Harry vacilla au moins pour la centième fois en trois jours et s'appuya sur le mur le plus proche avant qu'il ne se vautre de tout son long sur le sol. Sa transformation n'était pas de tout repos. C'était même insupportable : les émotions de tout le monde lui parvenaient sans même qu'il n'ait à utiliser sa magie démoniaque. Il savait qu'une élève de Poufsouffle venait d'avoir un vertige, qu'un Serdaigle de troisième année angoissait à l'idée de recevoir une mauvaise note lundi pour son devoir sur les phénix, que Leonie s'amusait avec Draya tout en jubilant d'être assise sur les genoux d'Ana, qu'un Serpentard tentait de se convaincre qu'il allait gagner contre son adversaire et même que Lorca avait déjà perçu son trouble grâce à la Sixième Loi. Il ne contrôlait rien, mais ni la Nehoryn, ni Midori ne pouvait l'aider. Toutefois, ce n'était qu'une partie du problème : ce n'était pas seulement sa nature de Démon sensoriel qui posait souci, il y avait aussi ses pouvoirs. Une énième lettre d'une famille demandant qu'un rendez-vous soit programmé entre Lucretia et leur fils lui avait fait faire fondre son couteau, l'agacement que lui inspiraient les provocations de Mulciber avait fendu une table en deux quand il avait posé un doigt dessus et une œillade mauvaise du massif Serpentard vers la Shadrian avait provoqué un début d'incendie. Ce n'était que dans sa chambre que tout s'arrêtait, qu'il parvenait à échapper à cet enfer de sensations et d'incidents.

Mais c'était mauvais. Le tournoi de duel s'apprêtait à commencer, sa main posée sur le mur percevait déjà une multitude de pas annonçant l'arrivée des spectateurs étrangers à Lavorsy qui découvraient la nouvelle école, non sans se demander où ils pouvaient bien être. Si jamais il avait un nouveau malaise pendant son duel, il n'y aurait pas que Lucretia pour lui remonter les bretelles, mais aussi Silver. Il l'avait encore rappelé la veille : il se ferait la plus grande joie – sadique, évidemment – de punir tout Brigadier qui perdrait.

Est-ce que ça va ? s'inquiéta Vallys.

− Ouais, ne t'en fais pas, c'est déjà passé, dit-il en se redressant. De quoi vous parliez, au fait, ce matin ?

Après une longue observation, un peu comme une mère jaugeant les chances que son enfant ait trouvé la petite amie parfaite, la darderan avait validé le couple et marqué Lucretia pour pouvoir communiquer avec elle.

Je trouvais qu'il y avait quelque chose d'étrange dans l'empressement des préparatifs du mariage. Tous les jours, Lucretia reçoit une lettre de ses parents, du traiteur ou d'une quelconque autre personne liée à cette fête : le 12 avril n'est pas seulement la date de votre mariage, c'est aussi l'anniversaire de Leonie. En plus de cela, ils essaient d'intégrer des coutumes maritales des Shadrian pour faire une surprise à Draya.

− Pourraient me prévenir… marmonna le Serpentard en descendant l'escalier menant au hall.

Il sentit à nouveau ses jambes flageoler et saisit la rampe en regardant les familles, proches et curieux venus se régaler du spectacle du tournoi de duel émerger d'un des couloirs à la suite du professeur McGonagall, admirant les boiseries et le plafond qui annonçait que l'équipe de Quidditch de Gryffondor était en tête du championnat. A la seconde suivante, il afficha le sondage publié lundi par La Gazette du Sanglier Lavorsien désignant les jeunes femmes les plus populaires, Ana, Lily, Cassie, Lucretia et Aurelia en tête, ainsi que les garçons, Sirius dominant très largement le podium avec plus de la moitié des votes.

Lucretia surgit d'un couloir. Harry se redressa aussitôt pour ne rien laisser paraître de ce nouveau malaise. Une tentative naïve, car dès qu'il atteignit le bas des marches où elle attendait, elle passa brièvement son regard sur la main glissant sur la rampe et soupçonna aussitôt quelque chose.

− Encore, hein ?

− Je vais bien. Tu sais comme moi que ce n'est que temporaire.

− Sauf que tu affrontes Mulciber. Cet idiot ne va pas y aller doucement, que ce soit avec ses sortilèges ou bien ses propos. Si jamais tu provoques une catastrophe par accident, tu…

Ils furent interrompus par un flash soudain qui non seulement leur agressa les yeux, mais leur fit aussi tourner la tête vers un photographe et une femme brune dont l'excitation laissait clairement deviner qu'elle pensait avoir obtenu un scoop. Il sentit toute l'exaspération de Lucretia arriver jusqu'à lui, comme si elle savait déjà ce qui les attendait.

