Finalement, la vie de couple avec une traditionnaliste était une merveilleuse expérience. Un peu troublante par certains aspects, mais merveilleuse. Même si leur première nuit très intime avait été quelque peu maladroite – et surtout, assez gênante –, Lucretia s'impliquait plus que jamais dans leur couple. En vérité, c'était elle qui menait leur relation : réajuster son uniforme, lui réclamer un baiser, lui demander de la toucher, lui interdire d'enfiler un pyjama, lui dire d'aller faire couler le bain, etc. Elle avait totalement emménagé dans sa chambre et y passait tout son temps nue, au grand plaisir des yeux du demi-démon qui apprenait petit à petit le monde étrange des Mogg et de leurs concitoyens de la « noblesse sorcière ». Inviter une fois par semestre les amis à dîner, accepter toutes les invitations pour des œuvres caritatives, faire un don une fois par an à l'hôpital Ste Mangouste, mais plus que tout : toujours rester cordial, même quand on s'entretenait avec des inconnus. Mais s'il y avait bien une chose qui lui faisait plaisir, c'était bien la correspondance de la riche héritière. Des familles déterminées – « Ces emmerdeuses », grognait-il inlassablement – à ne pas abandonner continuaient à envoyer des propositions à la belle blonde qui, systématiquement, ne le présentait plus comme son fiancé, mais comme son époux. Harry se régalait les yeux chaque fois qu'il lisait ce titre. Si elle le surprenait par son attitude engagée, si elle l'envoûtait par son sourire ou ses rires, si elle l'amusait par son impatience à retrouver Draya, il découvrit très vite qu'elle n'avait pas fini de le prendre au dépourvu.

Deux jours après l'annonce de la destruction du siège du ministère de la Magie et le départ de la Shadrian, que Lucretia attendait impatiemment, le délai de son absence de son retour approchant, Harry rejoignit sa fiancée à la table de Gryffondor où, non sans réjouissance, il découvrit Draya assise sur les genoux de sa mère, toutes quatre – avec Leonie et Tara – parcourant un catalogue semblant porté sur la mode.

Etrangement, James et Sirius partirent à rire sous cape en l'apercevant.

− Coucou, papa ! dit la fillette avec son inépuisable et joyeuse énergie.

− Coucou, ma chérie, répondit-il en souriant alors qu'il la prenait dans ses bras pour déposer un baiser sur son front. Ca a été ? Midori ne t'en a pas trop demandé ?

− Noooon, mais je ne peux rien dire en public. Futur tonton Leo a promis que si je me taisais, je pourrais avoir son bras perdu ! Et Boss a dit que si je parlais en présence de personnes auxquelles papa et maman ne font pas la plus totale confiance, il ne me laisserait plus compter les morts après les batailles ! Mais, papa, regarde, regarde : on a trouvé nos robes avec tata Tara et grande sœur Ninie !

− Vos robes pour quoi ? s'étonna le demi-démon.

Se penchant sur le magazine, il réalisa subitement qu'il s'agissait de celui de Luxury Wizard, une boutique qui se spécialisait dans l'évènementiel. Et la page que consultait sa fiancée affichait… de demoiselles d'honneur.

− Tu prépares déjà le mariage ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit, j'aurais pu aider, dit-il.

− Andouille, si tu avais pris le temps de lire le contrat que mon père t'a fait signer, tu aurais pu voir que dès les signatures apposées, les préparatifs seraient déclenchés. Nous nous marions le 12 avril.

− Ah.

Il eut un petit moment d'égarement, enregistrant les paroles de la belle blonde.

Hein ?! s'exclama-t-il.

Les Maraudeurs et les filles éclatèrent de rire devant son expression ahurie. Se marier si tôt ? Certes, il voulait bien l'épouser, mais elle n'était pas amoureuse de lui et il n'avait pas choisi sa tenue, sans parler du fait qu'ils ne s'étaient encore jamais entretenus sur un mariage de traditionnalistes. Et puis ils n'avaient aucune garantie que le couple qu'ils formaient se passerait bien… Il avait hâte d'y être mais redoutait aussi ce jour. Et il n'avait pas plus d'un mois et demi pour se préparer psychologiquement.

