POUDLARD FERME !

SAUF QUE…

Une fois n'est pas coutume, La Gazette du Sanglier s'offre le luxe de publier une édition spéciale suite à la décision, mardi 21 décembre, de la Confédération internationale des sorciers de fermer Poudlard. A cette occasion, nous avons pu travailler en collaboration avec nos confrères de La Gazette du sorcier, et nous avons fait les choses en (très) grand. Du ministère de la Magie à Poudlard, de Pré-au-Lard au Chemin de Traverse, de la maison d'un ancien élève à celle d'un étudiant actuel, nous avons ratissé le pays pour vous offrir un journal à l'image de ce début d'année scolaire : à savoir, mémorable ! Car il y a de nombreuses choses à dire, sur le quadrimestre que nous avons vécu : entre les nouvelles arrivées, les cours spéciaux que fait le professeur Williams, l'organisation du tournoi de duel, la Brigade de la Mort et les attaques répétées des gerfauts, l'école a connu ce que nous pourrions raisonnablement considéré comme une rentrée à inscrire dans les annales.

Première rencontre significative de ce numéro inédit du journal de l'école, nous avons été à la rencontre de Terry Hool, le ministre de la Magie lui-même, qui nous a accueilli dans son bureau. L'auteur de la phrase déjà culte : « Mais je l'emmerde, la Confédération, je l'emmerde ! », prononcée à la sortie de la réunion ayant vu la Confédération internationale ordonner la fermeture de Poudlard, ne lâche pas le morceau :

« Poudlard ne fermera pas ! martèle-t-il. Fermer l'accès à l'enseignement, c'est comme demander à Vous-Savez-Qui de se rendre gentiment ! C'est empêcher une jeune sorcière d'acquérir les compétences pour trouver demain comment soigner une maladie aujourd'hui incurable ! C'est comme interdire à un jeune sorcier de devenir plus tard un brillant inventeur qui nous offrira, à tous, les moyens de faciliter notre quotidien ! Alors, non, Poudlard ne fermera pas ! (…) J'ai des divergences avec Dumbledore, mais je lui fais confiance. Les FIE feraient mieux de rester chez elles. »

Les FIE (Forces d'Intervention Européennes) existent toujours, bien qu'on ait tendance à l'oublier. Créées après la guerre contre Gellert Grindelwald, elles sont rarement sollicitées. Pour ceux qui l'ignoreraient, elles réunissent Aurors et membres de la Ligue de défense contre les forces du Mal venus des quatre coins du continent. Parmi les prétextes de leur mobilisation, figure celui du « recadrage » d'un ministère de la Magie récalcitrant vis-à-vis d'une décision de la Confédération.

Force est de constater, toutefois, que le professeur Dumbledore n'a pas menti. Lui-même auteur d'une petite phrase qui ne manque pas d'intriguer, le directeur de Poudlard, à sa sortie de la réunion internationale, avait annoncé aux médias que « le verdit de la Confédération est fort regrettable, mais elle a oublié un détail. » Et en ce vendredi 24 décembre, ce « détail » n'a pas raté sa chance de le faire comprendre aux FIE.

Exclusivité de La Gazette du Sanglier, nous vous révélons tout sur ce « détail » ! Malgré un délai de trois jours pour faire leurs valises, malgré un délai identique pour quitter l'école, professeurs et élèves passant leurs vacances à Poudlard ne sont toujours pas partis. Et ce, malgré l'arrivée, très tôt dans la matinée, des FIE. Chargées de procéder au départ des occupants du château, elles sont apparues devant le portail aux aurores et… ont été hospitalisées un quart d'heure plus tard. La raison ? Ne cherchez pas du côté des professeurs : c'est un élève.

Ivre, vêtu d'un simple caleçon et le visage caché derrière un masque à l'effigie de Vous-Savez-Qui (ndlr, on ne se demande pas de qui il s'agit…), l'élève en question, que tout le monde sait à Gryffondor, s'est interposé pour empêcher que les FIE ne puissent atteindre ne serait-ce que l'escalier du château. Excuses fournies : « Les mortels ne sont pas autorisés à accéder aux Champs-Elysées », « Des cacahuètes font une orgie et n'aiment pas être dérangées » ou encore « Le Château de la Mort n'est pas fait pour les personnes trop habillées. » Conclusion, les FIE, comprenant que l'élève ne les laisserait pas passer, ont donc entamé une procédure de neutralisation, avant d'être évacuées par des guérisseurs. Il aura fallu l'intervention du professeur Bresch pour arrêter Leo Silver qui, à l'heure où nous imprimons, a été interpellé par les Aurors et placé en détention.

« Il n'y restera que quelques heures, assure Bartemius Croupton, le directeur du département de la Justice magique. Nous n'avons aucune charge contre lui : les témoignages des FIE confirment le sien, c'est-à-dire qu'il s'est juste défendu. Or, je le rappelle, les autorités, nationales comme internationales, ne sont pas autorisées à faire usage de la force tant qu'un résistant ne se montre pas menaçant. »

Une justification qui ne convaincra sûrement pas la Confédération, qui verra sans doute dans la remise en liberté de Silver une nouvelle provocation du ministère de la Magie. Néanmoins, il est indéniable qu'avec ce coup d'éclat, Silver se présente – et on le savait déjà – un challenger terrible pour ses futurs adversaires lors des phases finales du tournoi de duel. Patientons pour voir à quel point il l'est, maintenant que la compétition s'apprête à entrer dans sa dernière ligne droite.

