Il fallait reconnaître que le ministère de la Magie s'était remarquablement préparé : à peine dix minutes après la fin de cette bataille, des brigadiers et des Médicomages envahirent Poudlard. Les premiers s'occupèrent de nettoyer le parc, où gambadait une Draya euphorique qui déposait des gerbes de fleurs sur les cadavres, tandis que les seconds investirent la Grande Salle et en firent une infirmerie improvisée, épaulés par Madame Pomfresh. A la tête d'apprentis-guérisseurs, l'infirmière fut chargée des élèves les plus légèrement blessés tout en enseignant son métier à ses étudiants temporaires. Ooghar revint, accompagné de plusieurs Mages et d'un grand stock d'antidotes au poison qu'inoculaient les griffes et les morsures des Nudhors, alors que Dumbledore s'était absenté pour accueillir les parents d'élèves aux grilles de l'école. Dès que remis sur pieds, les défenseurs de Poudlard étaient invités à la table des professeurs – la seule encore présente – pour y prendre un repas bien mérité, pendant que leurs camarades qui n'avaient pas participé à la bataille dînaient dans les salles communes afin de laisser un maximum de place aux Médicomages.

Si les regards convergeaient régulièrement vers les blessés, l'organe le plus actif n'en demeura pas moins la langue, déliée, impatiente de raconter quelques anecdotes liées au combat. Un Serdaigle de sixième année particulièrement bien placé s'était ainsi rendu témoin d'une extraordinaire démonstration de force de Hagrid, qui avait résisté à mains nues à un Romodon avant de l'assommer d'un coup de poing, alors que Patrick Griggs, sa petite amie sur les genoux, affirmait avoir vu les professeurs McGonagall et Chourave se débarrasser d'une vingtaine de Nudhors en un rien de temps. Néanmoins, s'il y avait un détail à la fois marquant et intéressant, c'était la soudaine complicité des défenseurs : plus de maison, plus de rivalités, tout le monde semblait tout à coup appartenir au même clan – même si Rogue et Avery, guéri en un coup de baguette et une longue gorgée d'antidote, discutaient surtout avec Straton et son ami John.

Harry les entendait grâce à la magie auditive, mais il n'était pas présent à la table. Il n'avait pas faim, comme si son esprit, accablé de questions et de déceptions, lui nouait l'estomac. Pourquoi ? Comment pouvait-il soudainement utiliser la Première Loi ? Ses mains sentaient tout à coup la magie qui circulait à travers les pierres du château, il l'entendait même courir comme un minuscule ruisseau à travers chaque bloc, chaque dalle, et le plafond lui-même lui semblait étrangement chaleureux, bien que sombre et pluvieux. Il avait l'impression d'être dans un bain bien chaud après une journée d'un froid mordant. Pourquoi ? Lathar n'y était visiblement pour rien, alors POURQUOI ? Il aurait dû se réjouir, mais il n'aimait pas ne pas comprendre, et à cette énigme s'ajoutaient ses propres doutes sur sa capacité à gérer une équipe. Dumbledore pouvait le féliciter, Maugrey le complimenter, il était incapable de se sentir satisfait de son commandement durant la bataille. Il savait que ce n'était pas tant que ça de sa faute, qu'il avait été pris au dépourvu par les nouvelles améliorations apportées aux Nudhors, mais quand il avait choisi de prendre la tête de la défense estudiantine, il avait réellement cru qu'il mènerait un combat exemplaire. Il était sûr de ne pas avoir changé, et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il n'avait pas pris la « grosse tête » à force d'être sollicité pour occuper des responsabilités qu'aucun autre de ses camarades n'avait…

Chassant ces pensées encombrantes et masochistes de son cerveau, il porta son attention sur le professeur Bresch, furieux, qui entrait dans la Grande Salle en traînant derrière lui un Silver blasé et ligoté. La scène provoqua le premier éclat de rire de la soirée, un son que Harry ne se souvenait plus d'avoir entendu depuis fort longtemps tant l'appréhension avait été grande au cours des derniers jours. Traversant la salle sous les regards quelque peu déconcertés des Médicomages, l'enseignant français rejoignit la table où les défenseurs de Poudlard dînaient et fit s'asseoir le Gryffondor, sur lequel Alexa sauta aussitôt pour lui offrir un baiser passionné.