Tâtonnant la table, il parvint à s'asseoir, Draya sur les genoux, alors que Lucretia tournait un regard menaçant vers lui, comme si elle le défiait de refuser de l'épouser ou de retarder la date du mariage.

− Y aurait-il un problème ? interrogea-t-elle d'un ton tranchant comme une lame de rasoir.

− Heu… Non, non, pas du tout… Je…. heu… J'ai hâte d'y être et… Arrêtez de vous marrer !

A sa propre surprise, ils obéirent, mais pas sur son ordre : dans le POUM ! assourdi produit par le transplanage de sa mystérieuse nature, Silver apparut derrière Alexa dans son déguisement de ninja. Il n'avait lésiné sur toutes les facettes de son délire. Son visage masqué et cagoulé ne laissait apparaître que ses yeux. Tout vêtu de noir, un sabre court dans le dos, il portait également une ceinture à poches contenant kunaï, shuriken, fumigènes, un long poignard, un grappin et des makibishi, petits clous à quatre pointes servant généralement à ralentir l'ennemi pour faciliter la fuite. En revanche, il n'avait toujours pas récupéré son bras gauche.

Okaeri, futur tonton Leo ! se réjouit la Shadrian.

Tadaima, nin-nin, répondit le Gryffondor.

− Si vous vous mettez tous à parler japonais, on va être dans la merde… commenta Nadège, désabusée.

− LEO !

Il fallait s'y attendre et tout le monde l'avait fait : la fureur du professeur Bresch s'était ravivée à l'instant où le Dieu de la Mort était apparu, et il se précipitait déjà à sa rencontre pour la lui faire sentir.

Tch !

− Je vais t'en foutre des « Tch ! », sombre demeuré ! gronda le directeur de Beauxbâtons. Viens avec moi, il se peut que la conversation devienne dangereuse pour les autres si tu n'as pas de bonne excuse pour expliquer cette connerie de te lancer dans un combat contre Anteras !

Attrapant le Dieu de la Mort par le col de sa combinaison, il l'emmena vers la sortie.

− Pensez à moi pour sa punition ! cria Alexa.

Et les autres repartirent à rire, alors que le professeur Bresch et son pire élève préféré quittaient la pièce. Harry aurait préféré avoir le temps de discuter avec le Gryffondor sur l'évolution de l'antidote anti-Pourrisseur d'Âme, mais au moment où il planta sa cuillère dans son bol de porridge, ce fut tout autre chose qui occupa son esprit au moment où une main passa au-dessus de son épaule pour attraper sa fourchette et la planter dans une saucisse qui atterrit dans la bouche de Midori.

Il n'eut même pas à se retourner pour savoir à qui appartenait l'ample manche qu'il avait aperçue, ni à poser la question à ses amis assis devant lui pour savoir qui venait de lui voler une partie de son petit déjeuner.

− Hmm… Ca ne vaut pas une saucisse de Morteau.

− Boss ! s'enthousiasma Draya. Regarde, regarde, papa et maman vont bientôt se marier ! Ze serai même l'une des demoiselles d'honneur ! Z'ai pris la robe rouge et noir et maman m'a promis de m'acheter une broche super grave trop belle !

Midori jeta un œil à la page.

− Et que fais-tu de l'Envadaskiro ? interrogea-t-il avec indifférence.

− Moi-même personnellement le mettrai pour le bal !

− Le quoi ? demanda Harry.

− C'est une tenue de cérémonie des Shadrian, dit le samouraï. Enfin, passons. Lily Evans, malheureusement, il va falloir que tu abandonnes l'idée de récupérer ta broche, mais j'ai déjà demandé à un artisan d'en fabriquer une copie. Alexa Fellini, assure-toi de tomber enceinte rapidement, car si ce trou du cul de shinobi me refait un coup comme lors de l'attaque du ministère, je ne peux pas te garantir qu'il survivra. Quant à toi, Ethan, tu me suis.

Dumbledore les rejoignit. Contrairement à lui et Draya, Lorca n'était toujours pas revenue. Le directeur s'était offert le luxe d'assurer les cours de défense contre les forces du Mal à sa place, et les témoignages ne tarissaient pas d'éloge sur sa manière d'enseigner. Plus qu'une toute petite journée et les septième année pourraient en faire l'expérience.

