Tout au long des deux semaines qui suivirent, et bien que Poudlard ne fût plus menacé, l'actualité fut d'une richesse assez impressionnante. Comme annoncé par Alyphar, Midori supprima les gerfauts menaçant le ministère de la Magie. Bilan : près de quatre millions de Moldus avaient assisté à l'apparition d'une gigantesque colonne de flammes multicolores s'élevant « au moins jusqu'au ciel », selon les témoignages, tandis que les dégâts étaient estimés à plus de vingt millions de Gallions – sans parler des relations, devenues catastrophiques, avec le Premier Ministre moldu. Le week-end suivant, la popularité de Leonie s'accrut davantage, si c'était possible, après qu'elle eut vaincu Mulciber en deux temps trois mouvements lors du dernier tour des phases éliminatoires du tournoi de duel, qui vit apparaître tous les noms des finalistes mais dont les futurs duels restaient encore à définir. De son côté, Dumbledore restait à l'affût du débat d'avec la Confédération internationale quant à l'avenir de Poudlard, mais il semblait bien que le ministère de la Magie – en particulier Millicent Bagnold, Bartemius Croupton et Terry Hool, le ministre lui-même – avait trouvé le moyen de faire traîner les choses. Parallèlement, Kenny Ash avait eu l'excellente idée d'apporter la pétition suggérée par Croupton lors de la sortie à Pré-au-Lard, déjà signée par les défenseurs de Poudlard et par les élèves – dont ceux revenus de chez eux le lendemain de la bataille –, pour que commerçants, passants et habitants leur apportent leur soutien afin de protester contre une éventuelle fermeture de l'école.
Cependant, Harry ne partageait ni la liesse qui se fait ressentir à l'approche des vacances de Noël, ni mêle sa qualification à la seconde phase du tournoi de duel. Deux semaines passèrent et la même question revenait toujours lui hanter l'esprit : mais pourquoi diable réussissait-il soudainement à employer la magie tactile ?! C'était une expérience merveilleuse, il aurait fallu être fou pour le nier : le moindre portrait, la moindre porte, la moindre armure, le moindre mur, la moindre plante dégageaient une sorte de chaleur indescriptible que l'on ne pouvait qu'apprécier alors que le froid mordant de l'hiver s'annonçait déjà. Un « Gros Câlin de la Mort » d'Alexa lui faisait sentir la douceur de sa peau à travers ses vêtements, la plus petite caresse donnée à Hedwige amplifiait le plaisir qu'il avait à passer ses mains dans ses plumes, un seul doigt sur les écailles de Vallys lui faisait prendre conscience de leur étonnante étroitesse. Mais il ne comprenait pas. Il voulait poser la question à Lorca, même celle-ci était de moins en moins présente : elle assurait ses cours puis disparaissait du château, toujours absente aux dîners pour enfin réapparaître aux petits déjeuners des lendemains.
L'Alliance semblait déjà anticiper la prochaine attaque sur Poudlard, se répétait Harry, alors qu'il appréhendait légèrement les vacances de Noël. Son plan pour faire « un carton » parmi les Mangemorts fonctionnerait-il ? Il avait espéré que la potion permettant de suivre le mage noir marqué par Vallys pendant la bataille serait déjà prête, mais elle ne serait arrivée à maturité qu'au milieu des vacances. A temps pour éviter que son manoir soit la cible d'une offensive ? A temps pour éviter que Mrs et Mr Berkelay ne voient leur réveillon gâcher ? Il l'espérait du fond du cœur.
Le matin des vacances de Noël arriva, au plus grand bonheur des élèves qui pourraient profiter de deux semaines sans être obligés de se lever tôt ou d'assister à des cours, bien qu'ils eussent tout de même des devoirs à faire pour la rentrée. Alors que Rogue et Beauchesne seraient ses seuls camarades de dortoir à rester à Poudlard, que Mulciber fulminait toujours d'avoir été battu par Leonie et qu'Avery se réjouissait de retrouver son foyer pour être « au cœur » de l'armée de Voldemort, Harry était quant à lui de plus en plus perplexe : il avait beau s'être déjà posé la question, il ne voyait vraiment pas comment il allait faire pour occuper tout son temps. Jardinage, ménage, entraînement, ok, mais entre ces activités ?
