Février arriva le lendemain d'une extraordinaire tempête de neige qui recouvrit Lavorsy d'un manteau blanc et fit le bonheur des élèves, mais surtout de Draya. La vie scolaire avait repris son cours normal, avec son millier de questions et appréhensions liées aux examens qui approchaient. Les professeurs commençaient déjà à offrir leurs services à l'occasion de cours de rattrapage, alors même que les élèves les plus assidus ou inquiets entamaient les révisions. Bien qu'en sécurité, il régnait toutefois une atmosphère de plomb sur les enseignants, et Harry savait à quoi ils pensaient tous : pourquoi Voldemort n'avait-il toujours pas pris possession de Poudlard ? Qu'attendaient les gerfauts postés à proximité de la banlieue londonienne pour passer à l'action ? Que préparait donc l'ennemi ? Si les deux dernières questions restaient sans réponse, Dumbledore et le professeur Bresch nourrissaient quelque soupçon sur la première – et sans grande surprise, le présumé coupable était Silver, mais il était impossible de lui arracher la moindre information.

Toutefois, si les choses semblaient se dérouler comme à Poudlard, des changements s'étaient bien entendu très vite opérés. Remus ne profitait plus de la Cabane hurlante lors de la pleine lune, mais errait dans les tunnels de la montagne. Les Maraudeurs s'étaient efforcés de le rejoindre en franchissant le portail bloquant l'accès au réseau des galeries, mais seul Peter était assez petit pour s'y faufiler. De son côté, il apparaissait que Cassie n'avait pas eu un simple rencard d'un soir avec son Umidareens, puisqu'elle correspondait avec lui quotidiennement. Lily et James, en sortant ensemble, avaient beaucoup fait parler, y compris dans La Gazette du Sanglier Lavorsien, que l'équipe d'Ash avait consacré, le lundi suivant la finition de Lavorsy, à l'Alliance. A aucun moment, il ne faisait mention du rôle, ni même de la nature de Harry, soit par ignorance – ce dont le Serpentard doutait –, soit pour le protéger. Cependant, s'il était bien une chose qui avait changé, c'était la situation « familiale » du demi-démon.

Le matin suivant le banquet, il s'était attendu à ce que Mogg se rétracte, mais elle ne l'avait pas fait. Rosissant, embarrassée, tendue, elle avait même été jusqu'à réitérer ses propos sur un vrai mariage. Il n'y avait pas d'amour entre eux, il l'avait clairement senti : c'était juste la preuve que les traditionnalistes avaient des coutumes qu'il ne comprenait pas. Peut-être parce qu'il n'avait pas répondu, qu'il ne l'avait rejetée, la belle blonde s'était montrée sous un jour nouveau, toujours plus maternelle avec la Shadrian, mais aussi plus ouverte, complice, investie dans leur « couple ». Il aurait pu croire qu'elle cherchait à le séduire pour qu'il la charme à son tour, mais c'était autre chose et il le savait : inconsciemment, la riche héritière semblait redouter qu'une « séparation » avec lui la prive de Draya.

Pourtant, la fillette ne semblait guère se lasser de sa « mère » : dormir dans ses bras, recevoir des baisers ou de nombreux câlins, prendre son bain avec elle, se faire porter, réprimander, s'instruire – peu importait l'activité, les interactions avec Mogg la transportaient de joie systématiquement.

− Ch'est crop bon, cha !

Emergeant de ses pensées, Harry porta son regard sur Draya, assise sur les genoux de Mogg et engloutissant le dernier morceau de son pain perdu.

− Ne parle pas la bouche pleine, protesta la belle blonde avec calme, mais fermeté. Aurelia, tu peux me passer le plateau de pain perdu ?

Autre changement notable, Lavorsy semblait avoir brisé toutes les barrières entre les maisons. Le demi-démon ne parvenait pas à expliquer comment ni pourquoi, mais c'était le cas : les uns s'asseyaient à la table des autres si naturellement que c'était à se demander s'il existait vraiment des maisons. L'exception était les élèves les moins ouverts ou sociables de Serpentard, qui restaient entre eux. Tandis que la bande de Mulciber s'isolait, Straton, lui, ne se gênait pas pour rejoindre une camarade de classe de Poufsouffle qui l'accueillait volontiers, tandis que la petite amie de Griggs bénéficiait d'une chaise spécialement réservée pour elle.

