LE SANGLIER DU SORCIER :
PREMIERE EDITION !
Surprise ! La Gazette du Sanglier et La Gazette du sorcier se sont associées pour créer, le temps d'une édition, un exemplaire particulier du journal de l'école. Fort de notre numéro spécial publié pendant les vacances, nous avons en effet eu la chance étonnante d'être invité par nos confrères à un partenariat, mais peut-être l'avez-vous remarqué la semaine dernière en réalisant que nos reporters disparaissaient parfois de Poudlard. Dans tous les cas, l'expérience nous ouvre à nouveau d'innombrables portes pour remplir nos articles et d'ajouter deux à trois fois plus d'épaisseur à notre hebdomadaire. A cette occasion, notamment, nous avons modifié le format pour que la lecture soit plus facile.
CONFEDERATION VS POUDLARD & MINISTERE
Plus personne ne l'ignore à présent, le début des vacances de Noël a donné une belle frayeur aux élèves et aux soutiens de Poudlard, puisque la Confédération internationale des sorciers en a ordonné la fermeture. On aurait pu ne pas y revenir à la rentrée, mais c'était compter sans l'intervention de Leo Silver (Gryffondor). Comme tout le monde le sait depuis que le professeur Bresch nous l'a fait savoir, Silver a une vision particulière des choses, et nous en avons profité pour lui demander ce qui l'avait amené à défier les Forces d'Intervention Européennes (FIE) (ndlr, à part le fait qu'il était dans un état d'ébriété avancé) :
« La Brigade de la Mort a pour vocation de contrôler les élèves, déclare-t-il. Nous protégeons les malmenés et nous punissons ceux en faute, mais nous sommes aussi à l'écoute de leurs revendications. Une majorité de notre école a signé une pétition rejetant une éventuelle fermeture de Poudlard, j'ai donc respecté leur volonté. Et puis, manque de bol pour elles, les FIE sont venues quand j'étais contrarié parce que je venais de m'apercevoir qu'il ne me restait plus une seule bouteille de vin. »
On pourrait toutefois s'étonner que la Confédération n'ait pas retenté de s'approprier notre école. Pour avoir une explication, nous avons rencontré Sally Alester, directrice du Comité de la Confédération internationale des sorciers, section britannique.
« Il s'est produit ce qui devait se produire, à savoir une levée de boucliers, explique-t-elle sans cacher qu'elle s'en réjouit. La Confédération a oublié à qui elle s'attaquait : Dumbledore et Bresch sont vieux, très célèbres et ont eu des carrières qui les ont amenés à faire énormément de rencontres. Le respect qu'ils inspirent, aussi bien en politique que dans le monde de l'enseignement, est considérable. Dès l'annonce de la Confédération de faire fermer Poudlard, d'autres écoles, des personnalités publiques et des ministères ont vertement protesté. Résultat, il a fallu rouvrir le dialogue. »
Elle tempère tout de même que sans garantie que Poudlard saura se protéger de (probables) autres assauts, il sera difficile de faire changer de décision l'institution internationale.
LE COUPLE DE L'ANNEE ?
Comment ne pas en parler ?! Autre évènement marquant des vacances, il y a bien sûr l'annonce improbable et controversée des fiançailles entre Lucretia Mogg et Ethan Potter (tous deux à Serpentard et Brigadiers). Amour, arrangement ? Les rumeurs vont bon train. S'ils ne se montrent pas vraiment très proches, toujours est-il que le nouveau Potter réalise un exploit en se retrouvant souvent à discuter avec la belle blonde – et ce, en public !
Profitant de notre passage au ministère, nous avons demandé à Adrian Mogg, 39 ans, comment un père réputé surprotecteur et méfiant quant aux prétendants de sa fille avait accepté qu'elle se fiance avec un garçon n'ayant, selon nos observations, jamais manifesté le moindre intérêt pour elle.
« Même si j'émettais une certaine réserve, je faisais confiance au choix de Lucretia, reconnaît-il. Evidemment, je n'étais pas emballé qu'elle suggère un jeune homme que je ne connaissais pas, dont elle ne m'avait jamais vraiment parlé. Mais lorsque je l'ai rencontré, il m'a paru être tout à fait convenable. Tout au moins, j'ai trouvé qu'il avait une personnalité intéressante. »
Qu'en est-il des rumeurs selon lesquelles il s'agirait d'un arrangement ? En effet, depuis les fiançailles, le très grand nombre de soupirants de Lucretia Mogg crient « au subterfuge » et « au complot ». Mais Mr Mogg balaie ces indignations d'un revers de la main.
