L'approche de la bataille exerçait une sorte de fascination horrifiée qui poussait les élèves à toujours regarder par chaque fenêtre croisant leur chemin, comme s'ils s'attendaient à apercevoir les gerfauts au portail à tout instant. Les professeurs non plus ne paraissaient guère totalement sereins, allégeant les devoirs, se montrant plus cléments que la semaine dernière dans la correction des devoirs ou les critiques à accorder aux étudiants n'ayant pas appris leurs leçons. Plus que jamais, l'atmosphère et l'interdiction d'accéder au parc donnaient cette impression que Poudlard s'était transformé en refuge de la dernière chance, mais la situation n'avait pas que des mauvais côtés : la perspective d'affronter des ennemis mortels apportait son lot de petits évènement, comme la naissance de couples, des pardons depuis longtemps attendus et une certaine solidarité capable de faire s'effondrer les rivalités entre les maisons – même si elle restait tout de même assez peu répandue. Preuve de la pression et de l'appréhension exercés par l'assaut à venir, tout le monde semblait s'être assagi, car aucune retenue ni méfait ne fut répertorié depuis le discours de Dumbledore.

Toutefois, Harry se moquait bien de tous les changements qui s'opéraient autour de lui alors qu'il devait se tracasser sur la responsabilité qui serait la sienne. La veille, le professeur Bresch avait assuré son cours spécial sur le Damier du Hollandais – et le moins que l'on pouvait dire, c'était qu'il y avait du travail. Synchroniser tout le monde ne serait pas une partie de plaisir, d'autant que l'effectif complet de la défense estudiantine était encore inconnu. Les garçons de Serpentard laissaient planer un doute sur leur participation et les premiers malades commencèrent à apparaître. Malgré les efforts de Madame Pomfresh pour les guérir, le risque que certains ne puissent pas rejoindre leurs camarades le jour fatidique était bien présent.

Le nez plongé dans un parchemin exposant les dernières modifications apportées à la stratégie des élèves, Harry parcourait le couloir du rez-de-chaussée en compagnie de ses amies pour rejoindre la salle de classe provisoire qu'occupait le professeur Chourave.

− A force de la relire encore et encore, tu dois l'avoir déjà apprise par cœur, non ? dit Lily en souriant.

− Oui, mais je me suis demandé si je ne ferais pas mieux de poster les sixième année en haut de l'escalier de marbre… Une telle position leur donnerait un meilleur champ de vision sur les gerfauts et ils pourraient atteindre les arrières-lignes pendant que nous nous occupons de celles qui seront à notre portée.

− Tu devrais faire ça, l'encouragea Aurelia. Plus nous serons nombreux, mieux ce sera.

− Et Leo, il va faire quoi ? demanda Leonie.

− Bresch m'a rattaché aux professeurs, répondit l'intéressé d'un ton badin.

− Tu ne vas pas nous offrir un spectacle aussi immonde que la dernière fois, j'espère, dit Mary avec un frisson de dégoût.

− A moins que le vieux dirlo ne m'y autorise, je n'ai pas le droit de dépasser la Cinquième Sentence de mon propre chef, et ça me gonfle…

Ils s'arrêtèrent à hauteur de la porte où attendaient déjà plusieurs élèves.

− Il faudra que tu me donnes des Flammes des Enfers, décréta Alexa.

− Je sais.

Il était étrange de constater que la splendide française était moins collante avec son ami depuis qu'ils formaient un couple, mais après l'avoir aperçue plusieurs fois à chuchoter avec les filles de Gryffondor ou de Serpentard, Harry ne doutait pas que son attitude dissimulait un plan pour réussir à atteindre les objectifs qu'elle nourrissait à travers cette relation.

Le professeur Chourave apparut avec les derniers étudiants et fit entrer tout le monde. Les cours de botanique n'avaient pas le même charme depuis qu'ils ne se déroulaient plus dans les serres, mais l'intérêt général se concentra tout de même sur une étonnante plante d'un blanc immaculé, dont les fines lianes épineuses se balançaient de gauche et de droite comme si elle leur faisait exécuter une danse lente. Harry ne put s'empêcher de penser à quelqu'un qui agiterait mollement les bras.

− Je vous présente votre future meilleure amie, annonça la sorcière alors que tout le monde prenait place autour de la table. Ce n'est pas une plante que l'on étudie pendant sa scolarité, mais compte tenu de la situation, nous allons faire une entorse au programme scolaire. Quelqu'un a-t-il une idée de ce dont il s'agit ? Miss Steadworthy ?

− C'est un Filet-de-Sang.

− Tout à fait, dix points pour Serdaigle. Le Filet-de-Sang est une plante assez dangereuse pour que le ministère de la Magie n'en autorise la possession qu'à de très rares occasions. Elle est en outre interdite dans plusieurs pays, c'est pour dire si elle a mauvaise réputation et représente une grave menace. L'une de ses particularités est qu'elle nait blanche et ne commence à se développer qu'à la condition d'avoir une façade à escalader, ce qu'elle fait en seulement quelques heures.

− Et pourquoi deviendrait-elle notre meilleure amie, professeur ? demanda Sarah, perplexe.