Même si le phénomène s'était déjà produit à Poudlard, notamment avec Ana venant prendre son petit déjeuner avec les Gryffondor ou Harry et Alexa en faisant de même, s'asseoir un peu partout, se mélanger avec les autres, paraissait être devenu une sorte de mode. Ou plus exactement, c'était devenu quelque chose de tout à fait naturel, sans parler du fait que James et Lily étant ensemble, les Maraudeurs se joignaient aux repas de leurs camarades – en prenant bien évidemment soin de laisser le préfet-en-chef à côté ou en face de la ravissante rousse.

Après avoir rempli l'assiette de Draya d'un peu de tout, mais surtout de pain perdu, Mogg, un bras autour de la taille de la fillette, se pencha vers Harry pour pouvoir lire la une de La Gazette du sorcier. Comme l'avait prédit Dumbledore, le mois dernier, Terry Hool avait démissionné pour raisons de santé. Millicent Bagnold reprenait le poste de ministre de la Magie mais, une fois encore, le directeur ne s'était pas trompé : Aegidius Carwick s'était bel et bien hissé à la tête d'un département, en l'occurrence celui de la coopération magique internationale. Une nomination qui irritait particulièrement Berenis.

− Promouvoir cette ordure à la place de mon père, c'est se moquer du monde ! persiffla-t-elle.

− Non, dit Silver, c'est un complot.

− Hein ? s'étonnèrent les autres.

− Page 3, l'entrefilet sous la publicité pour Gaichiffon.

Harry et ses amis s'y rendirent aussitôt, mais Sirius fut le plus rapide pour comprendre.

− Encore…

L'article faisait référence à un fait divers au cours duquel un employé de la maintenance magique avait battu, presque à mort, son supérieur sous prétexte de recevoir trop de travail. Renvoyé, l'homme avait tué sa femme qui lui reprochait d'avoir perdu son emploi puis s'était donné la mort en réalisant ce qu'il avait fait.

Harry fronça les sourcils. Ce n'était pas le premier incident interne au ministère qui avait été relayé depuis une ou deux semaines, maintenant qu'il y réfléchissait. Quatre jours auparavant, La Gazette du sorcier relatait un très violent affrontement entre un responsable de service et un subordonné qui avait mis trop longtemps à remettre un rapport sans importance. Une autre scène, relayée par la RITM, faisait état d'un meurtre provoqué à cause d'une vulgaire soupe qui était trop salée. Sorcier Dimanche, la veille, était allé jusqu'à titrer sa une : « ILS DEVIENNENT FOUS ! » en rapportant que des brigadiers avaient dû neutraliser trois de leurs collègues qui en étaient venus à tirer leur baguette magique à cause d'un avis différent sur la meilleure équipe de Quidditch.

− Qu'est-ce qu'il se passe ?! dit James. Jorge Soliedo… Ce n'est pas cet homme qui faisait les gros titres, l'an dernier, pour avoir protégé tout son quartier des Mangemorts ? C'est même ce jour-là qu'il a rencontré celle qu'il a épousée, non ?

− Si, approuva Remus. Leo, tu entends quoi par complot ?

− Nous n'allons pas tarder à le savoir.

Au moment même où il prononçait cette phrase, il y eut une soudaine agitation chez les élèves assis en bout de tables, du côté de celle des professeurs. Jaillissant d'un panache de fumée noire, Alyphar en personne apparut, se dirigeant vers Dumbledore comme si de rien n'était. Il s'entretînt à voix basse avec le directeur. A en juger par la perplexité de certains enseignants, le Nehoryn ne donna aucune information claire. Harry tenta bien d'écouter ses paroles, mais il était bien trop loin.

Alyphar disparut aussi soudainement qu'il était venu, laissant Dumbledore s'occuper de la suite : après un très bref échange, Madame Pomfresh, suivie du professeur Bresch, quittèrent la Grande Salle par la porte située juste derrière la table, comme à Poufsouffle. Lorca les imita rapidement, imitée par le directeur dès que celui-ci en eut fini avec ses consignes.

Les responsables de maison se levèrent à leur tour. Contrairement à leurs collègues fraîchement partis, ils ne se dirigèrent pas vers la porte, mais vers les tables pour transmettre une information. Le professeur McGonagall, le pas pressé, s'arrêta un court instant au niveau des troisième année de Gryffondor, puis reprit son chemin pour se retrouver au niveau des septième année.

