Comment était-ce arrivé ? Harry se le demandait bien. Etait-il tombé dans un piège de séduction propre à toute famille traditionnaliste ? C'était une autre question qu'il se posait. Ou bien était-ce la présence de Draya ? Et à ce moment-là, il lui faudrait rejeter la « faute » sur Midori, qu'il lui faudrait alors remercier pour lui avoir apporté le bonheur d'avoir enfin une vraie famille. Il avait conscience que ses sentiments étaient à sens unique et que c'était un vrai calvaire pour que Lucretia ne remarque rien, mais elle était incroyablement honnête dans son implication dans leur vie de couple. Suite aux propos du demi-démon le soir de la Saint-Valentin, la richissime héritière avait à nouveau changé, comme si elle avait décrété qu'il serait réellement son époux et la Shadrian, leur fille. Elle lui en mettait d'ailleurs plein les yeux, n'hésitant pas à sortir de la salle de bain vêtue d'une serviette, exhibant toute sa lingerie en lui demandant même parfois sa préférence et maternant plus que jamais Draya, à qui elle apprenait à lire et écrire l'anglais. C'était une expérience étrange, mais exquise, se répétait-il souvent. Mais elle s'avérait à double tranchant : lui, amoureux et contraint de refouler ses émotions, et elle, platonique mais s'investissant dans son rôle. Devrait-il lui dire ? Encore une énigme. Il espérait juste que Mrs Berkelay disait vrai et que le temps lui permettrait de conquérir le cœur de la jeune femme.

Le temps, ce matin-là, était justement ce qu'il leur manquait, et pour cause : le réveil était tombé en panne. Un bain rapide pour Draya, brossage de dents en sous-vêtements, habillage à la va-vite et un rapide baiser échangé à la plus grande joie de la fillette, ils attrapèrent les sacs de cours et filèrent, non sans une certaine excitation, vers le troisième étage pour arriver à l'heure du premier cours spécial de Lorca à Lavorsy.

Mystère par excellence, la contribution de Midori avait passablement frustré et intrigué les élèves. Différent de tous les autres paliers, le troisième ne comportait qu'un petit couloir menant à la volière. Tout le reste n'était rien d'autre qu'un mur. La majorité des étudiants avait essayé tous les mots de passe, cherché une porte cachée, lancé des Alohomora à l'aveuglette, mais personne ne comprenait ni ne parvenait à élucider l'astuce. Dumbledore s'en était d'ailleurs beaucoup amusé et ne répondait jamais franchement quand une question lui était posée à ce sujet, tout comme les autres professeurs l'éludaient en encourageant les élèves à faire de leur mieux. Une manière plus ou moins subtile pour les inciter à apprendre.

Atteignant le troisième étage, la petite famille retrouva ses camarades au beau milieu du couloir. Lorca, un plat généreusement garni de victuailles flottant à côté d'elle, tourna un regard inexpressif vers eux.

− Draya, tu resteras avec moi, cette fois, déclara-t-elle.

− Yokay !

− Ethan, Miss Mogg, prenez quelque chose à manger avant que votre fille n'ait tout englouti.

Une suggestion qui tombait au meilleur moment, car l'estomac de Draya gargouilla avec un bruit phénoménal, arrachant quelques rires et sourires à certains élèves. Bien évidemment, les œufs et le pain perdu furent laissés au bénéfice de la fillette, Harry se contentant d'un chausson aux pommes et d'une petite assiette de saucisses, tandis que Lucretia attrapait un ramequin contenant des galettes de pomme de terre, du lard fumé et des haricots rouges. Tout juste servis, ils virent la Shadrian s'emparer du plateau avec gourmandise.

− Bien, reprit la Nehoryn. Messieurs Rogue et Potter, approchez. Avant que vous ne constituiez vos équipes, il faut savoir que vous allez affronter quelque chose d'extrêmement rare qui pourrait même être traumatisant. C'est un enchantement que très peu de personnes peuvent lancer en temps normal, mais Midori étant ce qu'il est, il est impossible que quelqu'un puisse y mettre autant de puissance pour le rendre aussi performant.

− A quoi faut-il s'attendre, professeur ? demanda Greggson.

− A vous-même, mais vous découvrirez ce que j'entends par-là pendant l'exercice. Mr Rogue, commencez.

− Potter.

Harry cilla, tout comme plusieurs de ses amis et camarades, mais il rejoignit le Serpentard. Il apparut bien vite qu'il avait changé totalement de stratégie, mais James ne se laissa pas faire, s'attachant les services d'Ana, Alexa et Lily pour palier à la perte de son stratège. Cassie fut surprise d'être choisie par le leader vert-et-argent, mais le demi-démon vit la préfète-en-chef esquisser un petit sourire en coin : à l'évidence, elle appréciait de voir son ami d'enfance abandonner subtilement son prétendu racisme. Pendant que les deux ennemis tentaient de constituer le groupe le plus prometteur, Lucretia sermonnait Draya sur la vitesse à laquelle elle mangeait ou de ne pas mâcher assez avant d'avaler. Ce qui ne l'empêcha pas, sentant que le recrutement arrivait à son terme, de la prendre dans ses bras en déposant un tendre baiser sur la joue de la fillette, qui resplendit davantage de bonheur.

− L'équipe de Mr Rogue entrera par là, annonça Lorca.

Et l'attention générale se porta sur elle, alors que la Nehoryn plaquait une main sur le mur. Celui-ci ondula à la manière d'une flaque d'eau perturbée par un caillou qu'on aurait jeté dedans, puis une arcade se matérialisa pour révéler… une totale obscurité.

Le leader en tête, ses comparses du cours l'imitèrent lorsqu'il alluma sa baguette en franchissant l'ouverture. Il n'y avait rien de visible, sinon le sol dallé. Aucune paroi, aucun plafond. Dès que Lucretia fut entrée, non sans se donner la peine de rappeler à Draya qu'elle devait être sage, l'arcade disparut… et le mur aussi. Il n'y a plus rien à l'endroit précis où ils étaient entrés, sinon les ténèbres.

