Stupe… !

L'éclair de lumière rouge n'eut même pas le temps de jaillir de la baguette de l'agresseur que celui-ci recevait, en plein milieu du front, un trait rouge feu. Harry regarda le cinquième année de Serdaigle s'effondrer. Ce n'était même pas un calvaire : cela ressemblait plutôt à une sorte de sketch grotesque. Depuis lundi, ses « rivaux » ne lui offraient aucun moment de répit, tout en se départageant en deux catégories : ceux qui abusaient encore et encore de la persécution visuelle et ceux, plus téméraires, qui osaient l'affronter – même si ce n'était jamais de face. En trois jours, il avait été victime de cinq attaques, mais à présent qu'il pouvait dormir tranquille, il avait entendu les agresseurs venir bien avant de les voir, lui permettant ainsi d'anticiper et de remporter ses duels.

Agitant une nouvelle fois sa baguette, le Serpentard envoya un message au professeur Flitwick. Etant donné sa situation délicate, il avait été décidé que le demi-démon dénoncerait ses attaquants auprès de son responsable de maison. Faisant léviter le cinquième année stupéfixé, il traversa alors le troisième étage. Tout le monde savait, à présent, qu'il bénéficiait d'une chambre personnelle, mais personne ne l'avait encore située, exceptions faites des filles de Gryffondor et de Serpentard, ainsi que de la Brigade.

Parcourant les couloirs, précédé du Serdaigle, Harry n'eut même pas le temps d'atteindre le Grand Escalier : le professeur Flitwick apparut au pas de course et eut une curieuse réaction, entre le sursaut et l'étonnement.

− Qu'est-ce que cela signifie ? s'exclama-t-il, déconcerté.

− Comme je vous le disais dans mon message, il a…

− Je ne parle pas de ça, Potter, coupa le maître des sortilèges en s'arrêtant au-dessus du Serdaigle. Je parlais de la présence de Denison à Poudlard alors qu'il n'est pas revenu de chez lui à la rentrée.

Encore une imposture, apparemment, songea Harry en posant le regard sur le visage agressif de l'adolescent. Il restait à savoir qui lui avait emprunté ses traits. Il paraissait improbable qu'il puisse s'agir d'un gerfaut, puisqu'il avait cherché à lui nuire grâce à la sorcellerie… Un prétendant de Mogg ne souhaitant pas être identifié… ou un Mangemort ?

Le minuscule professeur tira sa baguette et lança, à son tour, le sortilège Hermès.

− Je m'occupe de lui, annonça-t-il alors. Descendez manger, Potter. Oh et, dix points pour Serpentard.

− Merci, monsieur.

Qui avait donc usurpé l'identité de Denison ? Ou le Serdaigle était-il soumis à l'Imperium ? Harry envoya ces questions dans un coin reculé de son esprit : il était à peu près certain que Dumbledore ou Lorca lui donnerait les réponses à ces questions.

Laissant l'imposteur aux bons soins du professeur Flitwick, Harry reprit sa route vers le Grand Escalier. Il était inquiétant de savoir que quelqu'un, ensorcelé ou non, était entré dans Poudlard, car si une personne avait réussi, il fallait s'attendre à ce qu'il y en ait d'autres. Néanmoins, l'information était importante : si « Denison » était en réalité un Mangemort ayant bu du Polynectar, cela signifiait que Voldemort avait enclenché la vitesse supérieure pour en apprendre davantage sur lui. Peut-être même le faire kidnapper pour l'interroger personnellement.

Il n'avait toutefois pas le temps de se préoccuper de cela, pour l'heure : dans une demi-heure, il retrouverait la Cité de l'Alliance pour assister à la fameuse réunion dont avait parlé Draya. Dumbledore lui avait fourni un faux prétexte pour expliquer son absence lors des cours, à savoir que le département de la justice magique souhaitait à nouveau le questionner sur la langue des serpents. Qu'allait-il s'y dire ? Quelles nouvelles, bonnes ou mauvaises, allait-il apprendre ? De quelque nature qu'elles soient, elles devaient être importantes pour qu'on lui demande de s'y présenter.

