L'atmosphère planant au-dessus de Poudlard était plutôt étrange, songea Harry en traversant le troisième étage avec sa valise en forme de malle et la cage d'Hedwige où la chouette blanche, irritée, lançait des regards furieux à droite comme à gauche. Il fallait dire qu'à part lors de la rentrée de septembre, elle ne s'était plus une seule fois retrouvée enfermée. Néanmoins, le demi-démon n'y prêtait guère attention, attentif aux sensations qui venaient à lui comme s'il avait été un aimant. Il avait conscience que la déception, la tristesse, l'inquiétude d'abandonner ce château étaient présentes, mais l'excitation de découvrir une nouvelle école – qui plus est, imaginée par des gens venant d'un autre monde –, commençait à prendre le dessus. Avant même de les rejoindre ou de les entendre, le Serpentard sut que chaque étudiant y allait de son hypothèse sur l'allure de Lavorsy. Et il ne se trompa pas : près du Grand Escalier, il commença à percevoir les théories des Serdaigle et des Gryffondor. Un bateau invisible, un dirigeable désillusionné, une réplique de Poudlard, une copie de Buckingham Palace ou même un sous-marin qui serait indétectable, les fantaisistes s'exprimaient allègrement.

Néanmoins, lorsqu'il atteignit le hall d'entrée, ce fut tout autre chose qui accapara son attention : coordonnées par leur directeur de maison, les classes s'alignaient docilement en observant des Mages, pas bien vieux et menés par Triaus, tracer une figure complexe, circulaire et remplie de formes géométriques et de symboles étranges sur le sol dallé. Un peu plus loin, tout près des immenses portes fermées, Cataara discutait avec Dumbledore.

− Ah, Ethan, vous voici ! dit le maître des potions en lui faisant signe de l'approcher.

− Que dessinent-ils, monsieur ?

− Un Sceau de Transfert. Quitter Poudlard par la grande porte pourrait être remarqué par l'ennemi, alors il faut ruser, mais la question n'est pas là. Exception faite de Leo, la Brigade partira la première. Les professeurs ont de nombreuses choses à régler, alors nous vous confions le soin de gérer les élèves à mesure qu'ils arriveront. Etant donné que les travaux ne sont pas terminés, les laisser vagabonder dérangerait l'Alliance.

En première ligne des élèves, Ana, Alexa et Mogg attendaient patiemment le moment du départ. Les élèves, en revanche, s'extasiaient de voir les Mages élaborer leur enchantement avec seulement un doigt ou la main, traçant le Sceau de couleur pourpre comme s'ils avaient fait ça toute leur vie.

Les trois Brigadières rejointes, le professeur Slughorn repartit accueillir les Serpentard fraîchement arrivés.

− Pourquoi Silver ne vient pas avec nous ?

− Parce que les profs vont avoir besoin de la magie de la Mort, répondit Alexa. Ils comptent transférer toute la bibliothèque à Lavorsy, mais sans lui, le déménagement pourrait prendre beaucoup de temps. Même s'il emploie essentiellement son art contre les vraies menaces, il a quand même créé une tonne de sortilèges inoffensifs, mais il ne faut pas le répéter à Bresch : Leo aime bien lui faire croire que la magie de la Mort est seulement violente et malveillante. Ca lui permet de se chamailler avec lui.

Harry hocha la tête, pas surpris pour une Noise que Silver agisse de la sorte. Croisant le regard de Triaus, il lui adressa un léger sourire en guise de salutations, le Mage lui répondant de la même manière, tandis que Cataara et Dumbledore se séparaient, le directeur de Poudlard venant à la rencontre des Brigadiers.

− J'imagine que vous avez été informés de votre tâche ?

Ils acquiescèrent.