− Car elle sera votre dernière défense avant que les gerfauts ne vous atteignent. Il faut savoir qu'une fois qu'elle a atteint sa maturité, le moindre être passant devant elle se fera aussitôt attraper par l'une de ses lianes pour lui servir de nourriture, car le sang de ses proies constitue son principal repas. Plus elle boit de sang, plus elle devient rouge. Vous comprenez donc ce qui a amené les sorciers à lui donner son nom. Toutefois, compte tenu de sa dangerosité et, exceptionnellement, nous allons sortir un peu du cadre de la seule botanique, car il est essentiel que vous sachiez vous protéger d'elle.

Harry n'en doutait pas une seule seconde, mais il savait surtout ce que le professeur Chourave redoutait : que la formation de défense des étudiants soit brisée et qu'un élève, trop concentré sur ses combats, ne s'approche de trop près de la plante. La botaniste passa donc le reste du double cours à leur présenter plus en détails le Filet-de-Sang, mais aussi à leur enseigner tous les sortilèges permettant de s'arracher de l'étreinte sanguinaire du végétal. A la surprise de plusieurs, il apparut que même en abordant une matière qui n'était pas totalement la sienne, la directrice de Poufsouffle ne déméritait pas, loin de là.

Lorsque la cloche sonna, le professeur Chourave, visiblement soucieuse d'accorder un maximum de temps à la plante pour « s'installer », sortit avant les élèves sans même leur donner de devoirs et se hâta vers le hall d'entrée.

− Je n'aime pas voir des profs se montrer aussi agités… confia Aurelia une fois de retour dans le couloir.

− Ils s'inquiètent autant pour nous que nous ne le faisons nous-mêmes, je pense, dit Lily. Enfin, c'est dans ces moments-là que tu te rends compte que malgré toutes les critiques qu'ils ont pu te faire, ils tiennent vraiment à toi et prennent leur métier à cœur.

Ils retrouvèrent le professeur Chourave dans le hall, présentant le Filet-de-Sang aux immenses portes du château. Une liane touchant le bois fit aussitôt bondir la plante qui sembla se coller aux panneaux, semblable à une ventouse. La botaniste recula naturellement et repartit avec le pot désormais rempli seulement de terre.

− Comment les profs vont sortir si le Filet-de-Sang envahit les portes ? s'étonna Leonie.

− Il existe plus d'un sortilège pour le combattre ou le repousser, dit une voix familière.

Etonné, le groupe se tourna vers Dumbledore au moment où ils atteignaient l'escalier de marbre.

− Je dois vous emprunter Ethan.

Le Serpentard n'en fut même pas surpris, mais cette convocation sembla alourdir davantage l'atmosphère.

− Oh, et Ninie, les elfes de maison ont fait du chocolat chaud.

− Chouette ! se réjouit le Bébé de Gryffondor en traînant aussitôt Lily à sa suite.

Aurelia, Mary et Alexa leur emboîtèrent le pas, la magnifique française paraissant aussi enthousiaste et gourmande que le Bébé de Gryffondor.

− Bon, bah moi, je vais aller faire une sieste, dit Silver en montant les marches. Réveillez-moi quand ça commencera.

− Nous n'y manquerons pas, assura Dumbledore. Venez, Ethan.

Et il l'entraîna aussitôt vers le couloir qui menait à la salle des professeurs. Ils ne parlèrent pas pour ne pas laisser échapper une information pouvant trahir la complicité de Poudlard d'avec l'Alliance, les élèves qui les virent passer semblèrent réaliser que l'assaut était plus proche que jamais.

Entrant dans la grande salle lambrissée sans que les statues ne fassent le moindre commentaire – pour une fois, se dit Harry –, ils trouvèrent la plupart des professeurs autour de la longue table de bois sombre. Pour l'occasion, c'était Garwir qui s'était déplacé afin de représenter l'Alliance, mais il n'y avait en revanche personne pour faire office de porte-parole du ministère de la Magie. Les derniers enseignants se présentèrent à leur tour au compte-goutte, certains plus anxieux que d'autres, alors que le Serpentard échangeait un petit sourire avec la vieille Mage aux cheveux blancs et secs.

Bonne dernière du fait de la distance entre le rez-de-chaussée et la tour d'astrologie, le professeur Sinistra arriva enfin et se chargea de faire apparaître une chaise pour pouvoir s'asseoir.

− Pour quand est-ce, Cataara ? demanda Dumbledore en guise de présentation.

− Aujourd'hui. Midori ne peut pas déterminer l'heure exacte, mais les gerfauts ont été rejoints par trois Mangemorts et une poignée d'autres Nudhors et l'excitation atteint son paroxysme.

− Combien sont-ils au total ?

− Environ 400.

La réponse fit l'effet d'une bombe, alors que les teints pâlissaient et que les regards alarmés fusaient en tous sens.

400 ?! s'étrangla le maître des potions, pâle.