Accédant à la Grande Salle, il passa devant la table de Serpentard sans y accorder un coup d'œil et retrouva ses amies de Gryffondor, accompagnées comme à chaque petit déjeuner par Alexa. Cette fois-ci, pourtant, Ana était également là, Leonie sur les genoux, en plus d'une invitée : la petite chatte, âgée de deux mois, que Mogg offrait à sa cousine. Le petit bout de femme-enfant jubilait littéralement en partageant son repas avec le félin, tentant de découvrir ce qu'il aimait ou pas et rayonnant dès qu'il engloutissait les échantillons proposés.

Observant la scène tout en recevant son Bisou du Matin de la part de la magnifique française, Harry regarda le Bébé de Gryffondor découper très scrupuleusement un morceau de bacon, le tendre à la minette tigrée et irradier de bonheur dès que le bout de viande disparut dans la bouche de l'animal.

− Elle s'appelle comment ? demanda-t-il.

− Nala, répondit Leonie. Comme le matou des voisins qui venait dans le jardin de ma tata pour me faire plein, plein, plein de câlins ! Elle adore mes peluches, elle faisait de gros ronrons quand je les lui ai montrées !

Et elle se concentra à nouveau sur la chatte pour lui faire goûter à la saucisse sous le regard rieur de ses amies, tandis que les hiboux et les chouettes s'engouffraient par les fenêtres, faisant tomber des gouttes de pluie sur les tables, les élèves et les professeurs à chaque battement d'ailes. Harry leva les yeux vers le plafond magique d'un gris presque noir, mais il n'y avait aucune trace d'Hedwige. Bien que la région fût sauvage, elle et Vallys avaient les plus grandes difficultés à trouver de la nourriture, ces derniers temps et s'absentaient plus longtemps que lors du premier trimestre.

Recevant sa Gazette du sorcier, Harry jeta un bref coup d'œil à la une et s'en désintéressa presque aussitôt. Un discours sur le commerce international et la répression des trafics clandestins ne l'intéressait pas vraiment. Silver fut, en revanche, très contrarié par les nouvelles mesures prises par le ministère de la Magie.

− Va falloir que je fasse le plein avant que le décret entre en vigueur, grogna-t-il.

− Tu pourrais aussi arrêter tes activités illégales, fit remarquer Lily.

− Ca nous laisserait plus de temps pour faire ça, ça et ça, renchérit Alexa.

Silver lança un regard blasé à la splendide française, mais l'attention se tourna rapidement sur Dumbledore. Le directeur remontait en effet la table de Gryffondor, chose rare, en parcourant une lettre qu'il plia et glissa dans un pli de sa robe de sorcier.

− Notre rendez-vous est avancé, annonça-t-il à Harry. Nous avons cinq minutes pour atteindre le département de la justice magique.

Le demi-démon haussa les sourcils. S'était-il passé quelque chose ? Ramassant quelques toasts, il se leva de sa chaise et suivit Dumbledore. Jetant un coup d'œil à la table de Serpentard, Harry remarqua que Mogg paraissait nullement vexée ou déçue de ne pas être appelée. Elle se contenta de le regarder passer, jusqu'à ce qu'il passe les portes de la Grande Salle. Le directeur l'entraîna à travers le hall d'entrée, en direction du parc, mais avant qu'ils aient pu atteindre les immenses panneaux du château, une main se referma sur le col de chacun d'eux : il y eut un ronflement, immédiatement suivi d'une explosion de flammes noir et or étrangement tièdes surgies du sol, et ils se retrouvèrent tout à coup dans la tente du commandement de l'Alliance.