− Ils sont prêts, annonça-t-il.

Le demi-démon de Mirvira ouvrit une main et un orbe transparent, semblable à du cristal, apparut dans aussitôt dans sa paume. Il le regarda brièvement comme s'il voyait, entendait ou sentait quelque chose en émaner, puis il le fit disparaître.

− Non, il y a une perturbation du côté d'Agatha et de Podigan. Le fait qu'elle soit enceinte crée sûrement cette instabilité. Je vais aller la remplacer, la moindre erreur pourrait avoir de graves conséquences. Ethan, attends ici, ça ne devrait pas être très long.

Il dégaina légèrement et se volatilisa.

− Que se passe-t-il, monsieur ? dit Remus, intrigué.

− Le lieu n'est pas adapté pour avoir une telle conversation, mais Ethan vous expliquera tout plus tard. Quelle robe as-tu choisi, Ninie ?

Sans surprise, elle avait choisi une robe rouge et or, mais l'esprit de Harry n'était pas du tout tourné là-dessus : il voulait savoir ce que préparaient l'Alliance et l'Ordre du Phénix et surtout, si le moment de desceller sa magie démoniaque était enfin venu. Cela paraissait évident puisque Midori s'était déplacé en personne, alors que c'était généralement Ooghar qui assurait les relations entre les deux entités, mais à quoi devait-il s'attendre ? Allait-il se retrouver à nouveau dans un sommeil artificiel ? Qu'est-ce que le samouraï avait bien pu découvrir dans la Pierre ? Le plus étrange, c'était l'angoisse de perdre à jamais la possibilité d'entendre Lathar lui parler. Il tenta bien de le solliciter, d'avoir une dernière conversation avec lui, mais il ne répondit pas.

Il fut tiré de ses pensées par un gros et une étreinte pleins de bonheur offerts par Draya et réalisa que les élèves avaient déjà commencé à prendre le chemin des classes. Dumbledore était notamment retourné à sa place afin de prévenir les professeurs Chourave et McGonagall que le demi-démon aurait soit du retard, soit serait absent.

− Ethan, réfléchis à qui sera ton témoin. Je te laisse le magazine pour que tu choisisses ta tenue de marié aussi, et…

Lucretia parut quelque peu inquiète. Elle avait compris qu'il allait récupérer ses pouvoirs, mais elle n'était pas rassurée sur les conséquences que cela pourrait avoir. Allait-il encore tomber dans l'inscience ? En fait, elle avait exactement les mêmes incertitudes que lui.

− Ca ira, essaya-t-il de la rassurer.

− Je prends ça pour une promesse. Si tu ne la tiens pas, tu en subiras les conséquences. Je te laisse le temps de notre séparation pour me réserver ton baiser le plus passionné possible pour impressionner Draya.

− Oh, chouette !

Hagrid s'avança et prit la fillette pour la hisser sur son épaule.

− Coucou, meilleur ami Rubeus !

− Salut, meilleure amie Draya, dit le garde-chasse avec un grand sourire. Aujourd'hui, on va récolter beaucoup de légumes, alors j'espère que tu es prête. Par contre, ça va être salissant, ajouta-t-il à l'adresse de Lucretia et de Harry, et ce n'est pas dans la rivière ou le lac que ça va totalement partir.

− Si je finis avant le cours de botanique, je viendrai la chercher pour lui donner un bain, assura le demi-démon. Merci de vous en occuper.

− Ce n'est pas tous les ans qu'on voit une petite famille vivre à Poudlard… euh, à Lavorsy. Décidément, je n'y arrive pas. Ninie, Lily, le thé aura un peu de retard aujourd'hui, car je dois aider le professeur Brûlopot pour son cours sur les Gironflars des Montagnes et ça promet de prendre du temps. Je vous laisse le soin de prévenir Ana.

− Pas de souci.