« Ma fille a elle-même choisi son fiancé, indique-t-il. Je ne nie pas qu'elle ne connaît pas Mr Potter, j'admets même qu'elle n'a aucun sentiment amoureux pour lui – et inversement –, mais ils apprennent à se connaître. De quel droit ces critiques se permettent-ils de manquer de respect à la décision personnelle de Lucretia ? Voilà, en exemple, la raison pour laquelle j'ai toujours refusé leurs propositions : ils n'aiment pas, ils ne respectent pas et ma fille aurait vécu un mariage sans amour. Or, ma fille est l'un des deux trésors les plus précieux que j'ai avec ma femme. Je ne laisserai personne la rendre malheureuse. »
Ca, c'est dit. Mais qu'en est-il des deux principaux intéressés ? Si Ethan Potter se refuse à tout commentaire – comme à son habitude dès qu'il est question de sa vie privée –, nous assistons à un miracle, car Lucretia Mogg a accepté de partager son sentiment.
« Au début, il m'intriguait, admet-elle. Ses prestations lors des cours spéciaux du professeur Williams avaient le don de titiller ma curiosité. Il y a ensuite eu notre duel lors des phases éliminatoires : j'avais conscience qu'il poserait des problèmes, mais pas à ce point. Et maintenant que je discute avec lui, je me rends compte qu'il n'est vraiment pas comme les autres. Trop modeste à mon goût, mais honnête, réfléchi, intelligent et étonnant. Mais je le vois plus avec Ana [Moorehead, Serdaigle], car je trouve que leurs personnalités vont bien ensemble. »
Gageons que quelle que soit sa future (véritable) dulcinée, Potter aura quand même du souci à se faire, qu'il s'agisse de Mogg ou de Moorehead.
LA SITUATION NATIONALE
Si la deuxième semaine des vacances a été marquée par des attaques meurtrières de la part des Mangemorts – qui étaient accompagnés de gerfauts –, c'est ce week-end même que la rumeur d'une alliance entre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et le mystérieux Anteras a été plus ou moins officialisée. Samedi soir, dans une édition spéciale, La Gazette du sorcier annonçait en effet la disparition soudaine et terrifiante des habitants d'un village de 234 personnes au-dessus duquel flottait la Marque des Ténèbres. Le Service des usages abusifs de la magie n'a rien détecté, l'Alliance (également appelée la Communauté) n'est pas intervenue…
A notre grand étonnement, alors que nous entrons dans le bureau de Terry Hool, le ministre de la Magie, nous constatons qu'il n'est pas seul : Ooghar, le vieil homme qui avait décimé la dernière vague des Nudhors « vieille génération » lors de la bataille de décembre, est présent. Une rencontre dont nous rêvions, mais qui ne présage rien d'enthousiasmant.
« Ce monde s'apprête à connaître la pire guerre qu'il ait jamais connu, affirme-t-il. Sorciers, êtres magiques, Moldus, personne n'y échappera. Vous pouvez fuir si vous le voulez, mais ça ne fera que retarder l'échéance. Si, par contre, vous souhaitez minimiser les dégâts et combattre, alors vous êtes les bienvenus. Morts et larmes sont inévitables, tout comme les victoires et les cris de triomphe. »
Un message pour le moins inquiétant sur la tournure des évènements. S'il ne dément pas le fait que l'alliance, apparemment concrète, entre Vous-Savez-Qui et Anteras annonce une guerre encore plus sanglante, Terry Hool se veut (presque ?) optimiste.
« La Communauté et le ministère répondront à l'association du Lord Noir d'avec Anteras, promet-il. Nous ne tomberons pas, nous ne lâcherons pas, nous n'abandonnerons jamais ! Je connais désormais la vérité, qui n'est pas facile à avaler, je le reconnais, mais je ne me débinerai pas et peu importe si je dois en mourir ! J'ai envoyé, après ma conversation avec Ooghar, plusieurs messages à d'autres ministères, ainsi qu'à des peuples magiques, une invitation à s'organiser. (…) J'ai longuement négligé les requêtes des créatures magiques et j'en suis navré, mais j'ose espérer que nous trouverons (au sein de tous les peuples) un compromis. »
Un discours qui n'a rien de rassurant, mais qui a le mérite d'être clair. Quant à cette « vérité », le ministre de la Magie tiendra une conférence de presse dans les prochains jours afin de la communiquer.
LE MYSTERE DU MASSACRE
Voilà un évènement qui n'a pas manqué de faire parler. Leo Silver, une fois encore, annonçait lundi dernier la prochaine arrivée d'un groupe de gerfauts qui semblait se diriger vers Poudlard. Au cours de sa discussion avec Ooghar, Terry Hool apprenait que cet escadron avait été – à notre grand soulagement – exterminé avant d'avoir pu atteindre la vallée de notre chère école.
Nous avons saisi l'opportunité de notre rencontre avec le Mage (ndlr, le peuple d'Ooghar, bien qu'humain, est différent des sorciers) pour lui demander son opinion.