Il s'y trouvait plus de monde que lors des précédents passages de Harry. Prerian, Alyphar, Ooghar, l'Ethrossie Yula étaient présents, mais il y avait aussi Garwir, Prisca, Kirya et même John Guard. Un homme que le demi-démon n'avait encore jamais vu était également là : solidement bâti, torse nu, le crâne chauve, il portait une sorte jupe-short en cuir qui s'arrêtait à mi-cuisse, révélant la puissante musculature de ses jambes, de ses bras et de son buste. Mais le plus impressionnant n'en demeurait pas moins ses yeux : ils étaient entièrement verts, sans iris ni pupille, et brillaient comme deux lampes.

Midori lâcha Dumbledore et Harry et s'étira.

− Je déteste me déplacer de cette manière, dit-il avec indifférence. A chaque fois, j'ai des frissons pendant une heure. En plus, c'est lent.

− Comme ton cerveau : tu étais censé ramener trois personnes, railla Prisca d'un ton goguenard.

− Lorca se chargera de la déposer devant la montagne et Draya l'amènera ici, morveuse. Il aurait été bizarre de voir Albus Dumbledore, Ethan et sa chérie d'amour partir en même temps alors qu'ils sont censés assister à deux rendez-vous totalement différents.

− Qui tu traites de morveuse, taré démoniaque ?

− Ne commencez pas, s'exaspéra Garwir. Nous avons plus important à traiter.

Prerian faisait déjà le tri dans les nombreux rapports et plans qui encombraient la table. Il tira un épais rouleau de parchemin et dut faire appel à plusieurs personnes pour le dérouler, révélant une carte très – et réellement très – détaillée de la Grande-Bretagne. Le plus petit village y figurait, les surnoms des bois donnés par les habitants proches étaient inscrits et même le ruisseau le plus modeste était indiqué. Le regard de Harry, cependant, se posa surtout sur deux cercles tracés à l'encre rouge : l'un dans le Wiltshire, l'autre au cœur de l'Ecosse.

Ce dernier entourait les noms « Pré-au-Lard » et « Poudlard ».

− Lorca nous a fait savoir qu'il était préférable que nous n'abordions pas le sujet des Horcruxes en présence de Lucretia Mogg, annonça le général, alors nous profiterons de son retard pour l'aborder. Les Mages ont localisé le premier fragment d'âme du Sorcier Noir dans un manoir. Albus Dumbledore, savez-vous qui pourrait être en sa possession ?

Le directeur observa un court moment le cercle tracé à l'ouest. A l'évidence, il faisait une liste des susceptibles Mangemorts dans le Wiltshire.

− Le Manoir Malefoy, sans aucun doute, dit-il alors. Ethan m'a raconté son ancienne vie, il est probable que le journal intime de Jedusor ait déjà été confié à Lucius… Ce qui signifie qu'il est tout à fait envisageable qu'il soit présent lors du tournoi de duel afin de transmettre le cahier à un élève pour rouvrir la Chambre des Secrets. Nous avons eu, ce matin même, une intrusion : un étudiant qui avait renoncé à revenir à Poudlard à la rentrée a attaqué Ethan. J'ignore encore s'il est un imposteur ou s'il a été envouté. J'ai demandé à mes amis de vérifier s'il était en sécurité et en bonne santé.

− Alors, laissons-le venir, déclara Harry.

Tous les yeux se tournèrent vers lui.

− Et mettre les nés-Moldus en danger ?! s'étonna Guard.

− C'est plus complexe que ça, assura le Serpentard. J'aurais pu descendre dans la Chambre le soir même de la rentrée de septembre, mais je n'aurais eu aucune garantie de trouver le Basilic. Jedusor me l'avait dit : personne, pas même les Fourchelang, ne peut contrôler le Basilic à part lui. De plus, il n'y aurait eu aucun intérêt à tuer son serpent tant que le Horcruxe nous était inaccessible.

− Je vois…

Il plongea une main dans le pli de sa robe et en tira un parchemin, qu'il tendit à Harry.