Tout le monde partit, non sans lancer un regard appréhensif à Harry, excepté Draya qui le salua joyeusement et en agitant la main. Les serres de botanique contenant des plantes de plus en plus dangereuses à étudier, Hagrid – même s'il n'était pas fait prier – avait accepté de garder la Shadrian pendant les cours du professeur Chourave et de lui faire faire différentes activités. Ironie du sort, alors que dans une autre vie, son orthographe avait été plutôt moyenne, il apprenait à s'améliorer à mesure qu'il donnait des leçons à la fillette, toujours ravie de ces moments et de les raconter.

Il tourna la tête en entendant Dumbledore s'approcher, tandis que les portes de la Grande Salle se fermaient.

− Vous ne faites pas cours, monsieur ?

− Aurélien a sa matinée de libre, alors je lui ai demandé de me remplacer, expliqua le directeur en s'asseyant à côté de lui. Je n'aime pas m'immiscer dans la vie privée des gens, sauf si c'est vraiment nécessaire, mais je crois que vous le savez déjà, non ? L'évolution de votre relation avec Lucretia ne se limite pas au mariage : elle essaie d'avoir un enfant de vous et de pouvoir annoncer, le jour de votre union, qu'elle est enceinte.

− Je m'en doutais un peu. Ca me terrifie, d'ailleurs. Même si nous aurons quitté Poudlard quand il naîtra, je ne me vois pas vraiment capable de gérer un bébé… même si ça me remplit de joie rien qu'à l'idée de voir Draya se réjouir d'avoir un petit frère ou une petite sœur et d'avoir une vraie famille. Mais à l'heure actuelle, mes pensées vont surtout vers le descellement de mes pouvoirs et sur ce que trame l'Alliance. De quoi il retourne, exactement ?

Dumbledore laissa échapper un infime soupir.

− C'est triste à dire, mais Anteras et Voldemort nous ont bien eus. Pendant que nous nous concentrions sur les activités qu'ils menaient au Royaume-Uni et en Irlande, ils ont discrètement envoyé des émissaires partout dans le monde pour recruter des criminels, des désespérés et des créatures magiques. L'Alliance a remarqué un afflux très important de ces mercenaires, il y a quelque temps, mais elle s'y était préparée puisque la même situation est survenue en Mirvira. Le problème a été d'analyser les magies de notre monde et d'améliorer l'osvodyr pour qu'il prenne en compte toutes les exigences de nos alliés.

− Osvodyr ?

− C'est une technologie du Lorgath permettant de manipuler la lumière. A part les êtres dotés d'une faculté qui leur donne le pouvoir de voir dans le noir, l'œil ne perçoit rien sans une lumière. Autrement dit, s'il était possible d'inverser cette règle, toute chose visible deviendrait invisible.

Harry fronça les sourcils, puis sursauta.

− Ils... Impossible ! Ils ne vont pas… ?!

Dumbledore s'amusa de sa réaction.

− Si. Le Royaume-Uni et l'Irlande vont disparaître de la surface de la planète dans quelques minutes. Cela dit, comme je le soulignais, il a fallu prendre en compte les réclamations de tous nos alliés. Le ministère de la Magie tient à conserver ses relations internationales, le Premier ministre tenait à ce que ça n'impacte pas les Moldus et le Quartier général des Aurors a souhaité qu'une protection pour que l'ennemi ne puisse ni entrer ni sortir. Toute personne possédant une goutte de magie dans son sang sera aveuglée si elle tente de franchir la barrière, dans un sens comme dans l'autre, mais les Moldus ne remarqueront rien de la disparition de notre archipel. Terry, quand il était encore ministre, avait prévenu tous ses homologues de ce plan. Millicent, en lui succédant, a été prévenue. Elle a sûrement déjà envoyé un message à tous les ministères du monde. D'ici ce soir, les médias auront annoncé la nouvelle. Prerian a formé une équipe pour soigner la cécité des personnes innocentes qui pourraient venir dans le pays avant que la nouvelle ne soit connue et les Ethrossie Xarys en a constitué une autre pour créer un moyen sans risque afin que les diplomates étrangers puissent aller et venir.

Il avait beau le savoir et se le répéter, Harry restait toujours impressionné par l'Alliance. En vérité, entre elle et Silver, il se sentait misérablement incapable, tout demi-démon qu'il était. Tant d'intelligence, tant de capacités et de solutions démontrées et apportées… Anteras pouvait avoir Byr sous son contrôle, le Serpentard trouvait qu'il aurait été beaucoup plus dangereux d'avoir l'Alliance comme ennemie.