− Parfait, mais il y a quelques petites choses que je dois ajouter. La première, la plus importante, c'est qu'il y a un délai automatique entre chaque transfert : vous aurez trente secondes pour sortir du sceau qui est à Lavorsy et devrez faire en sorte que les élèves en fassent de même. La deuxième consistera à contenir les élèves sur la place où vous apparaîtrez. Ce ne sera pas long, la plupart des professeurs arriveront après le dernier groupe d'étudiants et prendront la relève. Quant à la troisième, je vous la confie, Ethan : renseignez-vous sur l'avancée des travaux. Cataara estime qu'ils prendront encore plusieurs jours, mais le dernier rapport remonte à une semaine.

A l'évidence, il comptait sur la notoriété de Harry pour faciliter la rencontre avec un responsable.

− Alexa, vous organiserez les Serpentard, Ana les Serdaigle et Lucretia, les Poufsouffle. Les septième année se trouvant être les premiers à être transférés, Lily et James pourront s'occuper des Gryffondor.

Ils opinèrent pour montrer qu'ils avaient compris, même si Mogg ne paraissait guère réjouie d'avoir à parler à des garçons, et encore moins à des soupirants. Dumbledore, satisfait, prit congé et alla transmettre des consignes à ses employés, tandis que les Mages finalisaient leur enchantement. Avertie de la fin des préparatifs, Cataara fit renvoyer tous ses élèves et s'approcha du Sceau. Harry ne s'en était pas rendu compte jusqu'à présent, mais il lui trouva un air fatigué, peut-être même malade.

Sans un mot, elle martela le bord du dessin avec sa canne. Celui-ci s'illumina faiblement, mais Harry n'y prêta aucune attention : au moment où le Sceau s'était activé, il avait senti quelque chose fondre sur lui, une pression à laquelle il n'avait jamais été confronté. C'était comme si Hagrid, en fait, s'était appuyé de tout son poids sur lui. S'il n'avait pas réagi instinctivement en renforçant la puissance de ses jambes, il se serait probablement retrouvé à terre. Les jambes fléchies, flageolantes, il envoya sa magie intérieure dans ses bras pour pouvoir porter la malle et la cage et s'avança péniblement quand Cataara, qui l'observait avec intensité, invita la Brigade à entrer dans le cercle magique.

Il entendit quelques élèves se demander ce qu'il lui arrivait, il sentit les trois jeunes femmes lui lancer de petits coups d'œil intrigués, mais la vieille Mage abattit à nouveau son Belgorios sur le contour du Sceau. La lueur qui émanait du large symbole s'intensifia, dessinant rapidement une sorte de rideau tout autour des Brigadiers. Ils ne virent plus leurs camarades, ni Cataara, ni les professeurs, ni même le hall d'entrée. Puis, soudainement, les murs de lumière disparurent. Ils n'étaient plus à Poudlard.

Ils ne s'attardèrent pas, ne regardèrent même pas autour d'eux : conscients qu'ils n'avaient que trente secondes pour libérer le passage, ils se hâtèrent de quitter le Sceau. Alexa et Mogg, chacune embarrassée seulement d'une malle, attrapèrent le demi-démon pour le tirer derrière elles. Il fallut parcourir plusieurs mètres pour que Harry se débarrasse de cette sensation d'écrasement. Posant la cage d'Hedwige sur le sol et lâchant sa valise, il s'assit sur le sol de pierre brute et irrégulière, le souffle court.

− Nom de… ! murmura Ana d'un ton incrédule.

Harry redressa la tête et écarquilla les yeux, abasourdi.

Lavorsy était séparée en trois zones. La plus vaste, celle où la Brigade était apparue, officiait apparemment en tant que parc. Moins grand que celui de Poudlard, il était toutefois beaucoup plus fleuri. Des Palans entretenaient la pelouse et les parterres de fleurs, mais aussi un potager bien plus important qui encerclait une maisonnette très semblable à celle de Hagrid. Enjambant un ruisseau, un petit pont menait à large bande de terre herbue, circulaire et partiellement boisée, qui accueillait quatre bâtisses s'élevant sur deux étages dont chacune arborait les couleurs d'une maison. Erigées aux quatre points cardinaux, semblait-il, elles encadraient un lac au milieu duquel, sur une île, se dressait un édifice auquel elles étaient reliées par de larges ponts agrémentés de petits jardins, de tables et de bancs. Certainement pas aussi imposant que le château de Poudlard, le bâtiment avait le mérite d'être grand et résonnait d'ordres, de sollicitations et de directives inintelligibles à cette distance, même pour l'ouïe magique du demi-démon. Des Mages, des Umidareens et des soldats de Lorgath s'activaient à l'intérieur, passant devant des fenêtres, tandis que des lumières diverses et variées éclataient brièvement à chaque étage, cette fois-ci au nombre de trois. Très hauts et de pierre brute, des remparts emprisonnaient littéralement Lavorsy, confirmant le soupçon de Harry.