− Nous avons trouvé quelques substances qui peuvent détruire les Horcruxes. Certaines sont dangereuses alors fais attention, mais si tu vaincs le Basilic, tu n'auras qu'à utiliser ses crochets pour les autres Horcruxes.

− Merci.

Il jeta un rapide coup d'œil au papier. Excepté le venin de Basilic, il ne connaissait rien à ses substances, mais il fut assez surpris qu'il y en ait si peu. Il rangea la liste dans une poche, conscient que le temps passait et que sa « fiancée » pouvait arriver à tout moment.

− Donc, le deuxième est à Poudlard, reprit-il.

− En effet, mais il nous pose un problème, répondit Ooghar. Il y est sans y être. Nous savons que le premier est dans le secrétaire du bureau du rez-de-chaussée du Manoir Malefoy, mais la position du Horcruxe de Poudlard se trouve être impossible à localiser précisément.

Harry plissa le front. Il avait la nette impression que le Mage connaissait la réponse au mystère, mais qu'il était trop curieux de savoir si le Serpentard la trouverait pour daigner la livrer. Et pourtant, ce fut d'une simplicité très enfantine que le demi-démon comprit le pourquoi du comment.

− Parce qu'il est dans la Salle sur Demande ! souffla-t-il pour lui-même.

− C'est, en effet, ce que nous pensons, approuva Ooghar. Selon les derniers rapports de Lorca, cet endroit est à dimensions variables, c'est-à-dire que plusieurs salles ont été créées les unes sur les autres pour fournir celle que le demandeur réclame. A l'heure qu'il est, je dirais que c'est la magie la plus incroyable de tout l'Alterion. Nous essayons de dresser une liste de toutes les pièces qu'elle offre, mais il y en a beaucoup. Quand nous aurons réussi à trouver l'endroit contenant le Horcruxe, nous devrions être en mesure de le situer et de le récupérer.

Harry hocha la tête mais se figea dans son mouvement, traversé par une pensée. Quelle était la cachette idéale pour entreposer un objet ? Si prestigieux et ancien soit-elle, une relique passerait plus facilement inaperçue parmi d'autres babioles.

− Je sais où il est, dit-il avec lenteur. Il est dans la salle aux objets cachés.

Prerian fouilla ses notes et en tira une pour la consulter.

− Nous devions justement l'inspecter dans deux jours, indiqua-t-il. Midori, pouvez-vous… ?

Il cilla et sembla excédé. Jetant un regard autour de lui, Harry remarqua que le samouraï était absent. De toute évidence, le demi-démon de Mirvira était parti pour Poudlard dès que le Serpentard avait évoqué la cachette très probable, selon lui, du Horcruxe.

− Vous pariez qu'il va faire exprès de trainer pour attendre que Lorca soit disponible ? dit Prisca.

− Comme d'habitude, répondirent Alyphar, Ooghar, Garwir et Kirya d'une même voix.

Harry et Dumbledore sourirent, mais l'attention du Mage et du Serpentard se tournèrent très vite ailleurs. Leur ouïe magique avait perçu une voix joyeuse et enfantine familière, suivie d'un sifflement bref, aigu et discret, qui précéda des pas souples que seul le demi-démon connaissait. Une minute plus tard, Mogg entrait dans la tente en observant l'endroit avec une légère curiosité. Bien que l'objet de tous les regards, elle ne montra aucune gêne et s'avança pour rejoindre son « fiancé » et le directeur. Elle ne put, toutefois, masquer son étonnement à la vue de Guard, qui la salua d'un petit geste de la main.

− Bienvenue, Lucretia Mogg, dit Prerian, faisant reprendre contenance à la jeune femme.

− Heu… Bonjour…

Harry remarqua que le parchemin localisant les Horcruxes avait disparu quand il tournait le dos à la table pour regarder la riche héritière entrer. Le général s'affairait déjà à organiser les différents rapports.