− C'est moins impressionnant que ça en a l'air, assura Cataara avec le plus grand calme. Avec Midori à l'avant-garde, nous pouvons raisonnablement penser que près de la moitié aura été éliminée au moment où les gerfauts atteindront le portail. Pour information, nous pensons qu'il serait préférable que les professeurs et les élèves se concentrent en priorité sur les Nudhors et laissent les Nehoryn se charger des Troglons et des Romodons. Nous avons également contacté le ministère de la Magie pour que les Aurors interviennent dès que les Mangemorts auront bien avancé dans le parc. Nous compliquerons ainsi leur fuite. Il a en outre décidé que les Mages seront libres d'aider qui ils voudront, mais il y a fort à parier qu'ils soutiendront les Nehoryn, au début.

Dumbledore hocha la tête, l'air pensif et les yeux levés vers le plafond.

− Pas de Lame du Chaos ?

− Nous ne le saurons qu'à la dernière minute, mais c'est assez improbable. Anteras sait que nous surveillons les écoles, il a donc conscience que nous avons remarqué que Poudlard est sa seule cible pour cette fois. Après la mise en déroute d'Ysogür, il nous paraît assez difficile d'imaginer qu'il oserait confronter une Lame du Chaos à une défense qui comporterait aussi bien Midori que vous.

− Et Byr ?

− Il n'est plus réapparu depuis lundi, nous sommes donc à peu près sûrs qu'il n'interviendra pas. Draya s'occupera de…

Encore le sifflement aigu et bref et la fillette se matérialisa sur les genoux de Harry. Pourquoi toujours les siens, d'ailleurs ? se demanda-t-il, alors que Draya levait la main avec sa bonne humeur infatigable :

− Présente !

Cataara lança un regard courroucé à la Shadrian, alors que la petite fille recevait son « habituel » verre de jus de citrouille.

− Draya s'occupera, disais-je, de transmettre les toutes dernières informations, si besoin est, et a été désignée pour prévenir les Aurors quand les gerfauts et les Mangemorts seront entrés dans l'enceinte de l'école.

− Et z'ai fait plein de bouquets de fleurs pour ceux qui mourront ! ajouta la petite rousse avec gaieté.

Quelques professeurs furent interloqués par le bonheur sincère que Draya manifestait à l'idée qu'il y ait vraiment des morts au cours de la bataille. Cataara soupira, exaspérée.

− Bref, reprit la Mage, nous considérons que l'assaut sera lancé avant la tombée de la nuit. Le meilleur moyen pour que les gerfauts fassent un maximum de victimes, c'est quand les élèves seront réunis au même endroit. Pour éviter d'être pris de court, nous recommandons que les étudiants devant défendre Poudlard cantonnent leurs promenades dans le rez-de-chaussée et le premier étage afin de pouvoir intervenir au plus vite, tout comme il serait préférable que tous les élèves ne mangent plus dans la Grande Salle jusqu'à ce que la bataille soit finie.

− Nous avions l'intention de prendre ces mesures, avoua Dumbledore. Qu'en est-il des portes du château ?

− Il vaut mieux les laisser fermer jusqu'à ce que Midori donne le signal ou les gerfauts pourraient ne plus résister à l'envie de se lancer à l'attaque. Les élèves sont-ils au point ?

− Il y a des réglages à faire, admit le professeur Bresch, mais nous n'avons visiblement plus le temps.

− J'ai pensé que les sixième année pourraient nous soutenir depuis le haut de l'escalier de marbre, intervint Harry. Comme ils seront en hauteur, ils verront mieux que nous le flux des Nudhors et pourront abattre les plus éloignés.

− C'est une bonne idée, approuva Dumbledore. Cependant, ce qui m'inquiète, c'est qu'il n'est pas impossible qu'il y ait un Troglon ou un Romodon qui réussisse à entrer dans le château. Même si Lorca a fait un cours dessus, nous ne savons pas si la défense estudiantine saura percer leur protection naturelle.

Il fallait reconnaître que le directeur de Poudlard soulevait un problème. A l'instar des trolls, des géants ou des dragons, les Troglons comme les Romodons possédaient une protection magique qu'il n'était pas aisé de vaincre.

− Il faudrait laisser un professeur avec les élèves, suggéra le professeur Vector.

− Non, dit Cataara. Affaiblir la première ligne d'une seule personne pourrait aggraver la menace que les étudiants auront à combattre. Je verrai avec Ooghar s'il est possible de placer un Mage en soutien. Draya, retourne auprès de Midori et fais une sieste, tu auras du travail tout à l'heure.

− Moi-même personnellement repars !

Et elle disparut une fois le gobelet vide posé sur la table.

− Etrange jeune fille, commenta le professeur Perlabool.

− Les Shadrian se réjouissent des malheurs des autres, expliqua la Mage. Plus vous êtes tourmenté, plus ils sont heureux, et plus une bataille s'annonce difficile, plus ils espèrent qu'il y aura de morts. Draya est l'unique survivante d'un clan qui avait la particularité d'utiliser ce sadisme pour augmenter ses pouvoirs, mais ils ne se manifesteront qu'à ses quinze ans.

− Charmant, marmonna le professeur Slughorn, désabusé.