« Nous avons appris tardivement que cette escouade approchait de Poudlard, avoue-t-il, mais nous avons été plutôt surpris de ne pas la repérer. Nos recherches nous ont amené à effectuer des recherches, qui ont débouché sur la découverte d'un carnage impressionnant. (…) Selon moi, il aurait fallu des dizaines de guerriers pour être en mesure d'éradiquer un groupe aussi important.. »
Et nous ne pouvons que le croire sur parole, étant donné que ce sont 586 gerfauts (d'après les estimations des Aurors) qui ont été tués. L'Alliance, comme le ministère, admettent n'y être pour rien. Existe-t-il une entité qui a choisi de procéder dans l'ombre ? Le mystère reste entier.
(Retrouvez des articles sur tous les sujets de la société britannique et irlandaise dans les pages suivantes)
Harry reposa le journal de l'école. Comme il s'y attendait, aucune ligne n'avait été écrite sur Denison, sans nul doute parce que seuls les professeurs et lui savaient que le Serdaigle était soumis à l'Imperium quand il s'en était pris au Serpentard. Par chance, sa famille se portait bien, mais un problème subsistait : le cinquième année s'était fait avoir alors qu'il se promenait à Pré-au-Lard et n'avait pas vu son agresseur, le demi-démon ignorait donc s'il avait été ciblé par un prétendant de Mogg un peu trop zélé ou par un Mangemort. La consigne donnée se limitait à « Ataque Potter ». Dans les deux cas, l'agresseur connaissait à présent un passage secret pour recommencer ses manigances.
− Pourquoi tu ne lis jamais ton journal en entier ? demanda Leonie, curieuse, tout en découpant avec un grand soin son bacon pour le partager avec Nala.
− Je le fais, mais le soir.
− C'est nul, dit Mary. D'ici là, tu as le temps d'entendre parler de ce qu'il y a eu comme actualités.
− Ca me permet de savoir s'il y aura quelque chose d'intéressant à lire, au moins. Et puis, j'ai suffisamment de choses auxquelles penser, inutile d'encombrer davantage ma tête à cause d'une information qui me tarauderait. Il est déjà parti, Silver ?
Face à la menace que la Confédération internationale des sorciers découvre l'insolite dossier du Gryffondor, le professeur Bresch et Dumbledore avaient réussi à convaincre Terry Hool qu'il fallait lui inventer une enfance. Et comme le directeur de Beauxbâtons était parti avec le Dieu de la Mort, les élèves ayant défense contre les forces du Mal s'attendaient à avoir un cours spécial. D'autant que les Serdaigle, depuis leur tour, avaient aperçu un très, mais vraiment très gros bâtiment en bois s'ériger dans la forêt tout au long de la semaine passée.
− Il n'a même pas eu le temps de finir son petit déjeuner, dit Alexa qui s'était chargée de le faire à sa place.
− Espérons qu'ils trouvent quelque chose de cohérent, commenta Aurelia.
Elle lança un regard alentour pour vérifier qu'aucune oreille indiscrète ne l'écoutait et reprit en baissant la voix pour plus de sécurité :
− Ce que je ne comprends pas, c'est comment le ministère français n'a pas pu détecter sa naissance et où il est né. Même s'il était né dans un autre pays, des recherches auraient dû être effectuées, il y a une loi internationale, il me semble, qui oblige les ministères à se communiquer ce genre d'informations. Ses parents auraient aussi dû le faire recenser, d'ailleurs.
− Avec Leo, je crois que plus rien ne m'étonne, confia Lily. C'est vrai que c'est bizarre, mais bon… Bref, on a cinq minutes de retard. Ninie, mets ta dernière galette dans la serviette.
− Je prends aussi des toasts pour Hedwige, annonça le Bébé de Gryffondor. Nala, tu peux aller te promener où tu veux, sauf aux sous-sols.
Il était vrai que Vallys et la chouette n'étaient toujours pas revenues de la chasse, mais Harry ne s'en inquiétait pas. Soit elles estimaient ne pas avoir assez manger, soit elles s'étaient éloignées plus que d'ordinaire. Jetant son sac de cours sur son épaule, il attendit avec les filles que Lily ait fini d'habiller chaudement Leonie. Le froid était arrivé, plus mordant, plus pénétrant que ce qu'ils avaient connu pendant les vacances – et une pluie glacée s'était invitée à la partie.
Puis ils prirent la direction du hall d'entrée. Dès qu'ils franchissaient les portes de la Grande Salle, les dernière année tournaient aussitôt la tête vers l'entrée du château dans l'espoir d'y apercevoir Lorca, et il sembla qu'elle y était car tous ceux qui précédèrent Harry et les filles de Gryffondor tournèrent à droite, vers le parc. La Nehoryn les attendait, mais même lorsqu'ils furent au complet, elle n'amorça aucun geste pour les entraîner à l'extérieur, se contentant de regarder les autres élèves disparaître dans les étages.