Qu'en est-il des FIE ? Walter Jameson (ancien Poufsouffle et aujourd'hui journaliste à La Gazette du sorcier) nous en dit plus sur le sort que Silver a réservé aux autorités européennes.

« Elles sont en plein délire, raconte-t-il. D'après ma source, il y en a un qui clame haut et fort qu'il se prostitue et qu'il en est fier, un autre qui prétend qu'il créera bientôt un département de la Fessée magique quand il rentrera dans son pays, une femme qui pleure tout le temps parce que son fils aurait des oreilles d'âne et une autre qui croit dur comme fer qu'elle doit se marier la semaine prochaine avec Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ! (…) Les guérisseurs sont complètement largués, ils ne savent pas comment briser ces hallucinations, mais une demande aurait été faite pour que Silver soit libéré au plus tôt pour annuler ses maléfices. »

Une situation qui ne manque pas de nous rappeler que Silver peut utiliser une mystérieuse « magie de la Mort », son arme secrète, mais que nous ne savons pas encore définir très clairement – et par « nous », nous incluons le professeur Bresch, qui avoue lui-même ne pas très bien comprendre comment elle fonctionne, ni même quelle en est concrètement la nature.

Fermeture de Poudlard toujours, nous n'avons évidemment pas résisté à la tentation de connaître l'avis de Tara Gardner, dont la langue bien pendue a fait la joie de nombre de nos lecteurs par le passé.

« Oh oui, fermons Poudlard, ironise-t-elle d'un ton cinglant. Faisons des jeunes sorciers des demi-Cracmols, empêchons-les d'apprendre à se défendre ou à combattre les Mangemorts, et interdisons aux futurs aventuriers qui se lanceront dans un tour du monde d'acquérir les connaissances nécessaires pour savoir quelle plante ou créature est dangereuse ! (…) Je trouve assez intéressant de constater que tous ces politicards nous brossent dans le sens du poil quand ils veulent se faire bien voir, mais qu'ils n'entendent plus nos réclamations quand ils sont au pouvoir… La Confédération veut fermer Poudlard ? Moi, je veux fermer la Confédération ! »

Même son de cloche à Pré-au-Lard. Fans ou non du professeur Dumbledore, les habitants sont d'accord sur une chose : la présence du directeur de Poudlard explique grandement le fait que les Mangemorts n'aient jamais tenté quoi que ce soit aux alentours du village sorcier. Qu'en est-il de leur sentiment quant aux attaques de gerfauts ? Madame Rosmerta (ndlr, inutile de la présenter, pas vrai ?) se livre :

« Je ne me fais pas trop de souci, dit-elle. Le corps professoral est parfaitement à la hauteur pour défendre l'école, et j'ai entendu dire que certains élèves l'étaient tout autant. Si Poudlard fermait, ce serait comme condamner Pré-au-Lard. Albus a toujours représenté un rempart contre les Mangemorts et Vous-Savez-Qui : si nous le perdons, nous sommes perdus. »

Peu optimiste quant à la tranquillité du reste de l'année scolaire, mais bien plus dès qu'il s'agit de la défense de Poudlard, le professeur Dumbledore a tenu à adresser un message aux familles inquiètes, pessimistes, et rappeler qu'unis, nous serons toujours plus forts.

« Enseigner, ce n'est pas ouvrir un livre et l'apprendre par cœur : c'est plus difficile et subtil que ça, affirme-t-il. Bien des parents pensent peut-être qu'ils sont parfaitement à la hauteur pour remplacer un vrai professeur, mais j'ai bien peur qu'ils ne se fassent des illusions, quand bien même ils seraient sortis de Poudlard avec tous leurs Aspic. (…) Poudlard est le lieu le plus propice à l'éducation des jeunes sorciers et jeunes sorcières. Les élèves s'entraident pour que chacun apprenne, évolue, rattrape son retard. Nous subirons de nouvelles attaques, je ne le nie pas, mais nous avons nos atouts. Les barrières entre les maisons sont fragilisées par des élèves qui ne se concentrent pas sur les rivalités, mais sur l'intérêt général. Misses Berkelay, Mogg et Fellini (toutes trois à Serpentard), Lindon (Poufsouffle), Evans et Ninie (Gryffondor) en sont les meilleurs exemples que je puisse citer : elles sont plus ou moins amies avec des camarades de toutes les maisons. J'ai vu Mr Pettigrow (lui aussi à Gryffondor) faire preuve d'un courage incroyable, malgré qu'il soit moqué. Tabatha Tanner (Poufsouffle, 6ème année) s'est « assise » sur ses mauvais résultats en classes en sauvant sept de ses camarades. Si Poudlard ferme, nous fermons à toute cette génération la chance de devenir de grands sorciers et de grandes sorcières. »

Un éloge aux élèves de tous poils, de toutes les maisons, mais qui ne saurait faire changer d'avis la Confédération, comme le prophétise Tara Gardner en dénonçant le peu de cas que font les « politicards » quant à l'opinion du peuple dès qu'ils ont acquis le pouvoir. Poudlard fermera-t-il ? Silver saura-t-il résister jusqu'à la rentrée ? Peut-être, d'autant que le Gryffondor obtiendra sûrement le soutien d'Alexa Fellini, à l'avenir.