− Margaret Mall pour Sorcière hebdo, annonça la journaliste. Pourriez-vous nous accorder une interview ? Un couple aussi inattendu, la rumeur selon laquelle vos fiançailles seraient un compromis, celle disant que vous avez adopté une petite fille de l'Alliance… Nos lecteurs rêvent de savoir ! L'héritière la plus convoitée de la famille la plus ancienne du pays… Vous avez rejeté tant de propositions et voilà qu'un australien arrive et change la donne, comment ?!

Lucretia réprima un soupir et plongea une main dans une poche pour en sortir la potion de Prévention apportée par Uvon lors de la rentrée de janvier, et dont Harry avait complètement oublié l'existence.

− Ca devrait soulager tes maux de tête, d'après Madame Pomfresh, mentit-elle. Je m'occupe de l'interview. Tu expliqueras à mes parents.

Elle entraîna la journaliste et le photographe vers le couloir desservant les locaux de la Brigade, non lancer une dernière œillade à son fiancé avec un petit sourire triomphant. De toute évidence, elle n'aurait jamais accepté cet entretien si leurs fiançailles n'avaient pas évolué de cette façon, mais elle comptait bien mettre les points sur les « i » pendant l'interview. Harry lui rendit son sourire, plus proche de la gratitude que du triomphe, pour la potion de Prévention, qu'il avala dès qu'ils eurent disparu.

Tout s'arrêta en quelques secondes après l'avoir ingurgitée. C'était comme lorsqu'il était un demi-démon, que seuls ses pouvoirs issus de l'enseignement de Damar étaient actifs : il ne ressentait plus toutes les émotions qui le harcelaient une minute auparavant, il était même incapable de savoir ce que les gens alentours ressentaient. Dans son for intérieur, dans son corps, dans son âme, la lueur flamboyante représentant sa magie démoniaque avait été rétrécie de moitié. Restait à savoir combien de temps cela durerait, songea-t-il.

Un pas familier et une légère agitation lui fit se retourner. Le professeur Slughorn guidait un deuxième groupe, essentiellement composé d'anciens Serpentard, semblait-il. Les Malefoy étaient revenus, mais pas Rabastan. En revanche – Harry sentit un coup de sang monter en lui –, Bellatrix et Rodolphus Lestrange étaient là, la très belle brune aux paupières lourdes et aux traits arrogants examinant l'endroit avec indifférence. Pourquoi ? Pourquoi le couple Mangemort avait été accepté ? A quoi pensait Dumbledore en leur permettant de découvrir Lavorsy ? Un piège ? Non, se dit-il aussitôt, mais il se ravisa. Il arrivait : un éclair de lucidité commençait à germer, mais il lui manquait des informations. C'était bien un piège, mais pour quoi ? Le journal de Jedusor, lui disait son intuition, mais comment ?

− Je comprends mieux ce que Lulu' entend par « Déconnecté de la réalité ».

Harry cilla et leva les yeux sur les Mogg qui s'avançaient. Il perçut instantanément qu'un changement avait eu lieu entre ses futurs beaux-parents et lui. Astrea, auteure du petit commentaire, était plus expressive, fière que sa fille ait trouvé un fiancé à conserver, alors que Mr Mogg semblait un peu plus familier lorsqu'il posa sa main sur l'épaule du Serpentard.

− Vous tenez le coup, Ethan ?

Le futur Démon comprit qu'il faisait allusion à son évolution.

− Lucretia m'a permis de stabiliser mon état pour le tournoi, avoua-t-il.

− Forcément, dit Astrea. Les hommes de notre famille sont si négligents que leurs femmes doivent presque les materner. Chaque matin, je dois m'assurer qu'Adrian soit présentable… Bref, nous avons peu de temps. Bien des familles de vos rivaux sont venues, Ethan, alors attendez-vous à des rencontres très désagréables. Pas seulement à propos des remarques qu'ils pourraient faire ou insinuer sur votre couple, mais aussi sur Draya… D'ailleurs, où sont ma fille, ma petite-fille et ma nièce ?

− Heu… Il me semble qu'elles jouent dans le pa…

Sifflement avec main levée et un bonheur infini, la Shadrian apparut soudainement entre Harry et les Mogg.

− Coucou, grand-papa, grand-maman ! Moi-même personnellement et grande sœur Ninie et chaton Nala et tata Lily avons fait un super grave trop beau cadavre de sable près du lac !

Astrea sourit franchement et prit la Shadrian dans ses bras, mais la magie auditive du Serpentard l'empêcha de s'amuser de cet élan affectueux. Les commentaires méprisants, dégoutés, injurieux qui commençaient à s'élever, même murmurés à l'autre bout du hall, commençaient déjà à atteindre ses oreilles et à l'énerver. Mr Mogg dut en avoir conscience, car il reprit très vite :

− Et Lucretia ? Ninie ?