Le reste de la journée passa à une vitesse surnaturelle, comme toujours lorsque l'on redoutait qu'un évènement arrive. Les rires, les sourires s'effacèrent au fil des heures, alors que les visages se fermaient ou affichaient angoisse et peur. Il paraissait clair que plusieurs élèves regrettaient de ne pas être rentrés chez eux, tandis que d'autres cherchaient le courage de faire face. Les sixième année acceptèrent sans broncher les nouvelles consignes de Harry, alors que des cinquième année, Straton et son ami John en tête, se manifestaient pour réaffirmer leur désir de protéger Poudlard avec leurs aînés, obligeant le demi-démon à revoir ses plans petit à petit. L'inquiétude était telle que des étudiants autoritaires ou indécis venaient régulièrement s'assurer auprès du Serpentard qu'il n'avait apporté aucun changement à sa stratégie.

En milieu d'après-midi, le ciel s'assombrit si soudainement que tout le monde craignit que la nuit tombait : comme pour se moquer des simples mortels, d'énormes nuages noirs s'étaient installés au-dessus de l'Ecosse pour faire tomber des cordes… et ajouter une nouvelle touche de sinistre à la journée que les pensionnaires de Poudlard auraient à vivre. Par précaution, juste au cas où des gerfauts volants tenteraient de s'introduire dans le château par les fenêtres, Harry chargea Vallys de dresser des barrières à tous les étages, bien au sec.

Alors que la lumière du jour, déjà faible, déclinait encore plus, la voix de Dumbledore annonça que les élèves ayant moins de seize ans devaient gagner les salles communes, et l'atmosphère s'alourdit instantanément, si c'était possible. Tel un signal, les défenseurs de Poudlard prirent le chemin du hall d'entrée où attendaient les professeurs, graves et inquiets, mais résignés, alors que le directeur faisait face à des élèves se plaçant plus ou moins maladroitement – la Brigade en tête, les Gryffondor en seconde position et suivis des Poufsouffle. En nombre réduits, les Serpentard avaient été alignés tout au fond, mais personne, tout comme Leonie avait été intégrée aux Poufsouffle afin qu'aucun Nudhors ne puisse l'atteindre sans avoir à passer devant Ana, Lily et Aurelia. Si les étudiants formaient des lignes horizontales, ils n'en demeuraient pas moins décalés, semblables à un plateau d'échecs humanoïde.

Dumbledore laissa un court silence s'installer puis prit la parole :

− Je ne vais pas vous faire de discours utopiste dans lequel je vous affirmerais que nous n'avons rien à craindre, qu'il nous sera facile de nous débarrasser des gerfauts, déclara-t-il. La seule chose que je vais vous demander, c'est de veiller les uns sur les autres. A côté de vous se tient un camarade qui a décidé d'affronter un danger mortel et de combattre à vos côtés, c'est un geste qui ne doit pas être sous-évalué. Les personnes devant vous protègent, celles derrière vous protègent, celles à vos côtés vous protègent : protégez-les également.

Il leva les yeux vers les sixième année qui avaient investi l'escalier de marbre.

− Faîtes tous de votre mieux, conclut-il simplement.

Il tourna les talons au moment où Silver, l'air endormi, surgissait des sous-sols en portant une caisse. Le pas traînant et les yeux mi-clos, il passa à côté du Damier du Hollandais et s'arrêta à hauteur de la première ligne formée par les Brigadiers. Se baissant pour poser son fardeau, il en tira un globe de verre d'un bleu extraordinaire et le tendit à Alexa, puis il s'attela à faire la distribution auprès de chacun de ses « Compagnons de la Mort ».

− Lancez-les simplement vers les Nudhors, grommela-t-il d'une voix absente.

Puis il rejoignit les professeurs qui s'étaient réunis face aux immenses portes. Le Filet-de-Sang n'avait pas eu tout le temps nécessaire pour recouvrir les panneaux, mais sa croissance n'en demeurait pas moins impressionnante : il avait recouvert une bonne partie du portail du château, ses lianes semblant frémir d'excitation à l'idée d'avoir quelques proies à se mettre sous les épines.

D'un simple mouvement de baguette dans les airs, Dumbledore fit s'écarter les lianes et s'ouvrir les portes, qui s'écartèrent pour révéler le parc enténébré qui subissait une violente et incessante averse. Les professeurs sortirent, le directeur agitant de nouveau sa baguette pour les protéger de la pluie et du vent, alors que l'ouïe de Harry percevait des pas précipités qui le firent se détourner des enseignants : une dizaine de secondes plus tard, Rogue et Avery surgirent des sous-sols.

− Alignez-vous avec les Serpentard, ordonna immédiatement Harry.

Aucun des deux aspirants-Mangements ne songea à protester ou à se vexer face à l'autorité du demi-démon, qui reporta de nouveau son intérêt sur les enseignants et Silver. Ceux-ci avaient atteint la dernière marche de l'escalier de pierre lorsqu'une vive lueur verdâtre illumina le crépuscule, immédiatement suivie d'une détonation assourdissante. Une colonne de poussière s'éleva dans le ciel, alors que des morceaux enflammés de troncs bondissaient en tous sens et qu'un nuage de terre, semblable à une onde de choc, se répandait à travers la vallée. Elle se heurta aux remparts et se hissa dans les airs, mais en passant par le portail ouvert, elle atteignit presque les enseignants.

Harry réprima un sourire nerveux en voyant Lorca hocher la tête avec exaspération.