En attendant, nous souhaitons de bonnes fêtes à nos lecteurs !

Harry reposa son exemplaire inattendu de La Gazette du Sanglier et poussa un juron en apercevant, au passage, l'heure que sa montre affichait. Déjà 19 heures ?! Les journées s'enchaînaient à une vitesse surnaturelle, lui semblait-il, mais il en savait les raisons : son entraînement et Draya. Maintenant qu'il pouvait utiliser la magie tactile, il ne se privait pas pour l'utiliser et avancer son apprentissage, mais c'était précisément là son erreur. Il avait pourtant été prévenu par Lorca, un jour : forcer trop régulièrement sur l'enseignement de Damar fatiguait l'esprit, si bien que le Serpentard, malgré sa motivation, n'avait pas fait une seule nuit de moins de dix heures depuis le début des vacances. Et il ne put qu'admettre qu'il lui fallait réduire le temps à s'entraîner… En parallèle, la Shadrian ne le ménageait pas non plus.

Elle n'était pas particulièrement capricieuse : un gros câlin le matin, un œuf au plat à chaque repas « parce que c'est joli, le jaune sur le blanc », le droit de marcher pieds nus dans la neige et entendre une histoire – de préférence avec des morts, plein de sang et des larmes – le soir, constituaient ses seules exigences. Mais elle débordait d'une énergie inépuisable qui fatiguait Harry au plus haut point. Elle ne se réveillait pas en douceur : elle le faisait avec un enthousiasme débordant. Tout comme un simple repas, se coucher, prendre un bain, la faisaient rayonner de bonheur. En contrepartie, cependant, elle se révélait plutôt raisonnable pour une fillette de six ans, car elle acceptait sans rechigner que le demi-démon aille s'entraîner et profitait de ces moments pour utiliser son étrange transplanage pour parcourir les environs de la maison. Elle avait certes repéré les Nehoryns et l'Auror chargés de surveiller le manoir, mais aucune trace de Mangemort – ce qui n'était pas plus mal, songeait souvent le Serpentard, même s'il n'en demeurait pas moins méfiant.

Une méfiance qui ne fit que s'accroître à mesure qu'il enfilait sa tenue la plus élégante – une robe pourpre brodée d'or – en vue du réveillon des Berkelay. Il n'aimait pas, et ne croyait même pas, que Voldemort l'ait oublié. Tout ce qu'il espérait, était que les Mangemorts ne se manifesteraient pas ce soir.

− Draya ? appela-t-il en sortant de sa chambre, quelques minutes plus tard.

Il l'avait bien compris, mais il ne parvenait pas à l'expliquer : la petite fille ne transplanait pas, elle semblait plutôt pouvoir dématérialiser son corps. Il lui avait demandé de lui décrire son pouvoir, sauf que la Shadrian adorait faire des mystères – une conséquence de sa fréquentation d'avec Midori, sûrement. Dans tous les cas, Draya apparut dans le couloir en levant, comme à son habitude, une main gaie :

− Présente, papa !

Le Serpentard songea qu'il ne s'y ferait jamais d'être appelé ainsi, mais il constata avec satisfaction que la Shadrian s'était vêtue d'une des robes de sorcière qu'ils avaient achetées sur le Chemin de Traverse, plus tôt dans la semaine.

− On va y aller, annonça-t-il. Peux-tu faire jeter un œil autour de la maison des Berkelay ?

− Moi-même personnellement obéis à papa !

Et elle se volatilisa dans le bruit caractéristique de son « transplanage », alors que Harry poursuivait son chemin, pensif. La menace d'une attaque lors du réveillon l'inquiétait tout autant que d'y participer. Il avait bien retenu les conseils d'Ana, mais, pour être honnête, il n'était pas vraiment coutumier de ce genre de mondanités.

− Vallys ?

La darderan, qui dormait autour de son cou, se réveilla instantanément.

− Peux-tu dresser une… deux barrières autour de la maison des Berkelay ?

Elle lança un regard par la première fenêtre devant laquelle ils passèrent.

Tant qu'il ne pleut ni ne neige, ça devrait le faire, siffla-t-elle.

− Fais ce que tu peux, s'il te plaît.

Compris.

Et à son tour, elle disparut. Harry descendit l'escalier et fit un détour par la cuisine pour y récupérer un vin de Bordeaux. Il n'y connaissait absolument rien en vin, mais il se souvenait encore que l'oncle Vernon se vantait d'émerveiller les partenaires de la Gunnings avec ce vin français au début de sa carrière.

Cinq minutes plus tard, le demi-démon franchissait le portail de sa propre demeure et transplanait pour réapparaître devant un simple sentier de terre situé à quelques centaines de mètres de Godric's Hollow et s'enfonçant dans l'obscurité d'une forêt aux ombres plutôt oppressantes. Malgré le sentiment qu'une menace pouvait se tapir dans l'obscurité, Harry s'avança, tenant fermement le sac contenant la bouteille de vin, ses yeux parcourant les ténèbres. Le silence et l'étrange impression de ne pas être seul, d'être épié, voire même d'être encerclé, ne le mettait pas à l'aise, tandis qu'il progressait à travers la forêt. Il pensa, l'espace d'un instant, qu'il lui faudrait peut-être suggérer à Ooghar ou Lorca d'inventer un sortilège permettant de voir dans le noir. Pourtant, malgré sa méfiance, il ne sursauta pas, ne s'alarma pas, lorsque Draya se matérialisa devant lui.

