacun et chacune à fournir les plus gros efforts pour répondre aux exigences de Lorca, qui observait, analysait et tranchait. Loin du Podium des Douze établi par La Gazette de Poudlard, la Nehoryn établit des groupes : Ana, Lily, Silver et Alexa constituaient le premier groupe le plus puissant, le second étant composé de Cassie, Sirius, James, Rogue, Mogg et Harry, bien que celui-ci eût la très nette impression que la Nehoryn ménageait Leonie, dont les résultats, lors de l'évaluation, dépassèrent la moyenne.

A quel point veulent-ils la protéger ? se demanda le demi-démon. Il était clair que si Leonie se retrouvait dans le troisième groupe, ce n'était pas par hasard : il était même convaincu que Dumbledore avait demandé à Lorca de minimiser le potentiel du Bébé de Gryffondor, mais pourquoi ?

Il eut vite fait de réfléchir à autre chose, car Lorca passa la dernière heure et demie à leur enseigner divers Sortilèges Unis : les potentiels étaient identifiés aussi sûrement que des affinités, comme s'ils avaient été des preuves témoignant de l'affection de couples. Sous l'œil calculateur de la Nehoryn, les groupes les plus compatibles apparaissaient : Ana, Lily et Alexa auraient presque eu le premier rôle si Silver n'avait pas existé, le Gryffondor surpassant tous ses camarades, alors que Harry, plus que déçu, se voyait relégué au troisième groupe avec Aurelia, Avery, Leonie, Beauchesne, Gardner, Ash et Remus.

Lorsque la cloche sonna la fin du double cours, certains avaient l'air plus vexé que d'autres, comme s'ils estimaient qu'ils méritaient une meilleure place dans le « classement », mais Lorca ne leur accorda aucune attention :

− Je ne vous donnerai qu'un seul devoir : travaillez, encore et encore, les sortilèges que je viens de vous enseigner, dit-elle de son éternel ton neutre. Et retenez bien que votre survie en dépend.

L'intonation de sa voix laissait clairement deviner que la mort du moindre élève ne l'affecterait pas plus que ça, mais tous les étudiants se sentirent galvaniser, comme s'ils désiraient plus que tout prouver qu'ils étaient parfaitement capables de lutter contre les gerfauts. Harry crut apercevoir l'ombre d'un sourire satisfait sur les lèvres de Lorca.

Perchée dans les bras d'Ana, Leonie ronchonnait toujours parce que sa peluche en forme de crabe avait failli s'envoler lors du vent provoqué par la Nehoryn.

− Je n'ai pas compris pourquoi elle a utilisé ce sortilège, d'ailleurs, dit Mary. Ce n'était pas un Uni, pourt…

− Si, l'interrompit Silver d'un ton badin, car il n'y avait pas « ce » sortilège, mais ces sortilèges. Trois fois le même.

− Ah ? s'étonnèrent les autres.

− Le premier quand elle a bougé sa baguette, le second lors de son mouvement de poignet et le troisième quand sa main est redevenue immobile. Ce que je trouve impressionnant, c'est que Williams semble pouvoir contrôler la vitesse de ses sorts, dit le Gryffondor d'un air pensif. Leur vitesse n'a été la même qu'une fois qu'ils se sont rejoints…

− Tu peux nous expliquer comment tu sais qu'il y en a eu trois ? lança Aurelia, déconcertée.

− Je suis très doué pour déceler la magie sous toutes ses formes, rappela le français. Enfin, celles que je connais.

− Y a une magie inconnue sous mes vêtements, tu sais ? s'enthousiasma Alexa.

− Bah qu'elle le reste.

− Connard…

− Surveille ton langage !

La voix du professeur Bresch les fit se retourner, alors qu'il abattait sèchement le tranchant de sa main sur la tête d'Alexa.

− Même pas morte ! grommela la splendide française en se frottant le crâne.

− Prie pour ne pas l'être prochainement, répliqua le directeur de Beauxbâtons. Lily, faîtes savoir que mon cours est reporté à cet après-midi, je vous prie. Leo, nous aurons besoin de ton stock de Flammes des Enfers.

