Impossible. C'était tout bonnement impossible, soupira Harry, le lendemain après-midi de la rentrée, en se laissant à moitié tomber sur sa chaise, au cours de potions. La haine, la jalousie, l'envie, la malveillance n'avaient de cesse de le suivre partout où il allait, semblables à une ombre menaçante qui planerait tout autour de lui pour le persécuter. Il n'en avait quasiment pas dormi de la nuit, hanté par l''éventualité que quelqu'un puisse s'attaquer à lui dans son sommeil. Le pire était que l'animosité ne venait pas seulement des prétendants de Mogg, mais aussi d'élèves qui paraissaient considérer scandaleux, honteux, que le demi-démon soit le « fiancé » de la riche héritière. Et même la rumeur selon laquelle le mariage serait un compromis entre lui et la belle blonde n'y changerait rien. Il avait l'impression d'avoir commis un sacrilège. Néanmoins, il appréciait les rapports qu'il avait désormais avec les filles de Serpentard. Elles ne lui avaient posé aucune autre question, il ignorait toujours ce que sa « promise » avait découvert sur lui, mais elles étaient bien plus agréables à vivre qu'il ne l'avait imaginé jusque-là. C'était, en fait, aussi plaisant qu'avec les jeunes femmes de Gryffondor, notamment par que leurs personnalités se ressemblaient. Il y manquait juste une Leonie.

Assis derrière son bureau, le professeur Slughorn observait avec attention le petit chaudron posé sur son bureau et coupa le feu magique qui crépitait faiblement dessous au moment où la porte se referma sur Silver, bon dernier à arriver, qui rejoignit la table de Harry et d'Alexa.

− J'espère que vous avez retrouvé toute votre énergie pendant les vacances, dit le maître des potions en se levant, car nous entamons un nouveau trimestre qui se révèlera difficile et surprenant. Et nous l'entamons en grande pompe avec l'Urtisa li yo. Vous ne la connaissez pas, et pour cause : elle était inconnue des sorciers jusqu'à ce que l'Alliance nous en communique la composition.

La révélation accrut instantanément l'intérêt général.

Urtisa li yo signifie « Eradique ce mal en moi », il s'agit de l'antidote amélioré que les Mages ont créé contre le poison des Nudhors nouvelle génération.

− On est sûr qu'elle fonctionne ? demanda Griggs.

− Oui. L'Alliance a profité des attaques des Mangemorts, la semaine dernière, pour capturer des Nudhors afin d'analyser le poison, et elle nous a assuré que les résultats étaient excellents. Son seul inconvénient réside dans sa longue préparation. Pour les Mages et leurs ingrédients, elle est assez simple à faire, mais comme ils doivent surveiller leurs stocks, il a fallu adapter la potion avec nos ingrédients… et ça demande du travail.

Il fit un geste de sa baguette magique en direction du tableau, où apparut aussitôt la méthode de préparation. Une vingtaine de composants était nécessaire, il fallait piller, écraser, couper, mélanger, retirer du chaudron à un moment précis, décortiquer ou encore infuser à part… Irritation, ahurissement, appréhension se firent sentir dans le cachot, mais, certains comme Rogue, Lily, Alexa et Silver, ne manifestèrent que de l'indifférence et rejoignirent l'armoire pour se servir. Après un flottement, tous les autres élèves les imitèrent.

Harry eut bien du mal à se concentrer. Chaque fois qu'il le pouvait, Mulciber se retournait pour lui lancer un regard hostile, bien qu'il ne comptât pas parmi les soupirants de Mogg. Il avait beau ne pas le regarder, il sentait ses œillades. Beauchesne le secondait parfois, certes avec moins de méchanceté, mais il était clair qu'il n'acceptait pas ces fiançailles. Mais venant de lui, ça n'étonnait guère le demi-démon : depuis son arrivée à Poudlard, le français portait un certain intérêt à l'héritière. Mais plus les élèves avançaient dans la préparation exigea toute leur attention, si bien que les deux Serpentard abandonnèrent leur jeu et focalisèrent toutes leurs pensées sur leur potion.

A la fin du cours, et pour la première fois depuis plusieurs mois, Harry connut l'échec : le breuvage qu'il avait fabriqué ne correspondait pas du tout à ce qu'il aurait dû être à ce stade. Contrairement à d'autres potions ratées qu'il vidait d'un coup de baguette, le professeur Slughorn laissa celle du demi-démon dans son chaudron avant de passer à Alexa et à Silver.