− Une montagne, hein… dit-il pour lui-même.

− Translucidation ? demanda Ana.

Il ne s'étonna même pas qu'elle ait entendu parler d'un tel enchantement, mais il paraissait clair que la superbe Serdaigle et Mogg étaient plus proches, plus complices, plus honnêtes l'une envers l'autre, qu'elles ne voulaient bien le montrer.

− Visiblement. Les Mages ont translucidé une partie des parois et la totalité du plafond pour qu'on puisse être exposés à une lumière naturelle. Et peut-être pour tromper la bande de Mulciber et les élèves pro-Voldemort.

Il se releva difficilement, le corps encore parcouru d'un léger fourmillement, alors qu'Alexa attirait l'attention sur le Sceau. Celui-ci brillait de plus en plus, annonçant l'arrivée imminente d'un groupe d'élèves. Se souvenant des tâches qui leur avaient été confiées, ils se séparèrent, les jeunes femmes se préparant à recevoir et organiser leurs camarades, tandis que Harry s'éloignait en direction d'un vieux Palan penché sur un massif de fleurs.

Vallys choisit ce moment pour réapparaître autour de son cou.

− Alors ?

La potion est bientôt prête, mais les Mages la transmettront directement aux Aurors.

Le demi-démon hocha simplement la tête. Pour une étrange raison, il avait tenu à faire le point sur tout, un peu comme les Dursley avant de sortir le soir, avant de partir de Poudlard. Il avait donc chargé la darderan d'aller se renseigner sur la progression de la potion qui permettrait de mener le ministère jusqu'au Mangemort marqué lors de la bataille de décembre.

Vallys se rendormit avant même qu'il n'ait atteint le Palan. Âgé, ridé, il portait une longue barbe tressée, ses cheveux en épi rappelant immanquablement à Harry des personnages de manga qu'il avait vus dans les librairies dans son ancienne vie. L'homme semblait toutefois différent des siens : s'il était également vêtu de peaux, il portait autour de chaque bras de gros anneaux argentés. A l'approche du Serpentard, il tourna ses yeux vert émeraude sur lui, le détaillant de haut en bas.

− Mes respects à toi, Ethan Potter.

− Heu… Mes respects à vous aussi, monsieur.

S'il n'était guère surpris d'être identifié, sans doute à cause de ses yeux rouges et de la compagnie de Vallys, il fut quelque peu pris de court par la formule de politesse. Il fallait dire qu'il ne savait pas grand-chose des Palans, maintenant qu'il y pensait.

− Je suis Otorius, chef du Clan de la Nature et coordinateur des travaux végétaux.

− Enchanté. On m'a demandé de faire le point sur la situation.

− Alors assieds-toi.

Harry s'exécuta, observant avec une légère curiosité les fleurs dont s'occupait jusqu'à présent Otorius. Elles ne venaient sans doute pas d'Alterion, car si leur couleur turquoise n'était probablement pas unique, elles émettaient un étrange bourdonnement semblable à celui d'abeilles. S'il fut quelque peu intrigué par les plantes, il le fut tout autant en ressentant une atmosphère agitée, perturbée, déconcertée.