− Qu'est-ce qu'il y a, prof' Mimi' ? demanda Leonie, curieuse.

− Nous l'ignorons encore, mais Dumbledore a estimé nécessaire d'annuler les cours des professeurs Williams et Bresch. Potter et Silver, vous êtes attendus dans son bureau dès la fin du petit déjeuner. Vallys, Alyphar nous a dit que Torinore était malade et qu'Ily le remplaçait pour apporter les créatures dont le professeur Brûlopot aura besoin cette semaine.

La darderan frémit d'impatience.

Quand arrive-t-elle ? s'enquit-elle.

Harry traduisit.

− D'ici une quinzaine de minutes, normalement.

Vallys se volatilisa aussitôt pour rejoindre le professeur Brûlopot, non sans un « A tout à l'heure » sifflant à l'adresse du Serpentard et d'Hedwige. Caressée longuement par Leonie, la chouette blanche comme neige devait également, à présent, recevoir les câlins de Nala, apparemment tombée sous le charme, la petite chatte venant se frotter contre elle en lui apportant parfois quelques victuailles dans un ronronnement sonore.

− Draya, tu restes avec ta mère, poursuivit le professeur McGonagall. Miss Macdonald, si vous le souhaitez, je peux vous intégrer au cours des sixième année pour améliorer vos sortilèges d'Apparition. Ninie, reste avec Miss Evans. Miss Moorehead, je dois discuter avec vous avant que les cours ne commencent.

− Heu… Bien sûr, dit la splendide Serdaigle, prise au dépourvu.

Après un dernier bisou à Leonie et à la Shadrian, elle suivit la directrice-adjointe, emportant avec elle quelques toasts pour finir convenablement son petit déjeuner. Deux minutes plus tard à peine, Silver annonça à Harry qu'il était temps de leur emboîter le pas. Si Alexa se vit refuser un baiser du Gryffondor, Draya eut le droit à celui du Serpentard sous le regard blasé de la Reine de la Mort.

Quittant la Grande Salle, les deux Brigadiers empruntèrent l'un des escaliers en spirale menant aux étages sans échanger le moindre mot, notamment parce que Silver se comportait étrangement : ses yeux fouillaient les murs, comme s'il cherchait à déceler quelque chose. Arrivés au second palier, cependant, il sembla trouver la réponse à sa question silencieuse et fronça légèrement les sourcils.

− Ethan, excuse mon absence auprès des autres, s'te plaît. Faut qu'j'aille vérifier quelque chose.

− Quoi… ?!

Mais Silver, sans attendre son approbation, avait disparu un POUM ! assourdi, semblable à une onde de choc, à l'instant même où il avait terminé sa phrase. Etait-ce la manière de transplaner de son peuple ? Et que devait-il vérifier ?

Circonspect, Harry atteignit le couloir au fond duquel se dressait une statue plus grande que nature. Ulidobian, héros légendaire du Lorgath pour avoir vaincu à lui seul une soixantaine de soldats d'Anteras lors de la Première Guerre afin d'offrir à son village le temps de s'enfuir, s'anima à son approche, ses yeux de pierre s'abaissant sur le demi-démon.

− C'est bon ! lança la voix du professeur Bresch.

Tenant un gobelet fumant et marchant avec une grande hâte, il rejoignit Harry au moment où la sculpture, dans un grondement à peine audible, s'ouvrait en deux pour libérer l'accès à un couloir courbe.

− Vite, il ne faut pas que la potion refroidisse, Ethan.

Réglant son pas sur celui du directeur de Beauxbâtons, le Serpentard n'accorda aucune attention aux boiseries du corridor, intrigué par l'empressement du maître de duel. Bifurquant au virage, ils n'eurent qu'une très courte distance à parcourir pour atteindre les portes du bureau de Dumbledore, très semblables à celles de Poudlard.