− Je ne veux jamais combattre à côté du samouraï, décréta Leonie.

− Concentre-toi, ma puce, rétorqua Ana.

Ils les entendirent avant de les voir : poussant des cris de guerre malsains, les gerfauts approchaient très vite. Les pattes des Romodons martelaient le sol comme un roulement de tonnerre, mais les premiers à émerger du nuage de poussière furent les Nudhors : hommes et femmes vêtus de haillons, certains affichant des pénis en érection et d'autres des tétons pointant, il était difficile d'imaginer qu'ils aient un jour été humains. Ils y ressemblaient, certes, mais ils étaient blafards, le dos courbé et les bras ballants, alors que leurs regards vides de toute émotion n'occultaient rien de leur excitation, de leur perversité et de leur soif de sang.

− Laissez le Filet-de-Sang intervenir avant de lancer le moindre sort ! lança Harry d'une voix forte.

Enormes et velus pour les uns, énormes et quadrupèdes pour les autres, les Troglons et les Romodons eurent à peine passé les grilles que les Nehoryn surgissaient de toutes parts pour planter leurs poignards et faire couler le sang. Si Lorca avait bien prévenu que ces deux types de gerfauts étaient très résistants, l'expérience de Garwir et de ses comparses démontra toute son efficacité. Plus vifs malgré leurs carrures bien moins imposantes et puissantes, les Nudhors traversèrent le parc d'un pas agile et se heurtèrent à d'immenses flammes créées par les professeurs, qui avaient visiblement lancé le même sortilège, mais déjà, sans se soucier de leurs camarades se consumant, d'autres se précipitaient… en contournant les enseignants ! constata Harry, légèrement surpris. L'Alliance avait donc visé juste en pensant que les Nudhors n'étaient attirés que par les adolescents…

Le Serpentard lança un regard entendu aux autres Brigadiers. Tous connaissaient la consigne : il fallait à tout prix savoir ce qui attirait tant les Nudhors vers les jeunes personnes.

− Les sixième année, vous frapperez les deuxième ! annonça Harry en levant la main. Vallys, tu connais ta mission.

La darderan émit un sifflement approbateur et se volatilisa du cou du demi-démon, alors que les Nudhors gravissaient avec souplesse l'escalier de pierre. Au moment où les premiers franchirent le seuil, les lianes du Filet-de-Sang s'étendirent dans un concert de claquements semblables à ceux d'un fouet et s'enroulèrent autour des gerfauts, plantant leurs épines profondément dans les chairs, avant de les soulever et de les plaquer contre les panneaux.

− Préparez-vous !

Il savait qu'il n'y aurait jamais assez de lianes pour capturer tous les Nudhors et, en effet, le Filet-de-Sang atteignit bientôt sa limite, laissant les gerfauts entrer dans le hall. Harry abaissa sa main et les sixième année, Straton et John décochèrent une pluie de longues flammes couleur émeraude. Toute la première ligne s'embrasa, sans un cri, alors que la seconde lui marchait dessus sans sembler remarquer que leurs vêtements en piteux état prenaient feu.

− 1 ! cria Harry.

Les Brigadiers lancèrent les globes de verre contenant les Flammes des Enfers. Dès que les créations explosèrent au sol, de gros brasiers d'un magnifique bleu se répandirent à travers le hall d'entrée en tourbillonnant comme des tornades. Efficace, le feu, dont Harry sentait l'étonnante fraîcheur malgré la distance, consuma les cinq premières lignes des Nudhors – mais personne n'eut le temps de se réjouir, car les flammes s'évanouirent en quelques secondes et déjà d'autres gerfauts fonçaient à la rencontre des élèves.

− 2 !

Une pluie de longues langues de feu couleur émeraude survola les têtes des septième année et frappa la première rangée de Nudhors avec plus ou moins de succès, certains ayant réussi à échapper à la mort.

− 3 !

Les Brigadiers se chargèrent d'éradiquer les survivants.

− 4 !

Les Gryffondor entrèrent en action, soutenus par les Brigadiers.

− 5 !

S'ajoutèrent alors les Serdaigle, mais Harry comprit réellement la difficulté du Damier du Hollandais : des élèves ciblaient souvent le même Nudhors, permettant à certains gerfauts de s'avancer dangereusement. L'un parvint presque à atteindre Ana, mais elle s'en débarrassa instantanément alors que Lily, derrière elle, supprimait le Nudhors suivant. Comme le lui avait dit le professeur Bresch, le plus dur serait non seulement de garder un rythme bien précis et de bien encadrer les étudiants.

− Ne visez que celui qui vous fait face ! s'exclama Harry en embrasant une femme aux dents pourries.

Mais il comprit rapidement que c'était plus facile à dire qu'à faire, car les Nudhors semblaient plus attirés par certains des élèves que par les autres. Harry sentait qu'il commençait à perdre le contrôle : tout le monde se focalisait sur le Nudhors face à lui, comme il l'avait demandé, mais Alexa et Mogg auraient bien eu besoin d'un peu de soutien, même si lui-même et Ana intervinrent aussi souvent que possible pour les soulager. Avant qu'il n'ait eu le temps de prendre une décision, cependant, un bruit sonore retentit, comme si l'extrémité d'un solide bâton avait heurté le sol dallé : dans un ronflement non moins bruyant, une énorme colonne de flammes jaillit du sol et s'éleva jusqu'au plafond, désintégrant instantanément les gerfauts.