− C'est quoi, cet endroit ? lança Wilkes, dubitatif.

− On s'en souciera plus tard, dit Rogue. Il y a quelque chose qui me chiffonne dans ce qu'a expliqué Williams, par contre. Ou plus exactement, ce qu'elle n'a pas expliqué.

− Le but de l'exercice, approuva Tara. Elle n'a rien dit sur un quelconque objectif à atteindre. On ne sait pas si on doit affronter le groupe de Potter, s'il faut se promener jusqu'à trouver quelque chose et… et je trouve bizarre ce « A vous-même ». Ca veut dire quoi ? Qu'on va affronter notre sosie ?

− Non, dit Harry en s'asseyant parterre, les bras croisés, un pli entre les sourcils.

Ils avaient un peu de temps avant que le cours ne commence réellement, puisque Lorca devait amener James et ses partenaires à un autre endroit et leur laisser du temps pour réfléchir à une stratégie. Il fallait qu'il réfléchisse, qu'il se mette dans la tête de la Nehoryn. S'attendre à soi-même ? Qu'entendait-elle par là ? Même si elle n'avait plus vraiment le temps de l'entraîner, il commençait à la connaître, à connaître la mentalité professorale de toute l'Alliance : enseigner en fonction de la guerre. Il était question de l'élève face à lui-même dans un tel contexte, si son intuition était bonne. Et dans ce cas… Non, c'était plus complexe, se ravisa-t-il. Ca l'était forcément dès que Midori était impliqué.

A peine eut-il cette pensée que la solution s'imposa dans son esprit. Elle n'était pas le fruit de ses réflexions ou une inspiration soufflée par Lathar : elle était gravée en lui comme si elle avait fait partie de son organisme.

− L'âme… murmura-t-il pour lui-même.

− Que veux-tu dire ? interrogea Melanie Barnes, perplexe.

− C'est notre essence elle-même à laquelle nous allons devoir nous confronter, répondit-il en se relevant. C'est un exercice visant à nous révéler qui nous sommes, de quoi nous sommes capables, de quoi nous avons besoin de travailler pour espérer survivre… Cela veut dire que toutes nos craintes vont se matérialiser, que nous aurons des situations inattendues auxquelles il nous faudra réagir, et découvrir quel combattant nous sommes…

Il fut interrompu par la voix de Lorca, qui sembla provenir de nulle part et de partout à la fois :

Début de la séquence dans vingt secondes, annonça-t-elle comme si elle avait parlé dans un micro.

Mama, papa, gambatte ! ajouta Draya.

Lucretia adressa un regard rieur à Harry. Lancée sur « la voie du samouraï », la Shadrian, qui avait un peu trop traîné avec Midori, était devenue à son tour une passionnée du Japon. Persécuté par la belle blonde pour gâter la fillette, le demi-démon avait participé à l'achat d'une multitude de choses nippones pour aider Draya à atteindre son objectif : livres sur l'histoire, la culture et la calligraphie, des objets d'arts, un futon, un nouveau katana qu'il lui serait impossible de porter avant d'avoir grandi mais faisant office d'ornement et même un petit jardin-zen. Si l'idée n'avait pas emballé le demi-démon, au début, une phrase « magique » l'avait rapidement convaincu d'être très actif dans la mission : « Quand nous habiterons ensemble, on pourra lui aménager un vrai jardin nippon », s'était enthousiasmée Lucretia.

− Regroupez-vous ! ordonna Rogue.

Ils formèrent un grand cercle, tout le monde se tournant le dos et se préparant, mais à leur grande surprise, une scène déconcertante se présenta à eux : l'obscurité s'éclaircit en une fraction de seconde et révéla un paysage des plus improbables. A côté d'un grand pré ensoleillé recouvert d'une superbe pelouse vert émeraude, une forêt aux arbres morts se dressait sous la pluie, coincée entre la prairie et un marécage sinistre, tandis qu'une ferme pleine d'animaux se promenant librement leur faisait face, voisine d'un gratte-ciel tape-à-l'œil auquel était accolée une librairie dont le toit était recouvert de neige. Et ça n'était que la partie émergée, car un long chemin, parfois pavé et d'autres fois marbré, s'éloignait en se séparant pour rejoindre chaque endroit avant de disparaître derrière une petite colline recouverte de fleurs violettes.

− Qu'est-ce que c'est que ce merdier… dit Beauchesne, incrédule.

− La « couleur » des âmes de certains d'entre nous, je pense, répondit Harry.

La route partout dans tous les sens, remarqua-t-il, menant sans nul doute à d'autres endroits. N'y avait-il donc aucune limite aux dimensions de la pièce ? Il allait falloir se séparer, mais il ne comprenait pas. S'il avait raison, quel était le but à atteindre ? Que faudrait-il faire pour mettre fin à l'exercice ? Fallait-il que chaque élève trouve la scène symbolisant son âme et vienne à bout de ses démons ?

− Tcha ! railla Mulciber. Mr le Stratège de la Mort s'est trompé, on dirait !

− A ta place, je la bouclerais avant de dire davantage de conneries, dit Nadège. Cette ferme était celle de l'une de mes tantes et l'endroit que je chéris le plus au monde. Même si elle est inoccupée depuis sa mort, mon père en fait assurer l'entretien. Tous les étés, j'y retourne passer mes vacances.

− N'empêche qu'il n'y a pas de… !

− Arrête, coupa Rogue. L'épreuve commence tout juste et se chamailler ne nous mènera à rien. Jusqu'à preuve du contraire, Potter est le mieux placé pour analyser la situation. Est-ce que quelqu'un d'autre reconnaît quelque chose, à part Nadège ?

− Le building ressemble étrangement à celui que le grand-père de Philip a fait bâtir à New York, dit Matthain. Il a quitté le Pays de Galles il y a quelques années pour monter son entreprise de sécurité contre les nuisibles et il avait envoyé une photo de son siège… Je suis presque sûr qu'il était identique à celui-ci. Ca voudrait dire que, si Potter dit vrai, les âmes de tout le monde, de notre groupe comme de celui de l'autre Potter, seraient mélangées ? Comment on va faire pour s'en sortir ? Cet endroit paraît sans fin.