Ce ne fut que lorsqu'il n'y eut plus personne dans le hall, à l'exception de sa classe, qu'elle se retourna. Quasi-immédiatement, une vingtaine de jeunes personnes apparurent devant elle, accompagnées de Cataara. La vieille Mage passa son regard perçant sur les étudiants de Poudlard stupéfaits, alors que Harry saluait Nidom d'un petit geste de la tête.
− Bien, nous pouvons y aller, dit Lorca.
Les deux femmes ouvrirent la voie. A peine eurent-elles passé les immenses portes qu'elles parurent rejeter de l'air brûlant, enveloppées dans un halo qui les protégeait de la pluie et du froid. Les jeunes Mages firent la même chose, mais les élèves de Poudlard, eux, durent supporter la température en frissonnant, car même s'ils n'avaient pas oublié de se couvrir, le vent glacial leur gelait le visage et transperçait les vêtements.
Il était intéressant de constater la différence entre les deux groupes d'adolescents : alors que les sorciers étaient un peu éparpillés et discutaient, les Mages marchaient deux par deux derrière Cataara sans ouvrir la bouche, bien que certains, très rares, se permirent de se chuchoter quelque chose.
− Qu'est-ce qu'elles nous préparent, à votre avis ? demanda Mary.
− Peut-être Poudlard contre les Mages, suggéra Aurelia. Ou alors elle rebondit sur le cours de Bresch à propos de l'importance de s'entendre avec ses alliés pendant un duel groupé. En tout cas, le mec de gauche à la seconde place est canon.
Harry réprima un sourire lorsque l'intéressé se retourna. Forcément, malgré la distance, sa magie auditive avait entendu le commentaire, mais il sembla qu'il y avait trop de monde parmi les sorciers pour qu'il identifie la belle métisse comme l'auteure du compliment.
Traversant le parc, ils rejoignirent la clairière où se dressait, comme affirmé par les Serdaigle, une bâtisse aussi imposante que le manoir du demi-démon. Lorca en poussa la porte d'entrée et tout le monde la suivit, les sorciers se hâtant un peu plus que les autres pour se protéger de l'intempérie. L'intérieur était fidèle à lui-même, à savoir sans décoration, mais les pièces avaient visiblement été réaménagées, car ils se retrouvèrent dans un vaste hall. Il n'aurait plus manqué que du papier-peint et l'endroit aurait pu passer pour une simple maison abandonnée.
La porte se referma. Tous les regards convergèrent aussitôt sur Lorca et la vieille Mage.
− Cours spécial un peu particulier, annonça la Nehoryn, nous avons obtenu l'aide des élèves de Cataara pour le parcours d'aujourd'hui. Pour l'occasion, vous ne travaillerez pas en deux groupes, mais par maison. Le but n'est pas de vous confronter les uns aux autres ou de récupérer quelque chose : vous allez être exposés à des situations différentes qu'il vous faudra traverser pour rejoindre la sortie. Bien sûr, les Mages vous attaqueront peut-être en fonction de leur bon-vouloir, mais la consigne qu'ils ont reçue est de créer, provoquer des évènements pour vous tester.
Comme si elles n'avaient attendu que la fin de l'explication, quatre portes apparurent dans les murs du hall. La classe de Cataara se divisa en autant de groupes qui s'engouffrèrent par les ouvertures.
− Est-ce qu'il y a un risque qu'on se perde ? demanda Larissa. Ou que l'on soit séparé des autres ?
− Possible.
Du coin de l'œil, Harry vit Leonie s'empresser de réassurer sa prise sur la main de Lily, méfiante, et coller son faon en peluche contre sa poitrine, comme si elle craignait de le perdre.
Cataara glissa un mot à Lorca, qui hocha la tête et entreprit de désigner la porte que chaque maison prendra. Si le demi-démon ne fut guère réjoui de se retrouver avec ses camarades de Serpentard, malgré la présence d'Alexa et de Berenis, il oublia totalement sa déception dès qu'il croisa le regard de la Nehoryn. Celle-ci lui jeta un coup d'œil, quasi-imperceptible, mais éloquent : la présence des Mages n'était pas innocente et le concernait. Il y avait fort à parier que la porte qu'elle assigna aux Serpentard le mènerait au but recherché.
− Vous pouvez y aller, annonça-t-elle alors.
Harry suivit ses camarades dans un étroit et court corridor enténébré qui les obligea à marcher en file indienne. Avant même qu'ils n'aient rejoint le petit hall éclairé qu'ils apercevaient au bout du passage, Wilkes heurta une paroi et poussa un léger cri de surprise en étant aspiré violemment par le mur.