− Oh, du ragoût ! se réjouit Silver en se défaisant soudainement de ses liens pour remplir son assiette.

Le professeur Bresch parut sur le point de le ligoter à nouveau ou de simplement lui lancer un sort, mais il tourna les talons avec un grognement et partit rejoindre le maître des potions en pestant à voix trop basse pour que Harry comprenne un traitre mot des imprécations que lui inspirait le Gryffondor.

Un martèlement irrégulier s'éleva alors du hall d'entrée, quelques secondes avant que des parents d'élèves ne pénètrent au pas de course et se précipitent vers leurs enfants dès que ceux-ci avaient été localisés. D'autres, plus sereins, marchaient avec Dumbledore et se dirigèrent vers leur progéniture très sereinement, alors que les professeurs essayaient de convaincre les plus alarmés de laisser les Médicomages bénéficier d'un espace suffisant pour soigner les étudiants encore blessés. Non sans une certaine surprise, Harry vit Dorcas se faufiler derrière Leonie pour la soulever de sa chaise, prendre sa place et la reposer sur ses genoux – et il fut évident qu'il savait à présent qui était la tante du petit bout de femme-enfant –, alors que les Berkelay se hâtaient vers le lit de Berenis, gravement blessée vers la fin de la bataille, tout en respectant une certaine distance afin que les deux sorciers s'occupant de leur fille puissent travailler. Moins surprenant, car Harry avait fini par le deviner, la prénommée Astrea qui l'avait interrogé sur Vallys était bel et bien la mère de Mogg et venue en compagnie de celle de Gardner et du père de Sainton.

− Encore à ruminer ? dit une voix malicieuse.

Harry tourna la tête vers Dumbledore.

− L'orgueil, j'imagine, répondit le demi-démon. Ooghar est déjà reparti ?

− Afin de ne pas laisser Anteras croire que nous sommes alliés, approuva Dumbledore en s'adossant contre le mur. Mais il est resté assez longtemps pour que je m'entretienne avec lui et n'a pas manqué de constater que vous aviez l'air déçu de votre gestion de la défense estudiantine. Ce à quoi il m'a dit : « Nous pouvons anticiper les attaques d'Anteras, mais nous n'avons aucun moyen de savoir quand est-ce que les gerfauts sont améliorés tant que nous ne les avons pas affrontés. » A l'en croire, certains de ses compagnons tués pendant la bataille n'avaient encore jamais perdu le moindre duel contre les Nudhors, par le passé, mais ont quand même été dans l'incapacité de leur tenir tête, aujourd'hui. Au moins, nous savons à présent que le Damier du Hollandais sera inefficace si nous n'y apportons pas quelques modifications.

Harry hocha vaguement la tête alors que Berenis, fébrile et pâle, se redressait sur son lit de camp.

− D'ailleurs, poursuivit le directeur, si vous écoutez bien vos camarades, il n'y en a aucun pour vous critiquer. Un chef est un homme qui sait réagir face à l'imprévu et rappeler à l'ordre ses compagnons d'armes, et de ce que j'ai pu entendre dire ces dernières minutes, vous êtes le seul à avoir eu l'idée d'utiliser un Sortilège Uni pour créer un bouclier. C'est une décision qui montre que vous avez le tempérament et les qualités pour commander, Ethan.

Le Serpentard eut un faible sourire, se sentant un peu mieux.

− Que va décider la Confédération internationale, selon vous ?

− Ah, ça, c'est la grande question. Techniquement, si elle choisissait de fermer Poudlard, nous y serions contraints, mais le ministère de la Magie peut également s'y opposer et faire traîner les choses. Terry Hool, le ministre, n'est pas un homme qui se laisse marcher dessus, il est même plutôt connu pour montrer les dents dès que la Confédération tente de s'impliquer dans les affaires britanniques. Puisque nous avons évité le pire, il prendra notre défense et fera tout ce qu'il peut pour empêcher les grilles du château d'être scellées.

− Sans compter que vous et le professeur Bresch en faites partie, non ?

− Certes, mais nos collègues ont leurs propres opinions sur la sécurité. Nous savons que nous pourrons compter sur toutes nos vieilles connaissances, sauf que bien des visages ont disparu et ont été remplacés par d'autres au fil des années.