− Maintenant que nous sommes au complet, reprit-il en s'emparant d'une note, nous pouvons aborder les trois sujets qui nous préoccupent. Le premier est, bien évidemment, l'alliance signée entre le Sorcier Noir et l'Ennemi que l'unité d'Erigor a confirmée en début de semaine. La question est : comment y répondre ?

− Nous devons nous associer, officiellement, au ministère de la Magie, dit Ooghar. Les Nehoryns perdent trop de guerriers, les gerfauts s'améliorent à mesure qu'Anteras découvre les magies de ce monde : si triste qu'il soit de le dire, nous ne sommes plus capables de combattre par nous-mêmes… En vérité, nous ne l'avons jamais été, et c'est la raison pour laquelle nous sommes ici aujourd'hui. Nous avons besoin d'une armée plus grande, d'une résistance plus grande.

− Je pense que nous sommes tous d'accord ?

Il n'y eut personne pour protester.

− Albus Dumbledore, poursuivit Prerian, pouvez-vous nous organiser une rencontre avec Terry Hool aussi tôt que possible ?

− Dès la réunion terminée, j'irai le voir.

− Parfait. Les Mages ont terminé leurs analyses des nouveaux gerfauts, l'équipe d'Uvon travaille actuellement à adapter les sortilèges qu'elle a créés pour les vaincre à la sorcellerie. Faites savoir à Terry Hool qu'il s'agira de notre contribution.

Du peu qu'il connaissait du LorMirAl, Harry savait qu'en Mirvira comme en Lorgath, une alliance était, dans la plupart des cas, accompagnée par un échange censé prouver la bonne foi des deux parties : pierres précieuses, or, armes, savoirs magiques, ressources, etc.

− En contrepartie, intervint l'Ethrossie Yula, nous souhaiterions accéder à ce département des mystères. De ce que nous en savons, il semblerait qu'il contienne des magies très élaborées qui pourraient nous être utiles.

Harry jeta une œillade au directeur. Si celui-ci était assuré de pouvoir arranger un rendez-vous avec Hool, il fit clairement sentir qu'il était clairement sentir qu'il était moins confiant quant à la requête de l'Umidareens. Mais relativisa tout de même :

− Je le lui ferai savoir, déclara-t-il. Terry est un homme sensé. Quand il prendra conscience de la situation – de la véritable situation – dans laquelle nous nous trouvons, j'ose espérer qu'il accédera à votre demande.

Le débat était clos, sembla-t-il, car Prerian saisit un parchemin vierge pour retranscrire les décisions prises lors de la conversation. Du coin de l'œil, Harry vit Mogg s'intéresser à l'étrange forme d'écriture du général, qui n'y prêta guère d'attention et posa le compte-rendu sur un coin de la table. Puis il se saisit d'un autre rapport pour le parcourir en diagonale.

− Où en est Kanys, Thünd ?

L'homme aux yeux lumineux, que Harry devinait être le représentant des Sedulans, répondit d'une voix grave, agréable, qui sembla beaucoup affecter Mogg, car elle frissonna en l'entendant :

− Elle progresse, mais les Mangemorts sont du genre méfiant, en particulier lorsqu'ils sont proches du Sorcier Noir. Pour l'heure, elle a attiré l'attention d'un certain Ugo Carmain et pense qu'un autre jeune homme, qui n'est pas encore identifié, s'intéresse à elle. Si nous voulons infiltrer le camp ennemi, toutefois, il nous faudra savoir à quelle comédie Kanys devra se prêter pour être convaincante.

− J'ai la personne parfaite pour cela, annonça Dumbledore. Le maître des potions de Poudlard a étudié pendant des décennies le comportement des racistes et la caste des sang-pur un peu trop fiers de l'être, d'autant que grand nombre des Mangemorts sont passés par la maison qu'il dirige.

− Quand pourrait-il commencer à former Kanys ?

− Essentiellement le week-end, mais je pense qu'il ne verra aucun inconvénient à le faire quelques soirs.