Il lança un coup d'œil par-dessus son épaule : la totalité des septième année était déjà arrivée. Leonie, tenant la main d'Aurelia, Nala perchée sur l'épaule, était accroupie devant la cage d'Hedwige qu'elle cajolait. Elle n'avait pas tardé à reprendre contenance, semblait-il. Lily et James, qui avaient apparemment reçu des instructions de la dernière minute, étaient en train de les communiquer aux Brigadières. La bande de Mulciber, par contre, épiait le demi-démon plus ou moins discrètement, excepté Beauchesne qui fixait le dos de Mogg, visiblement charmé par la voix mélodieuse de la belle blonde.

Harry reporta son attention sur Otorius, qui s'était assis face à lui.

− Selon Cataara, les travaux nécessiteront encore quelques jours, c'est bien ça ?

− Au mieux, répondit le Palan. Après la bataille de décembre, Albus Dumbledore a fait part de son inquiétude quant à la réaction de la Confédération internationale des sorciers auprès d'Ooghar. Nous avons donc commencé à chercher une alternative. Quand la fermeture de Poudlard a été réclamée, le projet Lavorsy a été confirmé grâce à Midori, qui a fourni cette montagne et l'a détruite de l'intérieur afin d'aménager tout cet espace. Hélas, nous en avons trop fait : à cause de l'épuisement et des malades, nous sommes moitié moins nombreux qu'au début. Cela pourrait nous prendre des semaines avant de terminer le chantier. La seule partie qui soit achevée, en vérité, c'est celle-ci. Rubeus Hagrid pourra emménager dès son arrivée, mais il faudra que je m'entretienne avec lui à propos du potager.

Le Serpentard adressa une nouvelle œillade aux fleurs qui bourdonnaient.

− Vous avez planté des légumes du LorMirAl, affirma-t-il, perspicace.

− En effet. Il faudra donc que je lui apprenne à s'en occuper.

− L'Alliance doit en avoir besoin, non ?

− Non. La guerre engendre immanquablement des erreurs statistiques : quand nous nous sommes installés dans la montagne trouvée par Garwir, l'Alliance était toujours à la recherche de réfugiés, nous devions par conséquent prévoir large. A mesure que les rescapés affluaient, nous agrandissions nos champs par optimisme, pensant qu'il en viendrait toujours plus. Mais la vie est ce qu'elle est : la mort ne se repose jamais et attaque de tous les côtés, aussi bien les guerriers tombés au combat que les personnes âgées ou malades. Nous nous sommes donc trouvés face à un excédent dont nous ne savions pas quoi faire, alors à l'annonce de la fondation de Lavorsy, nous avons exploité cette solution pour ne pas gâcher ce que la nature et nos efforts avaient donné.

Harry ne put s'empêcher de penser que les humains d'Alterion devraient prendre exemple sur les Palans.

− Que manque-t-il, au juste ? demanda-t-il.

− Plusieurs dortoirs et les salles les plus spacieuses. Le rapport qui m'a été transmis par les Mages il y a trente minutes indique qu'ils sont actuellement occupés à créer les classes et les escaliers.

− Pourtant, ça ne devrait pas être trop difficile de créer une pièce, pour eux, si ? Je les ai vus bâtir des maisons en quelques minutes lors de mon premier passage par la Cité.

Otorius fit non de la tête.

− Quand ils sont nombreux à s'y atteler, il est vrai que les Mages travaillent vite, mais cette rapidité a un prix : l'énergie. Avec les Umidareens, ils sont ceux qui ont été les plus impactés par notre hâte à construire Lavorsy. A l'origine quarante, ils ne sont plus que seize à pouvoir travailler tant les autres ont dépensé comme énergie. Pour les salles les plus grandes, comme le réfectoire, la bibliothèque ou les cuisines, nous espérons un rapide retour de Midori, car s'il ne s'en charge pas, les Mages mettront, comme je le disais, des semaines à achever l'école.

Le demi-démon comprit son erreur : il avait cru que tous les compatriotes d'Ooghar étaient habiles à bâtir avec rapidité, mais en entendant le Palan, il comprenait que ceux qui en étaient capables représentaient une profession et non une généralité. Toutefois, quelque chose dite par le Palan le dérangea, mais il lui fallut un peu de temps à l'identifier.