− Ah, oui, dit Harry en se souvenant qu'il manquait deux personnes. Lucretia était là, mais elle est partie avec une journaliste et un photographe de Sorcière hebdo. Quant à Leonie, j'imagine qu'elle ne devrait pas tarder. Il y a une petite trotte à faire entre la rive de sable et ici.

− Margaret Mall ?

− Heu… oui.

Mr Mogg poussa un profond soupir las.

− Elle est encore plus bornée que je ne le pensais. Depuis l'annonce de vos fiançailles avec Lucretia, il ne s'est pas passé une semaine sans qu'elle ne cherche à savoir s'il n'y avait pas un « complot » derrière tout ça. Bien, au moins, ça sera réglé une bonne fois pour toutes. Enfin, espérons-le.

Les portes de la Grande Salle s'ouvrirent, faisant pivoter tout le monde vers Dumbledore qui les franchissant – et qui balaya surtout les différents visages, comme s'il cherchait à savoir si son plan avait fonctionné. Même s'il aperçut les Lestrange et les Malefoy, il n'en montra rien, n'exprima aucune satisfaction, se contentant d'adresser des clins d'œil à certaines personnes et d'en saluer d'autres de manière plus formelle. Le professeur Flitwick fit à son tour sa sortie et pointa sa baguette vers le plafond pour y afficher l'ordre des duels.

Draya, les yeux levés vers le tableau, parut surprise. Et Harry ne pouvait que la comprendre.

− Mais futur tonton Leo n'est pas là, fit-elle remarquer. Comment qu'il peut affronter tonton Remus ?!

− Il lui reste encore un peu de tem…

POUM ! Des invités se retournèrent en entendant le bruit sourd et dirigèrent leur regard sur Silver, encore vêtu de son équipement et de sa tenue de ninja, qui était apparu juste à côté de Harry. Poussiéreux et toujours amputé, il portait sous son dernier une sorte d'aquarium dans lequel il avait enfermé… le Bras Perdu de la Mort qui, bien évidemment, ne manqua pas de faire réagir les spectateurs. Inévitablement, quand bien même des rumeurs ou des récits leur étaient parvenus, tous ces gens n'imaginaient sans doute pas qu'il fallait rencontrer le Gryffondor pour comprendre toute l'ampleur de son étrangeté. Mais il fallait avouer que le Dieu de la Mort avait une allure qui ne manqua pas de surprendre même Harry, car il était recouvert de poussière blanche et une épaisse barre de fer lui avait transpercé la cuisse.

Omatase shimashita, nin-nin.

La stupéfaction du Serpentard s'évanouit instantanément.

− Arrête avec le japonais, bordel… dit-il, blasé. Tu ferais mieux de t'inquiéter de la réaction de Bresch et de sa punition lorsqu'il va voir dans quel état tu es.

− Même pas peur. J'ai juste glissé et Alexa est dans sa période d'indisponibilité, alors je ne crains rien, affirma le Dieu de la Mort en lui donnant le sinistre aquarium pour retirer la barre sans même sourciller. Ca me gonfle de devoir l'admettre, mais je vais avoir besoin d'elle encore un moment. Il a fallu que j'aille chercher ce qui restait de mon bras dans les ruines du ministère et d'utiliser l'enchantement de Reconstitution … Déjà qu'elle me viole tous les matins, cette Obsédée de la Mort. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça, sérieux ?!

Il cilla.

− Ah, merde, j'ai oublié des « nin-nin », nin-nin.

− On s'en passera… dit Harry d'un ton distrait.

Il commençait à comprendre au moins une partie du plan des Malefoy, des Lestrange et de certaines personnes venues avec eux : jauger Silver. Profitant de la foule qui pénétrait lentement dans la Grande Salle, les soutiens au Lord noir et ses serviteurs jetaient des regards par-dessus leurs épaules pour observer la scène. Ils étaient un peu trop loin pour entendre la conversation, mais le bras perdu comme l'indifférence totale avec laquelle l'Ovedhian avait extrait la barre de fer ne leur avaient pas échappé. Et il y avait fort à parier qu'ils se montreraient attentifs à son duel.

Fendant la foule en saluant de gauche et de droite, Dumbledore laissa aux bons soins des professeurs Flitwick, McGonagall et Slughorn le soin d'installer les visiteurs, alors que des élèves commençaient à affluer de tous les côtés, mais principalement de la salle de duel où le directeur de Beauxbâtons entraînait les élèves, qu'ils fussent encore en lice pour le tournoi ou non.