POUM ! Silver apparut juste devant eux, une grande assiette dans la main.

Omatase shimashita, nin-nin.

Harry lui lança un regard blasé alors que le Gryffondor posait son repas sur la table.

− Quelle est la punition d'Aurélien ? s'enquit Dumbledore.

− Tripoter Alexa, mais je lui ai dit que je préférais faire ça, ça et ça avec elle, nin-nin.

− Quoi ?! s'étonna Harry.

− C'est une évidence, assura le « ninja ». Les femmes ont la capacité de donner la vie, il me suffit donc de lier ma Semence de la Mort à l'ovule qu'elle fécondera grâce à un enchantement qui puisera ce pouvoir afin que mon bras renaisse. Tout ce qu'il me fallait, c'était de prendre le temps d'étudier la constitution d'un bras… Me reste à espérer qu'elle n'est pas dans sa période, nin-nin.

Un monstre. Ce mec était littéralement un monstre, songea Harry, abasourdi. De puissance, d'intelligence et de tout ce qui définissait Silver, qui se redressa soudainement d'un air mi-surpris, mi-désabusé.

− Merde, je viens d'y penser. Si je le fais avec elle, elle ne va plus me lâcher. Ethan, je peux t'emprunter…

− Même pas en rêve !

Tch !

Dumbledore pouffa de rire mais se ressaisit dès que Midori revint, un bras autour des hanches de Lorca. En un instant, avant même d'avoir rengainé son sabre, il remarqua la présence de Silver. Il lâcha la Nehoryn, même s'il prit le soin de laisser sa main glisser sur son fessier sans qu'elle ne manifeste ouvertement ce qu'elle ressentit.

− Les cours ont déjà commencé, Aurélien s'occupe de vous remplacer, dit le directeur.

− Je vois. Je vais me faire couler un bain, dans ce cas. Midori, tu me rejoins quand tu en as fini. Mr Silver, s'il vous provoque, ne lui répondez pas. Si vous le faites, je vais devoir m'occuper très sérieusement de vous deux.

Effet de son imagination ou réalité ? Peut-être était-ce juste le souvenir de la Lorca argentée qui avait tué Lord Voldemort lors du cours spécial, mais Harry eut réellement l'impression que les cheveux de la Nehoryn s'étaient éclaircis, que son teint sensiblement hâlé et que ses yeux avaient quasi-imperceptiblement rougi. Le samouraï ne montrait rien de ses sentiments, comme toujours, mais le Dieu de la Mort rentra la tête dans les épaules, sans nul doute conscient de la menace.

La belle enseignante transplana dans l'habituel panache de fumée noire, son amant plongeant une main dans le kimono vert émeraude et argenté qu'il portait pour en sortir la broche de Lily. Harry nota immédiatement qu'une transformation s'était opérée : les filaments flamboyants de la Pierre étaient beaucoup plus nombreux, plus vifs à errer à travers la gemme noire. Croquant une galette de pomme de terre, Silver y jeta un coup d'œil désintéressé, comme s'il avait s'agi d'une babiole, comme s'il n'y avait jamais accordé la moindre importance jusqu'à ce qu'il la transmette à Lily.

− Enlève ta chemise, dit Midori.

Harry se laissa prendre de court, mais il obéit. Torse nu, il regarda le samouraï examiner la marque laissée par la Pierre lorsqu'il avait été transféré à cette époque, et que Lucretia aimait parcourir du bout du doigt.

− Ton père était décidément le Démon le plus puissant du LorMirAl, Ethan. Byr aurait sûrement été jaloux par une telle ingéniosité et Anteras l'aurait été tout autant face à un guerrier aussi fort. Je ne sais pas si, doté de toute sa puissance, Lathar aurait été capable de le vaincre facilement, mais les premières Lames du Chaos auraient été de vulgaires insectes s'il n'avait pas séparé ses pouvoirs en deux.

− Comment ça ? Pourquoi aurait-il fait cela ?