Dès qu'elle eut disparu, deux vastes tâches noirâtres étaient apparues au plafond et au sol. Au milieu de ce dernier, Ooghar s'avançait paisiblement.

− Ce n'était que la première vague, annonça-t-il d'un ton paisible. Une autre arrive.

Et il disparut, sans nul doute pour rejoindre le parc. Les élèves soufflèrent un coup et contemplèrent le spectacle de feu, de sang et de mort qui se déroulait au-delà des immenses portes. Les professeurs étaient impressionnants : bien qu'ils formèrent une seule ligne, ils parvenaient à se protéger comme à protéger leurs collègues avec une aisance admirable. Silver, lancé dans la bataille corps et âme, jubilait littéralement, le regard dément, usant de la magie de la Mort pour enflammer les Nudhors sur son chemin d'une simple pichenette. En binôme avec une femme aux yeux habités d'une lueur aussi glaciale que son visage, Garwir massacrait deux Troglons en l'espace de cinq secondes, tandis que le jeune Triaus, rencontré la nuit où Harry avait été récupéré la bague de Gaunt, protégeait une jeune femme blessée qui semblait particulièrement intéresser les Nudhors. Des corps étaient disséminés un peu partout, de gerfauts mais aussi de deux Mages et d'un Nehoryn, alors que des Aurors, fraîchement arrivés, se frayaient tant bien que mal un chemin vers trois silhouettes noires encapuchonnées qui tentaient, avec peine également, d'atteindre les professeurs avec leurs maléfices, mais en gardant tout de même leurs distances.

Harry regarda Lorca lancer nonchalamment une longue flamme violacée qui s'enroula autour d'une dizaine de Nudhors en les réduisant quasi-instantanément en cendres, puis il se tourna vers ses camarades, analysant rapidement chaque rangée :

− Pensez à soutenir les autres, rappela-t-il. Sirius, Peter, le côté d'Alexa et de Mogg est privilégié par les Nudhors, faîtes ce que vous pouvez pour les aider quand elles sont débordées. Cresswell, même chose pour toi et tes amis : essayez de réduire le nombre de Nudhors qui attaquent par ce côté.

Il y eut un rugissement assourdissant qui reporta l'attention générale sur le parc.

− Qu'est-ce que c'était que ça ? demanda Melanie, inquiète.

− Quelque chose d'imprévu… dit Harry, mais nous n'avons pas à nous en soucier pour l'instant. Préparez-vous, ils ne vont pas tar…

Il n'eut même pas à finir sa phrase que la seconde vague de Nudhors pointa le bout de son nez, plus grosse que la première, mais aussi plus facile à combattre pour les professeurs, comme si ceux-ci s'étaient habitués à subir les assauts et savaient déjà comment les affaiblir sans fournir de gros efforts.

− On recommence ! annonça Harry. Mais ne comptez plus sur le Filet-de-Sang.

La plante commençait à rougir à force d'absorber du sang, mais elle ne semblait guère avoir fini son immonde repas. Et la preuve en fut apportée dès que les Nudhors ayant réussi à franchir le barrage des professeurs passèrent la porte du château en ne rencontrant aucune réaction de la part du Filet-de-Sang. Ils furent toutefois accueillis par une volée de sortilèges décochés par les sixième année, immédiatement imités par la Brigade, puis par les Gryffondor, eux-mêmes suivis par les Serdaigle, les Poufsouffle et les Serpentard.

Harry fronça légèrement les sourcils en éliminant un homme amputé d'un bras. Quelque chose avait changé dans la façon d'agir des Nudhors : ils lui semblaient plus rapides, ils se donnaient la peine d'esquiver, mais surtout, ils avaient l'air d'avoir établi une stratégie visant à déborder les élèves par la droite, du côté d'Alexa et de Mogg.

− Tous ceux derrière Alexa et Mogg, concentrez-vous sur les Nudhors de droi...

Sa voix se perdit dans sa gorge en même temps que les élèves poussaient des exclamations : des Nudhors couraient sur les murs, insensibles à la gravité et comme si leurs pieds avaient été soumis des sortilèges de Ventouse. Et Harry comprit alors le trouble qu'il avait ressenti à la vue de la seconde vague : Anteras avait encore amélioré les capacités des Nudhors.

− NE VOUS RELÂCHEZ PAS ! rugit-il en sentant que les élèves s'étaient faits surprendre.

Ana fut la plus rapide à réagir et fit bondir un globe de verre de la caisse abandonnée par Silver pour la briser contre le mur au moment où un Nudhors bondissait. Les Flammes des Enfers l'engloutirent en même temps que ses semblables, alors qu'un gerfaut aux longs ongles jaunâtres et limés en pointe était abattu par Aurelia alors que sa main tendue n'était qu'à une dizaine de centimètres de la poitrine opulente de la magnifique Serdaigle.