− Ne vous inquiétez pas, je ne noterai pas le travail que vous avez accompli : il étai question de créer une réserve au cas où les Nudhors attaqueraient de nouveau, dit-il. Je donne toutefois dix points à tous ceux et toutes celles qui ont réussi l'Urtisa li yo. Sauf si vos chaudrons sont vides, laissez-les et prenez note que le cours de jeudi se fera dans le cachot d'en face, car nous devons laisser les potions arriver à maturité. Pour jeudi toujours, renseignez-vous sur la solution de Désinfection.

Les élèves écrivirent le devoir dans leurs agendas et rangèrent leurs affaires, alors que la cloche retentissait.

− Une minute, Ethan ! lança le professeur Slughorn.

Un peu surpris, Harry laissa ses camarades passer devant lui et libérer le passage jusqu'au bureau du maître des potions. Il eut la curieuse impression que les garçons de Serpentard avaient tout à coup ralenti leur départ, mais ils ne purent s'attarder et paraître naturels. Ils durent donc sortir. Prudent, le professeur Slughorn lança deux sorts dès que la porte se fut refermée, sans doute pour qu'aucune oreille indiscrète collée au panneau ne puisse entendre leur conversation.

− Je crois que vous aimez bien l'hydromel ? reprit-il en sortant deux verres et une bouteille.

− Oui, monsieur.

− Bien, bien, bien… Si je vous ai retenu, comme vous vous en doutez peut-être, c'est pour parler de vos fiançailles. Oh, ne vous en faites pas, je sais qu'elles sont le seul moyen pour Lucretia de ne pas épouser quelqu'un de peu fréquentable, et je ne peux que me féliciter qu'elle ait choisi un allié tel que vous. Mais je sais aussi que psychologiquement, les choses ne vont pas être faciles pour vous.

− Je m'en suis rendu compte, dit Harry en prenant le verre qui lui était offert. Merci.

Ils burent chacun une gorgée, comme pour se donner le temps de réfléchir à la suite de la discussion.

− Monsieur, pourquoi même ceux qui n'aspirent pas à séduire Mo… Lucretia me toisent ?

− Le monde de la « noblesse » sorcière, qu'elle soit traditionnaliste, raciste ou les deux, s'accroche encore et toujours à des règles moyenâgeuses. Les enjeux d'un mariage couvrent plusieurs bénéfices, comme a dû vous l'expliquer Adrian. Richesse, influence, pouvoir, prestige, entretenir la pureté du sang, etc. Pour toutes les familles qui ont cette mentalité, les Mogg sont le « trophée » ultime. Ils sont si anciens, si puissants en politique, si fortunés, si respectés qu'ils représentent le meilleur parti à épouser. Très peu de mariages, chez ces gens-là, sont motivés par l'amour, même s'il arrive que des sentiments commencent à naître au fil du temps. Les avantages d'être marié à un Mogg sont énormes. Quand la grand-mère de Lucretia est devenue la femme de Marcellus, elle s'est immédiatement vue proposer une formation pour un poste très important, alors que ses études s'étaient terminées une semaine plus tôt et qu'elle n'avait obtenu qu'un Aspic sur six. Quelqu'un comme Mulciber, Alexa ou Lily auraient dû travailler quinze ou vingt ans, au moins, pour accéder à ce poste.

Harry avait l'impression d'entendre parler d'une mafia, mais il commençait à vraiment se rendre compte de l'importance et de l'avidité qu'inspiraient les Mogg. Tout semblait indiquer que faire partie de cette famille facilitait tout ou presque, comme si tous les obstacles d'un sorcier lambda s'effondraient miraculeusement quand on portait le nom des Mogg.

− Vous avez mal dormi.

Surpris, le Serpentard mit quelques secondes à comprendre l'affirmation du maître des potions.

− Heu… Oui, j'avais peur que si je m'endorme, quelqu'un en profite pour m'attaquer.

Le directeur de maison hocha la tête en contemplant un point invisible, l'air songeur, puis il prit une décision.

− Dans l'aile du nord du troisième étage, vous trouverez le portrait de Maverick Huston, indiqua-t-il. Vous ne pourrez pas le manquer, il passe son temps à crier qu'on lui a volé sa thèse sur les propriétés des ailes de billywig, raison pour laquelle on l'a placé aussi loin des zones fréquentées. Il garde une chambre privée que très peu de gens connaissent, je ne suis même pas sûr que Dumbledore en ait découvert l'existence. Le mot de passe est « Au voleur ! » Vous pourrez y dormir en paix jusqu'à ce que les choses se calment.

− Merci, monsieur.

− Vous pouvez y aller, la récréation est bientôt terminée.

Harry vida son verre, remercia une fois encore le professeur Slughorn et entreprit de quitter le cachot. En passant devant sa potion, toutefois, il s'immobilisa un bref instant, puis se retourna, perplexe.

− Monsieur, si ma potion est ratée, pourquoi l'avoir gardée ?