Il laissa échapper un infime soupir et referma sa malle. Posant simplement le doigt dessus, il la fit s'élever dans les airs, un sortilège assez basique de la Première Loi, mais surtout l'un des rares qu'il ait réellement su maîtriser en quelques heures. De nombreux autres paraissaient également simples, sauf qu'ils ne l'étaient pas tant que ça, et d'autres encore s'annonçaient plus complexes encore. N'ayant pas oublié les paroles de Nidom sur les nombreux accidents qui survenaient quand les Mages n'y prêtaient pas garde dans leur manipulation de leur magie, Harry préférait donc attendre que Lorca soit présente pour qu'il s'y risque.
Sortant du dortoir, sa malle avançant derrière en lévitant, il descendit à la salle commune presque déserte et la traversa, un léger pli entre les sourcils. Il était étonnant qu'Alexa n'ait pas monté la garde pour ne pas manquer son départ, songea-t-il. Ou alors, elle l'attendait dans le hall d'entrée.
Au moment où il atteignit la moitié de l'escalier menant au rez-de-chaussée, une main se posa subitement sur son épaule et en l'espace d'une fraction de seconde, sans qu'il ait eu le temps de se demander ce qu'il venait de se passer, il trébucha contre un sol en pente recouvert de neige et manqua de s'étaler de tout son long, alors que sa valise tombait dans un bruit sourd. Une seconde plus tard, il entendit le cliquetis caractéristique du sabre de Midori qui se rengainait complètement.
− Je commence à comprendre ce qu'Alyphar entendait par « vos méthodes » quand Horol m'a à moitié kidnappé, dit Harry en se redressant.
Il lança un regard autour de lui. Ils n'étaient même plus en compagne, mais dans une région totalement sauvage, où rien ni personne ne semblait avoir entrepris quelque chose, exception faite de la végétation. Forêts et bosquets s'étendaient à perte de vue sous une couche de poudreuse bien plus fine qui faisait ressembler les collines éparpillées à des meringues.
− Où est-ce que nous sommes ?
− Aucune idée, mais nous ne venons pas ici pour apprendre la géographie ou admirer le paysage. Prends ta valise.
Harry obtempéra et lancer à nouveau son sortilège sur sa malle pour qu'elle le suive en flottant dans les airs. Le samouraï l'entraîna la seconde d'après vers le bas de la petite colline sur laquelle ils étaient apparus.
− Que sommes-nous venus faire, au juste ?
− Bien que certains Mangelor… Morlange… Mordange…
− Mangemorts…
− Ouais, eux, dit Midori d'un ton désintéressé. Bien que certains d'entre eux aient participé à la bataille, il semble qu'ils ne soient pas encore tout à fait alliés avec Anteras. Disons que leur présence était un test, si tu préfères. L'unité d'Erigor a eu la bonne surprise de tomber sur une petite réunion entre les mages noirs et les gerfauts, apprenant par la même occasion qu'il y en aurait une autre dans le mois. Et c'est à celle-là que nous allons.
Heureux hasard, en effet, mais…
− Qu'entendez-vous par « y aller » ?
− Nous allons écouter ce qu'ils se racontent. Etant donné qu'Anteras aura besoin d'un peu de temps pour se reconstituer un groupe encore plus important que celui qui a attaqué l'école, le commandement pense que les activités des mages noirs seront privilégiées. Le risque que ces derniers s'intéressent de nouveau à toi pendant les vacances n'est pas négligeable, d'après ton directeur, alors puisque les élèves rentrent chez eux aujourd'hui, il y a une petite chance pour qu'on entende parler de toi lors de la réunion.
Harry hocha la tête, même s'il préférerait que les Mangemorts aient totalement oublié son existence. Maintenant qu'il était capable d'utiliser sa magie interne sans avoir à méditer – et donc, à dissimuler sa présence –, il doutait pouvoir échapper une fois de plus au sortilège que le mage noir venu sonner chez lui en août avait utilisé pour détecter toute forme de vie.
− Et s'ils décidaient de s'en prendre à moi ? reprit-il.
− Lorca a assez parcouru la bibliothèque de Poudlard et comparé la sorcellerie à la magie des Mages pour renforcer toutes les protections entourant ton manoir. Elles ne te protégeront pas des gerfauts, mais elles devraient poser de sérieux soucis aux Mangemorts… Ah, tiens, je l'ai dit du premier coup.
Harry songea que c'était surtout parce que lui-même en avait rappelé le nom exact, mais il ne chercha pas à le signaler.