− Nom de… ! jura Avery.
Il plaqua une main sur la paroi par laquelle Wilkes avait disparu, mais le même phénomène ne se produisit pas. Il tenta bien de pousser et de faire coulisser une éventuelle porte cachée, rien n'y fit. Harry devina qu'à peine une victime attrapée, le Mage à l'origine du sort l'avait annulé.
− Restez sur vos gardes, dit Rogue en conduisant le cortège jusqu'au hall. Ces Mages contrôlent une magie qui doit posséder des sortilèges que nous n'imaginons pas, leurs pièges doivent être différents que ceux des sorciers.
Mulciber sembla sur le point de faire une remarque cinglante, mais Beauchesne et Avery l'en dissuadèrent par des regards menaçants dès qu'il ouvrit la bouche. Harry eut la certitude que le commentaire désobligeant l'aurait visé, sans doute en raison de son surnom au sein de la Brigade.
Ils émergèrent du couloir et se retrouvèrent, effectivement, dans un petit hall duquel partaient trois corridors et deux escaliers, l'un menant à l'étage, l'autre au sous-sol. Les yeux bondirent d'une voie à l'autre, indécis. Rogue réfléchissait intensément, tout comme les autres, alors que le demi-démon levait les yeux au plafond : il était sûr, ou presque, d'avoir entendu le grincement lointain d'une planche. Mage ou sorcier ? Il aurait apprécié que Vallys soit là pour lui servir d'éclaireur, songea-t-il.
− Tu en penses quoi, Ethan ? demanda Berenis.
− Hein ?
− On s'en fout de l'opinion de Potter, répliqua Mulciber.
− Il s'est montré plus performant que toi lors des cours spéciaux de Williams, jusqu'à présent, dit Beauchesne, narquois. Et je connais assez Fellini pour savoir qu'elle n'aurait pas donné le titre de Stratège de la Mort pour un simple éclair de génie quant à la composition de la Brigade. Que suggères-tu, Potter ?
Harry parcourut la salle du regard, les sourcils froncés. Que faire ? Ce n'était pas littéralement une compétition entre les maisons, mais il se doutait que chacune avait à cœur de mener à bien cet exercice. Le problème était…
− Il faut se séparer, je crois. Même si le bâtiment n'a pas la forme conventionnelle d'un labyrinthe, on ne peut nier que son architecture est chaotique. Il y a trop d'accès à trop d'endroits, sans compter que des passages seront piégés. Nous avons besoin de deux groupes menés par des personnes capables de déceler une trace de magie.
− Est-ce que tu sais le faire ? interrogea Rogue.
− Je peux la détecter, oui, mais comme tu l'as dit, nous ne savons rien des sortilèges utilisés par les Mages… Il me paraît peu probable que je puisse déjouer un piège. Dans le meilleur des cas, je pourrai toujours découvrir un chemin sûr.
− Dans ce cas, tu prends la tête du groupe des filles. Nous vous empruntons Fellini, ses connaissances pourront nous être utiles, d'après Clément. La question est : qui passe par où ?
− J'ai cru entendre un grincement à l'étage, il y a deux minutes.
− Bien. Potter, tu passes par ce couloir, nous passerons par le sous-sol.
Et ils se séparèrent, les garçons et Alexa se rendant au niveau inférieur, le demi-démon entraînant les filles tout droit vers le corridor indiqué par Rogue. Sa magie tactile poussée à son paroxysme, Harry effleurait tout ce qu'il pouvait pour essayer de ressentir le moindre trouble, dans l'air, indiquant la présence d'un quelconque sortilège. Des précautions qui s'avérèrent totalement inutiles, puisqu'à l'angle d'un couloir, ils virent une porte s'ouvrir sur Nidom, qui leur adressa un signe de la main pour les inviter à le rejoindre.
Surpris, même si les filles se montrèrent quelque peu prudentes, ils retrouvèrent le jeune Mage dans une salle à dimensions appréciables. Elle n'était meublée que d'une simple table, sur laquelle était posé un étrange objet qui ressemblait à une sorte de tour agrémentée d'anneaux argentés tournoyant lentement autour de son tronc.
− C'est l'artefact anti-magie démoniaque ? s'intéressa Harry.
− Plutôt son prototype, reconnut Nidom. Désolé de vous gâcher votre cours spécial, mais il a été organisé aussi bien pour améliorer les sens de vos camarades que pour vérifier que le bouclier fonctionnerait. Bien sûr, les filles sont libres de poursuivre leur aventure. Ethan vous rejoindra.
− Nous avons besoin de lui, alors on peut attendre, dit Gardner.