− Bonjour, Astrea, Adrian.

− Albus, saluèrent les Mogg.

− Vous devriez rejoindre les autres, le second tour ne va pas tarder à commencer. Emmenez Draya avec vous, je suis certain qu'elle aura à cœur de supporter ses parents. Dorcas est déjà à l'intérieur et a gardé des places. Ah, et Horace organise une petite fête pour que vous puissiez profiter de Ninie et Lucretia, même si je suis au regret de vous annoncer que les invités ne seront pas les plus fréquentables. Leo, Madame Pomfresh est dans la Grande Salle, allez donc faire soigner cette jambe avant qu'Aurélien ne remarque votre blessure.

Tout le monde se sépara, les Mogg souhaitant bonne chance à Harry avant de prendre la même direction que le Dieu de la Mort, dont la cuisse constellait le sol dallé de petites gouttes de sang. Les élèves affluaient de tous les côtés, jaillissant des couloirs ou de la salle de duel où le professeur Bresch entraînait ceux qui le voulaient, qu'ils fussent compétiteurs ou non.

Dumbledore passa une main dans le dos de Harry, le Bras Perdu de la Mort dans les siens, pour l'encourager à le suivre dans un coin isolé. Ils rejoignirent les locaux du journal de l'école. Il essaya d'entendre Lucretia, qui se trouvait dans la salle voisine, mais il fallait bien reconnaître que les sortilèges d'Insonorisation installés partout par l'Alliance étaient efficaces. Il se concentra donc sur son propre entretien.

− Monsieur, quel est votre plan ?

Le directeur sourit en refermant la porte.

− C'est plus une hypothèse qu'un plan, reconnut-il. Maintenant que nous avons quitté Poudlard, j'ai pensé que Voldemort chercherait à récupérer son Horcruxe. Vous le savez sûrement : Mr Avery communique avec son père grâce à un parchemin soumis à un sortilège de Protéiforme. Quand l'Alliance a parlé de créer Lavorsy, j'ai pensé qu'une interférence entre l'intérieur et l'extérieur pourrait être utile. Les Zavidskra ramenés par Midori et Draya ont un enchantement qui en est capable.

− Raison pour laquelle les Malefoy, les Lestrange et les autres sont venus…

− En effet.

Harry ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt. Il venait de comprendre.

− Rogue…

− Vous êtes le digne fils de votre père, visiblement. C'est exact, Severus a son rôle à jouer. Lundi soir, Severus est venu me voir pour me dire qu'il voulait protéger Lily. Je ne suis pas sûr qu'il en ait conscience, mais il a de la reconnaissance pour vous. Vous lui avez ouvert les yeux. Face à un jeune homme aussi déterminé à ne pas sortir de mon bureau, à accepter que l'amour de sa vie puisse atterrir et rester dans les bras de son pire ennemi, je lui ai plus ou moins expliqué que le journal de Jedusor était une menace qu'il fallait éradiquer. Si, comme je le crois, il a été passé l'ordre de le récupérer, alors il le subtilisera et me le remettra.

− Il ne sait pas qui l'a ?

− Non. Lucius s'est personnellement chargé de le glisser dans le sac d'un élève, mais j'ai ma petite idée : il y a un garçon né-Moldu en première année à Serdaigle dont les résultats ont gravement chuté, dernièrement. L'un de ses camarades m'a confié que, la nuit, il lui arrivait de se lever dans un étrange état. Hagrid, de son côté, a encore des contacts avec Aragog, qui lui envoie régulièrement des araignées pour lui faire qu'il se passait quelque chose de mauvais depuis quelques jours à Poudlard.

− Elles s'enfuient.

− Oui.

− Pourquoi ne pas le neutraliser ?

− Pour que Voldemort ne nous soupçonne pas de connaître l'existence de ses Horcruxes. Si arrogant, vaniteux, narcissique soit-il, nous devons faire les choses prudemment. Un acte délibéré nous trahirait, alors qu'une simple perte accidentelle brouillerait les pistes. Peut-être qu'il soupçonnera quelque chose, mais comme je l'ai dit, il est trop imbu de lui-même pour accepter une telle idée, pour accepter que quelqu'un soit plus intelligent que lui, que quelqu'un connaisse son secret. C'est cruel envers Damian, mais nous le sauverons.

Bien pensé, estima Harry.

Quelques minutes plus tard, ils étaient sortis et avaient rejoint le hall d'entrée, Dumbledore franchissant déjà la double porte de la Grande Salle lorsque Harry, levant les yeux vers le plafond, constatait que le troisième duel se déroulait. Les élèves en faisaient de même ne cessaient d'être plus nombreux. Même s'ils n'avaient pas d'affinité avec le duelliste, ils l'encourageaient parce qu'il était de leur maison. Lucretia et les filles de Serpentard fixaient également la voûte informative, attendant le résultat de l'affrontement entre Rogue et Regulus. Juste au-dessous, le prochain duel, opposant Tara à Willy Summerby était annoncé.