Le professeur Bresch ne s'embarrassa de frapper : entrant comme s'il était chez lui, il se précipita à travers une pièce circulaire ressemblant à s'y méprendre à celle occupée par le directeur à Poudlard. Les tables de bois fin se trouvaient alignées sous les fenêtres et supportaient les instruments d'argent qui bourdonnaient et crachaient des petits nuages de fumée, Fumseck le phénix somnolait sur son perchoir d'or situé juste derrière la double porte et les bibliothèques de Dumbledore étaient également là. Seule différence notable : les portraits des prédécesseurs, laissés à Poudlard, manquaient à l'appel et avaient été remplacés par des boiseries rendant hommage au « sorcier du siècle ». Les améliorations qu'il avait apportées à certaines disciplines, en particulier la métamorphose, toutes les nominations au poste de ministre qu'il avait refusées, sa découverte des douze propriétés du sang de dragon, et bien évidemment, son combat épique face à Grindelwald – tout était représenté le long du mur circulaire.

Harry aurait sans doute pris plaisir à les examiner, mais la présence de visiteurs l'en empêcha : adossée contre un mur, les bras croisés sous sa poitrine, Dorcas regarda, sans émotion, le professeur se précipiter vers Hool lui-même. Affaibli, plus grisonnant que lors de son insulte mémorable adressée à la Confédération internationale au moment où celle-ci avait exigé la fermeture de Poudlard, il était assis à côté de…

− Orianne ?! s'étonna-t-il.

Mrs Berkelay sourit.

− Vous finissez enfin par m'appeler par mon prénom, constata-t-elle avec satisfaction. Ne deviez-vous pas venir avec l'étrange Mr Silver ?

− Si, mais pour une raison que j'ignore, il a pris une autre destination. Il m'a juste dit qu'il avait besoin…

− De vérifier quelque chose ? demanda le professeur Bresch.

L'air sombre, il attendit que Harry confirme, tandis que le désormais ancien ministre de la Magie engloutissait sa potion avec force de grimaces dégoutées. Il parut néanmoins retrouver quelques couleurs et se ragaillardir. Se permettant d'entrer sans frapper ni même passer par la porte, Lorca apparut brusquement derrière Dumbledore et posa son regard neutre sur le démissionnaire.

− Terry Hool, dit-elle avec son indifférence habituelle, je vais vous poser une seule question : avez-vous quitté votre poste ou avez-vous fui le ministère de la Magie ?

L'intéressé eut un sourire sans humour, sans joie.

− J'ai fui. Depuis une ou deux semaines, certains employés ont une attitude très bizarre, très agressive ou alors tout simplement contradictoire d'avec celle qu'ils avaient jusqu'à présent. Vous l'avez sans doute lu ou entendu, non ? Les gens deviennent réellement fous. Le mari d'Orianne a lui-même avoué que, trois jours auparavant, il a senti un violent élan de haine meurtrière envers l'un de ses collaborateurs qui avait fait une remarque déplacée à l'égard d'une jeune employée prometteuse. Shacklebolt, un jeune Auror encore en formation, a dû stupéfixer six de ses camarades de classe qui en étaient venus aux baguettes pour une bêtise… J'ai…

− Vous n'avez aucune raison d'avoir honte, assura Lorca. Au contraire, vous avez pris la meilleure décision.

− De quoi retourne-t-il ? demanda Dumbledore.

− Les habitants du Lorgath l'appellent « le Pourrisseur d'Âme ». Il s'agit d'un micro-organisme, un parasite, si vous préférez, qui inverse les valeurs dominantes de son hôte. Autrement dit, plus vous êtes solidaire, plus il fera de vous quelqu'un d'égoïste. Plus vous êtes bienveillant, plus vous deviendrez malfaisant une fois infecté. Même si nous n'en sommes pas sûrs, il semble probable que seul Anteras puisse les voir et les contrôler, car personne, à part lui, n'avait encore réussi à les utiliser.

Mrs Berkelay parut soucieuse.

− Est-ce que mon mari représente une menace ? s'inquiéta-t-elle.

− Non. Le Pourrisseur d'Âme fonctionne un peu comme l'Imperium : il prend le contrôle de l'hôte dès qu'il en a l'occasion, mais il est possible de le repousser de quatre façons. La première, comme votre époux l'a démontré, est d'avoir une volonté suffisamment forte pour que le parasite comprenne qu'il ne parviendra jamais à posséder le contaminé. La seconde, sans doute la raison pour laquelle Terry Hool n'a pas encore été ciblé, est d'être atteint d'une maladie qui pourrait lui nuire. La troisième est de posséder une puissance magique trop importante, ce qui l'effrayera et le dissuadera de s'attaquer à vous. Quant à la quatrième, il s'agit d'une potion gazeuse qui, inhalée, tue le symbiote à l'intérieur de vous. Les hommes de Prerian ont déjà reçu l'ordre de la préparer, mais elle devra mûrir pendant au moins trois mois.