− Oho ! s'exclama le corpulent enseignant, ravi qu'il pose la question. Je peux bien vous le dire à vous : il se trouve qu'une petite équipe de Mages doit venir en fin d'après-midi pour examiner les légères erreurs commises par les élèves afin de lister diverses manœuvres permettant de les rattraper. Cataara, pendant les vacances, m'a donné des consignes sur les potions dont nous n'aurons rien à espérer. La vôtre n'est pas réussie, c'est vrai, mais elle est peut-être récupérable.

Harry hocha la tête et prit définitivement congé. Refermant la porte dès qu'il fut sorti, il eut tout juste le temps de lâcher la poignée qu'Alexa se jetait à son cou.

− Chouchou ! Bisou de 15h de ta Future Maîtresse de la Mort !

Le demi-démon accueillit volontiers le baiser qu'elle déposa sur sa joue. Un peu d'affection était la bienvenue, même si le nouveau délire de la splendide française l'exaspérait déjà. Enchantée que Harry soit fiancé, elle était maintenant enthousiaste à l'idée de devenir sa maîtresse une fois qu'il aurait épousé Mogg. Elle savait pourtant que les fiançailles n'étaient rien qu'un compromis pour épargner à la belle héritière de se retrouver avec le mauvais époux, Alexa n'en démordait pas : elle harcelait le « couple » pour qu'il consomme son mariage afin de pouvoir devenir l'amante de Harry. En échange, elle proposait qu'une fois Silver devenu son mari, elle le prêterait à la richissime blonde.

Une fois l'étreinte et le baiser rompus, ils prirent le chemin des dortoirs pour déposer leurs affaires. Sans surprise, Harry se retrouva à nouveau au centre de l'animosité dès qu'il entra dans la salle commune de Serpentard. Cette situation commençait réellement à l'irriter. Se séparant d'Alexa à hauteur des escaliers, il monta les marches deux par deux pour fuir la méchanceté idiote de ses camarades et retrouva avec un profond soulagement son lit. Vallys, qui dormait sur l'un des oreillers, se réveilla aussitôt alors qu'il s'asseyait sur le matelas.

Tu devrais arrêter d'utiliser la magie des Mages, siffla-t-elle.

− C'est la seule garantie que j'ai pour anticiper une attaque.

Tu es trop perturbé et fatigué, ça pourrait être dangereux. Même en n'ayant recours qu'à la magie auditive.

Harry réprima un soupir et abdiqua, les sons de la salle commune et des dortoirs alentours s'interrompant aussitôt. Que ça faisait du bien, pensa-t-il en se laissant tomber à la renverse sur le lit, les yeux fixés sur le plafond de tissu. Le silence n'avait jamais paru aussi accueillant, chaleureux, apaisant, mais il restait le problème de ses pensées. Sans doute trop fatigué, il était incapable de les repousser.

La conversation avec le professeur Slughorn n'avait pas été inutile du tout, car le Serpentard savait à présent que ce n'était pas seulement des soupirants de Mogg qu'il lui fallait se méfier, mais aussi des racistes et des traditionnalistes. C'était un peu comme s'il avait commis un affront : lui, le nouveau venu, prétendument originaire d'un autre pays, qui osait se « fiancer » à l'héritière la plus convoitée du Royaume-Uni… S'il avait su dans quel pétrin il se retrouverait en signant le contrat, il y aurait peut-être réfléchi à deux fois avant d'apporter son aide. Il avait deviné que les choses ne seraient pas faciles, mais à ce point-là…

Il se redressa. Il ne valait mieux pas qu'il reste couché trop longtemps ou il risquerait de s'endormir. Prémonition ou non, il le fit à temps, car il vit une minute plus tard la porte du dortoir s'ouvrir lentement. Il amorça un geste pour tirer sa baguette au cas où une menace entrerait, mais il se détendit dès que Berenis passa la tête par l'entrebâillement.

− Ah, dit-elle, satisfaite, en entrant. Je m'attendais à ce que tu dormes pour retrouver un peu d'énergie. Tu viens ? Kenny a annoncé que les professeurs avaient procédé au tirage au sort du premier tour des phases finale, Mulholland est déjà en route pour nous transmettre la liste des duels.

Harry tendit une main vers Vallys pour que la darderan se hisse jusqu'à son cou. Se levant, il rejoignit Berenis à la porte. Il ne serait pas inutile qu'il fasse une sieste dans la chambre dont lui avait parlé le professeur Slughorn, se dit-il, car descendre à la salle commune sans utiliser la magie auditive ne le mit guère à l'aise.