− Voici donc le fameux Bras Perdu de la Mort, dit Nadège en remarquant l'aquarium. On se demande presque qui de Draya et de Silver est le plus glauque… D'ailleurs, où est-elle, ma nièce morbide préférée ?

− Avec les parents de Lucretia. Vous savez comment Remus s'est débrouillé ?

− Il a tenu huit secondes, indiqua Tara. Pour cet exploit, Silver l'a nommé « Résistant de la Mort ». Ce mec est vraiment un monstre, ça ne donne même plus de suspense au tournoi… Eh merde, Severus a gagné. Je vais avoir à me le coltiner au prochain tour, fais chier !

− Dit celle qui prétendait il y a cinq minutes qu'elle se fichait royalement du tournoi, rappela Berenis.

− Toi, retourne t'envoyer en l'air avec ton amoureux !

Les portes de la Grande Salle se rouvrirent pour laisser sortir les deux Serpentard qui rejoignirent leurs amis. A peine moins nerveux que Harry dès qu'il pensait au mariage, Summerby, un sixième année de Poufsouffle, entra, suivi de Tara, puis les panneaux se refermèrent. La victoire de Rogue disparue du plafond, le futur Démon put se rendre que la prochaine confrontation serait celle entre Mulciber et lui.

− Je sens que ça ne va pas être de la tar…

Il fut pris d'un soudain vertige et faillit lâcher la vitrine contenant le bras de Silver. Déjà ?! s'étonna-t-il, tandis que Berenis et Lucretia, alertées par sa phrase inachevée, le réceptionnaient précipitamment pour le maintenir en équilibre. Elles étaient revenues : toutes les émotions de tout le monde affluaient vers lui. La détermination et la concentration des élèves s'entraînant, l'impatience de ceux attendant le résultat de ce second tour, l'irritation que Tara ressentait en remarquant que Summerby lui résistait, l'inquiétude de sa fiancée et de ses amies, ainsi que…

− Ils ne sont pas là seulement pour lui, murmura-t-il pour lui-même.

− Qui ? interrogea Nadège.

Harry s'assura que personne n'était à portée d'ouïe, surtout la bande de Mulciber.

− Les Malefoy, les Lestrange et d'autres gens sont venus, révéla-t-il à voix basse. Je croyais qu'ils étaient là en quête d'informations sur les pouvoirs de Silver, mais ils sont aussi là pour m'observer. Enfin, ils ont peut-être un autre objectif, mais je vous expliquerai ça plus tard. Berenis, désolé, mais pourrais-tu emmener l'aquarium dans la chambre de Draya, s'il te plaît.

− Aucun souci. En plus, ma mère a envoyé un nouveau kimono pour elle.

Elle lança un sortilège de Lévitation sur la vitrine morbide et prit le chemin de la maison de Serpentard pour y récupérer le cadeau de Mrs Berkelay. Harry vacilla une fois de plus, mais se rééquilibra tout seul, alors que Tara en finissait avec Summerby. Mais pas assez discrètement pour que Nadège et Lucretia ne le remarquent pas.

− Pour l'amour du ciel, s'exaspéra sa fiancée, je t'ai déjà dit d'arrêter de garder tout pour…

Elle se laissa surprendre par un baiser passionné qu'il lui administra sans prévenir. C'était la seule façon, selon lui, pour surpasser ces malaises. Il venait de comprendre : la potion n'était pas en cause, il avait juste atteint une nouvelle étape de sa transformation. La Prévention était basée sur ses gènes de demi-démon, elle ne pouvait donc pas être aussi efficace que prévu sur quelqu'un évoluant vers le statut de Démon. Mais ce baiser, ces sentiments, ce désir, ce plaisir… Il était impossible qu'il puisse perde le contrôle, qu'il puisse s'en priver.

C'était étrange. Elle ne l'aimait toujours pas, mais elle lui répondit avec passion et amusement, donnant même l'impression qu'elle s'apprêtait à lui suggérer d'abandonner le tournoi pour qu'ils retournent au lit. Elle le savait, le sentait : ce baiser était une promesse que pour lui assurer que tout se passerait bien..

− Hé, je suis là… dit Nadège, jalouse. Enfoiré de William ! Comment ce connard peut-il ne pas être venu ?! Je vais lui apprendre à considérer un rhume plus important que sa fiancée !