− Midori n'est toujours pas revenu de sa mission ? s'étonna-t-il alors.

Il avait cru que par « ne pas tarder », Lorca faisait allusion à deux ou trois jours, et non cinq.

− Il a complètement disparu, en fait, révéla Otorius. Le commandement, si j'en crois les rumeurs, le soupçonne d'être reparti en Mirvira, voire même en Lorgath, afin de trouver de nouveaux alliés, car en Alterion, les peuples ne semblent pas très disposés à prendre part à la guerre. Ils sentent peut-être l'horreur qu'elle promet et croient à tort qu'en ne participant pas, ils y échapperont.

− Il peut ouvrir le portail à lui seul ?

Harry avait toujours pensé qu'il fallait plusieurs personnes pour y parvenir. Il n'en avait parlé qu'une fois avec Lorca à la suite d'un entraînement, alors qu'il essayait encore de contrôler sa magie intérieure, et la Nehoryn lui avait clairement fait sentir que l'ouverture du portail avait pris du temps et mobilisé un grand nombre de Mages.

− En théorie, non, mais tu dois commencer à le connaître, n'est-ce pas ?

− Encore ses cachotteries…

Otorius approuva et porta son regard, aussi étincelant que celui de Lily, vers les élèves de Poudlard. Harry s'y intéressa aussi, constatant que la quasi-totalité de l'école était arrivée : il ne manquait plus que les professeurs. A peine se fut-il fait la réflexion qu'une partie d'entre eux apparut dans le Sceau de Transfert, sans les directeurs de maison, Silver, Lorca et Dumbledore. Bien des élèves, remis de leurs émotions face à la découverte de Lavorsy, jetaient des coups d'œil vers le Palan et le Serpentard. Sans doute se demandaient-ils quel rôle jouait le demi-démon, et peut-être était-il temps qu'il l'assume ouvertement. Après tout, Anteras et Lord Voldemort savaient à présent qu'il était le Champion d'Alterion, alors pourquoi ne pas jouer de son statut pour fédérer un maximum de ses camarades ?

Il se tourna de nouveau vers le vieux Palan, songeur. Ils s'étaient quelque peu écartés du sujet principal duquel le Serpentard était censé s'intéresser, mais il était à peu près sûr que Dumbledore l'avait anticipé. Peut-être avait-il demandé à Harry de se renseigner justement pour prendre connaissance de la situation de Lavorsy comme des dernières informations recueillies par l'Alliance.

− Vous savez comment ont été aménagés les différents bâtiments ? reprit-il.

− Pas vraiment, reconnut Otorius. Je crois que les maisons sont étagées comme suit : le rez-de-chaussée en tant que salle commune, le premier étage pour les dortoirs des garçons et le second, pour celui des filles. Vous devrez poser la question à l'Ethrossie Xarys ou à Igobah pour en apprendre davantage.

− D'accord. Je vais en informer les professeurs. Merci.

− Demande à Rubeus Hagrid de me rejoindre.

− Je n'y manquerai pas.

Saluant le vieux Palan, le Serpentard rebroussa chemin pour retrouver la communauté poudlardienne. Avec un certain soulagement, il constata que le Sceau de Transfert s'était désactivé, comme s'il n'était pas prévu que les derniers enseignants et Silver n'arrivent dans les prochaines minutes. Leonie, fière détentrice d'Hedwige pendant qu'il discutait avec Otorius, s'empressa d'emmener la cage de la chouette pour aller se cacher derrière Aurelia et Lily pour ne pas en être séparée, tandis qu'une multitude de regards intenses fixaient le demi-démon s'avancer à la rencontre des professeurs.