Plusieurs élèves montaient la garde pour guetter l'arrivée de Mulholland, un cinquième année de Serdaigle qui intervenait, à l'instar de Berenis, occasionnellement pour donner un coup de pouce à La Gazette du Sanglier. Celui-ci ne vint pas, Avery et Rogue l'ayant croisé en chemin et pris possession du parchemin, qui fut épinglé sur le tableau d'affichage.

Il y eut aussitôt une série d'exclamations stupéfaites, consternées, réjouies ou encore incompréhensives. A peine eurent-ils rejoint les filles de Serpentard que Gardner, sans gêne, entraîna le groupe à travers la foule agitée. Un quatrième année ouvrit la bouche pour protester quand la très grande jeune femme l'écarta de son chemin, mais il ravala son indignation dès qu'il vit qui elle était et qui l'accompagnait. D'autres élèves se décalèrent d'eux-mêmes en les remarquant – surtout Mogg et Alexa – attrapant parfois même des camarades pour les obliger à libérer le passage. Un boulevard s'ouvrit jusqu'au tableau, où Rogue et Avery repéraient les duels qui les intéressaient le plus.

− Il se passe quoi ? demanda la magnifique française.

Mais la réponse leur apparut : il y avait beaucoup plus de confrontations que prévues initialement.

− Ils ont repêché les troisièmes places, dit Rogue. Caleb, Lupin, Tara, Andrews…

C'était vrai. Remus, qui affronterait Stuart Carrighan, l'un des Poursuiveurs de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle, était bel et bien inscrit sur le parchemin. Harry n'y attacha toutefois pas beaucoup d'attention, car il venait de tomber sur son nom. Il réprima un grognement lorsqu'il découvrit que son adversaire serait le professeur Vector, arrivé deuxième de son groupe à cause d'une défaite contre Alexa, mais qui n'avait fait qu'une bouchée d'Avery.

− Aurelia… Aurelia… marmonna Sainton en faisant glisser son doigt sur le tableau du premier tour. Aurelia face à… Tom Palmer ? Ce n'est pas ce bouffon qui croyait avoir une touche avec Lindon parce qu'elle lui avait fait un sourire ?

− Si, répondit Berenis.

Harry lança un regard en biais à Mogg. Ses lèvres remuaient en silence alors qu'elle parcourait les duels, répétant « Ninie » tandis qu'elle cherchait sa cousine. Elle finit par la trouver et afficha brièvement un air mi-soulagé, mi-satisfait quand elle lut le nom de Regulus Black. A l'évidence, elle ne doutait pas une seule seconde que Leonie gagnerait. Alexa, opposée à Cecilia Brogan, laissa échapper une petite exclamation triomphante :

− Leo contre Flitwick ! Je vais pouvoir lui lancer un défi qu'il ne pourra pas remporter ! En plus, Bresch tente toujours de trouver une punition appropriée pour le coup de la Salle des Trophées.

Comme affirmer la veille par Ana en entrant dans le compartiment C du Poudlard Express, la présence de Silver était plus due à une farce de sa part qu'à une envie de voyager en train. Le Gryffondor s'était amusé à repeindre toutes les médailles et les coupes en rose bonbon. Et le professeur Bresch n'avait pas manqué de l'accueillir à l'arrivée des élèves.

Petit à petit, les élèves commencèrent à se désintéresser du tableau d'affichage, mais ils continuèrent à commenter chaque duel, chacun y allant de son pronostic, tandis que Harry, rapidement remonté dans son dortoir pour descendre avec son sac, se retrouvait pour la première fois à faire ses devoirs avec les filles de Serpentard au complet. Leur organisation était similaire à celle des Gryffondor, les unes aidant les autres quand elles trouvaient un passage intéressant susceptible de répondre à l'une des questions posées par un professeur. La seule différence était qu'elles étaient moins bavardes, tandis que chez les Lionnes, Mary ne pouvait pas passer deux minutes sans ouvrir la bouche.

Quand l'heure du dîner approcha, Harry ramena ses devoirs dans son dortoir, prit son sac pour y fourrer son pyjama, puis il prit la direction de la Grande Salle en compagnie de ses camarades. Sa fatigue se faisait de plus en plus ressentir, comme si le fait de réfléchir pendant les devoirs l'avait davantage épuisé, et ce n'était pas un copieux repas qui allait améliorer les choses.

− Je ne patrouillerai pas, ce soir, dit-il à Alexa quand ils atteignirent le hall d'entrée.

Il vit Mogg lancer un regard par-dessus son épaule, et il fut manifeste qu'elle espérait profiter de la ronde pour obtenir des informations sur l'Alliance et le rôle du demi-démon.

− J'allais justement te le dire, lança Gardner. T'as une sale tête.