Harry sentit la panique monter rapidement chez ses camarades, et il ne pouvait que les comprendre : il était assez difficile comme ça de réaliser un Damier du Hollandais avec des ennemis attaquant de face, mais si maintenant il fallait faire attention aux murs, plus personne ne saurait bientôt plus où donner de la tête. Et cette horrible prédiction se confirma lorsqu'un gerfaut parvint à éviter une flamme et atterrit sur Cecilia Brogan, la plaquant au sol, avant d'être presque aussitôt propulsé en arrière par Sainton. Remus, attentif, l'embrasa lorsqu'il passa au-dessus de lui.

− Ne vous souciez que des quatre personnes autour de vous ! ordonna Harry. Si un Nudhors atteint un élève, ne le tuez pas, expulsez-le puis finissez-en ! Les élèves derrière Ana, concentrez-vous sur les murs ! Les autres…

Devant toi !

La petite voix de Lathar résonna dans l'esprit de Harry, qui réagit instantanément : se penchant en arrière, il évita une main pâle, saisit le poignet de la femme et sentit aussitôt sa magie se répandre dans son bras pour atteindre ses doigts. La Nudhors s'embrasa et fut réduite en cendres en une fraction de seconde.

− Les… les autres, concentrez-vous sur les Nudhors qui arrivent de face…

Quelque peu décontenancé, Harry repoussa toutes les pensées qui commençaient à affluer dans son esprit pour ne pas avoir une nouvelle mauvaise surprise. Les Nudhors tombaient, morts ou des murs, alors que des pantalons, des jupes, des chemises étaient déchirés, révélant des torses, des soutiens-gorges, des caleçons, des culottes et des jambes, lacérant parfois la peau des élèves. Harry donnait des consignes comme il le pouvait, mais il le sentait : ils étaient acculés, impuissants face au tsunami de tous ces gerfauts.

Les élèves blessés étaient priés de reculer, la solidarité entre camarades réparait les vêtements presque aussitôt, mais tout le monde commençait à partager le même sentiment : les choses tournaient mal. Harry évita l'attaque d'un Nudhors, plaqua une main sur son visage dans le but de le repousser, mais cette fois encore, sa magie intérieure traversa son bras puis sa main, et il regarda la créature s'embraser puis disparaître en un instant. Il ne comprenait pas et ne cherchait même pas à comprendre les raisons pour lesquelles il était tout à coup capable d'utiliser la Première Loi, mais il ne se priva pas pour l'utiliser.

Les sortilèges pleuvaient, tout comme les larmes, les cris de douleur, les ordres et les avertissements. Les élèves essayaient tant bien que mal de se protéger, sans se soucier du mystérieux rugissement qui résonnait parfois et semblait se rapprocher de plus en plus du château. Griffés, mordus, ils luttaient tous non plus pour protéger Poudlard, mais pour survivre, si bien que le Damier du Hollandais finit par rompre, les défenseurs s'éparpillant partout : les Maraudeurs se réunirent, Ana et Lily, blessée à la cuisse, attrapèrent Leonie pour veiller sur elle, tandis que Gardner, Berenis et Sainton se précipitaient vers Mogg pour lui venir en aide.

− BOUCLIER DE LA MORT ! hurla Harry.

Malgré la confusion, malgré la panique, malgré tout ce qui avait mal tourné, les élèves concernés par cette mesure obéirent aussitôt : les filles de Serpentard, de Gryffondor, les Poufsouffle et les Serdaigle levèrent leurs baguettes vers le plafond pour créer un champ de force qui projeta les Nudhors en tous sens, alors que les sixième année, Straton et John se réfugiaient dans la protection. Ana, Lily, Alexa, James et Sirius intervinrent pour stabiliser la protection autant que possible.

Le Sortilège Uni avait beau être invisible, Harry le sentait parfaitement, tout comme il savait qu'il était fragile, très fragile, et qu'il ne tiendrait guère longtemps. Surtout que les Nudhors s'y heurtaient de plus en plus violemment. La grande question était : pourquoi diable réussissait-il à manipuler la magie tactile, tout à coup ? Il chassa cette pensée aussitôt, ce n'était pas du tout le moment.

− Melanie, vois ce que tu peux faire avec les blessés ! lança-t-il à l'attention de la Serdaigle.

Et des blessés, il n'en manquait malheureusement pas. Sirius avait une plaie superficielle sur le visage, Remus avait le bras gauche lacéré, Avery avait l'œil droit gêné par le sang qui s'échappait de son arcade fendue, Ash pouvait à peine se tenir sur sa jambe gauche… C'était un fiasco, songea Harry, dépité, en parcourant ses camarades diminués. Il n'avait pas su diriger la défense estudiantine, mais il pouvait au moins s'estimer heureux que personne ne soit mort… pour le moment, en tout cas.

Vallys réapparut soudainement à ses pieds, détournant son attention des soins préventifs que Melanie Barnes prodiguait, le regard sérieux et intense, à la cuisse de Lily. Harry s'accroupit aussitôt :

Alors ? demanda-t-il en Fourchelang.

J'en ai eu un, répondit la darderan.

Génial ! dit Harry en tirant une lettre de la poche de son uniforme. Apporte ça à Croupton.

C'est comme si c'était fait.

Pinçant l'enveloppe du bout des lèvres, Vallys se volatilisa à nouveau dans le plus grand silence.