Harry fit un rapide résumé des quelques informations données par le Palan. Hagrid, enthousiaste de découvrir sa nouvelle maison et son nouveau potager, alla à la rencontre d'Otorius dès que le Serpentard l'y invita, comme convenu. A peine fut-il parti que, dans un bruissement, un gros homme de petite taille, le crâne dégarni mais doté d'une fine moustache châtain, apparut. Le demi-démon l'identifia instantanément comme un Umidareens grâce à sa tenue composée d'un assemblage complexe de tissus, mais il s'alarma surtout de sa fatigue évidente : il n'était pas essoufflé, il n'avait pas le regard lointain, mais il était clair qu'il était à bout de forces.

Le professeur Bresch sembla s'en rendre compte. Il sembla même anticiper ce qui allait se produire : d'un long pas, il se précipita vers l'individu et le rattrapa, en même temps que le Serpentard, à l'instant où l'Umidareens se révéla incapable de tenir debout plus longtemps.

− Dé… désolé, s'excusa l'homme.

− Vous êtes l'Ethrossie Xarys, c'est ça ? dit le demi-démon.

− En effet.

− Pompom ! appela le directeur de Beauxbâtons.

Madame Pomfresh s'approcha d'un pas vif en fouillant dans un sac qui semblant contenir bien plus de choses qu'il n'aurait pu le faire en apparence. Elle sortit une fiole contenant un liquide d'un jaune peu ragoûtant, que le professeur Bresch déboucha d'un simple mouvement de main, le bouchon bondissant dans les airs pour atterrir à des mètres d'eux. Sans se faire prier, l'Umidareens but la mixture.

− Remarquable… dit-il en semblant retrouver des forces. Immonde, mais remarquable. Madame, je vous prie de recevoir mes plus sincères remerciements.

− Vous n'auriez pas à me les présenter si vous aviez été plus raisonnable quant à votre dépense d'énergie ! répliqua l'infirmière, intransigeante.

L'Ethrossie Xarys eut un sourire.

− Vous vous entendriez bien avec ma fille, affirma-t-il en se redressant. Merci, Aurélien Bresch. Merci, Ethan Potter. Je crois que je peux tenir debout tout seul, à présent.

Harry et le directeur de Beauxbâtons le lâchèrent, non sans surveiller que l'Umidareens puisse réellement être en mesure de rester sur ses jambes sans vaciller.

− Où en sommes-nous, Ethrossie Xarys ? reprit le professeur Bresch.

− Dans l'impasse, je le crains. Il manque deux dortoirs chez les Serpentard, deux autres chez les Serdaigle et les Gryffondor et un dernier chez les Poufsouffle. Et il est inenvisageable qu'ils soient créés aujourd'hui. Quant à toutes les pièces relativement grandes, nous ne pouvons rien pour le moment.

− Nous nous en accommoderons.

Le directeur de Beauxbâtons tira sa baguette et décocha un sortilège d'Hermès afin d'informer Dumbledore de la situation, puis il la rangea.

− Cependant, nous souhaiterions que vous demandiez à vos collègues de prendre le repos dont ils ont besoin. Il a été accompli un travail extraordinaire en seulement un mois, il est temps de lâcher du lest. A votre retour, nous vous aiderons à poursuivre les travaux.

− C'est très aimable à vous. Sorigo, transmettez le message, je vous prie.

Entendu, dit une voix désincarnée.

Un Shadrian, remarqua Harry.

− Bien, allons faire le tour du propriétaire, dit l'Umidareens.

Les professeurs prirent d'abord le temps d'organiser les bagages, exigeant qu'ils soient disposés à quatre coins de la place en fonction des maisons. Si certains purent garder leur rat ou leur chat dans les bras, Leonie se donna personnellement la permission de sortir Hedwige de sa cage pour la poser sur son autre épaule, Nala ne semblant guère jalouse de cette cohabitation, trop occupée à dormir et à ronronner doucement. Alors, quand tout le monde fut prêt, l'Ethrossie Xarys ouvrit la voie le long de l'allée menant au petit pont enjambant la rivière.

− Le bâtiment principal est encore loin d'être terminé, annonça-t-il. Nous n'avons pas entamé les sous-sols, les salles les plus grandes non plus, comme je vous le disais, et le troisième étage est pour le moment inaccessible.