Harry n'en doutait pas une seule seconde. Entrant dans la Grande Salle, ils s'installèrent à la table de Serpentard. Le demi-démon remarqua aussitôt un détail intrigant : ils étaient entourés uniquement de filles, comme si…

− Crevé mais encore observateur, hein ? dit Sainton.

− Vous leur avez demandé de dresser une « barrière » entre Lucretia et les garçons pour qu'elle puisse parler librement, si je comprends bien.

− Exact.

Il n'était guère difficile d'imaginer que toutes ces jeunes femmes étaient venus en aide à Mogg en espérant qu'une fois leur scolarité terminée, la richissime héritière se souviendrait d'elles pour leur donner un coup de pouce professionnel. Mais peut-être étaient-elles tout simplement solidaires avec la belle blonde.

− Ah, dit Berenis, elle l'a trouvée.

Ils tournèrent la tête vers les filles de Gryffondor, qui venaient tout juste de franchir les portes de la Grande Salle. Comme toujours accrochée à la main d'une de ses amies, en l'occurrence Aurelia, Leonie tenait sous son bras une baleine en peluche, qu'elle ne manqua pas de montrer aux professeurs avec un sourire radieux. La surprise annoncée par les enseignants, en effet, était une chasse aux trésors : chaque jour, le petit bout de femme-enfant recevrait un indice sur la cachette du cadeau d'un des contributeurs embauchés à Poudlard. Plus une personne, apparemment, car Gardner se tourna vers Mogg :

− Tu es sûre qu'elle osera venir chercher ton cadeau dans notre dortoir ?

− J'ai demandé à Ana de l'accompagner et de lui donner un coup de pouce, à l'occasion.

− Tu lui offres quoi ? demanda Harry.

− Un chat. Un vrai chat. Chaque fois qu'elle vient à la maison, c'est vers Ninou qu'elle se précipite d'abord. Pas ma mère, pas mon père, ni moi : c'est vers Ninou. Et quand elle doit partir, elle essaye toujours de me convaincre de la lui prêter.

− Le Bébé adore les animaux, dit Sainton.

− Pourquoi ce surnom de Bébé de Gryffondor, d'ailleurs ? dit le demi-démon, curieux.

− Parce qu'elle y est née, répondit Mogg. Dans le dortoir et dans le lit qu'elle occupe aujourd'hui. Sa mère a fait un déni de grossesse, c'est-à-dire qu'elle n'en a eu aucun symptôme, que ça ne se voyait même pas, puis au mois d'avril de sa septième année, surprise ! Sinistra, qui était sa meilleure amie, McGonagall et Pomfresh l'ont aidée à accoucher. Son petit ami, quant à lui, a pris ses responsabilités. Ils n'étaient pas ensemble depuis un an, mais il n'a pas hésité : il l'a demandée en mariage une heure après la naissance de Ninie.

Il n'aurait jamais imaginé une explication comme celle-ci, mais il ne chercha pas à en savoir plus. Malgré son ton calme et désintéressé, il sentait comme une profonde amertume chez sa « fiancée ». Il était clair qu'elle ne souhaitait pas s'attarder sur l'histoire de Leonie, et plus particulièrement comment elle avait perdu ses parents.

− Ah ! s'exclama Alexa en se levant. J'ai une idée !

Et elle se précipita vers la table des professeurs pour s'entretenir avec le directeur de Beauxbâtons. Il ne se passa même pas une minute avant que le professeur Bresch, l'air blasé, abatte le tranchant de sa main sur la tête de la superbe française, qui ne lâcha pas le morceau pour autant, poursuivant la discussion tout en se massant le crâne. Ils semblèrent néanmoins trouver une entente, car la Reine revint bientôt d'un pas joyeux.

− Qu'est-ce que tu as encore inventé ? interrogea Sainton.

− D'obliger Leo à dormir avec moi s'il ne bat pas le professeur Flitwick en dix secondes, dit Alexa avec un sourire. Quand je me réveillerai, je pourrai lui faire une gâterie, je raconterai tout à Chouchou, il sera jaloux et en voudra une, donc Lucretia lui en fera une, trouvera ça nul, couchera avec moi, nous adopterons Ninie, mais je la tromperai avec Chouchou et Leo, alors elle me trompera avec eux pour se venger !

Berenis hocha la tête, désabusée.

− Pourquoi, de tous les français qu'il y a dans le monde, nous avons les plus tordus ? dit Gardner.

− Parce que nous sommes les meilleurs.

Harry s'étonna de ne pas l'avoir entendu approcher, mais il se souvint presque immédiatement qu'il avait annulé sa magie auditive. Se tordant le cou, il regarda Silver, qui se tenait derrière lui, mordre dans une cuisse de poulet prise dans son assiette qu'il avait à la main.