− Moi-même personnellement confirme qu'il n'y a persooooooooonne !

− Ne parle pas si fort ! murmura Harry.

Il lui saisit la main qu'elle tendait avec enthousiasme. Malgré la nuit tombée, et bien qu'il n'eût toujours pas appris à avoir le plus petit contrôle sur sa magie démoniaque, il avait la curieuse l'impression que ses yeux voyaient mieux dans le noir que le commun des mortels. Pas assez pour percer l'obscurité des sous-bois, mais suffisamment pour voir clairement le sentier.

− Tu te souviens de ce que je t'ai dit, hein ? interrogea-t-il à voix très basse. Aucune allusion à l'Alliance, et tu te tiens plus que tranquille pendant le réveillon. Les humains ont l'habitude des enfants turbulents, mais pas d'une petite fille qui aime les morts et les drames. Et n'oublie pas d'être très polie avec tout le monde…

− J'aurai un super câlin ?

Harry lança un regard las à la fillette.

− Tous les matins et tous les soirs.

− Oh, c'est super trop grave chouette ! Ze reconnais bien là mon papa !

Imbécile de Midori, soupira intérieurement Harry, alors qu'ils longeaient le chemin, qui décrivit une courbe assez raide qui révéla la propriété des Berkelay. Nichée entre deux collines situées derrière, le manoir victorien, plus petit que celui du demi-démon, bénéficiait toutefois d'un jardin largement plus vaste. Le portail annonçait déjà la couleur, de Noël comme de la fierté de la famille de Berenis : chaque grille comportait un grand « B » encadré de deux serpents et surmonté d'une couronne, mais les décorations ne manquaient pas pour souligner la fête. Branches de houx, couronnes enneigées, dorures en forme de flocon de neige, agrémentaient le portail illuminé par des petits globes flottant dans les airs et contenant des flammes blanches.

Lorsqu'ils arrivèrent au nouveau des grilles, Harry remarqua une chevillette et tira dessus. Malgré la distance, il entendit la sonnette, semblable à un gong aigu, retentir dans la maison. Vallys apparut au même moment à ses pieds.

C'est fait, annonça-t-elle. Je pars chasser avec Hedwige, je te préviens si jamais une barrière est franchie.

− Merci. Amusez-vous bien.

La darderan repartit aussitôt, alors que la porte du manoir s'ouvrait sur une silhouette facilement reconnaissable. Berenis se hâta de longer l'allée de marbre blanc. Il se laissa légèrement surprendre par sa camarade, d'une élégance rare, mais il eut très vite autre chose en tête : à la vue de Draya, il eut la curieuse impression que Berenis avait affiché un soulagement mêlé d'une certaine satisfaction, mais ce fut si bref qu'il n'en fut pas sûr.

− Salut ! lança-t-elle en ouvrant le portail. Voici donc notre invitée-surprise !

− Je te présente Lucia, dit Harry.

Etant donné que la quasi-majorité des défenseurs de Poudlard avait entendu Ooghar solliciter l'aide de Draya pour prévenir l'Alliance que les Mages auraient besoin de remèdes, suite à l'attaque au début du mois, le demi-démon avait pensé qu'il était préférable de présenter la Shadrian sous un faux nom.

− Elle est à croquer, dit Berenis en souriant. Mais entrez, entrez.

Elle s'écarta pour les laisser passer. Indéniablement, le jardin des Berkelay était beaucoup plus grand que celui de Harry, et bien plus chargé. Des fontaines finement sculptées étaient éparpillées un peu partout, des parterres de fleurs semblaient avoir été travaillés pour dessiner des figures particulières, de petits chemins se faufilaient sous des arches de bois envahies par des plantes grimpantes et deux petites mares accueillaient des cygnes argentés dont le plumage scintillait faiblement, bien que les yeux du demi-démon furent les seuls à le remarquer dans l'obscurité.

− Désolé pour l'imprévu, je ne pensais pas que mon ami…

− Ce n'est rien, assura la jeune femme en les entraînant à sa suite. C'est même une excellente chose : ma mère a tendance à faire plus de plats que nécessaire et déteste le gâchis, alors c'est très bien qu'il y ait un autre ventre à remplir.

− Il y aura des œufs ? demanda Draya avec avidité.

− Ne commence pas… soupira Harry, exaspéré.

Alors que Berenis acquiesçait, il perçut un son significatif et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, mais il se détendit la seconde d'après : à en juger par les voix inintelligibles qu'il entendait, il s'agissait sans nul doute d'autres invités. Il paraissait inconcevable, en tout cas, que des Mangemorts puissent discuter aussi naturellement.

− Quelqu'un arrive, indiqua-t-il.

− Ah ? Comment tu le sais ?

− J'ai cru entendre un transplanage.

Sa camarade le fixa brièvement. Elle avait sans aucun doute entendu parler de l'étonnante capacité de Harry à entendre plus de choses que la moyenne des élèves lors des cours spéciaux de Lorca.

− Entrez dans la maison, le salon est la première porte à gauche, dit-elle.