− On va se séparer, déclara le chef, mais il faut bien réfléchir à comment le faire. Williams l'a dit : l'exercice a des risques de nous traumatiser, alors il faut constituer des équipes pour que, en cas de faiblesse, quelqu'un soit à proximité pour intervenir.

Il prit un moment pour composer des binômes, son regard parcourant les visages, hésitant sur certaines de ses premières décisions. Harry ne pouvait que comprendre son indécision : il fallait prendre en compte la complicité, le tempérament et plus que tout, la complémentarité. Qui pourrait accompagner quelqu'un de plus faible pour lui apporter un soutien efficace ? Que réservait l'âme de chacun ? A quoi seraient-ils exposés ? Rogue se posait sans nul doute la question, mais il finit par établir un plan sans même solliciter le demi-démon, comme pour prouver à tout le monde – mais surtout à lui-même – qu'il était un vrai meneur et un stratège.

Les équipes se formèrent petit à petit selon ses ordres. Rappelant à ses camarades le duo terrible Lucretia-Tara, il les associa l'une à l'autre, la charmante blonde lançant un regard éloquent et menaçant à Harry : il avait intérêt à ne pas décevoir Draya ou elle ne le louperait pas. Décidé à surprendre aujourd'hui, Rogue se rattacha au demi-démon, qui ne douta pas une seule seconde que son camarade avait une idée derrière la tête.

− Ca devrait être bon, comme ça, dit Rogue quand il eut fini d'assembler les binômes. Envoyez des messages : si vous trouvez un nouveau paysage, décrivez-le, quelqu'un pourrait s'apercevoir qu'il s'agit de son âme. Faites aussi circuler les explications de Potter au groupe de Potter. Il est clair que nous n'aurons pas à se battre avec.

Tout le monde se sépara, Cassie et Griggs se dirigeant vers la colline fleurie, qui s'avérait être un endroit tout proche de la maison des parents de la séduisante Poufsouffle où elle passait ses étés à y lire, tandis que Nadège et Berenis filaient droit vers la ferme. Emboitant le pas à Rogue, Harry et lui prirent aussi le chemin de la colline, le demi-démon regardant la forêt morte bombardée par la pluie.

− A qui crois-tu qu'elle est ? demanda-t-il.

− J'allais te poser la même question, avoua son acolyte du jour. Je pense à Brythe. Si l'âme prend forme, alors elle englobe toute la personnalité, non ? Je doute qu'il y ait une forêt pareille à Liverpool, où il habite, donc c'est sans doute une métaphore. La forêt représente sûrement tous les objectifs qu'il cherche à atteindre sans succès, et la pluie doit symboliser son désespoir ou sa tristesse d'échouer. Cet idiot était l'un des meilleurs de la classe lors de notre première et deuxième années, mais la mort brutale de son père et des agressions l'ont transformé en une loque incapable.

− Personne n'a cherché à l'aider ?

− Tu penses bien que si, ou il n'aurait sans doute redoublé depuis un bon moment, mais le traumatisme semble avoir diminué ses capacités de concentration et ses pouvoirs de sorcier.

Harry se remémora les problèmes que Tonks avait eu avec ses métamorphoses lorsque son désir d'aimer Lupin et d'être aimée en retour par le loup-garou avait rencontré quelques déceptions qui avaient perturbé sa capacité à changer d'apparence. C'était à peu près la même chose, apparemment, qui atteignait Brythe.

Ils poursuivirent leur chemin en silence, contournant la colline devant laquelle Cassie et Griggs élaboraient un plan. Au-delà, au pied d'une longue pente, une multitude de mondes s'étendait jusqu'au château de Poudlard, où Harry savait à peu près ce qui les attendait. Il remarqua un manoir ressemblant à celui des Berkelay et envoya un message à Berenis, partie dans l'autre sens avec Nadège, pour le lui signaler. Hermès filait en tous sens, à l'instar des deux groupes : ils croisèrent plusieurs membres de l'équipe de James, s'arrêtant brièvement pour parler avec le binôme Remus-Peter sur ce qu'ils avaient vu, avant de reprendre leur route.

− A droite, dit Rogue.

Ils bifurquèrent en direction d'un petit square. Il avait beau le cacher, le leader avait de plus en plus l'air tendu, redoutant plus que tout ce qu'ils allaient découvrir. Harry fut tenté de lui dire de le laisser s'en occuper, mais il y renonça : ce n'était pas en le protégeant de ses peurs qu'il aiderait Rogue à les surmonter.

− C'est là que tu l'as rencontrée, j'imagine ? Lily.

− Oui.

− Et comment ça se passe ?

Du coin de l'œil, il vit Rogue esquisser un sourire.

− Bien. On a mis du temps pour se réconcilier, mais on a passé les vacances de décembre à retrouver toutes les facettes de notre complicité d'avant, allant même jusqu'à faire une puérile bataille de neige comme on en faisait, il y a quelques années. La seule certitude que j'ai, c'est que les Potter sont vraiment nés pour me faire chier. J'ai déjà une dette envers ton cousin et voilà que j'en contracte une envers toi, ça me gonfle. Je ne supporte pas de la voir dans les bras de Potter, mais elle a l'air si heureuse que… que je ne peux pas m'empêcher d'être jaloux mais content.

− Le bonheur de l'autre à l'insu du sien, j'ai connu ça, dit Harry en se souvenant de Cho sortant avec Cedric et Ginny en faisant de même avec Dean. Ca va te paraître inconcevable, mais je trouve que James et toi êtes un peu similaires. Il a été arrogant et brutal, tu aspirais à l'être encore plus en devenant Mangemort, croyant que tu avais le droit de décider qui devait mourir ou vivre. Lui ne tuerait pas, toi oui. Lui était fier de son talent, toi tu ne l'es pas moins du tien en potions ou en magie noire. Et puis, vous aimez la même personne.