Ils observèrent les retrouvailles parents-élèves. L'ironie voulait que dans cette vie comme dans l'ancienne, Harry n'avait ni père ni mère, comme s'il planait une malédiction lui interdisant tout simplement de goûter au bonheur d'être aimé, disputé ou puni par des parents qui l'auraient vu grandir. Toutefois, s'il était une chose plaisante, c'était à n'en point douter l'ambiance : la bataille semblait déjà loin dans l'esprit des défenseurs de Poudlard, qui plaisantaient et riaient comme ils l'auraient fait lors d'une journée tout à fait normale.

− Monsieur ?

− Ethan ?

− Quel était ce rugissement, au juste ?

− En effet. Il semble qu'à mesure qu'il apprend les magies de notre monde, Anteras parvient à créer des gerfauts toujours plus grands, dangereux et résistants. Cette fois-ci, nous avons eu de la chance que Midori soit intervenu pour supprimer cette créature, mais si jamais d'autres comme elles venaient à attaquer un peu partout dans le pays… Le pire serait à craindre. Pour le moment, réjouissons-nous de notre victoire et attendons la suite des évènements…

− Et pour l'explosion ? Midori n'en a pas trop fait, au moins ?

Dumbledore eut un sourire.

− Lorca et Ooghar reconnaissent qu'il a fait preuve de retenue, mais pour nous, un cratère de 50 mètres de rayon, je ne suis pas sûr que l'on puisse appeler ça « de la retenue ». Le vrai problème est qu'il ne va pas être facile de le reboucher et de faire repousser des arbres qui ont été pulvérisés de leur cime jusqu'à leurs racines les plus profondes. L'Alliance doit revenir vers moi dans les jours à venir pour déterminer si les Palants pourront aider le professeur Chourave à tout réparer.

Et pourtant, Harry était à peu près qu'Alyphar ne manquerait pas de faire des reproches à Midori, mais il ne s'en soucia pas plus longtemps, car le dernière élève fut rétabli et Dumbledore alla à la rencontre du Médicomage-en-chef. Si celui-ci n'avait guère l'air alarmé, il paraissait tout de même un peu inquiet tandis qu'il s'entretenait à voix basse avec le directeur. Harry se concentra sur sa magie auditive :

− … remède n'est pas totalement efficace, comme l'avait prévu cet Ooghar, disait le sorcier.

− Que préconisez-vous ?

− Il me faudrait son opinion, en fait, mais pour l'heure, je suggère que les élèves restent dormir ici… en s'arrangeant pour que les parents ne se doutent de rien. Pour ma part, j'aurai besoin d'une cheminée pour prévenir Ste Mangouste de constituer une équipe qui pourra prendre notre relais… Cette étrange gamine, dans le parc, pourrait-elle… ?

− Je vais le lui demander. Pendant ce temps, utilisez la cheminée de la salle des professeurs, c'est la plus proche.

Ils sortirent d'un même pas de la Grande Salle et se séparèrent dans le hall, le directeur prenant la direction du parc tandis que le Médicomage allait dans le sens inverse. Pas assez efficace, hein ? se répéta Harry en contemplant ses mains. Ce n'était pas si surprenant : Anteras avait dû également apporter des changements au poison de ses nouveaux Nudhors. Le Serpentard ne s'inquiétait pas trop pour lui, ses gènes démoniaques étant – à priori – capables d'assimiler le poison, mais pour les autres élèves, il s'agissait d'une tout autre histoire.

Soupirant, il finit par se lever et prendre la direction de la table, l'appétit lui venant au galop. Quelques regards glissèrent à sa rencontre, les Berkelay le saluant d'un léger signe de tête amical auquel il répondit par un léger sourire. Il prit la chaise qui se trouvait entre Ana et Remus et se laissa tomber dessus, puis entreprit de remplir son assiette.

− N'empêche, dit James, je n'arrive pas à m'empêcher de penser que j'ai tué des êtres humains…

− C'est fait exprès, assura Mr Moorehead, bel homme solidement bâti. L'Histoire nous a appris qu'en temps de guerre, nos ennemis se reposaient sur nos hantises pour nous affaiblir psychologiquement, mais les Nudhors ne sont pas… tout à fait des êtres humains. Dans tous les cas, ça nous renvoie toujours à la même question : survivre ou mourir ? Cet Anteras n'a pas que tenté de vous déstabiliser en vous poussant à tuer des créatures ressemblant assez fidèlement à des humains, il cherchait aussi à vous faire culpabiliser. Dans une situation extrême, tuer n'est pas difficile : le plus dur, c'est de surmonter de l'avoir fait. Et bien des Aurors ne s'en remettent jamais vraiment.