Elle tourna les talons pour retourner au portail, Harry et Draya poursuivant leur route. Il n'était pas très à l'aise à l'idée de rentrer dans le manoir comme si c'était le sien, mais il oublia sa gêne dès qu'il eut franchi le palier, car le hall d'entrée n'était guère commun. Tout au moins, il n'en avait jamais vu de semblable, pas même chez les Black, avec ses lambris de bois noir, ses dorures artistiques qui ne devaient sûrement avoir aucun sens, ses trois grands lustres de cristal, son énorme cheminée au manteau de marbre blanc dans laquelle Hagrid aurait sûrement pu entrer et les nombreux portraits aux cadres d'or alignés sur les murs qui offraient un aperçu des différentes transformations physiques des Berkelay au fil des âges. Même la Shadrian ne paraissait pas insensible à la beauté de l'endroit, contemplant le spectacle la bouche entrouverte, son regard parcourant tout le hall avec une sobre fascination.

Reprenant contenance, le demi-démon entraîna la fillette vers la double porte de gauche de laquelle s'élevaient des voix. Il semblait qu'ils n'étaient pas les premiers arrivés, car il entendit la voix d'Astrea Mogg rappeler quelqu'un à l'ordre. Le salon était loin d'égaler le hall d'entrée. Il était plus modestement décoré et ressemblait à un mélange de living-room et de salle de réception : des fauteuils encerclaient une table basse face à une cheminée, alors qu'une longue table de chêne aux pieds taillés en forme de serpents se dressait à l'autre bout de la pièce. Plusieurs lustres d'argent permettaient d'éclairer l'endroit, dont les murs vert brillant étaient parfois cachés parfois par des vitrines contenant des objets de collection ou par des cadres relatant la jeunesse de tous les Berkelay ayant connu l'appareil photo.

Mr Berkelay et les Mogg étaient assis dans les fauteuils, près de la cheminée, tous vêtus de leurs plus beaux atours. Si Mrs Mogg resplendissait plus que jamais de cette étrange sensualité qu'il avait ressentie lors de leur première rencontre, son mari surprit franchement Harry : c'était un grand homme très mince, ses cheveux bruns noués en une courte queue-de-cheval, sans charme particulier, son visage arrogant lui donnant plus l'air suffisant, prétentieux, que séduisant. Mais il avait le regard froid que sa fille affichait toujours en public, et le demi-démon sentit nettement que Mr Mogg n'était pas à prendre à la légère.

− Bonsoir, dit Harry.

− Ethan ?! s'étonna Mr Berkelay, bien plus aimable qu'à leur premier entretien, tout en se levant. Excusez-moi, je ne vous avais pas remarqués. Venez donc nous rejoindre, je vous en prie.

Les présentations furent assez longues, notamment parce que Berenis revint en compagnie des Gardner et que Draya fut au centre de l'attention pendant quelques minutes. Au grand soulagement de son « père », la petite fille resta très sobre, même si son sourire ne dissimula rien de sa bonne humeur naturelle, alors que Harry put remarquer, comme le lui avait dit Ana, que le géniteur de Mogg était un homme méfiant. Le sorcier, en effet, scruta très attentivement chaque œil du Serpentard comme s'il cherchait à le jauger, mais il se montra très cordial – froid, mais cordial, quand il le salua.

Mrs Berkelay arriva à son tour, faisant léviter toutes sortes de hors-d'œuvre pour ouvrir l'appétit des invités, saluant Harry, les Gardner et les Mogg – la cuisine ayant apparemment accaparé tout son temps – et s'émerveillant devant le chatoiement de la chevelure cuivrée de Draya, qui scintillait de mille reflets à la lueur des lustres. Puis la conversation reprit si naturellement que le demi-démon se fit presque surprendre, alors que la mère de Berenis repartait avec sa bouteille et le gâteau apporté par les Gardner.

− Hool n'est pas irréprochable, dit Mr Mogg, mais on ne peut nier qu'une fois qu'il prend une décision, il s'y tient. Mais il ne pourra pas éternellement s'opposer à la fermeture de Poudlard : la Confédération n'aura de cesse de sanctionner le pays et, tôt ou tard, il faudra bien qu'il abandonne, car il se retrouvera dans une situation plus que délicate. Pas seulement vis-à-vis de la Confédération, mais aussi du peuple. Nous importons déjà plus que nous n'exportons, donc nous dépensons plus que nous ne gagnons. Plus les sanctions feront pression sur notre économie, plus nous nous rapprocherons de la faillite. Le pire des cas, ce serait que le ministère ne soit plus capable de payer ses employés.

− Oui, dit Berenis, mais si la Confédération avait respecté la pétition que nous avons signée, on n'en serait pas là !

Mrs Gardner, une femme blonde et svelte aux traits hautains, eut un sourire sans humour.

− La Confédération a pris le pouvoir après que les Conseils des Sorciers aient été rejetés en masse par les sorciers, indiqua-t-elle, mais elle-même a été renvoyée sur le banc de touche quand l'opinion publique est devenue largement défavorable à ses agissements. Des guerres civiles ont éclaté sous son mandat. Quand elle s'est retrouvée dos au mur, les ministères locaux ont obtenu le droit de gouverner, mais même si des siècles ont passé depuis cette passation de pouvoir, la Confédération garde la même mentalité : elle considère que sa voix fait loi.