− Ah bah tu tombes bien ! se réjouit Alexa. Faut que tu fasses une connerie !

− Crève.

− Connard !

− J'assume.

La magnifique française lui lança un morceau de mie de pain au visage, le Gryffondor l'attrapant au vol avec le geste vif et précis d'un attrapeur digne de ce nom. Il le trempa dans la sauce barbecue qui accompagnait ses cuisses de poulet et l'avala le plus naturellement du monde.

− Bref, reprit-il, Ethan, t'as une tronche de mort-vivant, alors tu finis de manger et tu vas te coucher. Lucretia, tu mobilises les Serpentard dans l'aile nord pour la patrouille, Ana emmènera les Serdaigle à l'ouest, Cassie se chargera des Poufsouffle à l'est et Ninie, des Gryffondor au sud. Firagan a repéré des gerfauts en approche et ce ne sont pas les plus petits qu'on ait vus. Même si je doute qu'ils attaquent cette nuit, mieux vaut prévenir que guérir.

− Et toi, tu vas faire quoi ? interrogea Alexa, soupçonneuse.

− Prendre ma revanche avec le tricheur qui vient tous les lundis soirs aux Trois Balais.

− Bresch va être ravi de l'apprendre.

− Te botter le cul me ravira aussi si tu lui en parles.

− Ce n'est pas ta botte que je veux au cul.

− Crève une deuxième fois.

− Connard !

− J'assume une deuxième fois.

Et il s'éloigna sous le regard agacé d'Alexa pour retourner à la table de Gryffondor. L'approche de gerfauts se répandait à travers les quatre longues tables, Silver n'ayant pas cherché à être discret en l'annonçant, mais Harry ne se faisait aucun souci à ce sujet : comme l'avait dit le Gryffondor, il était peu probable qu'ils attaquent dans la nuit. Cependant, il se demandait si le Dieu de la Mort était sincère en prétendant aller prendre sa revanche aux Trois Balais…

Le dîner se poursuivit. Si l'arrivée prochaine de gerfauts occupait la plupart des conversations, les filles de Serpentard n'en parlèrent guère, préférant débattre sur le premier tour des phases finales du tournoi de duel, sur les cours de demain ou encore sur le futur cours spécial que leur ferait Lorca. Harry écouta plus qu'il ne participa, notamment parce qu'il commençait à être vraiment fatigué, mais il retrouva un peu d'énergie lorsque, une fois les assiettes redevenues étincelantes de propreté, toute la Grande Salle entendit une succession de tintements attirant l'attention générale vers la table des professeurs.

Dumbledore s'était levé.

− Je vais vous demander de rester concentrés afin que je puisse vous expliquer la raison pour laquelle les phases finales du tournoi de duel ont été modifiées, déclara-t-il. Certains en ont peut-être entendu parler : le conseil d'administration est venu à Poudlard, pendant les vacances, pour essayer de me convaincre de fermer l'école. Le prétexte qu'il a évoqué est que les fonds seraient insuffisants en cas de destruction relativement grâce du château…

Personne ne manqua de relever l'ironie avec laquelle il prononça cette dernière phrase et qui laissait clairement entendre le sentiment du directeur quant à l'excuse du conseil.

− Par une chanceuse coïncidence, continua-t-il sur le même ton, une idée a soudainement germé dans son esprit lors d'une conversation. Afin de prévenir un coût important des dommages que l'école pourrait subir lors de prochaines attaques, il a été décidé que les phases finales seraient, moyennant quelques Gallions, ouvertes au public non scolarisé, à savoir vos proches et aux curieux.

La nouvelle fit sensation, enthousiasmant les participants tout en décevant quelque peu les duellistes n'ayant pas réussi à se qualifier. Harry échangea un bref regard avec Dumbledore. Ils savaient tous les deux ce que cela signifiait : la possibilité que des Mangemorts puissent entrer dans Poudlard. Pour ensorceler des élèves ? Pour jauger le demi-démon ? Pour y introduire le journal intime de Jedusor afin de rouvrir la Chambre des Secrets ? Peut-être les trois en même temps.

− Pour assurer le spectacle et récolter une somme aussi importante que possible, nous avons qualifié les élèves qui avaient fini à la troisième place. Nous vous communiquerons prochainement la montant minimum arrêté par le conseil, mais nous ne dirons pas non si quelqu'un souhaite faire un don plus généreux. Pour l'heure, au lit, aux devoirs ou aux rondes !

Et les pieds des chaises et bancs raclèrent le sol dallé alors que le volume sonore s'élevait brusquement. Sans surprise, tous les élèves commentèrent l'annonce de Dumbledore. Harry hissa son sac sur son épaule en étouffant un bâillement et suivit les filles de Serpentard en direction des portes de la Grande Salle.