− Soit. Reculez jusqu'au mur, mesdemoiselles, et fermez la porte. Ethan, avance un peu. Nous avons configuré le bouclier pour qu'il soit actif dans un rayon de deux mètres, pour le moment.
Tout le monde obéit. Nidom s'approcha de l'artefact en sortant son anneau. Il ne prononça aucun mot, mais au bout de quelques secondes, le sommet sphérique de l'objet vira au rouge. Invisible, le bouclier s'étendit, Harry le sentant nettement s'approcher de lui, non sans une certaine appréhension. Le dôme le dépassa, l'engloutissant en son sein, sans qu'il ne se passe quoi que ce soit… au début. Car alors que le jeune Mage semblait soulagé et ravi, il y eut un soudain grésillement et Harry, comme happé par une main invisible d'une force colossale, fut rejeté à travers la pièce et heurta violemment le mur avant de s'effondrer.
− On dirait… que ce n'est pas encore ça, grogna-t-il, se relevant avec une grimace.
Berenis l'aida à se remettre debout, alors que Nidom se frottait la tempe d'un air soucieux. Il resta silencieux à se gratter la tête pendant plusieurs secondes, puis sembla tout à coup traverser d'un éclair de lucidité.
− Comment on a fait pour passer à côté de ça… s'étonna-t-il, affligé.
− A côté de quoi ? lança Gardner, intriguée.
− Avant qu'il ne parte en mission, nous avons fait un prélèvement sur Midori, pensant qu'avec ses gènes, il lui serait possible d'être toléré par le bouclier, expliqua Nidom. Sauf qu'il est mi-humain, mi-Démon. L'artefact est, par conséquent, configuré pour rejeter tout être possédant un code génétique démoniaque moins dense que celui d'Ethan, mais aussi quiconque en ayant un, humain cette fois, moins important que Midori. C'est… une sorte de conflit génétique, si je puis dire.
− Pourtant, tu n'as pas été repoussé alors que tu n'as pas de gène démoniaque, fit remarquer Harry.
− Le bouclier a été conçu sur la base du gène démoniaque, il n'affecte donc que les personnes en possédant un. La grande question est, à présent : comment va-t-on faire pour régler ce problème ? Selon nos informations, nous ne tarderons pas à voir Anteras et le Sorcier Noir préparent un grand coup. On ignore où, mais il est urgent qu'on finisse l'artefact.
Il soupira en désactivant l'objet, puis il le ramassa.
− Je vais aller faire mon rapport à Uvon, annonça-t-il.
Et il transplana.
− Ils sont quand même balèzes pour créer des trucs comme ça, commenta Gardner lorsqu'ils ressortirent de la salle pour reprendre le cours. Par contre, je n'aime pas trop l'idée que Vous-Savez-Qui et Anteras « préparent un grand coup », comme il dit. Enfin bon, il faudrait qu'on rattrape notre retard, je refuse de perdre contre Mulciber.
Mais la tâche était plus complexe qu'ils ne s'y seraient attendus. Comme l'avait souligné Harry avant qu'ils ne se séparent du groupe de Rogue, la maison était un labyrinthe. Ca montait, ça descendait, ça tournait en rond : la configuration des couloirs était telle que l'on pouvait revenir au même endroit sans s'en rendre compte, d'autant que les enchantements que percevait parfois le demi-démon les poussaient à rebrousser chemin ou à prendre des détours.
Ils affrontèrent leur premier véritable défi lorsqu'ils arrivèrent au fond d'un corridor ne comportant qu'une très étrange porte, car de toutes celles qu'ils avaient vues jusque-là, elle était la seule qui avait été peinte. Approchant sa main de la poignée, Harry se donna le temps de vérifier qu'il ne sentait aucune magie en émaner avant de s'en saisir et d'ouvrir le panneau. Dès qu'il fut entrouvert, des écharpes de brouillard s'échappèrent de la pièce, où un feu bleu glacé brûlait en son centre.
− J'ai horreur d'affronter des trucs dont je ne sais rien, marmonna Sainton.
Elle suivit tout de même ses amies et Harry dans la brume. Berenis sembla espérer que laisser la porte ouverte leur assurerait une retraite en cas de problèmes, mais le panneau se referma dès qu'ils furent entrés. Une seconde plus tard, la flamme se répandit dans deux directions opposées pour tracer un cercle autour des Serpentard, qui se saisirent aussitôt de leurs baguettes, alors que le brouillard semblait aspirer par le feu qui grossissait peu à peu.
Ils se regroupèrent, se tournant le dos pour prévenir toute attaque. Gardner eut l'idée de lancer un jet d'eau sur le large anneau enflammé, mais à son contact, le liquide se transforma aussitôt en glace. La jeune femme cessa le sortilège précipitamment en voyant la glace remonter vers sa baguette, et le jet givré s'écrasa au sol en se brisant. Optant pour l'inverse, Mogg déchaîna un trait de feu brûlant, qui s'éteignit dès qu'il percuta les flammes.