− Dit le mec qui n'ose même pas montrer à sa fiancée qu'il l'aime.

Harry sentit son cœur rater un battement.

− Je… De quoi tu parles ?

Rogue eut un rictus carnassier au moment ils s'arrêtaient à l'entrée du square.

− Ton analyse était pertinente, je le reconnais, mais il est impossible que je m'entende avec Potter. Sauf qu'il y a un détail que tu as oublié : nous avons-nous-mêmes un point commun, à savoir aimer quelqu'un sans l'afficher. J'ai vu comment tu regardes Lucretia, comment tu te concentres quand tu l'embrasses pour ne pas être trop passionné à travers tes baisers. Tu la désires plus que tout, mais tu ne veux pas l'admettre ouvertement. Alors, à l'avenir, ne me donne pas de leçon sur qui je pourrais fréquenter ou non, car je risquerais de laisser échapper une information que ta chère et tendre intéresserait, en bien ou en mal.

− Je pourrais en faire de même, je te signale.

Rogue pâlit légèrement, mais au moment où il s'apprêta à répliquer, un gémissement sinistre leur parvint. Leur petite querelle provocatrice s'arrêta aussitôt et ils tournèrent les yeux vers le square. Ils blêmirent aussitôt : elles étaient apparues sans prévenir, mais la mère du Serpentard et Lily, étendues sur le sol, se relevaient avec lenteur, telles des Inferi ou des zombies, blafardes, les yeux morts, les cheveux cassants ou clairsemés en divers endroits, leurs vêtements en lambeaux semblant aussi visqueux que leur peau.

− Co-comment est-ce qu'on bat définitivement un Inferius ? balbutia Harry, choqué par la vision.

Son acolyte déglutit avec difficulté.

− A moins de le détruire totalement, il faut… il faudrait que l'ensorceleur meurt ou annule son maléfice, si j'ai bien compris ce que j'ai lu. Autrement dit, nous devons les… les…

Le mot ne voulait pas sortir, preuve de l'impact que la scène suscitait sur l'esprit de Rogue. Voir Eileen Prince et Lily dans cet état mettait le sien à rude épreuve, mais Harry remarqua subitement quelque chose : un flacon de verre contenant un liquide turquoise était posé sur une balançoire, comme pour souligner le talent du Serpentard dans cette matière. Il donna immédiatement un coup de coude dans les côtes de son comparse.

− Regarde. Je m'occupe de détourner leur attention, va chercher la potion. Quand tu l'auras, on n'aura qu'à les soumettre à un maléfice d'Entrave pour la leur faire boire.

− OK.

Se remettant de ses émotions, Rogue entra dans le square au moment où Harry décochait une longue liane qui s'enroula autour des deux Inferi, permettant à son camarade de passer à côté au pas de course sans être inquiété – mais le sortilège était nouvellement acquis et instable, si bien qu'il se brisa quand Lily et Mrs Rogue forcèrent un peu. Ce n'étaient pas des Inferi, réalisa aussitôt le demi-démon, qui décocha un éclair de lumière vers la préfète-en-chef, lancée à la poursuite du leader, pour la ramener violemment en arrière. Il évita de justesse les ongles de la mère de son acolyte de justesse, serra le poing et l'ouvrit en y faisant jaillir une grande flamme rouge brillant, en vain.

C'était quoi, cette histoire ?! s'exclama-t-il intérieurement en échappant à une nouvelle attaque, avant de faire plusieurs bonds en arrière, de répandre sa magie intérieure dans son bras pour saisir la fausse Lily au visage puis la soulever et l'écraser violemment au sol. Il battit en retraite à petits bonds et jeta un coup d'œil derrière lui pour constater que Rogue avait atteint la potion, mais ne la prenait pas.

− Qu'est-ce que tu fais ? lança-t-il.

− Tu l'as dit toi-même : c'est mon âme ! Tu crois vraiment que j'aurais laissé une potion si précieuse sans une protection ? Ca va me prendre un peu de temps pour briser l'enchantement, essaie de les retenir.

Harry ne répondit pas, fendant l'air de sa baguette dans un geste horizontal qui fit jaillir une longue barrière de flammes éblouissantes par-dessus lesquelles sautèrent Lily et Mrs Rogue. C'était donc ça, songea-t-il. Ce n'était pas qu'elles puissent être transformées en Inferi qui terrifiait son camarade : c'était que leurs cadavres servent à Anteras pour créer de nouveaux gerfauts.

Il brandit sa baguette en même temps que sa main : deux bulles d'air concentré jaillirent et projetèrent les deux amours de Rogue dans les airs. Si seulement il avait pu utiliser ses pouvoirs démoniaques, pesta-t-il, alors qu'en un instant après leur chute brutale, elles se relevaient comme si rien ne s'était passé. S'ils perdaient maintenant – ou s'ils rencontraient autant de difficulté rien que pour cette épreuve –, le demi-démon n'osait imaginer ce qu'ils auraient à affronter quand ils attendraient le château de Poudlard. Car il savait ce qui les attendait, et ça ne serait « pas de la tarte », comme disaient les Moldus, pour venir à bout de son âme.

− Je l'ai ! annonça Rogue, au moment où Harry rejetait à nouveau les deux gerfauts.

Il le rejoignit.

− Ne t'en occupe pas, dit le demi-démon. Prépare-toi juste à intervenir.

Son compère hocha simplement la tête, comme s'il admettait qu'il était incapable de lever sa baguette sur Lily et sa mère, et déboucha le flacon lorsque Harry décrivit un large arc-de-cercle avec sa baguette. Surgissant dans les airs, de longues bandes blanches et solides apparurent dans les airs et fondirent sur les gerfauts. Le choc fut si violent qu'elles s'aplatirent au sol, entravées, incapables de bouger.