Harry sourit en échangeant un regard éloquent avec Lucretia. Le cher et tendre de leur amie était bien là, et en parfaite santé : il l'avait aperçu dans le groupe mené par le professeur McGonagall, discutant avec des amis, sauf qu'il ne les avait remarqués qu'une fois la journalise de Sorcière hebdo venue à leur rencontre. Surprise oblige, il se garda bien de faire savoir à Nadège qu'elle allait avoir l'occasion de retrouver son amoureux.

− Ah, Tara a fini ! dit la jeune femme noire en changeant totalement d'humeur.

Le cœur de Harry s'emballa légèrement, mais les lèvres de la riche héritière vinrent aussitôt se plaquer contre les siennes pour l'apaiser. Beaucoup plus efficace qu'une potion de Prévention, semblait-il, car ce seul baiser eut le mérite de le calmer. Ses sens, son appréhension, sa peur de commettre une bavure – tout disparut.

− Je suis toujours là, je vous signale…

Lucretia partit à rire en jetant un regard d'excuses à Nadège, alors que les portes de la Grande Salle pivotaient une nouvelle fois pour laisser Tara et Summerby sortir. Mulciber, confiant et impatient de se défouler, quitta son groupe d'amis avec entrain, non sans lancer un coup d'œil mauvais vers son adversaire. Harry n'eut même pas le temps de faire un pas que Lucretia le rattrapait par le col.

− N'oublie pas, prévint-elle d'un ton autoritaire. Notre famille te regardera et mon mari n'est pas censé perdre face à un abruti pareil, mais méfies-toi quand même. Mulcigerbe est imprévisible, Mary en a déjà fait les frais en le croisant tout simplement dans un couloir. Si tu perds, je demande à Lorca s'il existe une potion de fécondation pour tomber enceinte plus rapidement.

− Et si je gagne.

− Je demande à Lorca s'il existe une potion de fécondation pour tomber enceinte plus rapidement.

Il partit à rire, embrassa brièvement Lucretia, félicita Tara au passage puis entra dans la Grande Salle. Il s'était rarement senti aussi bien depuis son évolution, mais pour Lucretia et Draya, pour ses amis, pour Dumbledore ou encore Midori, Lorca et Ooghar, il ne perdrait pas. Aussi bien contre Mulciber que contre lui-même. Il le savait : le seul moyen d'apprendre à contrôler ses pouvoirs, c'était de leur imposer sa volonté, de leur montrer qui était le chef.

Une curieuse satisfaction monta en lui, mais ce n'était pas la sienne. Papa ? s'étonna-t-il. C'est la fin, fiston. Je te parle pour la dernière fois, l'enchantement tempo-communicatif arrive à son terme, alors écoute-moi sans me couper la parole. Je n'aurais jamais pensé qu'il le remarquerait, mais ce petit con de Midori a trouvé le livre de mes connaissances dans la seconde Pierre : dès que tu atteindras le stade de Démon, le répertoire de mes sorts, de mon savoir s'inscrira dans ton esprit. N'en utilise aucun d'offensif tant que tu n'y es pas obligé – cette sous-merde de Mulciber n'en vaut vraiment pas la peine. Mais fais attention, car le transfert sera plutôt violent. Si tu ne peux pas le battre avec la sorcellerie, utilise mes sortilèges défensifs, mais avec prudence et calme. Ethan, je suis fier…

La voix disparut. Papa ? Papa ?! Fini. Totalement et complètement et indéfiniment fini. Ca faisait bizarre. Une voix paternelle, un esprit avec qui il avait communiqué qu'à de rares occasions mais dont la disparition lui faisait ressentir une perte immense.

− Potter, on vous attend, dit le professeur McGonagall avec une douceur inhabituelle.

Midori semblait avoir prévenu les enseignants qu'il aurait un moment d'absence dès qu'il atteindrait le dernier palier vers sa métamorphose. Depuis les gradins, plusieurs personnes s'étaient levées pour l'observer, perplexes, voire inquiètes, de sa soudaine immobilité. A peine les portes refermées, il semblait s'être arrêté sans s'en apercevoir, et les spectateurs n'étaient sans doute pas au bout de leurs surprises. Cela expliquait sûrement que Lorca avait été désignée pour arbitrer le duel.

Il monta sur l'estrade en essayant de ne prêter aucun intérêt aux sentiments qui venaient à lui, même s'il restait très attentif à ceux, calculateurs et froidement curieux, des Mangemorts et de leurs amis.

Papa, gambatte ! cria Draya avec sa bonne humeur éternelle.

Et il s'apaisa, réprimant un sourire. Lucretia et Lathar avaient raison : il ne pouvait pas perdre, pas devant leur fille, ni face à Mulciber, qui l'observait d'un air plus malveillant que jamais. Une douleur aiguë traversa sa tête à la seconde où la Nehoryn donna le coup d'envoi, Harry échappant miraculeusement au sortilège de Mulciber en tombant à genoux, une main crispée sur son crâne. Maintenant ?! Merde, il faut que je reste concentré… pensa-t-il.