− C'est bien la première fois que je t'entends faire preuve d'autant de sagesse, Carter, le taquina la mère de Larissa Yenes.

− L'âge et l'expérience n'épargnent personne, Yaselda.

A quelques places de là, bien que rayonnante de retrouver les genoux de Dorcas, Leonie trouva quand même la force d'être ronchonne et dégoutée :

− Moi, je ne veux plus voir d'homme tout nu ! déclara-t-elle avec sa moue boudeuse la plus enfantine et attendrissante. Ce n'est pas aussi joli qu'une peluche et ça ne veut que faire des choses !

− Je te rappelle que tes parents ont été nus pour que tu naisses, dit Dorcas avec l'ombre d'un sourire.

− Oui, mais je n'étais pas là pour voir, objecta le petit bout de femme-enfant. Et puis, je ne veux plus voir de femmes nues, aussi, parce qu'elles avaient toutes des poitrines plus grosses que la mienne !

L'auditoire éclata de rire, Leonie faisant courir son regard jaloux sur les poitrines alentours, alors qu'un peu plus loin, très soucieux de leur apparence, certains sixième année essayaient d'attirer l'attention d'Astrea et Mr Moorehead dans l'espoir de se présenter comme de futurs gendres idéals. Si grotesque que fût la tentative, elle arracha un sourire à Harry, car elle était la preuve que les choses étaient déjà redevenues comme avant. En réalité, l'espace d'une bonne minute, il eut l'impression que la paix était revenue, malgré la présence des parents, et il s'aperçut que Dumbledore disait vrai : cette bataille était réellement une victoire. Tout au moins, ses camarades le ressentaient comme tel.

Le dîner se poursuivit dans la bonne humeur, les conversations s'éloignant peu à peu de la bataille pour aborder des sujets plus banals comme les cours ou les coulisses du ministère de la Magie. Les Médicomages étaient repartis, mais leur chef était toujours là, discutant avec le professeur Flitwick, qui avait été son directeur de maison, et Madame Pomfresh, pendant que les autres enseignants y allaient de leurs petits commentaires sur certains élèves dont les résultats en classe étaient insatisfaisants. Sans doute espéraient-ils que les parents sauraient remotiver leurs enfants, songea Harry. Le seul absent était Dumbledore, et le demi-démon se demandait bien ce qui pouvait le retenir autant : aidait-il les brigadiers à nettoyer le parc ou Draya était-elle plus dure en affaires qu'on ne pourrait le penser ?

Après le repas, les parents restèrent encore un peu pour profiter un maximum de retrouver leurs progénitures, puis finirent par partir, les Berkelay ne manquant pas de s'attarder un court instant pour saluer Harry, visiblement attachés à montrer quels voisins agréables ils étaient.

− Bon, je suis crevée, dit Aurelia avant de bâiller.

− Pas si vite, Miss Andrews, dit le professeur Chourave.

Les élèves se tournèrent vers les enseignants, surpris. A l'évidence, Dumbledore avait utilisé le sortilège Hermès pour que tous sachent que les défenseurs de Poudlard ne devaient pas quitter la Grande Salle avant son retour.

− Nous n'avons pas souhaité inquiéter les parents, dit le professeur McGonagall, mais il y a eu une complication : comme vous avez pu le constater, les Nudhors ont « évolué » et c'est également le cas de leur poison. Le remède de la Communauté, en conséquence, n'est donc plus au point.

− Ca… ça veut dire qu'on est toujours empoisonnés ? s'inquiéta Queudver.

− Très peu, mais oui, Pettigrow. La Communauté doit envoyer quelqu'un pour nous aider à vous guérir totalement.

− Cool, je n'ai pas été blessé, donc… s'enthousiasma Silver.

− Tu restes ici ! grogna le professeur Bresch.

Tch !