− L'affaire est donc entendue, déclara Prerian en reprenant un parchemin vierge et sa plume. Les informations que nous avons recueillies dernièrement semblent indiquer le gerfaut envouté par Midori a été soit démasqué par Anteras et tué, soit libéré de l'enchantement. Kanys est donc, pour l'heure, notre meilleure chance d'espionner le camp ennemi de l'intérieur… et ça devient urgent, compte tenu du troisième point que nous devons évo…

Il fut interrompu par une nouvelle arrivée. Harry sentit un frisson remonter sa colonne vertébrale lorsqu'il posa les yeux sur Silmar, qu'il eut d'ailleurs du mal à reconnaître. Le Nehoryn était sujet à une sévère claudication, sa jambe droite enroulée dans des bandages, tout comme ses bras, son torse et son œil gauche. Mais le plus terrible était sans conteste les épaisses cicatrices qui lui barraient le ventre et balafraient son visage en tous sens. S'il n'y avait aucune chance qu'il rivalise avec Maugrey, ses blessures n'en étaient pas moins impressionnantes.

Prisca se hâta de lui amener une chaise pour qu'il se ménage, alors que Thünd contournait la table pour venir à ses côtés et se lancer dans un examen approfondi, sans un mot, sans toucher, sans défaire les bandages, s'arrêtant à passer sa main à quelques centimètres de la peau du guerrier.

− Comment vont les autres ? interrogea Alyphar.

− Mieux. Linas ne s'est toujours pas réveillé, mais les Mages ont stabilisé son état, et j'ai entendu Cataara dire à Peros qu'il pourrait rentrer chez lui après un dernier examen.

− Vous arrivez au bon moment, Silmar, dit Prerian, car nous nous apprêtions à parler de l'attaque. Au début de la semaine, nous avons voulu exterminer un groupe de gerfauts qui se dirigeait, cette fois encore, vers Londres. Il a été réquisitionné trois unités Nehoryns, cinq Mages et l'unité de Lusanna en guise de renforts si nécessaire. Les analyses que nous avons réalisées sur nos prisonniers se sont révélées payantes, nous dominions la bataille. Mais nous n'avions pas prévu que parmi les gerfauts se cachait une Lame du Chaos.

Harry fronça les sourcils. Si Anteras avait joint l'un de ses généraux à ce groupe, cela ne pouvait signifier que deux choses : soit il avait tendu un piège à l'Alliance, soit l'expédition à Londres avait un but important.

− Nous ignorons encore si la cible était le ministère de la Magie, s'il s'agissait d'un leurre ou si l'attaque visait simplement un quartier, reconnut Prerian, mais suite à son association avec le Sorcier Noir, il est clair que toutes les prochaines manœuvres d'Anteras ne se concentreront plus seulement sur Poudlard, mais comme nous l'a déjà indiqué Ethan Potter, l'école restera la priorité de leur coalition.

− Et il y a fort à parier qu'à la prochaine attaque, une Lame du Chaos participe, dit Ooghar. Si c'est Ysogür, je ne m'inquiète pas trop. Garwir estime qu'il n'est pas à la hauteur de Lorca. En revanche, si c'est celui d'Alterion qui se joint à la bataille…

− Que penses-tu de lui, Silmar ? demanda Alyphar.

Alors que le Sedulan continuait à passer lentement ses mains autour de lui, le Nehoryn prit un petit moment de réflexions pour ne pas se tromper dans son pronostic.

− Il ne pourra jamais vaincre Lorca ou un Mage du niveau d'Ooghar, affirma-t-il. Il est vif, très vif, mais il n'a pas l'expérience et l'attention d'un guerrier. Il n'est pas attentif à son environnement et sous-estime son ennemi : il a pris Lusanna de haut et s'est pris une raclée qui l'a obligé à s'enfuir… Néanmoins, son savoir fait très mal et il semble ne connaître que des maléfices particulièrement brutaux.