Certaines personnes n'étaient donc pas à l'abri de succomber, songea Harry. Il ne se faisait pas trop de soucis à propos des Mogg, de Dorcas, de Maugrey ou encore de Mr Weasley, mais…

− Comment se transmet-t-il ? demanda-t-il.

− Par l'eau, la nourriture, un contact physique ou même une zone d'air bien délimitée par un enchantement. En d'autres termes, nous n'avons pas à faire à une attaque isolée, mais à une future épidémie. L'employé infecté ira, sans même le savoir, contaminer son boulanger, les serveurs de son restaurant préféré, sa famille, ainsi que toute personne qu'il bousculerait sans le voir ou qu'il toucherait involontairement dans un ascenseur bondé. Le simple fait de remettre un dossier à son supérieur peut servir à transmettre le parasite.

− Cet abruti… pesta le professeur Bresch, las.

− Qui donc ? s'étonna Hool.

− Leo Silver, répondit Dumbledore avec un léger soupir. Après la bataille de décembre, pendant que les Mages et les Nehoryns nous aidaient à nettoyer le parc des cadavres et des gerfauts capturés, Aurélien a attrapé Leo car celui-ci s'est déconcentré sur sa fuite à cause d'un Nudhors qui se trouvait juste derrière moi. Il a dit clairement : « Ah, tiens, ils ne sont pas morts, celui-là . » J'imagine que ce n'est pas par hasard ?

− Exact, approuva la Nehoryn. Nous ne savons pas comment les prisonniers d'Anteras sont transformés, mais le Pourrisseur d'Âme joue un rôle majeur dans ce processus.

Quelque chose parut étrange au demi-démon, mais Mrs Berkelay fut la plus rapide à exprimer son trouble :

− Je ne comprends pas, confia-t-elle. Si les Nudhors sont infectés par le parasite, pourquoi toutes les personnes qui ont été blessées, professeurs comme élèves, n'ont pas été infectées ?

Lorca prit son temps pour réfléchir à la question très pertinente.

− Il est probable que la métamorphose des Nudhors, tous procédés inclus, créent une perturbation l'empêchant de se transmettre. Ce n'est qu'une théorie, bien sûr, mais il est vrai que personne ayant survécu à un Nudhors ait été contaminée jusque-là. L'autre hypothèque qui me vient à l'esprit, c'est que l'accumulation d'un groupe doté de très grandes puissances magiques ait pu leur faire peur. Aurélien, qu'est-ce que Mr Silver a été vérifié ?

− Sûrement que les incidents ministériels correspondaient à ce qu'il a ressenti chez les Nudhors. Peut-être est-ce propre à sa nature ou une capacité qu'il a développée, mais il peut percevoir des choses à l'intérieur des gens : l'ancien professeur de botanique de Beauxbâtons, qui est parti il y a quatre ans, a démissionné après que Leo eut annoncé qu'il était malade. Personne ne l'a cru, au début, mais un examen a prouvé que c'était vrai. Firagan, fais revenir ce merdeux, s'il te plaît.

Il n'y eut aucune réponse, mais le professeur Bresch n'en attendait visiblement pas.

− La question est, dit Hool, qu'allons-nous faire pour limiter la casse ?

− L'Alliance s'en occupe déjà, indiqua la Nehoryn. Midori ne peut pas voir ou contrôler le Pourrisseur d'Âme, mais il peut sentir une quelconque perturbation mentale dans une zone très étendue : si jamais il perçoit un esprit tenter de lutter contre le parasite, il pourra soit le guérir, soit prévenir Salmelie ou Asitrepos pour que l'un d'eux s'en charge. Ce sont les trois seuls qui peuvent intervenir immédiatement, alors que pour nous, des heures et des heures seraient nécessaires afin d'extraire le symbiote, même avec l'Orgosia. C'est le mieux qu'ils puissent faire, pour le mo…

La fin de sa phrase se perdit dans sa gorge et porta son regard sur la chaise prévue pour Silver qui apparut dans un nouveau POUM !, un grand sachet de chouquettes dans les mains.