− Pourquoi un troisième étage, d'ailleurs ? Nous n'avions parlé que de deux, rappela le professeur Bresch.

− Une idée de Midori. Nous ne savons pas ce qu'il compte en faire, mais quand cet homme a quelque chose en tête, le commandement préfère lui faire confiance. Avec un peu de chance, il sera de retour avant que nous ayons retrouvé toute notre énergie. Compte tenu de sa puissance, les travaux ne prendraient que deux ou trois jours. En admettant que cet idiot ait été honnête chaque fois qu'il a prétendu avoir montré son véritable potentiel…

− Ce dont je doute, dirent plusieurs professeurs.

L'Umidareens s'en amusa et approuva. Ils traversèrent le pont, alors que les Palans disparaissaient petit à petit, leurs tâches terminées. S'arrêtant à un carrefour, l'allée croisant le chemin menant aux maisons de Gryffondor et de Serdaigle, l'Ethrossie Xarys se retourna sur les sorciers.

− Je crois que vous savez comment ont été assignés les différents étages, non ?

− Oui.

Les informations transmises par Harry avaient eu le temps de circuler parmi les élèves.

− Chaque étage est relié au bâtiment principal, comme vous pouvez le constater. Il nous reste à créer plusieurs escaliers pour relier les ponts entre eux afin de faciliter le trajet des étudiants. Nous avons également respecté cet enchantement consistant à empêcher les garçons d'accéder aux dortoirs des filles, mais il s'agit de quelque chose que nous n'avions jamais rencontré, nous ne sommes donc pas assurés qu'il fonctionne correctement. Quelqu'un pourrait-il le tester ?

Les volontaires masculins furent nombreux, et plus particulièrement ceux en couple. Plusieurs rirent sous cape, y compris les petites amies, mais le professeur Bresch désigna un première année de Serdaigle. Un peu gêné par tous les regards posés sur lui, il trébucha légèrement, rougit et s'éloigna vers sa nouvelle maison, la tête rentrée dans les épaules.

− En attendant le rapport de ce jeune garçon, reprit l'Ethrossie Xarys, permettez-moi de vous décrire l'édifice central de Lavorsy. Les plus vastes espaces seront au rez-de-chaussée, comme la cantine et la bibliothèque. Nous y avons aussi installé l'infirmerie, le bureau d'Argus Rusard et les locaux de la Brigade de la Mort et du journal de l'école. Au premier, les classes, les bureaux des professeurs et des salons où les élèves pourront étudier. Nous y avons entreposé les copies des ouvrages donnés par Albus Dumbledore. Au second, les enseignants trouveront leurs quartiers. Les Mages ont fait en sorte que les couloirs soient modulables en fonction de la destination de la personne qui les parcourt afin de leur offrir des raccourcis. Mes artisans, pour leur part, auront bientôt terminé la totalité du mobilier. Quant aux Lorgathiens, ils ne devraient plus tarder à finir les passages secrets.

− Pourquoi des passages secrets ? s'étonna le professeur Vector.

− Pour des raisons que je vous exposerai plus tard.

Ou plus exactement, à l'abri des oreilles estudiantines, songea Harry, mais il ne s'en étonna pas. Depuis qu'ils étaient arrivés à Lavorsy, il était convaincu que les remparts étaient aussi hauts pour empêcher les élèves de voir le paysage qui s'étendait au-delà des pans de la montagne, tout comme il était sûr que l'école était véritablement emprisonnée. La création de passages secrets était donc inéluctable, notamment pour le réapprovisionnement des vivres, car le potager n'était pas assez grand pour nourrir tout le monde.

Le première année de Serdaigle revint, essayant d'ignorer l'attention générale braquée sur lui.

− J'ai pu monter, monsieur, dit-il d'une toute petite voix.

L'Ethrossie Xarys ne parut guère surpris, mais plutôt perplexe. Les couples les plus engagés, en revanche, s'en réjouirent, s'échangeant des regards complices qui ne laissaient place à aucun doute sur la façon dont ils avaient l'intention de profiter de l'enchantement défectueux.