− Vous m'avez interdit d'en fabri…

− Ne te fous pas de moi, grogna le professeur Bresch. Depuis quand tu m'écoutes quand je t'interdis de fabriquer un truc ? Combien tu en as ?

− Trois ou quatre… ou peut-être vingt-huit, je ne sais plus.

− Amène-les dans la salle des professeurs après le déjeuner. Et demande à Firagan s'il pourra donner un coup de main lors de l'attaque. Ethan, vous venez avec moi.

− Est-ce que l'attaque est prévue pour bientôt ? demanda Aurelia. Très bientôt ?

− Nous n'allons pas tarder à le savoir, hélas. Allons-y, Ethan.

Emboîtant le pas de l'enseignant français, Harry adressa un petit signe à ses amies puis suivit le professeur Bresch. Il glissa une main dans son sac pour en tirer le parchemin comportant les différentes idées imaginées par la Brigade pour organiser les élèves dans leur défense de Poudlard.

− Nous n'avons pas réussi à établir une stratégie convenable, prévint-il, car toutes nos idées ont un défaut…

− La liberté de mouvements, c'est ça ?

Harry se laissa franchement impressionner. En un simple coup d'œil au parchemin, le professeur Bresch l'avait compris.

− Heu… En effet, reconnut-il en reprenant contenance.

− Il est vrai qu'il y a des idées, mais vous allez davantage vous gêner que vous défendre correctement. Néanmoins, j'ai ma petite idée sur comment vous pourriez organiser la défense estudiantine, mais il faut que j'en parle avec Albus. Avez-vous un conseil à me donner, Ethan ? Sur la composition ?

− Heu… répéta Harry en réfléchissant rapidement. Je pense qu'il serait préférable que Leonie soit avec Lily et Ana, quelle que soit la formation. Et faire en sorte qu'Ana, Mogg, Cassie et Alexa puissent diriger les élèves les plus proches. Et garder le duo James-Sirius.

Le professeur Bresch eut un sourire alors qu'ils bifurquaient dans le couloir menant au bureau directorial.

− Ce sont des conseils remarquables, déclara-t-il, mais vous oubliez l'élève le plus important.

− Alexa m'a dit que Silver était un électron li…

− Je ne parle pas de Leo, je parle de vous, Ethan.

Il s'arrêta, surprenant Harry qui mit une brève seconde à réaliser qu'il marchait seul. Il se retourna et reçut aussitôt la main du professeur Bresch sur l'épaule. Signe que la situation était inquiétante ou non, le directeur de Beauxbâtons manifestait une bienveillance franche et visible qui ne lui allait pas vraiment, mais qui fit comprendre au demi-démon qu'il aurait un rôle très particulier à jouer lors de la bataille.

− Savez-vous quelle est la première chose à laquelle j'ai pensé quand j'ai entendu dire qu'Alexa vous avait attribué le titre de « Stratège de la Mort » ? dit-il. Mon premier réflexe a été de me précipiter dans le bureau de Dumbledore pour lui dire que vous étiez en danger… Mais contrairement à ce que je pensais, Leo ne s'est pas vexé, il a même soutenu le choix d'Alexa.

− Je ne suis pas sûr de comprendre, monsieur…

− Ils vous font confiance. A Beauxbâtons, Leo était le stratège, il ne se passait pas une affaire sans qu'on ne se tourne vers lui, mais il a accepté sans sourciller que vous soyez son remplaçant. Ca en dit long sur l'estime qu'il a pour vous, Ethan. Mais le plus significatif, c'est indéniablement l'intérêt que vous porte Alexa : je suis depuis longtemps convaincu qu'elle a un don, un vrai don, qui lui permet de jauger une personne à sa juste valeur. A part Leo, vous êtes le seul jeune homme qui puisse se vanter d'avoir attiré son attention… et les dieux savent qu'ils ont été nombreux à essayer de se faire remarquer. Vous êtes un Brigadier important, voire même vital, pour lui comme pour elle !