− A partir d'aujourd'hui, je vais à une boulangerie sur Southwark Street, décréta-t-il. La vendeuse affiche l'un des décolletés les plus indécents du monde, elle est jolie et en plus, elle ne porte pas de soutien-gorge. Hélas, je n'ai pas réussi à apercevoir ses tét…

− La ferme ! grogna le professeur Bresch. Qu'est-ce que tu as été faire ?

− Le ministère me manquait, alors j'ai voulu y faire un tour, mais une rouquine m'a bloqué le passage. Grâce à mon sourire charmeur, on a trouvé un accord : elle me laissait passer et je passerai la nuit avec elle…

− Salmelie n'aime que les femmes, dit Lorca.

Tch !

− « Tch », mon cul ! gronda le directeur de Beauxbâtons. Essaie d'être un peu sérieux, bordel !

− Sir, yes sir ! Bon, en fait, elle m'a laissé passer quand je lui ai dit mon nouveau projet de la Mort et, quand je suis ressorti du ministère, on a mené une expérience. J'ai installé une Barrière de la Mort autour du ministère qui devrait, normalement, lui permettre d'y combiner ses pouvoirs de guérison. On ne sait pas encore si ça marchera, mais c'est la seule idée que j'ai eue. Par contre, c'est vrai : la vendeuse de la boulangerie a vraiment…

− On s'en fout, abruti ! C'était quoi, ton projet ?

Une lueur sournoise s'illumina dans le regard du Gryffondor.

− Être infecté par ce machin-bidule-truc d'Âme dont m'a parlé la rouquine.

Le professeur Bresch plaqua violemment une main sur son propre visage, désespéré par son élève. Harry, Hool et Mrs Berkelay, en revanche, sursautèrent avec ahurissement. Si Lorca resta impassible, Dumbledore se montra très calme en demandant :

− Dans quel intérêt ?

− L'étudier, répondit Silver. Et peut-être aussi pour le transmettre à Alexa, afin que cette perverse devienne la plus prude de toutes les adolescentes du pays. Et aussi pour avoir une bonne raison de ne plus aller en cours. Et il se peut également que cette idée amusante. Ethan, tu veux que je te le transmette ? Ca t'aidera peut-être pour ton couple ?

− Non merci !

Le professeur Bresch poussa un profond soupir, excédé, et se tourna vers son confrère, homologue et ami :

− Albus, est-ce que tu pourrais laisser cet emmerdeur échapper aux cours pendant quelques jours ? Il est con et chiant, mais quand il se lance dans une expérience, il atteint généralement son but. Horace et Pompom devraient aussi participer.

− Et moi aussi, dit Dumbledore. Aurélien, dépose une note dans la salle des professeurs, s'il te plaît. Lorca, un membre de l'Alliance devrait également se joindre à nous, je vous laisse le soin de choisir lequel. Terry, restez le plus loin possible de tout employé, on ne sait jamais : vous en savez beaucoup sur la situation actuelle et il ne me serait pas étonnant d'apprendre que vous avez été ciblé par Anteras ou Voldemort. Orianne, vous prenez toujours le thé avec Dorcas, Astrea et Meredith aujourd'hui, non ?

− Bien sûr.

− Rapportez-leur notre conversation, je vous prie.

Fin de séance… ou presque. Lorca disparut dans un panache de fumée noire, le professeur Bresch sortit, Silver sur les talons, et Hool utilisa un Portoloin pour rentrer chez lui, mais au moment où Mrs Berkelay s'apprêta à en faire de même, Harry se manifesta, non sans hésitation.

− Orianne, je… Est-ce que je peux… vous parler ?

Si elle parut assez surprise, Dumbledore sembla tout de suite comprendre ce qui tracassai le demi-démon.

− Ce sera l'occasion pour vous de rencontrer le petit ami de Berenis, dit-il.

− Ah, le petit Ash, c'est vrai que je ne l'ai toujours pas vu !

Elle rangea son Portoloin. Saluant le directeur, elle accompagna Harry dans le couloir. Il la sentait lui jeter des coups d'œil mi-curieux, mi-rieurs, comme si elle aussi devinait ce qui avait poussé le Serpentard à la retenir. Que dire ? Ou plutôt, comment lui demander conseils ? Comment formuler sa question ou exposer la chose ? Il n'eut pas à se creuser la cervelle : à peine eurent-ils franchi la statue d'Ulidobian que Mrs Berkelay reprit la parole non sans jeter des regards très intéressés aux boiseries.