Mais le plus difficile fut de leur ouvrir la bouche pour leur faire ingurgiter la potion. Rogue tenta d'utiliser un Imperium, en vain. Harry essaya de les immobiliser au moment où elles cherchaient à le mordre, sans succès. Ils ne trouvèrent qu'une solution : la force brute. Concentrant sa magie dans ses doigts, il pressa la mâchoire de Mrs Rogue à s'ouvrir, le fils faisant tout ce qu'il pouvait pour ravaler sa tristesse de voir sa mère dans cet état afin de n'avoir aucune hésitation lorsqu'il versa une partie de la potion dans sa bouche ouverte.

Mrs Rogue éclata presque instantanément dans une pluie d'étincelles vert menthe. Lily subit le même sort dans une teinte cuivrée qui semblait curieusement être au milieu du roux foncé de la préfète-en-chef et du cuivré de la Shadrian.

− Ca a beau être fictif, c'est quand même horrible…

− Midori est un sadique, dit Harry. Tout le monde pense qu'il tue ses ennemis, mais c'est faux : il les laisse un peu agoniser et les abandonne dans leur douleur. Psychologiquement, il est le pire adversaire que nous pourrions avoir avec Anteras. Ca ne m'étonnerait pas outre-mesure u'il ait modifié l'enchantement de cet endroit quand il a dû l'installer. Toutefois, nous avons un gros problème.

Son acolyte le fixa d'un air calculateur.

− La matérialisation de ton âme, hein ? dit-il.

− Ouais, car ce qui nous attend là-bas, si je ne me trompe pas, c'est Voldemort lui-même. Si nous y allons tous les deux, nous sommes cuits. Il y aura sans doute des Détraqueurs, en plus, sans parler de personnes à sauver. Le mieux serait qu'on oublie les équipes et qu'on s'unisse tous, mais…

− Marius et les autres pourraient poser problème, acheva Rogue en tirant sa baguette.

Il envoya un message à toutes les personnes dont il était sûr qu'elles lutteraient contre le Lord noir, puis ils se dirigèrent vers Poudlard, descendant le chemin du square pour emprunter la route menant au château. Même s'il n'en dit rien, le Prince de Sang-Mêlé semblait recevoir des réponses, et plus que jamais, Harry regretta de ne pas être en mesure d'utiliser ses pouvoirs démoniaques pour ressentir les flux magiques. Ignorant combien de temps Midori prendrait connaissance de tous les secrets de la Pierre, il estima qu'il lui faudrait se pencher rapidement à l'apprentissage de la magie de perspective, même s'il lui fallait se passer de Lorca pour cela.

− Quelle est la situation ? interrogea-t-il.

− Pas très réjouissante, apparemment. Certains élèves n'ont pas identifié leurs âmes et ont été éliminés à cause d'adversaires inattendus. Lucretia et Tara sont en route, mais Lindon semble s'être foulée la cheville. Barnes m'a dit qu'elle s'occupait d'elle. Les autres ne répondent...

Un nouvel Hermès lui parvint, lui coupant la parole, mais il atteignit aussi Harry et tous les élèves : James leur signalait qu'il était possible de transplaner. Sirius et lui le prouvèrent l'instant d'après en apparaissant devant eux dans un craquement sonore, presque immédiatement suivis de plusieurs autres camarades. Accompagnée de Lily, Leonie ronchonna une fois de plus sur la sensation désagréable du transplanage. Les « rescapés » arrivèrent tour à tour, mais un léger spasme d'irritation de Rogue attira l'attention du demi-démon.

Le hasard faisait bien mal les choses, Mulciber jaillit d'une ruelle en compagnie d'Avery. Or, c'était justement le massif Serpentard dont Harry et son acolyte du jour se méfiaient le plus.

− Il se passe quoi, là ? interrogea la grosse brute d'un ton agressif.

− Change de ton, conseilla Tara avec une malveillance assez effrayante.

− Vous tombez bien, j'allais vous prévenir, mentit Rogue. Potter ayant eu raison jusque-là, nous pouvons avoir confiance en lui quand il dit que Poudlard est protégé par des Détraqueurs et le Seigneur des Ténèbres. Reste une épine dans notre pied : comment doit-on s'y prendre ? Si nous avons deux adversaires, deux équipes…

− Trois, rectifia Harry. Il nous faut former trois équipes.

− Qu'est-ce que tu suggères ? demanda James.

− La première s'occupera de repousser les Détraqueurs, la seconde couvrira ses arrières. Nous l'avons vu lors des cours de Bresch : plus nous sommes nombreux à nous combattre, plus les sortilèges fusent, donc sont déviés, donc peuvent prendre pour cibles des alliés. Le troisième groupe s'occupera de Voldemort. Cet exercice n'a rien à voir avec une compétition entre toi et Rogue : c'est un test pour savoir si vous êtes capables de comprendre que certains moments nécessitent une unité pour affronter un même mal. En d'autres termes, Lorca attend que toutes vos rivalités soient mises de côté pour que vous preniez en compte l'intérêt général.

− Intéressant, dit Ana avec avidité. C'est la mentalité des Aurors !

Non sans difficulté, Rogue et James se concertèrent sur les chefs qui dirigeraient les trois groupes. Forcément, ils eurent des divergences, le contraire aurait été étonnant, mais ils parvinrent à trouver un compromis sans tenter de se chamailler. Ana, Lily, James, Sirius, Harry, Rogue, Alexa et Lucretia se chargeraient de Voldemort. Remus et Tara, eux, dirigeraient la défense contre les Détraqueurs, tandis que Leonie, Aurelia et Nadège s'occuperaient d'assurer leur protection en cas de sortilège « perdu ».

Autre difficulté : savoir comment procéder. Foncer dans le tas ? Etablir plusieurs vagues ? Contourner le lieu ? Ils en discutèrent de longues minutes, puis se décidèrent : tous ensemble prirent la direction de Poudlard. Harry y pensait régulièrement, il avait conscience que Voldemort serait un adversaire coriace, mais il était excité : même s'il n'avait pas ses pouvoirs démoniaques, il n'aspirait qu'à voir ce que sa magie intérieure et l'enseignement de Damar pouvaient lui permettre de faire face à son ennemi juré. C'était comme une évaluation de ses capacités… Une sorte de présage sur ses chances d'en finir avec le vrai Lord noir.