Harry ouvrit la bouche, la ferma, la rouvrit puis la referma. Il ne trouvait pas les mots, tout comme il était sûr que s'il avait une réponse à donner au professeur Bresch, celle-ci ne sortirait pas. Il était bien conscient qu'il bénéficiait de l'affection très particulière – et sincère – d'Alexa, tout comme il savait que Silver l'appréciait assez pour prendre la peine de passer une nuit entière à récupérer les ingrédients nécessaires pour une potion qui le soignerait, mais l'entendre de la bouche du directeur des deux français… C'était quelque chose d'impressionnant, d'émouvant. Quelque chose qui l'atteignit droit au cœur.

− Je… Je ferai tout ce que je peux, monsieur, promit-il.

− Vous assumerez le rôle de leader ?

− S'il le faut, oui. Coûte que coûte.

− Voilà qui me facilite considérablement la tâche, assura le professeur Bresch. Venez, on nous attend.

Harry, malgré sa résiliation, ressentit un désagréable frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Il savait qu'il s'était déjà trouvé dans la position de leader, notamment lorsqu'il s'était introduit dans le département des mystères, mais les choses lui paraissaient aujourd'hui d'une tout autre nature, soumises à une tout autre menace bien plus mortelle. Comment réagirait-il si un élève venait à mourir pendant la bataille ? Quel regard porterait-on sur lui ? L'accuserait-on d'avoir gaffé ou serait-il pardonné pour n'avoir pas su protéger tout le monde ?

Ces questions lui sortirent de l'esprit lorsqu'il se retrouva face à la double porte du bureau de Dumbledore. Sans prendre la peine de frapper, le professeur Bresch poussa le panneau : le directeur de Poudlard n'était pas seul. Cheveux coupés avec une grande précision, la moustache taillée soigneusement et le regard aussi aigu que dans vingt ans, Bartemius Croupton occupait une chaise recouverte de soie. Observant avec intérêt les instruments en argent de Dumbledore, Ooghar, appuyé sur son grand bâton sculpté, se détourna de sa contemplation pour adresser un clin d'œil au Serpentard.

− Je n'ai plus d'hydromel, annonça Dumbledore d'un ton très naturel, mais Hagrid m'a rapporté du Vin des Forêts. Tenté, Ethan ?

− Volontiers, monsieur.

Harry prit place sur l'autre chaise faisant face au bureau du directeur, qui sortait une bouteille à moitié remplie d'un liquide vert sombre, alors que le professeur Bresch se servait lui-même d'une généreuse quantité de vin.

− Vous êtes sûr qu'il faille faire participer les élèves, Dumbledore ? lança Croupton, l'air préoccupé. Vous savez comment les parents vont réagir si jamais leur enfant est blessé, voire pire !

− Je crains que nous n'ayons pas vraiment le choix, Barty. Rien ne nous garantit que les gerfauts ne pourraient pas accéder aux salles communes et je connais assez les élèves pour savoir que certains ne toléreraient pas d'être confortablement à l'abri pendant que nous protégeons Poudlard.

− Et ils doivent nous aider à vérifier quelque chose, renchérit Ooghar.

Le directeur du département de la Justice magique se tourna vers lui, surpris :

− Que voulez-vous dire ?

− Notre examen des Nudhors tués la semaine dernière a confirmé qu'ils étaient bien dotés d'un odorat particulier, expliqua le Mage, mais nous avons encore besoin de savoir ce qu'il leur permet de sentir. Nous pensons qu'ils sont attirés par quelque chose que seuls les enfants ou les adolescents, voire les deux, possèdent.

− Vous voulez utiliser les élèves comme appâts ? s'insurgea Croupton.

− Ils le seront dans tous les cas, que nous le voulions ou non.

− Et… comment peut-on vous aider ? demanda Harry, perplexe.

− Il vous faudra observer les cibles que les Nudhors privilégieront, indiqua Ooghar, et déterminer un lien entre elles.

Le Serpentard hocha simplement la tête, même s'il savait déjà que la tâche ne serait pas aisée : entre survivre et mener une observation qui pourrait vous faire commettre une erreur fatale, le choix était vite fait.

− A ce sujet, où en êtes-vous dans la défense des élèves, Ethan ? demanda Dumbledore.

− Nous n'avons pas de formation concrète, reconnut le Serpentard.