Il créa juste à temps un charme du Bouclier pour parer un maléfice d'Entrave, s'efforçant d'ouvrir les yeux, de repousser la douleur, alors que des choses intégraient son cerveau. Des caractères qu'il connaissait, d'autres pas. C'était comme si un tatoueur lui avait planté son aiguille directement dans le cerveau pour y graver tout un tas de connaissances qu'il ne comprenait pas toujours. Il la sentait… Cette hésitation de Dumbledore, de Lorca ou bien des autres professeurs et des Mogg à exiger un temps mort, cette joie de Draya qui se réjouissait de voir son père se défendre même en étant diminué, cette curiosité glaciale des Mangemorts – et même ce sortilège Hermès, que Dorcas avait adressé à ses amis pour leur signaler qu'il entrait dans sa dernière phase.

Mais lorsqu'il rouvrit les yeux, sa souffrance diminuant peu à peu, ce n'étaient seulement les gens qu'il voyait, et il comprit : ce n'était pas un hasard s'il avait deviné en quoi consistait le cours spécial de Lorca : c'était parce que cela faisait partie de lui. Il pouvait les contempler. Toutes ces âmes, leurs couleurs trahissant leurs qualités et leurs défauts, leurs actes respectables ou répréhensibles…

Son bouclier se brisa soudainement, le ramenant à la réalité. Roulant sur le côté, il échappa à un nouveau sort, se releva et décocha un éclair de lumière rouge vers le massif jeune homme qui le dévia maladroitement. Lorca, visée, le dévia d'un revers de la main nonchalant pour l'envoyer s'écraser sur la barrière protégeant la tribune où quelques spectateurs sursautèrent.

− Alors c'est ça, le fiancé de Lucretia ? ricana Mulciber. Une pauvre merde qui reste à sa place, à mes pieds, et se roule comme une merde au sol.

Harry lui envoya un nouveau jet de lumière écarlate à la tête, mais son adversaire esquiva assez facilement. Où ? Où était-il ? Il fouillait dans sa mémoire, dans les connaissances léguées par son père, mais visiblement, il avait besoin de temps pour trouver ce qu'il cherchait.

Il annula un sortilège de Mulciber avec le maléfice du Moldu qu'il avait utilisé contre le professeur Vector. Un long trait de flammes blanches faillit lui faire gagner le duel, mais l'aspirant-Mangemort bondit sur le côté pour y échapper, manquant même de tomber de l'estrade, alors que son uniforme, effleuré, voyait sa manche être très légèrement déchirée au niveau de l'avant-bras, laissant une rougeur sur la peau du massif Serpentard. Sans réelle surprise, il n'apprécia pas.

− Espèce de…

Il écarquilla les yeux et se protégea précipitamment derrière un grand bouclier en étain qui vola en éclats face au sortilège de Harry et projeta Mulciber en arrière, le faisant glisser sur l'estrade sur quelques mètres. Il ne tarda pas à se relever, fou furieux, mais le Démon s'en moquait. Toutes ses pensées étaient concentrées sur ce sortilège qu'il n'était même pas sûr de pouvoir maîtriser, mais qui lui assurerait un sacré atout. La question était : fallait-il y avoir recours devant les Mangemorts ou non ?

Il bloqua une nouvelle tentative de Mulciber, mais il en prit soudainement conscience : ses sorts augmentaient en puissance. S'ils restaient légaux, ils devenaient beaucoup dangereux. Lorca s'en rendit compte, car elle eut un très léger plissement d'yeux, sa main s'approchant de la poche de sa baguette.

− Vallys, rejoins Draya, ça devient mauvais.

La darderan transplana alors qu'il esquivait de justesse un éclair bleu dont la fraîcheur lui fit penser à une sorte de chambre froide. Il la sentait : toujours plus grande, toujours plus intense, toujours plus terrible. Cette haine qui animait Mulciber, pas seulement contre lui, mais contre tous. Quel esprit tourmenté, s'étonna Harry en jetant une nouvelle flamme vers le Serpentard. Mulciber haïssait tout : son père qui l'avait abandonné en mourant, sa mère qui n'y avait vu aucun problème et avait fait main-basse sur la fortune de leur famille, lui-même qui n'était pas le plus fort, les nés-Moldus qui le surpassaient ou encore le fait que toutes les familles « traditionnalistes » avaient rejeté toutes les propositions de mariage le concernant.

Harry aurait presque eu pitié de lui, mais il dut éviter un nouveau trait et se concentrer à nouveau sur Mulciber. Sa colère semblait le rendre plus puissant, remarqua-t-il.