− Attendez, dit Harry en voyant Sainton s'apprêter à tenter sa chance. Je crois qu'on prend le problème dans le mauvais sens. Lorca a parlé de « situations différentes », non ? En d'autres termes, que nous aurions à utiliser de moyens tout aussi variés pour nous franchir les obstacles.
− Qu'est-ce que tu veux… ? commença Berenis.
Mais elle sembla avoir une révélation. Elle pointa sa baguette sur la porte qu'ils avaient franchie plus tôt et jeta un faisceau lumineux dessus, au-dessus des flammes. Le panneau s'ouvrit. L'anneau flamboyant, bleu et glacé se cassa et revint au centre de la pièce, tandis que le brouillard se répandait de nouveau dans la pièce.
− De la réflexion, hein ? dit Gardner.
− Le cours a dû être préparé pour faire en sorte que nous découvrions diverses situations qui pourraient arriver une fois que nous serons hors de Poudlard, dit Harry. On a tendance à l'oublier, mais si tu ne réfléchis pas face à un danger, si tu ne laisses pas ton instinct te guider, le risque que tu te plantes grandit.
Ils sortirent de la salle et remarquèrent que deux couloirs latéraux étaient apparus. La pièce avait-elle bougé ou se trouvaient-ils cachés derrière des passages secrets ? Ils ne prirent pas la peine de se concerter là-dessus. Après un bref débat, ils empruntèrent le corridor de gauche, qui les mena jusqu'à un escalier menant à l'étage. Lointain, étouffé par les cloisons et la distance, Harry entendit un cri féminin mi-surpris, mi-effrayé.
Tournant à un angle, ils eurent un sursaut en tombant nez à nez avec Wilkes, qu'ils faillirent heurter. Pâle et le front luisant de sueur, il poussa une profonde expiration en les reconnaissant.
− Tu as l'air de t'amuser, dit Gardner d'un ton railleur.
− L'éclate totale… Je ne sais pas où ils vont chercher leurs idées, ces Mages, mais ils sont quand même tordus. Où sont les autres ?
− Nous nous sommes séparés juste après t'avoir perdu, dit Harry. Tu sais ce qu'il y a, par là ?
− J'ai vu une porte rouge, mais je ne me sens pas y aller tout seul. Déjà que quand je me suis retrouvé avec les Poufsouffle dans une salle à la porte verte, la moitié d'entre eux s'est faite avoir… Enfin bon, puisque vous êtes là, on devrait pouvoir se débrouiller. On n'a pas vraiment le choix, de toute façon…
Et il les conduisit jusqu'à la porte rouge, sans faire un détour après que Harry eut repéré un enchantement dans le couloir qui y menait directement. Cette fois encore, la poignée n'était pas piégée. La pièce qu'ils découvrirent était vide, éclairée par une cheminée dans lequel crépitait un feu de bois.
La porte se referma et l'attention de Harry et des filles fut immédiatement attirée vers le feu, mais celui-ci était apparemment tout à fait ordinaire.
− Il y aurait un passage secret ? dit Wilkes.
− Ce serait étonnant qu'on tombe sur un tel obstacle, répondit Sainton, mais ça ne coûte rien de chercher.
Et ils s'éloignèrent les uns des autres pour essayer de trouver, non sans scepticisme, une trappe, un bouton ou une porte dérobée. Ce fut d'ailleurs là leur erreur, car dès qu'ils se furent écartés suffisamment les uns des autres, la cheminée s'éteignit, plongeant la pièce dans l'obscurité, avant de se rallumer.
Harry cilla en se retrouvant face à… lui-même. En réalité, il était entouré par lui-même, mais aussi par tout un tas de Wilkes, de Mogg, de Gardner, de Sainton et de Berenis. La salle jusqu'alors vide était remplie de sosies.
− Tara ? lancèrent d'une même voix les nombreuses héritières tout en se déplaçant.
− C'est quoi, ce bordel ? grommelèrent les Wilkes.
− Ce ne sont pas des illusions, ils sont solides, firent savoir les Sainton.
Le demi-démon parcourut les répliques des Serpentard du regard, un pli entre les sourcils. Il fallait reconnaître que les Mages impliqués derrière cet enchantement avaient fait très fort, car les sosies étaient très réalistes, en plus d'être parfaitement synchronisés à leurs originaux. Restait à savoir quel était le but recherché ? L'une des copies attendait-elle le moment opportun pour attaquer son modèle ou les cinq élèves devaient-ils simplement se retrouver les uns les autres ?
Ses camarades ne parlaient plus, mais ils continuaient à se déplacer, tandis que Harry détaillait son visage, à la recherche d'un défaut, d'un détail qui permettrait de déterminer les vrais Serpentard des faux. Mais force était de constater qu'ils étaient parfaits.