− Ce qui, malheureusement, est en partie le cas, ajouta Mr Berkelay.

La sonnette retentit pour annoncer l'arrivée de la dernière invitée. Berenis se leva aussitôt et sortit du salon.

− Et la Confédération serait capable de nous pousser à la ruine ? demanda Gardner.

− Qui sait ?

− Elle n'en aura pas besoin, intervint Harry.

Il n'était vraiment pas à son aise, même s'il s'efforçait de le paraître, d'autant que le sujet n'était pas celui qu'il connaissait le mieux et que, de tous les invités, il restait le plus « étranger ». Mais au moins, il avait remarqué un détail entrant totalement dans ses compétences.

− Aussi vif d'esprit que Berenis nous l'a dit, commenta Mrs Berkelay d'un air appréciateur.

− Je ne comprends pas, avoua son mari.

− Nous sommes exposés sur deux fronts : le ministère et Poudlard, expliqua le demi-démon. La Confédération ne négligera pas le fait que l'école est la cible la plus vulnérable, surtout pendant les vacances, tout comme elle ne pourra manquer de faire appel à d'anciens élèves très ambitieux : la position des passages secrets en échange d'une promotion, par exemple. Silver est bluffant de puissance, mais il n'est pas invincible. Or, plus il interdira l'accès par la grande porte, plus les FIE opteront pour un chemin alternatif. Et je doute que les professeurs résistent, car en cas de bataille, ils savent que des élèves les rejoindraient et risqueraient d'être blessés. Si la Confédération s'empare de Poudlard, le ministère ne pourra qu'admettre sa défaite.

Ils furent momentanément interrompus par le retour de Berenis, accompagnée de Wendy Grant. La petite vingtaine, pleine d'enthousiasme, c'était une jeune femme dodue de petite taille, dont le visage aimable contrastait avec les traits arrogants des autres convives, qu'elle salua chaleureusement sans distinction. Elle attarda un regard étrange sur Harry, comme si elle savait quelque chose qui aurait échappé au demi-démon, puis elle alla s'asseoir avec Gardner, Berenis et Mogg.

− Analyse pertinente, reconnut Mr Gardner.

Comment faisaient-ils pour reprendre des conversations comme si elles ne s'étaient jamais arrêtées ? se demanda Harry, un peu déconcerté, alors que Mrs Berkelay repartait précipitamment en cuisine.

− Sauf que si Silver peut les repousser par la grande porte, il peut aussi le faire via les passages secrets, non ? fit remarquer la très grande Serpentard.

− Je ne pense pas, répondit Mr Mogg. La Confédération n'apprécie pas qu'on lui tienne tête et ne sous-estime qu'une fois un adversaire. A sa prochaine tentative, elle mettra les bouchées doubles pour s'assurer une victoire. Il faut espérer que Silver résistera jusqu'à la rentrée, car quand Poudlard sera de nouveau occupé par les élèves, la Confédération n'aura d'autre choix que d'attendre les prochaines vacances scolaires pour retenter sa chance.

Restait surtout à espérer que le Dieu de la Mort n'en ferait pas trop, songea Harry. Les conversations tournèrent bientôt sur d'autres sujets. Draya, « star » de la soirée auprès des jeunes femmes, se laissait joyeusement dorloter, mais à aucun moment le demi-démon n'entendit Mogg ouvrir la bouche. De leur côté, les adultes abordaient des thèmes plus professionnels que les coupes de cheveux qui iraient le mieux à la Shadrian – et Harry prit un grand plaisir à les écouter et les interroger sur tout ce qu'il ne comprenait pas. Ecouter Mr Berkelay parler des quelques problèmes que rencontrait le département de la coopération magique internationale permettait d'en apprendre plus sur d'autres cultures, le commerce et la justice au plan mondial, tandis qu'écouter Mr Mogg et Mr Gardner, qui occupaient des postes dans les hautes sphères du ministère, donnaient certaines idées sur le fonctionnement du gouvernement. Les femmes, pour leur part, n'étaient pas en reste : Astrea relatait quelques soucis en relation avec des éleveurs de créatures magiques interdites, Mrs Gardner rapportait certains commérages sur des familles que ses interlocutrices connaissaient et Mrs Berkelay, quand elle avait le temps de bavarder, transmettait ses nouvelles recettes de cuisine.

Puis l'heure vint de passer à table, et Harry comprit en un rien de temps pourquoi les réveillons des Berkelay avaient un tel succès : ce n'était pas seulement un délice pour les yeux, ça l'était également pour le nez et les papilles. Et Berenis disait vrai à propos de la tendance de sa mère à préparer trop de mets : plusieurs soupes, viandes, fondues, pains, pâtés, légumes, étaient proposés et emplissaient l'air d'un méli-mélo d'arômes tous plus succulents les uns que les autres. Draya jubilait, ses jambes se balançant dans le vide, tandis qu'elle découpait très soigneusement le blanc d'un des œufs au plat que Mrs Berkelay avait eu l'amabilité de lui cuisiner – et comme à son habitude, dès qu'il ne resterait plus que le jaune, la fillette se ferait une joie de le percer avec un morceau de pain.

− Tu nous gâtes encore une fois, Orianne, dit Mrs Gardner, vivement approuvée par les autres invités.

− Un réveillon est fait pour ça, dit l'intéressée avec un sourire resplendissant.