− Les fonds sont suffisants, railla Gardner. Tu parles ! Ces trouducs veulent juste s'en mettre encore plus dans les poches ! La vieille Basabi a légué la moitié de sa fortune à Poudlard pour encourager le corps professoral, Dumbledore cède une partie de son salaire à l'école tous les mois et les contributions ne manquent pas. A part Lucretia et peut-être Potter et les Selwyn, il n'y a que le ministère qui soit plus riche que Poudlard.

Traversant le hall d'entrée, ils empruntèrent l'escalier de marbre. Les défenseurs de Poudlard motivés à patrouiller filèrent aux quatre coins cardinaux du premier étage, comme commandé par Silver, laissant les Serdaigle, les Gryffondor et Harry se diriger vers les paliers supérieurs. Peut-être trop épuisé, il ne remarqua pas tout de suite qu'une autre personne avait poursuivi l'ascension, et ce ne fut qu'une fois au troisième niveau, alors qu'il se séparait des élèves, qu'il prit conscience que quelqu'un le suivait.

Il n'eut même pas à se retourner pour savoir de qui il s'agissait et ralentit l'allure pour régler son pas sur celui de Mogg.

− Tu n'es pas censée organiser les Serpentard ? rappela-t-il.

− Alexa le fera bien mieux que moi. Et puis, sais-tu précisément où se trouve le portrait de Huston ?

Harry dut admettre qu'elle marquait un point. Il avait déjà entendu quelqu'un s'indigner du « vol de ses travaux », mais il ne l'avait jamais vraiment situé.

− OK, tu gagnes.

Bien qu'elle n'exprimât aucun sentiment particulier, il sentit très bien la satisfaction triomphante de Mogg, et comme hier, dans le compartiment où ils avaient discuté, il eut encore cette impression que le Kato Distra transformait les émotions de la belle blonde en une sorte d'aura qui émanerait, invisible, de son corps.

Ils ne parlèrent plus, sauf quand Mogg lui annonçait quel chemin prendre. Visiblement, elle préférait attendre d'être dans la chambre, dans un lieu hors d'atteinte d'une oreille indiscrète, pour aborder la raison qui l'avait encouragée à suivre Harry. Le portrait dont avait parlé le professeur Slughorn était – vraiment – très loin des zones fréquentées. Ils l'entendirent avant de le rencontrer : pestant, s'offusquant, accusant, dénonçant avec fureur, Maverick Huston était un homme émacié à la très longue barbe sel et poivre qui passait le plus clair de son temps à faire les cent pas devant un tableau recouvert de dessins chaotiques.

Au voleur ! récita Harry.

− Et comment ! s'écria, furibard, le scientifique.

Alors que les portraits alentours s'exaspéraient de la colère de leur voisin, les deux Serpentard passèrent par le trou dès que le tableau de Huston eut pivoté. Si la chambre avait des proportions modestes, elle était richement décorée. Le lit massif était drapé de soie noire brodée au fil d'argent, la commode d'ébène était feuilletée d'or et la haute armoire aux pieds en forme de griffes, gravée de reliefs détaillés représentant une sorte de guerre entre créatures magiques. Au plafond, un lustre en bois aux nombreuses bougies éclairait la pièce, faisant scintiller or et argent.

Mogg n'accorda aucune attention à l'endroit, cependant, se retournant pour s'assurer que le portrait s'était refermé, tandis que Harry rejoignait le lit pour s'asseoir dessus et laissait son sac tomber sur le sol. Elle le rejoignit et s'installa à côté de lui, l'observant d'un œil critique.

− Berenis, qui s'y connaît bien mieux que moi en amour, dit qu'il faut laisser faire le temps. Quand mes prétendants auront mûri, ils s'apercevront que je ne suis pas la femme de leur vie, que celles qu'ils épouseront sont peut-être juste à côté d'eux. Et je pense qu'elle a tout à fait raison. Pendant sa scolarité, ma mère a été amoureuse de Steven Carver pendant quatre ans, et puis soudainement, juste après une discussion avec mon père, elle s'est rendue compte que c'était avec lui qu'elle voulait être pour le restant de ses jours. Ils ne montrent pas vraiment qu'ils s'aiment, pas même à la maison, mais ils ont parfois des mots, des gestes, des petites attentions qui ne mentent pas. Enfin… tout ça pour dire que tu ne dois pas te faire trop de soucis quant à ceux qui me convoitent et te persécutent. Ca leur passera, monsieur le Champion d'Alterion.

Le demi-démon eut un léger, faible sourire.

− Je me demandais quand tu allais aborder le sujet de mon rôle au sein de l'Alliance.