− Pas encore, rectifia le professeur Bresch. Albus, quelles sont les chances pour qu'Ethan et ses camarades maîtrisent assez bien le Damier du Hollandais en quelques heures ?

Le directeur de Poudlard fronça les sourcils, songeur, alors que Croupton semblait amorcer un geste de recul, méfiant.

− Vous n'y songez quand même pas ?! s'exclama-t-il, réprobateur. Vous savez combien de temps… ?

− Je le sais mieux que personne, Bartemius, pour y avoir fait appel lors de la guerre contre Grindelwald.

− Qu'est-ce que c'est, le Damier du Hollandais ? lança Harry, intrigué.

− Une tactique de défense groupée, répondit Dumbledore, inventée par le Mage noir Ruud Vareens au XIVème siècle. Elle consiste à aligner plusieurs sorciers en les décalant selon un schéma rappelant un peu un plateau d'échec : la première rangée fait penser aux cases noires quand la suivante fait penser aux cases blanches. En fonction du nombre de lignes de défenseurs, chaque rangée est chargée d'éradiquer son homologue ennemie.

− C'est-à-dire… La première ligne supprime la première ligne ennemie, la seconde s'occupe de la seconde ennemie, etc. ?

− Exactement. Le problème, c'est que pour qu'elle soit efficace, cette stratégie nécessite d'être employée par des sorcières et des sorciers ayant l'habitude de combattre ensemble… ou « compatibles », comme disait Vareens. Lui-même ordonna que ses partisans passent des moments aussi intimes que possible entre eux : les femmes échangeaient leurs maris et inversement, tout ça pour que chacun et chacune apprennent à se connaître. Un peu comme des familles recomposées.

Harry songea qu'il valait mieux qu'Alexa n'entende jamais parler de cette anecdote.

− Pour te répondre, Aurélien, je pense que ça vaut le coup d'essayer, mais il va falloir bien préparer tout ça, donc déplacer ton corps à un autre jour… à moins que nous n'ayons plus le temps ?

Les regards convergèrent vers Ooghar, détenteur de toutes les réponses liées à la prochaine bataille.

− Le dernier rapport transmis par Midori indique que les gerfauts commencent à s'agiter, admit le Mage. Selon lui, on peut espérer au minimum deux jours pour terminer les préparatifs, mais certainement pas une semaine.

− Qu'avez-vous décidé à propos de lui, d'ailleurs ? dit Croupton.

− Nous ne pouvons plus lui faire croire qu'il ne se passe rien, alors nous avons choisi de le poster à l'extérieur de Poudlard, à mi-chemin entre l'école et le groupe de gerfauts afin de protéger les défenseurs un maximum de son… enthousiasme. Avec Midori en première ligne, les chances pour que l'assaut se passe au mieux pour nous tous augmentent considérablement, mais nous aurons besoin de Pomona Chourave pour réparer les dégâts qu'il provoquera.

− Et pour vos autres compagnons ? s'intéressa le professeur Bresch.

− Les Nehoryn se manifesteront dès que les gerfauts auront franchi le portail, tandis que les Mages et les Aurors devront se charger de couper toute retraite aux créatures d'Anteras.

− Y a-t-il eu un quelconque signe des Mangemorts ou d'une Lame du Chaos ? questionna Dumbledore.

− Pas encore, mais Draya est chargée…

Il y eut un bref son aigu et la fillette rencontrée deux jours plus tôt apparut sur les genoux de Harry en levant joyeusement la main.

− Présente ! s'enthousiasma-t-elle.

− … est chargée de nous apporter toute nouvelle à ce sujet, acheva Ooghar en lançant un regard las à la petite fille pendant que Dumbledore, machinalement, faisait apparaître un verre de jus de citrouille. Est-ce que tu nous espionnes ou Midori a-t-il des informations, Draya ?

− Informations ! annonça-t-elle gaiement. Marionnette-Byr a fait un tour parmi les gerfauts il y a 21… 22… 23 secondes…

Le Mage s'assombrit. Harry était tellement habitué à n'entendre parler que d'Anteras qu'il avait momentanément oublié la présence de Byr à ses côtés, mais à en juger par les expressions anxieuses, il ne fit aucun doute que tout le monde savait quels étaient les risques que le Démon de Mirvira prenne part à la bataille.