− Ca change de l'année dernière, c'est sûr, approuva Wendy. Mon copain de l'époque m'avait promis de tout préparer… et je me suis retrouvée à manger une pizza… La loose…

De ce qu'il avait pu entendre de la conversation des jeunes femmes, l'ancienne élève n'avait peut-être rien d'un « canon de beauté », mais elle n'avait encore jamais été repoussée par les garçons sur lesquels elle avait décidé de mettre la main. Malgré son succès, ses relations sentimentales finissaient toujours par tomber à l'eau.

− Nous t'avons déjà dit de mieux choisir tes petits amis, lui rappela Mr Mogg.

− Je sais, alors je change de technique : cette fois, je laisse venir au lieu d'aller chercher ! M'enfin bon, passons… Alors, le tournoi de duel ? Vous ne savez toujours pas quels seront les premiers duels des phases finales ?

− Non.

La fourchette de Harry se figea à quelques centimètres de sa pomme de terre aux herbes. Après avoir entendu presque tout le monde parler, il ne fit aucun doute que la propriétaire de celle-ci était Mogg. Ce n'était pas une voix, c'était une mélodie – douce comme du miel, douce comme le plus moelleux des oreillers, douce comme la chanson la plus envoûtante. Il ne savait même pas comment la qualifier, mais une chose était certaine : elle était le parfait contraire de son visage froid et fermé.

Alors qu'il fixait sa pomme de terre, il se remémora l'avertissement d'Ana et reprit contenance. Sa fourchette se planta et il tourna très calmement la tête, le regard neutre, vers sa richissime camarade. Il remarqua cependant que les invités le fixaient, comme s'ils avaient attendu sa réaction. Berenis et Wendy échangèrent un regard rieur, alors que Gardner adressait un sourire narquois à ses parents d'un air « Qu'est-ce que je disais ?! ». Les Berkelay paraissaient étrangement satisfaits, mais les Mogg restèrent de marbre, même s'il crut percevoir une certaine résignation chez le père. Ca le travaillait depuis son arrivée, mais il avait la réelle impression que le réveillon dissimulait quelque chose qui le concernait. Comptaient-ils tous l'accepter dans « le cercle » qu'ils semblaient former ? Qu'ils parleraient de lui aux autres familles traditionnalistes fréquentables ? Qu'il avait eu le bon comportement qui lui assurerait un soutien de leur part quand il entamerait sa carrière ?

− Heu… Non, confirma-t-il, mais Ash croit savoir qu'un tirage au sort se fera le jour de la rentrée.

− Ce serait une bonne chose si Dumbledore autorisait les parents à venir assister à la finale, dit Mr Berkelay. Si Leo Silver est aussi impressionnant qu'il en a l'air, il atteindra sûrement la finale. Et s'il gagne, nous pourrons le voir affronter l'un des deux monstres sacrés de la guerre contre Grindelwald.

− Un duel prometteur, approuva Astrea. Vous avez un adversaire en vue, Ethan ?

− Ils sont tous intéressants, je trouve, mais je croise les doigts pour que la difficulté augmente petit à petit. Affronter Silver en finale serait l'idéal, mais ça ne va pas être facile d'y arriver.

− Et toi, chérie ?

Harry se prépara psychologiquement à entendre une nouvelle fois la voix enchanteresse qui, par ailleurs, expliquait que les soupirants de Mogg tendent toujours une oreille dans l'espoir de capter un mot de sa part.

− Pareil, mais je vise plus particulièrement Ana, Lily, Alexa et Silver. Ils sont considérés comme les plus forts de Poudlard alors, quitte à perdre, autant le faire face à quelqu'un contre qui je pourrais découvrir mes faiblesses.

Quelques minutes plus tard, quand tout le monde eut fini son assiette, Mrs Berkelay et Berenis débarrassèrent la table pour faire de la place aux desserts. Les vins bus pendant le dîner commençaient à faire leur effet, surtout sur les jeunes femmes. La Shadrian, en revanche, et ce malgré l'heure qui passait, n'avait rien perdu de son énergie. Mais Harry savait, à présent, que la petite fille était comme un interrupteur : elle s'endormait d'un coup, sans signe de fatigue avant-coureur, et ne tarderait pas à le faire.

Gâteaux, crèmes, entremets, pâtisseries arrivèrent très vite, et au vu de leur quantité, le demi-démon ne douta pas une seule seconde qu'il en resterait après le repas. Il se détourna momentanément des discussions, qui traitaient surtout de la guerre, des gerfauts et d'Anteras, car Draya ne cessait de lui demander qu'était le dessert qu'elle prenait. Son appétit vorace faisait plaisir à Mrs Berkelay, cependant, qui voyait bien que la Shadrian se régalait tout en réduisant le stock.

− Vous en avez rencontré, Ethan, si j'ai bien compris ?

− Pardon ? s'étonna Harry qui se tourna vers Mrs Gardner après avoir expliqué ce qu'était une tarte au citron meringuée à la fillette.

− Des membres de l'Alliance. Tara m'a dit que vous en aviez rencontré lors des réunions organisant la défense de l'école.

− Ah, heu… oui, en effet, mais j'ai surtout écouté.

− Savez-vous combien ils sont ? s'enquit Mrs Berkelay.