− De toute façon, Alyphar prévoit de confier la surveillance de ton manoir à une unité d'apprentis espions. Ils quadrilleront les environs et relèveront toute présence suspecte s'approchant de chez toi. Parallèlement, le ministère de la Magie reprendra ton idée initiale de faire surveiller ta maison afin de mettre la main sur le Mangemort qui pourrait s'y présenter.
Le Serpentard se sentit soulagé, alors qu'ils approchaient de la lisière d'une sombre forêt. Apparaissant l'habituel nuage de fumée noire, un homme aux cheveux courts sel et poivre, le menton mal rasé et les yeux chassieux, apparut. Harry remarqua aussitôt que son uniforme était différent de ceux des autres Nehoryns, car il portait une tunique sans manche.
− Tu es toujours aussi élégant, Erigor, dit Midori avec indifférence.
− Tu le dis à tout le monde tous les jours… répliqua l'homme d'un air blasé.
− Parce que tout le monde est élégant tous les jours.
Erigor soupira en secouant la tête et régla son pas sur le leur pour les accompagner sous le couvert des arbres.
− Les Mangemorts sont déjà là, indiqua-t-il, mais ils ne semblent pas très rassurés. Trois attendent dans une clairière, nous empêchant de nous approcher, trois autres patrouillent dans les environs et trois derniers sont en embuscade, sans doute pour intervenir si jamais ça tournait mal. A mon avis, le Sorcier Noir se méfie d'Anteras, qui lui-même ne doit pas être heureux de savoir que son nouvel allié n'a envoyé que quatre de ses mages noirs pendant la bataille.
− Fort probable, admit Midori.
A mesure qu'ils s'enfonçaient dans la forêt, la lumière faiblissait, bloquée par le feuillage toujours plus touffu. Ils restèrent silencieux tout le reste du trajet puis aperçurent bientôt, après un bon quart d'heure, un éclaircissement entre les troncs épais : la clairière était de plus en plus proche. Erigor disparut pour retourner à son poste, indiquant à voix très basse où se situaient les trois Mangemorts cachés.
Midori saisit la valise de Harry, annulant aussitôt le sortilège qui la faisait léviter, et la posa contre un tronc, puis il adressa un signe au Serpentard pour qu'il le suive. Si le demi-démon d'Alterion avait tendance à se baisser de plus en plus tandis que la clairière se rapprochait, celui de Mirvira ne se donna pas cette peine. Ils se cachèrent derrière deux arbres très épais, assez proches de la lisière pour que la magie auditive puisse leur permettre d'entendre un Mangemort se plaindre – un germanique, à en juger son accent :
− Ils sont en retard.
− Encore faudrait-il qu'ils sachent lire l'heure, dit un autre d'un ton goguenard.
Harry tourna la tête vers Midori : lui pouvait voir très loin et à travers les objets, il serait donc le premier à savoir quand les gerfauts arriveraient. Pourtant, il sembla avoir une tout autre idée en tête, car il se volatilisa soudainement en tirant son sabre, puis réapparut deux secondes plus tard avec un Mangemort inconscient dans les bras. Sans nul doute possible, il s'agissait de l'un des mages noirs patrouillant autour de la clairière – et celui qui était le plus susceptible de les surprendre.
Il fallut encore plusieurs minutes pour que Midori, qui continuait à inspecter la forêt, tourne subitement la tête vers le tronc derrière lequel il se cachait. Harry entendit les Mangemorts s'agiter légèrement et ne put s'empêcher de se pencher pour jeter un coup d'œil à la clairière : menés par une énorme créature beige tachetée de vert, une poignée de gerfauts s'avançait vers le trio de mages noirs, qui essaya tant bien que mal de paraître détendu. Le troisième serviteur de Voldemort, silencieux jusque-là, prit les devants et alla à la rencontre des soldats d'Anteras.
− Le Seigneur des Ténèbres salue votre maître, annonça-t-il.
− Et Sa Majesté salue le vôtre, assura le grand gerfaut.
Harry eut l'impression d'assister à un échange de deux rivaux politiques pratiquant la démagogie. Tout au moins, il n'était guère certain que ces salutations étaient entièrement sincères.
− Avez-vous pu obtenir des informations sur l'Ovedhian ? interrogea la créature.
Le Serpentard haussa les sourcils. Si le titre l'étonna, la réaction de Midori le fit davantage, car il redressa la tête comme si le mot avait une importance particulière, comme s'il avait titillé sa curiosité – voire peut-être sa méfiance.