A mesure qu'ils approchaient de l'école, le ciel s'obscurcissait, leur visibilité diminuant, mais plus que tout, le rythme cardiaque s'affolant légèrement : s'il fallait suivre une allée bordée d'arbres pour rejoindre Poudlard – le vrai, tout du moins –, celle-ci était bordée de tombes innombrables. Certaines, plus hautes, plus larges, beaucoup plus luxueuses, portaient les noms des filles de Gryffondor et de Serpentard, des Maraudeurs, de Dumbledore, de professeurs, de Draya, des Weasley, des Berkelay, des Mogg, des Gardner, de Wendy Grant. Même Rogue et ses amis avaient leur sépulture, tout comme les Malefoy, les Goyle, les Crabbe ou encore Igor Karkaroff.

− Je n'avais encore jamais vu quelqu'un souhaiter la mort d'autant de monde, plaisanta Sirius. N'empêche, ton désir de protéger et ta peur de perdre des gens sont assez impressionnants… Je n'arrive même pas à voir où est la fin du cimetière.

En admettant qu'il y ait eu une fin, pensa Harry, qui savait pertinemment que sa volonté de protéger s'étendait également aux êtres magiques et à l'Alliance. Il était tout de même soulagé que Ron, Hermione, Luna, Neville et Ginny n'apparaissent pas. C'était comme un signe montrant qu'il était totalement intégré à cette époque, qu'il en était originaire, qu'il ne venait pas d'un quelconque futur, à ses yeux.

− Et ils arrivent… dit-il soudainement.

Ils avaient atteint le portail grand ouvert, certains élèves allumant leur baguette pour éclairer la pénombre. Les autres n'auraient probablement pu le savoir avant que le demi-démon ne le dise, mais lui les entendit, les sentit : ce râle rauque qui cherchait à aspirer toute chose, ce froid pénétrant qui survolait la pelouse du parc pour venir à leur rencontre, ce désespoir menaçant qui ne désirait qu'à leur ôter toute pensée positive, voire leur âme.

− Remus, Tara, préparez-vous !

Au moment où ils franchirent les grilles, les Détraqueurs apparurent, déferlant du château. Remus emmena son équipe en première ligne pour décocher des Patronus de toutes formes et consistances, Tara surveillant le portail au cas où il en arriverait dans leur dos. Accompagnés des camarades désignés pour combattre Voldemort, Harry, d'un commun accord avec James et Rogue, profitèrent que les silhouettes encapées et encapuchonnées prennent la fuite devant les sortilèges argentés pour se précipiter vers le château.

Ils n'en avaient pas atteint le large escalier de pierre que le demi-démon s'arrêta brutalement. Il avait oublié un détail un bruissement presque imperceptible.

− Oh le con… Comment j'ai fait pour rater ça ?! murmura-t-il en faisant volte-face.

Il était là, Apparu entre les équipes de Remus et de Tara qui lui tournaient le dos, la haute silhouette maigre du Lord le plus redouté de l'Histoire pointait déjà sa baguette dans le dos de Larissa Yenès, son regard rouge vif aux pupilles verticales fixant son dos impitoyablement.

− Remus, derriè… ! cria Harry.

Il n'eut pas le temps de finir son avertissement, car un éclair blanc – un véritable éclair, semblable à une vraie foudre – fendit les airs à l'horizontal et transperça Voldemort, qui s'enflamma une fraction de seconde avant que le feu ne le réduise en cendres. D'où venait-il ? Qui l'avait lancé ? Mais plus que tout, pourquoi s'était-il arrêté à quelques mètres de sa victime et prenait forme humaine ?

Incrédules, les élèves virent une copie quasi-conforme de Lorca se matérialiser au moment où celle-ci apparut. Quasi, car son sosie affichait une apparence totalement différente de la Nehoryn : le teint mat, sa chevelure était d'une scintillante couleur argentée alors que ses yeux étincelaient d'un rouge aussi éclatant que ceux de Harry.

− Navrée de vous décevoir, assura l'originale, mais je dois mettre un terme à ce cours. Quelque chose de grave s'est apparemment produit et Dumbledore et moi devons nous absenter.

Elle tendit une main et l'air ondula, exactement comme l'avait fait le mur du couloir au moment où elle s'était chargée d'ouvrir une arcade. Une arche apparut pour ouvrir un passage vers ce même couloir, les étudiants, plus inquiets que déçus, sortirent pour retrouver leurs camarades déjà éliminés. Lorca lança un regard indescriptible à son sosie, puis elle suivit le dernier élève et referma le passage.

− Où est Draya ? interrogea Lucretia.

La Shadrian manquait effectivement à l'appel.

− Midori a besoin d'elle, indiqua la Nehoryn, mais il a promis de vous la rendre d'ici un ou deux jours. Inutile de me demander de quoi il retourne, Mr Mulciber, je n'en sais rien. Il est toutefois évident qu'il y a eu un combat singulièrement féroce, si on en juge ses blessures. Ceux qui n'ont pas identifié leur âme, vous viendrez vendredi après-midi, puisque vous n'avez pas cours, pour y remédier. Si vous ne savez pas qui vous êtes, comment seriez-vous capable de dire que vous êtes vous ?

Harry sourit discrètement, se remémorant avoir entendu la même question de la part du samouraï.

Mais sourire devint rapidement difficile, alors que la journée semblait ne pas s'écouler. L'attente était forte, on guettait le moindre signe des hiboux de La Gazette du sorcier. S'il s'était passé quelque chose de si grave, il était indubitable que le quotidien publierait une édition spéciale, sauf que celle-ci n'arrivait toujours pas. Toutefois, le soupçon d'une rencontre entre Midori et Anteras était largement présent dans les esprits, notamment parce que le demi-démon de Mirvira avait été blessé. C'était comme si personne n'imaginait quelqu'un d'autre pouvoir faire le moindre mal au samouraï – et c'était peut-être bien vrai, se répétait Harry. L'appréhension gagnait tout autant les professeurs, qui ne voyaient toujours pas revenir le directeur et Lorca. Où étaient-ils allés ? Au ministère ? A la Cité ?