− Tu t'es évanoui quand tu as vu ta tête, Potter ? le taquinèrent les Gardner.
− Je réfléchis.
Il y avait forcément une astuce quelque part, mais laquelle ? Il ne doutait pas que s'ils se regroupaient, cela ne changerait rien à la situation, tout comme il était sûr que la porte ne s'ouvrirait pas avant qu'ils aient résolu cette épreuve. Comment faire ? Stupéfixer un sosie ? Trop simple. Il se retourna pour observer à nouveau la pièce – du moins, ce qu'il pouvait encore en voir – alors que les Sainton faisaient les cent pas en se creusant les méninges.
Les cent pas… se répéta Harry, pris d'un soupçon.
− Sainton ?
− Hein ?
− Tape du pied.
Il regarda les sosies de sa camarade afficher une franche perplexité. Ils levèrent tout de même la jambe plus ou moins haut et abattirent leurs pieds sur le plancher… mais Harry n'entendit qu'un seul coup sourd. En tout cas, il était beaucoup trop faible et éloigné de lui.
Tout le monde comprit le moyen de se repérer. Gardner, qui était la plus proche de la porte, martela le sol pour orienter les autres dans sa direction, le demi-démon étant plus habile à la situer grâce à son ouïe magique. Wilkes eut quelques difficultés, mais il les rejoignit et tous les cinq sortirent dans un couloir qui avait encore changé.
− Je vous avais dit qu'ils étaient tordus, lâcha-t-il. Comment tu as compris ?
− J'entendais les cent pas de Sainton, mais le bruit qu'elle faisait était trop discret pour qu'il soit produit par le sosie que j'avais à côté de moi. Bon, on va par où ?
Ils repartirent dans leur périple, empruntant un corridor aussi étroit que le premier qui avait vu Wilkes se faire aspirer. Celui-ci prit d'ailleurs un grand soin à ne pas toucher les parois. Ils descendirent un nouvel escalier et se retrouvèrent… dans un cul-de-sac. Aucun couloir à l'horizon. A quelques mètres de la dernière marche, un mur, rien d'autre.
− Là, ça doit être un passage secret, dit Berenis.
Harry s'avança prudemment, les autres derrière lui, passant ses mains partout à la recherche d'une quelconque trace de magie. Précaution inutile, car dès qu'ils se furent suffisamment avancés, le plancher s'ouvrit tout à coup en deux, les précipitant dans une courte chute qui s'arrêta sur un énorme matelas. Rebondissant, le demi-démon remarqua qu'ils n'étaient pas seuls : la majorité des Poufsouffle, les garçons de Serdaigle et Melanie Barnes ainsi que les Gryffondor et le groupe de Rogue, à l'exception d'Alexa, étaient assis sur des chaises, l'air plus ou moins déçu ou contrarié.
Cataara et Lorca aidèrent les filles à rejoindre la terre ferme, alors qu'à l'autre bout de la longue salle, s'ouvrit une nouvelle trappe de laquelle tombèrent Ana et ses amies de Serdaigle. Gagnant une chaise à côté de Remus en laissant son cœur, qui s'était emballé dans sa chute, reprendre un rythme de battements normal, Harry soupira.
− Pas facile, hein ? dit Lunard.
− C'est sûr. Au moins, ça a le mérite de nous faire cogiter.
− Ne m'en parle pas, grogna Sirius, je crois que je vais avoir une migraine à force d'avoir réfléchi.
Tandis que les élèves échangeaient leurs différentes expériences, leurs camarades encore en lice arrivèrent peu à peu. Grande gagnante du cours spécial du mois : Cassie, la seule à avoir rejoint la sortie et qui entra par le petit escalier permettant de quitter le bâtiment et rejoindre la surface. Les jeunes Mages apparurent les uns après les autres après avoir retiré les enchantements.
Lorca s'entretint dans un coin avec Cataara, qui sembla approuver, puis elle s'avança au milieu des chaises. Le silence s'installa.
− L'exercice auquel vous venez de participer doit avoir fait prendre conscience que l'on ne sous-estime pas les choses que l'on ne connaît pas, mais qu'il est tout de même possible de les surmonter, déclara la Nehoryn. Il n'y a pas de grandes différences avec la guerre : quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouvez, il n'est pas impossible que vous renversiez la tendance à votre profit. Le secret, c'est de se contrôler et de réfléchir, être attentif à son environnement et établir une liste d'éventualités, même si elles vous paraissent ridicules, pour vous en sortir. Tout ne se règle pas grâce à la magie. Vous pouvez y aller.
Ah ! J'y ai pensé ! Aussi bonne année 2015 que possible, tout le monde !