− Nous faisons le nécessaire, assura le Mangemort, mais accéder à un dossier du département de la Justice magique est très difficile. Nous travaillons activement à trouver un employé ayant les autorisations pour le consulter, mais pour l'heure, nous ne savons que ce que nous vous avons dit au lendemain de la bataille. Qu'en est-il de notre requête ?
− Sa Majesté vous accorde un régiment d'autres gerfauts, mais il a lui-même une réclamation.
Harry sentit plus qu'il ne vit les mages noirs se méfier.
− Une réclamation ? répéta le chef.
− Le climat actuel nuit à la réserve d'ingrédients de Sa Majesté, expliqua le gerfaut massif. Ils se meurent et sont donc, du coup, inutilisables pour la création de nouveaux serviteurs. Il a donc besoin que votre maître l'aide à obtenir des substituts de votre monde, et dont voici la liste.
Le Serpentard regarda la créature tendre un parchemin relativement long, que le Mangemort-en-chef prit et consulta. A en juger par son long silence, il était clair qu'il évaluait le coût des marchandises. Ou alors, il n'en connaissait pas certaines. Les secondes s'égrenaient alors qu'il poursuivait sa lecture, mais Harry pensait à tout autre chose que le prix et la nature de toutes ressources : si Anteras était désormais capable de fournir une liste précise des produits sorciers dont il avait besoin, alors cela signifiait qu'il avait acquis de sérieuses connaissances en botanique et en créatures magiques.
− Nous vous les fournirons, assura le leader des mages noirs. Quand les gerfauts nous rejoindront-ils ?
− Dans la semaine. Mais n'oubliez pas que Sa Majesté restera très attentive à l'usage que vous en ferez.
Il y eut un bref silence. A l'évidence, les Mangemorts ne sous-estimaient pas Anteras.
− Nous nous en souviendrons, assura le chef.
− Bien. Le groupe que nous vous enverrons vous communiquera la date de la prochaine rencontre.
Le Mangemort hocha la tête, puis la créature tourna les talons, entraînant à sa suite le cortège qui l'accompagnait. Une fois que les gerfauts eurent disparu dans les sous-bois, les mages noirs qui se tenaient en embuscade sortirent et rejoignirent leurs camarades, tandis que le leader consultait de nouveau la liste des ingrédients.
− Alors ? lança l'un.
− Croise les doigts pour que le Seigneur des Ténèbres ne nous demande pas de cambrioler Gringotts ou de mettre la main à la patte, car crois-moi, tous ces ingrédients nous coûteraient cinq fois notre salaire… Sans compter qu'il va nous falloir payer des trafiquants pour en faire importer certains, et ces rats sont loin d'offrir leurs services pour seulement dix Gallions.
− Il doit y avoir des Mangemorts riches, non ? dit le germanique.
Harry comprit que le groupe, y compris le chef, était encore loin d'approcher le cercle privé de Voldemort.
− Sans doute, mais je doute que le Seigneur des Ténèbres leur demande de payer. Pour le moment, allez chercher les autres et rentrons.
Il transplana le premier, les autres mages noirs partant à la recherche de ceux qui patrouillaient. Midori hissa sans peine sa victime sur son épaule, tira sur son sabre pour rejoindre Harry, puis leur fit rejoindre l'arbre contre lequel était posée la malle. Le Serpentard la ramassant, ils se retrouvèrent en un éclair sur la colline où ils étaient apparus. L'unité d'Erigor apparut dans son intégralité l'instant d'après.
Harry fut quelque peu surpris. Il ne connaissait certes pas grand-chose des coutumes des Nehoryn, mais il ne pensait pas du tout qu'une unité pouvait accueillir des personnes plus jeunes que lui. Tout aussi surprenant, il était si habitué à rencontrer de grands et minces Nehoryns bruns que la présence d'un garçon assez gras et blond l'étonna davantage, mais il se tourna vers le meneur dès que celui-ci s'avança, Midori laissant encore une fois tombé le Mangemort comme s'il avait s'agi d'un vulgaire sac à patates.
− Ca sent mauvais, dit Erigor. Si les mages noirs passent au premier plan, nous aurons bien du mal à intervenir, surtout que les attaques pourront se produire n'importe où dans le pays. A cela s'ajoute le fait que les Palants ont confirmé que l'humidité et le froid empêchaient les Castalys de fleurir, donc que notre stock de remèdes serait bientôt épuisé…
− Les sorciers ont leurs propres remèdes, fit remarquer Harry.