− Vous vous demandez pourquoi Lucretia souhaite vraiment vous épouser ?

Il ne se laissa pas surprendre, devinant que Berenis avait tout raconté à ses parents dans un courrier.

− Oui. Il… il n'y a pas d'amour entre nous, juste de l'amitié, mais j'ai l'impression qu'elle fait surtout ça pour ne pas perdre Draya. Depuis qu'elle me l'a dit, elle est différente. Plus honnête, plus directe, je me fais engueuler quand elle estime que je néglige mes responsabilités « parentales », mais elle est aussi… plus tendre, je crois. Au début, j'ai cru qu'elle était amoureuse de moi, mais grâce à mes pouvoirs, je me suis rendu compte que ce n'était pas le cas, que c'était juste le plaisir que Draya soit entourée de « parents ».

Mrs Berkelay sourit, amusée.

− C'est une vieille technique, révéla-t-elle. Au Moyen Âge, les célibataires nobles utilisaient ce moyen pour se faire une idée sur leurs chances d'épouser la personne souhaitée. Si elle ne protestait pas, ils estimaient alors que le temps pourrait faire son œuvre. Il est vrai que Lucretia ne veut pas être séparée de Draya, mais je crois qu'elle souhaite aussi que vous vous donniez du temps pour apprendre à vous aimer. Avez-vous refusé sa demande ?

− Heu… Non. Enfin, j'étais un peu trop… heu… déconcerté…

− Dans ce cas, prenez le temps de vous interroger sur le fait que vous n'ayez pas de suite exprimé votre refus : il se pourrait qu'inconsciemment, vous n'ayez aucune objection à vous marier avec Lucretia.

Etait-ce possible ? Aurait-il des sentiments cachés pour Mogg ? Il avait beau l'imaginer, il ne se voyait pas du tout avec une fille aussi… aussi… Il s'apprêtait à la qualifier de « froide », mais les images de la belle blonde qui tenait Draya dans leur sommeil lui revinrent en mémoire. Son rire mélodieux, la fois où Draya l'avait éjecté hors du lit lors d'un « cauchemar », résonna à ses oreilles. Mais plus que tout, c'était ce sourire surnaturel, réimprimé sur ses rétines, qui le déstabilisa. En uniforme ou en nuisette, décolleté ou pas, jambes galbées affichées ou non, dès qu'il était question de la Shadrian, la riche héritière se montrait telle qu'elle était : une jeune femme radieuse, joyeuse et rieuse.

− Je… J'y penserai, dit-il, un peu hagard.

Ils atteignirent le Double Grand Escalier, comme les appelaient les élèves, et amorcèrent leur descente sous un plafond enchanté. Initialement prévu pour afficher les points des maisons, Silver, ivre et déguisé en lapin, n'avait pas résisté à la tentation d'y ajouter sa touche personnelle : le plafond était donc devenu une véritable télévision, affichant non seulement les points, mais aussi le classement des équipes de Quidditch, les unes de La Gazette du Sanglier Lavorsien ou encore, les petites annonces affichées dans les salles communes.

Au moment où ils atteignirent la dernière marche, Draya surgit en courant d'un couloir menant au parc, jeta un regard circulaire au hall d'entrée et se précipita, après les avoir localisés, vers Harry et Mrs Berkelay.

− Papa ! Grand-tata Orianne ! Faut super trop grave que je vous montre les cadavres de neige qu'on a fait avec maman et grande sœur Ninie et tata Lily et tata Tara et tata Nadège et tata Aurelia et tata Mary et tata Alexa !

− Berenis n'a pas participé ? s'étonna Mrs Berkelay en prenant la fillette dans ses bras.

− Tonton Kenny est venu la voir pour lui dire que s'il n'avait pas de bisou sur la bouche, il n'allait pas pouvoir respirer très longtemps. Mais tata Alexa a dit que tata Berenis n'allait pas embrasser que sa bou…

− On a compris ! dit précipitamment Harry. Et on t'a déjà répété de ne pas croire Alexa, bon sang !