Un éclair de lumière le heurta aussitôt à la tête, mais le Gryffondor ne parut rien remarquer, alors que Dumbledore revenait enfin, accompagné d'Uvon, toujours coiffé de son catogan, ses yeux beige très clair parcourant la Grande Salle comme pour en évaluer le potentiel. Une manie ? se demanda Harry. D'autres Mages entrèrent à leur tour, à peine plus âgés que les élèves pour la plupart, certains murmurant en pointant du doigt le plafond magique.

− Je vous présente Uvon, lança le directeur, et ses jeunes apprentis. Ils vont avoir besoin de vous ausculter pour connaître la vitesse de propagation du reste de poison qui circule toujours dans vos veines. Les élèves qui n'ont pas été blessés peuvent retourner s'asseoir. Oliver, pourriez-vous les seconder ?

− Naturellement, répondit le Médicomage-en-chef en s'avançant.

Uvon plongea une main dans un pli de sa robe noire et en sortit un cristal grossièrement taillé, de couleur ocre, qu'il laissa aussitôt tomber. Au lieu de se briser au contact de la dalle, il rebondit en déclenchant une onde de choc rougeâtre qui survola le sol et fit apparaître une vingtaine de cabines en tissu, semblables à celles d'essayage que l'on trouvait dans les magasins et boutiques, mais en plus grandes.

− Pourrais-je avoir vos notes ? demanda-t-il alors au Médicomage.

Le dénommé Oliver les lui tendit aussitôt, Uvon les parcourant rapidement. Puis il s'organisa en fonction de la gravité des blessures subies lors de la bataille, tandis qu'Ana, Leonie, Silver et Alexa – les quatre seuls à n'avoir subi aucune blessure – regagnaient la table. Les élèves commencèrent à disparaître dans les cabines, accompagnés des jeunes Mages, les uns comme les autres paraissant parfois très intéressés par le patient ou le soigneur. Uvon appela Berenis, considérant que son cas n'était pas à la hauteur de ses propres étudiants, et laissa un certain Nidom, peut-être le plus vieux de ses apprentis, le remplacer afin de répartir les défenseurs de Poudlard.

A mesure que les consultations se poursuivaient, le Médicomage-en-chef paraissait de plus en plus excité et fasciné, mais il le montrait sobrement. De toute évidence, les méthodes des Mages l'intéressaient au plus haut point. Au retour d'Uvon, ce fut au tour de Nidom de s'occuper d'un sixième année de Gryffondor qui avait beaucoup souffert pendant la bataille.

− Qu'en pensez-vous ? demanda Oliver en revenant auprès du Mage.

− Jusqu'à présent, il n'y a pas de quoi s'alarmer. La quantité de poison encore présente est si faible que l'organisme de tout le monde devrait pouvoir l'éliminer, mais il serait préférable que les élèves ayant subi plus de cinq blessures soient surveillés, au moins jusqu'à ce que nous améliorions le remède. Vous préviendrez votre hôpital que nous aurons besoin de son aide pour le faire, car nos connaissances sur les plantes que vous utilisez ne sont pas encore complètes.

− Bien sûr.

Oliver s'entretint rapidement avec Uvon pour savoir ce dont il avait besoin, puis il s'éclipsa de nouveau pour faire une liste aussi complète que possible. En son absence, le Mage poursuivit sa répartition des anciens blessés, mais lorsqu'il en arriva au demi-démon d'Alterion, il se contenta de lui adresser un regard des plus déconcertants : Harry eut littéralement l'impression d'être transpercé de part en part, comme si une épée lui avait été planté dans le ventre et était ressortie par son dos. Il n'avait encore, de mémoire, jamais ressenti cette sensation d'être totalement nu face à des yeux. Son âme, chacune de ses pensées, sa peur la plus terrible, son souvenir le plus heureux, ses doutes, ses ambitions, paraissaient absorbés par ce seul regard brun très clair. Et bien qu'il ressentît l'irrépressible envie de détourner les yeux, il en fut incapable.

− Nidom ? appela le Mage.

Un jeune homme, peut-être le plus âgé des élèves d'Uvon, se présenta presque aussitôt. Gras et blond, il remémora à Harry son propre cousin Dudley, mais avec un visage bien plus aimable et un regard plus ouvert, plus vif, plus clair.

Tada ni movire Kamon.