− Je le sais bien, jeune ami, mais la Castalys est un composant essentiel à celui qui nous permet de guérir les blessures des Nudhors. Quand bien même nous prendrions le temps de lui trouver un substitut parmi les ingrédients sorciers, il faudrait des semaines et des semaines de recherches pour trouver les bonnes quantités, la bonne composition et la bonne préparation. Pour faire simple, en attendant un équivalent à notre remède, nous risquons d'avoir plus de blessés que de guerriers opérationnels, et les sorciers se retrouveront alors livrés à eux-mêmes. Néanmoins, vous marquez un point : les soins sorciers pourraient être utiles à d'autres choses qui nous font défaut, car les maladies de votre monde commencent à contaminer l'Alliance.
Il se tourna vers ses collègues et s'adressa à une femme d'une quarantaine d'années :
− Atii, va te renseigner auprès de Bartemius Croupton pour savoir quelle aide le ministère pourrait nous apporter.
Et la Nehoryn transplana aussitôt puis il reporta son attention sur Midori :
− Est-ce que Poudlard a les moyens de nous aider, si Atii revenait avec un refus ?
− J'irai en toucher deux mots à Lorca.
Erigor lui lança un regard désabusé.
− Chaque fois que tu dis ça, il n'y a pas que « deux mots » que tu lui touches…
− Parce qu'elle ne peut s'empêcher de se déshabiller quand elle me voit, prétendit le samouraï en se plantant un doigt dans le nez. En bonne personne compatissante et altruiste que je suis, je me dois de lui venir en aide.
Harry et plusieurs Nehoryns sourirent, alors qu'Erigor hochait de nouveau la tête d'un air las.
− Qu'en est-il de notre jeune ami ? poursuivit-il.
Le Serpentard retrouva aussitôt son sérieux.
− S'il est vrai que le Sorcier Noir ne demandera jamais à ses serviteurs les plus riches de payer, il se tournera probablement vers une source de financement extérieure. L'Abolition n'a toujours pas été brisée, Ethan a échappé à son Mangemort et il a la deuxième plus grosse fortune du pays…
− Troisième, rectifia Harry.
− Deuxième, affirma Midori. J'avais oublié que j'avais encore cinq coffres dans les poches.
Harry lui lança un regard blasé.
− Quoiqu'il en soit, il y a des chances pour qu'Ethan soit désigné comme le financeur. Le Sorcier Noir sait peut-être qu'il a peu de chances de le convaincre de le rejoindre, mais il ignore encore si une petite frayeur ne le soumettrait pas à sa volonté – ou si un sortilège ne le ferait pas à sa place. Préviens Alyphar qu'il faudrait se renseigner auprès du ministère pour avoir une liste plus ou moins longue des trafiquants susceptibles de fournir les Mangemorts.
Erigor acquiesça et parut sur le point d'annoncer le départ à son unité, mais une idée soudaine traversa Harry.
− Ah ! s'exclama-t-il, et tout le monde se tourna vers lui. Je sais comment savoir où les Mangemorts attaqueront ! Il y a un service, au ministère, qui peut détecter les usages abusifs de la magie qui sont commis par les mineurs ou devant les Moldus : si vous en obteniez, vous pourriez peut-être localiser le lieu de l'assaut. Une attaque, ça ne devrait pas passer inaperçu…
Le chef Nehoryn l'observa attentivement et eut un léger sourire.
− On dirait que la Pierre de Lathar a fait le meilleur choix possible, dit-il avant de se retourner. Allons-y !
Et tous disparurent, laissant Midori et Harry avec pour seule compagnie, le Mangemort inanimé. Le samouraï ramassa son prisonnier d'une seule main et le hissa sur son épaule avec autant de facilité que s'il avait été une plume.
− Qu'est-ce que c'est, un Ovedhian ? interrogea le Serpentard.
− Ca désigne une personne cauchemardesque, en Lorgath. Un ennemi terrifiant, dont les actes dégoutent, effraient, dont les pouvoirs ou la puissance lui donnent l'impression d'être quasi-invulnérable. Bien des gens ont été et sont qualifiés sous cette appellation : Damar l'était, Prerian, Lorca, Ooghar ou encore moi le sommes. Tout comme les semblables de Prerian donnent ce surnom à Anteras.