− Bien, je ferai remonter ce détail au commandement, dit finalement l'Umidareens. Poursuivons.

Et il partit en direction du bâtiment principal, s'engageant sur un large pont, Poudlard sur les talons. Le garçon partit à la découverte de la maison destinée aux Serdaigle était au cœur de toutes les curiosités, une majorité des élèves souhaitant savoir comment était l'intérieur. Leonie, de son côté, ronchonnait, persuadée que des étudiants chercheraient à lui piquer des peluches et que James ne raterait aucune occasion de squatter leur dortoir pour être avec Lily et que des garçons essaieraient de surprendre Ana en petite tenue. La seule chose qui ne semblait guère la déranger, c'était l'idée que Harry puisse rejoindre Mogg.

Atteignant l'autre extrémité du pont, l'Ethrossie Xarys s'arrêta brutalement en tournant la tête avec un étrange regard. Stupéfaction, méfiance, prudence, les émotions s'enchaînèrent à grande vitesse dans ses yeux. Un instant plus tard, un brasier immense jaillit de la pelouse. Des flammes or, rouge, vert, bleu, mauve, et ce dans toutes les teintes possibles, ronflèrent avec la force du rugissement d'un dragon. Puis s'éteignirent aussi soudainement que lorsqu'elles étaient apparues.

Les hautes étagères de la bibliothèque de Poudlard se dressaient à présent sur la pelouse intacte. Une main sur le sol, Silver se releva en jetant un coup d'œil désintéressé autour de lui,

− Ah ? Je me suis planté sur la distance.

− ABRUTI ! rugit le professeur Bresch, faisant sursauter plusieurs de ses collègues et des élèves. ON T'A DIT DE NE RIEN TRANSFERER TANT QUE NOUS NE CONNAISSIONS PAS LA SITUATION !

− Oh ?! s'étonna le Gryffondor. Je savais bien que j'avais oublié quelque chose.

Le directeur de Beauxbâtons tira sa baguette magique avec une rapidité impressionnante, mais les professeurs Brûlopot et Vector se saisirent de lui pour l'empêcher de jeter le moindre sortilège, l'exhortant à se calmer. Mais Harry le remarqua à peine, trop intrigué par l'expression indéchiffrable de l'Ethrossie Xarys. Avait-il vu ou senti quelque chose ? Il n'aurait dire exactement à quoi pensait l'Umidareens, mais son regard scrutait Silver avec une lueur calculatrice, comme s'il le jaugeait, comme s'il essayait de traverser sa chair, ses muscles et ses organes pour inspecter son âme. Il était indéniable qu'il avait entendu parler de l'opinion d'Alyphar au sujet du Dieu de la Mort.

Au-delà de la fureur du professeur Bresch, au-delà du regard de l'Ethrossie Xarys, c'était toutefois une étrange sensation qui grandissait dans la poitrine du Serpentard. Il ne parvenait pas à l'identifier, il ne savait même pas à quel moment elle était apparue, mais elle était indéniablement liée à Silver ou à son sortilège. Il n'avait pas senti cette oppression déclenchée par le Sceau de Transfert, mais il avait été affecté d'une manière ou d'une autre par la magie employée par le Gryffondor.

Le rire de Lathar résonna dans sa tête, comme s'il avait attendu que Harry s'aperçoive de ce sentiment bizarre pour intervenir. Quoi ? pensa le Serpentard. Idiot ! Tu devrais l'avoir déjà deviné ! rétorqua le Démon. Ce Silver n'est pas humain !

Waaaaaah, j'ai eu du mal à l'écrire, ce chapitre ! T_T

Par avance, désolé s'il ne répond pas à vos attentes, mais j'ai failli me piéger moi-même dans un cul-de-sac. Faut vraiment que je prenne le temps de construire mes histoires en amont… :/

En tout cas, bonne lecture et merci – encore une fois – pour les reviews et vos encouragements.