La réponse devint évidente à l'heure du dîner : Tara taquinait gentiment Lucretia, malheureuse de « devoir être séparée de mon petit cœur d'amour », quand il les entendit. Ces innombrables bruissements d'ailes annonçant un cortège massif de hiboux et de chouettes.

− Ils arrivent, alerta-t-il en lâchant sa fourchette plantée dans un rognon.

Tout le monde put s'en apercevoir quelques secondes plus tard et tout autant de temps avant que les oiseaux ne pénètrent dans la Grande Salle, tant le battement était sonore. A peine entrés, ils piquèrent immédiatement sur les destinataires et se posèrent pour livrer Sorcier soir. En une, une photo en noir et blanc affichait un immeuble très largement détruit, même si un mur et demi tenait encore debout. Au-dessus, la manchette indiquait…

− HEIN ?! s'étonnèrent plusieurs élèves, ahuris.

VOUS VOULEZ DETRUIRE UN MINISTERE ?

APPELEZ UN SAMOURAI, UN NINJA ET UN DEMON !

Derrière notre titre un brin provocateur et sarcastique, c'est le cœur lourd que nous vous l'annonçons : moins de trois cents ans après avoir supplanté la Confédération internationale des sorciers en tant que gouvernement national, le ministère de la Magie a été presque entièrement détruit par un combat apocalyptique – et sans doute épique – ayant opposé le Démon Anteras, le samouraï Midori et, beaucoup plus inattendu, un (jeune ?) individu déguisé en ninja. Miraculeusement, aucune victime n'est à déplorer malgré la violence d'une confrontation que les témoins qualifient volontiers – et à juste titre, semble-t-il – d'inhumaine.

Yamina Serine, jeune Auror de 23 ans alors affectée au poste de vigile au moment des évènements, raconte.

« Il était environ 10h15, je revenais tout juste d'une ronde et les derniers employés arrivaient quand j'ai vu un homme suspect transplaner dans l'atrium, relate-t-elle. Je n'ai pas vu son visage, il était encapuchonné dans une vieille robe noire, mais sa barbe blanche laissait deviner qu'il était âgé. Il a sorti une épée et l'a pointée sur une employée quand, au moment il a lancé un sortilège avec, le ninja est intervenu pour dévier le sort. Le samouraï a rappliqué quelques secondes après avec une lueur dans la main et a envoyé le vieillard voler à travers l'atrium, mais il s'est réceptionné sur ses pieds comme si de rien n'était. Comme s'il planait. Il s'est redressé dans les airs et a atterri sur ses pieds. »

C'est alors que les choses ont pris une tournure aussi effroyable que rocambolesque, assure un employé.

« Des tarés ! juge cet homme du département des jeux et sports magiques. J'étais juste derrière eux. Le gamin a commencé à partir dans une espèce de délire en exigeant que Midori rentre chez lui, prétendant que « le Japon appartient aux shinobi, nin-nin ! », puis ils en sont venus à se battre tous les trois. Un sortilège d'Anteras, quand il a heurté l'un de Midori, a fait exploser la moitié de l'atrium. Ca aurait dû tuer plusieurs personnes, surtout les Aurors qui avaient été alertés et venaient tout juste d'arriver, mais le ninja a semblé sentir le danger et a crié un truc, une incantation, dans une langue bizarre. On a tous été engloutis par des flammes et l'instant d'après, tout le monde se retrouvait à Green Park. »

C'est de là qu'ils ont pu assister, comme tout Londres et sa banlieue, à la formation d'un gigantesque pilier de lumière montant vers le ciel en provoquant une détonation qui n'a pas été sans conséquence : des personnes qui s'avéraient cardiaques ont été victimes d'un arrêt, rapportent la RITM et certains médias moldus.

Si l'on pourrait croire que l'horreur et la stupéfaction se sont arrêtées à ce moment-là, c'était compter sans le ninja, qui a rejoint les employés… avec un bras en moins. Et si la scène pourrait faire tourner de l'œil, elle prit, sous le regard ahuri des témoins, une tournure totalement loufoque, nous affirme Joan Livesey, 61 ans, ancienne Médicomage reconvertie dans la politique depuis quatre ans.

« Je me suis précipitée vers lui pour voir s'il était possible de recomposer son bras, mais il a refusé. Il trouvait qu'il avait l'air « cool » comme ça et que ça lui offrait une occasion de découvrir encore plus « les limites de la magie de la Mort », si je me souviens bi

Harry arrêta sa lecture. Il s'en était douté depuis le début, dès qu'il avait lu le mot « ninja ». Après tout, Silver était le seul cinglé capable de se déguiser pour affronter Midori et Anteras en même temps, mais croire qu'il leur survivrait était, il fallait bien le reconnaître, quelque chose qu'il n'aurait jamais imaginé. Et cette question revint encore le hanter : à quel point était-il fort ?

Alexa, elle, jubilait.

− Hihihihihihihihihihihi ! ricana-t-elle. Ca, Bresch ne le lui pardonnera pas facilement ! Cette fois, c'est sûr, je vais enfin pouvoir faire un bébé avec lui !

Elle n'avait peut-être pas tort, car le directeur de Beauxbâtons bouillonnait littéralement en lisant son journal et il était inutile de se demander si c'était la destruction du ministère ou l'implication du Dieu de la Mort qui était à l'origine de sa fureur. Le Gryffondor avait tout intérêt à se faire oublier pendant quelques jours, songea Harry, et encore... Il n'y avait aucune chance pour qu'Alexa oublie ce qu'elle pourrait obtenir en rappelant l'évènement au professeur Bresch dès que Silver reviendrait, qu'il s'agisse de jours, de semaines ou de mois.

− Ca va aller pour son bras ? s'inquiéta Mary.