− Au fait, dit l'imposant jeune homme avec un sourire mi-énervé, mi-goguenard, ils sont comment, les nibards de Lucretia ? J'ai toujours voulu les téter. Et je ne te parle de ce que je ferais à son cul ou à sa…

Finalement, il lui faisait vraiment pitié, tout en jetant un éclair de lumière rouge à la tête de son adversaire, qui para sans problème et contre-attaqua au moment où Harry le trouvait enfin. Levant une main, il donna une petite pichenette à au sortilège, qui fit aussitôt demi-tour. Mulciber n'y échappa que par chance, le Démon ayant assez mal calculé son coup – mais pour une première fois, il ne s'en sortait pas trop mal.

− Comment tu… ?!

Okazishotunama, répondit Harry en brandissant un index.

Aucun éclair, pas même une lueur, et Mulciber s'effondra. Avant même de s'être affalé de tout son long, il se mit à ronfler. Le Démon s'approcha, indifférent à la crispation des Mangemorts, à la méfiance de Lorca ou bien même à la joie de Draya. S'accroupissant au-dessus de la tête de son adversaire, il lui retira sa baguette puis tapa, du bout du doigt, avec légèreté sur sa tempe.

Le massif jeune homme se réveilla aussitôt et amorça un geste pour se relever, mais Harry concentra toutes ses forces, toute sa magie interne dans sa main pour le plaquer au sol, et les applaudissements s'arrêtèrent d'un coup.

− Enfoi… !

− Tu vas m'écouter très, très attentivement, décréta le Démon. La prochaine fois que tu fais un commentaire à propos d'une quelconque partie du corps de ma femme, j'inverserai deux syllabes du sort que je t'ai lancé. Là, tu n'as été qu'endormi, mais si je me trompe – accidentellement, bien sûr – sur l'incantation, tu perdras l'usage de tes membres. Une paralysie totale, en quelque sorte. Il en ira de même si tu regardes de travers ma fille.

− Comme si j'allais…

Okazishonatu…

− C'est fini, intervint Lorca. Ethan, rendez-lui sa baguette et lâchez-le.

Harry cligna des yeux, comme s'il se réveillait. Il libéra Mulciber, un peu surpris, en posant la baguette de son adversaire sur le plancher et vit la Nehoryn lui lancer un regard à la fois soupçonneux et inquiet qui présageait de nouveaux soucis. Que s'était-il passé ? Il ne se souvenait de rien depuis le commentaire indécent de Mulciber sur le corps de Lucretia… Y aurait-il des effets secondaires à sa transformation ?

Descendant de l'estrade, il leva subitement la tête et tendit les bras. Une seconde plus tard, Draya apparut pour atterrir dans ses bras.

Papa, omedetō !

− Merci, ma puce.

− Qu'est-ce qu'il a dit, le méchant monsieur ? Z'ai senti comme un danger quand tu t'es approché de lui ? Z'ai même cru que Midori était là, parce que quand Lorca et lui se chamaillent, l'air devient super grave trop lourd et je dois vite déguerpir !

− Rien, rassure-toi. Je lui faisais la morale, exactement comme maman le fait avec nous.

− Maman fait beaucoup plus peur.

− Ca, je ne peux pas le nier…

Tout comme il ne pouvait pas ignorer qu'il avait perdu le contrôle de son corps. Ce n'était pas Lathar, il s'était définitivement envolé, alors qui, quoi ? Lorca semblait avoir une idée, ou au moins une théorie que Midori devait avoir émise. Qu'était-ce ? Que lui était-il arrivé ?

Sortant de la Grande Salle avec Draya dans les bras, il la laissa toucher la terre ferme pour la regarder courir à la rencontre des filles de Serpentard et de Gryffondor, Leonie ronchonnant que la Shadrian s'était d'abord lancée dans une étreinte avec Lucretia plutôt qu'avec elle. Ce que la fillette s'empressa de rectifier, tandis qu'Ash, sans grand espoir, partait affronter Sirius.

− Tu n'as pas l'air bien, commenta Mary.

− Hein ? dit Harry. Heu… Si, si. C'était un peu plus dur que prévu, c'est tout. Je…

Les ténèbres le submergèrent sans prévenir.

Yo !

Merci pour les reviews, vous m'avez fait bien marrer avec vos commentaires sur le fait que le chapitre 55 se terminait de la sorte. Et NVJM, j'assume mon côté obsédé xD

Bref, un nouveau chapitre qui n'a rien de bandant-bandant côté action, mais j'espère qu'il vous plaira

P.S. : Je vais arrêter avec le japonais, ça va finir par devenir lourd. ^^