Si le Serpentard ne comprit rien à cette phrase, il ne douta pas une seule seconde qu'elle le concernait, et il ne fallut guère attendre cinq secondes pour que le prénommé Nidom le confirme, entraînant Harry à sa suite en direction d'une cabine. Bien avant d'être entré dedans, le demi-démon ressentit une curieuse sensation, comme s'il avait franchi une cascade tiède, et il sut aussitôt que chacune des « salles de consultation » étaient protégées par des sortilèges. A y réfléchir, il se rendit compte qu'il n'avait encore entendu aucune voix s'en élever, laissant deviner que chaque cabine était protégée par un sortilège de Silence, ou quelque chose comme ça.

A l'intérieur, un unique tabouret attendait d'être occupé, ce que Harry fit dès que Nidom l'y invita.

− Qu'est-ce qu'Uvon a dit ? demanda le demi-démon, perplexe.

− « Fais vite avec le Champion », indiqua le jeune Mage.

Il passa une main sur sa nuque et tira sur une fine chaîne d'argent pour extraire un anneau de bois, à moitié recouvert d'or, du col de sa robe.

− Comme tu n'as été que légèrement blessé, tes camarades pourraient trouver cela étrange si ton auscultation durait un peu trop longtemps. D'autant que cette consultation n'est pas vraiment utile puisque tu es déjà guéri, mais nous avons besoin d'un peu de ton sang pour voir si nous pouvons y trouver un gène qui nous permettra d'améliorer le remède.

Harry arqua un sourcil mais n'ajouta rien, regardant Nidom approcher l'anneau de son bras pour… le traverser ?! Incrédule face au pouvoir de l'objet, qui semblait rendre la main du Mage aussi immatérielle que celle d'un fantôme, il vit les doigts lui traverser chair, nerfs et os. Lorsque le jeune homme eut fini et retiré l'anneau, une bille de sang, à peine moins grosse qu'une noix, flottait au centre de l'artefact. D'une petite secousse de son instrument, Nidom enferma l'échantillon dans un flacon de verre.

− Que… Qu'est-ce que c'est, cet anneau ?

L'apprenti-médecin réfléchit un court moment.

− Je crois qu'on pourrait traduire son nom par « Régulateur », dit-il. Bien que nous puissions manipuler la magie sans être armé d'un quelconque accessoire, nous ne sommes pas à l'abri d'une erreur. Surtout les plus jeunes. Les accidents sont légion pendant la scolarité, et parfois après, alors le Cercle des Mages a mandaté les meilleurs scientifiques pour créer des Belgorios afin que le pouvoir de chaque Mage s'adapte à une situation. Le bâton d'Ooghar, la canne de Cataara, le cristal d'Uvon, tous sont des Belgorios. Les seuls qui n'y ont jamais eu recours, ce sont Damar, Midori et Lorca.

Harry hocha lentement la tête. En fait, il s'agissait d'artefacts limitant la puissance des sortilèges, se dit-il… ce qui était un peu réconfortant quand on voyait la violence du tourbillon de flammes qu'Ooghar avait créé pour anéantir les dernières lignes de la première vague de Nudhors.

− Est-ce que je ne devrais pas en avoir un, moi aussi ? suggéra-t-il. Etant donné que je suis en partie démon…

− Nous ne le saurons qu'une fois que nous aurons analysé ton sang, révéla Nidom. Selon une théorie de Sasthria, Valstro et Uvon, la puissance exacerbée des sortilèges de Midori serait due au fait de son héritage mi-humain, mi-démoniaque. Mais toi, étant le « fils » de Lathar, tes gènes doivent être beaucoup plus denses que les siens. Autrement dit, tu es plus à-même d'avoir un contrôle précis de ton pouvoir. Mais ce n'est qu'une théorie. Quand nous aurons comparé vos deux sangs, nous aurons une réponse. Je vais quand même demander au commandement de prévoir un Belgorios pour toi, juste au cas où.

− Merci.

− Bien, on ferait mieux d'y aller.

Glissant le flacon dans un pli de sa robe, Nidom précéda Harry à l'extérieur de la cabine, le salua sobrement puis tous deux se séparèrent, le Serpentard rejoignant la table des professeurs où, l'air désabusé, Silver subissait un mitraillage de baisers de la part d'Alexa. Il eut à peine le temps de s'asseoir entre Cassie et Leonie que le professeur Slughorn l'interpellait, obligeant le demi-démon à se relever et à traverser la moitié de la Grande Salle.