− Donc, si les gerfauts le craignent ou s'en méfient, ça veut dire que cet Ovedhian est notre allié.
− Ouais, et puisque les Mangemorts ont besoin de passer par le département de la Justice magique pour en savoir plus, cela signifie qu'il s'agit d'un sorcier. Mais au vu de la bataille de Poudlard, l'Ovedhian pourrait désigner pas mal de monde, entre le directeur de ton école, celui de Beauxbâtons et certains professeurs… Bref, je vais t'emmener dans le Poudlard Express où tu pourras dire à un Auror que tu as été retardé pour capturer un Mangemort et je suis sûr que tes deux blondes seront ravies que tu leur « touches deux mots ».
− Je vous ai déjà dit qu'elles étaient des amies ! Et puis, Alexa est restée à Poudlard.
− Il t'en restera au moins une pour te féliciter pendant le voyage alors.
Harry roula des yeux, exaspéré, et réaffirma sa prise sur la poignée de sa malle. Midori le saisit par le col et, toujours sans réaliser ce qu'il se passait vraiment quand le samouraï transplanait, le Serpentard se retrouva à tituber dans un compartiment vide du Poudlard Express, terminant son trébuchement sur une banquette. Sans cérémonie, Midori balança le Mangemort sur l'autre banquette.
− Ja ne ! lança-t-il avant de disparaître.
− Je comprends que Lorca ait du mal à garder son sang-froid… soupira Harry pour lui-même.
Mais il se sentait réjoui. Certes, cette petite escapade n'avait pas apporté de bonnes nouvelles, surtout si l'hypothèse émise par Midori sur la cible financière de Voldemort se révélait juste, mais le Serpentard était tout de même satisfait d'avoir passé du temps avec son « semblable » de Mirvira.
Se levant, il ouvrit la porte du compartiment et jeta un œil à chaque extrémité du couloir. Il avait espéré, naïvement, que le premier Auror qu'il apercevrait serait Maugrey, à qui il pourrait expliquer concrètement la situation, mais non. L'homme qui patrouillait lui était totalement inconnu et risquait de poser bien trop de questions. Harry réfléchit rapidement à une histoire à peu près convaincante, puis il héla l'Auror.
Celui-ci le rejoignit en fronçant les sourcils :
− Nous avons demandé aux élèves de…
− Je n'étais pas là, monsieur, l'interrompit Harry, et lui non plus.
Il désigna du pouce le Mangemort étalé sur la banquette. Le chasseur de mages noirs parut déconcerté une brève seconde, mais il se ressaisit quasi-instantanément. Ecartant le demi-démon de son passage, il s'approcha de la silhouette inerte et ôta sa capuche pour révéler un visage séduisant, bien que mal rasé, et au teint basané dont les origines, si anciennes fussent-elles, ne faisaient aucun doute.
− Akim Al-Basri, marmonna l'Auror pour lui-même. On dirait qu'il n'aura plus l'occasion de vendre la plus petite stère de bois de Darvi avant un très long moment… Comment l'avez-vous attrapé ?
− Je n'ai rien fait, monsieur. Je l'ai remarqué à rôder autour de Pré-au-Lard, mais au moment où j'ai voulu l'intercepter, un membre de la Communauté est intervenu et l'a assommé, puis il nous a fait transplaner dans le train.
C'était le mensonge le plus crédible – et pas totalement faux – qu'il avait trouvé. L'Auror l'observa tout de même pendant quelques secondes, son regard bondissant d'un œil à l'autre du Serpentard, mais s'il eut quelques doutes sur sa sincérité, il ne fit aucun commentaire. Il se contenta de congédier Harry, l'encourageant à rejoindre ses amis.
Le Serpentard récupéra sa malle et sortit dans le couloir, laissant le chasseur de mages noirs s'assurer que le Mangemort ne s'échapperait pas, au cas où il se réveillerait pendant le trajet. Parcourant les wagons en jetant un coup d'œil dans chacun des compartiments, Harry dut plusieurs fois justifier sa présence dans les couloirs auprès des Aurors qu'il rencontra. Alors que le doute s'installait, se demandant s'il n'avait pas pris la mauvaise direction, il finit par trouver les filles de Gryffondor.
− Tiens, le futur Chouchou Mort de la Mort ! dit Mary avec un sourire.
− Hein ? Pourquoi tu dis ça ?