− Evidemment, dit la française. Ce n'est pas la première fois qu'il perd un membre. Une fois, il a voulu donner un coup de pied à une Acromentule, mais il a raté et a perdu sa jambe. Le vrai problème pour faire repousser une partie de son corps, c'est de prendre en compte toute sa constitution. Mais du moment que son pénis est intact…

− Aaaaaaah ! s'insurgea Leonie. Ne dis pas ce mot-là quand je m'apprête à manger une saucisse ! Pff, je n'en veux plus, maintenant !

− Tant mieux, j'ai la dalle ! se réjouit Sirius en plantant sa fourchette dans ladite saucisse pour l'amener jusque dans son assiette. Au fait, Ethan, je n'ai toujours pas compris comment tu as su que Voldemort était entre Remus et son équipe et celle de Gardner ?

− Je l'ai entendu transplaner, mais c'est surtout le fait que Poudlard, pour moi, est un endroit qui ne devrait pas avoir besoin de protection. C'est un peu utopiste. Quand j'ai entendu le petit bruissement de son transplanage, je l'ai réalisé. Par contre, je regrette que le cours se soit terminé de la sorte.

Il n'était sans doute pas le seul, mais son objectif était sans conteste le plus important : pouvait-il vaincre Lord Voldemort avant que ses amis ne lui succombent ? Une énigme totale, même s'il espérait avoir une chance d'être fixé sur ce sujet avant que le Seigneur des Ténèbres et lui-même ne se fassent face pour de vrai.

Le dîner prit fin dans le brouhaha, les élèves commentant toujours la chute physique du ministère et comment, sans locaux, il allait continuer à gouverner. Soulevée par Ana, une question intriguait particulièrement Harry : si Anteras était allé au ministère, pour quelle raison était-ce ? Si tout le monde pensait que c'était pour détruire leur ennemi, à lui et à Voldemort, le demi-démon avait une tout autre hypothèse : le département des mystères, où de nombreux artefacts pourraient lui apporter davantage de connaissances sur les magies de ce monde. Midori avait sans doute deviné, comme Silver, que le Démon finirait par s'y intéresser.

Sortis de la Grande Salle, les étudiants commencèrent à se diriger vers les couloirs qui les mèneraient dehors et aux ponts reliant l'île à leur maison respective. Harry souhaita bonne nuit à tout le monde et rejoignit l'escalier le plus proche de sa chambre, l'air sombre. Lucretia était partie dormir dans son dortoir. Il comprenait à présent que Draya était la seule chose qui les unissait. Certes, il le soupçonnait déjà, mais en avoir la preuve était encore plus douloureuse que de l'imaginer.

Arrivé dans sa chambre, il soupira profondément et alla remplir la grande baignoire. S'étant réveillés en retard, ils n'avaient pas eu le temps de se laver, et puis il avait besoin de se détendre psychologiquement, physiquement et magiquement.

Qui ou qu'était-ce ? Ce sosie de Lorca. Qu'est-ce que la Nehoryn avait bien pu ressentir en voyant son étrange copie ? Celle-ci était-elle sa hantise ? Son objectif dans la vie ? Que savait-il vraiment d'elle ? Il avait beau se le répéter plus ou moins régulièrement, il avait beau savoir que Lorca avait un rôle particulier au sein de l'Alliance, il ignorait toujours à quel point elle était spéciale. Alyphar n'avait-il pas placé toute sa confiance en elle, assurant qu'elle était la seule à pouvoir apprendre l'anglais écrit ? Il se souvenait de son aisance pendant la bataille, deux mois auparavant. Il se souvenait qu'en quelques semaines, elle avait réussi à créer une baguette adaptée pour elle grâce à de simples livres. Mais plus que tout, même s'il n'en était pas sûr et certain, il était à peu près convaincu que ce n'était pas pour rien si elle plaisait à Midori.

− Draya te manque ?

Harry sursauta violemment en tournant la tête vers Lucretia, assise à côté de lui.

− Que… Qu'est-ce… Tu… Quand… ? balbutia-t-il.

Sa réaction paniquée amusa beaucoup la belle blonde. Fort heureusement, la mousse masquait sa nudité, mais, tout de même, il ne comprenait ni quand ni comment ni pourquoi elle était là.

− Tu croyais que, sous prétexte que Draya n'était pas là, je ne viendrais pas dormir avec toi, c'est ça ? Idiot, tu es mon fiancé et tu as toi-même dit que nous étions les parents de notre fille. Et puis, je te l'ai dit : tu es vraiment celui que j'ai envie d'épouser. En plus, je le sais déjà, imbécile.

− Quoi ?

− Que tu m'aimes, crétin ! Le Kato Distra… enfin, le mien, n'est pas à sens unique. Si tu perçois mon humeur, je peux percevoir la tienne. Lorca m'a appris à appris à le contrôler. Je sais que quand tu te réveilles en premier, tu me regardes dormir avec Draya dans les bras, que tu te retiens quand tu m'embrasses, que tu apprécies d'avoir des tête-à-tête avec moi, que tu m'admires quand je m'occupe de notre fille… Je sais aussi que tu es dépassé par notre relation et je le comprends très bien. Je te fais souffrir en ne partageant pas tes sentiments, mais… heu… Il faut du temps pour tout. On a juste à faire notre maximum pour que ça dure, mais…

Elle rougit violemment.

− Heu… Je… E-Ethan, est-ce que… Comme Draya n'est pas là, est-ce qu'on pourrait… ? Tu sais. Ca. Faire… Enfin, ce truc. On se connaît bien psychologiquement, à présent, mais pas… Enfin, tu vois.

Harry sentit une certaine partie de son anatomie gonfler brusquement, une chaleur se répandant aussi bien dans son bas-ventre que dans ses joues. Elle n'était pas plus à l'aise que lui, mais elle était déterminée. Pour Draya ou pour leur couple ? Il ne se posa même pas la question : il était sûr que c'était pour les deux.

− Qu'est-ce qu'on fait encore dans ce bain ? Le lit nous attend, non ?