− Ethan, mon garçon, il faut que vous alliez dans la salle des professeurs, annonça le maître des potions.

Et Harry poursuivit son chemin, sortant de la Grande Salle pour emprunter le couloir menant à sa destination. Il n'était pas inquiet sur la raison de cette convocation, Dumbledore lui ayant assuré et répété qu'il s'était très bien débrouillé, mais il avait du mal à imaginer le motif de ce soudain rendez-vous.

Comme à leur habitude, les statues ne manquèrent pas de bavasser à son arrivée, mais il ne les écouta pas, frappant contre la porte et attendant qu'on vienne lui ouvrir. A sa grande surprise, le panneau pivota sur Draya, sa longue chevelure ornée des fleurs qu'elle n'avait pas pu distribuer. Aussi joyeuse qu'à l'ordinaire, elle le contourna et lui sauta sur le dos, sans nul doute pour qu'il la porte jusqu'à la table.

Refermant le panneau, Harry remarqua qu'il n'était pas au bout de ses surprises, car Alyphar était déjà attablé, tout comme Dumbledore et Croupton, sans doute arrivé par poudre de cheminette. Gagnant la table, le Serpentard s'assit alors que Draya, ravie de la courte « promenade », glissait de son dos pour prendre place sur ses genoux, un gobelet de jus de citrouille frais se matérialisant aussitôt devant elle.

− Parfait, dit Croupton. Je pense que nous pouvons commencer, maintenant que Potter nous a rejoints. Qu'en est-il de tous ces gerfauts que vous soupçonnez d'être chargés d'attaquer le ministère, Alyphar ?

− Nous avons reçu la confirmation qu'ils n'avaient toujours pas bougé, mais nous ignorons quel est leur véritable rôle. Une ville de la taille de Londres ne leur permettra certainement pas de se déplacer sans se faire remarquer, alors il est possible que leur rôle n'ait été qu'une diversion pour détourner notre attention du groupe visant Poudlard. Cependant, nous les surveillons toujours, par précaution.

− Fort bien. Que préconisez-vous ? Sont-ils nombreux ? Devons-nous orchestrer une attaque ?

− Selon le dernier rapport que j'ai reçu, ils sont aussi nombreux que ceux ayant attaqué Poudlard. Concernant une attaque, cependant, je pense que ça ne sera pas nécessaire : Midori s'est tellement ennuyé pendant cette bataille qu'il se fera un plaisir de s'occuper des gerfauts menaçant le ministère de la Magie.

Ennuyé ? se répéta Harry, déconcerté. Que fallait-il au samouraï pour qu'il s'amuse ?!

− Néanmoins, poursuivit Alyphar, faire intervenir Midori ne passera pas inaperçu, vous devrez vous préparer à effacer les mémoires de tous les témoins et trouver une excuse pour les dégâts occasionnés.

Croupton cilla et jeta un regard vers un mur, comme s'il pouvait voir à travers et contempler le cratère engendré par Midori à l'extérieur de l'école. Harry devinait qu'il imaginait mal comment le ministère pourrait expliquer l'apparition d'un tel trou dans les environs de Londres et sa banlieue, et il ne pouvait que le comprendre.

− Ca ne va pas arranger les relations, déjà tendues, avec le Premier ministre des Moldus, mais soit ! soupira-t-il. Je passerai la consigne aux services concernés, mais il nous faudra savoir quand Midori passera à l'action.

− Maintenant que Poudlard est débarrassé, nous pourrons agir d'ici un ou deux jours.

− Ah ! s'exclama Draya, alarmée. Il faut que je me dépêche de refaire des bouquets de fleurs, alors !

Et elle se volatilisa dans l'habituel, bref, discret et métallique sifflement qui caractérisait son transplanage.

− Ce que j'aimerais savoir, intervint Dumbledore comme s'il n'y avait eu aucune interruption, c'est ce qu'il va advenir de Poudlard ? Aussi bien du côté sorcier que du côté d'Anteras. A chaque assaut raté, le suivant est encore plus violent. S'il tient à obtenir les livres de la bibliothèque, en outre, une décision regrettable de la Confédération internationale lui en faciliterait le chemin.