− Ethan, on ne tiendra pas longtemps ! lança Ana.

− Qu'est-ce qu'on fait ? interrogea Rogue. Le Damier ne fonctionne plus !

− Je vais devoir me laver la bouche cinquante fois avant d'aller me coucher pour avoir dit ça, mais Rogue a raison… admit Sirius.

− Oubliez le Damier, décréta Harry. Formez des groupes « naturels » : ne vous associez qu'avec des personnes qui ne vous font pas hésiter, qu'avec des élèves en qui vous avez une totale confiance, dont vous ne doutez pas qu'ils vous protégeront.

− Tu vas te retrouver tout seul, dit Gardner avec un sourire goguenard.

− J'ai mon propre allié.

Je vais rougir, ironisa Lathar, alors que la très grande Serpentard et plusieurs autres étudiants lançaient un regard intrigué à Harry.

− Oh putain ! s'exclama Wheeler d'une voix alarmée.

Tous les regards convergèrent aussitôt vers les immenses portes : un Romodon fou furieux, les écailles sanguinolentes et le regard déterminé, obligea les professeurs à s'écarter de son chemin pour ne pas être piétinés alors qu'il fonçait sur le château. Les sortilèges que les enseignants envoyèrent ne parvinrent pas à l'arrêter.

KETO II ROMO, LUSANNA ! beugla Silmar, occupé avec le Troglon que lui et deux jeunes hommes affrontaient.

La femme glaciale qui accompagnait Garwir disparut dans un panache de fumée noire pour réapparaître aussitôt sur le dos du Romodon au moment où celui-ci franchissait les portes du château. Les Nudhors se retournèrent, visiblement attirés par la Nehoryn, malgré qu'elle eût une bonne trentaine en apparence.

− MITRAILLEZ LES NUDHORS ! ordonna Harry en décochant le premier sortilège.

Alors que Lusanna plantait ses poignards dans le crâne du Romodon, une vague de langues enflammées fusa sur l'armada de Nudhors pour les embraser et les faire disparaître. Gémissant faiblement, l'énorme quadrupède reptilien parcourut une très courte distance et s'effondra finalement, mort, alors que la Nehoryn atterrissait avec une grâce féline sur le sol dallé. A peine eut-elle posé le pied parterre qu'elle lança l'un de ses poignards en l'air et claqua des doigts : des éclairs de flammes jaillirent des lames argentées pour frapper chacun des Nudhors encore en vie, les consumant presque aussi vite que le maléfice dont le Serpentard utilisait sans trop savoir comment.

Le bouclier protégeant momentanément les élèves s'évanouit, alors que Lusanna rattrapait son poignard d'un geste vif dès que celui-ci, retombant, se retrouva à portée de main. Derrière elle, les professeurs, certains blessés, d'autres épargnés par les combats, franchissaient tout juste les portes, l'air fatigué et inquiet, alors que le professeur Bresch tentait vainement de lancer un maléfice à Silver tout en vociférant, furieux que le Gryffondor n'en ait fait qu'à sa tête en se précipitant dans la bataille. A côté de Dumbledore, Ooghar parcourait déjà du regard les élèves blessés.

− Draya, nous aurons besoin d'antidotes ! lança-t-il à la cantonade.

Yokay ! dit la voix désincarnée de la fillette, surgissant de partout et de nulle part.

Dumbledore, accélérant soudainement, s'accroupit devant Harry pour examiner les quelques griffures qu'il avait reçus.

− Désolé, monsieur, mais…

− « Désolé » ? s'amusa le directeur. Ethan, vous avez fait un travail remarquable !

− Nous avons été dépassés…

− Tout comme nous, assura Dumbledore, mais tout comme nous toujours, vous n'avez à déplorer aucun mort. Quelle est la chose la plus importante ? Respectez une formation à la lettre ou permettre à vos camarades de vous survivre ? Peu importe la manière, Ethan, du moment que vous atteignez vos objectifs. Et vous les avez atteints, pas de la manière que vous l'espériez, mais vous les avez atteints quand même… et c'est tout ce qui compte.

Entrant à leur tour, des sorciers et des sorcières vêtus de robes vertes apparurent dans l'encadrement du château et filèrent, sous les ordres d'un homme grisonnant, dans toutes les directions afin d'ausculter les blessés. Claudiquant, blessé à la jambe, Maugrey fit à son tour son apparition et s'avança aussitôt vers Dumbledore :

− Se sont enfuis, grogna-t-il.

− Pas si sûr, dit Harry.

Le directeur et l'Auror se tournèrent vers lui, surpris.

− Comment ça ? interrogea le chasseur de mages noirs.

− J'ai demandé à Vallys, mon serpent, de marquer l'un des Mangemorts, expliqua le Serpentard. Dès que j'aurai la potion appropriée, le ministère pourra le suivre à la trace.

Ooghar sourit, visiblement ravi de l'initiative du demi-démon, alors que Dumbledore adressait un regard pétillant à Harry. Maugrey resta de marbre, observant le Serpentard, puis se tourna vers le directeur :

− Si jamais vous le renvoyez, Albus, pensez à faire une lettre de recommandation pour qu'il intègre le Bureau des Aurors !