− Parce que Lathar était le Démon du Temps. Je t'ai dit qu'une rumeur prétendait qu'il avait été un stratège de première classe, mais c'est parce qu'il voyait ce qui allait se passer avant que les évènements ne se produisent. Il n'est pas surprenant qu'il ait pu te parler directement à travers un souvenir. Tu peux lui dire bonjour, si tu veux.

Le Serpentard cilla en voyant son aîné brandir la branche devant son visage.

− Qu'est-ce que… ?

− Lathar n'est qu'à moitié mort. Lathar est la Pierre. Ou plus exactement, les Pierres.

Même Dumbledore et Silver ne purent cacher leur trouble.

− Comment est-ce possible ? s'étonna le Gryffondor.

− Le père d'Ethan était mourant. Longtemps avant d'être « tué » par des sorciers, il a commencé à perdre de sa puissance, de ses pouvoirs. Dès qu'il a senti les premiers symptômes de sa maladie, au lieu de se donner le temps de trouver un antidote, il a séparé son âme en deux pour lui donner la forme d'une première Pierre en lui offrant des pouvoirs temporels et génétiques. C'est celle-là qui a donné à Ethan son statut de demi-démon.

− Ethan n'a reçu que la moitié… ? dit Dumbledore, franchement abasourdi.

− Oui. C'est pour cela que je dis que Lathar était sans conteste le Démon le plus puissant. Même si Ethan a des gènes grandement supérieurs aux miens, même s'il est plus démon qu'humain, il n'a reçu que la moitié de ce que son père lui léguait. En résumé, une fois que j'aurai descellé ses pouvoirs, Ethan deviendra un vrai Démon.

Il posa deux doigts sur la marque qui ornait la poitrine du Serpentard.

− Tu te souviens ? interrogea-t-il.

« A l'Héritier de la Pierre sera offert les pouvoirs du 1er Cercle », récita Harry, se rappelant de ce que Lorca avait traduit du symbole la première fois qu'il l'avait rencontrée.

Midori opina.

− Les Cercles ne font pas référence à un pouvoir, mais à l'évolution de l'héritier. Le Cinquième désignait celui de l'absorption de la première Pierre. Le Quatrième était l'épreuve d'une harmonisation entre les gènes humains et démoniaques. Le Troisième était celui de l'apprentissage menant au contrôle de la magie démoniaque. Et bien sûr, le Second, même si Lathar n'était sûr de rien, évoquait la probable combustion magique que tu as subie.

− Et le Premier est donc ma transformation en Démon.

− Tu es prêt ?

Il n'en savait trop rien, en fait, mais la voix de Lorca résonna dans son esprit pour lui rappeler que la guerre ne se déroulait jamais sans exiger quelques sacrifices. Et puis, il avait des amis, des mentors, une future femme et sa fille à protéger, ainsi que d'un éventuel futur bébé… Comment pourrait-il hésiter en sachant ça ? Qui refuserait à accepter une telle métamorphose en ayant conscience de ça ?

− Voilà que vous vous mettez à poser des questions stupides, dit-il.

Pour la première fois, l'ombre d'un sourire étira les lèvres du samouraï. Il se mit à réciter une incantation, mais à chaque mot formulé, Harry sentit une étrange fatigue s'emparer de lui, toujours plus dense à chaque syllabe. Et il se demanda s'il n'allait pas retourner dans le corps de Lathar, s'il aurait la chance de le remercier, de le saluer, de lui dire merci. Il avait été choisi par la Pierre, il avait été reconnu par la deuxième Pierre… et il allait acquérir des pouvoirs, bien que mystérieux, qui lui permettraient de protéger les autres, même s'il lui faudrait apprendre à les contrôler.

Il s'endormit.

Lathar… songea-t-il dans les ténèbres qui l'avaient enveloppé. Qui appelles-tu ton père par son prénom, c'est « Papa » pour toi, sale gosse ! répliqua la petite voix d'un ton courroucé. Une nouvelle pensée résonna dans tout son esprit, mais le Démon ne la laissa pas être exprimée. Ethan, c'est la dernière fois que nous communiquons et je ne suis pas du genre à m'attarder à des adieux, mais sache que je suis fier de toi. Tu n'en as pas conscience et ça se comprend, mais tu as la femme que j'espérais que tu aies, tu m'as offert une petite fille qui me rappelle ces gamines nymphes qui riaient de tout pour un rien, tu as évolué beaucoup plus vite que je ne m'y attendais… Mes conseils ne sont plus utiles. Tu es le Démon de la Stratégie, qu'elle soit guerrière, sentimentale ou carriériste. Je suis sûr que d'ici quelques années, tu assumeras et montreras ce statut. Dis merci à toute notre famille.