− Se peut-il qu'il participe ? soupira le directeur, l'air soucieux.

− J'ai du mal à le croire, en toute honnêteté. Byr a exploré d'innombrables choses durant d'innombrables années, Anteras a peu de chances d'avoir tout appris de lui en quelques décennies seulement. A mon sens, la seule raison valable qui pourrait le pousser à avoir recours à Byr, ce serait pour se débarrasser de Midori. Or, personne ne sait, ni lui ni nous, ce qu'un duel entre eux aurait comme conséquences, le risque de perdre Byr est donc trop grand pour qu'Anteras néglige ce détail.

Il marqua une courte pause, faisant le tri dans ses pensées.

− Draya, reprit-il, va prévenir Alyphar, Prerian et Tatriska, nous allons peut-être devoir mobiliser une faction.

− Moi-même personnellement pars à l'aventure !

Elle prit le temps de poser le gobelet sur le bureau de Dumbledore et se volatilisa. Harry n'eut pas à poser la question pour se douter que Tatriska était la représentante des Sedulans auprès du commandement de l'Alliance, Prerian ayant fini par céder aux recommandations d'Alyphar et Ooghar.

− S'il nous reste deux jours avant la bataille, continua le Mage, Midori devrait pouvoir déterminer si Byr participera grâce à la fréquence de ses voyages. Qu'en est-il des Aurors, Bartemius Croupton ?

− J'ai convaincu Richardson de nous accorder trois équipes, mais il ne peut pas plus. Il craint que l'attaque sur Poudlard ne donne un prétexte au gros des Mangemorts pour se manifester ailleurs dans le pays.

− Je comprends. En fonction des informations que nous transmettra Midori dans les jours à venir, il est envisageable que le plan de défense de Poudlard connaisse quelques changements. Nous essaierons de vous les faire savoir au plus vite, si besoin est. Pour l'heure, il me faut m'entretenir avec mes compagnons. Salutations !

Et il disparut dans le plus grand silence, comme s'il n'avait été qu'une illusion. Croupton poussa un soupir en passant une main sur son visage, l'air affligé.

− Comme si la guerre contre Vous-Savez-Qui ne suffisait pas, nous voilà face à quelque chose d'encore plus terrible… Les élèves ont-ils une chance de maîtriser un semblant du Damier du Hollandais ?

− Il est vrai que le rythme et la confusion pourraient être présents, admit Dumbledore, mais Ethan se chargera de contrôler le bon déroulement de la défense estudiantine. En revanche, Aurélien, il semblerait que le délai soit très serré pour que tu leur apprennes le Damier. Veux-tu que je demande à un professeur d'échanger son cours avec le tien ?

− Je pense plutôt à faire un cours demain soir, en fait. Ca me laisse le temps d'expliquer à Ethan ce qu'il aura à faire et les élèves pourront être tous réunis, au lieu de faire ça classe par classe et prendre le risque qu'ils soient désorganisés le moment venu.

− Pourquoi Potter ? demanda Croupton. Je ne doute pas de vos capacités, jeune homme, mais Silver me semble avoir plus d'expérience en matière de leadership, je me trompe ?

− C'est vrai, mais seulement hors bataille, répondit le professeur Bresch. Confier la responsabilité d'un groupe de défense à cet abruti reviendrait à condamner tout le monde à mort.

Harry échangea un regard rieur avec Dumbledore. C'était une chose d'entendre Alexa parler de Silver, c'en était une autre quand le directeur de Beauxbâtons s'attelait à la tâche, mais ces insultes recelaient une grande fierté. Ce n'était d'ailleurs pas la première fois que l'enseignant français donnait l'impression d'être un grand-père heureux de son petit-fils quand il faisait allusion au Dieu de la Mort.

− Fort bien, dit Croupton. Faites de votre mieux, Potter.

− J'y compte bien, monsieur.

Même s'il n'avait encore aucune idée de ce qui l'attendait vraiment.