Toutefois, Mrs Berkelay parut très sereine à l'idée que sa fille puisse embrasser tout autre chose que les lèvres d'Ash. Portant Draya contre elle avec un bras, l'autre main occupée à vérifier l'état de ses longs cheveux cuivres comme s'il s'agissait de sa propre progéniture, ils longèrent le couloir duquel la petite avait surgi de gagnèrent le parc immaculé… et rouge.

Des « cadavres de neige » entouraient le bâtiment central. Décapités, égorgés, éventrés, démembrés, éborgnés, émasculés, ils laissaient tous écouler de leurs blessures un sirop écarlate. Harry eut la soudaine envie d'avoir une réaction identique à celle du professeur Bresch, à savoir s'aplatir de toutes ses forces une main sur le visage. Mrs Berkelay, bien plus patiente et toujours ravie de flatter la Shadrian, la félicita chaleureusement et sincérité.

− Là-bas, c'est mon ancien papa ! indiqua Draya avec gaieté, montrant l'un des sinistres bonshommes de neige dont la tête avait été tranchée. Midori l'a tué lui-même personnellement !

Le Serpentard sentit ses entrailles se glacer d'une façon bien plus violente que si des Détraqueurs avaient tenté d'envahir Lavorsy. Il l'avait entendu, il l'avait très bien compris, mais l'information montait lentement, comme si son cerveau luttait pour ne pas l'analyser et la traiter.

− Quoi ?! s'exclama-t-il tout de même, incrédule.

− C'est mon ancien pa…

− Non, ce n'est pas ce que je te demande ! Pourquoi Midori l'a tué ?

Draya fouilla dans sa mémoire, levant les yeux au plafond de la caverne tout en se grattant la tempe, mais sur le moment, il n'obtint aucune réponse, car la voix neutre de Lorca, revenue de son passage sur la Cité, intervint :

− Orianne Berkelay, pourriez-vous ramener Draya auprès de sa mère, s'il vous plaît ?

− Ah non ! protesta la Shadrian dans une attitude très leoniesque. Ze veux voir tata Berenis et tonton Kenny se faire un bisou sur la bouche ! Et puis les voir super trop grave gênés devant grand-tata Orianne !

− Moi aussi, dit Mrs Berkelay. Allez, on y va !

− Oh, chouette !

Elles s'éloignèrent, rentrant dans l'édifice de l'île. La Nehoryn s'arrêta à côté de Harry en regardant la mère de Berenis disparaître avec la Shadrian, puis soupira.

− Tôt ou tard, vous auriez fini par le découvrir, de toute façon, Ethan. Mikana, la mère de Draya, était réputée pour la couleur inhabituelle de ses cheveux. Couleur qu'elle a léguée à sa fille, d'ailleurs. Des avances, elle n'en recevait pas moins d'une dizaine par jour, sauf que la maternité et la romance étaient des choses dont elle n'avait aucune envie. Un jour, un client, un peu trop ivre et passionné, la viola et la mit enceinte. Il aurait peut-être dû se renseigner avant, car il aurait alors appris que le meilleur ami de Mikana était Midori lui-même.

Le Serpentard ne dit rien, il en aurait de toute façon été incapable tant sa gorge lui semblait nouée, tant il avait l'impression qu'il allait vomir. Ce petit bout de chou si joyeux, dont la bonne humeur ne faiblissait jamais, avait donc vu le jour à cause d'un viol ?!

− Qu'est-il arrivé à sa mère ? interrogea-t-il dans un murmure fébrile.

− Elle a été contaminée par un Nudhors, alors Midori a dû la tuer, elle aussi.

Harry serra les poings. L'air s'alourdit brusquement, faisant retentir d'innombrables exclamations effrayées du parc, des ponts et du bâtiment principal, alors qu'il sentait une rage, une colère, un dégoût, une fureur, une envie de tuer comme il n'en avait encore jamais ressenti monter en lui. Le nom d'Anteras résonnait dans sa tête mais il n'arrangeait rien, il ne faisait qu'augmenter sa colère. A tel point que, sans le vouloir, sa forme démoniaque prit le dessus, l'atmosphère devenant encore plus pesante, terrifiant les élèves.

− Arrêtez ! ordonna Lorca.

− Impardonnable… Impardonnable... chuchota le Serpentard, ivre d'une rage incommensurable.

Puis il perdit soudainement conscience.