Mais la réponse s'imposa d'elle-même dans son esprit :
− Alexa…
− Elle n'est pas du tout contente que tu sois parti sans la laisser te dire au revoir, révéla Leonie d'un air réprobateur qui lui donna l'air d'une petite fille essayant de se montrer autoritaire. Elle a même dit qu'à ton retour, elle serait enceinte de Leo, tu te sentiras trahi, tu deviendras gay et que tu causeras les suicides de toutes les femmes qui auront voulu faire ça, ça et ça avec toi mais que tu auras rejetées !
− Oui, enfin, elle a aussi dit qu'elle ne pourrait plus approcher Ethan parce qu'il sera en couple à la rentrée, hein… rappela Aurelia, désabusée.
− Elle est complètement allumée, dit Harry.
Les quatre filles partirent à rire.
− Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? s'étonna le Serpentard.
− Exactement la même chose que Leo, répondit Lily. Ce à quoi elle a répondu : « Pour m'allumer, il faut une mèche ! Est-ce que ça veut dire que tu me prêtes la tienne pour que je m'enflamme ? »
Harry hocha la tête, désespéré par les délires de la magnifique française, mais il dut admettre qu'elle allait lui manquait au cours des deux prochaines semaines. Tant par la bonne humeur qu'elle apportait que pour ses provocations.
− Mais au fait, tu étais où ? interrogea soudainement Aurelia.
− J'ai été retenu, mentit-il. Puis quand je suis monté dans le train, j'ai discuté avec un Auror que j'avais croisé quand je me suis rendu au ministère pour mon recensement.
− Retenu par quoi ?
Harry réprima un grognement, bien qu'il se fût attendu à ce que la belle métisse pose la question.
− Un éventuel désagrément pendant les vacances de Noël. Comme j'ai échappé au Mangemort cet été, Dumbledore m'a dit de l'attendre avant de partir afin que nous discutions, puisqu'il pense que je pourrais recevoir une nouvelle visite… qui serait moins « diplomatique », par ailleurs. Il voulait donc me donner quelques consignes au cas où je remarquerais quelque chose – ou plutôt, quelqu'un – de suspect.
Presque tout le monde se contenta de sa réponse, mais il sentit que Lily et Aurelia n'étaient pas totalement convaincues. Le reste du voyage se poursuivit dans une ambiance agréable, Leonie s'enthousiasmant à l'idée d'être accueillie chez sa tante par une tarte au chocolat et de nouvelles peluches. Il semblait que sa collection était si impressionnante qu'elle en avait autant au dortoir des Gryffondor que chez Dorcas.
Toutefois, Harry se détourna rapidement des conversations. Le climat actuel empêcherait Vallys d'utiliser ses barrières, les protections ajoutées par Lorca ne le protégeraient pas totalement d'une attaque et si Midori visait juste, les Berkelay, comme leurs invités, n'étaient pas à l'abri d'une attaque lors du réveillon. Que devait-il faire ? Il ne voulait pas annuler l'invitation au réveillon, mais il ne pouvait décemment pas mettre en danger Berenis, sa famille et les autres convives… Tout comme il était naïf de croire que réceptionner un éventuel Mangemort lui assurerait une paix royale : Voldemort savoir qu'il n'était pas l'un de ses soutiens, comme l'avait fait remarquer Midori, alors Harry ne pourrait pas prétendre être volontaire pour l'aider – et il ne le voudra jamais ! De fait, il s'interrogeait : était-ce l'heure pour ouvrir les hostilités avec le Seigneur des Ténèbres ? Etait-il suffisamment fort pour le faire ?
J'éviterais, à ta place, lui dit Lathar. A quoi bon chercher les problèmes directs avec Voldemort tant qu'il n'est pas revenu à un stade mortel ?
« Je ne cherche pas les problèmes, ils viennent à moi », objecta Harry.
Mais tu sais les surmonter, non ? Peut-être serait-il tant que tu les anticipes !
« Et comment je fais ? »
Aucune réponse ne lui parvint, lui rappelant que Lathar n'intervenait pas pour lui faciliter la tâche mais pour le guider vers celui qu'il souhaitait devenir, même si Harry l'ignorait encore. Il voulait être Auror, on le considérait comme un leader, mais au final, que désirait-il, lui ? Survivre et protéger, sauver un maximum de personnes… et à part ça ? Il était conscient qu'il ne retournerait peut-être jamais dans son ancienne vie, il lui fallait donc se concentrer sur celle-ci et définir quel futur il voudrait avoir… Sauf qu'il n'en avait pas encore la réponse intégrale, ne connaissait que le métier qu'il désirait exercer et espérait que sa profession s'exercerait sans Voldemort et Anteras comme ennemis.