− Difficile de résister quand on pense qu'une vingtaine d'enfants est venue m'accueillir avec des cadeaux parce que je suis « la fiancée du Champion d'Alterion », fit remarquer Mogg. Maviel m'a même encouragée à prendre soin de toi, car tu es très précieux… et que Midori aura besoin de toi…

Harry ignorait qu'il était aussi populaire, mais il réfléchissait surtout à la réponse qu'il allait donner à la riche héritière. Lui avouer qu'il n'était pas humain ? Qu'il aidait l'Alliance à lutter contre Anteras tout comme elle l'aidait dans son combat ? La jeune femme avait beau être sympathique, elle n'avait pas acquis pour autant toute sa confiance, d'autant qu'elle pourrait être la cible d'un interrogatoire si jamais un legilimens découvrait qu'elle en savait un peu trop sur lui.

− Je suis… dit-il lentement. Je suis… doté de pouvoirs particuliers. Enfin, je le serai quand je me serai entraîné, mais pour le moment, je ne suis qu'un simple sorcier.

− Des pouvoirs comme ceux de Midori ?

− Oui.

− Donc, tu n'es pas humain ?

Piégé, songea Harry, alors que Mogg, fière d'elle, affichait un franc sourire narquois, ravie de l'avoir eu.

− Je suis un demi-démon, reconnut-il.

La belle blonde perdit de sa superbe, trop perplexe et surprise par le terme.

− Parce que les démons existent ? s'étonna-t-elle.

− C'est… compliqué et long à expliquer. Je suis né humain, parfaitement humain, mais certaines circonstances ont fait que je suis devenu en partie démon. Midori, lui, est né demi-démon.

Il sentit nettement, comme irradiant de son corps, toute la curiosité de sa « fiancée », mais comme la veille, elle se retint de lui poser davantage de questions. Apparemment, elle ne voulait pas trop en apprendre d'un coup, peut-être pour ne pas louper une information intéressante.

− Je vais te laisser dormir, annonça-t-elle en se levant. Est-ce que tu as des contacts réguliers avec l'Alliance ?

− Heu… Disons que je sais comment les contacter si besoin est.

− Alors, demande à Draya de venir nous…

Le sifflement aigu, bref, discret, devenu familier à l'oreille de Harry, accompagna l'apparition de la Shadrian qui, pour ne pas changer, se retrouva sur les genoux de Harry et brandit une main vers le plafond :

− Moi-même personnellement n'espionnait absolument pas ! prétendit-elle d'un ton joyeux. Coucou, papa et maman !

− Papa et maman ? répéta Mogg, très étonnée.

− Midori a décrété que je serai le nouveau père de Draya, donc comme nous sommes « fiancés »…

− Je vois… Eh bien, tu tombes très bien, Draya, car j'aimerais te présenter Nadège. On t'en a parlé pendant le réveillon. Et Po… Ethan a besoin de dormir.

− Ze dois d'abord communiquer une information super trop grave importante à papa !

− Ah ? dit l'intéressé.

− Il y aura une réunion du commandement jeudi matin, alors il faut que tu t'arranges avec Albus Dumbledore pour pouvoir y assister. Et Midori a dit que si tu ne venais pas, il détruirait Poudlard parce qu'il s'ennuie, mais qu'il ferait un effort pour ne pas tuer tes amoureuses.

Harry poussa un profond soupir exaspéré. Il était à peu près sûr que Dumbledore trouverait un prétexte pour l'excuser de sa non-participation aux cours de jeudi matin, d'autant qu'il aurait dû assister à celui de Lorca, mais ce qui le lassait, c'était que le samouraï refusait toujours d'accepter qu'Alexa et Ana n'étaient que des amies.

− Est-ce que je peux venir ? s'enquit Mogg.

− Moi-même personnellement demandera à Midori ! promit Draya.

− Parfait, dit la richissime héritière. Rejoins-moi dans mon dortoir, je vais aller te rechercher un œuf dans les cuisines.

− Chouette ! Au revoir, papa !

Et la fillette se volatilisa.

− Tes amoureuses, hein ? dit Mogg.

− Alexa et Ana sont juste des amies, pour l'amour du ciel ! Mais Midori ne veut pas le comprendre !

− Concentre-toi sur Ana, j'ai quand même parié 100 Gallions avec Tara que tu finirais avec avant la fin de l'année.

Elle tourna les talons pour s'éloigner, mais se ravisa. Lançant un regard par-dessus son épaule, elle montra enfin son visage le plus sadique, malveillant, qui avait fait d'elle l'une des élèves à ne surtout pas contrarier. La menace d'une sanction était si intense, si prometteuse d'une expérience désagréable, que Harry ressentit un frisson.

− Et je n'aime pas perdre un pari.