− Nous devrions comparer les témoignages avec les données que nous avons sur la magie noire, dit l'Ethrossie Yula. Votre aide nous serait également utile, Albus Dumbledore.

− Demandez à Kanys d'apporter les témoignages, Horace et moi arriveront sûrement à en identifier plusieurs.

− Qu'en est-il de Poudlard ? demanda Mogg qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis que la réunion avait commencé.

− Nous avons chargé les classes de dernière année, notamment celle de Prisca, de surveiller toute la vallée afin de prévenir toute approche des gerfauts, répondit Alyphar.

− Pourtant, Silver a annoncé qu'un groupe était en approche…

Le commandement la fixa avec une certaine surprise.

− Quand vous l'a-t-il dit ? interrogea Prerian.

− Lundi. Firagan, son espion, les a repérés dans une vallée proche de celle de Poudlard.

L'incompréhension s'installa. Harry ne pouvait que les comprendre : en quatre jours, les gerfauts auraient déjà dû être à proximité de l'école de sorcellerie. A moins qu'ils n'aient eu une autre cible. Dans tous les cas, il faisait confiance aux capacités des Nehoryns : s'ils ne les avaient pas vus, c'était qu'ils n'étaient pas venus.

− Nous devrions solliciter les Shadrian pour survoler la région, dit Thünd en se redressant. Quant à vous, mon cher Silmar, vous allez devoir attendre que nous ayons terminé l'Orgosia pour reprendre du service. Plusieurs de vos organes et muscles sont encore endommagés. Si ce n'est pas trop vous demander, Albus Dumbledore, j'aurai besoin d'accéder à cette salle de la bibliothèque où vous conservez les livres traitant de la magie noire. Il faudra que nous ayons toutes les connaissances possibles et imaginables pour faire une Orgosia à la hauteur de celle que nous avions en Mirvira.

− Je peux aussi vous en faire des copies, si vous voulez ?

− Volontiers.

Prerian prit quelques secondes pour réfléchir et parla :

− Je pense que nous avons tout dit. John Guard, votre amie est-elle fiable ?

− Bien sûr.

A en juger par le frémissement de ses lèvres, son « amie » était devenue bien plus que cela depuis qu'il l'avait sollicitée pour faire des recherches sur les moyens permettant de détruire les Horcruxes.

− Proposez-lui de nous aider à identifier les maléfices de la Lame du Chaos représentant Alterion, dans ce cas, nous pourrons peut-être progresser encore plus vite. Ooghar, savez-vous où nous en sommes avec le bouclier ?

− Nous travaillons avec l'Ethrossie Planysie pour l'achever, puis nous pourrons l'utiliser sur Ethan.

− Pardon ? s'étonna le futur cobaye.

− Nous essayons de fabriquer des artefacts générant un bouclier basé sur vos gènes, puisqu'ils sont plus denses que ceux de Midori, expliqua le Mage. Anteras utilisant la magie démoniaque pour créer les gerfauts, ils ont par conséquent des gènes démoniaques en eux. Le but de notre entreprise, c'est de pouvoir interdire l'accès à un lieu à tout être ayant moins de gènes que vous. L'un des problèmes que nous rencontrons est que nous ne réussissons pas à offrir une… autorisation spéciale à Midori, qui est repoussé à l'extérieur du bouclier dès qu'il pénètre dans son champ d'action.

A l'évidence, cette autorisation spéciale était censée permettre au samouraï de pouvoir entrer dans Poudlard et y retrouver Lorca.

− Bien, dit Prerian. La réunion est close.

Et tout le monde commença à se diriger vers la sortie.

− Ethan Potter, lança Alyphar, je souhaite m'entretenir avec vous.

Un peu surpris, Harry vint à sa rencontre, tandis que Dumbledore et Mogg poursuivaient leur chemin, la jeune femme ne manquant pas de lancer un regard soupçonneux par-dessus son épaule. Le Nehoryn resta silencieux un petit moment, comme pour s'assurer de laisser le temps aux autres de s'éloigner suffisamment de la tente, puis il reprit la parole :

− Pourriez-vous essayer de garder un œil sur Leo Silver ?