Harry ouvrit les yeux et sentit une larme couler le long de sa joue. L'obscurité encore… Mais quelque chose le gênait physiquement. Un poids léger sur lui et une peau douce entravant son bras. Il baissa les yeux. Il n'arrivait pas à les voir, mais il savait que Draya était couchée sur lui et que Lucretia emprisonnait son bras dans un signe de soutien. Combien de temps était-il resté inconscient, cette fois ?

− Hmm… ? gémit la belle blonde.

Le Kato Distra devait lui avait fait sentir les sentiments de son fiancé, car elle se réveilla, bougea et alluma les bougies du lustre avant de reposer sa baguette sur la table de chevet. Somnolente, elle eut un sourire en voyant le Démon à nouveau conscient.

− Pomfresh a laissé une potion de sommeil si jamais tu te réveillais dans la nuit, murmura-t-elle.

− J'ai dormi combien de temps ?

− Juste quelques heures, mais Midori a prévenu que ta transformation se ferait en quelques jours, le temps que tu assimiles la deuxième Pierre. Je lui ai dit que nous… Enfin, que je voulais… Que j'essayais d'avoir…

− Je sais.

Lucretia vit son teint rougir, comme deux soirs auparavant. Il eut la très nette impression que si Draya n'avait pas été là, elle lui aurait sauté dessus pour tenter de concevoir un enfant. Et pourtant, il sentait qu'elle n'avait pas d'amour pour lui, et son cœur se contracta à nouveau d'une manière bien plus douloureuse.

− Est-ce que ça te dérange de faire un bébé à une fille qui n'est pas amoureuse de toi ? C'est… Je te jure que je ne fais pas ça seulement pour Draya ou pour les traditions, je veux vraiment que tu sois le père de nos enfants... et je ne veux pas te… te perdre.

La courbe s'inversa : si Draya n'avait pas dormi sur lui, c'aurait été lui qui se serait jeté sur Lucretia. Mais à la seconde où la pensée lui traversa l'esprit, il remarqua quelque chose d'étrange. Une nouvelle porte était apparue. Son expression mi-surprise, mi perplexe arracha à nouveau un sourire à Lucretia.

− J'ai expliqué à Lorca que nous aurions besoin d'un peu d'intimité, alors elle est venue, a posé un doigt sur le mur et la chambre de Draya était faite. C'était assez comique, d'ailleurs, car Midori et Silver se sont montrés très dociles au moindre de ses ordres. Midori s'est chargé de la décoration murale et Silver a fourni des meubles dont il ne voulait plus. Je ne sais pas s'il a conscience de la fortune qu'il pourrait en tirer en les vendant... mais on les lui rendra une fois que je serai enceinte. Viens, je vais te montrer. Fais doucement avec notre petit bout de chou.

− Crois-moi, une fois qu'elle est endormie, même une attaque de géants ne la réveillerait pas…

Mais il fit tout de même tout ce qu'il put pour se lever le plus délicatement possible, la Shadrian dans les bras, et rejoignit Lucretia au moment où celle-ci ouvrait la porte.

− Tu appelles ça une chambre ?! s'exclama-t-il, éberlué.

L'endroit était immense, rivalisant presque avec la Grande Salle. Un grand lit massif d'ébène feuilleté d'or de feuilles de chêne était drapé de soie noire brodée d'argent, des commodes aux pieds effilés laissaient clairement sentir que leur prix aurait fait tourner de l'œil le sorcier le plus modeste, une longue rangée de kimono suspendus longeait les murs alors que le matelas était envahi par toutes les peluches achetées par Leonie pour sa petite sœur et dont la fillette raffolait. Toutefois, si Harry remarquait bien une chose, ce fut un grand symbole placé sur l'une des parois, la seule qui était la plus exposée : un demi-cercle coupée par une longue barre horizontale dont le bas se redressait, tel un crochet, et dont la pointe était surmontée de deux petits traits diagonaux parant une ligne très courte et verticale.