− Le ministère ne pourra pas tergiverser bien longtemps, je le crains, admit Croupton. Peut-être deux ou trois semaines. Le problème, c'est qu'entre Anteras et Vous-Savez-Qui, la Confédération ne pourra pas ignorer que le Royaume-Uni et l'Irlande sont dans une situation des plus compliquées. Situation qui ne s'arrange pas, compte tenu du fait que Poudlard est, cette fois, la seule école qui ait été attaquée. Même en minimisant les blessures subies par les élèves et les professeurs, l'optimisme pour l'avenir de Poudlard est salement diminué.

− Et le prochain assaut sera encore plus violent, ajouta Alyphar. Anteras commet bien des erreurs dans ses pronostics, mais chacune d'elles a l'inconvénient de mieux le renseigner sur le potentiel de ses ennemis. Le vrai problème est que plus il saura comment fonctionnent les magies de votre monde, plus il améliorera ses gerfauts.

Ils restèrent silencieux pendant de longues secondes. Harry osait à peine imaginer une attaque plus importante que celle qui venait de toucher Poudlard, mais son esprit ressassait les réponses de Croupton et du Nehoryn. Trouve la faille, souffla Lathar d'un ton encourageant. La faille ? se répéta le Serpentard en fronçant les sourcils. A quel moment y avait-il eu un défaut dans les propos tenus par l'officiel du ministère et le représentant de l'Alliance ?

Mais à peine eut-il le temps de se poser la question que la solution lui apparut aussi soudainement qu'un sorcier, Vallys ou Draya qui aurait transplané devant lui :

− L'avantage ! dit-il un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu.

Il eut la très nette impression qu'Alyphar et Dumbledore l'avaient déjà compris, mais qu'ils avaient souhaité qu'il en fasse le constat par lui-même.

− Que voulez-vous dire ? interrogea Croupton, étonné.

− Nous avons un sérieux avantage en restant à Poudlard, expliqua Harry en réfléchissant très vite. Nous savons où Anteras frappera et nous attirerons les gerfauts jusqu'ici. En conséquence, nous pourrons affaiblir son armée. S'il subit des défaites, il finira peut-être par perdre patience et envoyer ses meilleures créatures, non ? Sans compter que Voldemort cherche à abattre le professeur Dumbledore, pensant que ça lui donnera le champ libre pour prendre le pouvoir… Donc, si Poudlard continue à rester ouvert, nous limiterons plus ou moins le… le « périmètre à attaquer », n'est-ce pas ?

Croupton prit tout son temps pour réfléchir à la réflexion de Harry, l'air concentré et perplexe.

− Ce sont effectivement des arguments que nous pourrions faire valoir, reconnut-il, mais la Confédération internationale ne pourra pas ignorer que des enfants seront en danger.

− Alors que la Confédération vienne essayer de fermer Poudlard, déclara Harry, et nous saurons les accueillir ! Ici, ce n'est pas une école : c'est une maison, un foyer, et personne n'a le droit de nous déloger contre notre gré. S'ils pensent réellement que les élèves obéiront docilement à leurs ordres, ils se mettent le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Ensemble, nous resterons toujours plus forts que si nous sommes éparpillés aux quatre coins du pays.

Tu vois quand tu veux, ricana la petite voix, alors que Dumbledore adressait un sourire radieux au Serpentard. Croupton se replongea momentanément dans le silence, caressant sa moustache soigneusement taillée, l'air pensif, puis il soupira d'un air résigné :

− Si les négociations venaient à mal tourner, nous ferons savoir à la Confédération le message que vous lui adressez, jeune homme, mais assurez-vous que vous ne serez pas le seul à vous opposer à elle… Non, plutôt, écrivez une pétition et faites-la signer par vos camarades opposés à la fermeture de Poudlard. Je sais bien que beaucoup de politiques se fichent de l'opinion du peuple, mais une mobilisation pourrait retarder davantage la décision de la Confédération. Voire même l'annuler.

− Allez demander à Kenny de l'écrire, Ethan, dit Dumbledore. Avec Tristan Selmeck, de préférence.

− Bien, monsieur.

Harry quitta aussitôt sa chaise et traversa la pièce.

− Une dernière chose, Potter ! lança Croupton quand le Serpentard ouvrit la porte.

− Monsieur ?

− Si jamais vous échouez à devenir Auror, je ferai de votre vie un enfer.