Le Serpentard haussa les sourcils, un peu surpris, mais il comprit aussitôt qu'Alyphar avait usé de sa capacité à jauger les gens sur le Gryffondor.

− Heu… bien sûr, oui, mais… Je ne suis pas vraiment très proche de lui.

Le Nehoryn l'observa avec intensité.

− Midori vous a-t-il raconté ce qu'était, à l'origine, un Ovedhian ?

− Non… Enfin, juste que c'était une « personne cauchemardesque ».

Mais visiblement, le samouraï avait largement simplifié la description.

− Ovedhian, car il s'agissait jadis d'une personne, était un général humain d'Anteras lors de la première guerre qui ensanglanta Lorgath. Selon la légende que racontent parfois les soldats de Prerian, il naquit très puissant puis le devint encore plus quand il fit ses classes, à tel point que lorsqu'il eut achevé sa formation, Anteras le nomma aussitôt général. Il le couvrit d'or, lui fit bâtir un palais, lui offrit une grande majorité des femmes capturées – un homme, peut-être même le seul, qui ait jamais reçu autant de respect et de bienveillance de la part de son maître. S'il n'avait aucun scrupule à tuer, torturer, piller, violer, sa démence commença à le ronger au fil des années. On aurait pu croire qu'il ne pourrait jamais faire pire que ce qu'il avait fait par le passé, et pourtant. Quand Lathar et Byr rejoignirent la résistance, quand l'armée d'Ovedhian subit de lourdes défaites, quand il sentit que la menace d'une défaite approchait, il fit assassiner toutes ses prisonnières, tous ses enfants et tous ses serviteurs. Et lorsque les résistants vinrent le cueillir, ils le trouvèrent assis sur un fauteuil composé des crânes de ses victimes, dont un qui lui servait à boire son vin.

Harry sentit un relent de son petit déjeuner lui remonter dans la gorge tant imaginer cette histoire le répugnait.

− L'ironie, poursuivit Alyphar, c'est que j'ai moi-même connu un Ovedhian quand le Lorgath a trouvé refuge en Mirvira. Il avait commis de nombreux crimes dans sa jeunesse, mais son incarcération lui avait donné l'envie de se racheter. La première fois que je l'ai rencontré, j'ai perçu une aura semblable à celle de Leo Silver, mais en moins intense. Beaucoup moins intense. Or, Ovedhian a été l'un des ennemis les plus terribles des gerfauts, peut-être pas autant que Prerian, mais assez pour qu'il reçoive les plus grands honneurs à sa mort.

− Raison pour laquelle ils appellent des ennemis par le prénom d'un ancien allié d'Anteras.

− En effet. Je sais que votre camarade est notre allié, mais nous avons besoin de déterminer à quel point il sera utile dans cette guerre, à quel point nous pourrons compter sur lui si les choses tournent mal pour Poudlard ou le ministère de la Magie.

− Je ferai ce que je peux, assura Harry.

− Vous êtes libre de rentrer.

Le Serpentard salua le Nehoryn et amorça un geste pour se retourner et prendre le chemin de la sortie, mais sa curiosité lui inspira quasi-instantanément une question.

− Est-il si puissant que ça ?

− Je ne peux évaluer précisément la puissance des gens, avoua Alyphar, mais je dirai qu'Albus Dumbledore ne le surpasse que de très peu.

Ca promettait pour le tournoi…

Oi!

Je n'y ai pas pensé lors de la publication du précédent chapitre, alors je me rattrape : de bonnes fêtes à tous les lecteurs ! :) Au prochain chapitre, ce sera bonne année (si j'y pense, les fêtes ne sont pas ma tasse de thé.)

A part ça, ON A PASSE LES 200 REVIEWS ! \o/

Alors merci à toutes et à tous !

Et bonne lecture !