Le prénom de Draya écrit dans la langue démoniaque, peint en argent au centre d'un grand cercle vert menthe que deux longs serpents dorés aux yeux incrustés de rubis semblaient protéger. Comme si Midori avait tenu à lui rappeler qu'il avait un jour été un Gryffondor, qu'il le serait toujours, tout en soulignant la maison des parents de la petite fille.

− Ce n'est pas un peu excessif… ?

− Venant de Monsieur-des-parents-prennent-soin-d'apporter-du-bonheur-leur-enfant, c'est assez ironique ! dit Lucretia d'un ton narquois. Notre petite puce était folle de joie quand elle a découvert sa chambre, alors non, j'ai l'impression qu'il n'y a rien d'excessif. Ce que je trouve excessif, c'est que tu ne l'aies toujours pas couchée afin que nous retournions au lit pour avoir un tête-à-tête.

Harry sourit à son tour et alla installer Draya, la recouvrant de la fine couverture de soie. La regarder dormir si paisiblement, l'avoir sous ses yeux, lui rappela assez brutalement que ça n'avait été possible que grâce à Lathar – et qu'il n'entendrait plus cette petite voix cinglante. Et cette pensée lui transperça le cœur. Dans une vie comme dans une autre, il était incapable de garder son père…

− Ethan ?

− Hein ? Ce n'est rien, je…

− A qui tu crois parler, abruti ?! Bien sûr qu'il y a quelque chose !

− Non… enfin, oui, mais ce n'est pas important… Enfin, si. C'est juste que je réalise que je vous ai toutes les deux grâce à Lathar et que je n'ai même pas pu le remercier. Que sans lui, je ne vous aurais jamais rencontrées et que je n'aurais peut-être jamais connu le plaisir d'avoir une famille.

La main de Lucretia se referma sur la sienne afin de l'entraîner hors de la chambre, dont elle referma la porte, avant de l'emmener jusqu'au lit pour s'allonger sur lui. Le Kato Distra dégageait une tendresse mi-déçue et mi-contrariée. Et pourtant, ce fut avec douceur qu'elle l'embrassa à coup de petits baisers, vibrant de plaisir lorsque le presque-Démon la saisit par les hanches pour plaquer ses lèvres contre les siennes afin de lui communiquer ses sentiments, sa passion, son appétit de se délecter de sa bouche et de la sentir contre lui.

Même si elle s'excita et profita un moment de cette démonstration d'amour, elle finit par le repousser, à la fois désireuse de reprendre et grave.

− Pourquoi ? interrogea-t-elle. Pourquoi ne partages-tu jamais tes pensées ? Je ne me suis pas offerte à toi pour que je me débarrasse de ces chieurs de prétendants ! Je veux… Je veux te connaître et t'aimer, pour notre bien et celui de Draya, pour rassurer ma mère qui n'a pas arrêté de s'inquiéter de mon avenir parce que je n'avais jamais montré le moindre intérêt envers un garçon, pour garantir à mon père que la lignée des Mogg ne mourra pas et… et parce que je ne nous imagine pas… Tu vois ce que je veux dire… C'est…

Elle fut interrompue par un soudain baiser de Harry. Il y mit tous ses sentiments, toute sa passion, son envie et son amour, mais également sa culpabilité. Il avait oublié que les mots n'étaient pas toujours nécessaires, qu'il lui suffisait d'exprimer ce que l'on ressentait à travers ses actes, avec son âme.

Lucretia y répondit plus que favorablement. D'abord surprise, elle dégagea de franche réjouissance tout en se collant un peu plus à lui pour lui faire savoir qu'elle n'avait pas l'intention de dormir avant un assez long instant au cours duquel, selon toute vraisemblance, tout vêtement et absence de contact physique seraient interdits. Elle était si… Harry ne pouvait donner un mot à cette belle blonde qui, impatiente mais enthousiaste de reproduire ce fameux acte des deux dernières nuits, enleva sa nuisette pour exhiber ses jolis seins ronds et fermes.

Si belles… Cette vie, cette fiancée, leur fille…

Merci, papa.