Il fut tiré de ses pensées par la soudaine apparition d'une peluche en forme de chien qui s'agita devant ses yeux, Leonie en imitant le grognement menaçant.
− Quoi ? s'étonna-t-il.
− Tu as regardé les jambes de Lily quand elle est partie faire sa ronde ! accusa le petit bout de femme-enfant.
− Hein ? Non, j'étais en train de réfléchir… Enfin, je les ai vues sans les voir.
− C'est ça, dit Leonie, sceptique, alors qu'Aurelia l'asseyait sur ses genoux. Et demain, tu vas lui envoyer une lettre pour la convaincre qu'elle devrait raccourcir sa jupe, puis qu'elle devrait l'enlever, je suis sûre ! Alexa m'a dit comment les garçons réfléchissent, hein !
− D'un autre côté, Alexa est peut-être plus perverse que tous les mecs de Poudlard, dit Mary. Et on t'a répété des centaines de fois de ne pas la croire sur parole, Ninie… Si Ethan est réellement menacé par une visite d'un Mangemort, je pense qu'il a autre chose à faire que de regarder les jambes de Lily, en plus.
Leonie se renfrogna en jetant un regard soupçonneux à Harry, serrant fermement sa peluche contre elle comme si elle avait peur qu'on la lui vole, mais le reste du voyage se passa sans autre accusation ou suspicion. Lily alternait entre ses rondes dans le train et ses moments joyeux avec le Bébé de Gryffondor, certains élèves passant parfois les saluer au cas où ils ne seraient pas en mesure de le faire une fois à Londres.
Lorsque le Poudlard Express s'arrêta le long du quai 9¾ où parents et tuteurs attendaient impatiemment de retrouver leurs enfants et leurs protégés, Harry souhaita de bonnes vacances à ses amies, adressa un signe de la main à Ana quand il la croisa puis transplana. Ces quatre mois passés à l'école lui avaient momentanément fait oublier la sensation écrasante, étouffante, de ce moyen de locomotion. Peut-être du fait de sa nouvelle condition de demi-démon, toutefois, l'expérience fut plus agréable, car lorsqu'il apparut devant le portail de son manoir, l'air présent dans ses poumons était plus important que par le passé.
Inspirant, il poussa le portail et le referma derrière lui en parcourant la neige qui recouvrait le jardin du regard, les parterres de fleurs semblant cristallisés, puis il s'avança le long de l'allée de graviers blancs pour rejoindre le manoir, tout en se posant la question de savoir comment il allait entretenir le jardin. Lorsqu'il ouvrit la porte, les bougies du hall d'entrée s'allumèrent, et il baissa les yeux sur Vallys.
L'hiver diminuant le nombre de proies, Hedwige et la darderan étaient parties la veille au soir pour prendre le chemin de la maison tout en chassant afin de se remplir le ventre.
− Nous avons une locataire, annonça le serpent.
− Hein ? s'étonna Harry.
Il y eut un bref sifflement aigu et discret et Draya apparut :
− Présente !
− Mais… Que… Qu'est-ce que tu fais là ? balbutia Harry, ahuri.
− Midori a dit que tu allais t'ennuyer, tout seul, alors il t'a nommé « Nouveau Papa », répondit la Shadrian d'un ton gai. Je voulais te faire à manger, mais je me suis souvenue que je n'avais pas choisi ma chambre, alors le dîner a brûlé ! Mais j'ai ma chambre !
Harry comprit alors pourquoi Lorca, Alyphar, Horol, Ooghar, Cataara étaient d'accord sur Midori.
Il était vraiment un imbécile !
Yo !
Merci encore pour les reviews :) J'essaie tant bien que mal d'accélérer le rythme de publication, comme vous avez pu le remarquer, mais les chapitres de bataille sont assez durs à imaginer. Pour l'heure, ça va se calmer. Comme on dit : Après l'effort, le réconfort.
En réponse à une remarque d'Oceliari (désolé si je ne réponds pas aux autres) : moi aussi, ça me tue les yeux à chaque fois que je dois relire, mais si mes textes sur Word sont avec des alinéas, le site ne les respecte pas :(
En tout cas, bonne lecture. La suite arrive !