− Nombreux, bien plus qu'on ne pourrait le penser. Nous avons rencontré les représentants de deux peuples, mais il y en a au moins quatre ou cinq autres qui font partie de l'Alliance. Je crois qu'il y a plus de civils que de guerriers. Contrairement à ce que l'on pensait, il ne s'agit pas d'une association comportant uniquement des créatures magiques, comme on l'a vu quand les Mages sont venus soigner les élèves.

− Il serait préférable qu'ils se manifestent rapidement, dit Berenis. Maintenant que les Mangemorts semblent s'être alliés à Anteras, je n'ose pas imaginer ce qui va nous tomber dessus…

Elle avait exprimé ce que tout le monde pensait, mais sa mère rappela tout le monde à l'ordre pour souligner que Noël était une fête. Les sujets revinrent des conversations moins lugubres et, lorsque les desserts eurent disparu à leur tour, les invités se retrouvèrent de nouveau dans les fauteuils, près de la cheminée. Tout au moins, Harry eut tout juste le temps d'asseoir Draya dans l'un d'eux, car Mr Mogg l'interpella.

− Pourriez-vous venir avec moi, Ethan ?

Surpris, Harry sentit une curieuse sensation émaner des autres. Son soupçon commençait à se confirmer : quelque chose lui était destiné.

− Bien sûr. Draya, tu restes avec les filles.

− Prenez mon bureau, les invita Mr Berkelay.

Le demi-démon suivit Mr Mogg par la porte que la maîtresse de maison n'avait cessé de traverser. Ils longèrent un couloir qui traversait tout le rez-de-chaussée, comme chez Harry, mais en plus sombre et soulignait la fierté des propriétaires à avoir été des Serpentard. Ils n'allèrent pas très loin et entrèrent dans un grand bureau éclairé par un feu de cheminée. Un secrétaire, dressé sur un grand tapis blanc et duveteux, faisait face à plusieurs fauteuils rembourrés accompagnés, comme dans la pièce qu'ils venaient de quitter, d'une table basse. Sans doute Mr Berkelay recevait-il parfois des visites professionnelles et prenait soin à mettre ses collègues à l'aise.

Prenant place l'un face à l'autre, Harry se demanda ce qui l'attendait. Y avait-il une sorte de contrat à signer ? Une sorte de cérémonie dont Mr Mogg serait le président ? La réponse lui apparut quelques secondes plus tard, quand l'homme sortit d'un pli de sa robe de sorcier un parchemin scellé.

− Bien des gens envient bien des familles traditionnalistes, Ethan. Elles sont anciennes, souvent aisées et bénéficient, dans la plupart des cas, de certains privilèges. Mais d'autres familles ne sont traditionnalistes que dans le sens moderne du terme et trop souvent, elles tentent de nous imiter pour nous inciter à les faire entrer dans notre petite communauté. Il est toutefois une chose qu'elles ont tendance à oublier, pour les mieux informées : nous avons aussi des inconvénients. Il y a de cela plusieurs siècles, plusieurs familles de la noblesse sorcière signèrent un contrat magique établissant plusieurs lois à respecter coûte que coûte, dont une clause particulière.

Il posa le parchemin sur la table basse.

− Epousez ma fille.

Harry l'entendit. Très bien même, mais son cerveau ne sembla pas tout de suite analyser le sens des mots.

− Que… Que je quoi ?! s'exclama-t-il, incrédule.

− Ne vous inquiétez pas, c'est juste pour la forme, dit Mr Mogg d'un ton très calme. Cette clause oblige que les enfants des familles traditionnalistes soient au moins fiancés entre leur seizième et leur dix-huitième anniversaire dernier délai. Lucretia a son anniversaire en janvier. Si nous ne la déclarons pas officiellement promise à quelqu'un avant cela, je serai contraint de lui choisir un époux parmi les propositions incessantes que je reçois. Et croyez-moi, Ethan, elles n'émanent pas de personnes qui ont ma sympathie.

− Et… qu'est-ce qu'il se passera si vous refusez toutes les offres ?

− Je serai maudit. J'ignore comment, mais les rares Mogg à avoir échoué à marier leurs enfants ont contracté des maladies, ont été victimes d'accidents mortels, ont sombré dans la folie… Je ne vous demande pas de me sauver la vie, de préparer une union officielle avec cérémonie et tout ça, Ethan : il faut juste que le contrat soit signé pour que je puisse empêcher une vie de malheurs à ma fille. J'ai eu la chance de rencontrer Astrea à Poudlard, mais mes parents n'ont jamais été heureux ensemble et je ne me rappelle pas l'avoir été quand j'étais jeune. Dès que Lucretia aura trouvé l'homme qu'elle souhaite vraiment épouser alors, à ce moment-là, ce contrat sera caduc. Ne passez pas non plus à côté de votre vie à cause de ça, bien sûr.

C'était une histoire qui dépassait franchement Harry, qui s'aperçut que c'était prévu depuis un moment. Alexa n'avait-elle pas dit à Aurelia qu'il serait en couple au retour des vacances ? Peut-être même que la belle métisse l'avait signalé pour offrir un indice au demi-démon.

− Heu… Pourquoi moi ?

− Lucretia vous a choisi.

Harry haussa les sourcils, très étonné.

− Heu… répéta-t-il. Ca ne va pas arranger ma situation avec ses prétendants… mais soit, je vais signer.